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Full text of "Dissertations archéologiques sur les anciennes enceintes de Paris, suivies de recherches sur les portes fortifiées qui dépendaient de ces enceintes. Ouvrage formant le complément de celui initulé: Études archéologiques sur les anciens plans de Paris"

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https://archive.org/details/dissertationsarcOObonn 


V S 


DISSERTATIONS  ARCHÉOLOGIQUES 


sur  i.es 


ANCIENNES  ENCEINTES  DE  PARIS 


SUIVIES  DF. 


RECHERCHES  SUR  LES  PORTES  FORTIFIÉES 

QUI  DÉPENDAIENT  DE  CES  ENCEINTES. 

Ouvrage  formant  le  complément  de  celui  intitulé  : 

ÉTUDES  ARCHÉOLOGIQUES  SUR  LES  ANCIENS  PLANS  DE  PARIS. 


par  A.  BONNARDOT,  parisien. 


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PARIS 

A  LA  LIBRAIRIE  ARCHÉOLOGIQUE  DE  J.-B.  DUMOULIN 

QUAI  UES  GRANDS— AUGUSTINS,  13. 

1853 


DISSERTATIONS  ARCHÉOLOGIQUES 


SUR  LES 


ANCIENNES  ENCEINTES  DE  PARIS. 


Tiré  à  deux  cents  exemplaires. 


ographic  «le  iiknxutiîr,  rue  du  Boulevard,  7  Batignolles. 

(Boulevard  citorieur  de  l’arls.) 


DISSERTATIONS  ARCHÉOLOGIQUES 

SUR  LES 

ANCIENNES  ENCEINTES  DE  PARIS 

SUIVIES  DE 

RECHERCHES  SUR  LES  PORTES  FORTIFIÉES 

QUI  DÉPENDAIENT  DE  CES  ENCEINTES. 

Ouvrage  formant  le  complément  de  celui  intitulé  : 

ÉTUDES  ARCHÉOLOGIQUES  SUR  LES  ANCIENS  PLANS  DE  PARIS. 

par  A.  BONNÀRDOT,  parisien. 


PARIS 

A  LA  LIBRAIRIE  ARCHÉOLOGIQUE  DE  J. -B.  DUMOULIN 

QUAI  DES  GRANDS— AUGUSTINS,  13. 


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PRÉFACE. 


Ces  dissertations,  produit  de  plusieurs  années  d’étude,  sont  loin  d’être  aussi 
complètes  que  je  l’aurais  désiré.  Leur  perfectionnement  exigeait  une  condition 
que  je  n’ai  pu  remplir  :  celle  de  rechercher,  aux  Archives  ou  ailleurs,  et  de  vé¬ 
rifier  par  moi-même  les  chartes,  anciens  comptes  et  autres  pièces  sur  lesquelles 
elles  sont  en  partie  fondées.  Mais  le  travail  qui  consiste  à  déchiffrer,  à  interpré¬ 
ter  de  vieilles  écritures,  me  cause  une  fatigue  cérébrale  qui  paralyse  toute  ma 
bonne  volonté.  J’ai  donc  pris  le  parti  d’accepter  avec  confiance  le  témoignage  des 
auteurs  qui  nous  ont  signalé  ces  divers  documents. 

Le  présent  ouvrage  a  pour  base  :  —  des  recherches  sur  lieux  faites  entre  1838 
et  1852;  —  des  détails  extraits  des  principaux  historiographes  parisiens;  — -  en¬ 
fin,  des  renseignements  fournis  par  l’examen  des  vieilles  estampes,  des  anciens 
plans  généraux  de  la  capitale,  et  de  quelques  plans  locaux  levés,  à  diverses 
époques,  par  des  toiseurs  ou  des  architectes. 

Parmi  les  livres  qui  m’ont  le  mieux  secondé  pour  éclaircir  F  histoire  des  en¬ 
ceintes  et  des  portes  de  Paris,  je  citerai  :  le  tome  Ilï  des  Antiquitez  de  Sauvai, 
immense  arsenal  de  documents  accumulés  pêle-mêle;  — -  les  trois  volumes  de 
Preuves  qui  suivent  Y  Histoire  de  Paris  ,  de  Félibien  et  Lobineau;  — le  Mémoire 
historique  et  critique  sur  la  Topographie  de  Paris,  in-4°  anonyme  publié  en  1771 . 

Ce  Mémoire ,  rédigé  par  Bouquet,  avocat  de  la  Ville  contre  l’Archevêque,  au 
sujet  d’une  contestation  relative  à  la  vente  des  terrains  de  l’hôtel  de  Soissons, 
offre  de  nombreux  et  curieux  extraits  d’anciens  registres,  autres  que  ceux  impri¬ 
més  au  tome  III  de  Sauvai.  L’orthographe  de  ces  extraits  a  été  évidemment  dé¬ 
formée  ,  rectifiée  si  l’on  préfère  (inexactitude,  au  reste,  qu’on  doit  également 
reprocher  aux  actes  ou  anciens  comptes  produits  par  Sauvai  et  Félibien)  ;  néan¬ 
moins,  les  renseignements  qui  résultent  du  texte  même  (que  je  citerai  avec  fidé¬ 
lité)  ne  peuvent  etre  suspects ,  car,  le  plus  souvent,  ils  tournent  contre  l’opinion 
qu’ils  sont  appelés  à  soutenir,  ou  n’y  ont  qu’un  rapport  très-indirect.  Si  Bouquet 


VI 


PREFACE. 


eût,  par  négligence  ou  à  dessein,  altéré  le  texte  même  de  ces  registres,  ses  ad¬ 
versaires,  intéressés  à  le  prendre  en  défaut,  et  à  portée  de  vérifier  les  sources 
qu’il  indique,  n’eussent  pas  manqué  d’en  répudier  l’authenticité.  Or,  ils  ont 
réfuté,  non  les  citations  imprimées  à  l’appui  de  sa  cause,  mais  les  conséquences 
qu’il  prétendait  en  tirer;  d’où  je  conclus  que  ces  citations  peuvent  passer  à  nos 
yeux  pour  une  autorité  acceptable. 

Ainsi,  mon  livre  se  compose  en  partie  de  matériaux  tout  faits,  mais  dispersés 
çà  et  là,  sans  ordre.  Mon  travail,  en  dehors  de  mes  recherches  personnelles,  a 
donc  consisté  à  classer,  à  commenter  tout  ce  qui  a  été  écrit  sur  cette  matière, 
avec  le  soin  d’en  faire  ressortir  les  méprises  et  les  contradictions,  comme  aussi 
les  faits  incontestables.  Le  litre  de  Dissertations  était  donc  celui  qui  convenait  le 
mieux  à  cet  ouvrage. 

Devais-je  garder  indéfiniment  ces  dissertations  à  l’état  de  manuscrit,  dans  le 
but  de  les  compléter  lentement  par  de  nouvelles  recherches  ?  J’ai  préféré  les 
livrer  telles  quelles  à  l’impression,  bien  convaincu  d’une  vérité  que  j’ai  déjà 
exprimée  ailleurs: — Aspirer  à  un  degré  de  perfection  qui  semble  fuir  devant  des 
efforts  sans  termes,  c’est  porter  à  l’excès  le  scrupule  ;  on  diffère  toujours,  et  l’on 
meurt,  laissant  après  soi  de  stériles  paperasses,  qui  sont  dispersées  ou  perdues. 

Les  amateurs  du  positif  blâmeront-ils  ces  assertions  hypothétiques,  ces  expres¬ 
sions  dubitatives  qui  dominent  souvent,  au  milieu  des  questions  difficiles  que 
j’ai  franchement  soulevées  et  abordées,  au  lieu  de  les  éluder  par  ruse  ou  par  in¬ 
souciance?  Ce  reproche  serait  d’autant  moins  indulgent,  que  j’ai  adopté  le  titre 
peu  prétentieux  de  Dissertations,  mot  qui  implique  l’idée  de  discussions  sujettes 
à  échapper  à  une  solution  affirmative.  Le  doute  est  malheureusement  trop  sou¬ 
vent  le  résultat  d’un  examen  approfondi  :  mais,  après  tout  (comme  je  l’ai  dit 
encore  dans  une  autre  préface),  le  doute  bien  motivé  n’est-il  point  quelquefois  le 
premier  pas  possible  vers  la  vérité  ? 

Sous  Louis  XIV,  une  révolution  complète  s’opéra  dans  le  système  de  la  forti¬ 
fication  générale  du  royaume.  Sous  la  conduite  de  Vauban,  on  munit  les  villes 
frontières  de  redoutables  remparts,  et  celles  du  centre  devinrent  des  villes  ou- 


PREFACE. 


VII 


vertes,  y  compris  la  capitale.  En  1690,  ce  système  avait  reçu  sa  pleine  exécu¬ 
tion.  Il  ne  restait  plus  à  Paris,  du  côté  du  nord,  d’autre  forteresse  que  la  Bas¬ 
tille,  avec  quelques  bastions  ;  partout  ailleurs  on  avait  abattu  ou  vendu  les  vieilles 
murailles  et  comblé  les  fossés.  Quelques  portes  étaient  encore  debout,  mais  en 
qualité  d’ornements  ou  d’arcs  de  triomphe. 

Le  premier  plan  moderne  sur  lequel  on  traça  la  ligne  des  anciennes  clôtures 
de  Paris,  c’est,  à  ma  connaissance,  celui  en  une  feuille,  édité  par  Nicolas  De  Fer, 
en  1692.  On  y  voit  figurer,  au  pointillé,  les  limites  vraies  ou  conjecturales  des 
enceintes  antérieures  à  cette  année.  On  venait,  du  côté  de  la  rive  droite,  d’en 
établir  une  nouvelle  nommée  le  Cours ;  c’était  une  sorte  de  promenade  terrassée, 
substituée  par  Louis  XIY  à  des  fortifications  jugées  inutiles.  On  trouva  dès  lors  pi¬ 
quant  de  rappeler,  à  titre  de  souvenir  ou  de  contraste,  les  bornes  de  la  capitale 
à  diverses  époques.  Mais  ce  tracé  est  très-imparfait,  même  par  rapport  au  mur 
méridional  de  Ph.  Auguste,  lequel  pourtant  subsistait  encore  presque  entier,  au 
fond  des  nouvelles  propriétés  construites  sur  l’emplacement  des  anciens  fossés. 

En  1705,  parurent  les  plans  insérés  dans  le  Traité  de  la  Police  de  De  la  Marre. 
Ils  diffèrent  du  précédent  en  ce  que,  au  lieu  d’offrir  un  simple  tracé  des  diverses 
enceintes,  sur  un  plan  moderne,  iîsdonnent  une  représentation  fictive  de  l’état  de 
Paris,  entre  telle  et  telle  époque.  Ces  plans,  d’une  inexactitude  choquante, 
eurent  d’abord  un  grand  succès;  mais  vers  la  fin  du  siècle  qui  les  vit  paraître, 
on  commença  à  les  apprécier  à  leur  juste  valeur. 

En  1716,  l’ingénieur  Guillaume  De  l’Isïe  exécute  un  plan  dans  le  genre  de 
celui  de  Nicolas  De  Fer,  mais  moins  inexact. 

En  1756 ,  le  comte  de  Caylus  publie,  dans  son  Recueil  d’ Antiquités  (t.  II, 
p.  367),  un  très-petit  plan,  avec  les  diverses  enceintes  passablement  tracées. 

En  1760,  Robert  De  Vaugondy  dresse  un  plan,  avec  les  anciennes  clôtures  bien 
mieux  indiquées  que  sur  ceux  de  ses  devanciers. 

1770. —  Petit  plan  par  Moithey,  assez  précis,  grâce  à  l’influence  du  précédent. 
En  1774,  ce  géographe  en  donne  un  du  même  genre,  beaucoup  plus  vaste,  mais 
qui  paraît  moins  exact,  par  cela  seul  que  sa  dimension  est  plus  grande. 

1825.— -Plan  dressé  par  Achin,  pour  l’Atlas  de  Y  Histoire  de  Paris  de  Dulaure; 


VI 11 


PREFACE. 


il  est  inférieur,  sur  presque  tous  les  points,  à  celui  de  Robert  de  Vaugondy. 

De  nos  jours,  l’architecte  Albert  Lenoir  a  fait  graver  plusieurs  plans  fictifs  où 
l’enceinte  de  Ph.  Auguste  est  représentée,  d’après  de  nouveaux  documents  topo¬ 
graphiques  puisés  aux  Archives,  des  fouilles  modernes  et  des  recherches  sur 
lieux.  Ces  savants  essais  annoncent  une  ère  favorable  aux  progrès  de  l’archéolo¬ 
gie  parisienne. 

Je  dois  faire  observer  que  le  tracé  de  nos  vieilles  enceintes,  exécuté  sur  des 
plans  d’une  petite  échelle,  ne  donne  à  l’imagination  qu’une  idée  vague  de  la 
réalité  ;  sur  un  plan  de  vaste  proportion,  ce  genre  de  travail  est  bien  plus  instruc¬ 
tif,  mais  autrement  difficile,  si  l’on  vise  à  la  précision;  le  plus  léger  défaut, 
dans  l’ensemble  ou  dans  les  détails,  saute  de  suite  aux  yeux,  et  accuse  la  négli¬ 
gence  du  dessinateur.  Pour  qu’un  tel  plan  ne  s’écarte  pas  trop  de  la  réalité  ou  de 
la  vraisemblance,  il  faut  consacrer  à  sa  confection  plusieurs  années  d’étude. 

Quelques  lignes  encore,  relatives  aux  planches  destinées  à  faire  bien  com¬ 
prendre  le  texte  des  présentes  dissertations.  Je  les  ai  dressées  d’après  d’anciens 
plans  généraux  ou  particuliers,  rectifiés  par  des  documents  écrits  et  des  recher¬ 
ches  locales.  Le  plan  de  Verniquet,  qui  offre  l’état  de  Paris  vers  1789,  m’a  paru, 
en  raison  de  sa  date,  de  sa  vaste  dimension  et  de  sa  précision  reconnue,  le  plus 
propre  à  servir  de  base  à  mon  tracé  de  la  clôture  de  Ph.  Auguste.  J’en  ai  donc 
calqué  toutes  les  portions  contiguës  à  la  ligne  que  suivait  cette  clôture. 

Une  difficulté  se  présentait  :  devais-je  reproduire  les  rues  dans  l’état  où  Ver¬ 
niquet  les  a  figurées,  avec  toutes  ces  déviations  irrégulières,  que  le  système  gé¬ 
néral  d’alignement  a  redressées,  de  nos  jours,  sur  tant  de  points  de  la  surface 
de  Paris  ?  Après  de  mûres  réflexions,  j’ai  pris  le  parti  de  moderniser  son  plan  ; 
mais  quelquefois  aussi,  selon  les  circonstances,  j’ai  cru  convenable  de  conserver 
le  trait  géomélral  de  certaines  rues  ou  de  certains  édifices  effacés  du  sol  depuis 
1789,  afin  d’éclaircir  mon  récit,  ou  de  mieux  fixer  la  situation  de  quelques  détails 
de  l'enceinte.  Mes  planches  seront  peu  remarquables  sous  le  rapport  de  l’exécu¬ 
tion,  car  j’ai  visé  à  l’économie  ;  mais  j’ai  veillé  au  point  essentiel  :  à  la  netteté  du 
trait  et  à  l’exactitude  dans  les  proportions. 


DISSERTATIONS  ARCHÉOLOGIQUES 

<,  SUR 

LES  ANCIENNES  ENCEINTES  DE  PARIS. 


1.  —  E9es  enceintes  «le  Paris  avant  PSailippe  Auguste. 

I  L’histoire  des  clôtures  de  Paris  qui  ont  précédé  celle  de  Ph.  Auguste  est  fort 
obscure ,  et  je  doute  qu’elle  puisse  jamais  être  dégagée  des  ténèbres  qui  l’enve¬ 
loppent,  sans  la  découverte  fortuite  de  quelque  ancien  manuscrit,  ou  l’exhumation 
d’une  continuité  de  débris  matériels  cachés  jusqu’ici  sous  le  sol.  La  solution  com¬ 
plète  (le  celte  curieuse  question  est  réservée,  je  l’espère,  aux  archéologues  de 
l’avenir. 

On  ne  peut  se  former  qu'une  idée  très-confuse  de  l’état  de  la  petite  capitale 
des  Parisiens  avant  l’invasion  romaine,  et  nous  ne  trouvons  sur  l’époque  de  celte 
invasion  que  de  faibles  lumières  fournies  par  les  historiens  de  la  nation  civilisée 
qui  nous  subjugua,  un  demi-siècle  avant  Père  chrétienne;  ainsi,  sur  ces  deux 
points  historiques,  le  champ  reste  toujours  ouvert  aux  conjectures. 

11  faut  nécessairement  admettre  que  le  principal  bourg  des  Parisiens,  Luletici , 
oppidum  Parisiorum,  comme  écrit  César,  avait,  au  temps  de  la  conquête  romaine, 
une  certaine  importance,  puisqu’on  en  attachait  beaucoup  à  sa  possession  ;  néan¬ 
moins  on  doit  le  considérer  comme  un  centre  fort  restreint  dépopulation.  Il  exis¬ 
tait  alors  dans  la  Gaule,  surtout  près  du  rivage  de  la  Méditerranée,  plusieurs  cités 
vraiment  dignes  de  ce  nom  ;  mais  sur  le  territoire  des  Parisiens  on  ne  rencontrait 
()Uère  que  des  bourgs  disséminés  sur  une  grande  surface.  Or,  Lutèce  était  un  des 
plus  considérables,  puisqu’elle  passait  pour  le  chef-lieu  de  réunion  des  peuplades 
connues  sous  le  nom  commun  de  Pavisiens . 

Notre  première  chronique  vraiment  nationale,  celle  de  Grégoire  de  lours,  ne 
datant  que  du  VIe  siècle,  ne  peut  nous  fournir  de  documents  certains  sur  l’état  de 


2 


ENCEINTE  DE  LA  CITE. 


Paris  avant  et  pendant  la  domination  romaine.  Il  faut  donc  nous  contenter  des 
quelques  phrases  jetées  çà  et  là  dans  les  textes  des  auteurs  contemporains,  textes 
latins  ou  grecs  qui  ont  fort  bien  pu  subir  des  altérations  en  traversant  les  âges, 
sous  la  plume  des  religieux  qui  les  ont  reproduits  pour  nous  les  transmettre. 

L’auteur  du  Traité  de  la  Police  nous  représente  la  Lutèce  gauloise  sous  forme 
d’un  amas  de  huttes  cylindriques  bâties  de  boue  et  de  paille  avec  un  toit  arrondi, 
huttes  éparses  au  hasard  sur  la  surface,  alors  moins  étend  ue  vers  l’ouest,  de  la  Cité 
actuelle.  L’aspect  mesquin  qu’offre  son  premier  plan  fictif  ne  s’accorde  guère  avec 
Je  témoignage  de  J.  César.  A  l’époque  où  fut  conquise  notre  petite  île,  elle  com¬ 
muniquait  avec  les  rives  au  moyen  de  deux  ponts  de  bois,  que  les  Parisiens  brûlè¬ 
rent,  ainsi  que  la  ville  (il  faut  peut-être,  par  ce  mot,  entendre  un  faubourg  voisin 
des  ponts),  à  l’approche  deLabiénus,  lieutenant  de  César.  Or,  deux  ponts  de  bois, 
construits  sur  un  fleuve  assez  large  et  assez  impétueux  à  certaines  époques,  sup¬ 
posent  un  état  de  civilisation  déjà  avancé  ;  ils  ne  pouvaient  conduire  à  d’aussi  ché¬ 
tives  maisonnettes.  Un  simple  village  se  serait  fort  bien  contenté  de  quelques 
bateaux  plats  pour  traverser  les  deux  bras  de  la  Seine.  Aujourd’hui  même,  en  ce 
siècle  si  fécond  en  ressources,  nos  villages  sis  au  bord  d’une  rivière,  à  moins  qu’ils 
ne  livrent  passage  à  une  grande  route,  n’ont  pas  d’autres  moyens  de  communi¬ 
cation. 

11  est  tout  à  fait  impossible  aux  Parisiens  de  1852  de  se  former  une  idée,  même 
approximative,  de  l’état  de  Lutèce  à  l'époque  de  l’invasion  romaine  ;  mais  un 
fait  certain,  c’est  que  le  sol  de  la  Cité  (moins  spacieux  alors  qu’aujourd’hui, 
puisqu’on  y  a  annexé  plusieurs  îles  et  qu’on  a,  par  des  exhaussements  successifs, 
rétréci  le  lit  de  la  Seine !)  fut  un  point  central  d’où  rayonnèrent  les  divers  groupes 
d’habitations  dont  la  réunion  forme  la  capitale  actuelle.  Il  est  certain  encore  que 
cette  petite  ville  insulaire  était,  à  l’époque  où  César  la  soumit,  le  chef-lieu  com¬ 
mercial  des  bourgades  disséminées  sur  le  territoire  parisien,  et  portait  alors  une 
désignation  analogue  à  celle  de  Lutetia,  nom  sans  aucun  doute  romanisé  par 
.1.  César,  de  sorte  que  nous  ne  savons  au  juste  ni  prononcer  ni  écrire  le  vrai  nom 
celtique  dont  l’étymologie  a  donne  lieu  à  des  recherches  plus  ou  moins  invrai¬ 
semblables. 

La  plus  vaste  capitale  est  née  d’une  cabane,  comme  le  plus  gros  chêne  est  issu 
d’un  gland  ;  la  notre,  comme  toute  autre,  a  commencé  par  l’établissement  d’une 
sorte  de  ferme  construite,  il  y  a  bien  des  siècles,  sur  le  sol  de  cette  île  qui  se  perd 

1  l.a  largeur  primitive  de  la  Seine  était  considérable.  On  vient  récemment  (déc.  1851)  d’abattre, 
pour  livrer  passage  à  la  rue  prolongée  de  Rivoli,  les  maisons  de  la  rue  de  la  Tixeranderie,  derrière 
l  Uôtel  de-Villc.  Or,  on  a  pu  voir  que  leurs  fondements  reposaient  sur  des  bancs  de  sable  d’aliuvion, 
déposés  par  la  Seine. 


ENCEINTE  DE  LA  CITE. 


3 


aujourd’hui  dans  l’ensemble  d’un  vaste  réseau  de  rues.  Peu  à  peu,  autour  de  ce 
noyau  primitif  se  sont  groupées  d’autres  habitations.  Un  temps  enfin  arriva  où 
cette  agglomération  mérita  le  nom  de  petite  ville,  et  posséda  des  constructeurs 
assez  habiles  pour  établir  deux  ponts  communiquant  avec  les  bois,  marais,  prai¬ 
ries,  maisons  et  chemins  situés  sur  les  deux  rives  opposées  à  l’île.  Lutèce  en  était  à 
ce  point  de  croissance,  quand  César  subjugua  ses  habitants.  Mais  quels  étaient  alors 
son  image  réelle,  le  chiffre  de  sa  population,  le  genre  de  bâtisse,  la  forme,  la  dis¬ 
tribution  intérieure  de  ses  habitations  1  ?  Ces  questions  ne  peuvent  être  résolues 
d’après  les  quelques  phrases  fort  vagues  des  auteurs  qui  en  parlent  de  visu.  Il  faut 
donc  nous  en  tenir,  sur  cet  article,  aux  hypothèses  et  voir  chacun  selon  le  bon 
plaisir  de  notre  imagination.  Pour  me  renfermer  dans  le  cadre  du  présent  livre, 
je  ne  discuterai  qu’une  seule  question  :  Lutèce,  avant  l'invasion  romaine,  était- 
elle  fortifiée  d'un  mur  d'enceinte  ? 

Jules-César,  l’écrivain-conquérant,  n’en  ayant  point  parlé  positivement,  il  est  fort 
vraisemblable  que  Lutèce  ( oppidum  Lutetia )  n’avait  d’autres  fortifications  que  son 
site  entre  les  deux  bras  d’un  fleuve.  Comment  César,  qui  raconte  les  exploits  de 
son  armée,  eût-il  oublié  cette  circonstance  importante  qui  eût  encore  relevé  l’é¬ 
clat  de  sa  victoire?  D’ailleurs,  le  récit  des  événements  prouve  assez  l’absence  de 
murailles  autour  de  Lutèce.  L’armée  parisienne,  avant  de  marcher  contre  Labié- 
nus,  incendie  ses  ponts  et  la  ville,  c’est-à-dire  probablement  les  faubourgs.  N’au¬ 
rai  t-on  pas  laissé  un  corps  de  troupes  dans  une  ville  entourée  de  murs?  Les  Pari¬ 
siens  après  leur  défaite,  non  loin  de  leur  île,  ne  courent  pas  y  chercher  un  refuge: 
il  faut  en  conclure  que  ce  peuple,  adonné  surtout  au  commerce  et  à  l’agriculture, 
et  belliqueux  seulement  par  occasion,  avait  jugé  la  Seine  une  fortification  suffi¬ 
sante. 

Mais  tout  en  excluant  l’idée  d’un  rempart  de  pierre,  il  semble  raisonnable  d’ad¬ 
mettre  que  les  Lutéciens,  établis  dans  une  île  alors  peu  élevée  au-dessus  des  basses 
eaux,  avaient  garanti  leur  île  contre  les  ravages  du  fleuve,  c’est-à-dire  au  moyen 


'  On  ne  peut  admettre  que  ces  maisons  eussent  plus  d’un  étage  au-dessus  du  rez-de-chaussée. 
La  nécessité  de  construire  des  habitations  de  plusieurs  étages,  pour  multiplier  la  surface  du  sol, 
ne  se  fait  sentir  qu’à  l’époque  où  le  terrain  central  d’une  ville  a  acquis  une  haute  valeur.  Ce  n’est 
guère,  je  suppose,  avant  le  XIe  siècle  qu’on  eut  chez  nous  l’idée  de  bâtir  en  ce  genre.  C’est  un 
usage,  je  crois,  que  ne  connaissait  point  l’antiquité.  Il  est  douteux  que  Rome  elle-même,  cette  ca¬ 
pitale  du  monde  alors  connu,  ait  possédé  beaucoup  de  maisons  à  plusieurs  étages  Si  donc  les  logis 
de  nos  ancêtres  en  comportaient  au  plus  un  seul,  comme  le  cas  est  vraisemblable,  ils  renfer¬ 
maient  peu  d’habitants,  à  moins  d’admettre  qu’ils  logeassent  pour  la  plupart  en  commun.  La  sur¬ 
face  de  l’île,  telle  qu’elle  était  alors,  peut  être  évaluée  à  peine  à  17  ou  18  hectares.  J2n  supposant 
les  maisons  assez  serrées  et  dépourvues  de  jardins,  on  ne  pourrait,  je  crois,  évaluer  sa  popu¬ 
lation  à  plus  de  cinq  ou  six  mille  âmes. 


4 


ENCEINTE  DE  LA  CITÉ. 


d’une  sorte  de  chaussée  ou  de  terrassement  maintenu  par  des  pieux.  Un  travail 
de  ce  genre,  bien  qu’aucun  auteur  n’en  parle,  semble  avoir  été  pour  eux  de  pre¬ 
mière  nécessité,  à  moins  de  supposer  leurs  maisons  élevées  sur  des  poteaux , 
comme  en  certaines  vallées  de  la  Suisse,  ou  sur  des  tertres  factices,  comme  on  en 
voit,  dit-on,  sur  les  bords  du  Nil  ’. 

Cette  digue  était,  à  mon  avis,  formée  de  pi-eux  plutôt  que  de  pierres,  vu  la 
proximité,  du  côté  de  la  rive  droite,  d’un  bois  qui  vraisemblablement  s’ unissait  à 
ceux  de  Boulogne  et  de  Vincennes.  Nos  aïeux  ont  dû  se  servir  longtemps  de  ces 
bois  placés  à  leur  portée,  avant  de  songer  aux  carrières  plus  éloignées  que  les  Ro¬ 
mains,  architectes  plus  habiles,  furent  les  premiers  à  exploiter.  L’usage  des  con¬ 
structions  ligneuses  s’est  maintenu  longtemps  à  Paris;  les  violents  incendies  si¬ 
gnalés  aux  années  547,  586,  637,  1034,  etc.,  en  fournissent  la  preuve.  Les  ponts 
de  pierre  furent  lontemps  inconnus,  et  quand,  en  886,  les  Normands  vinrent 
assiéger  Paris,  on  leur  opposa  un  pont  et  même  des  tours  presque  entièrement 
composés  de  bois. 

Conclusion  :  Avant  l’invasion  romaine,  Lutèce,  fort  vraisemblablement,  n’était 
pas  entourée  d’un  gros  mur  de  pierre,  mais  devait  être,  malgré  le  silence  des  his¬ 
toriens,  fortifiée,  contre  les  inondations  delà  Seine,  de  digues  formées  de  terre  et 
de  palissades. 

Clôture  de  la  cité.  —  Quand  César  eut  conquis  Lutèce  et  le  territoire  des  Pa¬ 
risiens,  leur  petite  ville  (ou  du  moins  son  emplacement,  si  l’on  admet  qu’elle  avait 
été  incendiée  par  ses  habitants)  dut  peu  tarder  à  devenir  un  centre  militaire, 
une  ville  de  garnison  ;  on  peut  ici  hasarder  le  mot  de  ville ,  puisqu’elle  fut  jugée 
digne  de  loger  des  empereurs  et  que  César  y  établit  le  grand  Conseil  [summum 
Galliœ  consïlium ),  et  peut-être  la  corporation  dite  :  Nautæ  Pcirisienses.  Le  premier 
soin  du  vainqueur  en  s’installant  dans  sa  colonie,  au  milieu  d’indigènes  d’un  ca¬ 
ractère  entreprenant,  dut  être  de  fortiticr  sa  conquête;  mais  il  ne  résulte  pas  des 
anciens  textes  que  ce  fut  au  moyen  d’un  mur  élevé  autour  de  file.  On  fit  de  Lu¬ 
tèce  une  ville  nommée  castellum,  c’est-à-dire  pourvue  d’une  citadelle  située  soit 
à  la  pointe  orientale  de  file,  sur  l’emplacement  actuel  du  Palais,  soit  sur  la  colline 
voisine  qui  dominait  file,  du  côté  du  midi. 

L’empereur  Julien,  dans  son  Misopogon ,  ouvrage  écrit  vers  370,  nous  entre¬ 
tient  de  sa  chère  Lulèce  (Parisiorum  oppidum ),  de  son  site,  de  son  climat  et  de  ses 
deux  ponts;  mais  il  nefuit  aucune  mention  de  son  mur  d’enceinte.  Ammien  Mar- 


'  Consulter,  au  sujet  de  l’exhaussement  successif  des  divers  points  du  sol  de  la  Cité,  la  dissertation 
de  llonainy.  ( Mèm .  de  l'Acad.  des  Inscr.,  tome  XVII.) 


ENCEINTE  DE  LA  CITÉ. 


5 


cellin,  qui  écrivait  à  la  même  époque  (375),  parle  aussi,  dans  sa  Description  des 
Gaules,  de  Lutèce,  qu’il  appelle  pour  la  première  fois  Parisius,  et  qualifie  de 
castellum  ;  il  ne  dit  rien  non  plus  de  ses  murailles,  soit  qu’il  n’en  existât  pas,  soit 
que  le  mot  castellum  renfermât  l’idée  d’une  enceinte. 

Corrozet 1  ( Antiq .  de  Paris,  1561,  fol.  7,  verso)  s’exprime  ainsi  :  «La  renom- 
«  mée  commune  maintient  que  Iules  César  estant  à  Paris,  y  feit  faire  plusieurs 
«  édifices,  et  pour  ceste  cause  plusieurs  auteurs  Latins,  mesmement  Boëce,  au 
«  liure  de  la  Discipline  scholastique,  nomment  Paris  Ciuitas  Iulij,  pour  ce  qu’il 
«  l’a  amplifiée  et  fortifiée.  »  De  la  Marre  (p.  71)  cite  le  passage  de  Boëce  :  «  Lute- 
«  tiam  Cæsar  usque  adeô  ædificiis  adauxit,  tàmque  fortiter  mœnibus  cinxit,  ut 
«  Julii  Cæsaris  Civitas  vocetur.»  De  la  Marre,  ajoutant  (selon  sa  coutume)  du  sien 
à  cette  phrase,  assure  que  ces  murailles  étaient  «  fortifiées  de  tours  d’espace  en 
espace.»  Mauperché  ( Paris  ancien,  p.  31)  relève  vertement  cette  assertion,  et 
attaque  en  même  temps  le  passage  cité,  qui,  dit-il,  ne  «  se  trouve  que  dans  un 
«  livre  que  De  Saint-Foixa  décidé  n’être  d’aucune  autoiité.  » 

L’historien -anecdotier  Saint-Foix  est  à  mes  yeux  fort  peu  Compétent  sur  cette 
matière.  Mais,  en  tout  cas,  la  phrase  citée  ne  peut  être  pour  nous  d’aucun  poids, 
puisque  Boëtius,  personnage  romain  assez  important,  écrivait  vers  460,  époque 
où  le  peuple  conquérant  commençait  à  perdre  son  pouvoir  dans  la  Gaule.  Son 
assertion  sur  un  fait  remontant  à  plus  de  quatre  siècles,  et  que  J.  César  lui-même 
a  passé  sous  silence,  était  probablement  fondée  sur  une  tradition  orale,  c’est-à-dire 
fort  incertaine. 

Si  l’on  admet  que  Boëce  écrivait,  en  effet,  en  460,  et  que  cette  phrase  est  bien 
de  lui  (deux  points  que  je  ne  saurais  décider),  on  doit  croire  que  les  murailles 
dont  il  parle  existaient  de  son  temps  ;  mais  peut-être  avaient-elles  été  construites 
postérieurement  à  l’an  375,  puisque  Julien  et  Marcellin,  qui  écrivaient  alors,  n’en 
font  aucune  mention. 

Ce  qui  me  paraît  certain  2,  c’est  qu’à  l'époque  du  siège  de  Paris  par  les  Nor¬ 
mands,  886,  la  cité  de  Lutèce  était  fortifiée  d’un  gros  mur,  probablement  de 
construction  romaine,  ou,  si  l’on  veut,  gallo-romaine.  Abbon,  religieux  deS.  Ger- 
main-des-Prés,  qui  nous  a  laissé  un  poëme  en  latin  barbare,  sur  ce  siège  dont 
il  fut  témoin,  fait  mention  des  murs  ( mœnîa  ou  muros )  qui  entouraient  la  Cité. 
Il  en  parle  en  son  Ier  livre,  vers  15  et  16,  516  et  634;  et  en  son  IIe,  vers  1 1,  48, 

1  Quand  je  cite  cet  auteur,  c’est  toujours  d’après  l’édition  de  1561. 

2  Cette  assertion  diffère  de  celle  exprimée  dans  mes  Etudes  sur  les  Plans  de  Paris,  page  13.  Quand 
j’écrivais  cette  page,  je  ne  songeais  pas  au  poëme  d’Abhon.  Des  recherches  plus  approfondies  m’ont 
fait  adopter  un  système  opposé. 


6 


ENCEINTE  DE  LA  CITE. 


55  et  56,  123,  147,  188,  233,  264,  288,  422  et  461.  Dans  les  vers  15  el  16 
(liv.  I),  il  s’adresse  ainsi  à  Lutèce  : 

Insula  (de)  te  gaudet;  fluvius  sua  fert  libi  gyro 
Bracchia  complexo  muros  mulcenlia  circùm. 

Je  citerai  encore  les  vers  55  et  56  du  livre  II  : 

Mœnia  circum  eunt  Irucibus  gladiis  onerali 
Digressique  foràs  noslri  circumdare  turres. 

À  moins  de  nier  l’authenticité  de  la  date  de  ce  poëme  si  connu  ,  ou  de  regarder 
ces  documents  comme  des  fictions  poétiques,  il  faut  admettre  qu’en  886  la  Cité 
proprement  nommée  Lutetia  était  entourée  d’un  mur,  ce  qui  (soit  dit  en  passant) 
ne  s’oppose  pas  à  l’existence  d’une  autre  enceinte  déjà  bâtie  sur  une  des  deux  rives. 

Maintenant,  quand  et  de  quels  matériaux  fut  construit  ce  mur?  A  quelle  épo¬ 
que  a-t-il  disparu  ?  Voilà  des  questions  difficiles  à  résoudre.  Il  semble  tout  na¬ 
turel  de  croire  que  le  peuple  conquérant,  qui  fit  de  Lutèce  un  de  ses  quartiers 
généraux,  dut  songer  tôt  ou  tard  à  fortifier  cette  ville  d’un  mur  d’enceinte  ;  aussi 
n’hésite-t-on  qu’avec  peine  à  le  lui  attribuer.  Il  y  a  donc  une  forte  présomption 
en  faveur  de  cette  opinion,  mais  aucune  preuve  positive,  puisque  les  historiens 
contemporains  gardent  le  silence,  et  que  le  seul  qui  assigne  üne  date  à  la  con¬ 
struction  de  ce  mur,  Boëce,  est  un  écrivain  peu  digne  de  confiance.  Grégoire  de 
Tours,  qui  écrivait  au  VI*  siècle,  ne  parlant  pas  de  l’enceinte  romaine,  on 
serait  tenté  de  croire  qu’elle  n’existait  pas,  ou  qu’elle  aurait  été  déjà  détruite  et 
n’aurait  été  relevée  qu’au  IXe  siècle,  contre  les  ravages  des  Normands.  Mais  de 
ce  fait  historique,  que  les  Normands  dévastaient  seulement  les  environs,  ré¬ 
sulte  la  conséquence  que  la  Cité  était  munie  d’un  mur  en  bon  état. 

On  lit  dans  la  prétendue  charte  de  fondation  de  S.  Vincent  (depuis  S.  Ger- 
main-des-Prés),  charte  donnée  par  Childebert  en  558,  et  souvent  réimprimée  : 

«  Cœpi  instruere  Templum,  in  urbe  Parrhisiacâ  propè  muros  civitatis.  »  Ces 
mots  muros  civitatis  désignent-ils  l’enceinte  de  la  Cité,  ou,  comme  le  croit  M.  de 
Gaulle,  une  clôture  delà  rive  gauche,  antérieure  à  celle  de  Ph.  Auguste  ?  D’abord, 
il  paraît  extraordinaire  qu’on  ait,  en  558,  nommé  l’église  de  S.  Germain  «  Tem¬ 
plum  in  urbe  Parrhisiacâ  » .  Ce  fut  seulement  en  octobre  1551,  selon  Corrozet,  que 
l'abbaye  cl  le  faubourg  de  ce  nom  furent  déclarés  faire  partie  de  Paris.  L’ex¬ 
pression  :  propè  muros  paraît  exagérée,  appliquée  à  l’église,  qui  est  distante  de  trois 
cent  cinquante  toises  du  point  de  la  Cité  le  plus  voisin,  c’est-à-dire  de  l’endroit 
où  s’ouvre  la  rue  actuelle  du  Harlay.  Cette  réflexion  a  fait  croire  qu’il  s’agissait 
ici  d’une  enceinte  plus  rapprochée,  construite  sur  la  rive  gauche.  Néanmoins, 


ENCEINTE  DE  LACITÉ. 


7 


comme  il  n’y  avait  sans  doute  que  des  prairies  et  quelques  pauvres  maison¬ 
nettes  dans  tout  cet  espace,  on  peut  s’expliquer  l’emploi  du  mot  propè  dans  le 
sens  où  nous  dirions  :  Yincennes  près  de  Paris,  le  mur  de  la  cité  étant  le  point 
du  voisinage  le  plus  important. 

Dans  la  même  charte,  il  est  question  d’une  donation  de  moulins  situés  (sur  la 
Seine)  inter  portam  civitalis  et  turrim.  Cette  porte  est  sans  doute  celle  ouverte 
au  sud  de  la  Cité,  près  du  Petit-Pont,  et  la  tour,  une  tour  murale,  voisine  de  la  porte. 
Cette  charte  prouverait,  à  mon  avis,  l’existence  de  la  clôture  qui  nous  occupe  ; 
mais  on  peut  élever  des  doutes  sur  son  authenticité.  N’aurait-elle  pu  avoir  été  fa¬ 
briquée  au  XIVe  siècle  par  un  faussaire  ignorant,  qui  croyait  que  le  mur  méri¬ 
dional  de  Ph.  Auguste  était  déjà  debout  en  558? 

Exisle-t-il  sur  le  mur  de  la  Cité  des  preuves  matérielles?  Des  fouilles,  opérées 
en  1829  et  1847,  paraissent  en  fournir  deux.  1°  Lorsqu’on  juin  1829  on  démolit 
S.  Landry,  on  trouva,  annexé  aux  fondements  de  cette  église,  un  mur  épais,  cou¬ 
rant  parallèlement  à  la  Seine.  La  découverte  a  été  consignée  et  expliquée  dans 
les  Mémoires  de  la  Société  des  Antiquaires  de  France1.  On  a  jugé  que  ce  mur 
était  de  construction  romaine,  et  faisait  partie,  malgré  sa  grande  distance  du 
rivage  actuel,  de  l’ancienne  clôture  de  Lutèce.  Il  faut  avoir  égard  à  cette  consi¬ 
dération  que  la  Seine,  alors  dépourvue  de  quais,  empiétait  sur  le  sol  de  l’île,  et 
qu’une  grève  servant  de  chemin  de  ronde  régnait  probablement  le  long  du  mur, 
à  l’extérieur,  comme  semble  l’attester  le  vers  d’Abbon,  cité  plus  haut:  Mœnia 
circumeunt ,  etc. 

2°  Quand,  en  novembre  1847,  on  fit  des  fouilles  sur  la  place  du  parvis,  on 
mit  à  nu,  outre  plusieurs  anciennes  bâtisses  (devenues  souterraines  par  suite  de 
l’exhaussement  progressif  du  terrain),  un  gros  mur  parallèle  au  petit  bras  de  la 
Seine.  Il  a  été  aussi  réputé  de  construction  romaine,  et  M.  Albert  Lenoir,  qui 
l’aura  jugé  tel  en  connaissance  de  cause,  a  fait  graver  avec  soin  l’état  de  ces 
fouilles,  ainsi  que  celles  de  S.  Landry.  (Voir  sa  Statistique  monum.  de  Paris, 
19e  et  24e  liv.) 

Je  n’ai  aucune  compétence  pour  émettre  un  jugement  sur  cette  question,  bien 
que  j’aie  visité  trois  fois  les  ruines  de  Rome.  A  Rome  même,  on  ne  peut  guère 
assigner  une  date  précise  aux  divers  débris  de  bâtisse  brute,  car  ce  sont  les  orne¬ 
ments  en  tout  genre  qui  révèlent  le  plus  sûrement  une  époque. 

Les  Romains  ayant  été  dépossédés  de  notre  territoire  vers  la  fin  du  Ve  siècle, 
il  faut  que  ce  mur  soit  antérieur  à  l’an  500  pour  être  réputé  leur  œuvre.  Il  aurait 
pu  avoir  été  bâti  plus  tard,  dans  un  genre  analogue  à  celui  des  Romains;  car  nos 


*  Voy .  ces  Mémoires ,  tome  IX,  où  se  trouve  le  plan  lithographié  de  ces  fouilles. 


B 


ENCEINTE  DE  LA  CITÉ. 


ancêtres  ont  dû  longtemps  conserver  les  usages  de  leurs  dominateurs.  Les  dé¬ 
couvertes  signalées  peuvent  donc  raisonnablement  s’appliquer  à  une  première  en¬ 
ceinte  romaine  ou  gallo-romaine  ;  mais,  je  l’avoue,  ces  fouilles  n’ont  pas  encore 
entraîné  ma  conviction,  et,  jusqu’à  l’exhumation  de  nouveaux  fragments  de 
murailles  rangés  sur  la  même  ligne  et  d’une  construction  identique,  il  sera  tou¬ 
jours  permis  aux  antiquaires  d’y  voir  les  débris  de  quelque  édifice  inconnu. 

L’existence  de  ce  mur  adoptée,  on  admettra  comme  vraisemblable  qu’il  était 
crénelé,  et  comme  évident  qu’il  livrait  passage  au  moins  à  deux  portes  corres¬ 
pondantes  à  l’axe  des  deux  ponts.  Peut-être  y  avait-il  deux  autres  portes  vers  les 
pointes  orientale  et  occidentale  de  l’île.  C’est  ce  qu’on  ne  saurait  prouver.  Les 
anciens  textes  parlent  vaguement  de  portes,  mais  aucun  n’en  désigne  le  nom¬ 
bre,  ni  les  noms,  ni  l’emplacement. 

Le  mur  d’enceinte  était-il  flanqué  de  tours  à  l’extérieur?  Ces  tours  étaient-elles 
de  forme  ronde,  semi-circulaire  ou  carrée  ?  C’est  une  double  question  que  des  dé¬ 
couvertes  ultérieures  pourront  seules  résoudre,  .le  pencherais  à  leur  attribuer 
la  forme  carrée,  parce  que,  si  ma  mémoire  me  sert  bien,  cette  forme  domine 
dans  les  clôtures  antiques  représentées  sur  des  bas-reliefs,  ou  subsistantes  encore 
dans  des  villes  de  fondation  romaine. 

t- 

De  la  Marre  affirme  l’existence  de  ces  tours,  mais  sans  en  donner  la  moindre 
preuve.  Dans  la  charte  citée  plus  haut  (p.  7),  nous  avons  remarqué  ces  mots  : 

«  inter  portam  civitatis  et  turrim.  »  Cette  charte  étant  admise  comme  authentique, 
je  ne  sais  s’il  est  permis  de  conclure  que  cette  tour  flanquait  le  mur  d’enceinte. 

Le  vers  d’Ahbon  (p.  6)  «  Digressique  foras  nostri  circumdare  turres  »  ne 
décide  pas  encore  la  question.  11  s’agit  probablement  ici  des  tours  de  charpente 
qui  fortifiaient  le  pont  dit  :  de  Charles  le  Chauve,  tours  près  desquelles  se  passè¬ 
rent  tous  les  épisodes  sanglants  du  siège  de  885  à  86. 

Des  preuves  matérielles  viendront-elles  à  notre  secours?  Sauvai  est,  je  crois,  le 
premier  auteur  qui  ait  songé  à  signaler  comme  partie  accessoire  de  la  clôture  de  la 
Cité,  une  ancienne  tour  carrée,  sise  rue  de  la  Pelleterie,  en  1392,  non  loin  de 
S.  Denis-de-la-Chartre,  et  détruite  de  son  temps.  Jaillot présume  quelle  était 
située  près  de  la  rivière,  à  dix  toises  environ  de  cette  rue.  On  la  nommait  autrefois 
tour  Marque  pas,  et  plus  tard  tour  Rolland ,  comme  écrit  Lebeuf  et  autres,  ou 
Raoulant,  selon  Sauvai  (III,  p.  4-2). 

On  doit  être  méfiant  nu  sujet  des  anciennes  tours  dont  il  ne  reste  ni  vestiges 
ni  dessins.  Les  auteurs  des  XVIe  et  XVIIe  siècles  étaient  de  fort  mauvais  juges  en 
archéologie,  même  quand  ils  parlaient  de  visu.  Les  vieilles  tours  carrées ,  que  notre 
siècle  peut  apprécier,  se  trouvent  toujours  être  des  donjons  d’hôtels  ou  des  cages 
d’escalier.  Dans  la  cour  d’une  maison,  rue  Chanoincsse,  18,  il  en  existe  une  qui, 


PREMIÈRE  ENCEINTE  DE  LA  RIVE  DROITE. 


9 


vue  de  la  rue,  affecte  un  air  d’antiquité  qui  se  dissipe  de  près;  c’est  une  bâtisse  du 
XVe  ou  du  XVIe  siècle,  contenant  un  escalier.  Quand  je  la  visitai  en  1840,  le  por¬ 
tier  me  confia  que  j’avais  sous  les  yeux  une  partie  du  palais  du  roi  Dagobert  ou  de 
Charlemagne !  Sauvai  en  eût  fait  volontiers  une  tour  d’enceinte  de  la  Cité;  de  son 
temps,  on  était  sur  ce  point  fort  accommodant.  Je  suis  même  étonné  que  l’édifice 
octogone  du  cimetière  des  Innocents  n’ait  pas  été  cité  aussi  à  titre  de  tour  d’en¬ 
ceinte,  puisqu’on  s’est  bien  avisé  de  le  faire  passer  pour  un  phare  établi...  au 
milieu  d’un  bois  1  ! 

Je  me  sens  donc  tout  disposé  à  rejeter  cette  tour  de  Marquefas  que  l’archéologie 
moderne  n’est  plus  à  même  de  juger. 

Robert  de  Vaugondy  (  Tablettes ,  p.  9)  admet  que  les  murs  et  les  tours  du 
Palais  pourraient  bien  avoir  été  bâtis  sur  cette  première  clôture,  et  il  signale 
une  grosse  tour  sise  rue  S.  Louis  (aujourd’hui  quai  des  Orfèvres),  près  du 
pont  S.  Michel,  comme  une  des  sœurs  de  la  tour  Marquefas.  Celte  tour  ronde 
figure  sur  plusieurs  plans,  notamment  sur  celui  de  Mathieu  Mérian.  Du  reste, 
de  Vaugondy  n’affirme  rien,  et  se  garde  bien  de  décrire  l’objet  de  son  hypothèse. 
Il  est  probable  que  cette  tour,  comme  celles  qui  subsistent  encore  sur  le  quai  de 
l’Horloge,  datait  à  peu  près  du  temps  de  Philippe  le  Bel. 

L’enceinte  de  la  Cité  subsistait  encore  en  886,  comme  l’atteste  le  poème  d’Ab- 
bon.  A  quelle  époque  a-t-elle  disparu?  Il  est  croyable  qu’il  n’en  existait  plus 
aucune  partie  sous  Ph.  Auguste,  puisque  les  écrivains  contemporains  n’en  font 
pas  mention.  Après  la  retraite  définitive  des  Normands,  on  l’aura  jugée  inutile 
et  remplacée  par  une  enceinte  plus  étendue,  embrassant  les  quartiers  situés  sur 
la  rive  droite,  et  peut-être  aussi  les  faubourgs  de  l’autre  rive.  Aune  époque  qu’on 
ne  peut  préciser ,  ce  mur,  vendu  ou  livré  au  bon  plaisir  des  propriétaires  rive¬ 
rains,  aura  été  exploité  comme  une  carrière  de  pierres.  C’est  le  sort  réservé,  tôt 
ou  tard,  à  toutes  les  clôtures  de  ce  genre. 

II.  —  Première  enceinte  de  la  Tille. 

(  Rive  droite.  ) 

L’histoire  de  cette  clôture  ne  s’appuie  guère  que  sur  des  hypothèses.  Les  histo¬ 
riographes  parisiens  l’admettent  pour  la  plupart,  mais  n’en  parlent  qu’avec  un 
vague  désespérant.  Aucun  d’eux  n’est  parvenu  à  prouver  ses  limites,  ni  l’année 
de  sa  fondation ,  ni  sa  forme,  ni  même  l’époque  où  elle  fut  effacée  du  sol.  Jus- 

'  Si  j’en  avais  le  loisir,  je  ferais  un  livre  intitulé  :  des  bévues  archéologiques  relatives  au  vieux 
Paris.  Le  volume  serait  plus  gros  que  celui-ci.  Je  n’oublierais  pas  toutes  ces  prétendues  habitations 
de  personnages  célèbres,  consignées  dans  les  historiens  anecdotiers. 


10 


PREMIERE  ENCEINTE  DE  LA  RIVE  DROITE. 


qu’ici  nul  vestige  matériel  et  authentique  n’est  venu  à  l’aide  de  l’antiquaire  , 
quoiqu’on  ait  fait  souvent  des  fouilles  profondes  dans  les  diverses  localités  que 
plusieurs  auteurs  assignent  à  son  passage.  On  a  allégué,  pour  attester  ou  nier  son 
existence,  une  multitude  de  raisons  bonnes  ou  mauvaises  ;  on  a  produit  des 
chartes  ou  d’anciens  récits  plus  ou  moins  dignes  de  confiance.  Pour  moi,  je  n’ai 
à  présenter  sur  cette  matière  aucun  document  nouveau.  Je  me  bornerai  donc 
à  exposer  avec  lucidité,  à  analyser  avec  concision  tout  ce  qui  a  été  mis  en  avant 
jusqu’ici  sur  ce  sujet  obscur;  et  d’abord  je  m’occuperai  delà  rive  droite. 

Du  Breul  (édit.  1612,  p.  846)  1  cite  une  charte  de  Lothaire,  accordée  (vers 
980)  aux  Religieux  de  S.  Magloire,  où  il  est  question  de  leur  chapelle  S.  Georges, 
attenante  à  leur  cimetière  alors  situé  dans  la  rue  actuelle  de  S.  Magloire  2.  Il  est 
dit  dans  l’acte  que  cette  chapelle  est  bâtie  «  in  suburbio  Parisiaco ,  non  procul  à 
«  mœnibus.  »  Il  ne  s’agit  pas  ici  du  gros  mur  distant  de  ce  point  d’environ  85  toises 
vers  le  nord,  mur  attribué  par  tous  les  historiens  à  Philippe  Auguste  (1 190).  D’ail¬ 
leurs  cette  chapelle,  étant  dans  le  faubourg  (in  suburbio),  devait  être  en  dehors 
de  l’enceinte.  Il  s’agit  donc,  soit  du  mur  qui  entourait  la  Cité,  soit  d’un  autre, 
placé  entre  cette  chapelle  et  la  Seine.  Si  l’on  admet  qu’on  désigne  celui  de  la  Cité, 
on  conviendra  que  ces  mots  :  non  procul  à  mœnibus,  ne  sont  guère  justes,  puisque, 
de  la  chapelle  au  point  le  plus  voisin  du  rivage  de  la  Cité,  on  compte,  selon  Ver- 
niquet,  environ  354  toises.  Mauperché  (p.  79)  adhère  à  cette  interprétation  en 
se  fondant  sur  un  acte  analogue  que  j’ai  cité  page  6,  acte  où  il  est  question  de 
l’église  S.  Vincent,  située  propè  muros  civitatis,  quoiqu’elle  en  fût  aussi  très-éloi- 
gnée.  Mais  les  circonstances  sont  ici  différentes.  Entre  la  Cité  et  la  chapelle 
S.  Georges  il  existait,  en  980,  plusieurs  localités  ou  rues  très-importantes  qu’on 
aurait  pu  choisir  pour  indiquer  la  position  de  cette  chapelle.  Cette  charte,  inter¬ 
prétée  dans  le  sens  le  plus  naturel  à  mes  yeux,  attesterait  l’existence  d'un  mur 
d’enceinte  qui  traverserait  la  rue  S.  Denis,  à  peu  près  à  la  hauteur  de  la  rue 
Aubry-le-Boucher.  Reste  à  savoir  si  la  charte,  dont  Du  Breul  ne  donne  qu’un 
extrait,  est  authentique;  c’est  ce  que  je  ne  pourrais  affirmer,  même  quand  je 
l’aurais  sous  les  yeux.  Dulaure  l’a  jugée  fausse. 

Suger,  abbé  de  S.  Denis  et  ministre  de  Louis  le  Gros,  mentionne,  dans  un 
compte  (  rédigé  vers  1 145)  des  revenus  de  soirabbaye,  une  maison  qu’il  avait 
acquise  près  d’une  des  portes  de  Paris  «  doinurn  quæ  super  est  Portœ  Parisiensi 

1  Quand  je  cite  le  Théâtre  des  Antiquités  de  Paris  de  Du  Breul,  c’est  toujours  d’après  l’édition 
de  1612  suivie  du  Supplément  de  1639. 

2  Cette  chapelle,  ainsi  que  le  couvent  de  S.  Magloire  (rebâtis  depuis  980)  passa  aux  Filles-Repen¬ 
ties  vers  1572,  époque  où  Cath.  de  Médicis  établit  sur  le  terrain  de  leur  couvent  primitif  son  hôtel, 
qu’a  depuis  remplacé  la  Halle-aux-blés. 


PREMIERE  ENCEINTE  DE  LA  RIYE  DROITE. 


11 


«  versùs  S.  Medericum.  »  L’existence  d’une  porte  de  ville  située  rue  S.  Martin, 
près  S.  Merry,  paraît  donc  incontestable.  On  ne  peut  y  voir  une  porte  de  la  Cité, 
ni  la  confondre  avec  celle  élevée  plus  au  nord,  environ  45  ans  plus  tard,  par  Pb. 
Auguste.  Raoul  de  Presle  vers  1380,  et  Corrozet  en  1532,  en  signalent  les  débris 
nommés  Y  archet  S.  Merry.  Guillot,  dans  son  Dit  des  Rues  de  Paris  (vers  1300), 
nomme,  dans  le  voisinage  de  cette  église,  la  rue  S.  Martin  :  rue  de  la  Porte  S. 
Mesri.  Cette  rue,  passé  celle  de  la  Verrerie,  continue  sous  le  nom  de  :  rue  des 
Arcis,  sur  tous  les  plans  antérieurs  à  1851.  Or,  ce  changement  de  désignation 
semble  indiquer,  comme  le  remarque  La  Tynna,  la  limite  de  Paris  à  une  certaine 
époque,  et  le  nom  des  Arcis  peut  signifier  :  arcades ,  par  allusion  à  l’archet  S. 
Merry  *. 

Cet  archet  S.  Merry  est  donc  un  point  fixe.  Seulement  il  est  permis  de  dire, 
avec  Sauvai,  que  l’existence  d’une  porte  de  ville  n’entraîne  pas  celle  d’un  mur 
d’enceinte.  Mais  comme  cette  porte,  d’après  la  suite  du  texte  de  Suger,  rappor¬ 
tait  des  revenus  au  profit  de  son  abbaye,  cette  circonstance  semble  autoriser 
à  croire  également  à  un  mur  de  clôture,  car  il  serait  assez  difficile  de  percevoir 
des  droits  à  une  porte  isolée  de  tout  mur  d’octroi. 

Mauperché,  qui  cite  lui-même  le  récit  de  Suger,  et  qui  veut  s’entêter  à  nier  une 
enceinte  antérieure  à  celle  de  Ph.  Auguste,  cherche  à  se  débarrasser  de  ce  témoi¬ 
gnage  et,  malgré  l’évidence,  soit  aveuglement,  soit  mauvaise  foi,  il  dit  (p.  80): 
«  Ce  nom  d 'Archet  S.  Merry  (cité  par  Raoul  de  Presle)  prouve  que  ce  n’étoit  pas 
«  une  porte  de  Paris,  mais,  selon  les  apparences,  une  porte  du  cloître  de  l’église 
«  de  S.  Merry.  »  Il  oublie  que  Suger  dit  positivement  :  porta  parisiensis. 

De  la  Marre  (p.  72)  cite  un  titre  de  1253  où  il  est  question  de  la  Porte  Bau¬ 
dets  joignant  les  Murs-le-Roy.  Cette  porte  est  sans  aucun  doute  celle  bâtie  vers 
1 190,  et  non  celle  du  même  nom,  qu’on  suppose  avoir  existé  sur  la  place  Baudets , 
dite  aussi,  après  bien  des  altérations  :  Baudoyer.  Cette  expression  :  les  Murs-le- 
Roy. ,  est  souvent  employée  dans  d’anciens  actes  où  il  est  question  des  murs  de  Ph. 
Auguste  ou  de  Charles  Y.  Plus  tard,  on  les  nomma  :  les  murs  de  la  Ville. 

Le  même  auteur  cite  des  lettres-patentes  datées  d’août  1280,  et  extraites  des 
Registres  du  Châtelet,  où  il  est  dit  «  Propè  portam  Bauderii  à  domo  Joannis  des 
«  Carneaux,  quæ  est  de  dicto  lerfitorio  S.  Eligii,  per  quam  mûri  veteres  ire  sole- 
«  bant.  »  S’agit-il  ici  de  la  première  porte  Baudets,  ou  de  la  seconde,  bâtie  en 
1190,  où  nous  voyons  l’entrée  du  collège  Charlemagne?  L’expression  mûri  ve- 


5  Le  mot  archet  signifiait  :  porte  à  arcade.  On  lit  dans  La  Tynna  que  l’extrémité  orientale  de  la 
rue  des  Prêtres-S. -Paul  (dite  aujourd’hui  Charlemagne)  se  nommait  Y  Archet-S.-Paul,  parce  qu’elle 
aboutissait  à  la  poterne  de  ce  nom.  Sauvai  cite  une  rue  de  l’Archet,  près  S.  Julien-le-Pauvre. 


12 


PREMIÈRE  ENCEINTE  DE  LA  RIVE  DROITE 


teres  peut,  sans  trop  dévier  de  son  sens,  s’appliquer  à  des  murailles  élevées  depuis 
90  ans  ;  mais  pour  expliquer  les  mots  ire  solebant,  qui  expriment  un  temps  passé, 
il  faut  supposer  qu’en  1280  le  murdePh.  Auguste  avait  été  déjà,  en  cet  endroit, 
vendu  à  des  particuliers  qui  l’avaient  démoli  pour  agrandir  leur  propriété. 

Cette  interprétation  répugne  à  la  vraisemblance.  Si  l’on  regarde  comme  au¬ 
thentiques  la  teneur  et  la  date  de  ces  lettres-patentes,  on  admettra  que  le  terri¬ 
toire  de  S.  Eloy  s’étendait  jusqu’à  la  place  de  la  Porte  Baudets,  et  que  cet  acte 
de  1280  atteste  l’existence,  de  ce  côté  de  Paris,  d’un  mur  d’enceinte  antérieur  à 
celui  de  Ph.  Auguste. 

Quelques  auteurs  ont  cru  que  la  première  porte  Baudets  était  située  rue  S.  An¬ 
toine,  à  la  hauteur  de  la  rue  de  Jouy,  parce  qu’on  signale  sur  d’anciens  titres  un 
vieux  mur  qui  se  voyait  rue  de  Jouy.  Mais  notons  que  la  rue  des  Prêtres-Saint- 
Paul  (auj.  Charlemagne)  portait  le  même  nom  que  cette  rue,  à  laquelle  elle  fait 
suite  ;  on  a  voulu  désigner  dans  ces  titres  le  mur  de  Ph.  Auguste,  qui  la  traver¬ 
sait  à  la  hauteur  du  collège  Charlemagne. 

Bonamynous  a  fait  connaître  (Mém.  de  V Acad,  des  Inscr.,  t.  XXXII)  une  pièce 
tirée  du  Trésor  des  Chartes,  qu’il  a  copiée  lui-même.  C’est  un  prétendu  devis  ou 
compte  des  frais  du  mur  élevé  sur  la  rive  gauche  par  Ph.  Auguste.  Je  la  citerai 
plus  tard,  au  chap.  vm.  Voici  le  passage  qui  nous  intéresse  ici  :  on  y  dit  que 
l’enceinte  du  midi  est  accompagnée  de  tours  de  même  épaisseur  que  le  vieux 
mur  qui  est  du  côté  de  la  rive  droite;  «  cum  tornellis  de  spissitudine  veteris  mûri 
«  ex  parte  Magni  Pontis.  »  Bonamy  remarque  que  cette  expression  vieux  mur  ne 
peut  s’appliquer  au  mur  septentrional  de  Ph.  Auguste,  bâti  tout  récemment 
(vers  1190),  comme  l’affirment  tous  les  historiens  modernes,  et  conclut  qu’il 
s’agit  d’une  enceinte  antérieure  construite  sous  la  première  race  '. 

Ph.  Auguste  aurait- il,  au  lieu  de  faire  construire  à  neuf  le  gros  mur  de 
cette  partie  de  Paris ,  réparé  seulement  un  mur  antérieur  qui  aurait  servi 
de  modèle  pour  la  clôture  projetée  du  côté  de  la  rive  gauche? 

Telle  est  la  réflexion  que  fait  naître  cet  acte.  Il  renverserait,  comme  le  remarque 
Du  Plessis  ( Annales ,  p.  70),  la  croyance  généralement  admise  au  sujet  de  l’en¬ 
ceinte  septentrionale  attribuée  à  Ph.  Auguste.  Du  Plessis  demande  où  est  la  preuve 
que  celte  enceinte  soit  de  ce  temps;  c’est  un  point  que  nous  discuterons  plus  tard 
(voir  le  chap.  ni). 

1  Faudrait-il  admettre  que  Louis  le  Gros,  en  guerre  avec  les  Anglais,  avait  fortifié  Paris,  et  que 
les  halles  qu’il  fit  construire  étaient  placées  à  l’intérieur  d’une  enceinte  élevée  vers  le  même 
temps?  Bouquet,  dans  son  Mémoire,  p.  38,  cite  un  acte  de  ce  roi  où  il  s’agit  d’un  fossé  qui  bornait 
le  terrain  de  Champeaux.  Ce  fossé  aurait-il  fait  partie  d’une  fortification  générale,  dont  le  nom  de 
la  rue  des  Fossés-S.-Gcrmain-l’Auxerrois  serait  un  souvenir  ? 


PREMIERE  ENCEINTE  DE  LA  RIVE  DROITE. 


13 


Tels  sont,  à  ma  connaissance,  les  principaux  documents  écrits,  signalés  à  l’appui 
d’une  clôture  établie  sur  la  rive  droite  avant  celle  de  Ph.  Auguste.  Il  résulte  de 
leur  analyse  que  la  question  est  encore  en  suspens.  Pour  la  résoudre,  il  faudrait 
exhumer  une  pièce  moins  sujette  à  controverse  que  celles  citées  jusqu’à  ce  jour. 
Cette  pièce,  qui  seule  pourrait  éclaircir  tous  les  doutes,  est  peut-être  cachée  à 
cette  heure  au  fond  de  nos  Archives  :  c’est  vers  ce  document  inédit  que  devra 
diriger  toutes  ses  recherches  celui  qui  voudra  refaire  ce  chapitre. 

Il  est  encore,  sur  ce  sujet,  une  sorte  de  preuves  qui  nous  manque  tout  à  fait; 
je  veux  parler  de  découvertes  matérielles.  On  lit  dans  la  Cosmog.  univ.  de 
Belleforest,  t.  I,  p.  179  :  «En  diuers  endroits  de  la  ville,  on  voit  les  marques  de 
«  l’accroissement  d’icelle,  si  comme  vers  la  Monnoie...  puis  fut  fermée  iusques 
«  au  lieu  qu’on  nomme  l’archet  S.  Merry.  »  Veut-il  dire  que  de  son  temps 
(1575)  on  voyait  encore  des  restes  d’un  vieux  mur  d’enceinte  près  de  la  Monnaie, 
alors  située  dans  la  rue  actuelle  de  la  Vieille-Monnaie? 

Sauvai  a  prétendu,  mais  à  tort,  avoir  trouvé  deux  tours  qui  se  rattachaient  à 
cette  clôture;  l’une  est  détruite  depuis  longtemps,  l’autre  a  subsisté  jusqu’en 
1 843  :  j’en  parlerai  plus  bas,  dans  le  cours  du  présent  chapitre. 

Je  vais  maintenant  m’occuper  des  hypothèses  plus  ou  moins  probables  qu’on 
peut  émettre  sur  l’existence  de  cette  enceinte. 

La  plupart  des  historiographes  parisiens  l’ont  admise,  pour  ainsi  dire,  par  in¬ 
stinct,  car  la  ville  de  Paris  a  toujours  possédé  des  faubourgs  trop  considérables 
pour  qu’on  puisse  supposer,  même  sous  la  première  race,  qu’ils  fussent  dépourvus 
des  moyens  de  défense  généralement  adoptés  5  cette  époque. 

Grégoire  de  Tours,  historien  contemporain  du  sixième  siècle,  s’exprime  ainsi 
( Gloria  confessorum )  :  «Ingrediente  autem  Chilperico  rege  in  urbem  Parisiacam, 
«  postridiè  quàm  rex  ingressus  est  civitatem.  »  Le  mot  urbem  désigne  pro¬ 
bablement  la  rive  droite  de  Paris,  ville  déjà  importante1.  Peut-être  même 
appelait-on  déjà  spécialement  Paris  cette  partie  de  la  capitale  des  Parisiens. 

Avant  les  ravages  des  Normands,  Paris  était  une  ville  riche  et  peuplée  ;  aussi, 
quand  ces  dévastateurs  résolurent  d’en  faire  le  siège,  se  présentèrent-ils  en  grand 
nombre,  puisqu’on  évalue  leur  armée  à  trente  ou  quarante  mille  hommes.  Bonamy, 
dans  une  Dissert.  (. Mém .  de  l’ Acad,  des  Iriser.  XV),  accumule  les  preuves  de  l’état 
florissant  deParis  au  IXe  siècle.  Voici  les  principales  :  —  existence  d’un  Palais  royal; 

>  Grégoire  de  Tours  ne  parle  nulle  part  d’une  clôture  de  la  rive  droite,  partie  de  Paris  appelée 
proprement  :  la  Ville.  Ce  silence  doit  peut-être  s’interpréter  ainsi  :  il  s’est  cru  dispensé  de  consigner 
un  fait  que,  dans  sa  pensée,  la  postérité  ne  mettrait  jamais  en  doute,  vu  qu’une  enceinte  était,  de 
son  temps,  réputée  l’accessoire  indispensable  d’une  ville,  de  sorte  que  le  mot  ville  (urbs  ou  oppi¬ 
dum)  renfermait  l’idée  d’une  enceinte  fortifiée. 


14 


PREMIÈRE  ENCEINTE  DE  LA  RIVE  DROITE. 


—  lettre  de  Foulques,  archev.  de  Reims,  à  Charles  le  Gros,  dans  laquelle  il  nomme 
Paris  la  capitale  de  Neustrie  et  de  Bourgogne;  ■ — associations  très-importantes  de 
commerçants  ; —  affluence  d’étrangers  à  la  Foire  de  S.  Denis  ; —  tableau  imposant 
qu’ont  tracé  de  ses  richesses  Hilduin,  abbé  de  S.  Denis;  Adreval,  moine  de  l’abb. 
de  Fleury-su r-Loire;  enfin  Àbbon,  qui,  en  886,  personnifiant  la  ville  de  Paris, 
lui  prête  ces  paroles:  Sum  polis  ut  regina  micans  omnes  super  urbes  ;  et,  un  peu 
plus  loin,  l’apostrophe  ainsi  :  Quisque  cupiscit  opes  Francorum  te  veneratur.  On 
pourrait  objecter  que  c’est  une  exagération  poétique  (si  poésie  il  y  a)  ;  néanmoins, 
on  doit  conjecturer  qu’à  une  époque  où  existaient  déjà  au  nord  de  la  ville  des 
abbayes  ou  églises  considérables,  telles  que  S.  Gervais,  S.  Germain-le-Rond 
(depuis  :  l’Auxerrois),  S.  Laurent,  la  Basilique  de  S.  Martin-des-Champs ,  etc., 
cette  partie  de  Paris  devait  être  digne  d’un  rempart. 

Dans  le  Poème  d’ Abbon,  on  voit  tous  les  efforts  des  assiégeants  se  porter  vers 
la  Cité,  parce  qu’ apparemment  toutes  les  richesses  des  faubourgs  s’y  étaient 
réfugiées.  On  peut  donc  douter  que  la  rive  droite  fût  fortifiée  en  886;  cependant, 
comme  on  lit  qu’à  diverses  reprises  nos  ennemis,  avant  et  après  cette  époque,  ne 
pouvant  forcer  le  passage  sur  la  Seine,  transportaient  leurs  barques  à  terre 
pendant  l'espace  de  deux  milles,  puis  les  remettaient  à  flot  au-dessus  de  Paris,  et 
ainsi  au  retour,  on  est  amené  à  croire  qu’ils  faisaient,  du  côté  de  la  rive  droite, 
le  tour  d’une  clôture  assez  étendue,  renfermant  les  faubourgs  de  la  ville. 

Les  historiographes  parisiens  ont  donc,  je  le  répète,  se  fondant  sur  les  citations  et 
les  raisonnements  que  je  viens  d’exposer,  admis  une  clôture,  qu’il  y  aurait,  pour 
ainsi  dire,  nécessité  d’inventer,  en  l’absence  de  preuves  positives.  On  lit  dans  les 
Annales  de  Du  Plessis,  page  9  :  «  Il  est  certain  que  sous  la  première  Race  de  nos 
«  rois,  une  partie  des  fauxbourgs  étoit  déjà  ajoutée  à  l’ancienne  Ville,  au  moyen 
«  d'une  enceinte  de  chaque  côté.  »  Le  mot  certain  est  trop  affirmatif  ;  conten¬ 
tons-nous  de  l’expression  :  très-vraisemblable .  Quant  à  l’existence  d’une  clô¬ 
ture  méridionale,  à  laquelle  se  rapporte  aussi  le  mot  certain,  elle  est  encore 
bien  moins  prouvée  que  celle  de  la  rive  droite,  comme  je  le  dirai  bientôt. 

A  mon  avis,  les  deux  documents  les  plus  solides  sur  lesquels  puisse  s’appuyer 
la  démonstration  d’une  enceinte  septentrionale,  avant  Ph.  Auguste,  c’est  la  charte 
de  980,  au  sujet  de  la  chapelle  S.  Georges  (voy.  p.  10),  et  le  passage  de  l’abbé 
Sugcr,  où  il  s’agit  d’une  porte  de  Paris  voisine  de  Saint-Merry  et  située  au  point 
où  la  rue  des  Arcis  fait  suite  à  celle  S.  Martin,  porte  où  l’on  percevait  des  droits 
au  profit  de  l’abbaye  de  S.  Denis.  Quant  aux  autres  prétendues  preuves,  elles  se 
réduisent  à  des  conjectures,  ou  à  des  méprises. 

L’existence  de  cette  première  clôture  du  nord  supposée  certaine,  à  quel  siècle 
l’attribuer?  Sera-ce  à  l’époque  de  la  domination  romaine?  Il  est  raisonnable  de 


PREMIÈRE  ENCEINTE  DE  LA  RIVE  DROITE. 


15 


croire  que,  deux  ou  trois  siècles  après  la  conquête  de  J.  César,  ce  côté  de  la  Seine 
ait  été  assez  important  pour  mériter  un  mur  d’enceinte  tout  aussi  bien  que  la 
Cité.  Mais  on  se  demande  comment  à  aucune  époque  on  n’en  a  trouvé  la  moindre 
trace.  Sans  doute,  au  moyen  âge,  on  a  pu  en  employer  les  matériaux  à  d’autres 
constructions,  surtout  après  l’achèvement  de  la  nouvelle  clôture  de  Ph.  Auguste; 
mais  qu’il  n'en  reste  aucun  vestige,  même  souterrain,  voilà  ce  qui  étonne.  On  a 
pourtant  souvent  sondé  profondément  le  sol  à  des  endroits  où  l’on  suppose  que 
ce  mur  existait,  du  côté  du  Grand-Châtelet,  des  Halles  et  de  S.  Gervais  (voir  la 
note,  page  2)  ;  or,  on  n’a  jamais  signalé  la  moindre  découverte,  soit  que  personne 
n’eût  songé  à  rechercher  les  traces  de  ce  mur  antique,  soit  qu’il  eût  été  construit 
fort  légèrement,  contre  l’habitude  des  Romains;  soit  encore  que  Ph.  Auguste 
(hypothèse  inadmissible)  eût  établi  son  mur  d’enceinte  sur  les  fondements  de 
celui-ci;  soit  enfin  qu’il  n’eût  jamais  existé. 

Sauvai  le  croit  de  construction  romaine,  et  comme,  emporté  par  son  imagina¬ 
tion,  il  se  contredit  souvent  ;  il  regarde  comme  des  accessoires  qui  ont  survécu 
à  sa  ruine,  des  tours  de  construction  ogivale,  dont  je  vais  parler  quelques  pages 
plus  bas. 

L’abbé  Lebeüf,  frappé  sans  doute  de  l’idée  qu’une  enceinte  romaine  aurait 
laissé  des  traces,  admet  quelle  était  l’ouvrage  des  Francs  :  «  C’étoient  vraisem- 
«  blablement  des  murs  bâtis  moitié  de  bois  sur  des  fondemens  peu  épais  et  peu 
«  profonds  :  c’est  pourquoi  ils  furent  facilement  réduits  en  cendres  dans  les 
«  différens  passages  des  Normans;  et  c’est  la  raison  pour  laquelle  on  n’en  peut 
«  rien  montrer.  Tout  ce  qui  en  fut  conservé  fut  l’allignement  sur  lequel  on  assît 
«  les  murs  qu’on  refit  par  la  suite  »  ( Dissertations ,  t.  I,  p.  31). 

Cette  dernière  phrase  semble  donner  à  entendre  que  l’enceinte  septent.  de 
Ph.  Auguste  fut  établie  sur  la  trace  d’une  autre  plus  ancienne.  Ce  système  pren¬ 
drait,  en  effet,  quelque  apparence  de  consistance  si  on  l’étayait  sur  l’interpréta¬ 
tion  de  plusieurs  pièces  telles  que  celle  exhumée  par  Bonamy  (voyez  p.  12);  mais 
il  serait  bientôt  détruit  par  des  récits  contemporains,  qu’il  n’est  point  permis  de 
rejeter.  Au  reste,  admettre  que  Ph.  Auguste  bâtit  son  mur  septentrional  sur  les 
ruines  d’une  enceinte  précédente,  ce  n’est  pas  nier  l’existence  d’une  autre  en¬ 
ceinte  encore  antérieure  et  moins  étendue.  Mais  rien  dans  les  écrits  de  Rigord 
et  de  Guillaume  le  Breton,  historiens  contemporains,  n’indique  que  ce  roi  en  ait 
usé  ainsi;  il  en  résulte,  au  contraire,  qu’il  renferma  dans  une  clôture  neuve  des 
faubourgs  et  des  pièces  de  terre  qui  se  trouvaient  hors  de  la  ville,  ce  qui  exclut 
l’idée  du  simple  renouvellement  d’un  ancien  mur.  Il  est  particulier  que  ces  his¬ 
toriens,  qui  l’ont  vu  construire,  ne  parlent  pas  de  l’enceinte  qui  aurait  précédé 
celle  qu’ils  décrivent,  ne  fût- ce  qu’à  titre  de  comparaison,  pour  faire  mieux 


16 


PREMIÈRE  ENCEINTE  DE  LA  RIVE  DROITE. 


valoir  par  le  contraste  l’importance  de  cet  agrandissement  de  Paris.  Nulle  pari 
ils  n’emploient  l’expression  enceinte  nouvelle.  Il  est  donc  à  croire  que,  dès  cette 
époque,  l’ancienne  était  détruite  sur  toute  la  ligne,  ou  cachée,  à  l’insu  de  tous, 
au  milieu  des  îlots  de  maisons  1 . 

L’époque  où  fut  élevée  cette  première  clôture  de  la  rive  droite,  dont  l’existence 
est  très-vraisemblable  sinon  prouvée,  est  un  point  tout  à  fait  incertain.  Les  uns 
l’attribuent  aux  Romains,  les  autres  à  Hugues  Gapet  et  à  Louis  le  Gros.  Le  plus 
sage,  à  mon  avis,  est  de  rester  neutre  en  attendant  des  documents  précis,  s’il 
doit  en  venir.  Pour  satisfaire  tout  le  monde,  j’admettrais  volontiers  qu’elle  était 
l’ouvrage  de  plusieurs  époques;  que,  construite  sous  les  Romains,  elle  fut  à  divers 
intervalles  réparée,  renouvelée,  peut-être  même  reculée,  selon  le  besoin,  sur 
certains  points.  On  supposerait  qu’au  Xe  siècle  ce  mur  antique  ou  gallo-ro¬ 
main,  çà  et  là  démantelé  par  les  Normands  ou  lézardé  par  le  temps,  commençait 
à  tomber  en  ruines,  et  qu’on  l’aura  laissé  en  cet  état  à  l’approche  de  ce  terrible 
an  1000,  terme  assigné,  par  la  croyance  universelle,  à  la  fin  du  monde,  et  cause 
d’un  découragement  général.  Passé  la  fatale  limite,  on  voit  les  peuples  re¬ 
naître  à  l’espoir  et  à  l’activité;  alors  furent  renouvelés  les  édifices  délabrés; 
mais  au  lieu  de  relever  les  débris  de  l’enceinte,  on  la  convertit,  ainsi  que  celle 
de  la  Cité,  en  une  sorte  de  carrière  de  pierres,  dont  on  tira  des  matériaux  pour 
reconstruire  les  églises;  la  ville  de  Paris,  en  veine  de  croissance,  dépassa  les  li¬ 
mites  effacées  de  sa  vieille  enceinte,  de  sorte  que  sous  Ph.  Auguste,  devenue  une 
ville  ouverte,  elle  avait  déjà  perdu  le  souvenir  de  l’emplacement  où  passaient  ses 
anciens  murs. 

Mais  trêve  aux  hypothèses  qui  ne  parlent  qu’à  l’imagination.  Pour  en  faire  une 
dernière  et  prendre  un  parti,  je  supposerai  cette  enceinte  détruite  vers  l’an  1200, 
puisque  les  historiens  de  Ph.  Auguste  n’en  parlent  pas  et  n’accordent  pas  à  celle 
de  ce  roi  l’épithète  de  nouvelle. 

Je  vais  maintenant  indiquer  les  divers  tracés  de  plusieurs  auteurs  relativement 
à  la  première  enceinte  septentrionale,  mais  sans  adopter  aucun  système,  et  sans 
la  moindre  velléité  d’en  construire  un  nouveau.  Je  répète  avant  tout  que  je  n’ai 
jamais  rencontré  le  moindre  reste  authentique  de  ce  mur  de  clôture  sur  aucun 
point  des  diverses  lignes  que  plusieurs  auteurs  ont  assignées  à  son  cours.  Au¬ 
jourd’hui  même  (janvier  1852)  on  voit  des  fouilles  profondes  à  la  place  où  passait 
la  rue  de  la  Tixcranderie.  Quelques  vestiges  d’un  mur  épais  mais  isolé,  décou- 


'  Sauvai  avance  que  les  deux  portes  nommées  Baudets  ou  Baudoyer  ont  existé  simultanément, 
et,  Ramond  du  Poujet,  que  la  première  enceinte  septentrionale  subsistait  encore  sous  Louis  le 
Jeune  (1157  à  80).  Mais  ces  assertions  ne  sont  pas  accompagnées  de  preuves. 


PREMIERE  ENCEINTE  DE  LA  RIYE  DROITE. 


17 


vert,  m’a-t-on  dit,  vers  l’extrémité  sud  de  la  rue  des  Mauvais-Garçons,  ne  peu¬ 
vent  passer  pour  un  échantillon  de  l’enceinte  qui  nous  occupe. 

Sauvai,  qui  écrivait  vers  1660,  est,  je  crois,  le  premier  auteur  qui  se  soit 
avisé  de  tracer  la  marche  hypothétique  d’une  clôture  delà  rive  droite,  antérieure 
à  celle  de  Ph.  Auguste,  et  de  construction  romaine.  Il  la  fait  commencer  à  la 
porte  Baudets  ou  Baudoyer,  près  la  place  de  ce  nom,  ou  aux  environs,  sans  déter¬ 
miner  de  quel  point  du  rivage  de  la  Seine  partait  le  mur  qui  joignait  cette  porte. 
De  là  il  la  conduit,  sans  indication  précise,  jusqu’à  une  vieille  tour  carrée,  dite 
du  Pet-au-Diable ,  derrière  S.  Jean-en-Grève  ‘,  puis  de  là  à  une  autre  vieille  tour 
qui  se  voyait  de  son  temps  au  logis  de  M.  Honoré  Barentin,  rue  des  Deux-Portes, 
entre  les  rues  delà  Verrerie  et  de  la  Tixeranderie.  11  dirige  ensuite  son  mur  d’en¬ 
ceinte  vers  S.  Merry,  proche  l’église,  où  était  la  porte  citée  par  l’abbé  Suger; 
puis,  à  la  hauteur  de  la  rue  S.  Denis,  il  lui  fait  faire  un  brusque  retour  d’équerre, 
et  le  fait  aboutir  au  bas  de  cette  rue,  à  la  place  actuelle  du  Châtelet. 

Ce  tracé  de  Sauvai  offre  cinq  points  bien  arrêtés  qui  servent  de  base  à  son  sy¬ 
stème.  La  place  Baudets  ou  Baudoyer  (nom  qui  a  prévalu)  est  un  carrefour  qu’on 
nommait  autrefois  la  Porte  Baudets  ou  Baudoyer ,  comme  s’il  y  avait  là  une  en¬ 
trée  de  Paris.  On  a  donc,  depuis  des  siècles,  admis,  sur  le  témoignage  du  nom  de 
la  place  et  de  la  tradition  orale,  qu’il  en  avait  existé  une  à  une  époque  indéter¬ 
minée.  Au  reste,  aucune  découverte  matérielle  n’est  jamais  venue  à  l’appui  de 
cette  tradition  fort  acceptable.  Mais  il  est  important,  je  le  répète,  de  ne  pas  con¬ 
fondre  la  première  porte  Baudets  avec  celle  du  même  nom  bâtie  sous  Ph.  Au¬ 
guste,  rue  S.  Antoine,  à  la  hauteur  du  collège  Charlemagne.  La  première  ( porta 
Bagauda )  était  de  construction  romaine,  suivant  De  la  Marre,  qui  lui  donne  une 
bizarre  étymologie.  (Yoy.  ma  description  des  portes,  à  la  suite  de  ce  livre.)  Ce 
n’est  que  sous  Louis  XV  au  plus  tôt  qu’on  a  écrit  place  au  lieu  déporté.  On  lit  sur 
le  plan  de  Du  Cerceau,  1560  :  Porte  Baudest;  sur  celui  de  Mérian,  1615  :  Porte 
Baudets;  sur  ceux  de  Gomboust  et  de  Bullet,  1652  et  1672  :  Porte  Baudoyer  et 
Bodoyer,  etc.  La  plupart  des  auteurs  parlent  d’une  porte  sise  en  ce  lieu  ;  mais  au¬ 
cun  n’a  pu  préciser  son  emplacement.  Peut-être  la  véritable  désignation  fut-elle 
primitivement  Y  Apport  (marché)  Baudets.  Corrozet  (1561,  f.  68,  v)  parle  du 
cimetière  S.  Jean ,  près  Y apport  Baudoier  ou  porte  Baudes. 

La  tour  dite  du  Pet-au-Diable  n’a  jamais  pu  faire  partie  d’une  clôture,  sur¬ 
tout  antérieure  au  douzième  siècle.  On  a  peine  à  concevoir  que  De  Vaugondy  et 
Dulaure  aient  adhéré  à  cette  méprise  de  Sauvai,  relevée  par  Lebeuf,  Jaillot,  Mau- 
pqrché  et  autres.  Lebeuf  ( Dissertations ,  I,  p.  29)  est  d’avis  que  cette  tour  «  ne 

’  Je  conseille  ici  au  lecteur  d’avoir  sous  les  yeux  un  plan  de  Paris  du  XVIIIe  siècle. 

3 


18 


PREMIERE  ENCEINTE  DE  LA  RIVE  DROITE 


démontre  qu’une  antiquité  de  quatre  ou  cinq  siècles»  (il  écrivait  en  1739).  Cette 
remarque  faisait  honneur  à  son  bon  goût,  mais  il  en  gâte  tout  le  mérite  en  ajou¬ 
tant  qu’elle  était  voisine  de  la  porte  Baudets,  et  qu’il  la  reconnaît  volontiers 
comme  «  bâtie  sur  les  f'ondemens  d’une  autre  ancienne  tour  de  la  première  en¬ 
te  ceinte,  et  peut-être  même  d’une  des  deux  tours  qui  dévoient  former  la  porte 
«  Baudoyer.  »  Cette  hypothèse  est  inadmissible,  vu  que  cette  tour  était  située  à 
environ  75  toises  de  la  place  de  ce  nom. 

Mauperché  (p.  81)  fait  la  remarque  que  «les  gros  quartiers  de  pierre  dont  la 
«  tour  du  Pet  au  Diable  est  composée,  indiquent  qu’elle  n’est  pas  à  beaucoup  près 
«  aussi  ancienne  que  la  clôture  de  Ph.  Auguste.  »  Il  donne  pour  raison  que  sous 
ce  roi  on  n’employait  que  de  très-petites  pierres,  comme  on  en  voit  à  son  mur 
d’enceinte.  Il  suffit  d’examiner  les  parties  de  Notre-Dame  élevées  au  XIIe  siècle, 
pour  se  convaincre  qu’on  faisait  usage  également  de  pierres  plus  grosses.  C’est 
donc  au  style  de  son  architecture  qu’il  faut  demander  la  preuve  de  sa  date. 

J’entrerai,  au  sujet  de  cette  tour,  dans  quelques  détails,  d’autant  plus  volon¬ 
tiers  qu’elle  a  disparu  tout  entière.  (On  la  voit  indiquée  sur  les  anciens  plans  de 
Braun  et  de  Du  Cerceau.)  Je  l’ai  visitée  plusieurs  fois,  et  en  dernier  lieu  en  oc¬ 
tobre  184-3,  époque  où  l’on  procédait  à  sa  démolition,  afin  de  dégager  les  abords 
de  l’Hôtel-de-Ville.  Elle  se  trouvait  dans  la  cour  d’une  maison  de  la  rue  Lobau 
(ci-devant  :  du  Tourniquet-S. -Jean ,  et  autrefois  :  du  Pet -au -Diable).  Sous 
Louis  XY,  elle  faisait  partie  d’un  hôtel  dit  de  Sainte-Mesme  *,  mais  plus  ancien¬ 
nement  elle  était  une  dépendance  d’un  Hôtel  dit  de  la  Tour,  appartenant,  selon 
Sauvai  (I,  p.  21),  au  connétable  Valeran  de  Luxembourg. 

Dans  la  cour  de  cet  hôtel,  devenu  une  maison  fort  vulgaire,  on  voyait,  du  côté 
du  nord,  un  corps  de  logis  élevé  du  sol  d’environ  20  mètres.  C’était  la  tour  en 
question,  mais  méconnaissable,  replâtrée,  avec  des  fenêtres  repercées;  le  tout 
coiffé  d’un  toit  fort  ordinaire,  sans  nulle  trace  de  créneaux  ou  de  mâchicoulis. 

Elle  passe  pour  avoir  été  donnée,  à  une  certaine  époque,  aux  Juifs  du  quartier. 
De  là  sa  dénomination  de  Synagogue,  de  Vieux-Temple  2  de  Pet-au-Diable ,  sobri¬ 
quet  qu’au  moyen  âge,  en  plusieurs  lieux  de  France,  on  donna  aux  temples 
païens,  et  plus  particulièrement  aux  synagogues. 

1  Rrice  et  Piganiol  parlent  de  cet  hôtel  ;  mais  au  lieu  de  décrire  la  tour,  ils  signalent  particuliè¬ 
rement  une  remise  (bâtie  sous  Louis  XV)  qui  excitait  l’admiration  des  architectes  du  temps.  Onvla 
voyait  encore  en  1840,  à  droite  en  entrant.  Son  plafond  était  formé  d’une  voûte  mince  et  plate 
d’une  seule  pierre.  Elle  a  été  gravée  en  1733  par  Joseph  de  La  Marche.  (Voir  Cab.  des  Est.,  quartier 
de  rilôtel -de-Ville). 

“Cette  tour,  dit  Dulaure,  a  pu  appartenir  aux  Templiers,  qui  avaient  en  ce  lieu  un  hôtel  appelé 

le  Vieux-Temple. 


PREMIERE  ENCEINTE  13E  LA  RIYE  DROITE. 


19 


On  lit  dans  une  Description  de  Paris,  écrite  en  1434  par  Guillebert  de  Metz  ' , 
le  passage  suivant  :  «  Deuant  lostel  de  l’Amiral  lez  S.  Jehan  (en  Grève)  estoit  une 
«  diuerse  grosse  piere  de  merueilleuse  façon  que  len  nomme  le  Pet  au  Deable.  « 
Sauvai  (t.  I,  p.  157,  et  IY,  425)  cite  un  arrêt  du  Parlement,  du  15  nov.  1451, 
pour  s’informer  de  la  pierre  dite  :  du  Pet-au-Diable.  Cette  pierre,  ornée  de  sculp¬ 
tures,  d'après  l’expression  de  Guillebert,  était  peut-être  un  ancien  autel  païen, 
exhumé  par  nos  ancêtres,  qui  l’auront  nommé  Pet-au-Diable,  par  opposition 
ironique  à  :  Encens  à  Dieu  ;  et  il  est  possible  que  la  tour  voisine  du  lieu  de  la  dé¬ 
couverte  en  ait  pris  le  nom. 

Cette  tour  s’annonçait,  dès  le  premier  coup  d’œil,  comme  le  donjon  défiguré 
d’un  ancien  hôtel.  Elle  avait,  à  l’intérieur,  assez  de  ressemblance  avec  une  autre, 
encore  debout  au  cloître  S.  Jean-de-Latran,  nommée  tour  Bichat,  parce  que  ce 
célèbre  anatomiste  l’avait  habitée.  Sa  forme  était  un  carré  plus  long  dans  le  sens 
de  l’est  à  l’ouest  que  dans  le  sens  opposé.  Son  rez-de-chaussée,  devenu  souter¬ 
rain,  servait  de  cave  en  1838.  Son  plafond  consistait  en  deux  voûtes  dont  les  arêtes 
doublées,  garnies  de  nervures  et  alternativement  ogivales  et  cintrées,  retom¬ 
baient  d’une  part  sur  le  gros  mur,  de  l’autre  sur  un  pilier  centrai  à  fût  cylindri¬ 
que  uni,  avec  un  chapiteau  sans  ornements.  L’étage  supérieur,  servant  de  magasin, 
était  voûté  de  même,  saut  que  les  arcs  étaient  tous  de  forme  ogivale.  Quant  aux 
deux  ou  trois  autres  étages,  les  plafonds  ainsi  que  les  fenêtres  avaient  été  refaits. 
L’escalier  conduisant  à  chaque  étage  était  moderne  et  construit  en  dehors  de  la 
tour. 

La  loge  du  portier  était  attenante  à  la  face  orientale  du  bâtiment;  sur  un  des 
pieds-droits  de  la  porte  de  cette  loge  ,  à  un  mètre  du  soi,  on  voyait  un  petit  bas- 
relief  assez  fruste,  sculpté  sur  une  pierre  probablement  rapportée.  11  représentait 
Jésus  crucifié,  entre  Marie  et  Madeleine  ;  sa  forme  était  un  carré  arqué  au-dessus 
de  la  tête  du  Christ.  Cette  pieuse  sculpture  aura  peut-être  été  exécutée  sur  un 
des  murs  de  l’ancien  hôtel,  à  l’époque  où  la  tour  cessa  d’être  une  synagogue,  dans 
le  but  d e  purifier  la  localité. 

On  arrachait  les  fondements  de  la  tour  en  octobre  1843.  L’entrepreneur  de  la 
démolition  (M.  Guichard)  me  montra  un  petit  écu  d'or  à  l’agnelet,  qu’il  venait  de 
trouver,  et  m’assura  n’avoir  rencontré,  en  fait  d’ornements,  qu’une  croix  de  Lor¬ 
raine  surmontée  d’une  couronne,  le  tout  sculpté  au-dessus  d’une  porte.  On 
voyait,  parmi  les  décombres,  des  fragments  de  briques  plates,  ornées  de  dessins  en 
creux  en  forme  d’étoiles.  Voilà  tout  ce  que  j’ai  pu  voir  ou  savoir  de  la  tour  du  Pet- 

1  Ce  carieux  manuscr.  se  voit  à  la  Bibliot.  des  ducs  de  Bourgogne,  à  Bruxelles  (voir  ma  Notice  sur 
Gilles  Corrozet,  1848,  in— 8°) . 


20 


PREMIERE  ENCEINTE  DE  LA  RIVE  DROITE. 


au-Diable,  donjon  du  XIIe  ou  du  XIIIe  siècle,  comme  il  en  existait  beaucoup  à  Paris. 

Venons  à  l’autre  tour,  celle  du  logis  de  M.  Barentin,  tour  détruite  vers  1685 
ou  en  1702.  Le  plan  de  Gomboust  (1652)  indique  ce  logis,  mais  on  n’y  remarque 
ni  le  plan  ni  l’élévation  de  la  tour.  Sauvai  la  décrit  en  termes  bien  vagues  :  «  une 
«  grosse  tour  carrée  qui  ressemble  à  une  forteresse  des  siècles  les  plus  reculés ,  et 
«  à  une  tour  de  clôture  plus  qu’à  toute  autre  chose.  »  En  fait  d’ancienne  archi¬ 
tecture,  il  n’est  pas  sûr  de  se  fier  à  l’appréciation  de  Sauvai.  Cette  tour  était  fort 
probablement,  commel’autre,  un  vieux  donjon,  puisque,  selon  De  la  Marre  (p.  73), 
elle  était  semblable  à  celle  du  Pet-au-Diable.  Ce  dernier  auteur,  qui  écrivait 
vers  1700,  ajoute  qu’on  la  voyait  encore  «  il  n’y  a  pas  vingt  ans.  » 

Ce  donjon  figure  sur  les  plans  de  G.  Braun,  de  Du  Cerceau  et  de  Belleforest  ' . 
Sur  celui  de  Du  Cerceau,  on  y  remarque  quelques  détails  omis  sur  la  copie  de 
Dheulland.  Il  offre  l’aspect  d’un  énorme  bâtiment  carré,  à  deux  étages,  avec  un 
toit  élevé,  percé  d’une  lucarne.  Les  quatre  fenêtres  de  la  face  occidentale  parais¬ 
sent  de  forme  gothique,  à  deux  compartiments. 

Quant  à  la  porte  de  ville,  que  Sauvai  admet  en  la  rue  S.  Martin,  près  de  S.  Merry, 
son  existence  me  paraît  incontestable.  (Voy.  plus  haut,  p.  11.) 

Il  nous  reste  un  cinquième  point  à  examiner  :  l’existence  d’une  porte  dite  :  de 
Paris ,  au  bas  de  la  rue  S.  Denis.  Une  petite  place  qu’on  voyait  autrefois  à  l’ex¬ 
trémité  de  cette  rue,  devant  le  Grand-Châtelet,  s’est  nommée  de  temps  immémo¬ 
rial,  tantôt  1  e  port  ou  Y  apport  (marché)-Paris,  tantôt  la  porte  Paris.  Sur  le  plan 
de  Boisseau  on  lit  Port,  sur  celui  de  Bullet  :  porte.  Sauvai,  d’accord  avec  Corro- 
zet,  soutient,  contre  Du  Breul,  qu’on  doit  dire  :  porte.  De  la  Marre  est  du  même 
avis  et  appelle  vaguement  en  témoignage  les  anciens  titres.  On  comprend  qu’il  a 
pu  en  effet  exister  autrefois  en  ce  lieu  une  porte  fortifiée  qui  formait  la  tête  du 
Grand-pont,  et  qu’a  depuis  remplacée  le  Grand-Châtelet;  mais  cette  porte  n’a 
pu  avoir  d’usage  qu’au  temps  où  Paris  était  renfermé  dans  la  Cité.  Considérée 
comme  dépendance  d’une  enceinte  de  la  rive  droite,  sa  position  ne  s’explique 
pas.  Son  ouverture  faisait-elle  face  à  une  rue  parallèle  à  la  Seine  ou  à  la  rue 
S.  Denis?  Et  puis,  comment  admettre  que  cette  rue  S.  Denis  qui  fut,  dès  les 
temps  les  plus  reculés,  une  grande  chaussée  aboutissant  au  Grand-pont,  garnie 
de  maisons  qui  formaient  un  faubourg  important,  ait  été  limitée  d’un  côté  par  un 
mur  d’enceinte  et  réduite  à  l’état  d’un  chemin  de  ronde  intérieur?  Aussi  la  plu¬ 
part  des  auteurs  qui  ont  écrit  après  De  la  Marre  ont-ils  senti  le  besoin  de  tracer 

'  J'ai  lu  dans  un  article  du  Siècle  (4  août  4851)  qu’il  y  eut  là  un  palais  habité  par  la  reine  Blan¬ 
che,  veuve  de  Philippe  VI,  puis  par  Tanneguy  du  Chastel,  et  enfin  par  Sully. 


PREMIÈRE  ENCEINTE  DE  LA  RIVE  DROITE. 


21 


ce  mur  plus  loin  vers  l’ouest,  de  manière  à  ce  que  la  corde  de  l’arc  de  la  clôture 
du  nord  fût  parallèle  à  la  longueur  de  la  Cité  ;  aussi  ont-ils  supprimé  cette  porte 
de  Paris,  ou  du  moins  ne  l’ont-ils  pas  attribuée  à  l’enceinte  de  la  rive  droite.  Il 
est  incroyable  que  Lebeuf  ait,  sur  ce  point,  adhéré  à  l’opinion  de  Sauvai. 

De  la  Marre  donne  de  cette  clôture  un  tracé  analogue  à  celui  de  Sauvai ,  mais 
avec  un  peu  plus  de  détails.  «  Elle  commençoit  (dit-il,  t.  I,  p.  72)  à  la  Porte  de 
«  Paris,  continuoit  le  long  de  la  rue  S.  Denys,  où  il  y  avoit  une  porte  1  proche  la 
«  rue  des  Lombards  ;  passoit  ensuite  entre  cette  rue  des  Lombards  et  la  rue 
«  Troussevache,  au  Cloistre  S.  Médéric,  où  il  y  avoit  une  autre  porte;  tournoit 
«  parla  rue  de  la  Verrerie,  entre  les  rues  Bardubec  et  des  Billettes  ;  descendoit 
«  rue  des  Deux  Portes  ;  traversoit  la  rue  de  la  Tixeranderie  et  le  Cloistre  S.  Jean, 
«  proche  duquel  estoit  une  troisième  porte,  et  finissoit  sur  le  bord  de  la  rivière, 
«  entre  S.  Jean  et  S.  Gervais.  » 

Bonamy  (Mém.  de  l’Ac.  des  Inscr .,  t.  XV  et  XVII)  critique  cette  hypothèse  et 
assigne  à  l’enceinte  une  marche  plus  conforme  au  bon  sens.  Il  la  fait  commen¬ 
cer  au  For-l’Evêque,  vis-à-vis  la  rue  actuelle  du  Harlay,  qui  était  la  limite  occi¬ 
dentale  de  la  Cité;  elle  longe  ensuite  le  cimetière  des  Innocents,  traverse  la  rue 
S.  Denis,  où  il  place  une  porte  qui  n’est  pas  invraisemblable;  continue  jusqu’à 
la  Porte  S.  Merry,  gagne  la  rue  S.  Antoine,  près  la  Vieille-rue-du-Temple,  et 
aboutit  au  port  au  blé,  entre  les  rues  des  Barres  et  Geoffroy-Lasnier.  Bonamy 
rejette  ainsi,  et  avec  raison,  la  Porte-Paris  et  les  deux  tours  carrées  dont  j’ai 
parlé  ci-dessus. 

Bobert  de  Vaugondy,  influencé  par  les  remarques  de  Bonamy,  a  placé  son  en¬ 
ceinte  à  peu  près  sur  la  même  ligne;  mais  il  n’a  pu  éviter  l’écueil  des  deux  tours 
mises  en  avant  par  Sauvai,  et  c’est  pour  les  rencontrer  qu’il  la  fait  aboutir  à  un 
point  plus  rapproché  de  l’Hôtel-de-Ville.  Il  admet,  opinion  singulière  !  que  de  ce 
côté  de  Paris  le  vide  formé  par  la  démolition  du  mur  est  représenté  par  le  passage 
même  des  rues  dont  il  fait  les  limites  de  sa  clôture.  Aussi  s’est- il  cru  dispensé  de 
l’indiquer  par  une  ligne  sur  son  plan  qui  porte  le  tracé  des  enceintes  postérieures 
à  celle-ci.  Cette  assertion  est  vague  et  ne  s’appuie  sur  rien  ;  il  suffit  de  suivre  son 
système  avec  un  plan  de  Paris  sous  les  yeux,  pour  le  rejeter. 

Voici  le  texte  de  R.  de  Vaugondy  (Tablettes  paris.,  p.  10)  :  «  Cette  clôture  pa- 
«  roît  avoir  commencé  au  bord  de  la  rivière,  à  peu  près  où  est  la  rue  des  Plu- 
«  mets,  passoit  près  la  place  Baudet,  où  étoit  une  porte  de  même  nom,  alloit 
«joindre  dans  le  cloître  S.  Jean  une  tour  quarrée,  qui  existe  encore  sous  le  nom 


1  Aucun  acte  ne  mentionne  cette  porte  :  elle  a  dû  cependant  exister,  mais  pas  dans  l'hypothèse 
que  la  rueS.  Denis,  l’ancienne  grande  route  du  Nord,  eût  été  un  simple  chemin  de  ronde  intérieur. 


22 


PREMIERE  ENCEINTE  DE  LA  RIVE  DROITE. 


«  de  Pet  au  Diable,  et  qui  l’a  donné  à  la  rue  voisine  ;  continuoit  par  la  rue  des 
«  Deux  Portes  jusqu’à  une  tour  qui  y  existoit  encore,  il  y  a  quelques  années ,  se- 
«  Ion  Sauvai  et  Delamarre  ;  puis,  suivant  le  cloître  de  S.  Merry,  traversoit  la  rue 
«  S.  Martin  dans  un  lieu  appellé  l’Archet  S.  Merry,  qui  étoit  une  porte  près  l’é— 
«  glise  de  même  nom  ;  passant  ensuite  vers  les  rues  Troussevache  et  des  Lom- 
«  bards,  traversoit  la  rue  S.  Denis,  où  il  y  avoit  une  porte,  renfermoit  S.  Op- 
«  portune,  et  tournoit  par  les  rues  des  Deschargeurs  et  Bertin  Poirée,  pour  aboutir 
«  sur  le  quai  de  la  Mégisserie,  proche  le  Fort  l’Evêque.  » 

Voici  le  système  de  La  Tynna  (édit.  1816,  p.  xxxi)  sur  ce  mur  de  clôture,  qu’il 
croit  bâti  sous  Hugues  Gapet  :  «  Il  commençait  sur  le  bord  de  la  Seine,  en  face  de 
«  la  rue  Pierre-à-Poisson,  et  se  dirigeait  le  long  de  la  rue  S.  Denis  jusqu’à  la 
«  rue  des  Lombards,  où  l’on  trouvait  une  porte  (nous  avons  fait  d’inutiles  efforts 
«  pour  découvrir  si  la  porte  Perrin-Gasselin,  mentionnée  dans  le  rôle  de  1313, 
«  était  une  ancienne  porte  de  la  ville)  ;  il  passait  ensuite  entre  les  rues  des  Lom- 
«  bards  et  Troussevache  jusqu’à  la  rue  S.  Martin,  où  il  y  avait  encore  une  porte, 
«  nommée  depuis  l’Archet  S.  Merri  ;  ce  mur  de  clôture  traversait  ensuite  le  cloî- 
«  tre  S.  Merri,  coupait  les  rues  du  Renard,  Barre-du-Bec,  et  aboutissait  rue  des 
«  Rillettes,  où  il  y  avait  vraisemblablement  une  porte  ;  il  longeait  ensuite  la  rue  des 
«  Deux-Portes,  traversait  la  rue  de  la  Tixeranderie  et  le  cloître  S.  Jean,  près  du- 
«  quel  était  encore  une  porte,  et  finissait  en  droite  ligne  au  bord  de  la  Seine.  » 

Ramond  du  Poujet,  dans  sa  Notice  sur  les  enceintes  de  Paris  (1818),  a  suivi  à 
peu  près  la  marche  de  Sauvai,  et  de  De  la  Marre. 

Voyons  enfin  la  ligne  que  Dulaure  assigne  à  la  première  enceinte  septentrio¬ 
nale,  qu’il  attribue  à  Louis  le  Gros.  Ses  conjectures  sont  fondées  sur  la  courbure 
ou  sur  la  dénomination  de  certaines  rues. 

Son  mur  part  dans  le  voisinage  de  S.  Germain-l’Auxerrois ,  enserrant  cette 
église  et  ses  dépendances,  suit  la  direction  des  rues  des  Fossés-S. -Germain,  de 
Béthisy,  des  Deux-Boules,  des  Chevaliers- du-Guet  et  de  Perrin-Gasselin.  Rue 
S.  Denis,  il  est  percé  d’une  porte  peu  distante  du  Grand-Châtelet,  et  continue  à 
suivre  les  rues  d’Avignon  et  des  Ecrivains,  traverse  la  rue  des  Arcis,  où  se 
trouve  la  porte  nommée  par  l’abbé  Suger.  De  là,  il  suit  la  rue  Jean-Pain-Mollet, 
traverse  le  nord  de  la  place  de  Grève,  touche  à  la  tour  du  Pet-au-Diable,  et,  de 
ce  point,  va  joindre  le  quai.  Ici,  Dulaure  est  fort  indécis  et  ne  sait  où  placer  la 
Porte  Baudet,  ni  à  quel  point  du  rivage  faire  aboutir  son  mur. 

Ce  système  me  semble  être  de  tous  le  moins  adoptable  ;  figuré  sur  un  plan, 
il  répugne  à  la  raison.  Conçoit-on  que  Louis  le  Gros  construise,  vers  1135,  un 
mur  d’enceinte  à  une  si  petite  distance  de  la  Seîne,  que  Ph.  Auguste,  un  demi- 
siècle  plus  tard,  sera  obligé  de  le  reculer  bien  plus  loin  vers  le  nord?  Il  serait  plus 


PREMIERE  ENCEINTE  DE  LA  RITE  GAUCHE. 


23 


raisonnable  de  croire  que  Louis  le  Gros  aurait  fait  élever  le  mur  même  qu’on 
attribue  à  Ph.  Auguste,  et  de  soutenir  que  ce  dernier  roi  se  borna  à  le  réparer 
en  1190.  Mais  attribuer  à  Louis  le  Gros  une  clôture  si  resserrée,  qu’elle  laissait 
en  dehors  de  riches  faubourgs,  et  même  le  marché  qu’il  avait  établi  ou  projetait, 
d’établir,  n’est-ce  pas  en  vérité  une  opinion  inadmissible  ? 

La  rue  des  Fossés  -S. -Germain-l’  Auxerrois  doit  son  nom,  soit  à  des  tranchées 
dont  les  Normands  auraient  entouré  leur  camp,  établi  près  de  là  en  886,  soit  (en 
supposant  son  origine  moins  ancienne)  à  sa  tendance  vers  le  fossé  qui  fortifiait  à 
l’orient  le  vieux  Louvre,  et  pouvait  être  ainsi  désigné,  vu  sa  proximité  de  l’église 
S.  Germain.  Dulaure,  en  élevant  de  ce  côté  de  Paris  un  mur  accompagné  d’un 
fossé,  est  forcé  en  quelque  sorte  de  l’admettre  sur  toute  la  ligne,  hypothèse 
qu’aucun  document  ne  confirme  *.  Il  place  trop  bas  dans  la  rue  S.  Martin  la  porte 
de  ville  dont  parle  Suger.  Il  lui  convenait  d’autant  mieux  d’en  fixer  la  position 
au  point  où  la  rue  S.  Martin  prend  le  nom  de  rue  des  Arcis,  qu’il  a  fondé  sur 
ces  changements  dans  la  désignation  des  rues  qui  se  font  suite  son  système  de 
clôture  de  la  rive  gauche.  Est-ce  donc  uniquement  pour  la  faire  toucher  à  cette 
tour  du  Pet*au-Diable,  que  Sauvai  avait  mise  en  avant  à  tout  hasard,  que  Du¬ 
laure  a  donné  à  son  enceinte  une  forme  si  étroite  ?  Au  sortir  de  cette  maudite 
tour,  il  ne  sait  plus  que  faire  de  la  porte  Baudoyer,  et  encore  moins  où  fixer  l’ex¬ 
trémité  de  son  enceinte,  à  laquelle  il  assigne  trois  aboutissants,  au  choix,  sur  la 
rive  de  la  Seine.  C’est  là  plutôt  embrouiller  qu’éclaircir  une  question. 


Première  enceinte  (rive  gauche).  —  Exista-t-il  jamais  sur  la  rive  gauche  un 
mur  d’enceinte  antérieur  à  celui  de  Ph.  Auguste?  Cette  question  n’a  pu  jusqu’à 
présent  sortir  des  ténèbres  de  l’hypothèse.  Il  suffit,  je  crois,  pour  la  résoudre  né¬ 
gativement,  des  considérations  suivantes  :  Cette  partie  de  la  ville  se  trouvait  éta¬ 
blie  sur  le  petit  bras  de  la  Seine,  presque  toujours  à  sec  en  été,  au  pied  d’une 
colline  assez  escarpée;  cette  position  seule  indique  qu’elle  était  peu  commer¬ 
çante.  C’était,  en  effet,  avant  Ph.  Auguste,  et  même  de  son  temps,  dans  la  Cité 
et  dans  la  ville  qu’étaient  agglomérés  les  riches  habitations  et  les  établissements 
de  commerce.  Sur  la  rive  gauche  on  ne  voyait  guère  que  d’immenses  clos  en 
culture,  et  çà  et  là  quelques  églises  ou  chapelles;  les  collèges  et  les  couvents  ne 
s’y  multiplièrent  qu’aux  XIIIe  et  XIVe  siècles.  Le  petit  nombre  de  rues  alors  for- 

1  Excepté  peut-être  l’acte  cité  dans  la  note  de  la  page  12.  M.  De  Gaulle  adhère  au  système  de 
Dulaure,  et  cherche  même  un  nouveau  point  d’appui  dans  le  nom  de  l’impasse  de  la  Petite-Bastille 
(rue  de  l’Arbre-Sec).  Ce  nom  lui  vient  d’une  enseigne;  et  d’ailleurs  l’espèce  de  fortification  nom¬ 
mée  bastille  ou  bastide  n’est  guère  employée  que  depuis  Charles  V. 


24 


PREMIERE  ENCEINTE  DE  LA  RIVE  GAUCHE. 


niées  se  composaient  de  paisibles  et  silencieuses  habitations  ;  il  n’y  avait  un  peu 
de  mouvement  qu’aux  abords  du  Petit-Pont  et  sur  la  ligne  de  la  grande  chaussée 
d’Italie,  nommée  plus  tard  rue  S.  Jacques.  Les  églises,  autour  desquelles  se 
groupaient  quelques  maisons,  avaient  des  tours  crénelées;  le  palais  des  Thermes 
pouvait  lui-même  passer  pour  la  citadelle  de  la  rive  gauche.  Admettra-t-on  une 
enceinte  comme  nécessaire  pour  protéger  un  faubourg  si  peu  compact,  et  ces 
quelques  nies  solitaires  établies  sur  une  pente  ? 

Sauvai  est,  je  crois,  encore  le  premier  qui,  se  fondant  sur  une  prétendue  pièce 
qu’il  nomme  ancien  rôle  des  carrefours ,  parle,  en  termes  fort  vagues  (  1. 1,  p.  29 
et  30),  d’une  clôture  qui  embrassait  la  place  Maubert  et  son  voisinage ,  com¬ 
mençant  au  Petit-Pont  et  finissant  à  la  rue  de  Bièvre.  De  la  Marre  n’a  point 
adhéré  à  cette  idée  de  Sauvai.  Mauperché  et  Ramond  du  Poujet  l’ont  aussi  rejetée; 
mais  Jaillot  et  Dulaure  l’ont  admise  en  la  modifiant. 

L’existence  de  cette  clôture  n’est  fondée  que  sur  des  hypothèses  plus  ou  moins 
ingénieuses,  et  aucun  des  auteurs  qui  ont  tenté  d’en  indiquer  la  ligne  n’a  pu 
s’expliquer,  même  approximativement,  sur  la  date  de  sa  construction,  ni  sur 
l’époque  où  elle  disparut.  Ajoutons  qu’on  n’a  trouvé,  en  aucun  temps,  le  moindre 
débris  matériel  qui  pût  s’y  appliquer.  On  n’a  jamais,  à  ma  connaissance,  allégué 
que  trois  preuves  en  sa  faveur  (non  compris  celle  de  Sauvai),  mais  si  faibles 
que  le  moindre  souffle  peut  les  renverser. 

La  première  est  tirée  de  la  prétendue  charte  de  fondation  de  la  basilique  S. 
Vincent,  devenue  S.  Germain-des-Prés,  où  il  est  parlé,  en  558,  non  du  mur 
méridional  de  la  ville,  mais  plutôt  de  celui  de  la  Cité.  (Voy.  pag.  6.)  La  seconde  a 
pour  base  une  phrase  tirée  de  la  Vie  de  S.  Martin,  écrite  par  Sulpitius  Severus, 
où  il  est  dit  que  ce  saint,  revenant  de  Tours  à  Paris,  rencontra,  à  Ventrée 
de  cette  ville,  un  lépreux  qu’il  guérit  en  lui  donnant  un  baiser.  A  cet  endroit 
même  aurait  été  élevée  une  chapelle  en  branchage,  qui  existait  encore  sous  Clo¬ 
taire  I.  Toussaintsdu  Plessis,  qui  discute  ces  faits  (  Nouv.  annales  de  Paris,  p.  33 
et 77),  prétend  prouver  que  cet  oratoire,  de  construction  si  chétive,  était  situé 
près  d’une  des  portes  de  Paris,  vers  l’endroit  où  est  la  chapelle  S.  Yves,  en  deçà 
de  la  rue  des  Noyers.  Mais,  de  ce  fait  que  S.  Martin  rencontra  un  lépreux  à 
l’entrée  de  la  ville ,  il  ne  résulte  pas  qu'une  porte  ait  formé  cette  entrée.  Du 
Plessis,  qui  a  imaginé  cette  porte,  lui  a  aussi  créé  un  nom  ;  il  l’appelle  la  Porte  du 
Lépreux.  Cependant  il  n’ose  affirmer  qu’un  mur  de  clôture  y  fût  attenant.  Peut- 
être  (dit-il,  p.  78)  «  n’y  avoït— il  là  qu’un  simple  fossé,  qui  aura  été  comblé  par 
«  succession  de  temps,  ou  un  mur  si  foible  qu’il  sera  facilement  tombé  de  lui 
«  même  sans  qu'on  se  soit  jamais  mis  en  devoir  de  lcrelever,  à  moins  qu’il  n’ait  été 
«  abattu  jusqu’aux  fondemens  par  le  Norman  Ragenaire  ou  Renier  en  845;  car, 


PREMIERE  ENCEINTE  DE  LA  RIVE  GAUCHE. 


25 


«  dit  un  savant  académicien  (Bonamy  ),  S.  Julien  le  Pauvre  et  S.  Séverin  étoient 
«  encore  réputez  fauxbourgs  sous  Louis  le  Jeune.  » 

La  troisième  preuve  alléguée  en  faveur  de  cette  enceinte  est  fournie  par 
l’abbé  Lebeuf  ( Dissert .  I,  p.  32).  C’est  une  phrase  extraite  d’un  ancien  manu¬ 
scrit  latin  de  la  Vie  de  sainte  Geneviève  (  manuscrit  soi-disant  du  VIe  siècle  ),  où  il 
est  dit  que  cette  sainte  fut  inhumée  «  in  Basilicâ  in  monte  sitâ,  juxtà  nova  mœnia 
«  Parisii,  nomine  Locutitio.  »  Toute  la  valeur  de  ce  document  repose  sur  l’époque 
précise  du  manuscrit;  or,  cette  époque  est  sujette  à  controverse.  Lebeuf  lui-même 
avoue  qu’à  en  juger  par  les  caractères,  il  était  du  XIe  siècle.  Je  n’ai  jamais  vu  ni 
cherché  à  voir  le  texte  original  (supposé  qu’il  existât  encore),  mais  je  l’ai  lu  im¬ 
primé  dans  Y  Office  et  la  Vie  de  sainte  Geneviève,  in-8°,  16971.  Autant  que  je  puis 
en  juger  par  analogie  avec  d’autres  textes,  le  latin  m’a  paru  trop  correct  pour  re¬ 
monter  au  XIe  siècle.  Cette  biographie,  destinée  à  consolider  la  vénération  des 
Parisiens  pour  leur  sainte  Patronne,  n’aurait-elle  pas  été  rédigée  par  un  religieux 
au  XIIIe  siècle?  Je  le  crois.  L’auteur  aura  voulu  dire  que  la  Sainte  fut  inhumée 
dans  la  basilique  (S.  Pierre  et  S.  Paul),  située  près  de  l’endroit  où  s’éleva  plus 
tard  le  mur  neuf,  qu’il  avait  peut-être  vu  construire. 

Le  Cler  du  Brillet ,  continuateur  du  Traité  de  la  Police,  admet,  sans  aucune 
preuve,  que  cette  enceinte,  bâtie  vers  l’an  900,  partait  de  l’endroit  où  est  le  Pont- 
Neuf  et  aboutissait  sur  le  quai  de  la  Tournelle,  où  débouche  la  rue  de  Bièvre.  Du 
Plessis  rejette  ce  système  que  Dulaure  adopte  en  partie.  Voici  la  marche  que  ce 
dernier  auteur  assigne  à  cette  clôture  tout  à  fait  idéale.  Il  la  fait  partir  d’un  point 
voisin  du  couvent  des  Grands-Augustins.  De  là,  il  la  conduit  à  l’impasse  du  Paon, 
lui  fait  traverser  la  rue  Hautefeuille  (nommée  autrefois  de  la  Barre),  et  suivre  la 
rue  Pierre-Sarazin  ;  arrivée  à  la  rue  de  la  Harpe  à  l’endroit  où  cette  rue  chan¬ 
geait  jadis  de  nom  (elle  se  nommait,  de  la  rue  Pierre-Sarazin  à  la  place  S.  Michel: 
rue  aux  Hoirs  d’Harcourt  et  de  S.  Corne),  elle  continue  en  suivant  la  rue  des 
Mathurins  et  celle  des  Noyers,  puis  traverse  la  place  Maubert,  et  va,  entre  les  rues 
Perdue  et  de  Bièvre,  aboutir  aux  Grands-Degrés,  point  du  rivage  correspondant  à 
l’extrémité  orientale  delà  Cité.  Là,  cette  clôture  se  termine  par  une  tour,  indiquée 
sous  le  nom  de  S.  Bernard  et  des  Bernardins ,  dans  deux  comptes  de  1462  et  14-75, 
signalés  par  Sauvai.  Dans  cet  espace,  l’enceinte  livre  passage  à  quatre  portes. 

Il  suffit  de  suivre  ce  tracé  sur  un  plan  de  Paris  pour  en  voir  l’invraisemblance. 
M.  de  Gaulle  admet  aussi  cette  enceinte,  mais  ne  sait  quelle  limite  lui  assigner. 
Il  cite  seulement  quelques  bâtiments  qu’il  croit  s’y  être  rattachés  ;  telle  est  une 
tour  qu’on  voyait  autrefois  rue  S.  Victor,  au  bas  de  la  rue  de  Versailles  (ou  plutôt 


*  On  lit  dans  le  texte  imprimé  novemœnia  ;  Lebeuf  écrit  novce  ;  je  pense  qu’il  faut  lire  nova. 


26 


ENC.  DE  PH.  AUGUSTE.  — CONSID.  GÉNÉRALES. 


Verseille,  comme  on  lit  sur  la  Taille  de  1313).  Notons  que  cette  tour,  si  rappro¬ 
chée  de  la  porte  S.  Victor,  pouvait  bien  être  une  dépendance  de  cette  porte,  pour 
peu  que  ceux  qui  en  parlent  eussent  légèrement  observé  sa  position.  Quant  à  la 
tour  de  S.  Bernard  (sur  le  port  de  ce  nom),  citée  par  Sauvai,  rien  n’indique 
qu’elle  eût  été  l’accessoire  d’une  enceinte.  Au  XV'  siècle,  on  rencontrait  des 
tours  à  chaque  pas.  On  ne  peut  donc  rien  conclure  de  cette  citation,  que  n’accom¬ 
pagne  aucun  détail  précis.  Sauvai  lui-même  ne  la  signale  pas  comme  attenante 
à  une  fortification. 

M.  de  Gaulle,  pour  prouver  l’existence  de  cette  enceinte,  invoque  aussi  le  té¬ 
moignage  de  la  charte  de  558  que  j’ai  citée  plus  haut,  page  6  ;  c’est  une  base  sans 
consistance. 

En  résumé,  l’existence  de  cette  première  clôture  de  la  rive  gauche  s’appuie 
sur  des  raisons  peu  vraisemblables,  et  les  prétendues  preuves  alléguées  en  sa 
faveur  courent  grande  chance  de  n’être  que  des  méprises.  Nulle  chronique,  nulle 
charte  ne  cite  positivement  un  mur  ou  une  porte  de  ville  de  ce  côté  de  Paris;  et 
la  moindre  découverte  matérielle  n’est  jamais  venue  jeter  le  plus  faible  jour  sur 
cette  obscure  matière. 

L’abbé  Lebeuf,  qui  est  assez  accommodant  et  qui  aime  fort  les  dissertations 
hypothétiques ,  genre  dans  lequel  il  excellait ,  n’ose  lui-même  assigner  aucune 
limite  à  cette  clôture  ;  il  se  contente,  pour  y  croire,  de  la  phrase  extraite  de  la 
Vie  de  sainte  Geneviève  ,  citée  plus  haut,  et  il  finit  par  cette  dernière  hypothèse 
(Diss.  1 ,  p.  33  )  :  «  Si  ces  murs  ne  subsistent  plus,  et  si  l’on  n’en  a  vu  aucun 
«  vestige,  c’est  à  leur  peu  de  solidité  qu’il  faut  s’en  prendre  :  on  ne  vouloit  alors  se 
«  mettre  qu’à  l’abri  des  lances  et  des  flèches,  et  arrêter  les  courses  des  brigans.  » 
Un  archéologue  de  nos  jours  peut-il  sérieusement  se  payer  de  pareilles  raisons  ? 

III.  —  Enceinte  eSe  PliiBgg»]>»e-ÆMguste«  CongÊdes'ations  générales. 

Pour  me  conformer  à  l’opinion  généralement  adoptée,  j’appellerai  Enceinte 
de  Pli.  Auguste  un  mur  épais  qui,  s’étendant  sur  les  deux  rives  de  la  Seine, 
forma  longtemps  la  limite  de  la  capitale;  mur  dont  il  reste  encore  quelques  por¬ 
tions,  et  dont  la  ligne  est  tracée,  avec  plus  ou  moins  d’exactitude,  sur  plusieurs 
plans  anciens  ou  modernes.  Avant  d’entrer  en  matière,  je  dois  déclarer  qu’il  n’y 
a  pas,  à  mes  yeux,  certitude  que  tout  ce  cours  de  murailles  soit ,  sur  tous  les 
points,  l’œuvre  de  Ph.  Auguste.  Il  est  évident  que  plusieurs  parties,  notamment 
sur  la  rive  gauche,  ont  subi  des  modifications  successives  ou  même  une  reconstruc¬ 
tion  totale.  J’aurai  donc  soin  de  faire  ressortir  les  documents  qui  attestent  les 
divers  changements  apportés  au  plan  primitif. 


ENC.  DE  PH.  AUGUSTE.  —  CONSID.  GENERALES. 


27 


Quelques  auteurs,  tels  que  Bonamy,  ont  même  été  plus  loin  :  se  basant  sur 
quatre  mots  d’un  ancien  acte,  ils  ont  presque  admis  que  la  partie  septentrionale 
de  cette  clôture  était  antérieure  à  Ph.  Auguste.  J’ai  déjà  (p.  12)  dit  quelques 
mots  sur  cette  opinion  difficile  à  établir;  j’y  reviendrai  dans  mon  XIIe  chapitre. 

Nous  possédons,  au  sujet  de  cette  clôture  générale  de  Paris,  une  masse  de 
documents  plus  ou  moins  clairs ,  fournis  par  les  chroniques  contemporaines,  les 
Ordonnances  royales,  les  Comptes  delà  'Ville,  les  plans  des  Archives  et  les  vieilles 
estampes.  Il  y  a  mieux:  il  nous  reste  encore  en  nature  des  portions  notables  du 
gros  mur,  qui  ont  résisté  à  plusieurs  siècles  de  dévastation  de  tout  genre.  Il  est 
donc- surprenant  qu’il  n’ait  point  paru  jusqu’ici  un  travail  complet  sur  cette  ma¬ 
tière  ,  mais  seulement  quelques  notices  peu  détaillées  et  fort  superficielles.  11 
s’agit,  pour  arriver  à  une  solution  positive  sur  certains  points,  et,  sur  d’autres,  à 
des  conjectures  très-vraisemblables,  de  rassembler  ces  matériaux,  de  les  bien 
classer,  et  de  les  interpréter  de  manière  à  en  tirer  des  déductions  incontestables.- 
Selon  la  plupart  des  historiographes  modernes  qui  citent  des  chroniques  con¬ 
temporaines,  cette  clôture  fut  commencée  d’abord  sur  la  rive  droite  en  1190  1  et 
continuée  sur  l’autre  rive  entre  1200  et  1211.  Rigord,  historien  contemporain, 
parle  de  cette  clôture,  qu’il  vit  achever  au  nord  et  au  midi. 

Dans  son  ouvrage  :  De  gestis  Angusti  Philippi ,  il  s’exprime  ainsi  à  l’an  1190  : 
«  Rex  præcepit  etiam  civibus  parisiensibus,  quôd  civitas  Parisii  quam  Rex  mul- 
«  tùm  diligebat,  muro  optimo  cum  tornellis  decenter  aptatis  et  portis,  diligen¬ 
te  tissimè  clauderetur;  quod  brevi  temporis  elapso  spatio  completum  vidimus.  » 
Cette  phrase,  sans  aucun  doute,  ne  s’applique  qu’à  la  clôture  septentrionale;  car 
celle  de  la  rive  gauche  n’était  pas  encore  terminée  en  1209. 

Rigord  dit  ailleurs  :  «  Eodem  anno  1211,  Rex  totum  in  circuitu  circumsepsit 
«  à  parte  australi.  »  Plus  loin  il  ajoute,  parlant,  je  crois,  des  deux  rives:  «  Maxi- 
«  mam  terræ  amplitudinem  infrà  murorum  ambitum  concludens  et  possessores 
«  agrorum  et  vinearum  compellens,  in  terras  illas  et  vineas  ad  æditicandum  in 
«  eis  novas  domos  habitatoribus  locarent,  vel  ipsimet  novas  ibidem  domos  con- 
«  stiluerent,  ut  tota  civitas  usquè  ad  muros  plena  domibus  videretur.  » 
Guillaume  le  Breton  (Guillelmus  Armoricus),  né,  selon  Pithou,  en  1165,  refit 
et  continua  la  chronique  en  prose  de  Rigord.  Il  s’exprime  ainsi  à  l’année  1190  : 
«  Eodem  tempore,  deMandato  Regis  Philippi...  erecti  sunt  mûri  in  circuitu  Ci- 
«  vitatis  Parisiacæ,  à  parte  Boreali  usque  ad  Iluvium  Sequanæ,  cum  lurellis  et 
«  portis  decentissimè  aptatis.  » 


Dulaure  dit  par  erreur  que  Ph.  Auguste  ordonna  cette  enceinte  en  1188,  et  qu’elle  fut  com¬ 
mencée  en  1190.  Selon  Rigord,  elle  fut  ordonnée  en  1190  et  commencée  immédiatement. 


28 


ENC.  DE  PH.  AUGUSTE.  —  CONSID.  GÉNÉRALES. 


Selon  Rigord ,  les  frais  de  cette  clôture,  du  moins  quant  à  l’acquisition  du  ter¬ 
rain,  se  firent  aux  dépens  du  roi,  qui  dédommagea  les  propriétaires  :  «  Damna  sua 
«  quæ  per  hoc  hommes  incurrebant  fisco  proprio  compensabat.  » 

Guillaume  le  Breton,  dans  son  poëme  de  la  Philippide ,  livre  XII,  dit  la  même 
chose  :  — Cujuscumque  domus ,  fandus  seu  vinea,  propter — Fossas  aut  turres 
periit,  seu  mœnia ,  damni — Totius  pretium  patiens  à  regerecepit,  etc.  1 

Malgré  ce  double  témoignage  contemporain,  Bouquet,  dans  son  Mémoire  sur 
la  Topographie  de  Paris,  in -4°,  1771,  p.  m  de  Y  Avertissement,  repousse  cette 
assertion,  mais  sans  fournir  de  preuves. 

Ph.  Auguste  acheta  donc  le  terrain,  mais  il  est  probable  que  les  frais  de  con¬ 
struction  du  mur  et  des  tours  furent  à  la  charge  de  la  Ville.  De  là ,  par  la  suite, 
d’interminables  contestations,  faute  sans  doute  de  preuves  de  part  et  d’autre.  Il 
paraîtrait  que  le  roi,  bien  qu’il  n’eût  sans  doute  acquis  que  le  fonds,  se  regardait 
comme  propriétaire  du  tout.  Au  reste ,  cette  idée  paraissait  fort  naturelle  à 
cette  époque.  Rigord  dit  même  que  le  roi  avait  le  droit  d’élever  son  mur  sur  le 
terrain  des  particuliers,  et  qu’il  ne  les  indemnisa  que  parce  qu’il  préféra  Y  équité 
au  droit.  Quoi  qu’il  en  soit,  ces  murailles  ont  toujours  été  nommées  :  murs  du  Roy. 
Du  Breul  (p.  382)  cite  un  acte  de  1209  (époque  où  l’on  achevait  la  clôture  du 
midi),  qui  nous  apprend  que  Ph.  Auguste  donna  à  l’abbé  de  S.  Germain-des- 
Prés  une  porte  de  ville  non  encore  achevée,  qu’il  nomme  :  «  posternam  murorum 
nostrorum .»  Dans  beaucoup  d’autres  actes  postérieurs,  il  est  souvent  fait  mention 
des  murs  du  Roy  ou  murs-le-Roy.  Mais  notons  que  sur  les  anciens  registres  de 
Comptes  de  la  Ville,  on  lit  presque  toujours  :  les  murs  de  la  Ville.  Il  me  paraît 
donc  impossible  de  décider  qui,  du  roi  où  de  la  Ville  de  Paris,  paya  les  frais  de  la 
clôture.  Bonamy  cite  bien  un  prétendu  devis  ou  compte  de  ces  frais,  pour  la  rive 
gauche  (voir  le  chapitre  VIII);  mais  il  n’en  résulte  aucune  lumière  pour  la  ques¬ 
tion  qui  nous  occupe.  Bonamy  dit  avoir  retrouvé  cette  pièce  sur  un  registre  de 
Ph.  Auguste,  conservé  au  Trésor  des  chartes;  est-ce  une  preuve  positive  que  ce 
roi  ait  soldé  lui-même  ce  compte? 

La  clôture  de  Ph.  Auguste  consistait,  comme  l’attestent  de  nombreuses  portions 
conservées  au  nord  et  au  sud  de  la  capitale,  en  deux  murs  reliés  entre  eux  par  un 
blocage  de  moellons  noyés  dans  un  ciment  assez  tenace.  Les  faces  de  ces  deux 
murs  de  soutien  se  composaient  de  pierres  de  petit  appareil,  équarries,  mais 
inégales  dans  leur  dimension.  Le  plus  grand  nombre  de  ces  pierres  porte  environ 
27  c.  en  carré,  terme  moyen;  elles  sont  de  nature  calcaire,  mais  leur  surface  est 

'  Notons  co  mot  fossas,  qui  semblerait  indiquer  qu’il  y  eut,  dès  l'origine,  des  fossés  devant  le  mur 
de  Ph.  Auguste,  question  que  je  discuterai  au  chapitre  XII,  Remarquons  seulement  que  l’auteur 
parle  ici  en  général  de  toutes  les  villes  du  royaume  que  ce  roi  fit  fortifier. 


ENC.  DE  PH.  AUGUSTE.  — CONSID.  GÉNÉRALES. 


29 


devenue,  à  l’air,  presque  aussi  dure  que  le  grès,  et  a  contracté  une  teinte  d’un 
gris  foncé.  Il  faut  aussi  observer  que,  par  suite  de  nombreuses  réparations,  on  a 
intercalé,  dans  l’appareil  général,  des  pierres  d’une  autre  dimension  et  d’une 
autre  nature;  mais  les  blocs  du  revêtement  primitif  dominent  encore  assez,  je  crois, 
pour  qu’on  puisse  de  suite  reconnaître  le  mur,  à  l’aspect  de  l’ensemble. 

Les  fondements,  selon  Mauperché,  qui  parle  sans  dbute  de  visu  (p.  115),  con¬ 
sistaient  en  un  massif  de  caillons  réunis  avec  un  ciment  dur  et  ferme.  Le  blocage 
et  les  deux  murs  de  face  offraient  une  épaisseur  moyenne  d’environ  trois  mètres 
à  fleur  du  sol,  et  de  deux  mètres  trente  cent,  à  une  hauteur  de  six  ou  sept  mètres 
au-dessus  des  fondements.  En  quelques  endroits ,  il  pouvait  être  plus  épais  ou 
plus  élevé,  selon  la  consistance  et  la  pente  du  terrain,  ou  l’importance  des  lo¬ 
calités  à  protéger;  mais  il  est  permis  d’avancer  que  telle  est,  en  général,  son 
épaisseur  au  nord  comme  au  midi,  dans  les  endroits  où  il  n’a  pas  été  aminci  par 
les  propriétaires.  On  prétend  que  le  mur  de  la  rive  droite,  le  premier  construit 
aux  frais  du  roi,  fut  plus  solidement  établi,  parce  qu’il  renfermait  la  partie  la  plus 
importante  de  la  ville.  Le  fait  est  que  les  fragments  que  j’ai  vus  de  ce  côté  de  Paris 
m’ont  paru  d’une  construction  plus  serrée,  plus  homogène  que  du  côté  du  sud. 
Gomme  il  a  servi  moins  longtemps  de  rempart  et  n’a  probablement  jamais  été 
approprié  à  un  nouveau  système  de  défense,  puisque  sous  Charles  Y  on  recula 
l’enceinte  beaucoup  plus  loin,  il  a  dû  conserver  plus  intacte  sa  forme  primitive. 

Il  est  heureux,  pour  l’archéologie,  que  ce  mur  ait  consisté  en  un  blocage 
contenu  par  deux  murs  de  petit  appareil.  Construit,  dans  toute  son  épaisseur,  de 
larges  blocs,  il  eût  tenté  les  propriétaires  des  maisons  contiguës,  qui  n’en  eussent 
laissé  aucune  trace  ;  mais  ces  petites  pierres  offraient  trop  peu  d’avantages  pour 
qu’on  fît  les  frais  de  les  déplacer  sur  toute  la  ligne.  Les  murs  élevés  sous  Charles  V 
étant,  au  contraire,  formés  dans  toute  leur  masse  de  gros  matériaux,  n’ont  pu 
échappera  une  totale  destruction. 

Il  est  assez  difficile  de  préciser  la  hauteur  générale  du  gros  mur  de  Ph.  Au¬ 
guste,  car  il  a  été  évidemment  plus  ou  moins  abaissé  ou  exhaussé  sur  divers 
points  de  son  cours.  Toutes  les  portions  qui  subsistent  aujourd’hui  ont  été  dé¬ 
pouillées  du  chaperon  qui  formait  sa  plate-forme,  et  du  parapet  crénelé  qui  le 
surmontait,  comme  je  le  prouverai  tout  à  l’heure.  Les  dalles  de  cette  plate-forme 
et  les  gros  blocs  ou  merlons  qui  formaient  les  espaces  vides  (carneaux  ou  cré¬ 
neaux)  étaient  bons  à  employer;  partout  donc,  à  diverses  époques,  on  les  utilisa. 

Les  portions  du  gros  mur  les  mieux  conservées  (sauf  l’absence  du  chaperon  et 
du  parapet  crénelé)  offrent  une  hauteur  approximative  de  six  à  sept  mètres,  et 
dans  cette  hauteur  on  compte,  à  partir  du  sol  qui  probablement  en  recèle  une 
partie,  de  25  à  27  assises.  L’élévation  totale  du  mur,  si  l’on  ajoute  le  chaperon  et 


30 


ENC.  DE  PH.  AUGUSTE.  —  CONSID.  GÉNÉRALES. 


le  parapet,  et  si  l’on  a  égard  à  la  partie  inférieure  qui  est  aujourd’hui  sous  terre, 
peut  être  évaluée  à  environ  neuf  mètres. 

Des  tours  dites  tournelles  flanquaient,  fortifiaient  ce  gros  mur,  de  distance 
en  distance,  et  avec  assez  de  régularité.  L’espacement  moyen  entre  chaque 
tour  était  d’environ  trente-cinq  toises,  quelquefois  un  peu  moindre  ,  mais  rare¬ 
ment  plus  considérable.  Ces  tours  étaient  toutes  construites  d’après  le  même 
système  et  avec  les  mêmes  matériaux.  Elles  étaient  de  forme  cylindrique,  mais 
jointes  au  mur  de  telle  sorte  qu’elles  le  débordaient,  à  l’extérieur,  d’un  peu  plus 
de  la  moitié  de  leur  diamètre;  l’autre  partie  du  cercle  était  si  bien  incorporée 
au  mur,  que  du  côté  de  la  ville  elle  ne  présentait  aucune  saillie.  L’intérieur  des 
tours  était  de  forme  complètement  circulaire,  du  moins  dans  le  principe,  je  le 
suppose,  car  plus  tard  on  en  a  dénaturé  quelques-unes.  Leur  diamètre  intérieur 
était  d’environ  quatre  mètres. 

Si  quelques  plans  du  XVIe  siècle  donnent  à  plusieurs  de  ces  tours  une  forme 
carrée,  c’est  sans  doute  par  erreur,  ou  c’est  qu’elles  auraient  été  refaites  ainsi 
sous  Charles  Y,  époque  où  cette  forme  était  préférée.  Sur  les  plans  du  siècle  sui¬ 
vant,  elles  paraissent  tantôt  rondes,  tantôt  semi-circulaires,  de  manière  à  res¬ 
sembler  à  un  renflement  du  mur.  Celles  que  j’ai  vues  debout  m’ont  produit  cet 
effet  au  premier  coup  d’œil;  mais  les  meilleurs  plans,  ceux  levés  par  des  toi— 
seurs,  leur  donnent  toujours  une  ligne  circulaire,  avec  les  circonstances  que  je 
viens  d’expliquer.  Quand  ces  tours  figurent  sur  un  plan,  sans  accompagnement 
de  portions  de  mur,  elles  sont  toujours  à  peu  près  rondes  à  l’extérieur  comme  «à 
l’intérieur.  Ensuite,  quelques-unes  ont  pu  avoir  la  forme  d’une  demi-tour,  soit 
que  les  propriétaires  qui  les  ont  achetées  les  eussent  réduites  à  cet  état  pour 
gagner  de  l’espace,  soit  qu’elles  eussent  été  ainsi  modifiées  à  dessein  sous 
Charles  VI  ou  postérieurement,  comme  il  arriva  du  côté  de  la  porte  S.  Victor. 
Celles  qui  fortifiaient  le  mur  aux  endroits  où  il  faisait  un  brusque  retour  d’équerre 
étaient  peut-être  plus  fortes  que  les  autres. 

Ces  tours  sont  représentées,  sur  les  vieux  plans  et  sur  les  estampes,  tantôt 
avec  une  terrasse  garnie  d’un  parapet  crénelé,  tantôt  sans  créneaux,  ou  coiffées 
d’un  toit  conique.  Je  pense  que  dans  leur  état  primitif  elles  étaient  toutes  cré¬ 
nelées,  sans  toit,  et  recouvertes  d’une  plate-forme  de  pierre,  soutenue  à  l’inté¬ 
rieur  par  une  voûte  '.  Tel  était  le  style  des  tournelles  murales  sous  Ph.  Auguste. 

1  Le  propriétaire  de  là  tour  marquée  E  sur  la  planche  I"  m’a  dit  y  avoir  autrefois  remarqué  les 
traces  d’une  voûte  qui  soutenait  la  plate-forme.  On  m’a  dit  la  même  chose  de  la  tour  G  (pl.  II).  Mau- 
pcrché,  p.  144,  signale  des  vestiges  de  voûte  à  l’intérieur  des  tours  O  et  P.  (Pl.  III).  Peut-être  quel¬ 
ques-unes  de  ces  voûtes  retombaient-elles  sur  un  pilier  central. 


ENC.  DE  TH.  AUGUSTE.  —  C0NS1D.  GÉNÉRALES. 


31 


Ce  n’est  probablement  que  plus  tard  qu’on  les  aura  couvertes  d’un  toit,  sans 
doute  parce  que  la  voûte  avait  été  détruite. 

Il  m’a  paru  possible,  à  l’aide  de  nombreux  documents  matériels  ou  par  ana¬ 
logie,  de  déterminer,  sans  trop  m’écarter  de  la  réalité,  le  nombre  et  la  place  de 
ces  tours.  J’en  ai  compté  34  au  midi  et  33  au  nord,  non  compris  celles  qui  for¬ 
tifiaient  les  portes.  Sauvai  (III,  p.  40)  dit  que  l’enceinte  était  flanquée  de  600 
tours.  La  réunion  de  toutes  les  tours  de  Paris,  y  compris  les  donjons,  les  tours  des 
portes  et  celles  des  nombreuses  églises,  n’aurait  pu  fournir  ce  nombre.  Peut-être 
l’ignorant  éditeur  du  manuscrit  de  Sauvai  aura-t-il  ajouté  un  zéro  1 .  Félibien, 
qui  avait  consulté  cet  ouvrage,  crut  adoucir  et  rectifier  l’exagération  de  ce 
chiffre,  en  le  réduisant  à  500  (t.  I,  p.  252).  On  a  peine  à  concevoir  de  pareilles 
naïvetés.  C’est  ainsi  que  G.  Corrozet  écrivait,  mais  c’était  en  1532,  que  les  murs 
de  Paris  avaient  sept  lieues  de  long  !  (Edit.  1532,  f.  53.) 

Ces  tours  paraissent,  sur  tous  les  anciens  plans,  dépasser  de  quelques  pieds  la 
plate-forme  crénelée  du  gros  mur.  Sur  celui  de  la  censive  S.  Merry,  1550  (dont 
j’ai  donné  un  échantillon,  p.  23  de  mes  Etudes  sur  les  Plans),  elles  sont  ainsi 
représentées,  derrière  le  couvent  des  Filles  Sainte-Avoye.  Sur  la  vue  de  Paris 
prise  du  sud  et  signée  L.  Gaultier ,  1607,  elles  ont  la  même  disposition,  ainsi 
que  sur  une  grande  estampe  en  quatre  feuilles,  éditée  par  N.  Berey,  vers  1660. 

Quant  aux  tours  qui  fortifiaient  les  portes,  elles  étaient,  sans  avoir  un  plus 
fort  diamètre,  élevées  de  quinze  à  seize  mètres  environ,  à  deux  étages;  celles 
enfin  qui  formaient  tête  d’enceinte,  comme  la  tour  de  Nesle,  avaient  à  peu  près 
vingt-cinq  mètres  de  haut  sur  dix  environ  de  diamètre  extérieur,  et  offraient  trois 
étages  voûtés;  c’étaient  de  véritables  donjons. 

Il  exista,  sans  nul  doute,  dès  l’origine,  autour  du  mur  de  Ph.  Auguste,  à 
l’extérieur,  un  vide  ou  allée  basse ,  que  nous  nommerions  aujourd’hui  :  chemin 
de  ronde.  Sans  cette  condition,  on  ne  comprend  guère  l’utilité  d’un  rempart 
quelconque.  Un  peu  plus  tard,  néanmoins,  on  avait  permis  de  bâtir  des  maisons 
bien  près  du  mur,  si  ce  n’est  contre  le  mur  lui-même.  En  tout  cas,  les  maisons 
qui  obstruaient  le  chemin  de  ronde  devaient  être  moins  élevées  que  le  mur  et 
sujettes  à  être  démolies  en  temps  de  guerre,  étant  situées,  comme  nous  dirions, 
dans  une  zone  militaire.  On  en  commença  probablement  la  destruction  du  côté 
du  nord,  comme  du  côté  du  midi,  à  l’époque  où  le  roi  Jean  fut  pris  par  les  Anglais  ; 

4 

'  Sairval,  qui  écrivait  entre  1640  et  1660,  laissa,  après  sa  mort,  un  manuscrit,  déposé  je  ne  sais 
où.  Les  historiographes  parisiens  le  consultaient  déjà  avant  l’impression  qui  en  fut  faite  en  1724. 
11  faut,  par  ménagement  pour  la  mémoire  de  Sauvai,  le  citer  avec  réserve,  car  son  texte  posthume 
a  été  si  bien  remanié,  amplifié  et  dénaturé  parùes  éditeurs  ignorants,  qu’on  court  la  chance  de  le 
faire  rarement  parler  lui-même. 


32 


ENG.  DE  PH.  AUGUSTE.  -CONSID.  GENERALES. 


mais  on  dut  suspendre  cette  démolition  sur  la  rive  droite  dès  qu’on  eut  résolu 
d’élever,  de  ce  côté  de  Paris,  une  ceinture  de  murailles  beaucoup  plus  étendue  et 
construite  d’après  un  nouveau  système. 

Exista-t-il  également,  dans  l’origine,  un  chemin  de  ronde  intérieur  ?  Je  ne  le 
pense  pas,  puisque  les  divers  couvents  établis  avant  ou  après  le  XIII*  siècle  avaient 
le  gros  mur  pour  limites.  Je  citerai  au  nord  :  les  Filles  Sainte-Àvoye,  les  Blancs-Man¬ 
teaux,  les  Béguines;  au  midi  :  les  Cordeliers,  les  Jacobins,  l’abbaye  Sainte-Gene¬ 
viève.  Avant  le  roi  Jean,  le  seul  chemin  de  ronde  intérieur  était  sans  doute  la 
plate-forme  crénelée  du  mur.  Celte  plate-forme  s’appelait  encore,  longtemps 
après,  dans  les  anciens  comptes  :  Vallée  de  dessus  le  mur ,  l’allée  d’entre  les  tours, 
l'allée  haute  des  murs.  Mais,  postérieurement  au  règne  de  Pli .  Auguste,  vers  1356, 
on  établit  probablement  sur  les  deux  rives,  et  certainement  sur  plusieurs  points 
de  la  rive  gauche,  des  chemins  de  ronde  ou  allées  basses  à  l’intérieur. 

Avant  l’invention  de  la  poudre,  on  combattait  du  haut  des  murailles-  et  des 
tours  qui  servaient  de  bastions;  mais  depuis  l’usage  de  l’artillerie,  on  combattit 
derrière  les  murs,  et  non  plus  du  haut  de  leur  plate-forme.  Alors  les  chemins  de 
ronde  à  l’intérieur  devinrent  une  nécessité,  ne  fût-ce  que  pour  le  transport  de 
l’artillerie.  Aussi,  lors  de  la  prise  du  roi  Jean,  donna-t-on  ordre  d’en  former  un 
tout  autour  de  l’enceinte,  comme  l’attestent  deux  passages  de  Jean  de  Venette, 
continuateur  de  la  chronique  de  Guillaume  de  Nangis.  I!  nous  apprend  qu’en  1356 
on  détruisit  (sur  toute  la  ligne?)  «  domos  omnes  quæ  intùs  et  extra  muros  anteà 
«  jungebantur  »,  et  qu’en  1358  on  abattit  une  grande  partie  des  bâtiments  ap¬ 
partenant  aux  Jacobins  qui,  «non  solùm  domos  quas  ædificaverant  perdiderunt 
«  exteriùs,  sed  etiam  domus  intrà  mœnia...  ut  inter  ipsorum  habitaculum  et  dictos 
«  muros  aditus  fieret  atque  via;  et  simiîiter  factum  est  ad  muros,  ad  plagam 
«  occidentalem  circumdantes  civitatem.»  Plagam  occidentalem  signifie  sans 
doute  la  portion  de  clôture  comprise  entre  les  Jacobins  et  la  Tour  de  Nesle. 

Plus  tard,  on  renonça  à  ces  allées  basses,  qui,  je  crois,  ne  furent  jamais  ouvertes 
que  sur  certains  points  importants,  par  exemple,  dans  le  voisinage  des  portes. 
Je  pense  que  du  côté  du  nord  on  ne  donna  pas  de  suite  à  ce  projet,  vu  qu’on  tarda 
peu  à  creuser  plus  loin  des  fossés  et  à  élever  de  nouveaux  remparts.  Nulle  part, 
en  effet,  on  ne  lit  qu’on  eût  dépossédé  d’une  partie  de  leur  terrain  attenant  au 
mur  les  Religieux  Blancs-Manteaux,  les  Filles  Sainte-Avoye,  etc.,  comme  on  fit  à 
l’égard  des  Jacobins.  L’ancien  chemin  de  ronde  intérieur  établi  au  pied  du  mur 
de  1190  n’a  guère  laissé  de  traces  que  dans  le  voisinage  des  portes  S.  Denis, 
S.  Martin  et  Montmartre,  annexées  «à  ce  mur.  Une  partie  du  terrain  de  la  ville,  où 
est  la  Halle  aux  Huîtres,  pourrait  passer  pour  un  reste  de  ce  chemin  de  ronde. 
Sur  les  anciens  plans  de  1520  à  1548,  que  j’ai  signalés,  le  mur  de  Pli.  Auguste 


ENC.  DE  PH.  AUGUSTE.  —  CONSID.  GÉNÉRALES 


33 


paraît,  au  nord  comme  au  midi  de  la  ville,  isolé  entre  deux  vides;  mais  ces  mau¬ 
vais  plans  ne  peuvent  être  appelés  en  témoignage.  Cet  isolement  est  une  fantaisie 
du  dessinateur,  démentie  par  des  plans  plus  détaillés  et  moins  imparfaits  de  la 
même  époque,  tels  que  ceux  de  Braun  et  de  la  Tapisserie. 

Comment  se  rendait-on  sur  la  plate-forme  du  mur?  Je  n’ai  jamais  remarqué 
dans  l’intérieur  des  tours  (qui  servaient  à  loger  des  gens  de  guerre)  de  traces  de 
degrés.  Peut-être  existait-il  çà  et  là,  appliqués  au  mur  du  côté  de  la  ville,  des 
escaliers  extérieurs,  tels  qu’on  en  voit  le  long  de  certains  remparts  du  même 
genre.  Du  reste,  il  se  trouvait  des  degrés  dans  les  tourillons  annexés  aux  tours 
élevées,  formant  au  bord  de  l’eau  les  têtes  du  mur  d’enceinte,  et,  de  plus,  l’une 
des  deux  tours  qui  fortifiaient  les  portes  contenait,  le  plus  souvent,  un  esca¬ 
lier  à  vis,  communiquant  avec  Vallée  haute  des  murs. 

Le  sommet  du  mur  fut  certainement,  ainsi  que  la  plate-forme  des  tours,  cou¬ 
ronné,  dès  l’origine,  d’un  parapet  crénelé.  Tout  le  prouve  :  les  vieux  plans,  les 
estampes,  les  registres  de  comptes ,  et  les  chroniques.  Jean  Boivin  ,  ou  Bauyn ,  dit 
Jean  de  S.  Victor,  écrit,  en  1327  (voir  Mélanges  d'hist.  de  Terrasson,  p.  133),  que 
Ph.  Auguste  ferma  Paris  «hono  muro  cum  carnellis  et  portis.  »  Bouquet  ( Mé¬ 
moire,  p.  181)  cite  un  article  où  il  s'agit  d’une  portion  du  gros  mur  qui  longeait 
un  jardin  de  la  rue  Michel-le-Comte  ;  l 'allée  de  ce  mur  contenait  xiii  carneaulx. 

L’espacement  de  ces  créneaux  peut  même  se  déduire  de  deux  extraits  des 
Comptes  de  la  Prévôté  (voir  Sauvai,  t.  III,  p.  282)  :  «...  douze  toises  et  demie 
«  des  anciens  murs...  emprès  la  porte  S.  Martin-des-Champs,  contenant  douze 
«  carneaux  de  long.  —  ...  murs  anciens...  à  la  porte  Barbette,  contenant  iceux 
«  seize  toises  ou  environ  ;  et  y  a  quinze  carneaux.  »  On  peut  conclure  de  ces 
citations  que,  par  chaque  toise  de  cours,  le  gros  mur  était  surmonté  d’un  merlon 
d’environ  un  mètre  de  long,  et  que  le  vide  entre  chaque  merlon,  ou  créneau, 
était  d’une  égale  étendue. 

Il  est  probable  que  les  parapets  n’appuyaient  pas  sur  des  dalles  formant  une 
saillie  soutenue  par  des  consoles  à  redans,  nommées  mâchicoulis.  Cet  accessoire, 
qui  ménageait  des  ouvertures  pour  laisser  tomber  divers  projectiles  meurtriers, 
ne  fut,  dit-on,  généralement  en  usage  qu’au  XIVe  siècle. 

Les  tours  voûtées,  crénelées  et  sans  toiture,  étaient  percées  vers  le  bas,  à  l’in¬ 
térieur,  d’étroites  archères,  et  communiquaient  à  Vallée  ou  plate-forme  du  mur, 
soit  de  plain-pied  ,  soit  plutôt  par  quelques  degrés  de  pierres,  puisque  vraisem¬ 
blablement  elles  dominaient  le  mur.  Quant  aux  tours  plus  élevées  et  étagées,  qui 
fortifiaient  les  portes,  elles  pouvaient  différer  des  tours  du  rempart  par  leur 
structure  intérieure  ou  extérieure  ;  leurs  créneaux  étaient  peut-être  plus  serrés, 
leur  plate-forme  couverte  d’un  toit,  leur  sommet  garni  de  mâchicoulis,  etc.  Ce 

5 


34 


ENC.  DE  PH.  AUGUSTE.  —  CONSID.  GENERALES. 


sont  des  questions  dont  je  m’occuperai  plus  spécialement  dans  mes  Dissertations 
sur  les  Portes,  à  la  suite  de  cet  ouvrage. 

Nous  verrons  plus  tard  quelles  nombreuses  modifications  furent  apportées  à 
cette  clôture,  surtout  sur  la  rive  gauche.  On  aurait  tort  de  s’imaginer,  comme 
plusieurs  auteurs  ont  voulu  l’insinuer,  que  la  clôture  de  Ph.  Auguste  fût  un  ou¬ 
vrage  de  pur  embellissement,  une  sorte  de  mur  d’octroi,  et  rien  de  plus.  Quoique 
ce  roi  eût  permis  de  bâtir  tout  contre  son  mur  d’enceinte,  et  concédé,  en  1209, 
une  porte  de  la  ville  aux  religieux  de  S.  Germain-des-Prez  ;  quoique ,  plus  tard , 
Philippe  le  Bel  eût  autorisé  plusieurs  particuliers  à  percer  le  gros  mur,  selon 
leurs  besoins,  et  à  s’étendre  au  delà,  il  ne  faut  pas  en  conclure  que  l’enceinte  ne 
fût  pas  regardée  alors  comme  un  rempart  sérieux.  Peut-on  penser  qu’un  simple 
mur  de  limite  eût  été  bâti  avec  une  épaisseur  de  près  de  trois  mètres  ?  On  verra 
plus  tard  cette  clôture  bien  autrement  négligée,  puisque,  sur  les  deux  rives  de 
la  Seine,  on  louait  à  bail  les  hautes  tours  sises  au  bord  du  fleuve,  les  murs,  les 
tournelles,  les  portes,  et  (du  côté  du  midi)  le  sol  des  fossés.  On  lit,  dans  Sauvai 
(111,  p.  658),  qu’en  1 573,  les  portes,  tours  et  places  appartenant  à  la  ville,  le  long 
de  l’ancienne  clôture,  «  se  baillaient  à  vie,  à  louage  et  à  profit.  »  Mais  observons 
que  les  baux  contenaient  toujours  des  conditions  restrictives,  en  cas  de  guerre. 

Le  dessinateur  qui  voudrait  représenterai!  vrai  l’enceinte  primitive  de  Ph.  Au¬ 
guste  aurait  bien  des  conditions  à  remplir,  puisque,  depuis  cette  époque,  les  murs 
et  les  portes  ont  été  ou  rebâtis  ou  très-modifiés.  Pour  la  restaurer  fidèlement  en 
son  premier  état,  le  mieux,  je  crois,  serait  d’étudier,  comme  type  de  l’ancienne 
physionomie  de  Paris,  quelque  ville  de  France  qui  eût  gardé  intactes  ses  vieilles 
fortifications  du  XIIe  siècle. 

Quand,  sous  Ph.  Auguste,  on  faisait  le  tour  du  mur  à  l’intérieur,  on  rencon¬ 
trait  d’immenses  espaces  vides,  des  cultures,  des  jardins,  des  terrains  en  friche  et 
à  vendre  ;  mais,  à  l’approche  des  bourgs  populeux,  récemment  incorporés  à  la 
ville,  la  promenade  était  interrompue,  car  les  maisons  de  la  rue  principale  de  ces 
bourgs  touchaient  au  mur  d’enceinte.  Ce  mur,  vu  du  dehors,  paraissait  donc 
isolé  au  milieu  des  champs  (hors  aux  approches  des  portes  importantes),  puisque 
la  majeure  partie  des  hôtels,  collèges  et  couvents,  fondés  sous  le  règne  de 
Louis  IX,  n’existaient  pas  encore.  Les  vides  immenses  laissés  entre  la  ville  et  la 
muraille  se  peuplèrent  un  peu  plus  lard,  grâce  au  zèle  du  saint  roi,  d’établisse¬ 
ments  religieux,  accompagnés  d’immenses  jardins.  Remarquons  que  ces  bâti¬ 
ments  et  ces  jardins  aboutissaient  directement  au  mur,  sans  laisser  dévidés  ou 
de  chemin  de  ronde  intérieur. 

Creusa-t-on,  dès  le  temps  dePh.  Auguste,  des  fossés  au  pied  du  mur,  sur  les 
deux  rives?  Il  faut  admettre  qu’il  n’en  exista  jamais  du  côté  de  la  rive  gauche 


ENC.  DE  PH.  AUGUSTE.  —  CONSID.  GÉNÉRALES. 


35 


avant  1356  ;  car  les  historiens  qui  mentionnent  ceux  établis  à  cette  époque  di¬ 
sent  qu’il  n’y  en  avait  pas  antérieurement,  et  on  lit  que  les  couvents  attenants  au 
gros  mur  possédaient,  au  delà,  des  bâtiments  de  pîain-pied  avec  le  niveau  du  sol. 
Mais,  sur  la  rive  droite,  le  mur  fut-il,  dès  1190  ou  plus  tard,  accompagné  de 
fossés?  Cette  question  a  donné  lieu  à  de  vives  controverses.  Je  la  discuterai  au 
chapitre  XII,  me  bornant  ici  à  dire  que  je  penche  pour  la  négative. 

Tous  les  historiographes  parisiens  ont  décrit,  mais  vaguement  et  sans  détails 
précis,  la  ligne  que  suivait  la  clôture  de  Ph.  Auguste.  On  s’étonne  surtout  que 
De  la  Marré  l’ait  figurée  sur  son  plan  fictif  avec  tant  d’inexactitude,  en  un  temps 
où  il  en  restait  sür  pied  tant  d’échantillons  au  nord  comme  au  midi.  Il  représente 
le  mur  d’enceinte  comme  flanqué  au  hasard  de  tours  alternativement  rondes  et 
carrées.  Cette  incertitude  ne  lui  était  pas  permise.  S’il  ne  voulait  pas  se  donner 
la  peine  de  sortir  de  son  cabinet,  de  chercher  et  de  voir  en  nature,  il  n’avait 
qu’à  consulter  quelques  plans  des  XVIe  et  XVIIe  siècles,  pour  reconnaître  que 
toutes  ces  tours  étaient  rondes  et  engagées  dans  le  mur,  comme  je  l’explique 
ci-dessus.  Cet  auteur  était,  en  fait  de  questions  topographiques,  d’une  naïveté 
incroyable.  Il  va  jusqu’à  affirmer  que  la  forme  de  l’enceinte  de  Ph.  Auguste 
était  parfaitement  ronde,  et  cela,  dans  un  livre  auquel  il  joint  un  tracé  bien  éloi¬ 
gné  de  cette  forme.  On  ne  conçoit  pas  de  semblables  étourderies  de  la  part  d’un 
homme  si  érudit  sur  d’autres  points  ;  c’était  ignorance  volontaire  ou  aveugle¬ 
ment.  Il  est  inconcevable  que  R.  de  Vaugondy  ait  répété  cette  assertion.  Il  lui 
suffisait  aussi  de  jeter  les  yeux  sur  son  propre  plan,  pour  éviter  cette  bévue. 

La  plupart  des  historiens  modernes  font  passer,  avec  plus  ou  moins  d’exacti¬ 
tude,  la  ligne  du  mur  de  Ph.  Auguste  à  travers  les  îlots  de  maisons;  leurs  des¬ 
criptions  superficielles  peuvent  suffire  à  qui  se  contente  d’une  esquisse,  d’un  à- 
peu-près  ;  mais,  pour  l’archéologue  ami  du  positif,  du  clair,  du  palpable ,  il  faut 
un  plan  dressé  sur  une  vaste  échelle,  où  l’enceinte  du  XIIe  siècle  soit  tracée  avec 
précision.  C’est  pour  satisfaire  cette  curiosité  exigeante  que  j’ai  tenté  de  fixer 
avec  le  plus  de  fidélité  possible  la  ligne  que  suivait  le  vieux  mur,  les  coudes, 
les  inflexions  qu'il  formait  sur  certains  points,  le  nombre  juste  de  tours  dont  il 
était  flanqué  de  tel  espace  à  tel  autre  ;  la  dimension  de  ces  tours,  leur  forme,  et 
surtout  leur  place  précise.  On  trouvera,  je  l’espère,  que  j’ai  réussi  sur  quelques 
points,  et  que,  sur  d’autres,  j’ai  approché  assez  près  de  la  vérité.  C’est  aux  éru¬ 
dits  que  j’offre  mes  preuves  ;  ils  pourront  les  apprécier  et  les  vérifier  à  leur  tour, 
pour  en  tirer  de  meilleures  conclusions. 

Les  documents  les  plus  authentiques  qui  puissent  servir  à  l’histoire  de  cette 
enceinte,  ce  sont  sans  contredit,  je  le  répète,  les  nombreux  fragments  qui  nous 
en  restent  encore  sur  les  deux  rives.  En  1561  on  en  trouvait  de  nombreuses  por- 


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ENC.  DE  PH.  AUGUSTE.  —  CONSID.  GÉNÉRALES. 


tions  du  côté  du  nord.  Gilles  Corrozet  s’exprime  ainsi,  dans  son  édition  de  cette 
année  (fol.  65)  :  «  Desdictes  vieilles  clostures  apparoissent  encores  les  murailles 
«  faictes  en  circuyt  auec  leurs  tournelles,  comme  en  la  rue  aux  Ouës  derrière 
«  les  maisons  et  en  autres  rues.  »  Ï1  est  fâcheux  que  Corrozet  n’ait  point  décrit 
tout  ce  qu’il  en  pouvait  voir. 

Il  est  temps  aujourd’hui  de  tirer  parti  du  peu  de  fragments  de  ce  mur  que  le 
caprice  du  hasard  a  laissés  subsister.  Ces  débris,  altérés  depuis  longtemps,  dis¬ 
paraissent,  de  nos  jours,  plus  vite  en  un  mois  qu’en  vingt  années  au  siècle  pré¬ 
cédent,  soit  qu’on  les  détruise  totalement,  soit  qu’on  les  incorpore  à  de  nouvelles 
constructions.  Les  démolitions  opérées  au  nord,  pour  ouvrir  la  rue  de  Rambu- 
teau,  et  au  sud  pour  prolonger  celle  Soufflot,  ont  mis  à  nu  de  précieux  vestiges, 
qui  ont  disparu  après  s’être  révélés,  pendant  quelques  semaines,  aux  yeux  de 
l’antiquaire.  J’ai  examiné  et  mesuré  tout  ce  qui  peut  en  rester  à  Paris,  à  ciel  ou¬ 
vert.  Quant  aux  débris  cachés  dans  les  fondements  ou  les  caves  des  maisons,  je 
n’ai  pu  les  reconnaître  en  toute  sûreté  de  conscience;  j’aurais,  sur  ce  terrain, 
risqué  trop  de  méprises,  vu  mon  peu  d’entendement  en  fait  de  maçonnerie  sou¬ 
terraine.  Il  faut  être  du  métier  poür  distinguer  à  coup  sûr,  sous  des  couches  de 
salpêtre,  une  construction  brute  du  XIIe  siècle  d’une  autre  récemment  formée  des 
mêmes  matériaux.  C’est  là  un  écueil  pour  des  archéologues  non  architectes.  On 
voit  partout  employées  dans  les  maisons  limitrophes  du  gros  mur  les  petites 
pierres  équarriesqui  en  formaient  les  parements.  J’espère  bien  m’être  préservé, 
dans  mes  perquisitions  en  plein  air,  de  bévues  en  ce  genre. 

Quand,  sous  François  Ier,  on  adjugea  toutes  les  portions  du  mur  de  Ph.  Au¬ 
guste,  parmi  les  propriétaires,  les  uns  le  conservèrent  pour  soutenir  leurs  bâti¬ 
ments,  ou  bien  y  établirent  des  terrasses  ;  d’autres  employèrent  à  des  construc¬ 
tions  les  pierres  de  revêtement  et  les  moellons  qui  formaient  le  noyau:  d’autres 
enfin  se  contentèrent  d’amincir  le  gros  mur  pour  gagner  quelques  pieds  de  ter¬ 
rain.  Je  signalerai  les  localités  où  il  a  subi  ces  diverses  modifications. 

Les  vieux  plans  de  Paris  des  XVIe  et  XVIP  siècles,  malgré  leur  peu  d’exactitude, 
en  général,  nous  aideront,  corrigés  les  uns  par  les  autres.  Ceux  du  XVIIIe, 
celui  de  Verniquet  surtout,  nous  seront  également  d'un  grand  secours.  L’illus¬ 
tre  ingénieur  nous  a  plus  d’une  fois,  et  à  son  insu  peut-être,  conservé  des  jalons 
précieux  de  cette  vieille  enceinte,  au  nord  comme  au  midi.  Mais  nos  plus  puis¬ 
sants  auxiliaires,  en  ce  genre,  seront  des  plans  de  géomètres-arpenteurs,  levés  à 
diverses  époques  par  ordre  du  roi  ou  du  prévôt,  pour  vider  des  procès,  pour  ven¬ 
dre  des  terrains  du  domaine  royal  ou  de  la  ville,  ou  enfin  pour  établir,  sur  d’an¬ 
ciens  emplacements,  de  nouveaux  édifices  publics. 

Il  paraîtrait  peut-être  bien  naturel  de  me  voir  commencer  par  décrite  l'en- 


ENC.  DE  PH.  AUGUSTE.  RIYE  GAUCHE. 


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ceinte  de  la  rive  droite,  la  première  construite;  mais  la  disposition  de  mon  ma¬ 
nuscrit  et  des  planches  qui  l’accompagnent  m’ont  obligé  de  suivre  un  ordre 
inverse. 


SV.  —  Eneeûitf  de  !PEB2I2|î|îe  Aîijçia«4.e,  rive  gauetfce* 

—  De  l’Institut  à  la  rue  de  l’Éco!e-de-Médecine.  —  (Voy.  pl.  I.) 


Nous  commencerons  notre  promenade  autour  de  l’enceinte  méridionale  par 
l’examen  de  la  célèbre  tour  bâtie  vers  1200,  nommée  dans  un  acte  de  1210  : 
Tornella  Philippi  Hamelini  suprà  Sequanam,  puis,  un  siècle  environ  plus  tard  : 
tour  de  Nesle  ou  Neelle ,  en  latin  :  Nigella.  Son  premier  nom  lui  vient  d’un  pré¬ 
vôt  du  temps;  le  second,  d’un  hôtel  contigu.  Elle  occupait  une  partie  de  l’empla¬ 
cement  actuel  du  pavillon  oriental  de  l’Institut.  Un  coup  d’œil  jeté  sur  la  planche  I 
donnera  une  idée  précise  de  sa  position.  Ses  deux  étages  s’élevaient  sur  une  sorte 
de  soubassement  en  talus  que  submergeaient  les  hautes  eaux  de  la  Seine.  Si  ce 
soubassement  existait  encore,  le  sol  exhaussé  de  la  place  de  l’Institut  le  cache¬ 
rait  probablement  en  entier. 

La  tour  de  Nesle  est  sans  contredit  la  plus  populaire  de  toutes  celles  du  vieux 
Paris.  Un  drame  moderne  a  surtout  contribué  à  établir  sa  renommée,  car  tout  ce 
qui  offre  du  merveilleux  est  adopté  par  le  vulgaire  comme  une  vérité  incontes¬ 
table.  Mais  le  fait  des  prétendues  orgies  de  Jeanne  ou  de  Marguerite  de  Bour¬ 
gogne,  orgies  dont  cette  tour  passe  pour  le  théâtre,  est  loin  d’être  authentique; 
c’est  au  moins  une  vérité  fardée  par  des  ornements  d’emprunt.  Une  reine  quit¬ 
tant  la  nuit  son  palais  et  traversant  un  souterrain  pour  venir  se  livrer  à  des  scènes 
de  débauche  que  termine,  à  la  face  d’une  pleine  lune,  le  fine  mystérieux  dans  la 
Seine,  d’un  cadavre  palpitant  sous  un  sac  funèbre,  tout  cela  est  ravissant.  Mais  ! 
le  froid  archéologue  qui  se  plaît  à  souffler  sur  les  fables  est  tenté  d’envoyer  cette 
histoire  sinistre  au  diable...  de  Vauvert. 

Pour  mon  compte,  je  ne  prétends  pas  rejeter  cette  tradition  comme  purement 
chimérique  ,  mais  j’en  trouve  le  récit  trop  vague,  trop  nébuleux,  pour  l’admettre 
comme  un  fait  avéré.  Il  nous  a  été  transmis  par  des  poètes  et  des  anecdotiers, 
deux  sortes  d’auteurs  fort  enclins  à  l’exagération.  La  plus  ancienne  trace  de  ce 
prétendu  fait  se  trouve,  je  crois,  dans  les  Epigrammata  du  poète  hollandais  Jean 
Second  (Johannes  Secundus)  qui,  sous  Charles  Y,  dont  il  fut  secrétaire,  composait 
avec  succès  des  poésies  latines  dans  le  genre  de  Tibulle.  En  1461  Villon,  autre 
poète,  parle  dans  sa  Ballade  des  Dames  du  temps  iadis,  de  la  reine  «  —  qui  com- 
«  manda  que  Buridan  —  fust  ieté  en  sac  à  la  Seine.  »  Robert  Gaguin  rappelle 
cette  histoire,  à  titre  de  tradition,  et  Brantôme,  grand  ami  du  scandale,  l’a  remise 


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ENC.  DE  PH.  AUGUSTE.  RIVE  GAUCHE. 


en  vogue  dans  ses  Dames  Galantes,  Enfin,  vers  1832,  parut  un  drame  à  grand 
succès,  qui  a  fait  du  nom  de  cette  tour  le  synonyme  de  :  Théâtre  d’orgies  féroces, 
à  tel  point  que  vers  1846  ou  47,  le  nom  de  Tour  de  Nesle  fut  donné  à  un  bouge 
infâme  de  la  rue  du  Pot-de-F er-S .-Marceau,  où  des  repris  de  justice  entraînaient 
des  jeunes  filles  des  quartiers  voisins. 

Un  récit  sérieux  semble  prêter  quelque  consistance  à  cette  histoire  de  meur¬ 
tres,  accompagnée  de  souterrain,  c’est  cette  phrase  de  G.  Corrozet  (1561,  fol.  1 1)  : 
«  L’an  1538,  en  édifiant  des  maisons,  sur  la  riue  de  Seine  delà  la  tour  de  Nesle, 
«  vis  à  vis  du  chasteau  du  Louvre,  furent  trouuez  unze  caueaux,  en  l’vn  desquels 
«  estoit  vn  corps  mort  armé  de  toutes  pièces,  qui  tourna  en  poudre  si  tost  qu’on 
«  le  toucha.  » 

A  nos  yeux,  cette  tour  isolée  est  tout  simplement  la  tête  occidentale,  le  donjon 
si  l’on  veut,  de  la  clôture  de  Ph.  Auguste.  Les  plafonds  de  ses  trois  étages  étaient 
formés  sans  doute  de  voûtes  solides;  peut-être  même  ces  voûtes  retombaient-elles 
sur  un  pilier  central.  Sa  plate-forme  servait  de  poste  d’observation  à  une  senti¬ 
nelle  qui  de  là  surveillait  la  Seine,  les  abords  du  rempart  et  aussi  les  alentours 
du  château  royal  du  Louvre.  Les  trois  étages  contenaient  sans  doute  des  armes 
et  les  divers  engins  et  ustensiles  de  guerre  en  usage  avant  l’artillerie.  Telle  fut 
vraisemblablement  sa  destination  depuis  le  temps  où  elle  s’appelait  :  Tornella 
Philippi  Hamelini,  jusque  vers  le  commencement  du  XVIe  siècle.  Sous  Charles  IX, 
on  regardait  déjà  comme  inutile  cette  masse  noirâtre  qui  contrastait  avec  la  partie 
neuve  du  Louvre  ;  et  on  la  louait  à  des  particuliers. 

Une  lettre-patente  de  1571  (Félibien,  V,  p.  817  )  enjoint  au  duc  de  Nevgrs  de 
se  départir  en  faveur  de  la  Ville,  de  la  tour  de  Nesle,  porte,  fossé ,  arrière-fossé  1 
et  bordage.  Celte  même  année,  la  Ville  louait  (Sauvai ,  ÎIÏ,  p.  630)  à  Balthasar 
Bordier,  marchand,  la  tour  dite  de  Nesle,  chambre,  cellier,  jardin,  terrasse  et 
autres  petits  édifices  joignant  ladite  tour,  pour  neuf  ans,  moyennant  trente  livres 
tournois  par  année. 

Au  XVIIe  siècle,  le  rez-de-chaussée  de  la  tour  de  Nesle  servait  à  abriter  des  filets 
de  pêcheurs,  et  les  étages  supérieurs  étaient  occupés,  je  crois,  par  des  blanchis¬ 
seuses  qui  étendaient  leur  linge  sur  de  longues  perches  plantées  horizontalement 
dans  la  vieille  muraille ,  à  proximité  des  fenêtres.  C’est  ainsi  que  cette  célèbre 
tour  éprouve  le  sort  de  la  belle  Dulcinée,  sous  la  loupe  de  l’antiquaire. 

Sur  ses  dernières  années,  néanmoins,  elle  joua  de  temps  à  autre  un  rôle  un  peu 
plus  brillant.  En  1613,  on  y  tira  un  feu  d’artifice  pour  divertir  Louis  XIII  enfant, 

1  Que  signifie  ce  mot  arrière-fossé ?  Sur  tous  les  anciens  plans  on  ne  voit  qu’un  seul  fossé.  Appel¬ 
lerait-on  ainsi  la  partie  en  talus  que  nous  nommons  contrescarpe  ? 


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ENC.  DE  PH.  AUGUSTE.  RITE  GAUCHE. 


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(comme  l’atteste  une  estampe  de  M.  Mérian,  décrite  dans  mon  Hist.  de  la  gra¬ 
vure,  p.  62),  et,  en  1660,  trois  ou  cinq  ans  avant  sa  démolition,  on  vit  de  sa  plate* 
forme  s’élancer  une  girandole,  à  l’occasion  du  mariage  du  roi.  (Voir  la  Descrip¬ 
tion  des  fêtes  données  à  cette  occasion,  in-folio,  1662.) 

Il  nous  reste  de  cette  tour  un  si  grand  nombre  de  vues  peintes  ou  gravées, 
qu’on  ne  sait,  au  milieu  de  tous  ces  portraits,  où  trouver  le  véritable.  Israël  Sil- 
vestre,  qui  l’a  plusieurs  fois  dessinée  vers  1655,  ne  lui  donne  pas  toujours  pré¬ 
cisément  les  mêmes  proportions  ni  les  mêmes  détails.  Le  côté  qui  regarde  la  ville 
a  été  moins  souvent  dessiné  que  l’autre;  quant  à  la  face  qui  regardait  le  Louvre, 
je  n’en  connais  aucune  image.  Il  ne  faut  point  perdre  de  vue  que  cette  tour  a  dû 
subir,  à  diverses  époques,  plus  d’un  changement.  Les  fenêtres  carrées  et  assez 
larges  dont  elle  est  percée  sur  les  estampes  de  Callot,  Silvestre  et  autres,  avaient 
remplacé  des  baies  plus  étroites,  de  forme  ogivale  et  garnies  de  treillis  de  fer. 
Quant  à  la  tour  primitive,  nommée  en  1210  Tornella  Pli.  Hamelini,  on  ne  peut 
se  flatter  d’en  voir  le  portrait  authentique  sur  les  tableaux  ou  les  estampes  des 
XVIe  et  XVIIe  siècles.  Elle  a  pu  même  avoir  été  reconstruite  en  Entier  vers  le 
temps  de  Charles  V.  Cette  remarque,  au  reste,  peut  s’appliquer  à  une  partie  des 
accessoires  de  l’enceinte. 

On  trouvera,  dans  mes  dissertations  sur  les  portes  (pl.  XII),  une  copie  réduite 
au  sixième  de  l’élévation  géométrale  de  cette  tour,  dessinée  en  1665  par  Louis 
Le  Vau,  architecte  chargé  de  bâtir  l’Institut,  sur  l’emplacement  des  tour,  porte  et 
hôtel  de  Nesle.  Ce  dessin  est  un  de  ceux  conservés  aux  Archives  sous  le  n°7ÎO, 
IIIe  classe. 

La  tour  de  Nesle,  suivant  Sauvai,  fut  abattue  en  1663  avec  les  environs.  N'y 
aurait-il  pas  ici  erreur  dans  ce  chiffre,  puisque  les  dessins  de  Le  Vau  portent  la 
date  de  1665  qui  semble  indiquer  celle  de  la  démolition?  Cette  démolition,  au 
reste,  était  projetée  dès  l’an  1659,  puisque  Félibien  (t.  V,  p.  165)  produit  une 
lettre-patente  du  6  septembre  de  cette  année,  qui  enjoint  aux  Prévost  des  mar¬ 
chands  et  Échevins  de  «  faire  mesurer  et  arpenter  les  terres  vaines  et  vagues  qui 
«  composent  l’ancien  fossé  (delà  porte  de  Nesle)  jusques  à  larivière...,  faire  visiter 
«  les  maisons  et  eschoppes desdits  lieux,  pour  pourvoira  l’indemnité,  etc.  »  Hié- 
rosme-François  Tombonneau  et  Jean  Doujat,  conseillers,  avaient  reçu  l’ordre, 
dès  le  30  juin,  de  se  transporter  sur  les  lieux  pour  y  procéder  au  mesurage,  ar¬ 
pentage,  plan  et  figure  desdits  lieux  ,  faire  estimer  par  experts  nommés  d’office, 
les  tours,  maisons  et  échoppes  à  démolir.  J’ignore  si  cet  ordre  a  été  exécuté;  en 
tout  cas  les  dessins  ne  se  retrouvent  pas  aux  Archives,  comme  ceux  de  Louis 
Le  Vau. 

Je  ne  parle  pas  ici  de  la  porte  de  Nesle,  puisque  chacune  des  anciennes  portes 


40 


ENC.  DE  PH  AUGUSTE.  RIVE  GAUCHE. 


de  Paris  aura  son  article  à  part  dans  les  dissertations  à  la  suite  de  ce  livre. 

Un  coup  d’œil  jeté  sur  la  planche  I,  fera  comprendre  de  suite  la  marche  de 
l’enceinte,  depuis  la  tour  de  Nesle  jusqu’à  la  rue  de  l’Ec.-de-Médecine.  Je  me 
bornerai  à  expliquer  les  détails  de  cette  planche.  La  %.  2  est  un  calque  mo¬ 
dernisé  de  Verniquet,  sur  lequel  j’ai  dessiné  le  gros  mur  avec  ses  justes  propor¬ 
tions.  Jusqu’à  la  rue  Dauphine,  mon  tracé  a  pour  base  un  plan  manuscrit  de 
Louis  le  Vau  (1665),  et,  de  cette  rue  à  celle  de  l’Ecole,  divers  plans,  rectifiés  en 
quelques  endroits  par  des  recherches  sur  lieux. 

Les  plans  originaux  de  Louis  le  Vau,  architecte  des  bâtiments  de  l'Institut,  sont 
conservés  aux  Archives  (n°  710,  IIIe  classe).  J’ai  choisi  le  plus  curieux,  dont 
la  fig.  1  offre  la  partie  la  plus  intéressante  calquée  sur  le  dessin  même,  y  com¬ 
pris  l’écriture  1 .  Pour  plus  de  clarté,  j’ai  marqué  chaque  tour  murale  d’une  lettre, 
même  celles  que  j’ai  intercalées  par  conjecture.  Il  en  sera  de  même  sur  toute 
la  ligne.  Toutes  ces  tours  sont  figurées  avec  un  égal  diamètre  et  une  forme  sem¬ 
blable,  quoiqu’il  y  eût,  sans  aucun  doute,  entre  elles  quelques  différences  qu’il 
ne  serait  pas»  facile  de  constater,  même  quand  elles  subsisteraient  encore.  J’ai 
mis  le  plus  grand  soin  à  les  placer  à  leurs  distances  respectives,  et  à  tracer  avec 
exactitude  les  localités  actuelles  qui  les  avoisinent.  Je  ferai,  dans  mon  texte,  une 
distinction  entre  les  détails  contemporains  de  Ph.  Auguste  et  ceux  qu’on  doit 
attribuer  à  une  époque  ultérieure. 

A  la  tour  de  Philippe  Hamelin  se  rattachait  l’extrémité  occidentale  de  l’arc  que 
formait  le  gros  mur  d’enceinte.  Son  point  de  départ  était-il  dans  l’origine  tel 
qu’il  est  ici  figuré?  Je  le  suppose,  mais  neff’assure  pas.  Si  le  tourillon  contenant 
l’escalier  fut  construit  sous  Ph.  Auguste,  le  gros  mur  devait  dès  lors  le  laisser  à 
l’intérieur.  Cette  disposition  resta  donc  toujours  la  même,  à  moins  d’admettre 
que  la  porte  de  Nesle  ne  fut  bâtie  que  plus  lard.  Cette  question  douteuse  sera 
discutée  dans  mon  article  sur  cette  porte. 

Un  fait  incontestable,  c’est  que  les  six  arcades  adossées  au  gros  mur  à  l’exté¬ 
rieur,  ainsi  que  les  six  fenêtres  qu’elles  encadrent  (voir  pl.  XII,  fig.  3),  ne  sont 
point  contemporaines  de  Ph.  Auguste.  Ces  détails  auront  été  ajoutés  au  siècle 
suivant  par  les  seigneurs  de  Nesle,  avec  permission  du  roi.  Dans  le  principe, 
le  mur  était  donc  massif,  et  d’environ  deux  mètres  et  demi  d’épaisseur,  entre  la 
porte  et  l’endroit  où  saille  sur  le  fossé  le  plan  d’un  bâtiment  ou  enclos  de  forme 
irrégulière.  Au  point  où  la  ligne  d’enceinte  éprouve  une  légère  déviation,  j’ai 
placé  une  tour  hypothétique  A,  dont  l’existence  doit  être  admise,  car  elle  paraît 

1  On  y  indique  nettement  la  coïncidence  des  tour,  porte  et  pont  de  Nesle,  avec  les  parties  de 
l’Institut  qui  les  remplacent.  Ce  plan  de  Le  Vau  a  été  gravé  dans  ['Architecture  de  Blondel. 


ENC.  DE  PH  AUGUSTE.  RIVE  GAUCHE 


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d'une  nécessité  absolue.  Elle  aura  été  abattue  à  l’époque  où  fut  élevé  le  corps  de 
logis  en  saillie  sur  le  fossé  creusé  vers  1356. 

La  tour  B  ne  figure  pas  sur  le  dessin  de  Le  Vau,  1665,  ni  sur  le  plan  de  Gom- 
boust,  1652;  mais  on  la  voit  sur  les  plans  de  G.  Braun,  Du  Cerceau  et  Belleforest  : 
elle  fut  probablement  détruite  vers  la  fin  du  XVIe  siècle.  Son  existence  me  paraît 
incontestable,  et  sa  place  réelle  devait  être  peu  éloignée  de  celle  que  je  lui  assigne. 
Les  tours  C,  D,  E  se  trouvent  sur  le  plan  de  Le  Vau.  J’ai  donné  le  calque  de  celles 
marquées  D  et  E,  parce  qu’elles  offrent  quelques  détails  «à  l’intérieur.  Elles  pré¬ 
sentent,  sur  divers  points,  des  échancrures  indiquant  des  baies  de  fenêtres  ou 
des  cheminées.  Les  portions  du  mur  qui  les  accompagnent  paraissent  avoir  été 
amincies,  ainsi  que  les  tours  elles-mêmes. 

La  longue  cour  de  l’Institut  a  donc  pour  limite,  à  l’est,  l’ancien  mur,  mais 
déformé  et  dégarni  de  ses  assises  de  pierres;  et  la  partie  conservée  de  son  blocage 
replâtré  sert,  je  crois,  de  soutien  aux  maisons  voisines.  En  1842,  on  fit  des 
fouilles  dans  cette  cour.  J’y  vis  les  fondations  de  plusieurs  murs,  et  probablement 
celles  du  bâtiment  irrégulier,  près  la  tour  A.  Du  reste,  je  les  examinai  assez  su¬ 
perficiellement,  car  alors  je  ne  songeais  pas  à  faire  un  livre  sur  les  enceintes; 
j’aurais  peut-être,  en  y  mettant  plus  d’attention,  découvert  parmi  ces  fondations 
des  traces  des  tours  A  et  B. 

Je  n’ai  retrouvé  aucun  reste  de  la  tour  G.  Il  y  a  une  trentaine  d’années,  on 
voyait  encore,  rue  Guénégaud,  près  du  n°  20,  la  coupe  du  mur  qui  l’avoisinait. 
Ce  débris,  d’un  aspect  assez  pittoresque,  dominait  l’orifice  d’un  vieil  égout  muni 
d’une  grande  grille,  que  je  me  rappelle  avoir  vue  plus  d’une  fois  dans  mon 
enfance.  Cet  égout,  dont  l’ouverture  a  été  reconstruite,  s’écoule  peut-être  encore 
dans  une  partie  de  l’ancien  fossé  de  Nesle;  mais  la  coupe  du  gros  mur,  dont  je 
n’ai  conservé  qu’un  vague  souvenir,  ne  se  voit  plus. 

Quant  aux  tours  D  et  E,  elles  existent  encore,  assez  bien  conservées,  et  figurent 
sur  les  plans  de  Vasserot  et  de  Jacoubet.  En  1840,  je  visitai  la  tour  D  du  côté  de 
la  rue  Guénégaud,  et  au  fond  d’une  cour  de  la  rueMazarine,  23  1 .  Ramond  du 
Poujet  la  signale,  en  Î818,  rue  Guénégaud,  n°  31  ;  elle  était  alors,  dit-il,  «au  fond 
«  d’un  atelier  de  forgerons,  et  ne  laissait  pas  d’avoir  quelque  chose  de  fort  im- 
«  posant.  »  Dans  la  cour  de  cette  même  maison,  je  vis  de  cette  tour  environ  un 
quart  de  sa  circonférence  ;  elle  faisait  meilleur  effet  du  côté  de  la  rue  Mazarine, 

1  C’est,  je  l’avoue,  un  mauvais  système  que  de  désigner  les  maisons  par  leurs  numéros  ou  par 
les  boutiques  qui  en  dépendent,  car  les  numéros  et  les  établissements  de  commerce  ne  sont  pas  des 
points  fixes.  Cependant  j’adopterai  ce  mode  de  renseignements,  puisque  le  plan  de  Jacoubet  indi¬ 
que  avec  une  certaine  exactitude  le  numérotage  des  maisons  vers  1840,  époque  à  laquelle  se  rap¬ 
portent  mes  recherches. 


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ENC.  DE  PH.  AUGUSTE.  RIVE  GAUCHE 


où  elle  paraissait  avoir  six  à  sept  mètres  de  hauteur.  L’intérieur  servait  alors  de 
magasin  à  un  facteur  de  pianos.  Du  Poujet  se  trompe  en  avançant  que  le  gros 
mur  forme  le  fond  de  l’impasse  de  Nevers.  Il  y  a  au  devant  (supposé  qu’il  existe 
encore),  un  corps  de  logis  qui  le  cache. 

J’ai  vu  fort  souvent,  en  traversant  le  passage  Dauphine,  la  tour  E,  dont  j’in¬ 
dique  ici  la  position.  Une  partie  apparaît  au  fond  de  la  cour  du  n°  13,  dont  l’en¬ 
trée  est  presque  vis-à-vis  la  fontaine.  On  la  prendrait  pour  un  mur  cintré, 
auquel  est  appliqué  un  petit  escalier  en  plein  air,  que  j’ai  figuré  sur  la  planche. 
L’autre  partie  du  cercle  dépend  delà  cour  d’une  maison  de  la  rue  Mazarine,  n°  29. 
On  voit  l’intérieur  dans  l’arrière-cour  de  la  maison  n°  40,  rue  Dauphine  ;  je  le 
visitai  en  avril  1840,  et  j’y  remarquai  une  large  embrasure  qui  prenait  jour  sur  la 
cour  de  la  maison  de  la  rue  Mazarine;  cet  intérieur  ne  m’a  point  paru  complète¬ 
ment  rond,  sans  doute  parce  qu’on  avait  déformé  les  parois  de  la  tour.  Sa  hauteur 
était  de  six  à  sept  mètres  ;  le  plafond  n’offrait  plus  dé  traces  de  voûtes,  mais  le 
propriétaire  me  dit  en  avoir  autrefois  remarqué. 

La  fontaine  moderne  du  passage  Dauphine  indique  la  coupe  du  gros  mur.  La 
Ville,  qui  avait  conservé,  je  pense,  ses  droits  sur  ce  mur,  aura  trouvé  dans  son 
épaisseur  une  place  pour  des  tuyaux  de  conduite.  Le  fond  de  toutes  les  propriétés 
(numéros  impairs)  de  la  rue  Mazarine  a  pour  limite  le  mur  d’enceinte,  soit  in¬ 
tact,  soit  aminci.  Les  cours  de  ces  maisons  et  leurs  bâtiments  sur  la  rue  occu¬ 
pent  la  place  du  fossé  comblé,  et  la  rue  Mazarine  représente  l’ancien  chemin  de 
contrescarpe,  dit  autrefois  :  rue  des  Fossés  de  Nesle. 

Ce  fossé,  il  ne  faut  pas  l’oublier,  fut  commencé  sous  le  roi  Jean,  continué  sous 
Charles  Y  et  remanié,  à  diverses  reprises,  sous  les  règnes  suivants.  L’eau  de  la 
Seine,  dans  les  crues  d’hiver,  remontait  jusqu’aux  environs  de  la  porte  de  Buci, 
et  y  séjournait  au  moyen  d’écluses  établies  près  du  pont  de  la  porte  de  Nesle; 
en  été  le  fond  du  fossé  était  à  sec,  sauf  un  maigre  ruisseau  d’eau  croupie  qu’on 
voit  tracé  sur  le  plan  de  L.  Le  Vau,  sous  le  nom  de  L’esgoul  S.  Germain. 

J’ai  indiqué  (au  pointillé),  d’après  Le  Vau,  l’ancienne  limite  du  rivage,  ainsi 
qu’un  abreuvoir  figuré  sur  les  vues  de  Callot  et  de  Silvestre.  On  peut  juger,  en 
comparant  l’ancien  rivage  avec  le  nouveau,  de  l’espace  de  terrain  gagné  sur  le 
lit  de  la  Seine  par  l’établissement  du  quai  actuel.  Comme  je  décrirai  à  part  les 
anciennes  portes  de  Paris,  je  me  bornerai  ici  à  faire  remarquer  leur  position.  Celle 
nommée  Dauphine,  bâtie  seulement  en  1632  ou  33,  était  attenante  au  n°  50  de 
la  rue  du  même  nom.  Je  l’ai  tracée  au  pointillé.  Elle  fut  détruite  en  1673,  comme 
l’annonce  encore  aujourd’hui  une  inscription  sur  tablette  de  marbre  noir,  incrustée 
dans  la  maison  du  n°  50,  à  la  hauteur  du  premier  étage.  Cette  inscription  con¬ 
temporaine  ne  fait  pas  comprendre  la  situation  précise  de  la  porte.  Le  mur  de 


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ENC.  DE  PH.  AUGUSTE.  RIVE  GAUCHE. 


43 


face  de  cette  porte  (du  côté  de  la  ville)  dépassait-il  ou  non  cette  tablette?  Dans 
le  doute,  j’ai  fait  arriver  ce  mur  à  l’angle  de  la  rue  Contrescarpe.  Quand,  en  cet 
endroit,  on  abattit  le  gros  mur  pour  livrer  passage  à  la  rue  Dauphine  (ce  qui  était 
déjà  exécuté  en  1609,  si  l’on  s’en  rapporte  au  plan  de  Quesnel),  on  démolit  sans 
doute  la  tour  hypothétique  marquée  F.  Son  existence  me  paraît  fort  vraisemblable, 
ainsi  que  sa  position. 

Le  gros  mur  devait  passer  à  quelques  mètres  en  deçà  de  la  rue  Contrescarpe. 
Je  n’ai  pu  en  découvrir  aucune  trace,  et  le  plan  de  Yasserot,  qui  indique  tous 
les  murs  mitoyens  de  ces  maisons,  dont  l’ensemble  forme  un  îlot  triangulaire,  n’a 
pu  m’éclairer  sur  ce  point.  Etait-il  sur  la  ligne  que  suit  la  rangée  occidentale 
des  maisons  de  cette  rue?  Ce  n’est  point  probable,  vu  sa  direction  générale,  il 
aura  été  complètement  démoli  lorsque,  vers  1609,  on  combla  le  fossé  entre  la 
rue  Dauphine  et  la  porte  Buci. 

Notons  en  passant  que  la  rue  Contrescarpe  porte  un  nom  trompeur,  puisqu’elle 
est  située  en  dedans  du  mur  et  tout  à  l’opposé  de  la  contrescarpe  du  fossé.  Elle 
devait  se  nommer  plutôt  rue  de  l’Escarpe. 

La  porte,  dite  d’abord  S.  Germain  et,  depuis  1352,  de  Buci  ou  Bucy  (et  non 
Bussy),  était  située  à  peu  près  où  elle  figure  sur  mon  plan,  à  l’extrémité  de  la 
rue  S.  André  des  Arts.  Avant  de  passer  outre,  j’ajouterai  quelques  citations  qui 
se  rapportent  à  l’espace  compris  entre  cette  porte  et  la  tour  de  Nesle. 

On  lit  dans  Sauvai  (III,  p.  630),  que  «le  logis  de  la  porte  de  Bussy,  avec  les 
allées  des  murs  depuis  ladite  porte  jusques  à  l’Hostelde  Nesle  et  deux  tours  étant 
esdits  murs...,  fut  baillé  (1558)  aux  Archers  de  la  Ville,  pour  y  entretenir  des 
buttes,  pour  l’exercice  du  jeu  de  l’arc  ».  Le  même  auteur  (III,  p.  126)  cite  une 
tournelle  neuve  derrière  la  maison  de  maistre  Simon  de  Bucy,  en  allant  à  Nesle. 

—  Permission  à  Guillaume  Baif  (3  août  1613)  de  «  bâtir  et  avancer  les  cham- 
«  bres  de  son  bâtiment  sur  l’allée  étant  au  haut  des  murs  de  la  Ville,  entre  les 
«  portes  de  Bussy  et  de  Nesle,  et  faire  porter  ledit  bâtiment  sur  le  mur  du  pa- 
«  rapet,  en  laissant  un  passage  de  sept  pieds  de  haut,  même  de  faire  bâtir  sur 
«  une  des  tours  qui  est  en  saillie  dans  le  fossé,  moyennant  60  s.  Tournois  de 
«  redevance.  »  (Bouquet,  Mémoire,  p.  282.) 

De  la  porte  Buci  à  celle  des  Cordèles  ou  Frères  Mineurs,  dite  depuis  de  S. 
Germain,  le  passage  du  mur  est  facile  à  suivre,  car  on  le  voit  tracé  sur  plusieurs 
plans  gravés  ou  manuscrits  du  XVIIIe  siècle.  Bien  mieux  :  il  existe  encore  en 
partie,  avec  ses  deux  tours  bien  conservées,  dans  les  maisons  basses  qui  bordent 
à  l’est  le  passage  du  Commerce.  Ces  tours  figurent  sous  la  forme  de  demi-tours, 
sur  le  plan  du  Qerde  l’Ec.  deMéd.,  par  Vasserot,  et  sur  l’atlas  de  Th.  Jacoubet.  La 
tour  G  est  occupée,  en  ce  moment,  par  un  serrurier.  L’intérieur  est  à  peu  près 


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ENC.  DE  PH.  AUGUSTE.  RIVE  GAUCHE. 


circulaire  :  je  n’y  ai  pas  observé  de  traces  de  voûte.  La  tour  H  se  voit  dans  deux 
boutiques  contiguës,  qui  en  ont  chacune  une  portion;  la  grille  du  passage  est 
placée,  par  rapport  à  cette  tour,  comme  je  l’indique  sur  mon  plan.  L’intérieur, 
que  je  visitai  en  1840,  au  fond  du  vaste  jardin  de  l’ancien  hôtel  de  Tours,  rue  du 
Paon,  8,  servait  alors  d’étable. 

J’ai  calqué  et  reproduit  (PL  II,  fig.  i)  un  plan  manuscrit  des  Archives  levé  en 
1743  (IIIe  cl.,  n°  99),  où  l’on  remarque  sur  trois  points  le  mur  d’enceinte  avec 
son  épaisseur  primitive;  partout  ailleurs  il  est,  du  côté  opposé  au  passage,  aminci 
de  moitié.  J’ai  ajouté  au  pointillé  le  tracé  du  passage  actuel  du  Commerce,  celui 
de  la  cour  derrière  la  tour  G,  et  la  prolongation  du  gros  mur,  jusqu’à  la  fontaine 
où  l’on  place  l’ancienne  porte  des  Cordeliers.  On  voit  figurer  un  jeu  de  boule 
nommé  :  de  Manus,  et  sur  d’autres  plans  :  de  Metz.  On  peut,  ce  plan  à  la  main, 
suivre  les  détails  consignés  dans  une  lettre  signée:  De  Parcieux ,  insérée  dans  le 
Journal  de  Verdun,  1757,  et  réimprimée  avec  variantes  dans  le  Mercure  de  France , 
1700.  Cette  longue  lettre  qui,  malgré  son  bavardage,  a  paru  intéressante  de  son 
temps,  nous  apprend  fort  peu  de  chose;  j’en  citerai  plus  loin  un  passage. 

La  partie  du  gros  mur  entre  la  tour  G  et  la  rue  S.  André-des-Arts  soutient 
encore  un  jardin  élevé  d’environ  deux  mètres  et  demi  au-dessus  du  sol  du  passage, 
mais  il  ne  se  prolonge  pas  jusqu’à  la  rue.  On  y  monte  par  un  ancien  escalier 
placé  dans  la  première  cour  du  passage  de  Rohan,  où  l’on  rencontre  plusieurs 
murailles  (celle  notamment  qui,  au  nord,  soutient  le  jardin)  construites  avec  les 
pierres  de  revêtement  du  gros  mur. 

Le  passage  obscur  qui,  faisant  suite  à  la  cour  du  Commerce,  aboutit  à  la  rue 
S.  André,  n’est  pas  dans  l’axe  de  cette  cour,  mais  dévie  un  peu,  comme  on  le  voit 
sur  mon  plan.  (Verniquet  lui  a  donné  à  tort  une  ligne  droite.)  J'ai  cru  devoir  faire 
suivre  cette  déviation  au  mur  d’enceinte  attenant  à  la  porte  de  Buci. 

Sur  le  plan  des  Archives  de  1743,  la  longue  portion  du  gros  mur  qui,  de  la 
tour  H,  se  dirige  vers  la  rue  de  l’Ecole-de-Médecine,  s’arrête  tout  à  coup  à  un 
endroit  où  il  se  relie  à  un  mur  plus  mince  qui  fait  le  coude  et  qui  a  imposé  sa 
direction  à  l’étroit  couloir  par  lequel  le  passage  du  Commerce  débouche  rue  de 
l’Ecole.  Je  vais  tâcher  d’expliquer  cette  circonstance. 

On  lit  dans  toutes  les  Histoires  de  Paris  que  le  mur  d’enceinte  aboutissait  à  la 
fontaine  de  la  rue  des  Cordeliers  (aujourd’hui  de  l’Ecole-de-Médecine),  et  que  la 
porte  des  Cordeliers,  depuis  dite  de  S.  Germain,  était  où  l’on  voit  la  fontaine. 
Cette  direction  du  gros  mur  (que  j’ai  continuée  au  pointillé)  paraît  en  effet  très- 
naturelle.  Puisque  la  porte  ne  fut  ouverte  qu’en  1240,  on  ne  comprend  pas  pour¬ 
quoi  dans  l’origine  il  eût  cessé  ,  arrivé  à  ce  point,  de  suivre  une  ligne  droite. 
Il  est  même  probable  qu’à  l’endroit  où  fut  percée  la  porte,  il  existait  primitive- 


ENC.  DE  PH.  AUGUSTE.  RIVE  GAUCHE. 


45 


ment  une  tour  murale  qui  fut  abattue  en  1240.  C’est  ainsi  que  je  représenterais 
cette  partie  de  l’enceinte  sur  un  plan  fictif  de  Paris  sous  Ph.  Auguste. 

On  distingue,  sur  le  plan  de  1743,  non  loin  de  la  fontaine,  un  mur  coudé,  qui 
semble  continuer  au  delà  de  la  rue  des  Cordeliers,  et  faire  un  nouveau  retour 
d’équerre.  A  mon  avis,  c’est  un  reste  d’une  avant-porte  construite  peut-être  à 
l’époque  où  fut  creusé  le  fossé,  comme  appendice  à  la  fortification  de  la  porte 
principale.  A  presque  toutes  les  anciennes  portes,  de  ce  côté  de  Paris,  on  ajouta, 
au  XVe  ou  au  XVIe  siècle,  des  travaux  du  même  genre.  Celle  S.  Jacques  était 
ainsi  précédée,  du  côté  de  la  campagne,  dé  murs  en  zigzag,  percés  de  meurtrières 
et  crénelés,  dont  l’ensemble  formait  une  sorte  de  bastion  avancé  ou  barbacane , 
comme  on  en  voit  encore  un  exemple  à  Vincennes,  devant  la  porte  du  Nord. 

Le  profil  de  ce  mur  ici  figuré  de  chaque  côté  de  la  rue  des  Cordeliers  a  pu 
induire  en  erreur,  au  temps  où  il  était  en  évidence,  plusieurs  antiquaires  sur  la 
véritable  position  du  mur  de  Ph.  Auguste.  Un  passage  de  la  lettre  citée  ci-dessus 
(signée  :  De  Parcieux )  paraît  attester  une  méprise  de  ce  genre.  «  Etant  dans  la 
«  rue  des  Cordeliers,  on  voit  tout  au  près  de  V égout,  une  inscription  en  marbre 
«  qui  dit  que  la  porte  étoit  là,  et  le  marbre  est  placé  sur  la  coupure  ou  .profil  du 
«  mur  même  de  l’enceinte  dont  on  voit  encore  un  reste  dans  l’allée  à  côté.  » 
Cet  égout  est  marqué  sur  la  PL  ï,  fig.  2,  d’après  le  plan  de  Verniquet. 

Robert  de  Yaugondy  s’exprime  ainsi  :  «  L’enceinte  traversoit  la  rue  des  Corde- 
«  liers,  où  l’on  voit  dans  une  allée  proche  la  rue  de  V Observance  un  reste  à  l’en- 
«  droit  où  étoit  la  porte  S.  Germain.  »  Il  est  évident  qu’il  a  voulu  dire  :  proche  la 
rue  de  Touraine,  comme  l’atteste  son  plan  sur  lequel  la  porte  est  indiquée  devant 
la  fontaine. 

En  1598,  la  porte  S.  Germain  fut  reconstruite.  Peut-être  alors  fut-elle  reculée 
plus  loin  vers  l’ouest  au  niveau  des  murs  del’avant-porte.  Les  plans  du  XVIIe  siècle 
ne  nous  fournissent  aucun  document  positif  sur  cette  question  que  je  discuterai 
plus  tard  à  l’article  :  Porte  S.  Germain. 

Dans  le  voisinage  de  cette  porte,  le  fossé  a  peut-être  été  plus  large  que  sur 
d’autres  points  ;  il  est  même  à  croire  qu’on  le  fit  ainsi  pour  mieux  protéger  l’avant- 
porte  ;  mais  gardons-nous  de  croire  que  l’inflexion,  à  cet  endroit,  de  la  rue  dite  : 
des  F ossés-S . -Germain  représente  précisément  cette  largeur.  Il  est  notoire  que 
l’extrémité  du  pont  qui  conduisait  à  la  porte  était,  des  deux  côtés,  garnie,  dès  le 
XVIe  siècle,  de  groupes  irréguliers  de  maisons,  dont  les  derrières  s’appuyaient 
sur  la  contrescarpe.  La  rue  a  conservé  la  forme  de  ces  groupes,  de  sorte  que 
sa  direction  n’est  plus  parallèle  au  mur  d’enceinte.  J’ai  indiqué  sur  mon  plan, 
par  des  lignes  pointillées,  la  largeur  réelle  du  fossé. 


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ENC.  DE  PH.  AUGUSTE.  RIVE  GAUCHE. 


V.  —  l)c  la  rue  de  l*JEcole-«le-IH^tIeclite  à  la  place  S.  Michel. 

(Voir  PI.  II,  fig.  2.  ) 

A  partir  du  point  où,  en  1240,  fut  ouverte  la  porte  des  Cordeliers,  dite  plus 
tard  S.  Germain,  le  mur  continuait,  jusqu’à  la  place  S.  Michel,  à  peu  près  en 
ligne  droite  et  parallèlement  à  la  rue  des  Fossés-Monsieur-le-Prince. 

Je  dis  a  peu  près,  car  sur  les  plans  qui  le  représentent  entier,  on  remarque 
dans  son  cours  quelques  légères  déviations  qui  sont  peut-être  des  imperfections 
des  géographes.  La  forme  plus  ou  moins  courbe  que  la  clôture  affecte  sur  les  an¬ 
ciens  plans,  depuis  la  tour  de  Nesle  jusqu’à  la  place  S.  Michel,  est  démentie  par 
le  rapport  qu’offrent  entre  elles  les  portions  encore  debout,  tracées  sur  nos  meil¬ 
leurs  plans  modernes. 

Il  ne  reste  aucun  vestige  du  gros  mur  ni  des  tours  entre  la  porle  des  Cordeliers 
et  la  tour  L.  Certainement  il  passait,  comme  je  l’indique  sur  mon  plan,  bien  près 
de  l’angle  formé  par  la  jonction  des  rues  de  l’Ecole  et  de  Touraine ,  mais  il  paraît 
qu’il  fut.  complètement  rasé  lorsqu’en  1672  on  perça  cette  dernière  rue  et  celle 
de  l’Observance,  car  aucun  des  murs  mitoyens  qui  séparent  les  maisons  comprises 
entre  les  rues  de  l’Ecole  et  de  Touraine  n’a  conservé  la  ligne  de  sa  direction.  Il  en 
est  de  même  de  T  îlot  de  maisons  entre  les  rues  de  Touraine  et  de  l’Observance.  Il 
doit  en  rester  au  moins  des  traces  souterraines,  ainsi  que  de  la  tour  I ,  qui  ne  pou¬ 
vait  être  éloignée  de  beaucoup  de  la  place  que  je  lui  assigne.  En  1682,  le  cloître 
des  Cordeliers  fut  reconstruit  de  forme  carrée,  grâce  à  une  adjonction  de  terrain 
pris  sur  la  largeur  du  fossé.  Alors  fut  aussi  rasée  toute  la  portion  du  mur  qui 
s’étend  de  la  rue  de  l’Observance  à  la  tour  K;  mais  à  partir  de  celle-ci  jusqu’à 
la  place  S.  Michel,  on  en  trouve  des  indices  certains.  Un  fait  positif,  c’est  qu’entre 
la  rue  de  l’Ecole  et  la  place  S.  Michel  il  y  avait  six  tours  murales;  elles  sont  indi¬ 
quées  sur  les  plans  de  Braun,  Du  Cerceau,  Quesnel,  etc.,  et  un  acte  que  je  citerai 
plus  loin,  au  sujet  de  la  tour  N,  le  prouve  suffisamment.  D’ailleurs,  rien  qu’à 
examiner  l’intervalle  entre  ces  deux  points,  si  l’on  a  égard  à  l’espacement  à  peu 
près  régulier  des  autres  tours,  on  ne  peut  se  refuser  à  admettre  ce  nombre. 
Gomboust  n’en  indique  que  cinq;  c’est  une  omission  ,  ou,  de  son  temps  (1650) 
il  y  en  avait  déjà  une  d’abattue. 

Je  n  affirme  pas  que  les  tours  I,  J  et  K  soient  placées  sur  mon  plan  avec  pré¬ 
cision  ,  mais  leur  position  s’éloigne  peu  de  la  réalité  ;  quant  à  celle  marquée  L, 
sa  situation  est  fixe,  comme  je  le  prouverai  bientôt. 

Le  gros  mur  n’a  jamais  formé,  comme  on  pourrait  le  croire,  la  limite  du  cou¬ 
vent  des  Cordeliers.  Ce  couvent,  remplacé  aujourd’hui  parla  Clinique  et  autres 


ENC.  DE  PH.  AUGUStE.  RIVE  GAUCHE. 


47 


dépendances  de  l’Ecole  de  Médecine,  s’étendait  au  delà  du  mur.  Sous  Louis IX,  ces 
religieux  possédaient  des  bâtiments  au  delà  du  gros  mur,  qu’ils  avaient  obtenu 
la  permission  de  percer  d’une  porte.  En  1356,  époque  où  ces  bâtiments  furent 
démolis  pour  faire  place  au  fossé,  on  les  indemnisa  soit  par  des  terrains  situés 
au  delà,  soit  par  des  maisons  en  ville.  Puis,  quand  on  supprima,  vers  1672,  ce 
même  fossé,  le  roi  leur  en  accorda  de  nouveau  l’emplacement,  avec  permission 
d’abattre  le  mur.  Alors  ces  religieux  rebâtirent  leur  cloître,  en  partie  sur  le  fossé 
comblé,  et  prolongèrent  leurs  jardins  jusque  vers  le  milieu  de  ce  nouvel  espace; 
sur  l’autre  moitié  qui,  je  crois,  leur  appartenait  également,  on  éleva  les  maisons 
qui  forment  le  côté  oriental  de  la  rue  des  Fossés-Monsieur-le-Prince.  Au¬ 
jourd’hui  les  cours  de  plusieurs  de  ces  maisons  dominent  celles  plus  basses  qui 
dépendent  de  la  Clinique.  Les  murs  qui  bornent  cet  établissement  sont  évidem¬ 
ment  construits  avec  les  pierres  de  revêtement  de  la  muraille  d’enceinte,  mais 
n’en  représentent  pas  la  place. 

La  pente  rapide  delà  rue  de  l’Observance,  ouverte  par  décret  de  1672,  est 
un  reste  de  la  contrescarpe  du  fossé,  mais  l’angle  d’inclinaison  du  talus  a  été 
très-élargi,  de  manière  à  former  une  sorte  de  rampe. 

La  tour  marquée  L  est  un  point  fixe.  Verniquet  Fa  représentée,  à  son  issu, 
peut-être,  en  traçant  le  plan  des  bâtiments  des  Cordeliers.  Cette  tour,  attenante  à 
la  pharmacie  ou  infirmerie  de  ce  couvent,  forme  une  ligne  semi-circulaire,  avec 
deux  contre-forts  ajoutés.  Elle  figure  aussi  sur  un  plan  des  Archives,  levé  en  1743. 
Je  l’ai  calquée  et  reproduite,  pl.  II,  fig.  3.  Voici  un  passage  de  la  lettre  de  M.  De 
Parcieux  ( Journ .  de  Verdun ,  1757),  relativement  à  celte  tour  :  «Le  mur  qui  ter- 
ci  mine  le  jardin  des  Cordeliers  n’est  pas  celui  de  l’enceinte,  comme  on  le  dit,  mais 
«  un  mur  fait  de  l’autre  côté' du  fossé.  Ce  qui  me  le  fait  croire,  c'est  une  tour 
«  qu’on  voit  dans  un  petit  jardin  séparé,  qui  est  celui  de  l’apothicairie  du  couvent. 
«  Cette  tour  a  bien  l’air  d’être  de  l’enceinte  de  Ph.  Auguste.  En  effet,  entrez  dans 
«  l’apothicairie  ,  et  delà  dans  le  petit  jardin,  vous  verrez  que  cette  tour  est  très- 
«  ancienne  ;  vous  y  verrez  sur  le  côté  la  marque  ou  coupure  d’un  mur  fort  épais 
«  qui  a  été  coupé  et  rogné,  et  qui  se  continuoit  de  côté  et  d’autre.  La  distance 
«  qu’il  y  a  de  cette  tour  au  mur  qui  termine  le  jardin...  prouve  à  la  fois  que  la 
«  tour  étoit  de  l’enceinte  et  que  la  muraille  étoit  sur  le  bord  du  fossé ,  etc.  » 
Cette  remarque  est  juste,  seulement  M.  De  Parcieux  se  trompe  en  croyant  que  le 
mur  des  religieux  s’avance  jusqu’au  bord  de  la  contrescarpe  du  fossé.  Il  était 
situé  à  peu  près  vers  le  milieu  de  ce  fossé  que  Louis  XIV  leur  accorda  à  titre  de 
restitution  ou  de  don,  en  totalité  ou  en  partie. 

Je  ne  puis  me  rappeler  sur  quel  plan  j’ai  vu  indiquée  avec  précision  la  tour  M, 
qui  existait  encore  avant  la  reconstruction  totale  du  collège  d’Harcourt.  Cette  tour, 


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ENC.  DE  PH.  AUGUSTE.  RIVE  GAUCHE. 


placée  entre  deux  autres  positivement  fixes,  est  tellement  nécessaire  pour  rem¬ 
plir  le  vide,  qu’il  faudrait  Y inventer,  si  aucun  plan  ne  la  signalait. 

La  tour  N  est  marquée  sur  un  grand  nombre  de  plans,  notamment  sur  celui 
de  Verniquet,  où  sa  forme  est  tout  à  fait  ronde,  parce  qu'elle  était  alors  complè¬ 
tement  isolée  du  mur.  Je  l’ai  calquée  aussi  sur  un  plan  des  Archives,  levé  en  1743 
(fig.  4).  Sur  un  autre  plan  manuscrit  (que  je  possède)  levé  en  prairial  an  VI,  sa 
forme  circulaire  paraît  altérée.  Elle  y  est  tracée  au  pointillé,  au  milieu  d’un  pas¬ 
sage  nommé  :  passage  de  la  Tour  de  Philippe  le  Bel.  (Voy.  fig.  5.) 

Félibien  (t.  V,  p.  126)  rapporte  des  Lettres-patentes,  datées  1646,  par  les¬ 
quelles  le  roi  fait  don  au  collège  d’Harcourt  «  des  place  et  tour  de  Pique  (peut-être 
«  brique,  dit  en  note  Félibien),  muraille,  rampart,  fossé  et  contrescarpe...  à 
«  commencer  de  la  quatrième  tour  jusques  à  la  sixième,  en  montant  de  la  porte 
«  S.  Germain  à  la  porte  S.  Michel.  »  Ce  passage  prouve  évidemment  qu’il  exista, 
dans  cet  espace,  six  tours  sur  lesquelles  trois  dépendaient  des  Cordeliers,  et  deux 
du  collège  d’Harcourt. 

Nous  lisons,  à  propos  delà  tour  N,  qui  subsistait  encore  en  1816,  comme  La 
Tynna  l’affirme,  cette  note  intéressante  dans  la  Notice  de  Ramond  du  Poujet 
(édition  1826,  p.  27)  :  «  C’est  dans  la  cour  des  cuisines  du  collège  d’Harcourt 
«  que  cette  tour  se  trouvoit  placée;  il  existoit  une  tradition  à  cette  époque  (1763) 
«  sur  cette  même  tour;  c’est  que  le  célèbre  Pascal  y  avoit  composé  ses  Lettres 
«  Provinciales,  dans  le  siècle  précédent.»  ( Note  communiquée ,  ajoute  du  Poujet.) 

Cette  tour  était  détruite  en  1840  :  on  dut  l’abattre  quand  on  rebâtit,  de  nos 
jours,  le  collège  d’Harcourt  sous  le  nom  de  S.  Louis. 

Les  tours  L,  M  et  N,  sont  indiquées  à  tort  comme  carrées  sur  les  plans  de  Du 
Cerceau  et  de  Belleforest  ;  sur  tous  les  autres  plans  elles  sont  rondes  et  quelque¬ 
fois  couvertes  d’un  toit.  De  la  tour  N,  le  mur  allait  joindre  la  porte  Gibaid,  dite 
plus  tard  d’Enfer,  puis  de  S.  Michel,  porte  sise  à  l’endroit  où  est  la  fontaine,  et 
probablement  placée  comme  je  l’indique  sur  la  planche  II,  fig.  2. 

Le  gros  mur  devait  traverser  la  rue  Racine  actuelle,  entre  les  nos  24  et  26.  11 
me  semble  en  avoir  vu  quelques  traces  vers  1840,  époque  où  fut  percée  la  partie 
prolongée  de  cette  rue.  Le  n°  24  est  le  grand  bâtiment  des  Réservoirs.  J’ai  cru 
reconnaître,  du  haut  des  terrasses  qui  bordent  ces  réservoirs,  une  longue  partie 
du  gros  mur  (60  ou  80  mètres)  qui,  courant  du  nord  au  midi,  paraissait  servir 
de  limite  au  collège  S.  Louis  et  laisser  un  espace  vide  entre  le  collège  et  les  pro¬ 
priétés  formant  le  côté  oriental  de  la  rue  Monsieur-le- Prince. 

Il  est  possible  que  ce  mur  ne  soit  pas  celui  de  l’enceinte;  mais,  à  coup  sûr, 
il  a  été  construit  avec  ses  matériaux.  En  tout  cas,  si  c’est  l’ancien,  il  a  été  restauré 
et  modifié,  puisqu’il  porte,  vers  le  milieu  de  sa  hauteur,  un  cordon  ou  bourrelet 


3 


ENC.  DE  PH.  AUGUSTE.  RIVE  GAUCHE.  49 

de  pierre,  d’une  construction  peu  ancienne,  et  n’offre  plus  aucune  trace  de  tours. 
Quant  au  fossé  de  Charles  V,  il  a  été  comblé,  sauf  en  quelques  endroits,  où  sont 
des  jardins  dont  le  niveau  est  un  peu  inférieur  à  celui  du  sol  de  la  rue. 

Je  vais  citer  ici  quelques  extraits  d’anciens  registres,  relatifs  à  la  partie  de  l’en¬ 
ceinte  comprise  entre  la  porte  des  Cordeliers  ou  S.  Germain,  et  celle  S.  Michel. 

En  oct.  1561,  cession  est  faite  aux  Cordeliers,  parle  Bureau  delà  Ville,  «  d’une 
«  Allée  le  long  des  murs  de  la  Ville,  qui  faisoit  partie  du  jardin  des  Àrbalestriers, 
«  contenant  25  toises  de  long,  sur  20  pieds  de  large...  (Bouquet,  Mémoire,  p.  273). 

En  1633  et  1636,  plusieurs? places  dans  les  fossés,  près  la  porte  S.  Germain, 
sont  délaissées,  moyennant  redevance  à  la  Ville,  au  sieur  Bouteiller  de  Rancé 
(J rd .,  p.  272). 

Sept.  1635.  —  Bail  emphytéotique  fait  à  François  Geoffrais  «  d’une  place  sise 
«  dans  le  fossé,  entre  la  porte  S.  Germain  et  S.  Michel,  de  75  toises  de  long,  de- 
«  puis  la  tour  où  est  le  four  des  Cordeliers...  (celle  marquée  K  ou  L),  pour  l’em- 
«  ployer  à  faire  un  jeu  de  longue  Paulme  et  non  à  un  autre  usage  »  (Id.,  p.  269). 

Selon  le  même  registre,  on  voit  qu’en  1634  le  collège  d’Harcourt  possédait,  sur 
le  fossé,  plusieurs  places  et  maisons  qu’il  louait.  En  1670,  il  acheta  encore  à  la 
Ville  «  huit  toises  de  places  en  profondeur  sur  dix-huit  de  face  »  (Id.,  p.  270). 

En  sept.  1636,  un  sieur  Rubantil  cède  au  même  collège  «  le  dessus  de  la  tour 
des  Buttes »,  probablement  celle  marquée  M  sur  mon  plan  ( ld .,  p.  269). 

En  avril  1650,  la  Ville  fait  concession  aux  Cordeliers  de  soixante  toises  du 
fossé,  sur  vingt  de  largeur  (Id.,  p.  273). 

Procès-verbal  de  janvier  1655,  d’où  il  résulte  que  le  fossé,  derrière  l’hôtel  de 
Condé,  «avoit  auparavant  dix-sept  toises  de  large,  et  vingt-quatre  pieds  de  pro¬ 
fondeur  (ld.,  p.  273). 

Janvier  1655.  —  «  Grosse  tour...  au-dessus  de  la  porte  S.  Germain,  attenant 
a  le  jardin  du  sieur  de  Rancé  Bouthillier,  dont  le  bâtiment  est  entre  ladite  tour  et 
«  ladite  porte  S.  Germain,  avancé  dans  le  fossé  hors  la  muraille  de  closture...  Le 
«  fossé  est  traversé,  à  h  toises  du  mur  dudit  sieur  de  Rancé,  d’un  petit  mur 
«  ancien  avec  une  porte  et  une  grande  brèche... *près  d’un  bâtiment...  appelé  la 
a  Maison  du  Cordier  »  (ld.,  p.  274). 

Il  sefable  clairement  résulter  de  ces  extraits  que  le  célèbre  réformateur  de  la 
Trappe,  ou  quelqu’un  de  sa  famille,  possédait  une  maison  sise  entre  la  porte  des 
Cordeliers  et  la  tour  marquée  I,  maison  occupant  peut-être  une  partie  de  l’em¬ 
placement  actuel  de  la  rue  de  Touraine. 

Le  même  Mémoire  de  Bouquet  contient  beaucoup  d’autres  renseignements 
relatifs  à  cette  partie  de  l’enceinte.  J’en  ai  extrait  les  passages  qui  m’ont  paru  les 
plus  intéressants,  regrettant  de  n’avoir  pu  avoir  sous  les  yeux  les  pièces  originales. 

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VI.  —  Me  la  place  S.  IflieBtel  à  la  rue  Descartes. 

(Voir  PI.  III.  ) 

La  porte  Gibard  (nommée  plus  tard  S.  Michel)  était  placée  au  haut  de  la  rue 
de  la  Harpe,  à  l’endroit  où  est  la  fontaine  en  forme  d’hémicycle.  On  ne  voit  plus, 
depuis  longtemps,  les  parties  du  gros  mur  qui  touchaient  à  cette  porte  ',  rem¬ 
placée  par  des  constructions  où  ses  matériaux  ont  été  employés;  mais  il  est  facile 
de  se  rendre  compte  du  point  où  elles  aboutissaient  ^il  suffit  de  jeter  un  coup  d’œil 
sur  les  planches  II  et  III. 

Entre  les  portes  S.  Michel  et  S.  Jacques,  tous  les  anciens  plans  indiquent  trois 
tours,  mais  les  placent  à  des  distances  différentes.  Sur  celui  de  J.  Gomboust,  elles 
se  suivent  de  trop  près  à  partir  de  la  porte  S.  Michel,  et  cette  partie  de  l’enceinte 
est  peu  exactement  rendue,  quoique  ce  plan  soit  fort  estimable  du  reste.  On  voit, 
pl.  III,  trois  calques  de  plans  où  figure  le  passage  du  mur.  Celui  de  Yerniquet, 
quoique  moins  détaillé  que  celui  de  La  Grive,  nous  servira  de  guide.  Je  suppose 
que  les  tours  y  sont  bien  espacées.  Je  n’ai  qu’un  reproche  à  lui  faire,  c’est  que  le 
gros  mur  est  trop  épais.  Il  est  à  regretter  que  Verniquet  n’ait  point  partout, 
comme  il  l’a  fait  ici,  tracé  les  restes  de  l’enceinte  encore  visibles  sous  Louis  XYI. 

Les  tours  marquées  0  et  P  sont  très-connues.  Je  les  ai  visitées  plusieurs  fois  du 
côté  delà  rue  des  Grès,  où  était  une  caserne  de  garde  municipale,  et  du  côté  de 
la  rue  S.  Hyacinthe.  La  tour  P.  a  été  détruite  en  1849,  lors  de  l’ouverture  de  la 
nouvelle  rue  Souftlot  (comme  s’il  était  écrit  qu’à  ce  nom  de  Soufflât  dût  se  ratta¬ 
cher,  encore  une  fois,  un  acte  de  dégradation  du  vieux  Paris). 

Le  gros  mur  pouvait  avoir,  sur  ce  point,  environ  six  mètres  de  hauteur  à  partir 
d’une  espèce  de  talus  de  terre  qui  en  cachait  peut-être  un  mètre.  J’ai  compté,  dans 
cette  hauteur,  27  assises  de  petites  pierres  d’équarrissage  inégal,  soit  que  le  mur 
eût  été  souvent  réparé,  soit  que  dès  l’origine  les  matériaux  fussent  ainsi  disposés. 
La  tour  0  était  couverte  du  toit  le  plus  disgracieux,  formé  de  plâtras,  ayant  sa 
pente  du  côté  de  la  caserne.  Vers  le  haut  de  la  tour  était  une  meurtrière,  et  peut- 
être  en  existait-il  plusieurs  autres  sous  les  lierres  épais  qui  tapissaient  çà  et  là  ces 
vieux  débris.  L’intérieur  de  la  tour  où  était  établie,  je  crois,  une  pompe,  avait  été 
très-modifié;  on  en  distinguait  à  peine  la  forme.  J’ai  escaladé  le  mur  au  moyen 
d’une  échelle  qui  s’y  trouvait  adossée,  et  me  suis  promené  sur  la  tour  P,  qui  sup¬ 
portait  un  petit  jardin  de  forme  semi-circulaire;  car  la  tour,  démolie  en  partie, 

'  Toutes  les  parties  du  mur  attenant  aux  anciennes  portes  furent  en  général  abattues,  et  les  ma¬ 
tériaux  employés  à  construire  les  maisons  qui  remplirent  le  vide  occasionné  par  la  suppression 
des  portes. 


Lit»  O.Ici-iiVifr  Rue  •  om  Pe:  :  r.  çav.  îï. 


ENC.  DE  PH.  AUGUSTE.  RIVE  GAUCHE. 


51 


n’avait  plus  que  l’apparence  d’une  demi-tour.  J’oubliai  de  vérifier  si  elle  portait 
des  traces  de  voûtes,  comme  l’assure  Mauperché.  Du  reste,  il  est  assez  probable 
que  les  deux  tours,  ainsi  que  le  mur,  avaient  perdu  quelques  pieds  de  leur  élé¬ 
vation  primitive. 

Ces  tours  avaient  été  concédées  aux  Jacobins  sous  Louis  IX  ou  sous  Philippe 
le  Long;  mais  lorsqu’en  1356  il  fut  décidé  qu’on  creuserait  des  fossés,  elles  ren¬ 
trèrent  dans  le  domaine  de  la  Ville;  on  détruisit  toutes  les  constructions  qui  s’y 
rattachaient,  et  on  dédommagea  les  religieux  par  d’autres  propriétés. 

Les  maisons  où  se  voyaient  ces  tours,  rue  S.  Hyacinthe,  n05  9  à  17,  sont  par¬ 
faitement  tracées  sur  le  plan  détaillé  du  Quartier  Sainte-Geneviève,  par  Dela- 
grive,  1757  (pi.  III,  fig.  2).  Ce  plan  à  la  main,  j’ai  reconnu,  en  1839,  les  murs 
mitoyens,  les  perrons  et  les  terrasses  des  jardins.  La  face  seule  de  ces  jardins, 
établis  sur  le  fossé  à  demi  comblé,  m’a  paru  changée.  Au  pied  du  gros  mur  exis¬ 
tait,  je  le  répète,  un  exhaussement  de  terrain  en  talus,  qui  semblait  être  le  com¬ 
mencement  de  l’escarpe  du  fossé. 

Le  point  le  plus  curieux  après  les  tours,  c’était  un  pan  de  muraille  formant 
équerre  avec  le  gros  mur,  et  partant  de  l’angle  de  la  tour  P,  reste  d’un  bâtiment 
en  saillie  sur  le  fossé,  et  tracé  avec  précision  sur  le  plan  de  Verniquet  (fig.  3). 
Au  milieu  des  assises,  à  hauteur  d’homme,  on  remarquait  une  sorte  de  croix  de 
pierre  ;  c’était  le  croisillon  d’une  ancienne  fenêtre,  percée  dans  le  bâtiment  et 
murée  depuis.  Sur  une  mauvaise  image,  insérée  dans  le  Paris  ancien  de  Mau¬ 
perché,  on  voit  figurer  les  deux  tours  et  ce  mur  en  retour  d’équerre,  avec  trois 
fenêtres  sur  la  même  ligne.  Je  ne  sais  si,  en  1816,  ces  fenêtres  existaient  encore 
ou  si  elles  furent  tracées  de  fantaisie  ;  mais,  en  1839,  il  ne  restait  plus  que  cet 
unique  vestige  du  vieux  bâtiment  dont  je  vais  parler.  La  suite  du  pan  de  mur 
se  confondait  avec  celui  des  maisons  voisines  qui  s’y  appuyaient. 

L’édifice  entier  se  voit  sur  une  petite  perspective  de  Paris,  signée  L.  Gaultier , 
1607,  et  sur  plusieurs  estampes  historiques,  qui  représentent  Louis  XIII  entrant 
à  Paris  par  la  porte  S.  Jacques.  Il  offre  l’aspect  d’un  bâtiment  carré,  flanqué,  dans 
les  angles,  de  tourelles  en  encorbellement,  et  couvert  d’une  plateforme.  Mauper¬ 
ché  le  nomme  à  tort  Parlouër-aux-Bourgeois  ;  c’est  simplement  une  portion  du 
réfectoire  des  Jacobins,  établi  en  saillie  sur  le  fossé,  et  peut-être  sur  les  fonde¬ 
ments  d’une  partie  du  Parloir  1  ;  mais  ce  n’est  point  le  Parloir  lui-même. 

*  Ce  nom  de  Parloüer  ou  Parloir  signifie  :  un  lieu  de  conseil  ;  nom  qu’on  a  changé  plus  tard  en  celui 
de  Parlement.  A.  Du  Chesne  prétend  que  ce  nom  lui  fut  donné  parce  que  les  bourgeois,  assemblés 
en  ce  lieu,  parlementèrent  avec  le  seigneur  de  l’Isle-Adam  de  la  reddition  de  la  ville  à  Charles  VII. 
(Antiquitez,  1609,  p.  109.)  Explication  erronée;  ce  nom  était  usité  au  XIVe  siècle.  (Voir  Dissert,  de 
Bonamy,  Mém.  de  V Acad,  des  Inscr.,  t.  XXI.) 


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ENC.  DE  PH.  AUGUSTE.  RIVE  GAUCHE. 


On  peut  s’étonner  qu’un  édifice  si  peu  central  fût  consacré  aux  assemblées 
des  membres  municipaux  de  Paris  ;  le  fait  est  pourtant  irrécusable,  car  on  lit  en 
tête  de  beaucoup  d’actes  :  Faict  au  Parlouër-aux-Bourgeois  ;  mais  il  faut  bien  se 
garder  de  croire  que  ce  fût  là  réellement  ce  qu’aujourd’hui  nous  appelons  un 
hôtel-de-ville  ;  ce  n’en  était  qu’une  dépendances  qu’une  succursale.  Mauperché 
remarque  qu’on  le  nommait  :  «  maison  de  la  ville,  et  non  maison  de  ville  » ,  ex¬ 
pression  indiquant  que  c’était  simplement  un  appendice  à  l’administration  de  la 
Prévôté.  Félibien  fait  observer  qu’on  appelait  Parlouër-aux-Bourgeois  l’institu¬ 
tion  elle-même. 

Quelques  lignes  encore  sur  cet  édifice,  puisque  son  histoire  se  rattache  en 
quelque  sorte  à  celle  de  l’enceinte.  D’abord,  il  ne  faut  pas  le  confondre  avec  deux- 
autres  plus  anciens,  l’un  situé  près  de  S.  Leufroy  (au  Grand-Châtelet),  dit  plus 
spécialement  maison  de  la  Marchandise;  détruit  en  1684  (voir  Félibien,  I, 
pages  lxxix,  617  et  632,  qui  en  donne  la  description);  l’autre,  situé,  selon  Du¬ 
plessis  ( Annales ,  p.  45),  près  la  place  Maubert,  entre  les  rues  Garlande  et  des 
Noyers.  Celui  qui  nous  occupe  existait  déjà  avant  1228,  époque  où  les  Frères- 
Prescheurs,  dits  Jacobins,  quittèrent  leur  couvent,  voisin  de  la  place  Maubert, 
pour  s’établir  en  ce  lieu  alors  nommé  Clos-aux-Bourgeois ,  plus  tard  Vignerai 
ou  Vigneron,  et,  en  1431  :  ClosS.  Sulpice.  A  partir  de  1228,  le  Parloir  se  trouva 
enclavé  dans  le  couvent  des  Jacobins,  mais  sans  leur  appartenir.  S.  Louis  leur 
avait  accordé  pour  s’agrandir  un  espace  assez  vaste  situé  au  delà  du  gros  mur, 
avec  permission  de  le  percer  pour  communiquer  avec  leurs  bâtiments  supplé¬ 
mentaires.  Mais,  en  1356,  on  creusa  au  pied  du  mur  un  large  fossé,  qui  isola 
ie  Parloir-aux-Bourgeois  du  clos  du  même  nom.  Les  Jacobins  perdirent  alors  les 
concessions  de  terrain  que  S.  Louis  leur  avait  faites;  perte  dont  ils  furent  plus 
tard  indemnisés.  Deux  ans  après,  on  leur  reprit  encore  du  terrain,  pour  ouvrir 
un  chemin  de  ronde.  Voici  ce  qu’écrit,  à  ce  sujet,  Jean  de  Venette,  continuateur 
de  Guill.  de  Nangis,  à  l’an  1358  :  «Fuerunt  destrueta  hospitia  et  domus  quas 
«  Fratres  Prædicatores  habebant  extrà  muros...  similiter  hortos  quos  foris  liabe- 
«  bant...  et  non  solùm  domos  perdiderunt  exteriùs,  sed  etiam  domus  intrà  mœ- 
«  nia  et  illas  quæ  mûris  ab  infrà  jungebantur,  ut,  inter  ipsorum  habitaeulum 
«  et  dictos  muros,  adilus  fieret  atque  via.  » 

Dubreul  (1612,  p.  502)  cite  une  inscription  qu’on  voyait  de  son  temps  aux  Ja¬ 
cobins,  contre  la  muraille  de  l’église.  Elle  apprenait  qu’en  1358  on  avait  détruit 
le  cimetière,  ainsi  que  «les  Cloistre,  Dortoir  et  Réfectoir  retranchez  pour  la  clos- 
ture  de  la  ville.  »  Il  est  donc  certain  qu’on  abattit,  en  1356  et  58,  une  grande 
partie  des  bâtiments  des  Jacobins,  à  l’intérieur  et  à  l’extérieur  de  leur  cloître; 
mais  on  respecta  le  Parlouër ,  et  on  fit  tourner  le  fossé  autour  de  la  partie  de 


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cet  édifice  la  plus  avancée  vers  le  sud  ;  de  là  la  forme  ondulée  de  la  rue  actuelle 
S.  Hyacinthe,  jadis  le  chemin  de  contrescarpe. 

Vers  la  même  année  1358,  la  ville  avait  acheté,  pour  tenir  ses  conseils,  la 
maison  dite  :  au  Dauphin  ou  aux  Piliers,  sise  place  de  Grève.  Alors  probable¬ 
ment  le  Parlouèr-aux- Bourgeois  fut  provisoirement  abandonné,  mais  sans  cesser 
d’appartenir  à  la  Ville,  et  servit  de  succursale  aux  assemblées  de  l’Hôtel-de-Ville, 
en  certaines  occasions. 

Dubreul  cite,  p.  503,  une  charte  de  1365,  qui  donne  aux  Jacobins,  comme 
dédommagement  de  leurs  pertes,  le  Parloir  et  ses  dépendances  pour  y  établir 
leur  infirmerie.  On  pourrait  conclure  de  cette  donation,  si  elle  eut  son  effet, 
qu’à  partir  de  cette  année  le  Conseil  de  la  Ville  fut  transféré  définitivement  sur  la 
place  de  Grève.  Cependant  il  n’en  fut  pas  ainsi,  puisqu’on  voit  dans  d’anciens 
comptes  (Sauvai,  tome  III,  p.  126),  qu’en  1365  Robert  de  Pierre-Fons,  pionnier, 
fut  chargé  de  réparer  les  fossés  endommagés  par  les  pluies,  fossés  «  qui  sont  der- 
«  rière  la  Maison  de  la  Ville,  qui  est  derrière  les  Jacobins.  »  En  faisant  cette  ré¬ 
paration,  on  trouva,  le  18  septembre,  «  une  grande  partie  des  forts  murs 
anciennement  faits  par  les  Sarrazins,  qui  donnèrent  grand  peine  à  rompre  et 
dépécier  \  » 

D’après  les  mêmes  comptes,  en  1366,  on  raccommode  le  pavé  qui  couvrait  le 
Parlouër.  En  1368,  Jean  de  Blois,  peintre,  le  repeint  à  neuf,  moyennant  26  liv. 
parisis,  qu’il  reçut  trois  ans  plus  tard.  Le  même  auteur  (II,  p.  481)  dit  que  le 
Parloir  «consistoit  en  un  gros  édifice,  pavé  sur  là  couverture,  qui  avançoit  neuf 
«  toises  ou  environ  dans  les  fossés,  et  de  plus,  en  des  tours  rondes  et  quarrées , 
«  les  unes  avec  un  comble,  les  autres  terrassées  de  pierres  de  liais.  »  Je  ne  sais 
où  Sauvai  a  puisé  tous  ces  détails. 

Le  27  janvier  1476,  selon  Du  Breul,  page  502,  on  permit  aux  Jacobins  de  faire 
«  vne  huisserie  en  la  muraille,  près  leur  puys,  faisant  la  séparation  de  leur 
«  maison  et  Vallée  des  murs  de  la  ville,  pour  permettre  aux  nouices  de  s’aller 
«  esbatre  et  promener  en  la  dicte  allée...» 

Ce  qui  doit  faire  penser  encore  que  la  charte  de  1365,  citée  plus  haut,  n’eut 
aucun  effet,  c’est  que,  sous  Charles  VII,  «  les  Bourgeois  (selon  André  Du  Chesne) 
«  y  parlementèrent  avec  le  seigneur  de  l’Isle-Adam,  de  la  reddition  de  la  ville 

1  Jean  de  Venette  s’exprime  ainsi  :  «Circàcentrumfossatornm,  antèdornum  Prædicatorum,  propè 
j  murum  ab  extra,  reperta  sunt  fundamenta  turrium  et  castrorum  tantæ  fortitudinis...  ut  vix... 
«  instruments  ferreis  posset  opus...  dissolvi  :quo  fiebat  ut  fossata  profundiùs  aptarentur,  et,  ut 
«  fertur,  olim  ibi  fuerat  palatium  vel castrum quod...  Altum  Folium  (Haute-Feuille)  vocabatur,  de 
«  quibus  adhùc  vestigia  restant.  » 


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«  au  Roi  »  ;  c’est  que,  en  1504,  Jean  Le  Clerc,  Jacobin,  demanda  au  prévôt  ce 
vieil  édifice,  qu’on  lui  refusa  comme  utile  à  la  Ville. 

Bonfons,  dans  son  édition  augmentée  des  Antiquités  de  Corrozet,  1586,  nous 
apprend,  fol.  152,  qu’en  avril  1505  il  fut  plaidé  «  touchant  le  différent  meu  en- 
«  tre  le  conuent  des  Cordeliers  (il  veut  dire  des  Jacobins )  et  le  Preuost  des  Mar¬ 
te  chands  pour  le  Parlouer  aux  Bourgeois.  » 

Sauvai  enfin  dit (t.  II,  p.  482):  «On  sait  qu’il  n’y  a  plus  maintenant  (vers  1660) 

«  de  passage  ni  à’ allée  entre  les  Jacobins  et  les  murs;  tout  est  si  bien  confondu  avec 
«  le  monastère,  qu’on  n’y  connoit  plus  rien,  et  il  s’étend  jusqu’aux  murailles. 

«  Quant  au  Parloir  je  ne  sai  ce  quil  est  devenu ,  car  ce  vieux  bâtiment  quarré 
«  que  nous  voyons  dans  les  fossés,  n’y  a  jamais  servi.  C’est  le  bout  du  Réfectoire 
«  et  du  Dortoir  des  Jacobins,  ce  qui  ne  paroit  que  trop  par  la  symmetrie,  outre  que 
«  l’Histoire  du  roi  Jean  nous  apprend  que,  pendant  sa  prison,  ce  bâtiment  fut 
«  coupé  pour  en  faire  un  chemin  des  rondes  et  détacher  ce  monastère  des  mu- 
«  railles  et  des  fossés.  » 

On  notera  ici  que  Sauvai  (est-ce  la  faute  de  ses  éditeurs?  )  est  en  contradic¬ 
tion  avec  lui-même,  puisqu’il  cite  des  comptes  où  il  s’agit  de  réparations  au  Par¬ 
loir  en  1365,  66,  et  68,  c’est-à-dire  après  la  mort  du  roi  Jean. 

Pour  prendre  un  parti,  au  milieu  de  toutes  ces  incertitudes,  il  faut  supposer 
que  le  Parlouër-aux-Bourgeois  servit  toujours,  en  certaines  occasions,  de  succur¬ 
sale  à  la  Maison  de  Ville  (dite  Maison  au  Dauphin  ou  aux  Piliers)  jusqu’ à  l’an  1505, 
époque  où  eut  lieu  le  différend  entre  le  Prévôt  et  les  Jacobins.  Félibien  dit  (t.  I, 
p.  633)  :  «  Ce  bâtiment  fut  démoli  depuis  (1505),  dans  le  tems  des  guerres,  sans 
«  qu’il  paroisse  que  les  Jacobins  en  ayent  profité  que  d’une  petite  portion  de  ter¬ 
re  rain.»  Je  pense,  au  contraire,  que  ces  religieux  obtinrent,  vers  cette  époque, 
la  possession  de  cet  édifice  ou  de  son  emplacement,  et  que,  peu  après,  ils  utili¬ 
sèrent  ces  vieux  murs  en  les  modifiant  pour  leur  usage,  ou  élevèrent  sur  ses 
fondations  un  nouveau  corps  de  logis  en  appendice  à  ceux  de  leur  cloître,  de  sorte 
que  le  bâtiment  en  saillie  sur  le  fossé  doit  passer  pour  une  partie  refaite  du  Par¬ 
loir  ou  pour  une  nouvelle  bâtisse  établie  sur  ses  fondements. 

Je  continue  mes  remarques  sur  l’enceinte.  — La  tour  Q  doit  être  bien  indiquée 
à  sa  véritable  place  sur  le  plan  de  Verniquet;  je  suis  étonné  que  Delagrive,  sur  son 
plan  du  Qcr  Sainte-Geneviève,  gravé  en  1757,  ne  l’ait  pas  marquée  '. 

En  examinant  la  direction  tortueuse  de  la  rue  S.  Hyacinthe  (jadis  nommée  des 

'  Sur  le  plan  en  six  feuilles  du  même  géographe,  1728  (fig.  1),  on  voit,  entre  les  rues  de  La  Harpe 
et  S.  Jacques,  cinq  tours  ligurer;  mais  l’une  est  évidemment  une  des  tours  de  la  porte  S.  Jacques, 
et  l’autre  ,  trop  éloignée  de  la  rue  de  La  Harpe,  une  des  tours  de  la  porte  S.  Michel.  J’ai  signalé 


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Fossés  S.  Michel),  on  voit  qu’elle  est  renflée  vis-à-vis  du  bâtiment  en  saillie  sur 
le  fossé.  Cette  disposition  vient  sans  doute,  je  le  répète,  de  ce  qu’on  élargit  le 
fossé  sur  ce  point,  afin  qu’il  ne  fût  point  rétréci  par  cet  avant-corps.  L’extrémité 
orientale  de  la  même  rue  fait  ensuite  un  nouveau  détour,  qui  semble  annoncer 
que  le  fossé  fut  creusé  plus  large,  à  cause  de  l’avant-porte  ajoutée  sous  Char¬ 
les  Y,  ou  plus  Lard,  devant  la  vieille  porteS.  Jacques;  mais  peut-être  cette  courbe 
n’a-t-elle  d’autre  raison  que  celle  exposée  ci-dessus  (page  45  ),  à  propos  de  la 
porte  Buci.  Cette  avant-porte,  dite  :  murs  des  carneaux ,  est  mal  figurée  sur  la 
plupart  des  plans,  hors  peut-être  sur  celui  deBullet,  1676.  On  la  verra  très-détail¬ 
lée  sur  un  plan  des  Archives,  que  je  reproduirai  à  propos  de  la  porte  S.  Jacques. 

Je  ne  garantis  pas  comme  très-précise  la  place  que  cette  porte  occupe  sur  mon 
plan  (pl.  III,  fig.4);  car  il  ne  reste  plus  aucun  fragment  du  gros  mur  qui  la  joi¬ 
gnait  de  part  et  d’autre.  Il  aura  été  démoli  à  l’époque  où  le  vide  de  la  porte 
abattue  fut  remplacé  par  des  maisons.  Robert  de  Yaugondy  cite  une  inscription 
qu’on  lisait  de  son  temps  (1760)  sur  une  maison  de  la  rue  S.  Jacques;  on  y  indi¬ 
quait  la  place  où  était  cette  porte.  Ce  renseignement  est  bien  vague,  car  le  profil 
delà  porte  occupait  un  espace  assez  large.  On  peut,  je  crois,  sur  ce  point,  s’en 
rapporter  à  son  plan  gravé,  où  figurent  la  nouvelle  église  Sainte-Geneviève,  et  la 
rue  Souffiot,  projetée  dès  lors  jusqu’à  celle  d’Enfer.  (Ce  prolongement  n’a  été 
exécuté  qu’en  1849.) 

J’ai  vu  souvent,  du  fond  de  l’impasse  des  Poirées,  une  partie  du  gros  mur  qui 
se  rattachait  à  la  tour  Q  ;  mais  il  se  perdait  à  l’endroit  où  aboutissent,  vers 
l’ouest,  les  limites  des  maisons  situées  rue  S.  Jacques.  Du  haut  d’une  terrasse 
de  la  maison  166  de  celte  rue,  je  remarquai ,  en  1840,  la  direction  générale 
des  fragments  du  mur  encore  subsistants,  et  j’ai  reconnu,  après  cet  examen, 
que  la  porte  S.  Jacques  était  située  entre  les  nos  168  et  151  (voir  l’Atlas  de  Jacoti- 
bet,  1835),  d’autant  plus  que  les  deux  maisons  qui,  vers  le  sud,  font  suite  au 
n°  168,  offrent  des  caves  à  deux  étages.  J’ai  visité  celles  du  n°  172  ;  on  y  des¬ 
cend  par  un  escalier  de  31  marches,  ce  qui  donne  une  profondeur  d’environ  6  à 
7  mètres.  Il  est  donc  fort  raisonnable  d’admettre  que  ces  caves,  vu  leur  position, 
représentent  à  peu  près  la  profondeur  du  fossé.  Le  propriétaire  de  la  belle  maison 
à  balcon,  n°  151,  maison  qui  a  remplacé  une  partie  de  la  porte  S.  Jacques,  n’a  pu 
me  donner  aucun  renseignement,  ses  titres  étant  modernes,  comme  la  plupart 
des  titres  des  propriétaires  parisiens.  (Les  anciens,  en  général,  sont  perdus  ou 

aussi,  dans  mes  Études  sur  les  Plans,  p.  246,  un  plan  partiel  anonyme,  gravé  vers  1680,  où  l'on  dis¬ 
tingue  également  dans  cet  espace  cinq  tours,  dont  les  deux  des  extrémités  appartenaient  aux  portes 
et  non  au  mur  de  l’enceinte.  s 


56 


ENC.  DE  PH.  AUGUSTE.  RIVE  GAUCHE. 


restés  en  dépôt  chez  des  notaires  ;  quelques-uns  se  retrouvent  aux  Archives.  ) 

De  la  porte  S.  Jacques  à  celle  S.  Marcel,  dite  primitivement  Bordelle,  la  clô- 
ture  suit  une  ligne  inégale  et  coudée  à  deux  endroits.  Dans  cet  espace,  elle  était 
flanquée  de  sept  tours,  non  compris  les  deux  qui  fortifiaient  une  porte  murée, 
dite  Papale.  Dans  ce  long  trajet,  je  n’ai  découvert  aucune  partie  du  mur  d’en¬ 
ceinte  en  plein  air  (sinon  proche  de  la  rue  Descartes),  mais  seulement  diverses 
constructions  élevées  avec  ses  matériaux.  J’avais  supposé  que  les  jardins  des 
maisons  de  la  rue  des  Fossés-S. -Jacques,  jardins  dont  le  sol  est  un  peu  inférieur 
à  celui  de  la  rue,  avaient  pour  limites  le  gros  mur,  ou  plutôt  un  mur  moderne 
bâti  sur  ses  fondements;  mais  je  fus  désabusé,  lorsqu’en  juillet  1846,  on  creusa, 
sous  ces  jardins,  les  fondations  de  la  nouvelle  mairie  du  XIIe  arrondissement.  Je 
vis,  rue  Clotaire,  au  milieu  des  fouilles,  le  pied  du  mur  d’enceinte.  Il  passait  à 
environ  trois  toises  vers  le  nord,  en  deçà  des  murs  des  jardins  encore  debout,  et 
formait,  par  rapport  à  l'axe  de  la  rue  Clotaire  qu’il  traversait,  une  ligne  oblique. 
De  l’endroit  où  il  était  jusqu’à  l’alignement  des  façades  (côté  nord)  de  la  rue 
des  Fossés,  j’ai  compté  environ  dix-neuf  toises,  espace  qui  représente  la  lar¬ 
geur  du  fossé.  Il  avait  près  de  trois  mètres  d’épaisseur,  et  bien  que  la  partie 
que  j’avais  sous  les  yeux  dût  être  souterraine ,  il  se  composait  toujours  d’un 
blocage  entre  deux  parements  formés  de  petites  pierres  équarries.  On  voyait  dans 
son  voisinage  deux  ou  trois  autres  vieux  murs  beaucoup  plus  minces  et  un  débris 
d’escalier  à  vis,'  qui  s’y  rattachait.  Les  journaux  ont  baptisé  cela  du  nom  pom¬ 
peux  de  :  constructions  romaines.  J’y  ai  vu  tout  simplement  des  restes  de  l’ancien 
collège  de  Lisieux  qui ,  démoli  à  l’époque  où  l’on  commença  la  nouvelle  église 
S.  Geneviève,  fut  transféré  dans  un  autre  collège  auquel  il  donna  son  nom. 

Tous  les  historiographes  parisiens  disent  que  la  terrasse  du  jardin  de  l’abbaye 
Sainte-Geneviève  était  soutenue  par  l’ancien  mur  abaissé.  Le  mur  d’appui  de  cette 
terrasse,  indiquée  par  Verniquet,  m’a  servi  de  guide.  De  la  rue  Clotaire  à  celle 
Descartes,  le  fossé  m’a  paru  avoir  été  complètement  comblé,  et  la  rue  de  Fourcy 
en  occupe  le  milieu  '.  Dans  le  jardin  du  collège  Henri  IV,  qui  est  celui  de  l’an¬ 
cienne  abbaye,  on  ne  voit  plus  de  traces  ni  du  mur  ni  du  fossé.  La  muraille  qui 
limite  ce  collège  et  borde  la  rue  de  Fourcy,  ayant  une  direction  parallèle  à  la 
ligne  de  l’enceinte,  a  pu  induire  en  erreur  plus  d’un  antiquaire,  d’autant  plus 
qu’elle  paraît  construite  avec  les  matériaux  de  revêtement  du  gros  mur,  lequel 
passant  plus  au  nord,  bornait,  avant  1680,  le  jardin  de  l'abbaye. 

On  voit  encore  aujourd’hui  une  partie  du  gros  mur,  qui  de  la  tour  Y  allait,  en 


1  On  accorda  aux  Génovéfains,  vers  1680,  une  partie  du  fossé  creusé  sur  leur  terrain,  sous  Phi¬ 
lippe  Auguste,  bien  que  ce  roi  les  eût  sans  doute  autrefois  indemnisés. 


ENC.  DE  PIE  AUGUSTE.  -  R1YE  GAUCHE. 


67 


faisant  un  retour  d’équerre,  joindre  la  porte  Bordelle  ou  S.  Marcel,  que  j’ai  tracée 
ici  d’après  un  plan  que  je  reproduirai  à  l’article  de  cette  porte. 

La  courbure  de  la  rue  Contrescarpe  indique  la  forme  et  peut-être  la  largeur  du 
fossé.  Si  cette  largeur  fut  telle  à  cet  endroit,  c’est  parce  qu’on  ajouta,  sous 
Charles  VI,  ou  plus  tard,  devant  la  porte  S.  Marcel,  une  avant-porte  qui  nécessita 
cet  agrandissement.  La  forme  de  cette  rue  peut  provenir  aussi  de  ce  qu’elle 
suivait  la  ligne  de  deux  groupes  de  maisons  construites  à  droite  et  à  gauche  de 
l’entrée  du  pont,  groupes  qu’on  voit  figurer  sur  le  plan  de  Gomboust. 

Entre  les  portes  Papale  et  S.  Jacques,  tous  les  anciens  plans  offrent  trois  tours 
que  j’ai  indiquées  sans  en  garantir  la  position  bien  précise,  n’en  ayant  trouvé 
aucun  vestige  ni  en  nature,  ni  tracé  sur  un  plan  détaillé.  De  la  porte  Papale  jus¬ 
qu’au  point  où  le  mur  fait  un  brusque  coude  vers  le  nord-est,  Gomboust  et  Bullet 
ne  marquent  qu’une  seule  tour,  mais  si  rapprochée  de  la  porte,  qu’il  y  a  évidem¬ 
ment  une  lacune.  Il  est  probable  que  les  religieux  de  Sainte-Geneviève,  à  l’époque 
où  ils  purent  disposer  du  fossé,  voulant  établir  leur  terrasse,  auront  fait  dispa¬ 
raître  une  ou  deux  tours,  si  elles  n’avaient,  été  depuis  peu  de  temps  abattues.  Les 
plans  de  Du  Cerceau  et  de  Belleforest  indiquent  deux  tours  entre  la  porte  Papale 
et  la  tournelle  d’encoignure;  mais  ceux  de  Braun  et  deMérian  en  marquent  trois. 
J’ai  cru  devoir  accorder  ma  confiance  aux  deux  derniers  qui,  sur  presque  tous  les 
points,  sont  plus  exacts;  et  d’ailleurs  l’espace,  à  en  juger  par  analogie,  semblait 
exiger  ce  nombre. 

La  porte  Papale  était  située  à  peu  près  dans  l’axe  de  la  rue  des  Sept-Voies; 
aussi  forma-t-on  autrefois  le  projet  de  faire  aboutir  cette  rue  à  la  porte,  qui 
était  murée  et  non  précédée  d’un  pont  sur  le  fossé. 

La  tour  Y,  qui  fortifiait  une  encoignure,  était  peut-être  plus  robuste  et  plus 
élevée  que  les  autres.  De  ce  point  jusqu’à  la  porte  S.  Marcel  aucune  tour  inter¬ 
médiaire  ne  figure  sur  les  anciens  plans. 

Déjà,  en  1676,  à  s’en  rapporter  au  plan  de  Bullet,  une  partie  des  fossés  étaient 
comblés,  de  ce  côté  de  la  ville;  mais  l’arrêt  qui  ordonne  ces  travaux  est  daté 
de  1685.  Par  ce  même  arrêt,  selon  La  Tynna,  les  maisons  de  la  rue  Contrescarpe 
furent  reprises  de  quinze  pieds  sous  oeuvre.  Cette  rue  avait  donc  une  pente  assez 
raide,  comme  celles  S.  Hyacinthe  et  des  Boulangers.  Je  soupçonne  que  ces 
trois  rues  devaient  leur  escarpement  à  cette  unique  cause  :  c’est  qu’elles  repo¬ 
saient  sur  des  buttes  factices  formées  d’anciennes  voiries,  ou  plutôt  des  déblais 
du  fossé  creusé  sous  le  roi  Jean,  devant  la  muraille  de  Ph.  Auguste. 


8 


58 


ENC.  DE  PH.  AUGUSTE.  —  RIVE  GAUCHE.  . 


VII.  —  Ile  la  rue  Descartes  à  la  Seine. 

(  Voyez  PI.  IV.) 

A  partir  de  la  rue  Bordelle  (aujourd’hui  rue  Descartes)  qui  aboutissait  à  la 
porte  S.  Marcel,  jusqu’à  la  rue  S.  Victor,  le  passage  du  mur  est  aujourd’hui  même 
encore  signalé  par  de  grandes  portions  bien  conservées.  Ce  sont  les  seuls  débris 
de  l’enceinte  que  cite  Germain  Brice,  qui  s’exprime  ainsi  (édit,  de  1706,  t.  II, 
p.  41  )  :  <r  A  présent,  il  ne  reste  de  ces  murailles  que  quelques  pans  à  demi  ruinez, 
«derrière  le  collège  de  Bonccur,  sur  lesfossez  de  S.  Victor.  »  Germain  Brice  était 
un  observateur  peu  exact,  puisqu’au  lieu  de  quelques  pans,  on  voit  encore  le  mur 
presque  entier  et  dans  une  grande  étendue  II  suffit,  pour  s’en  convaincre,  d’entrer 
dans  toutes  les  cours  des  maisons  de  numéros  pairs  de  la  rue  des  Fossés-S. -Victor. 

Rue  Descartes,  51,  j’ai  vu,  en  1839,  la  coupe  du  mur  qui  avoisinait  la  porte 
S.  Marcel.  La  loge  du  portier  y  était  adossée;  en  montant  au  deuxième  étage  de 
cette  maison,  j’ai  pu  me  promener  sur  le  sommet  du  mur.  Sa  hauteur  était,  en 
cet  endroit,  d’environ  sept  mètres  au-dessus  du  pavé,  et  son  épaisseur  d’un  peu 
plus  de  deux;  il  servait  d’appui  à  un  petit  jardin.  Je  l’ai  retrouvé,  rue  des  Fossés- 
S. -Victor,  n°  34,  au  fond  de  la  cour,  où  il  soutenait  les  terres  de  jardins  appar¬ 
tenant  aux  maisons  de  la  rue  Descartes.  On  avait  bâti,  au-dessus,  un  autre  mur 
d'environ  deux  mètres  de  haut.  Dans  la  cour  du  n°  30,  plus  au  nord,  il  m’a  paru 
plus  élevé  qu’au  n°  34,  parce  que,  à  diverses  reprises,  la  pente  de  la  rue  avait  été 
adoucie,  et  le  pied  du  gros  mur  déchaussé. 

J’ai  suivi,  pour  dresser  mon  plan  (pl.  IV,  fig.  1),  la  direction  que  celui  de 
Verniquet  donne  au  mur  qui  limite  le  terrain  de  l’Ecole  Polytechnique  bâtie  sur 
l’emplacement  des  collèges  de  Boncourt  et  de  Navarre.  Ces  collèges,  selon  tous 
les  historiens,  étaient  bornés  par  le  mur  d’enceinte.  Si  donc  le  plan  de  Verniquet 
est  exact,  le  mien  sera  tracé  avec  précision. 

Le  profil  du  mur,  mis  à  découvert  par  le  percement  de  la  rue  Clovis  (1807), 
est  un  point  fort  curieux.  Il  donne  une  idée  de  sa  construction  intérieure  et  de 
l’ancien  niveau  du  sol,  bien  abaissé  aujourd’hui,  L’exhaussement  du  terrain  où 
s’élève  cette  ruine  lui  prête  beaucoup  de  majesté.  Ce  mur  supporte,  du  côté  de 
l’est,  les  terres  d’un  jardin  pittoresque  dépendant  de  l’ancien  collège  de  Boncourt. 
je  l’ai  parcouru  sans  y  rien  rencontrer  de  remarquable.  On  y  voyait  autrefois,  m’a- 
l-on  dit,  sans  autres  détails,  d’anciennes  constructions.  Je  pense  qu’il  s’agissait  de 
restes  de  l’ancien  collège.  J’ignore  à  quelle  époque  cette  partie  de  l’enceinte  fut 
découronnée  de  scs  créneaux. 


à 


Liik  -  C  •  SchlalKr  r  cLu  P’  CârreàLi  .  52 


ENC  DE  PH.  AUGUSTE. —RIVE  GAUCHE. 


59 


Bien  des  Parisiens  ne  connaissent  de  la  clôture  de  Ph.  Auguste  que  cet  impo¬ 
sant  échantillon  qui  paraît,  de  la  rue  Clovis,  avoir  une  élévation  de  dix  mètres. 
Mauperché,  qui  en  parle  au  long  (p.  115),  a  cru  devoir  le  faire  graver  à  l’état  res¬ 
tauré.  Il  lui  donne  onze  pieds  d'épaisseur  à  la  base  sur  trente-quatre  d’élévation. 
Je  crois  ces  mesures  un  peu  exagérées.  Il  ne  faudrait  pas  conclure,  d’après  ce 
débris,  de  la  hauteur  générale  du  gros  mur,  car,  à  cet  endroit,  il  a  été  exhaussé, 
et  sans  doute  aussi  déchaussé  vers  sa  base,  quand  on  abaissa  la  rue.  Il  a  pu  néan¬ 
moins,  dans  l’origine,  avoir  été  construit  ici  plus  solidement  que  sur  d’autres 
points,  parce  qu’il  devait  résister  à  une  pente  rapide. 

De  la  rue  Clovis  à  celle  S.  Victor,  il  existe  encore  de  nombreux  fragments 
du  gros  mur  qui  soutient,  jusqu’à  la  rue  Clopin,  les  jardins  de  l’Ecole  Polytech¬ 
nique,  et,  à  partir  de  cette  rue,  sert  de  limite  entre  les  maisons  de  la  rue  d’Arras 
et  celles  de  la  rue  des  Fossés-S. -Victor.  Il  est  souvent,  au  fond  des  cours  de  cette 
dernière  rue,  caché  par  des  hangars.  J’ai  vu,  en  avril  1840,  rue  S.  Victor,  85 
(voirie  plan  de  Jacoubet),  dans  une  fabrique  de  couvertures,  dont  parle  Du  Poujet, 
presque  vis-à-vis  l’entrée  des  Jeunes-Aveugles,  une  portion  notable  du  gros  mur 
parfaitement  conservée.  Au  mois  d’avril  de  l’an  suivant,  on  rebâtissait  la  maison 
et  l’on^employait  les  pierres  de  revêtement  à  cette  construction.  J’en  vis  alors  les 
derniers  débris  ;  on  y  remarquait,  au  milieu  des  assises,  à  deux  mètres  environ 
du  sol,  de  larges  embrasures  pratiquées,  à  une  certaine  époque,  pour  l’artillerie. 
La  coupe  de  ce  mur,  qui  séparait  alors  les  maisons  n03  85  et  87,  a  pu  m’indiquer, 
au  juste ,  l'endroit  où  il  se  rattachait  à  la  porte  S.  Victor  :  c’était  près  de  l’orifice 
d’un  égout  qui  doit  s’écouler  dans  une  partie  voûtée  de  l’ancien  fossé. 

De  la  porte  S.  Marcel  à  celle  S.  Victor,  j’ai  figuré  cinq  tours.  C’est  le  nombre 
indiqué  sur  tous  les  plans  du  XVIe  siècle,  y  compris  la  grande  gouache  de  l’Hôtel- 
de— Ville.  Ceux  de  Mérian,  Gomboust  et  Bullet  n’en  indiquent  que  quatre,  diver¬ 
sement  espacées.  Mais  sur  ces  deux  derniers  plans  il  y  a  évidemment  une  lacune. 

Je  n’ai  pu  relrouver  aucune  trace  matérielle  de  ces  tours;  j’ai  donc  nécessai¬ 
rement  dû  leur  assigner  une  place  conjecturale.  11  n’y  a  de  fixe  que  la  tour  Z, 
tour  d’encoignure  marquée  sur  tous  les  plans,  notamment  sur  celui  de  l’archi¬ 
tecte  Beausire,  que  j’ai  reproduit  àpropos  delà  porte  S.  Marcel.  L’espace  en  exi¬ 
geait  évidemment  quatre  autres,  pour  que  le  mur  fût  garni  comme  sur  les  autres 
points.  J’en  ai  donc  supposé  une,  aa,  sur  la  route  de  la  rue  Clovis,  avec  d’autant 
plus  de  vraisemblance  que  le  mur  formait  là  une  sorte  d’angle  rentrant;  l’autre, 
bb,  aura  disparu  sans  doute  quand  on  perça  la  rue  Clopin.  Les  deux  autres,  cc 
et  dd,  auront  été  abattues,  sous  Louis  XIV,  par  les  propriétaires  de  la  rue  des 
Fossés-S. -Victor,  pour  gagner  du  terrain. 

Quant  à  la  largeur  du  fossé  comblé  sous  Louis  XIV,  elle  est  représentée  par 


60 


ENC.  DE  PH.  AUGUSTE.  — RIVE  GAUCHE. 


la  ligne  des  maisons  de  la  rue  des  Fossés-S. -Victor.  Les  façades  qui  en  bordent 
le  côté  occidental,  ainsi  que  leurs  cours,  et  aussi,  je  crois,  une  partie  de  la  lar¬ 
geur  de  la  rue  elle-même,  occupent  la  place  du  fossé. 

La  suite  de  l’enceinte  entre  la  porte  S.  Victor  et  le  quai  exige  de  nombreux 
éclaircissements,  car  les  anciens  plans  sont  loin  d’être  d’accord  entre  eux,  non 
sur  la  direction  du  mur,  qui  est  certaine ,  mais  sur  le  nombre  et  la  forme  des 
tours.  On  en  compte  cinq  sur  la  grande  gouache  de  l’ Hôtel-de-Ville,  quatre  sur 
le  plan  de  Braun,  trois  sur  ceux  de  Du  Cerceau  et  de  Mathieu  Mérian  ;  sur  celui 
de  Jacques  Gomboust  on  ne  voit  que  deux  demi-tours ,  et  la  petite  vue  de  Paris 
signée  :  1607  L.  Gaidtier  sculp.  en  offre  quatre.  Une  eau-forte  d’Israël  Silvestre, 
gravée  vers  1 655,  représente,  près  de  la  porte  S .  Bernard  (celle  construite  en  1 605) , 
une  tour  entière  crénelée;  enfin  sur  un  long  profil  de  Paris,  édité  vers  1660  par 
Nie.  Berey,  on  en  distingue  dans  le  lointain  deux  de  même  forme. 

Comment  nous  reconnaître  au  milieu  de  ces  divers  témoignages?  Il  faut  re¬ 
courir  aux  hypothèses,  en  partant  d’un  fait  incontestable  que  certifient,  sans  l’ex¬ 
pliquer  avec  précision,  les  anciens  historiens,  c’est  que  cette  partie  de  l’enceinte 
fut  retouchée  à  diverses  époques,  depuis  l’an  1356. 11  est  à  présumer  qu’au  temps 
de  Ph.  Auguste,  on  bâtit  quatre  ou  cinq  tours  murales  plus  ou  moins  régulière¬ 
ment  espacées  entre  la  porte  S.  Victor  et  la  Tournelle,  fortification  sise  au  bord 
de  la  Seine,  sans  aucune  porte  de  ville  contiguë.  Ces  tours  primitives,  après  avoir 
peut-être  été  plusieurs  fois  réparées ,  devaient  subsister  encore  sous  François  Ier; 
mais  depuis  elles  auront  été  ou  remplacées  ou  modifiées  dans  leur  forme,  et  deux 
peut-être  supprimées,  comme  je  l’expliquerai  bientôt. 

On  trouve  aux  Archives  (IIIe  cl.,  n°  1 1 9)  un  plan  levé  par  un  arpenteur  en  1662, 
vers  l’époque  où  fut  décidée  la  vente  des  fossés  de  ce  côté  de  la  ville;  mais  la  date 
en  est  trop  moderne  pour  nous  éclairer  sur  l’état  primitif  des  lieux  (voy.  pi.  IV, 
fig.  2).  Le  gros  mur  offre  des  renflements  semi-circulaires  ou  demi-tours,  comme 
sur  l’estampe  de  Gaultier  et  le  plan  de  Gomboust  l.  Leur  diamètre  paraît  un 
peu  plus  étendu  que  celui  des  autres  tours  rondes,  mais  c’est  peut-être  par  suite 
de  la  négligence  du  toiseur,  qui  attachait  moins  d’importance  à  ces  détails  qu’au 
mesurage  des  terrains  à  vendre.  D’après  ce  plan,  dont  celui  de  Gomboust  corrobore 
ie  témoignage,  je  conclus  qu’en  1662  tel  était  en  effet  l’état  de  cette  portion  de 
l’enceinte.  Mais  à  quelle  époque  ces  trois  demi-cercles  avaient-ils  remplacé  les 
cinq  tours  dont  je  suppose  par  analogie  l’existence?  Faut-il  les  regarder  comme 
trois  des  anciennes  tours  qu’on  aurait  ouvertes  du  côté  de  l’intérieur  afin  d’en 

'  Le  plan  de  J.  de  la  Caille,  1714,  et  plusieurs  antres,  indiquent,  entre  la  porte  S.  Victor  et  la  Seine, 
le  plan  géométral  d’une  tour  circulaire.  Je  regarde  ce  détail  comme  une  fantaisie  du  géographe. 


ENC.  DE  PH.  AUGUSTE.  —  RITE  GAUCHE. 


61 


faire  des  sortes  de  bastions?  Plusieurs  circonstances  viennent  à  l’appui  de  cette 
idée  que,  dans  cette  partie  de  la  ville,  le  mur  et  les  tours  d’enceinte  furent  trans¬ 
formés  à  une  certaine  époque  en  un  rempart  disposé  pour  recevoir  de  l’artillerie. 

Sous  le  roi  Jean  on  se  borna  à  creuser  un  fossé,  et  peut-être  à  rehausser  le  mur; 
mais  sous  Charles  V  on  ne  jugea  pas  ce  fossé  suffisant;  en  mai  1368,  selon  un 
extrait  de  compte  de  la  Ville  (Sauvai,  III,  p.  126)  on  ajouta,  entre  la  porte  S.  Vic¬ 
tor  et  la  Seine,  un  arrière-fossé  de  36  pieds  d’ouverture  sur  16  de  profondeur,  payé 
à  raison  de  64  solsparisis  la  toise.  11  était  «revêtu  de  pieux,  cloyes,  foin,  fagots 
et  autres  choses  gazonnées  par  dessus  pour  le  soutenir».  Un  article  inséré  dans 
les  Mémoires  de  V Acad,  des  Inscr.  (tome  XIV)  ajoute  que  le  fond  des  fossés  était 
au-dessous  du  niveau  de  la  Bièvre.  Il  est  fait  mention  de  ce  fossé  supplémentaire 
dans  un  acte  de  1411 ,  par  lequel  le  droit  de  pêche  est  accordé  aux  religieux  de 
S.  Victor  qui  avaient  fourni  le  terrain  sur  lequel  il  fut  creusé,  terrain  pris  sur  leur 
terre  d'Alez. 

Les  historiens  contemporains  de  Charles  V  font  entendre,  mais  en  termes  assez 
vagues  pour  donner  lieu  à  diverses  interprétations,  que  sous  ce  roi  on  retoucha 
au  gros  mur  d’enceinte  en  certains  endroits,  afin  de  le  rendre  apte  à  recevoir  des 
machines  de  guerre  et  même  des  canons;  mais  on  n’indique  pas  comment  le  mur 
fut  approprié  à  ce  nouveau  service. 

Ce  n’est  que  sous  François  Ier  qu’on  voit  des  dispositions  prises  pour  attribuer 
au  gros  mur  les  fonctions  d’un  rempart.  Le  duc  de  Montmorency  frt,  en  mai  1525 
(époque  de  la  captivité  de  François  Ier),  un  rapport  sur  l’état  de  Paris,  dans  lequel 
il  ordonne  de  faire  un  seul  fossé  des  deux  qui  existaient,  dans  cette  partie  de  la 
ville,  et  de  reporter  dans  la  ville  la  terre  que  produirait  cette  fouille. 

Cet  ordre  fut  en  effet  exécuté,  et  les  déblais  provenant  delà  suppression  du  ter¬ 
rain  qui  séparait  les  deux  fossés  formèrent  contre  le  mur  à  l’intérieur,  entre  la 
Tournelle  et  la  porte  S.  Marceau,  un  terrassement  indiqué  sur  le  plan  de  Gom- 
boust.  Ce  terrassement  fut  destiné  évidemment  à  placer  des  pièces  d’artillerie.  Les 
bouches  des  canons  s’engageaient  dans  des  embrasures  dont  j’ai  vu  des  traces  dans 
le  gros  mur,  notamment  en  1839,  rue  d’Arras,  11,  au  fond  d’une  petite  cour,  et 
aussi  dans  une  autre  cour  (marquée  d’une  croix,  sur  mon  plan,  pl.  IV,  fig.  1)  dé¬ 
pendant  du  terrain  de  feu  M.  Bordereau,  propriétaire  du  chantier  du  Cardinal  Le¬ 
moine.  Dans  le  gros  mur  aminci  de  moitié  qui  séparait  cette  cour  de  l’hospice  des 
Jeunes-Aveugles,  s’ouvrait,  à  la  hauteur  d’environ  deux  mètres  du  sol  (car  le  ter¬ 
rassement  n’existait  plus),  une  large  embrasure  destinée  probablement  à  l’usage 
ci-dessus  indiqué. 

Ce  fut  peut-être  aussi  vers  l’époque  de  François  Ier  qu’on  eut  l’idée  de  con¬ 
vertir  les  tours  murales,  pour  les  utiliser,  en  des  sortes  de  bastions  semi-circu- 


62 


ENG.  DE  PU.  AUGUSTE.  -  RIVE  GAUCHE. 


laires,  appropriés  aux  exigences  de  l’artillerie.  Alors ,  dans  cette  hypothèse,  on 
aurait  ouvert  du  côté  de  la  ville  trois  anciennes  tours  rondes  qui,  ainsi  modifiées  et 
munies  d’un  terrassement,  pouvaient  remplacer  jusqu’à  certain  point  les  bastions 
angulaires  de  nouvelle  invention,  et  recevoir,  soit  deux  pièces  d’artillerie  destinées 
à  battre  en  flanc  l’ennemi,  soit  simplement  des  arquebusiers.  Alors  aussi  on  aura 
jugé  convenable  d’abattre  une  ou  deux  tours  intermédiaires,  comme  nuisibles  à 
l’effet  des  feux  croisés. 

Tous  ces  détails  au  reste  n’ont  pour  base  qu’une  hypothèse  que  nulle  preuve 
matérielle  ne  peut  confirmer,  car  depuis  longtemps  on  ne  voit  plus  de  tours  mu¬ 
rales  de  ce  côté  de  Paris,  et  celles  dont  la  gravure  nous  a  conservé  l’image  parais¬ 
sent  arrangées  de  fantaisie.  J’ai  bien  trouvé  dans  le  chantier  du  Cardinal  Lemoine, 
qui  s’étendait  jusqu’au  quai,  quelques  traces  informes  du  gros  mura  fleur  de 
terre ,  mais  pas  le  moindre  vestige  d’anciennes  tours ,  sinon  peut-être  près  du 
quai,  à  l’endroit  où  le  mur  se  reliait  à  la  porte  de  la  Tournelle. 

Si  l’on  jette  les  yeux  sur  mon  plan  ,  on  voit  que  le  fossé  était  plus  large,  de  la 
porte  S.  Victor  à  la  Seine,  que  sur  les  autres  points  de  l’enceinte.  Cette  largeur  n’a 
rien  qui  surprenne,  puisqu’il  y  avait  là  un  double  fossé  réuni  en  un  seul  en  1525. 
Ce  fossé  était  presque  en  tout  temps  rempli  d’eau,  vu  sa  profondeur,  jusqu’à  la 
hauteur  de  la  porte  S.  Victor.  Nous  verrons  plus  loin,  d’après  d’anciens  comptes, 
qu’il  était  fort  poissonneux,  sans  doute  parce  qu’on  y  retenait  le  poisson  au 
moyen  d’écluses  ou  de  vannes.  Cette  pêche  était  affermée,  ainsi  que  la  récolte  de 
l'herbe  qui  croissait  sur  les  deux  talus,  car  j’ai  déjà  fait  remarquer  que  les  an¬ 
ciens  fossés  de  Paris  n’étaient  point  revêtus,  excepté  ceux  de  Louis  XIII,  qui  le 
furent  du  côté  de  l’escarpe. 

La  porte  S.  Victor,  représentée  sur  le  plan  des  Archives  (fig.  2),  est  celle  re¬ 
construite  en  1568.  Celle  S.  Bernard  ne  fut  ouverte  qu’en  1606;  il  n’existait  à 
cet  endroit  aucune  porte  sous  Ph.  Auguste;  mais  plus  tard,  sous  Charles  V,  par 
exemple,  il  est  possible  qu’on  eût  ouvert  une  poterne.  Dans  l’origine  donc,  le  gros 
mur  aboutissait  directement  à  une  haute  tour  sise  au  bord  de  la  Seine,  proba- 
blementconslruile  comme  celle  de  Ph.  Hamelin,  et  nommée  par  excellence  Tour¬ 
nelle  (nom  qui,  malgré  sa  forme  diminutive,  signifiait  grosse  tour),  et  plus  tard 
tour  S.  Bernard.  On  lit  dans  un  compte  de  1573,  cité  par  Sauvai  (III,  p.  630),  que 
Simon  Grignon,  passeur  d’eau,  demeurait  dans  la  tour  S.  Bernard,  dite  la  Tour¬ 
nelle.  Cette  tour  n’est  certainement  pas  celle  élevée  sous  Ph.  Auguste  comme 
pendant  de  celle  de  Ph.  Hamelin,  car  les  plus  anciens  plans  n’offrent  à  cet  endroit 
qu’un  gros  bâtiment  carré,  flanqué  de  tourelles  à  encorbellement,  comme  on  en 
élevait  sous  Charles  VI  et  sous  ses  successeurs.  Il  est  probable  qu’on  aura,  à  une 
certaine  époque,  substitué  à  la  tour  primitive  qui  faisait  face  à  celle  de  la  rive 


ENC.  DE  PH.  AUGUSTE. —  RIVE  GAUCHE. 


63 


droite,  nommée  Barbeel-sur-l’ yeaue,  une  sorte  de  bastide ,  comme  on  disait  alors, 
ou  un  ensemble  de  constructions,  clos  d’une  muraille  flanquée  de  quelques  tours  de 
moyenne  grosseur.  Dans  le  bâtiment  carré  qui  fut  réparé  en  1554,  S.  Vincent  de 
Paul  établit,  en  1632,  une  nouvelle  prison  pour  les  galériens.  11  fut  abattu  sous 
Louis  XV.  Il  ne  restait  plus,  vers  1750,  qu’un  ancien  mur  de  clôture  relié  à  deux 
tours  rondes  de  petit  diamètre,  caria  plus  grosse  égalait  à  peine  celles  qui  flan¬ 
quaient  l’enceinte  de  Ph.  Auguste.  La  fig.  3  de  la  pl.  IV  en  donnera  une  idée; 
c’est  un  calque  extrait  du  plan  de  F  île  S.  Louis,  gravé  en  1757  d’après  Delagrive, 
qui  le  dressa  un  peu  avant  cette  époque.  Ces  deux  tours,  qui  ne  peuvent  avoir 
appartenu  à  l’enceinte  ,  paraissent  être  un  reste  de  l’ensemble  de  la  fortification 
substituée  à  la  Tournelle  de  Ph.  Auguste.  Au  reste,  je  ne  trouve  nulle  part  d’expli¬ 
cation  sur  ce  point.  Il  est  vraisemblable  que  la  plus  petite  était  attenante  à  la  bas¬ 
tide  carrée  sise  au  bord  delà  Seine,  et  dont  on  distingue  ici  un  des  murs  de  face. 

R.  de  Vaugondy  avance*que  l’enceinte  méridionale  commence  à  la  Tournelle 
«  dont  on  voit  encore  l'ancienne  tour.  »  Il  veut  désigner  sans  aucun  doute  l’une 
des  petites  tours  figurées  sur  le  plan  de  Delagrive.  C’est  une  erreur  que  Ramond 
du  Poujet  a  partagée,  mais  avec  une  certaine  hésitation  :  «  Comme  cette  tour,  dit— 
«  il,  bâtie  par  Ph.  Auguste  tomboiten  ruine,  elle  fut  relevée  vers  1554,  mais  elle 
«  n’existoit  plus  dans  son  entier  quand  ce  que  nous  en  avons  vu  encore  sur  pied 
«  fut  démoli  vers  1786.  » 

«  Le  pont  de  la  Tournelle  (lit-on  dans  le  Dictionn.  de  La  Tynna  )  qui  existait 
«  déjà  en  1369  était  de  fust  (  de  bois  )  :  on  y  fit  cette  année-là  une  tournelle  car- 
«  rée  (  dont  il  a  pris  son  nom  )  et  une  porte  qui  fut  étoupée  (  bouchée  )  l’année  sui- 
«  vante.  »  Cette  méprise,  fondée  je  ne  sais  sur  quel  renseignement,  renferme 
sans  doute  un  fait  réel  ;  c’est  la  construction  de  la  Tournelle ,  sauf  qu’il  faut  la 
placer  où  nous  la  voyons  sur  les  vieux  plans. 

Quel  que  soit  le  genre  de  fortification  qui  ait,  dans  l’origine,  terminé  au  bord 
de  la  Seine,  de  ce  côté  de  Paris,  l’enceinte  de  Ph.  Auguste,  un  point  certain  c’est 
qu’elle  se  trouvait  au  lieu  nommé  :  la  Tournelle,  et  qu’elle  correspondait,  au  delà 
de  la  rivière,  à  une  tour  dite  Barbeel-sur-V yeaue .  Entre  ces  deux  têtes  de  clôture 
se  trouvait  l’île  Notre-Dame  (S.  Louis).  Etait-elle  dès  lors  divisée  en  deux  par¬ 
ties,  ou,  comme  aujourd’hui,  ne  formait-elle  qu’une  seule  île?  C’est  ce  qu’aucun 
écrit  ne  vient  éclaircir.  En  tout  cas  cette  île,  ou  l’une  des  deux  (si  l’on  en  admet 
deux,  ce  sera  celle  dite  Notre-Dame),  était  vraisemblablement  fortifiée,  dans  l’axe 
correspondant  aux  deux  extrémités  de  chaque  enceinte. 

Sous  Charles  VI  (  il  n’y  a  à  cet  égard  aucun  doute  )  on  fermait  la  Sèine  au 
moyen  de  chaînes  portées  de  distance  en  distance  sur  des  pieux  ou  sur  des  ba¬ 
teaux  et  rattachées  aux  tours  de  départ  de  chaque  enceinte.  Mais  cet  usagjeexis- 


64  OBSERV.  GÉNÉR.  SUR  L’ENC.  MÉRID.  DE  PH.  AUGUSTE. 

tait-il  dès  le  temps  de  Ph.  Auguste  ?  Aucun  historien  contemporain  n’en  fait  men¬ 
tion.  Il  est  donc  probable  que  ce  système  fut  une  innovation  mise  en  pratique 
postérieurement  au  XIIIe  siècle,  car  il  n’en  est  pas  question  avant  1369.  Il  est 
néanmoins  admissible,  malgré  le  silence  des  chroniques  et  l’absence  de  vestiges 
matériels,  que  Ph.  Auguste  eut  l’idée  de  continuer  son  mur  d’enceinte  à  travers 
l’île  S.  Louis;  c’est  pourquoi  j’ai  tracé  (pl.  VI,  fig.  1  )  la  ligne  hypothétique  de  ce 
mur,  le  supposant  muni  d’une  tournelle  ronde  à  chaque  extrémité  voisine  du  ri¬ 
vage,  tournelles  que  Charles  V  aura  remplacées  plus  tard  par  des  bastides  ou 
tours  carrées,  dont  une  se  nommait  Loriaux. 

Quant  au  barrage  de  la  Seine  au  moyen  de  chaînes,  je  rapporte  cette  invention 
au  XIVe  siècle  '.Je  crois  aussi  que  le  cours  d’eau  qui,  sous  Louis  XIII  encore,  par¬ 
tageait  en  deux  l'île  dite  de  nos  jours  S.  Louis ,  n’était  pas  un  bras  naturel  de  la 
Seine,  mais  un  canal  creusé,  à  titre  de  fossé,  sous  Charles  V.  Sauvai  (t.  I,  p.  90) 
nous  apprend  que  l’île  Notre-Dame  était  séparée  en  deux  par  un  bras  de  rivière, 
plein  d’eau  en  hiver  mais  sec  en  été  (  ailleurs,  je  crois,  il  appelle  ce  bras  un  ca¬ 
nal).  «Dans  l’isle  N.  Dame,  dès  1369  et  bien  depuis,  il  y  avoit  deux  tours  où 
«  s’attachoient  deux  chaînes  posées  sur  des  bateaux.  En  1424,  elle  étoit  environ- 
«  née  d'un  boulevart  soutenu  de  gros  pieux  pour  tenir  les  terres,  et  séparée  de  l’isle 
«  aux  Vaches  par  un  fossé.  » 

Tous  les  renseignements  que  Sauvai  a  pu  se  procurer  sur  ce  point  sont,  comme 
on  voit,  postérieurs  au  temps  de  Ph.  Auguste.  Je  reviendrai  plus  tard  sur  cette 
question  au  chap.  IX.  et  aussi  à  propos  de  l’enceinte  de  Charles  V. 


Vif i.  —  Observations  générales  sur  l’enceinte  méridionale 
«le  Philippe  Auguste* 

(  Voyez  Pi.  V.) 

L’enceinte  méridionale  de  Paris  ne  fut  commencée  qu’environ  dix  à  douze  ans 
après  celle  du  nord.  Rigord ,  historien  contemporain  s’exprime  ainsi  (édit.  Du¬ 
el  tesne,  t.  V,  p.  52)  :  «  Eodem  anno  (  1211  )  Philippus  rex  magnanimus  tolum 
«  in  circuitu  circumsepsit  à  parte  australi  usquè  ad  Sequanam  fluvium.  »  Guil- 


1  «  La  Seine  fut  barrée  de  chaînes  (dit  Mauperché,  p.  443),  en  1405,  1525,  1590  et  1594.»  Je  ne 
^ais  si  Ton  pourrait  citer  des  dates  plus  anciennes.  Il  semble  donc  probable  qu’au  XIII*  siècle  on  ne 
connaissait  pas  ce  moyen  de  défense.  On  lit  dans  l’historien  Mathieu,  à  l’année  1590  :  «Les  garni 
«  sons  de  Melun  et  Corbeil  se  présentent  douant  la  chaisne  qui  trauerse  la  riuiere  et  lie  la  Tour- 
«  nelleà  l’Arsenal.  Le  Capitaine  Grossier  les  reçoit,  et  mettant  la  chaisne  à  fonds  se  ioint  auec  eux 
«  et  se  rangent  en  bataille  vers  les  Celestins,  etc.  » 


Geuevieve 


Cloque 


Sorbonne 


.oms 


Ensemble  île 


F  Enceinte  meiidïonnJe 


Dissert.su f  les  Enceintes  de  Fdns  -  PL  V. 


i  U  lin 


m 


(  Trace  aur  le  pim  de  X.  G-iraid  ) 


®ur  <rtn naît  'c  coin 


65 


OBSERY.  GÉNÉR.  SUR  L’ENCEINTE  MÉRID.  DE  PH.-  AUGUSTE, 
laumele  Breton,  qui  écrivait  un  peu  plus  tard,  dit  au  sujet  de  cette  partie  de  l’en¬ 
ceinte  :  «  Philippus  rex  Francorum  urbem  ampliavit,  à  Parvo  ponte  (  du  côté  de 
«  la  rive  gauche  ),  usquè  ultra  abbatiam  S.  Genovefæ,  hortos  et  campos  à  dextris 
«  et  à  sinistris  in  circuitu,  mûris  fortissimis  præcingens.  »  Il  rapporte  aussi  ce  fait 
à  l’année  M.CCXI.  Mais  il  faut  admettre  cette  date  comme  celle  de  l’achèvement 
de  la  clôture.  Elle  fut  commencée  quelques  années  auparavant,  puisque  selon 
un  acte  de  1209,  cité  par  Du  Breul  (p.  382),  Ph.  Auguste  accorda  à  l’abbé  de 
S.  Germain-des-Prés  une  porte  de  la  ville  alors  en  voie  de  construction. 

Le  gros  mur  consistait,  comme  je  l’ai  déjà  dit  page  28,  en  un  blocage  recouvert 
d’un  revêtement  de  petit  appareil.  J’ignore  si  les  portes  et  les  tours  qui  les  forti¬ 
fiaient  étaient  construites  dans  le  même  genre,  car  on  n’en  voit  plus  aucun  débris. 
Elles  se  composaient  peut-être,  vu  l’importance  de  leur  rôle,  de  murailles  mas¬ 
sives  en  pierres  détaillé. 

Le  mur  méridional  fut-il  bâti  aux  frais  des  habitants  ou  des  deniers  du  roi  ? 
Ce  qui  paraît  certain,  c’est  quePh.  Auguste  se  procura  le  terrain  en  dépossédant , 
par  un  édit  qu’on  n’a  point  retrouvé,  les  propriétaires  établis  sur  la  ligne  de  la 
clôture  projetée.  Selon  le  récit  des  historiens  du  temps,  il  les  dédommagea  avec 
équité,  et  ce  fut  à  titre  d’indemnité  qu’il  concéda  aux  religieux  de  S.  Germain- 
des-Prés  une  porte  de  la  ville  encore  inachevée,  probablement  avec  tous  les  reve¬ 
nus  de  l’octroi.  Dans  l’acte  de  donation,  le  roi  nomme  cette  porte  «posternam 
murorum  nostrorum.  »  Cette  expression  implique-t-elle  que  les  murs  auraient 
été  élevés  à  ses  frais?  J’y  vois  plutôt  une  formule  résultant  du  principe  de  la  sou¬ 
veraineté  royale;  on  disait  alors  :  le  mur  du  Roy ,  dans  le  sens  où,  de  nos  jours, 
on  dit  :  une  roule  royale. 

On  croit  à  tort,  à  mon  avis,  connaître  le  prix  qu’a  coûté  cette  clôture.  Bonamy 
(. Mém .  de  V Acad,  des  Inscrit.  XXXII,  p.  800,  année  1763)  nous  fait  part  d’un  an¬ 
cien  devis  qui  la  concerne,  devis  retrouvé  et  copié  par  lui-même  «sur  un  ancien 
registre  dePh.  Auguste  conservé  au  Trésor  des  Chartes.»  Je  ne  sais  si  cette  pièce 
est  bien  authentique  et  si  la  copie  en  est  exacte;  en  tout  cas,  un  devis  n’est  pas 
un  compte  définitif.  La  voici  telle  que  la  cite  Bonamy  : 

«  Taschia  murorum  Parisiensium.  —  Circuitus  villæ  ex  parte  Parvi  pontis  lia— 
«  bet  XIIe  tesias  et  LX;  et  pro  una  quaque  tesia  C  solidos  ;  cum  tornellis  de  spis- 
«  situdine  veteris  mûri  ex  parte  Magni  pontis  et  tribus  pedibus  altitudinis  grossi 
«  mûri,  et  desuper  clipeum  et  Kernellum  ;  et  sex  portæ;  et  una  quæque  porta 
«  debet  constare  VIXX  lib.  Summa  YIIM  et  XX  lib.  » 

Voici ,  en  supposant  la  ponctuation  de  Bonamy  exacte,  le  sens  que  je  trouve 
à  cette  phrase  que  l’académicien  ne  traduit  pas  :  «  Devis  (  ou  compte  )  des  ma- 
«  railles  de  Paris. — Le  circuit  de  la  ville,  du  côté  du  Petit-Pont  (rive  gauche)  a 


y 


66  OBSERV.  GÉNÉR.  SUR  L’ENCEJNTE  MÉR1D.  DE  PH.  AUGUSTE. 

«  1260  toises  ;  pour  chaque  toise  1 *  (  il  sera  payé  )  cent  sols  (  parisis);  le  mur  sera 
«  fortifié  de  tournelîes  de  l’épaisseur  du  vieux  mur*  qui  est  du  côté  duGrand- 
«  Pont  (rive  droite),  et  accompagné  d’une  construction  (d’un  parapet)  s’élevant 
«  de  trois  pieds  au-dessus  du  gros  mur,  et  ce  parapet  sera  surmonté  de  cré- 
«  neaux  3  ;  il  y  aura  six  portes  4,  et  chaque  porte  doit  coûter  six-vingt  (120)  li¬ 
ft  vres.  Total:  7,020  livres  (tournois).  » 

Il  me  semble,  si  j’ai  bien  compris  ce  texte  ,  qu’on  n’a  pas  indiqué  le  prix  des 
tours  ni  celui  du  parapet  crénelé  qui  couronnait  le  mur  d’enceinte.  Du  reste,  on 
pourrait,  en  changeant  la  ponctuation,  interpréter  autrement  la  phrase,  et  rappor¬ 
ter  au  gros  mur  et  non  aux  tours,  les  mots  :  de  spissitudine.  Ensuite  la  phrase  :  et 
tribus pedibus  allitiidinis  grossi  mûri  pourrait  fort  bien  aussi  se  rapporter  aux  tours 
et  signifier,  en  sous-entendant  le  mot  de  au  lieu  de  cum  devant  tribus ,  que  les 
tours  dépasseraient  de  trois  pieds  la  hauteur  du  gros  mur. 

Il  faut  convenir  en  définitive  que  ce  texte  offre  un  sens  assez  ambigu,  et  que 
ce  devis,  étant  sans  date  et  fort  peu  clair ,  ne  peut  avoir  une  grande  importance 
aux  yeux  de  l’archéologue.  Il  est  d’ailleurs  évidemment  trop  incomplet  pour 
qu’on  puisse  en  déduire  les  frais  réels  de  la  clôture  méridionale. 

Si  un  Parisien,  contemporain  de  Ph.  Auguste,  revenu  au  monde  sous  Charles  VI, 
eût  été  faire  une  promenade  le  long  de  l’enceinte  de  l’Université ,  il  eût  à  peine 
reconnu  les  murs  et  les  portes  de  son  temps.  A  cette  époque,  en  effet,  la  clôture 
primitive  avait  subi  de  nombreuses  transformations,  qui  altéraient  beaucoup  sa 
physionomie.  L’aspect  de  la  vieille  muraille  lui  aurait  paru  tout  autre  par  le  seul 
fait  de  l’addition  du  large  et  profond  fossé  creusé  sous  Charles  V. 

Bouquet  qui,  en  sa  qualité  d’avocat  de  la  Ville  contre  l’Archevêché  (1771), 
cherchait  des  fossés  partout,  insinue  qu’on  en  creusa  autour  de  la  clôture  méridio¬ 
nale,  dès  le  temps  de  Ph.  Auguste ,  fait  démenti  ou  du  moins  non  constaté  par 
l'histoire.  Ce  fut  par  de  fausses  interprétations  d’anciens  textes  qu’il  s’efforça  d’é¬ 
tablir  cette  assertion.  Il  admet,  entre  autres  bévues,  qu’en  creusant  (en  1358)  le 
fossé  du  côté  du  couvent  des  Jacobins,  on  en  rencontra  un  autre  plus  ancien.  Il 
s’appuie  (p.  118)  sur  cette  phrase  évidemment  incomplète:  «oculis  fodentium 


1  Faut-il  entendre  :  chaque  toise  carrée,  ou  bien  :  chaque  toise  courante  du  gros  mur,  y  compris 
toute  la  hauteur  de  ce  mur? 

*  J’ai  disserté  (p.  12)  sur  ces  mots  :  veteris  mûri.  Voy.  aussi  le  chapitre  xm. 

1  J’ai  rendu  par  le  seul  mot  créneaux  :  clipeum,  qui  signifie  merlon,  et  kernellum,  qui  veut  dire  : 
l’espace  vide  entre  chaque  merlon. 

4  Ces  six  portes  sont  celles  figurées  sur  les  anciens  plans,  moins  les  portes  de  la  Tournelle  (ou 
S.  Bernard)  et  des  Cordeliers  (ou  S.  Germain),  qui  furent  ouvertes  plus  tard.  Notons  que  le  prix  uni¬ 
forme  de  ces  portes  semble  indiquer  qu’elles  furent  construites  sur  le  même  modèle. 


OBSERV.  GÉNÉR.  SUR  L’ENCEINTE  IYIÉRID.  DE  PH.  AUGUSTE.  67 

«  fossata  apparuit evidenter,  circà  centrum  fossatorurn...  «Pour  être  de  son  avis  il 
faudrait  traduire  fossata  apparuit  par  un  fossé  apparut,  tandis  que  ce  mot  fossata 
au  pluriel  neutre  veut  dire  des  fossés.  Cette  phrase  signifie,  mot  pour  mot  :  «  aux 
«  yeux  des  gens  qui  creusaient  les  fossés ,  apparut  évidemment,  vers  le  centre  de 
«  ces  fossés...  »  quoi  ?  l’objet  exprimé  par  la  suite  supprimée  à  dessein  de  cette 
phrase,  c’est-à-dire  un  reste  du  prétendu  château  de  Hautefeuille. 

Il  résulte  positivement  des  chroniques  contemporaines  que,  vers  1356,  on  com¬ 
mença  des  fossés  de  ce  côté  de  Paris  ,  et  que  plus  tard,  sous  Charles  Y  et  Fran¬ 
çois  Ier,  on  recreusa  ces  fossés.  Ce  qui  prouve  qu’il  n’en  existait  pas  avant  1356 , 
c’est  qu’à  cette  époque,  comme  on  l’a  vu  plus  haut,  p.  52,  on  dépouilla  pour 
l’établir  les  Jacobins  d’une  partie  de  leurs  bâtiments. 

Les  expropriations  que  nécessitèrent  ces  travaux  firent  naître  des  réclamations 
qui  n’étaient  pas  encore  réglées  du  temps  de  Sauvai.  «  De  nos  jours,  dit-il  (  t.  I, 
«  p.  86  ),  les  religieux  de  S.  Germain  ont  eu  quantité  de  démêlés  tant  avec  la  ville 
«  etGuenégault,  secrétaire  d’état,  donataire  des  fossés  de  leurs  fauxbourgs,  qu’a- 
«  vcc  les  exécuteurs  testamentaires  du  cardinal  Mazarin,  à  cause  du  Collège  des 
«  Quatre-Nations.  »  Sauvai  ajoute  qu’ils  reçurent  des  indemnités,  et  que  cepen¬ 
dant  il  ne  leur  était  rien  dû  pour  les  fossés,  depuis  la  Seine  jusqu’à  la  porte  Buci  ; 
il  leur  accorde  seulement  des  droits  relativement  au  fossé,  entre  la  porte  Buci  et 
celle  Saint-Germain. 

La  Prévôté  de  Paris  songeait  à  tirer  des  revenus  de  ces  fossés,  aux  XVe  et 
XVIe  siècles,  et  peut-être  même  dès  le  temps  où  ils  furent  achevés.  Elle  en  affer¬ 
mait  Yherbage  sur  toute  la  ligne,  et,  la  Pescherie,  dans  les  parties  qui  pouvaient 
recevoir  et  retenir,  au  moyen  d’écluses,  les  hautes  eaux  de  la  Seine,  c’est-à-dire 
dans  l’espace  compris,  d’une  part,  entre  la  tournelle  S.  Bernard  et  la  porte 
S.  Victor;  de  l’autre,  entre  la  tour  de  Nesle  et  la  porte  Buci.  On  trouve  dans  les 
extraits  des  Comptes  de  la  Prévôté,  imprimés  au  tome  III  de  Sauvai,  beaucoup 
d’articles  concernant  ces  fermages.  Le  Mémoire  de  Bouquet  en  contient  aussi  un 
grand  nombre.  On  y  lit  (p.  127)  qu’en  1450,  Michaut  Dufour  avait  obtenu, 
moyennant  quarante  sols  parisis  par  année,  la  ferme  de  la  pêcherie  des  gre¬ 
nouilles,  dans  le  fossé  de  la  tour  S.  Bernard;  p.  200,  qu’en  février  1472,  Gilles 
Le  Roy,  sergent  du  Parlouër-aux-Bourgeois,  tenait  à  ferme  «  Yherbaige  des  fos- 
«  sez,  depuis  la  tour  de  Neelle  jusqu’à  la  Porte  S.  Michel»;  p.  199,  qu’en  1473, 
Pierre  Beaufils  et  Jean  Megret,  poissonniers,  avaient  la  ferme  «  de  la  Pescherie 
«  du  pourpris  de  la  fortification  de  la  Ville,  près  de  l’Ostel  de  Neelle...  jusqu’au 
«  Pont-dormant  de  la  Porte  S.  Germain-des-Prez,  etc.  » 

Le  même  Mémoire  mentionne  (p.  128)  une  pièce  de  terre,  sise,  en  1473,  «où 
«  souloit  estre  le  crû  des  fossés  et  arrière-fossés  de  la  Ville,  entre  la  rivière  de 


68 


OBSERV.  GÉNÉR.  SUR  L'ENCEINTE  MÉRID.  DE  PII.  AUGUSTE. 


«  Seine  et  la  porte  de  Bussy»;  même  page,  il  est  question  de  14  sous  parisis, 
payés  par  le  poissonnier  Jean  Megret  «  pour  la  peseherie  de  la  gueule  des  fossés 
de  la  Tour  S.  Bernard»;  enfin  d’un  autre  extrait  il  résulte  que  la  pêche  était 
quelquefois  très-abondante,  puisque  le  poissonnier  Pierre  Beaufds  vend  en  une 
seule  fois  :  «  4  seaux  de  pêchaille,  3  brochets,  158  brochetons,  19  brochets 
ronds,  trois  quarterons  et  demi  de  tanches,  et  6  perches.  » 

La  largeur  de  ces  fossés  n’était  pas  uniforme  sur  chaque  point  de  la  ligne;  il 
suffira  de  jeter  un  coup  d’œil  sur  mes  plans  pour  s’en  convaincre.  Sauvai  dit 
que,  selon  un  procès-verbal  de  1655,  ils  avaient  dix-sept  toises  de  large  sur  vingt- 
quatre  pieds  de  profondeur;  mais  cette  mesure  ne  s’appliquait  qu’à  une  certaine 
partie.  L’endroit  où  le  fossé  avait  le  plus  de  largeur  (de  22  à  23  toises),  c’est  entre 
la  porte  S.  Victor  et  la  Seine,  parce  qu’en  cet  endroit  on  en  creusa  un  second 
qui  fut,  en  1525,  réuni  à  l’ancien.  (Voy.  p.  61.) 

Le  plan  de  Mathieu  Mérian  (1615)  représente  les  fossés  comme  bordés,  du  côté 
du  chemin  de  contrescarpe,  de  parapets  ou  garde-fous,  à  tous  les  endroits  où  il 
n’y  a  point  de  maisons  bâties  devant  ces  fossés.  Ce  plan  offre  seul  celte  particu¬ 
larité,  qui  est  peut-être  une  fantaisie  du  dessinateur. 

Il  est  certain  que  le  talus  d’escarpe  des  fossés  ne  fut  jamais  revêtu,  et,  à  plus 
forte  raison,  le  talus  de  contrescarpe;  mais  à  l’époque  où  on  les  creusa,  on  ren¬ 
força  sans  doute  les  fondations  des  portes  de  Ph.  Auguste. 

De  leurs  déblais  on  dut  former  dans  le  voisinage,  en  dehors  du  mur,  quelques 
buttes  oujgionceaux  qui  n’existaient  pas  sous  Ph.  Auguste.  On  peut  même,  avec 
quelque  vraisemblance,  attribuer  au  dépôt  de  ces  déblais  les  mouvements  du  sol 
qu’on  remarque  rues  des  Boulangers,  de  la  Contrescarpe-S. -Marcel  et  S.  Hya¬ 
cinthe1.  Ces  exhaussements,  à  mon  avis,  ne  peuvent  passer  pour  des  accidents  de 
terrain  de  la  Montagne  Sainte-Geneviève.  Je  n’oserais  affirmer  cette  opinion,  mais 
elle  me  paraît  très-probable.  Si  on  la  rejette,  où  placera-t-on  les  terres  extraites  des 
fossés  creusés  au  pied  du  mur,  et  non  employées  à  un  rempart  ?  Les  monticules 
formés  aux  trois  endroits  que  j’indique  servirent  peut-être  de  bcistillons,  fortifica¬ 
tions  de  terres  fort  en  usage  sous  Charles  VI,  et  placées  surtout  à  côté  des  portes 
principales,  comme  on  en  voit  plusieurs  sur  la  rive  droite,  le  long  de  l’enceinte 
de  Charles  V,  près  des  portes  du  Temple,  S.  Martin,  S.  Denis  et  S.  Honoré. 

1  Quant  aux  huttes  Coypeau  (ou  Coupeau  mot  qui  signifie  sommet),  du  Mont- Parnasse  et  de 
S.  Père  (ou  des  Rosiers),  trop  éloignées  des  murs,  elles  durent  sans  doute  leur  formation  aux  dé¬ 
blais  des  tranchées  creusées  à  diverses  époques,  depuis  Charles  VI,  autour  des  faubourgs  S.  Victor, 
S.  Marceau  et  S.  Germain.  La  dernière  de  ces  huties,  qui  existait  encore  en  1650,  était  assez  voi¬ 
sine  (vers  l’ouest)  de  l'abbaye  S.  Germain.  Peut-être  provenait-elle  des  déblais  des  fossés  creusés, 
vers  1568,  autour  de  celte  abbaye. 


OBSERV.  GÉNÉR.  SUR  L’ENCEINTE  MÉRID.  DE  Pli.  AUGUSTE. 


69 


Transporta-t-on  une  partie  des  déblais  à  l’intérieur  de  la  ville?  on  n’en  cite 
qu’un  seul  exemple,  déjà  signalé  :  en  1525,  quand  on  réunit  en  un  seul  les  deux 
fossés  creusés  entre  la  porte  S.  Bernard  et  celle  S.  Victor,  on  reporta  les  terres 
qui  séparaient  ces  fossés,  à  l’intérieur  du  mur,  pour  en  former  un  terrassement 
propre  à  placer  de  l’artillerie. 

Sauvai  paraît  n’avoir  jamais  eu,  au  sujet  de  cette  enceinte,  une  opinion  bien 
arrêtée;  car  il  s’exprime  ainsi  (t.  I,  p.  4-5)  :  «  Si  les  tours  et  les  murailles  de  l’U- 
«  niversité  ne  sont  pas  les  mêmes  que  fit  faire  Ph.  Auguste,  elles  approchent  si 
«  fort  de  la  manière  de  bâtir  de  ce  lems-là,  qu’on  croit  qu’elles  ont  été  renouve- 
«  lées  simplement  sur  le  premier  plan  :  joint  qu’on  les  entretient  fort  mal,  etc.  » 
Sauvai  trouve  Paris  très-mal  fortifié  de  ce  côté,  et  n’admire  que  les  fossés  de 
Charles  V,  «  ceux  là  même,  dit-il,  que  nous  voyons  encore  aujourd’hui,  dont 
«  tout  le  monde  regarde  avec  étonnement  la  largeur  et  la  profondeur.  » 

L’enceinte  méridionale,  terminée  vers  1212,  aurait-elle  en  effet  été  renou¬ 
velée  à  une  certaine  époque?  Serait-ce  avant  1356  ?  C’est  tout  à  fait  improbable; 
une  construction  si  massive  devait  se  trouver  encore  intacte  après  moins  d’un 
siècle  et  demi  d’existence.  Serait-ce  sous  Charles  V  ?  mais  il  est  vraisemblable  que 
ce  roi,  au  lieu  de  rebâtir  à  neuf  le  gros  mur  sur  le  même  plan,  eût  préféré, 
comme  il  fit  du  côté  du  nord,  reculer  l’enceinte  plus  loin,  pour  couvrir  une  partie 
des  faubourgs  du  midi,  et  bâtir  des  portes  neuves  ou  bastides ,  construites  d’après 
un  système  en  rapport  avec  les  effets  de  l’artillerie.  Il  est  évident,  au  contraire, 
comme  l’attestent  d’anciens  comptes,  qu’il  se  borna,  de  ce  côté  de  Paris,  à  uti¬ 
liser  le  gros  mur  de  Ph.  Auguste,  qui  se  trouvait  en  très-bon  état.  Il  agit  ainsi 
pour  gagner  du  temps  et  pour  éviter  des  frais  immenses.  D’ailleurs  les  faubourgs 
du  midi,  celui  de  S.  Marceau  excepté,  étaient  bien  moins  importants  que  ceux 
de  la  rive  droite.  Il  se  contenta  donc  de  modifier  le  gros  mur,  et  de  l’isoler  entre 
deux  chemins  de  ronde,  dont  un  à  l’intérieur. 

Il  est  même  douteux  que  ce  dernier  fût  ouvert  sur  toute  la  ligne;  mais  son  exi¬ 
stence  est  certaine  aux  environs  des  Portes  S.  Michel,  S.  Jacques  et  S.  Victor. 

Le  gros  mur  fut  percé  de  nouvelles  meurtrières,  et  peut-être  d’embrasures 
pour  le  canon  ;  on  le  fortifia,  dans  tout  son  cours,  d’un  fossé,  qui  fut  recreusé  plus 
tard  et  élargi  à  diverses  reprises.  Les  anciennes  portes  conservèrent  leurs  tours 
rondes,  encore  debout  en  partie  vers  1676;  mais  on  consolida  les  fondements 
de  ces  portes,  on  les  augmenta  du  côté  de  la  ville  de  nouvelles  constructions  mas¬ 
sives  qui  formaient  des  basses-cours  destinées  à  contenir  des  engins,  et  des  gens 
de  guerre.  Ces  bâtiments  ajoutés  avaient  des  plate-formes  voûtées  capables  de 
recevoir  des  canons.  C’était  ce  qu’on  nommait  alors  des  bastides  de  pierre. 

Devant  chaque  porte  était  un  pont-dormant  jeté  sur  le  fossé.  Ce  pont  était,  du 


70  OBSERV.  GÉNÉR.  SUR  L’ENCEINTE  MÉRID.  DE  PH.  AUGUSTE. 

côté  de  la  porte,  suivi  d’un  pont-levis,  et,  du  côté  de  la  campagne,  muni  d’une 
avant-porte  ou  barbacane,  consistant  en  deux  murs  placés  obliquement,  de  ma¬ 
nière  à  imiter  nos  bastions  modernes,  percés  de  meurtrières  et  fermés  par  une 
sorte  de  herse.  Peut-être  ces  avant-portes  ne  furent-elles  ajoutées  que  plus  tard, 
à  la  fin  du  XVe  siècle. 

Telles  furent  les  modifications  principales  de  l’enceinte  méridionale  de  Ph.  Au¬ 
guste,  qui  ne  fut  jamais  renouvelée,  je  pense,  mais  utilisée.  Il  est  encore  pro¬ 
bable  que,  sous  Charles  VI,  on  eut  l’idée  de  fortifier  le  bourg  de  S.  Marceau,  au 
moyen  de  bastides  et  de  fossés,  dont  la  rue  des  Hauts-Fossés-S.  Marcel  est  un  sou¬ 
venir.  Peut-être  aussi  un  monticule  voisin,  dit  Butte  aux  Cailles ,  est-il  le  produit 
des  déblais  de  ces  fossés?  Je  traiterai  plus  tard  cette  question. 

Sauvai  dit  (t.  III,  p.  126)  qu’en  1365,  les  murs  de  l’Université  furent  rehaussés 
et  les  portes  rebâties.  C’est  une  erreur  ;  le  rehaussement  du  mur  eût  été,  à  mon 
avis,  un  travail  inutile,  puisque,  depuis  l’usage  de  l’artillerie,  il  s’agissait  plutôt  de 
combattre  derrière  le  gros  mur  que  du  sommet  de  sa  plate-forme.  Ensuite,  les 
portes  ne  furent  point  rebâties  en  1365,  puisqu’elles  avaient  encore,  pour  la  plu¬ 
part,  je  le  répète,  eonservé  leurs  vieilles  tours  rondes  au  XVIIe  siècle,  comme  le 
témoignent  les  plans  de  cette  époque.  Elles  avaient  été  seulement  augmentées, 
comme  je  l’ai  expliqué  ci-dessus. 

M.  de  Gaulle  avance  qu’Etienne  Marcel  fit  relever  les  murailles;  je  pense  qu’il 
veut  dire,  comme  Sauvai,  rehausser,  car  elles  n’avaient  pas  été  abattues.  Il  ajoute 
qu’on  les  flanqua  de  tours.  Cette  dernière  assertion  ferait  supposer  qu’avant 
Charles  V  ces  murs  n’étaient  pas  fortifiés  de  tours.  Peut-être  en  répara-t-on,  en 
ajouta-t-on  quelques-unes,  c’est  tout  ce  qu’on  peut  admettre. 

«  Du  côté  de  Paris,  ditMauperché,  p.  115,  une  dalle  d’une  couleur  plus  foncée 
«  que  les  autres  pierres  de  ce  mur,  attendu  que,  saillant  de  plus  d’un  pouce,  elle 
«  se  trouvoit  plus  exposée  aux  influences  de  l’air,  annonçoit  la  place  où  se  ter- 
«  minoit  l’élévation  des  dix- huit  pieds  due  h  Ph.  Auguste.»  Il  ajoute  qu’en  1356 
on  exhaussale  mur.  Il  s’appuie  sur  ce  passage  de  Jean  de  Venette,  continuateur 
de  Guill.  de  Nangis,  témoin  oculaire  de  ces  travaux.  «  Anno  1356  cives  parisien- 
«  ses...  fossata  circà  muros  ad  partem  occidentalem  et  circà  suburbia  ad  partem 
«  orientaient ,  quia  nulla  ibi  anteà  fuerant,  facientes,  et  muros  novos  parvos 
m  similiter  supra  illos,  cum  portis  et  bastillis  ad  prædicta  construxerunt,  mu- 
«  nientes  turres  balistis,  garretis,  canonibus,  etc...  destruentes  domos  omnes 
«  quæ  intùs  et  extra  muros  anteà  jungebantur...  quorum  ruinam  et  fossatorum 
«  atque  murorum...  fabricam  vidi  prosequi  diligenter.  »  Plus  loin,  le  même  Jean 
de  Venette  ajoute,  à  l’année  1358  :  «  ...  omnes  incœperunt  muros  reparare,  fos- 
u  sata  jam  inchoata  sollicité  profundare  et  super  fossata,  ad  partem  orientaient 


OBSERV.  GÉNÉR.  SUR  L’ENCEINTE  MÉRID.  DE  PH.  AUGUSTE. 


71 


«  muros  parvos  novos  construere,  balistas  ad  exitus  portarum  elevare,  etc.» 

Voici  comment  j’entends  ces  passages  cités  par  Mauperché  :  «  En  1356  les  Pa- 
«  risiens  établirent  des  fossés  autour  des  murs,  du  côté  de  la  rive  gauche  (ad  par¬ 
ce  tem  occidentalem  ) 1  et,  autour  des  faubourgs,  du  côté  de  la  rive  droite  (ad  par¬ 
ce  tem  orientalem  )  ,  parce  qu’il  n’en  avait  jamais  existé  jusqu’à  ce  jour.  » 

La  phrase  suivante  offre  un  sens  plus  obscur  :  «  ils  construisirent  au-dessus  de 
«  ces  murs  (suprà  illos)  de  nouveaux  murs  peu  élevés,  avec  des  portes  et  des 
«  bastillons  (  bastillis  )  près  desdits  fossés ,  et  garnirent  les  tours  de  balistes,  ca- 
«  nons  etc.  »  (  Le  reste  de  la  phrase  n’exige  aucun  commentaire.  ) 

Ces  mots  :  muros  novos  parvos  construxerunt  suprà  illos  peuvent  en  effet  don¬ 
ner  à  croire  qu’on  exhaussa  les  murs  d’une  sorte  de  parapet  ;  mais  ces  construc¬ 
tions  ne  s’expliquent  guère  ,  car  il  est  certain  que  le  mur  de  Ph.  Auguste  était 
surmonté  dès  l’origine  d’un  parapet  crénelé,  encore  subsistant  en  1356.  Je  croi¬ 
rais  volontiers  qu’il  faudrait  lire  au  lieu  de  :  suprà  illos\  suprà  ilia  (fossata), 
comme  dans  la  phrase  qui  suit  :  omnes  incœperunt ,  etc.  Alors  tout  s’expliquerait. 
Ces  petits  murs  neufs  seraient  ceux  qui  dominaient  les  fossés  creusés  autour  des 
faubourgs  de  la  rive  droite.  Les  mots  :  cum  partis  et  bastillis  désigneraient  les  nou¬ 
velles  portes  du  Nord,  et  ces  grosses  tours  carrées  qui  servaient  alors  de  bastions 
et  sont  nommées  bastides  dans  les  anciens  actes.  Mais  si  l’on  applique  ces  mots 
cumportis  et  bastillis,  à  l’enceinte  de  la  rive  gauche,  on  n’y  comprend  plus  rien. 

La  phrase  suivante:  ( anno  1358  ) omnes  incœperunt,  etc.,  semble  être  le  com¬ 
plément  de  celle  qui  précède.  La  seconde  partie  s’applique  à  la  nouvelle  enceinte 
de  la  rive  droite  (  ad  partem  orientalem  )  où ,  depuis  deux  ans ,  on  avait  com¬ 
mencé  à  creuser  des  fossés  doubles  autour  des  faubourgs.  Ces  petits  murs  neufs 
construits  au-dessus  des  fossés,  sont  ceux  placés  sur  le  rempart  comme  les  repré¬ 
sentent  les  anciens  plans,  ou,  si  l’on  rejette  l’existence  d’un  rempart  terrassé, 
à  cette  époque,  des  murs  élevés  entre  le  fossé  et  l’ arrière-fossé. 

Dès  l’origine  il  exista,  sans  aucun  doute,  un  chemin  de  ronde  extérieur,  au 
pied  du  mur  méridional  de  Ph.  Auguste;  mais  il  paraît  qu’à  l’intérieur  il  n’en 
fut  pas  établi  ;  la  plate-forme  du  mur  en  servait,  et  on  y  parvenait  par  des  esca¬ 
liers  appliqués  contre  le  mur  ou  pratiqués  dans  les  tours  des  portes.  Pour  se  con- 


•  Jean  de  Venette  désigne  par  partem  occidentalem,  la  partie  de  Paris  que  nous  nommons  rive 
gauche,  et  par  :  partem  orientalem ,  la  rive  droite ,  sans  doute  parce  que  le  soleil  paraît  se  lever  du 
côté  de  la  ville  et  se  coucher  du  côté  de  l’Université  ;  ce  qui  est  vrai,  je  crois,  au  printemps.  L’ex¬ 
pression  :  partie  du  nord,  partie  du  sud,  serait  plus  claire.  Notons  aussi  ces  mots  :  circà  muros, 
quand  il  s’agit  des  fossés  de  la  rive  gauche,  et  circà  suburbia,  quand  il  s’agit  de  ceux  de  la  rive 
droite.  On  peut  en  déduire  qu’il  n’a  jamais  été  creusé  de  fossés  autour  du  mur  septentrional  de 
Ph.  Auguste,  qui,  en  1356,  ne  renfermait  pas  les  faubourgs. 


72  OBSERV.  GÉNÉR.  SUR  L’ENCEINTE  MÉRID.  DE  PH.  AUGUSTE 

vaincre  de  cette  absence  d’un  chemin  de  ronde  intérieur,  il  suflit  de  relire  le  texte 
cité  page  52,  où  il  s’agit  de  la  destruction,  en  1358,  des  bâtiments  que  les  Jacobins 
possédaient  en  dedans  du  gros  mur,  «ut  inter  ipsorum  habitaculum  et  muros  aditus 
«  fieret  atque  via.  »  Il  est  fort,  probable,  d’après  les  expressions  du  texte,  qu’il  s’a¬ 
gissait  alors  d’une  innovation.  La  mesure  fut  générale  pour  cette  partie  de  la 
ville,  car  l'auteur  ajoute  :  «  et  similiter  factum  est  ad  omnes  muros  ad  plagam 
occidentalem  circumdantes  civitatem.»  Je  pense  que  ad  plagam  occidenlalem 
signifie  encore  ici  :  du  côté  de  la  rive  gauche,  et  non  :  vers  le  côté  de  l’occident 
(c’est-à-dire  vers  la  partie  du  gros  mur  qui  regardait  le  Pré-aux -Clercs),  comme 
on  pourrait  le  croire  au  premier  abord. 

Toutes  les  additions  successives  que  j’ai  signalées  ont  considérablement  changé 
la  physionomie  primitive  de  la  clôture  de  l’Université ,  mais  ne  l’ont  certes  pas 
dénaturée  à  ce  point  qu’on  ne  puisse  plus  la  regarder,  sous  Louis XIII  par  exemple, 
comme  celle  de  Pli.  Auguste. 

Le  gros  mur  paraissait  encore  très-solide  en  1434-  à  Guillebert  de  Metz,  auteur 
d’une  Description  de  Paris  h  cette  époque  (voir  la  note  page  19).  «  Les  murs  delà 
a  ville  (dit-il  en  parlant  de  l’enceinte  du  Sud)  sont  moult  fors  et  espes  que  on  y 
«  menroit  bien  une  charette  dessus.  »  Cent  ans  plus  tard,  Panurge,  ou  plutôt 
Rabelais  n’était  pas  du  même  avis.  On  lit  au  chapitre  XV  de  Pentagruel.  «Panurge 
«  (  revenant  de  la  Follie  Goubelin  )  consideroit  les  murailles  de  la  ville  de  Paris 
«  et  en  irrision  dist,  à  Pentagruel  :  Voyez  cy  ces  belles  murailles.  O  que  fortes 
«  sont  et  bien  en  poinct  pour  guarder  les  oysons  en  mue!  Par  ma  barbe  ,  elles 
«  sont  competemment  meschantes  pour  une  telle  ville  comme  cesle  cy  :  car  une 
«  vache  auecques  ung  pet  en  abbattroit  plus  de  six  brasses.  »  A  cela  Pentagruel  ré¬ 
pond  que  le  courage  des  citoyens  est  la  meilleure  des  murailles,  et  il  ajoute:  «  Da- 
«  duantaige,  qui  la  vouldroyt  emmurailler  comme  Strasbourg,  Orléans  ou  Fer- 
«  rare,  il  ne  seroit  possible,  tant  les  frais  et  despens  seroyent  excessifz.  » 

11  paraîtrait,  en  effet,  que  sous  François  1er,  et  même  avant  son  règne,  on  faisait 
peu  de  cas  du  gros  mur  de  l’Université  ;  aussi,  toutes  les  fois  qu’on  appréhendait 
quelque  surprise,  de  ce  côté  de  Paris  ,  comme  il  arriva  lors  de  la  nouvelle  de  la 
captivité  du  roi,  se  hâtait-on  de  creuser  des  tranchées  et  d’élever  des  remparts  au 
delà  des  faubourgs  S.  Marceau  et  S.  Jacques. 

Ce  fut,  je  crois,  environ  sous  le  règne  d’Henri  IV,  qu’on  laissa  positivement 
tomber  en  ruines  les  parapets  crénelés  du  gros  mur  méridional.  On  permettait 
alors,  ainsi  qu’on  avait  fait  sous  François  Ier,  relativement  à  la  muraille  delà  rive 
droite,  à  divers  particuliers,  moyennant  une  redevance  annuelle,  d’utiliser,  sans 
pourtant  rien  abattre,  le  mur  d’enceinte  et  les  tours.  On  affermait  aussi  les  portes 
et  des  portions  du  fossé  où  s’établissaient  des  jeux  de  paume  ou  de  boules, 


ENC.  DE  PH.  AUGUSTE.  RIVE  DROITE. 


73 


des  corderies  ,  des  tirs  à  l’arc  ,  comme  le  prouve  l’examen  des  anciens  plans  de 
Paris.  L’usage  des  bombes  acheva,  sous  Louis  XIII,  de  faire  considérer  ce  vieux 
.  système  de  défense  comme  complètement  inutile. 

Vers  le  milieu  du  XYII'  siècle,  les  fossés,  déjà  depuis  longtemps  bordés  de  mai¬ 
sons  aux  abords  des  portes  ,  servaient  de  lieux  de  récréation  aux  gamins  des  fau¬ 
bourgs  du  voisinage,  et  de  pâturages  à  quelques  chèvres.  L’herbage  qu’on  y  récol¬ 
tait  était  sans  doute  bien  flétri,  et  les  immondices  de  toutes  sortes  qu’on  y  déposait 
devaient  en  faire  sur  certains  points  de  véritables  trous-punais .  A  l’année  164-8, 
Ànquetil  parle  de  bandes  d’enfants  qui  venaient  s’entre-battre  à  coups  de  fronde 
dans  les  fossés  de  la  ville,  sans  que  la  police  pût  parvenir  à  les  disperser.  Cette 
circonstance,  selon  cet  historien,  donna  naissance  au  nom  d e  Fronde  appliqué  au 
parti  anti-mazariniste. 

La  clôture  méridionale  tant  de  fois  modifiée  depuis  Charles  V,  sans  avoir  perdu 
pourtant  sa  forme  primitive  ,  ne  disparut  entièrement ,  du  moins  sur  la  voie  pu¬ 
blique  ,  que  vers  l’an  1690.  Mais  il  en  reste  encore  des  vestiges  assez  importants 
pour  qui  sait  les  chercher  au  milieu  des  propriétés  situées  sur  la  ligne  de  son  em¬ 
placement. 

IX.— - Eiteeâs»4e  «Se  Philippe  (rive  «trotte). —  SSaa  «ssüal  Saint-lP’acf E 

à  la  rtie  §aigaf-j%aal@8aîe* 

(  Voyez  PI.  VI.  ) 

L’enceinte  septentrionale  de  Ph.  Auguste  correspondait  à  celle  de  la  rive  gau¬ 
che;  autrement  dit,  la  tour  de  Philippe  Hamelin  et  la  Tournelle  faisaient  face, 
au  delà  de  la  Seine,  à  deux  tours  du  même  genre,  auxquelles,  dès  l’origine  ou 
seulement  plus  tard,  elles  communiquèrent  en  temps  de  guerre,  au  moyen  de 
grosses  chaînes  portées  sur  des  bateaux  et  rattachées,  soit  directement  aux  tours, 
soit  à  des  pieux  ou  palis  contigus. 

Entre  la  Tournelle  et  la  tour  Barbeau  qui  lui  faisait  face  sur  la  rive  droite,  était 
interposée  l’île  actuelle  S.  Louis.  Le  partage  du  fleuve  en  deux  bras  exigeait  donc 
une  double  chaîne.  Il  est  permis  de  supposer  que  Ph.  Auguste  fit  élever  dans 
cette  île,  pour  compléter  sa  clôture,  une  muraille  fortifiée,  parallèle  à  peu  près  à 
la  rue  Poulletier,  et  aboutissant,  près  du  rivage,  à  des  tours  qui  correspondaient 
aux  deux  extrémités  orientales  de  l’enceinte  générale;  c’est  d’après  cette  hypo¬ 
thèse  que  j’ai  tracé  dans  l’île  S.  Louis  (pl.  VI,  fig.  1)  cette  fortification  dont 
aucun  historien  contemporain  ne  parle ,  et  dont  on  n’a  jamais  signalé  aucune 
trace.  Il  est  seulement  question  dans  les  anciens  comptes  (Sauvai,  III,  p.  124) 
d’une  tour  carrée,  dite  en  1369,  de  Loriaux  ;  mais  on  en  ignore  l’emplacement. 

10 


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ENC.  DE  PH.  AUGUSTE.  RIVE  DROITE. 


Cette  espèce  de  bastide,  accompagnée  sans  doute  d’une  ou  de  deux  autres  sem¬ 
blables,  fut  élevée,  sous  le  règne  de  Charles  V,  peut-être  à  la  place  d’autres  tours 
bâties  sous  Ph.  Auguste.  Quant  au  cours  d’eau  qui  séparait  l’île  en  deux ,  je  le 
regarde  comme  un  véritable  fossé,  établi,  non  sous  Ph.  Auguste,  mais  sous 
Charles  V,  époque  où  Von  jugea  utile  d’en  creuser  un  tout  autour  de  Paris. 

Un  fait  incontestable,  c’est  qu’en  1369  il  existait  une  fortification  quelconque 
dans  l’île  Notre-Dame.  Au  delà  de  ce  fait,  on  ne  trouve  que  des  hypothèses.  Mais 
il  est  temps  de  passer  outre,  et  de  commencer  à  décrire  l’enceinte  septentrionale 
de  Ph.  Auguste. 

Du  côté  de  l’est ,  la  tête  de  cette  clôture  consistait  en  une  tour  ronde  formant, 
au  delà  de  la  Seine,  le  pendant  de  celle  dite  spécialement  la  Tournelle  (  voy. 
p.  63  ).  Elle  était  située  sur  la  rive,  exhaussée  depuis  et  nommée  quai  S.  Paul.  Un 
vieillard,  domicilié  dans  le  voisinage,  et  très-érudit  sur  les  antiquités  de  Paris  , 
m’a  dit  avoir  vu  à  découvert  les  fondements  de  cette  tour  circulaire  quand  on  élar¬ 
git,  vers  1835,  le  quai  S.  Paul.  Ces  vestiges  lui  avaient  paru  faire  face  positive¬ 
ment  à  la  rue  Poulletier. 

Nous  ignorons  le  nom  primitif  de  celte  tour,  mais  il  est  certain  que  sous  Char¬ 
les  V  elle  portait  celui  de  Barbeau,  Barbeel-sur-l’yaue  ou  devers-l'yaue.  Elle  le 
devait  au  logis  de  l’abbé  de  Barbeau,  qui  lui  était  alors  presque  contigu.  Mauperché 
remarque,  page  1  Al ,  qu’elle  ne  put  s’appeler  ainsi  qu’après  1279,  puisque  l’abbaye 
de  Saint-Port  ne  reçut  que  cette  année  sa  nouvelle  désignation  de  Barbeau.  «  Il 
est  à  présumer,  ajoute-t-il,  qu’elle  a  subsisté  jusqu’en  1604,  époque  où  fut  établi  le 
quai  de  l’Arsenal.  » 

Cette  tour,  bien  que  très-voisine  du  logis  de  Barbeau,  en  était  indépendante,  car 
elle  faisait  partie  d’un  terrain  clos  de  murs,  nommé  au  XVe  siècle  :  le  Chantier  du 
Roy.  Dans  un  acte  de  1406 ,  que  je  citerai  plus  loin,  on  la  désigne  ainsi  :  «  Turrim 
facientem  butum  et  eugnum  »  ’. 

Plusieurs  historiens  lui  ont  donné  avec  Sauvai  (III,  p.  40),  et  sans  doute  à 
tort,  le  nom  de  Billy,  qui  appartint  à  une  tour  sise  plus  à  l’est,  et  élevée  vers  1370 
pour  servir  de  tête  au  rempart  de  Charles  Y,  à  l’embouchure  du  fossé  de  la 
Bastille. 

La  tour  Barbeau  était  vraisemblablement  flanquée  comme  celle  de  Ph.  Hame- 
lin,  à  l’intérieur  du  mur  d’enceinte,  d’une  tourelle  qui  dominait  la  plate-forme  et 
servait  de  cage  à  un  escalier  à  vis.  II  en  est  peu  parlé  dans  l’histoire.  On  lit  dans 

1  En  1407,  Robert  Fouchier  était  Maistre  des  charpenteries  du  Boy  (Dissert,  de  Bonamy  sur  le 
meurtre  du  duc  d’Orléans).  Mauperché  explique  le  mot  butum  par  butte,  et  avance  que  la  tour 
était  bâtie  sur  une  butte!  Le  mot  butum  signifie  extrémité ,  bout.  On  appelait  aussi  la  tour  qui  faisait 
face  à  celle  do  Nesle,  turrim  facientem  eugnum  (tour  qui  fait  le  coin). 


Calque  d'un  plan  des  Archives  ( [IIe Classe  N: 733.), 


Dissert,  sur  les  En  ceintes  de  Paris  PL  VI 


. 


# 


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Sauvai  (t.  III.  p.  629)  que,  sous  François  Ier,  elle  était  occupée  par  le  maître  des 
œuvres  de  la  ville. 

On  remarquera  que  le  mur  d’enceinte,  delà  tour  Barbeau  à  la  rue  des  Barrés, 
forme  une  légère  déviation  par  rapport  à  la  ligne  générale.  Cette  direction  est  in¬ 
diquée  par  celle  des  murs  mitoyens  qui  séparent,  comme  on  le  voit  sur  le  plan 
du  quartier  de  l’Arsenal,  par  Vasserot,  les  maisons  placées  entre  le  quai  et  la  rue 
des  Barrés.  En  août  1850,  on  démolissait  cet  îlot  de  maisons.  J’ai  reconnu,  au- 
dessous  du  sol,  quelques  fragments  du  gros  mur  qui,  depuis  longtemps  sans  doute, 
aura  été  de  ce  côté  abattu  ou  fort  aminci.  J’ai  remarqué  ses  pierres  de  revêtement 
çà  et  là  employées  dans  les  constructions  qui  l’avoisinaient. 

Sauvai  place  près  de  la  tour  Barbeau,  sur  le  quai,  une  porte  du  même  nom  , 
que  plusieurs  auteurs  ont  confondue  avec  la  suivante,  nommée  des  Barrés.  Cette 
porte  ne  fut,  je  crois,  établie  que  longtemps  après  Ph.  Auguste;  nous  traiterons 
plus  tard  cette  question. 

La  première  tournelle  murale,  celle  marquée  1  sur  mon  plan,  devait  se  trouver, 
du  temps  de  Ph.  Auguste,  à  l’endroit  même  où  fut  ouverte  par  la  suite  une  poterne 
appelée,  ainsi  que  la  rue  qui  y  aboutissait,  des  Barrés  et  des  Beguines  1 .  D’après 
le  plan  de  G.  Braun,  c’est  cette  tour  même  qui,  percée  d’une  baie  ogivale,  aurait 
constitué  la  poterne  qui  ne  subsiste  plus  sur  les  plans  postérieurs.  Ce  renseigne¬ 
ment  semble  confirmé  par  plusieurs  extraits  d’anciens  comptes  (  cités  à  la  fin  de 
ce  chapitre),  où  cette  tour  est  nommée:  Potterie  de  la  Beguignere ,  tour  ou  Po¬ 
terne  des  Veignes. 

La  tour  2  existe  encore  dans  la  caserne  de  l’Ave-Maria.  La  plupart  des  histo¬ 
riens  de  Paris  l’ont  signalée.  Sauvai  s’exprime  ainsi  (t.  I,  p.  35  )  au  sujet  de  cette 
partie  de  la  clôture  :  «  Dans  l’épaisseur  du  mur...  on  a  épargné  des  escaliers,  aussi 
«  grands  que  commodes,  et  des  chemins  fort  larges.  Dans  l’une  des  tours  (  n°  2) 
«  est  le  chauffoir  des  Beligieuses  ,  et  dans  l’autre  (  celle  qui  fortifiait  la  poterne 
«  S.  Paul),  l’escalier  qui  conduit  à  leur  infirmerie  ;  et  tout  cela  ensemble  corn- 
«  pose  la  plus  longue  suite  de  murailles  ,  la  plus  entière  et  la  moins  interrom- 
«  pue  que  nous  ayons  de  cette  seconde  clôture.  » 

La  tour  2  est  indiquée  sur  la  plupart  des  plans  de  Paris,  notamment  sur  ceux 
de  Verniquet  et  de  Yasserot.  J’en  ai  vu  la  partie  extérieure,  du  troisième  étage  de 
a  maison  n°  13,  rue  des  Jardins.  Elle  m’a  paru  de  la  même  dimension  et  bâtie  des 
mêmes  matériaux  que  les  tournelles  de  la  rive  gauche.  Elle  est  une  dépendance  de 


1  Les  Carmes  ou  Barrés,  ainsi  nommés  de  leur  costume  blanc  barré  de  noir,  demeuraient  autre¬ 
fois  à  la  place  où  furent  établis  depuis  les  Célestins.  En  1318,  ils  furent  transférés  près  de  la  place 
Maubert.  Peut-être  faudrait-il  dire  Porte  des  Barres,  et  non  des  Barrés ;  ce  nom  viendrait  de  l 'hôtel 
des  Barres,  situé,  au  XIVe  siècle,  rue  de  la  Mortellerie.  (Voy.  Félibien,  I,  p.  256.) 


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la  caserne  de  l’Ave-Maria  ,  et  c’est  la  seule  conservée  entière  de  ce  côté  de  Paris. 

La  tour  qui  suit  n’est  pas  numérotée  sur  mon  plan,  parce  qu’elle  fortifiait  une 
porte.  Il  en  reste  encore  aujourd’hui  une  sorte  de  trace  ou  d’arrachement,  en 
forme  de  quart  de  cercle,  qu’on  ne  sait  comment  décrire.  Le  mur  élevé  de  la 
maison  qui  remplace  cette  tour  offre  ,  du  côté  de  l’ouest ,  une  surface  concave  , 
qui  est  la  paroi  intérieure  de  la  tour  même,  ou  plutôt  une  construction  moulée  sur 
sa  face  extérieure.  En  1700,  ce  débris  offrait  déjà,  je  crois,  cet  aspect,  car  Robert 
de  Yaugondy  le  signale  en  ces  termes:  «On  voit  à  l’Ave-Maria,  une  tour  (celle 
«  n°  2)  avec  une  longue  suite  de  murs,  et  comme  une  seconde  tour  dans  la  rue 
«  des  Prêtres  S.  Paul.  » 

Un  plan  des  Archives  (IIIe  cl. -739),  calqué  et  reproduit  ici  (fig.  3),  représente 
cette  tour  entière.  Elle  contient  un  escalier,  celui  sans  doute  de  l’infirmerie  dont 
parle  Sauvai.  Ce  que  ce  plan,  levé  vers  1700,  offre  de  plus  curieux,  c’est  le 
nom  de  la  tour  :  elle  porte  celui  de  Montgommery .  Le  gentilhomme  qui  fut  la  cause 
involontaire  de  la  mort  de  Henri  II,  aurait-il  été  mené  dans  cette  tour,  assez  voi¬ 
sine  du  lieu  où  se  donna  le  fatal  tournois?  Je  n’oserais  l’affirmer,  car  l’histoire  ne 
nous  signale  pas  ce  fait.  Peut-être  ce  personnage  avait-il  son  hôtel  dans  les 
environs.  Je  ne  connais  qu’une  tour  du  Palais  qui  ait  retenu  le  nom  de  Mont- 
gommery. 

La  tour  de  la  rue  des  Prêtres,  rue  dite  autrefois:  de  Jouy  (désignation  que  con¬ 
serve  la  partie  qui  se  dirige  obliquement  de  la  rue  S.  Antoine  à  celle  des  Nonan- 
dières),  ne  peut  être  considérée  comme  une  tour  murale,  mais  bien  comme  une 
des  deux  qui  fortifiaient  la  poterne  S.  Paul,  car  Sauvai,  qui  semble  parler  de  visu, 
dit  (t.  I,  p.  35)  à  propos  du  trajet  du  mur  d’enceinte,  entre  la  rue  de  Jouy  et  celle 
S.  Antoine:  «  Le  pan  de  mur...  étoit  flanqué  de  deux  tours  rondes;  dans  l’une 
«  (celle  marquée  3)  les  Jésuites  ont  pratiqué  leur  escalier,  et  depuis  quelques 
«  années ,  ils  ont  abbalu  l’autre,  qui  se  voyoit  à  la  rue  de  Joui,  vis  à  vis  d’une  autre 
«  toute  pareille  (celle  que  le  plan  des  Archives  nomme:  de  Montgommery),  et 
«  qui  subsiste  encore  dans  le  Monastère  de  l’Ave-Maria.  Elles  gardoient  toutes 
«  deux  la  fausse  poterne  S.  Pol.  » 

J’ai  cru  longtemps  que  la  poterne  S.  Paul,  n’étant  qu’une  entrée  très-secon¬ 
daire  (  vu  sa  proximité  de  la  porte,  beaucoup  plus  importante,  située  rue  S.  An¬ 
toine),  n'avait  été  percée  que  postérieurement  à  Ph.  Auguste,  et  n’était  point  mu¬ 
nie  de  doux  tours;  mais  le  récit  fort  clair  de  Sauvai  m’a  fait  changer  d’avis. 

Plusieurs  extraits  que  je  vais  citer  me  font  présumer  que  ,  sous  le  roi  Jean,  on 
creusa  un  fossé  ,  au  pied  du  gros  mur ,  depuis  la  tour  Barbeau  jusqu’à  la  rue 
S.  Antoine,  sur  l’emplacement  actuel  des  maisons  de  la  rue  des  Jardins  (ran¬ 
gée  occidentale  ).  Peut-être  à  cette  époque  (1356)  forma-t-on  le  projet  de  com- 


ENC.  DE  PH.  AUGUSTE.  RIVE  DROITE. 


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raencer ,  sur  la  rive  droite  comme  sur  l’autre  rive  ,  un  fossé  tout  autour  de  la 
clôture  de  Ph.  Auguste,  projet  qu’on  abandonna  bientôt  pour  refaire  une  enceinte 
plus  vaste,  après  s’être  borné  à  fortifier  le  voisinage  de  la  tour  Barbeau. 

On  lit  dans  les  comptes  imprimés  à  la  fin  du  Mémoire  de  Bouquet  (  p.  200)  : 
«  Pescherie  du  fossé  servant  à  la  fortification  de  la  ville,  entre  le  Palis  de  la  chaisne 
«  qui  traverse  la  Seine,  à  l’endroit  du  Chantier  du  Roy  et  Huisserie  du  Trou-punays 
«  qui  est  au  bout  de  la  rue  S.  Paul,  etc.  (1473). 

Le  même  auteur  (p.  213)  cite  un  compte  de  la  Ville  de  1578  ,  où  il  est  ques¬ 
tion  d’une  «  tour  et  jardin,  joignant  la  porte  et  vieil  mur  d’icelle  ville,  assise  en  la 
«  rue  de  Jouy  (  aujourd'hui  Charlemagne) ,  en  l’espace  où  jadis  fut  les  fossez.  » 
Même  page,  on  mentionne  un  jeu  de  paulme  de  la  Croix-Noire  ,  près  la  Potterie 
de  la  Beguignere  (  poterne  des  Béguines).  Ce  jeu  était  probablement  situé  le  long 
du  gros  mur;  or,  il  est  notoire  que  la  plupart  des  anciens  jeux  de  paume  étaient 
établis  de  préférence  dans  les  vieux  fossés  de  la  ville. 

Bouquet  nous  signale  (p.  124)  un  arrêt  du  Parlement,  des  14  et  18  janv.  1703, 
où  l'on  rappelle  que,  le  28  février  1639,  «Louis  XIII  fit  don  aux  Jésuites,  des  an- 
«  ciens  murs  de  la  ville,  qui  commençoient  en  la  rue  S.  Antoine  et  aboulissoient  à 
«  celle  de  Jouy,  ensemble  du  fossé  qui  avoit  été  creusé  le  long  desdits  murs.  »  Il 
n’est  pas  impossible,  au  reste ,  que  cet  arrêt  ait  consacré  une  erreur. 

On  lit  encore  dans  le  même  Mémoire,  p.  1 10:  «  On  voit  parles  titres  delà  Ville, 
«  que  les  fossés  de  l’enceinte  faite  sous  Ph.  Auguste  (du  côté  du  port  S.  Paul), 
«  furent  recomblés  dans  cette  partie  par  les  terres  qui  sortirent  de  ceux  creusés 
«  dans  l’alignement  de  la  tour  de  Billy .  » 

On  parle  plusieurs  fois,  dans  les  anciens  comptes  du  tome  III  de  Sauvai,  d’une 
tour  de  l Ecluse,  dans  le  voisinage  des  Célestins.  Voulait-on  désigner  ainsi  la  tour 
Barbeau,  à  cause  d’une  écluse  établie  à  proximité?  Je  crois  plutôt  qu’il  s’agis¬ 
sait  de  la  tour  Billy,  bâtie  sous  Charles  V,  à  l'entrée  du  fossé  de  la  Bastille. 

Delà  rue  des  Prêtres,  le  gros  mur  passant  entre  le  flanc  occidental  de  l’église 
S.  Louis  et  les  bâtiments  du  collège  Charlemagne,  l’ancienne  maison  professe  des 
Jésuites,  venait  aboutir  à  la  rue  S.  Antoine.  J’ai  vu  mille  fois,  au  temps  de  ma 
jeunesse,  en  passant  par  l’ctroite  et  longue  allée  qui  conduisait  au  collège,  une 
partie  du  vieux  mur  qui  avait  été,  je  crois,  coupé  de  biais  sur  ce  point  pour  élar¬ 
gir  le  passage. 

Dans  cet  espace,  le  mur  d’enceinte  était  flanqué  d’une  seule  tour,  celle 
marquée  3,  qui  ne  pouvait  être  loin  du  point  où  je  l’ai  tracée.  Elle  est  mention¬ 
née  dans  plusieurs  actes,  et  figure  sur  les  plans  du  XVIe  siècle.  Celui  de  Du  Cer¬ 
ceau  indique  à  l’ouest,  derrière  cette  tour,  le  logis  du  prévost  de  Paris,  dont  on  voit 
encore  de  curieux  restes  dans  le  passage  Charlemagne.  Selon  Sauvai  (  voir  ci-des- 


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ENC.  DE  PH  AUGUSTE,  RIVE  DROITE 


sus),  les  Jésuites  auraient  pratiqué  leur  escalier  principal  dans  cette  tour.  L’es¬ 
calier  qu’on  voit  aujourd’hui  est  renfermé  dans  une  cage  carrée;  j’ignore  s'il 
occupe  la  place  de  la  tour,  dont  il  ne  reste  plus. aucune  trace,  sinon  peut-être 
dans  les  caves  du  collège.  On  remarque,  dans  les  diverses  constructions  qui 
dépendent  de  cet  établissement,  une  quantité  de  petites  pierres  qui  formaient  ja¬ 
dis  le  revêtement  du  mur  d’enceinte. 

Dans  le  texte  annexé  au  plan  de  Gomboust,  on  lit:  «  la  maison  professe  des  Jé- 
«  suites  où  est  encore  une  vieille  tour  de  Ph.  Auguste  .»  Ce  texte  est  précisément  du 
temps  de  Sauvai;  mais  il  ne  dit  pas  que  cette  vieille  tour  contînt  un  escalier. 

Je  citerai  encore  quelques  extraits  relatifs  à  la  portion  de  l’enceinte  qui  fait 
l'objet  de  ce  chapitre.  Sauvai  (t.  III,  p.  282  et  655)  produit  des  comptes  de  1417 
et  1438,  où  il  est  question  des  «anciens  murs  qui  sont  entre  la  rue  S.  Antoine 
«  et  la  tour  qui  est  au  bout  de  l’hôtel  et  jardin  du  duc  de  Hollande,  sur  la  porte 
«  de  la  rue  par  où  l’on  va  de  l’hôtel  en  l’église  S.  Paul.  » 

Du  Breuî  nous  apprend  (p.  931)  qu’en  1580,  le  cardinal  Charles  de  Bourbon 
donna  aux  Jésuites,  pour  y  bâtir  la  chapelle  S.  Louis,  un  hôtel  de  Danville.  Cet 
hôtel  était  borné  par  l’ancien  mur  que  Louis  XIII  leur  accorda  en  février  1639. 

—  «  Reçu  de  M.  Mauran  Conseiller  du  Roi...  trente  deux  sols,  six  deniers 
«  Tournois,  à  cause  de  deux  portions  de  Muraille,  Tours  et  Halles,  haultes  et  bas- 
«  ses  sur  et  au  long  des  antiens  murs,  une  portion  commençant  rue  S.  Anthoine, 
«  vis  à  vis  Se  Catherine,  et  l’autre  portion  au  lieu  où  il  y  a  un  Colombier,  tirant  à 
«  une  Tour  et  Terrasse  jusques  à  une  autre  Tour  et  Poteau  appelé  la  Potterie  de 
«  la  Beguignere,  au  Jeu  de  Paulme  de  la  Croix  Noire,  jusques  à  une  autre  Tour  du 
«  communq,  en  laquelle  est  accoustumé  d’estre  la  ch  es  ne  traversant  la  Riuière  de 
«  Seyne,  laquelle  tient  environ  116  thoises  de  long,  1608»  (Bouquet,  p.  213). 

—  «  Me  Guillaume  Le  Gentilhomme ,  Advocat  en  parlement,  pour  une  portion 
«  des  anciens  murs  commençant  à  la  rue  S.  Antoine,  vis-à-vis  Se  Catherine, 
«  confinant  avec  une  tour,  et  finissant  où  souloit  avoir  une  polerne,  vulgaire- 
«  ment  appellée  la  Porte  S.  Paul ,  et  l’autre  portion  desdits  murs,  où  d’ancienneté 
«  et  à  présent  y  a  colombier,  en  tirant  à  une  terasse  ou  Tour  ,  et  d’icelle  jusqu’à 
«  une  autre  Tour  ou  Poterne  ,  appelée  la  Poterne  des  Peignes,  étant  près  l’Hostel 
«  de  l’Abbayie  de  Barbeau,  de  laquelle  on  descend  par  degrés  joignant  l’Hostel 
«  de  l’Ave  Maria  près  une  Tour  et  contigu  la  Tour  des  Peignes  au  jeu  de  paume, 
«  où  pend  pour  enseigne  la  Croix  noire,  jusqu’à  une  Tour  du  coin,  en  laquelle  a 
«  accoutumé  être  la  chaîne  traversant  la  rivière  de  Seine,  etc.  Laquelle  portion 
«  de  muraille  contient  environ  cent  seize  toises  de  long  »  (  Sauvai,  III,  628  ). 

Dans  un  acte  de  1406,  qui  a  pour  objet  un  don  fait  par  le  Roi  à  Jean  de  Mon- 
taigu,  on  lit  :  «  à  turri  contigua  poterne  S.  Pauli  eundo  versùs  Hospitium  Bar- 


ENC.  DE  PH.  AUGUSTE.  RIVE  DROITE. 


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«  belli,inqua  nunc  est  quoddam  columbarium,  usque  ad  turrim  [acientem  butum 
«  et  eugnum  dictorum  murorum  supra  ripariâm  Sequane  contiguam  canterio 
«  carpenterie  regis ,  unà  cum  prædicta  turri  et  aliis  turribus  in  dicta  portione 
«  murorum  existentibus,  continent...  In  toto  circa  G  et  XVI  thesias  longitudi- 
«  nis,  etc.»  (Félibien,  t.  Y,  p.  686). 

Plus  loin  ,  dans  ce  même  acte,  le  roi  se  réserve  le  droit,  en  cas  de  guerre, 
de  loger  dans  ces  tours,  des  troupes,  qui  puissent  «  ire  et  venire ,  absque  impedi - 
«  mento,  per  dictos  muros  et  turres.  »  L’expression  per  muros  signifie  proba¬ 
blement  :  sur  la  plate-forme  du  mur.  Bouquet,  p.  297  ,  a  répété  cet  article. 

Arrivé  rue  S.  Antoine,  le  gros  mur  touchait  à  l’une  des  portes  les  plus  impor¬ 
tantes  de  la  rive  droite.  Elle  s’appelait  Baudets  ou  Baudoyer  (  c’était  la  seconde 
de  ce  nom),  et  devait  être  située  à  peu  près  où  je  la  place,  mais  n’occupait  pas 
toute  la  largeur  actuelle  delà  rue  S.  Antoine;  car  cette  rue,  nommée  au  XIIIe siè¬ 
cle  Grande  rue ,  et  aussi  :  rue  de  la  Porte  Baudeer,  était  plus  étroite  qu’aujour- 
d’hui  en  cet  endroit,  et  fut  élargie  plus  lard,  je  ne  sais  au  juste  à  quelle  époque. 

X. —  iîe  !»  ï«e  S.  Antoine  à  eelle  Sainte-Avoye. 

(Voy.  pl.  VII,  Dg.  1,  2,  3.) 

De  la  porte  Baudets,  le  mur  d’enceinte  avait  une  direction  parallèle  à  la  rue 
Culture-Sainte-Catherine.  On  trouve  aux  Archives  (IIIe  cl. -70),  un  plan  levé 
en  1545,  dont  j’ai  reproduit  le  calque  réduit  au  quart  (pl.  VII,  fig.  1);  on  y  voit 
indiquées  la  ligne  de  la  clôture  et  deux  tournelles  (celles  4  et  5);  il  pourra  nous 
servir  de  guide ,  mais  après  quelques  rectifications.  Le  gros  mur  paraît,  sur  ce 
plan,  former  le  côté  occidental  de  la  rue  Culture,  dans  la  partie  où  cette  rue  s’é¬ 
largit  avant  d’aboutir  à  celle  S.  Antoine;  or  ,  il  passait  quelques  mètres  plus  en 
deçà  vers  l’ouest,  ainsi  qu’il  est  représenté  sur  la  fig.  2. 

Au  mois  de  juillet  1850,  on  prolongea  la  rue  du  Roi-de-Sicile  jusqu’à  celle  Cul¬ 
ture-Sainte-Catherine,  en  abattant  plusieurs  maisons  de  cette  dernière  rue.  Les 
profondes  excavations  pratiquées  de  ce  côté  mirent  à  découvert  des  restes  sou¬ 
terrains  du  gros  mur,  dont  l’épaisseur  était  d’environ  trois  mètres.  J'ai  donc 
pu  me  fixer  sur  son  véritable  emplacement. 

J’avais  examiné  toutes  ces  maisons  longtemps  avant  qu’on  les  démolît.  Les 
cours  en  étaient  fort  peu  profondes,  car  elles  ne  dépassaient  pas  l’endroit  où  pas¬ 
sait  autrefois  le  mur  de  la  ville,  qu’on  avait  abattu  pour  gagner  de  l’espace.  On 
en  reconnaissait  les  matériaux  incorporés  à  divers  bâtiments  de  ces  cours. 

Voici  quelques  citations  relatives  à  cette  portion  de  l’enceinte:  — En  1390, 


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ENC.  DE  PH.  AUGUSTE.  RIVE  DROITE. 


Pierre ,  comte  d’Alençon ,  fit  don  à  Charles  YI  de  son  hostel  de  Sicile,  afin  que 
«  par  la  closture  d’icclui  qui  est  des  anciens  murs  de  la  ville  de  Paris,  il  (  le  roi  ) 

«  peust  lui  et  ceux  qui  voudroient  estre  avec  lui,  entrer  sur  les  rangs  quand  jous- 
«  tes  se  feroient  en  ladite  coulture  (Sainte-Catherine)  » .  On  doit  conclure  de  cet 
acte,  rapporté  par  Félibien  (t.  111,  p.  521),  qu’on  perça  une  porte  dans  cette 
portion  du  mur  d’enceinte.  Cet  hôtel  de  Sicile  ,  construit  vers  1265,  et  rebâti  au 
XVIe  siècle,  porta  successivement  les  noms  de  Tancarville,  Roquelaure,  S.  Paul, 
Chavigny  et  De  la  Force. 

Corrozet(1561,  fol.  86,  v.),  dit  à  propos  de  Sainte-Catherine-du-Val  :  «  Ce  mo- 
«  nastère  alors  (  1214)  estoithors  la  ville,  et  près  la  porte,  car  la  rue  S.  An¬ 
te  thoine  estoit  close  en  cest  endroit,  où  est  de  présent  l’ hostel  d’Eureux.  On 
«  void  encores,  derrière  cest  hostel  les  vieulx  murs,  garniz  de  leurs  tourelles,  sur 
«  partie  desquels  on  a  basty,  et  de  l’autre  costé  de  la  grand  rue  est  vne  image 
«  Nostre  Dame,  qu’on  dit  auoir  esté  autresfois  dessus  la  porte.  » 

Je  n’ai  pu  découvrir  au  juste  la  situation  de  cet  hôtel  d’Evreux.  Etait-il  placé 
entre  le  monastère  Sainte-Catherine  et  le  mur  d’enceinte,  ou  de  l’autre  côté  de  la 
rue  S.  Antoine,  près  du  collège  actuel  Charlemagne?  Je  pencherais  pour  la  pre¬ 
mière  supposition. 

A  partir  de  la  tour  4 ,  qui  figure  sur  tous  les  plans  du  XVIe  siècle,  l’enceinte 
fait  brusquement  le  coude,  et,  se  dirigeant  vers  le  nord-ouest,  traverse  l’empla¬ 
cement  de  la  prison  de  la  Force,  récemment  démolie,  puis,  la  rue  Pavée,  et,  pas¬ 
sant  à  dix  toises  environ  au-dessus  de  l’impasse  Coquerelle ,  continue  en  ligne 
droite,  jusqu’à  la  vieille  rue  du  Temple  où  était  une  porte. 

Dans  ce  long  trajet,  on  ne  rencontre  sur  les  vieux  plans  que  quatre  tours  1  , 
nombre  bien  borné  par  rapport  à  l’espacement  observé  presque  partout  sur  la 
rive  gauche.  La  tour  5  est  indiquée,  sur  le  plan  des  Archives,  à  environ  trente- 
trois  toises  de  celle  d’encoignure  4.  Il  m’a  fallu,  au  défaut  de  renseignements  par¬ 
ticuliers  et  de  découvertes  matérielles,  placer  les  tours  suivantes  6,  7  et  8,  à  une 
distance  d’environ  quarante  toises  l’une  de  l’autre,  tandis  que  le  terme  moyen, 
la  rive  gauche,  était  à  peine  de  trente. 

Sauvai  nous  apprend,  en  termes  fort  vagues,  que  le  gros  mur  limitait  les  prin¬ 
cipaux  hôtels  de  la  rue  des  Francs-Bourgeois,  hôtels  qui,  de  son  temps(1660),  en 
conservaient  des  vestiges.  Il  cite  une  tour  (celle  n°  6)  qui  subsistait  alors  dans 

'  Sur  le  dessin  du  plan  de  tapisserie,  par  Gaignières,  on  compte  cinq  tours  ;  mais  l’une  d’elles 
est  si  voisine  de  la  Vieille  rue  du  Temple,  qu’on  a  peut-être  voulu  figurer  une  des  tours  de  la 
porte  Barbette.  Notons  que  les  tourneljes  de  l’enceinte  de  Pb.  Auguste,  de  la  rue  S.  Antoine  à 
celle  S.  Martin,  étaient  moins  serrées  que  dans  l’autre  portion  de  l’arc  de  clôture.  La  même  re¬ 
marque  s’appliquera  à  l'enceinte  (forlifiée  de  tours  carrées)  bâtie  sous  Charles  V.  < 


' 


EN  G.  DE  PH.  AUGUSTE.  RIYE  DROITE. 


81 


le  jardin  du  maréchal  d’Albret,  et  dont  on  avait  fait  une  grande  niche .  Les  plans 
de  Gomboust  et  de  Bullet  ne  fournissent  ,  sur  ce  sujet,  aucune  lumière.  Le  vaste 
jardin  de  cet  hôtel,  indiqué  sur  plusieurs  plans  modernes,  n’avait  pas  le  mur 
d’enceinte  pour  limite,  mais  dépassait  de  quelques  toises  vers  le  sud  la  ligne  de 
son  emplacement.  Plusieurs  bâtiments  de  l’impasse  Coquerelle  m’ont  paru  con¬ 
struits  des  matériaux  du  gros  mur.  Je  crois  meme  avoir  aperçu,  en  1840,  du  haut 
d’une  maison  de  celle  impasse,  la  grande  niche  dont  parle  Sauvai. 

Le  long  du  mur  d’enceinte  ,  du  côté  des  tours  4  et  5,  il  existait  autrefois  un 
champ,  dit  des  Arbaleslriers.  Sauvai  (t.  III,  p.  659)  cite  un  extrait  de  comptes 
(1560)  où  on  lit  :  «  ...grande  place  de  murs  où  souloient  être  jadis  les  buttes  des 
«  Arbalestriers,  de  présent  appliqués  en  jardins,  ensemble  les  anciens  murs 
«  delà  closture  delà  Ville  ,  avec  deux  tours,  assis  et  joignant  la  closture  Sainte- 
((  Catherine,  au  derrière  de  l’hostel  de  Savoisy,  près  les  rues  faites  de  neuf  en  la- 
«  dite  closture,  etc.  »  Cet  hôtel  de  Savoisy,  qui  avait  son  entrée  rue  Pavée,  fut 
remplacé  par  celui  de  Lorraine. 

Un  article  du  Mémoire  de  Bouquet  (p.  212)  se  rapporte  à  la  même  localité- 
«...  Grande  place  de  mur  où  soulîoient  estre  antiennement  les  Brestes  des  Arba- 
«  lestriers,  de  présent  (  1564)  appliquée  à  un  jardin,  ensemble  les  antiens  murs 
«  de  la  closture  de  laditte  ville,  avec  deux  tours  et  aultres  édiffices  qui  sont  au 
«  bout  dudit  jardin,  tous  lesdits  lieux  pour  la  closture  et  murs  de  Sainte-Cathe- 
«  rine,  contenons  42  thoises  de  long  ou  environ,  à  commencer  aux  murs  faisant 
«  closture  de  la  rue  Pavée,  jusquesal  auitre  mur,  vers  le  Jardin  de  TrancarviUe.» 
L’hôtel  de  Tancarville  est  celui  qui  fut  nommé  plus  tard  de  La  Force. 

Dans  l’article  suivant,  il  s’agit  d’une  «  place  en  triangle,  assise  au  long  desdits 
«  murs  à  l’endroit  de  la  closture  Sainte-Catherine,  tenant...  à  un  chemin  près 
«  des  huttes  de  lad.  Ville,  aboutissant  d’une  part  axd.  antiens  murs,  d’aultre  à 
«  la  Maison  et  Porcherie  S.  Antoine,  etc.,  1509  *.  » 

Entre  les  tours  4  et  7,  il  n’existe  plus  de  traces  du  gros  mur;  mais  on  en  voit 
une  longue  portion  derrière  la  Boucherie  des  Blancs-Manteaux.  Il  surgit  de  terre, 
à  la  hauteur  d’environ  deux  mètres  et  demi ,  dans  une  étendue  d’au  moins  cin¬ 
quante  mètres,  et  soutient  un  mur  plus  étroit  qui  borne  les  jardins  des  maisons  de 
la  rue  des  Francs-Bourgeois  2.  11  est  notoire  que  le  mur  de  Ph.  Auguste  limitait 
au  nord  un  ancien  hôtel  nommé  :  Château-Villain,  qui  passa  au  marquis  d’O,  puis 
fut  donné  en  1656  aux  Hospitalières  de  S.  Anastase  ou  Filles-S. -Gervais ,  et 


1  Sur  une  partie  de  l’emplacement  de  cette  porcherie  fut  bâti  l’hôtel  d’Angoulême,  rue  Pavée. 

*  Cette  rue,  ainsi  qu’une  autre  voisine  du  Louvre,  se  nommait  autrefois  des  Poulies,  parce  que  le 
long  du  mur  d'enceinte,  on  avait  établi  un  jeu  de  poulies,  jeu  qu'aucun  auteur  n’explique. 


82 


ENC.  DE  PH.  AUGUSTE.  RITE  DROITE. 


enfin  devint  la  Boucherie  des  Blancs-Manteaux.  Le  couvent  des  Hospitalières  est 
indiqué  sur  le  plan  de  Verniquet,  dont  ma  planche  est  un  calque  ;  si  donc  Ver- 
niquet  est  exact  en  cet  endroit,  nous  avons  là  un  précieux  jalon  pour  retrouver 
la  direction  de  l’enceinte  jusqu’à  la  tour  4. 

Si  l’on  prolonge  le  tracé  de  cette  portion  du  gros  mur  encore  subsistante, 
jusqu’à  la  vieille  rue  du  Temple  ,  on  rencontre  la  place  précise  qu’occupait  la 
porte  ou  poterne,  dite  Barbette  au  XIVe  siècle,  et  appelée  je  ne  sais  comment 
sous  Ph.  Auguste,  supposé  qu’elle  existât  déjà  de  son  temps. 

Remarquons  ici,  en  passant,  que  le  plan  dressé  par  Bonamy,  pour  préciser  le 
lieu  où  fut  assassiné ,  en  1407,  le  duc  d’Orléans,  plan  inséré  dans  le  tome  XXI  des 
Mém.  de  Y  Acad,  des  Inscr.,  et  reproduit  par  Millin,  est  dressé  de  fantaisie,  et  re¬ 
présente  sans  exactitude  le  mur  de  clôture  et  les  tournelles  qui  le  flanquaient. 

De  la  porte  Barbette,  le  gros  mur  prenait  à  peu  près  la  direction  que  je  lui 
donne  sur  ma  planche  VII  ,  fig.  3.  Je  n’ai  trouvé  aux  Archives,  au  sujet  des 
Blancs-Manteaux,  qu'un  seul  plan  où  le  trajet  du  mur  fût  indiqué;  mais  comme 
on  n’y  voit  ni  la  rue  de  ce  nom,  ni  celle  de  Paradis,  on  ne  peut  juger  de  sa 
véritable  position  par  rapport  à  ces  deux  rues.  On  remarque  seulement  qu’il 
était  percé  d’une  porte,  et  que ,  sur  un  autre  point,  il  livrait  passage  à  un  petit 
escalier. 

Je  n’ai  rencontré  aucune  trace  matérielle  de  l’enceinte  entre  la  Vieille  rue  du 
Temple  et  celle  des  Guillemites;  mais  les  cours  des  maisons  ,  à  partir  de  la  pre¬ 
mière  de  ces  rues,  semblent  diminuer  un  peu  de  profondeur,  à  mesure  qu’elles 
se  rapprochent  de  la  seconde.  La  limite  de  ces  cours  désigne  donc  probablement 
la  direction  oblique  de  l’ancien  mur  qui  a  été  abattu  ,  et  dont  on  reconnaît  les 
matériaux  dans  diverses  constructions  du  voisinage. 

Nous  avons,  pour  retrouver,  de  ce  côté  de  Paris,  la  ligne  que  suivait  la  clôture, 
deux  points  fixes,  mais  assez  distants  l’ un  de  l’autre  :  d’abord  la  portion  du  gros 
mur  signalée  ci-dessus,  le  long  de  la  Boucherie  des  Blancs-Manteaux,  ensuite 
une  autre  portion  assez  étendue  qui  séparait  autrefois  le  monastère  des  Filles- 
Sainte-Avoye  de  l’hôtel  de  Mesine,  aujourd’hui  :  de  S.  Aignan,  dont  je  parlerai 
plus  au  long,  au  chapitre  suivant.  Or,  ces  deux  points  sont  indiqués  nettement 
sur  le  plan  de  Verniquet,  il  s’agit  de  les  raccorder;  et  si  Verniquet  est  précis, 
mon  tracé  le  sera  également. 

En  outre,  j’ai  découvert  récemment,  à  l’extrémité  delà  rue  Rambuteau,n°  12, 
au  fond  d’un  terrain  à  bâtir,  un  long  fragment  très-reconnaissable  du  gros  mur, 
qui  s’étend  entre  les  maisons  (côté  oriental)  de  cette  rue  et  le  passage  Sainte- 
Avoye.  Ces  jalons  précieux  m’ont  aidé  à  rétablir  et  à  fixer  la  situation  de  la  po¬ 
mme  du  Chaume.  Cette  porte  devait  être,  à  une  ou  deux  toises  près,  à  l’endroit 


ENC.  DE  PH.  AUGUSTE.  RIVE  DROITE. 


83 


où  on  la  voit  sur  la  planche  VI ,  fig.  3.  On  ne  pourrait,  je  crois,  lui  assigner  une 
autre  place  sans  être  obligé  de  faire  faire  à  la  ligne  de  l’enceinte  des  déviations 
fort  invraisemblables. 

Robert  de  Vaugondy  s’exprime  ainsi  (  Tablettes ,  p.  15):  «L’enceinte  traver- 
«  sant  la  vieille  rue  du  Temple  à  la  porte  Barbelle  (il  faut  lire  :  Barbette  ),  longeait 
«  le  cloître  des  Blancs-Manteaux  ,  pour  rejoindre  la  porte  du  Chaume  ou  de 
«  Braque,  et  continuoit  entre  la  Merci  et  l’hôtel  de  Montmorenci ,  aujourd’hui 
«  (1760)  hôtel  de  Mesme  *.  »  Il  ajoute  en  note:  «  En  fondant  le  mur  mitoyen 
«  des  PP.  de  la  Merci,  on  trouva  des  restes  des  anciens  murs  et  de  la  porte  du 
-  «  Chaume.  » 

L’expression  :  longeoit le  cloître  des  Blancs-Manteaux  est  inexacte;  il  le  traver¬ 
sait  un  peu  de  biais.  Verniquet  indique  sur  son  plan  la  muraille  qui  limite  au  sud 
le  couvent  de  La  Merci.  Or,  si  l’on  place  à  cet  endroit  la  porte  du  Chaume,  com¬ 
ment  y  faire  aboutir  le  mur  d’enceinte  qui  se  voit  encore  entre  le  passage  Sainte- 
Avoye  et  la  rue  Rambuteau? 

Charles  VI,  il  est  vrai,  fit  don  en  1384,  à  Nicolas  de  Braque,  pour  agrandir 
l’hôpital  fondé  par  Arnoul  de  Braque,  du  gros  mur,  des  tournelles  qui  le  flan¬ 
quaient ,  et  de  terrains  vagues  qui  y  étaient  contigus  ;  mais  une  partie  de  ces 
terrains  fut  sans  aucun  doute  vendue  plus  tard,  et  le  couvent  de  La  Merci,  qui 
remplaça  l’hôpital,  n’eut  jamais  le  mur  d’enceinte  pour  limite.  J’ai  visité  l’ar¬ 
rière-cour  de  cette  maison  2  ;  on  y  remarque  seulement  un  mur  qui  court  du 
nord  au  sud,  et  qui  paraît  construit  avec  les  matériaux  de  celui  de  Ph.  Auguste. 

Vu  toutes  les  raisons  que  je  viens  d’exposer,  je  placerai  la  porte  du  Chaume  à 
l’endroit  où  la  rue  de  ce  nom  forme,  sur  le  plan  de  Verniquet,  une  sorte  de 
vide,  presque  vis-à-vis  la  rue  Rambuteau,  que  j’ai  ajoutée  pour  me  faire  mieux 
comprendre. 

Revenons  à  la  partie  de  l’enceinte  qui  traversait  le  couvent  des  Blancs-Man¬ 
teaux.  D’après  le  témoignage  de  Sauvai ,  il  paraît  que  de  son  temps,  vers  1650, 
les  murailles  entre  la  rue  du  Chaume  et  la  Vieille  rue  du  Temple  étaient  encore 
bien  conservées.  «  Elles  séparent ,  dit-il  (t.  1,  p.  34),  leur  jardin  du  cloistre , 
«  régnent  presque  tout  le  long  de  leur  monastère,  et  sont  encore  garnies  des 
«  mêmes  tours  et  des  autres  accompagnemens  dont  Philippe  Auguste  les  avoit  revê- 
«  tues.  »  Il  est  à  regretter  que  Sauvai  ne  s’explique  ni  sur  le  nombre  de  ces  tours, 
ni  sur  ce  mot  accompagnemens ;  il  veut  parler  sans  doute  des  créneaux. 

'  Il  veut  désigner  ie  Petit  hôtel  de  Mesme ,  dont  !a  porte  faisait  face  à  ceile  do  Grand  hôte!  du  même 
nom,  nommé  sur  son  plan  Beauvilliers,  et  aujourd’hui  S.  Aignan.  • 

*  Cette  maison  est  pour  moi  un  souvenir  d’enfance,  et,  à  ce  titre,  je  l’ai  revue  souvent  avec  plai¬ 
sir.  En  1816  j’y  commençai  l’étude  du  latin,  dans  une  école  tenue  par  M.  Cazeau. 


84 


ENC.  DE  PH.  AUGUSTE.  RIVE  DROITE. 


Les  anciens  plans  ne  marquent  que  deux  tours  entre  les  portes  Barbette  et  du 
Chaume.  Il  en  exista  peut-être  une  de  plus  dans  l'origine ,  car  l’espace  est  peu 
garni  ;  mais  je  n’ai  aucun  document  précis  sur  ce  point.  J’en  ai  figuré  une  seule 
dans  le  couvent  des  Blancs-Manteaux  (celle  numérotée  9),  puisque  les  anciens 
actes  n’en  signalent  pas  davantage.  Elle  est  indiquée  sur  le  Terrier  du  Roi,  recueil 
de  plans  levés,  parRittmann,  de  1767  à  71,  et  conservés  aux  Archives;  mais  ces 
plans  manuscrits  ne  m’ont  jamais  inspiré  grande  confiance,  et  les  tours  murales 
qu’on  y  remarque  paraissent  dessinées  de  fantaisie.  Je  n’ai  donc  trouvé  nulle 
part,  tracée  avec  précision,  la  place  qu’occupait  la  tour  9;  mais  je  pense  m’écar¬ 
ter  peu  de  la  vérité  en  la  fixant  sur  le  terrain  occupé  par  le  chœur  de  l’église 
actuelle  des  Blancs-Manteaux,  église  construite  en  1685.  La  tour  aura  disparu  à 
cette  époque. 

Quant  à  la  suivante  marquée  10,  peut-être  ne  fut-elle  abattue,  ainsi  que  les  por¬ 
tions  de  mur  qui  s’y  rattachaient ,  qu’en  1786  ,  lorsqu'on  éleva  les  bâtiments  du 
Mont-de-Piété.  Les  fondements  du  mur  pourraient  bien  exister  encore  dans  les 
caves  de  cet  établissement.  La  tour  10  est  indiquée  sur  les  plans  de  Braun  et  de 
Belleforest.  Sur  celui  de  Bu  Cerceau,  elle  paraît  très-rapprochée  de  la  rue  du 
Chaume. 

Plusieurs  actes  ou  extraits  d’anciens  comptes  que  je  vais  signaler,  sont  relatifs 
aux  tours  9  et  10.  Félibien  rapporte  (t.  III,  p.  239)  des  Lettres-patentes  de 
Philippe  de  Valois,  1334,  qui  permettent  aux  Blancs-Manteaux  de  «  percier  le 
«  mur  et  y  faire  une  huysserie...  pour  eulx  aiser  daucuues  maisons  que  ils  ont 
«  oultre  ledit  mur.  »  Cet  acte  prouve  qu’il  n’y  avait  pas  de  fossé  devant  cette 
pariie  du  mm*  d’enceinte. 

Un  arrêt  de  la  Chambre  des  comptes  de  1403,  cité  par  le  même  {ibid.,  p.  244), 
concerne  la  concession  demandée  au  roi,  à  la  requête  de  ces  religieux,  d’une  tour- 
nelle ,  accompagnée  de  trente-neuf  toises  deux  pieds  des  anciens  murs.  La 
Chambre,  considérant  que  leur  église  et  autres  habitations  «  de  toute  ancienneté 
«  sont  joignans  sans  aucun  moyen  des  anciens  murs  et  fermeté  de  la  ville  en  vc- 
«  nant  jusques  à  la  porte  Barbete  »,  supplient  le  roi,  en  faveur  de  ces  religieux, 
de  leur  «bailler  iceulx  anciens  murs,  avec  une  tournelle  desdiz  murs  qui  sciet 
«  avecques  ou  milieu  de  leurdit  pourpvis  au  dehors  d’iceulx  murs,  parmi  en  ren- 
«  dont  doresenavant  chacun  an  au  roy  aucun  pou  de  rente,  ou  payer  pour  une 
«  fois  seulement  aucune  legicre  et  aisiée  finance...  et  si  prieront  Dieu  devote- 
«  ment  pour  le  roi  nostredil  Sire  1 ...  Parmi  ce  aussi  quelesdiz  religieux  nepour- 

1  Cette  condition  est  quelquefois,  dans  des  actes  analogues,  exprimée  avec  bien  plus  de  naïveté  : 
a  affin  quils  soient  plus  enclins  à  prier  Dieu  pour  le  Roy.  » 


ENC.  DE  PH.  AUGUSTE.  RIVE  DROITE 


'  85 

«  voient  abatre  ne  démolir  les  murs  et  tournelle  dessusdiz  ;  mais  les  pourront  hau- 
«  cier  pour  amender  et  ediffier  dedans  et  dessus,  si  comme  bon  leur  semblera... 
«  Et  auec  ce  que  si!  venoit  guerre,  que  Dieux  ne  vueille,  pourquoy  il  feust  be- 
«  soing  et  necessaire  de  reprendre  lesdiz  murs  et  tournelle  pour  seruir  de  closturc 
«  et  fermeté  à  laditte  ville...  le  roy  nos! redit  Sire  le  pourvoit  faire  sans  ce  qu’il 
«  feûst  tenuz  deviens  rendre  ou  restituer  ausdiz  religieux,  etc.  »  Dans  le  même 
acte,  on  lit  que  leur  pourpris  aboutissait,  d’une  part  à  la  «  porte  Barbete  par  de- 
«  vers  la  viez  rue  du  Temple  »,  et  de  l’autre  «  à  l’hostel  de  noble  .et  puissant 
«  seigneur  Jacques  de  Bourbon,  seigneur  de  Préaux.  » 

En  1391,  douze  ans  auparavant,  Charles  VI  avait  accordé,  moyennant  deux 
sols  parisis  de  redevance  annuelle  ,  cette  même  tour  à  Jehan  Perdrier  ,  trésorier 
de  la  reine,  «pour  élargir  et  croître  un  hostel  qu’il  a  à  la  porte  Barbete,  auquel 
ladicte  tour  joint»  ( ibid .,  p.  242). 

Dans  le  même  arrêt  de  1403,  il  est  question  du  mesurage  et  de  l’estimation 
«  d’une  tournelle  et  quatorze  toises  ou  environ  des  anciens  murs  joignant  et 
aboutissant  jusques  à  la  porte  du  Chaume.  »  Cette  portion  de  l’enceinte  était 
louée  à  Pierre  Alvart  «  demourant  adoncques  en  la  rue  de  Paradis  pardeuers  et 
au  dehors  desdiz  anciens  murs.  »  Cette  tournelle  est  vraisemblablement  celle 
marquée  10.  On  ajoute  un  peu  plus  bas  qu’elle  est  «  toute  telle  que  celle  que  de¬ 
mandent  les  Blancs-Manteaux.  » 

C’est  du  même  terrain  et  de  la  même  tour  qu’il  s’agit  dans  le  compte  suivant 
cité  par  Sauvai  (  t.  01,  p.  265  )  :  «  Pierre  Alluart ,  pour  une  tour  quarrée  qui  est 
«  des  anciens  murs  de  la  Ville,  avec  quatorze  toises  desdits  anciens  murs  ,  assis 
«  derrière  sa  maison,  en  la  rue  de  Paradis,  depuis  ladite  tour  jusques  à  la  porte 
«  du  Chaume  (1413).»  Cette  expression  tour  quarrée  est  sans  doute  une  erreur, 
puisque  toutes  les  autres  tournelles  murales  étaient  rondes. 

Sauvai  (  ibid.  )  dit  qu’il  y  avait  (  1413  )  une  tour  derrière  la  maison  de  Hemon 
Raguier  (  rue  de  Paradis  ),  laquelle  maison  avait  appartenu  à  messire  Jacques  de 
Bourbon.  Nous  venons  de  voir  que  cet  hôtel  était  contigu  aux  Blancs-Manteaux. 
Cette  tour  était  donc  placée  entre  la  propriété  de  Hemon  Raguier  et  celle  de 
Pierre  Alvart  ou  Aluart,  et  c’est  toujours  celle  marquée  10. 

La  porte  (ou  poterne)  du  Chaume  fut  peut-être  ouverte  postérieurement  à 
Ph.  Auguste.  Je  crois  l’avoir  ici  tracée,  je  le  répète,  à  sa  véritable  place,  et  c’est 
par  erreur  que  la  plupart  des  historiens  l’indiquent  plus  au  nord. 

De  cette  porte  à  celle  du  Temple  ou  Sainte-Avoye,  le  gros  mur  était,  vers  le  mi¬ 
lieu  de  cet  espace ,  flanqué  d’une  tour  (celle  11),  marquée  sur  tous  les  plans  du 
XVIe  siècle. 

Ou  lit  dans  Félibien  (t.  I,  p.  674),  qu’en  1384,  Charles  VI  fit  don  à  Nicolas 


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ENC.  DE  PH.  AUGUSTE.  RIVE  DROITE. 


Braque  des  anciens  murs  ,  tours  et  places  vagues,  entre  la  porte  du  Chaume  et 
celle  du  Temple.  Ce  mot  de  tours  au  pluriel  indique-t-il  plusieurs  tours  murales  ? 
Peut-être  comprend-on  une  de  celles  qui  flanquaient  la  porte  du  Chaume;  c’est  ce 
qu’il  est  difficile  de  décider.  Le  passage  suivant,  extrait  du  Mémoire  de  Bouquet, 

p.  190,  donnerait  à  croire  qu’il  n’en  existait  qu’une  seule  :  « _ une  tour  estant 

«  ès  anciens  murs...  faisant  la  prouchaine  tour  de  la  porte  du  Chaulme  par 
«  devers  l’ancienne  porte  du  Temple  à  prendre  laditte  tour;  et  depuis  le  dessus 
«  des  allées  desdits  anciens  murs  en  avant,  avec  Vallée  par  hault  d’iceulx  murs, 
«  depuis  laditte  tour  jusqu’à  la  prouchaine  tour  de  la  porte  du  Temple,  etc.  » 

On  voyait  en  janvier  1850,  rue  Rambuteau,  au  fond  des  cours  des  nos  12  et  18, 
une  grande  portion  du  gros  mur  qui  réunissait  les  portes  du  Chaume  et  du 
Temple.  Il  paraissait  avoir  servi  de  terrasse  au  temps  où  il  formait  la  limite  de 
l’ancien  hôtel  de  Montmorency ,  devenu  le  Petit  hôtel  de  Mesme.  Au  n°  18,  une 
voûte  basse  était  pratiquée  dans  l’épaisseur  du  mur ,  qui  était  d’environ  deux 
mètres  trente  centim.  Son  parement  était  formé  de  petites  pierres  d’inégale 
longueur,  comme  du  côté  de  la  rive  gauche.  On  n’y  remarquait  aucun  vestige  de 
la  tour  1 1  qui,  du  reste,  si  elle  existait,  ne  pourrait  se  voir  que  du  côté  du  passage 
Sainte-Avoye.  La  ligne  de  ce  mur  avait  une  direction  oblique  par  rapport  à  celle 
de  la  rue  Rambuteau,  qu’il  traverse  de  biais  vers  son  extrémité  orientale,  comme 
je  l’indique  sur  mon  plan. 

La  porte  du  Temple  était  fortifiée  de  deux  tours.  On  la  nommait  aussi  Sainte- 
Avoye,  mais  ce  ne  put  être  avant  1288,  époque  où  le  couvent  de  ce  nom  fut  éta¬ 
bli  sur  un  terrain  contigu  à  cette  porte. 

XI.  — Ile  la  rue  §ainte>%voye  à  la  rue  fflontorgueil. 

(PI.  VII,  tig.  3  et  4  ) 


Une  portion  du  mur  d’enceinte,  reliée  autrefois  à  la  porte  du  Temple,  et  por¬ 
tant  environ  trente  mètres  de  longueur,  était  encore  très-reconnaissable  en  jan¬ 
vier  1845,  au  n°20  de  la  rue  Rambuteau  ;  il  séparait  la  cour  de  cette  maison  des 
bâtiments  de  l’hôtel  S.  Àignan.  Ce  gros  mur  paraissait  servir  de  terrasse  en  quel¬ 
ques  endroits,  et,  en  d’autres,  de  soutien  à  des  constructions  assez  modernes.  Au¬ 
jourd’hui  il  subsiste  toujours  ;  mais  on  l’a  incorporé  à  des  bâtiments  neufs  que  j’ai 
vu  élever. 

Au  delà  de  ce  mur,  qui  bornait  le  couvent  des  Filles-Sainte-Avoye,  se  trouve 
l’hôtel  magnifique  bâti  par  le  comte  d’Àvaux  de  Mesme,  et  possédé,  plus  tard,  par 
M.  de  Beauvillicrs,  duc  de  S.  Aignan,  qui  lui  donna  son  nom,  qu’il  a  conservé 
jusqu’à  ce  jour.  Cet  hôtel,  dont  l’entrée  est  rue  Sainte-Avoye,  57,  est  indiqué, 


ENC.  DE  PH.  AUGUSTE.  RIVE  DROITE. 


87 


sur  les  plans  du  XVIIIe  siècle,  tantôt  sous  un  nom,  tantôt  sous  un  autre.  Verni- 
quetnel’a  pas  figuré,  mais  il  a  tracé  la  ligne  qui  le  séparait  des  Filles-Sainte-Avoye. 
Du  côté  du  jardin  de  l’hôtel,  le  mur  a  été  aminci,  dépouillé  de  son  ancien  revête¬ 
ment;  en  un  mot,  tout  à  fait  déformé.  Après  avoir  passé  entre  le  couvent  et 
l’hôtel,  il  continuait,  quelques  toises  au-dessus  de  la  ruelle  qui  forme  équerre 
avec  l’impasse  Berthaud,  et  de  là  allait  aboutira  la  rue  Beaubourg,  où  il  rencon¬ 
trait  une  poterne  du  même  nom. 

Entre  la  rue  du  Temple  et  celle  Beaubourg,  les  anciens  plans  offrent  deux 
tours.  L’une  d’elles,  celle  marquée  12,  fut  abattue  à  l’époque  où  le  comte  d’ Avaux 
de  Mesme  éleva  son  hôtel,  ou  incorporée  aux  nouveaux  bâtiments.  Tel  a  été  pres¬ 
que  toujours  le  sort  du  mur  d’enceinte  et  de  ses  tournelles,  dans  les  quartiers  de 
Paris  où  le  terrain  est  central  et,  par  conséquent,  fort  cher.  Les  tours  surtout  pre¬ 
naient  trop  d’espace  et  embarrassaient  les  propriétaires  qui,  ne  pouvant  les  uti¬ 
liser,  trouvaient  du  profit  à  les  détruire.  Au  reste,  il  existe  peut-être  encore  quel¬ 
ques  traces  de  la  tour  12,  sinon  dans  les  bâtiments,  au  moins  dans  les  caves  de 
l’hôtel. 

La  place  que  j’assigne  à  la  tour  13  est  pareillement  conjecturale,  mais  son 
existence  est  incontestable. 

Je  citerai  deux  passages  du  Mémoire  de  Bouquet,  relatifs,  je  crois,  à  cette  der¬ 
nière  tour.  —  (Vers  1473)  «...  Une  Tour  ronde  et  les  allées  de  l’ancien  mur...  en  la 
«  rue  Michel  -le-Comte,  icelle  Tour  faisant  le  coing  d’un  jardin,  pardevers  la  Porte 
«  du  Temple...  contenant  lesdittes  allées  treize  Carneaux  (p.  190). — ...  Portion 
«  des  anliens  murs  delà  closture...  contenant  dixthoises  deux  pieds  ou  environ, 
«  à  commencer  au  pignon  de  la  gallerie,  qui  est  sur  le  jardin  du  sieur  de 
«  Mesmes,  etjusques  contre  une  Tour  ronde,  estant  en  partie  hors  desdits  murs, 
«  et  l’autre  partie  dessus  ledit  mur,  dans  laquelle  espace  de  la  Tour  et  entrée  du- 
«  dit  jardin,  pour  entrer  îa.  rue  du  Cul-de-saq,  etc...  apvril  1574  »  ( id .,  p.  210). 

Dans  mes  Etudes  sur  les  plans  de  Paris,  j’ai  reproduit  (page  22)  une  portion 
d’un  ancien  plan  de  la  censive  S.  Merry,  levé  vers  1550.  On  y  voit  figurer  un 
mur  crénelé,  flanqué  de  trois  tours,  et  aboutissant  rue  Beaubourg.  Une  de  ces 
trois  tours  crénelées,  celle  qui  touche  à  îa  rue  du  Temple,  est  une  des  deux  qui 
fortifiaient  la  porte  Sainte-Avoye,  déjà  détruite  à  cette  époque.  Les  deux  autres 
sont  celles  numérotées  12  et  13,  sur  ma  planche. 

Bue  Beaubourg,  se  trouvait  une  poterne  du  même  nom.  On  l’appelait  aussi 
Poterne  Nicolas  Huidelon  ou  Nicolas  Yderon.  Elle  était  située  quelques  toises  au- 
dessus  de  l’impasse  des  Anglais.  Dans  les  cours  des  maisons  contiguës  à  cette  im¬ 
passe,  n03  49  et  51,  les  constructions  offrent  encore  aujourd’hui,  comme  au  temps 
de  Robert  de  Vaugondy,  des  petites  pierres  carrées  provenant  du  gros  mur,  et 


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ENC.  DE  PH.  AUGUSTE.  RIVE  DROITE. 


î;i  physionomie  de  celle  impasse  fait,  pour  ainsi  dire,  pressentir  le  voisinage  d’un 
ancien  rempart. 

«  À  quelques  pas  de  ce  cul-de-sac  (dit  en  noie  R.  de  Vaugondy,  Tablettes, 
a  p.  15),  on  remarque  une  porte  cochère  fermant  une  petite  cour,  qui  semble 
«  occuper  remplacement  des  anciens  murs  ;  ce  qui  appuyé  cette  opinion  est  la 
«  profondeur  des  maisons  de  la  rue  Grenier  S.  Lazare,  dont  celles  qui  tiennent  à 
«  cette  rue  vont  jusqu’à  cette  petite  cour,  et  les  autres  qui  suivent  diminuent  de 
«  profondeur  jusqu’à  se  réduire  à  très-peu  de  chose  vers  la  rue  S.  Martin,  où  il 
«  existe  encore  un  reste  de  mur  qui  joignoit  la  porte.  » 

Le  plan  de  Yasserot,  qui  indique  toutes  les  maisons  de  la  rue  Grenier  (ou  plutôt 
Garnier)  S.  Lazare,  confirme  la  justesse  de  cette  observation.  Il  suffît  de  suivre  la 
ligne  des  limites  méridionales  de  ces  maisons,  pour  voir  où  passait  le  gros  mur, 
bien  qu'il  eût  été  démoli,  et  pouvoir  en  tracer  le  plan  avec  précision.  (Voy.  fig.  4.) 

Dans  le  trajet  oblique  de  l’enceinte  ,  de  la  rue  Beaubourg  à  celle  S.  Martin,  le 
plan  de  Braun  offre  deux  tours;  ceux  de  Du  Cerceau,  de  Belleforest  et  de  la  Ta¬ 
pisserie,  trois.  J’ai  adopté  le  nombre  de  deux,  comme  plus  conforme  à  l’espace¬ 
ment  des  tours  précédentes.  D’ailleurs,  la  troisième  tour,  sur  ces  derniers  plans, 
est  si  proche  de  la  rue  Beaubourg,  qu’elle  peut  passer  pour  une  des  deux  qui 
fortifiaient  peut-être  la  poterne  du  même  nom. 

Je  n’ai  rencontré  aucun  document  écrit,  aucun  plan  de  géomètres,  qui  pus¬ 
sent  m’aider  à  tracer  avec  certitude  les  tours  de  cette  partie  de  l’enceinte. 

Notons  ici,  pour  la  seconde  fois,  qu’à  partir  de  la  rue  S.  Martin  jusqu’au  Lou¬ 
vre,  les  tours  murales  vont  devenir  plus  serrées,  parce  que,  sans  doute,  Ph.  Au¬ 
guste  jugea  que  ces  quartiers,  étant  dès  lors  les  plus  populeux  et  les  plus  riches 
de  la  rive  droite,  devaient  être  mieux  protégés  que  les  autres. 

Vers  l’angle  sud-ouest  de  la  rue  Grenier  S.  Lazare  était  située  l'ancienne  porte 
S.  Martin,  qui  n’a  jamais  changé  de  nom. 

De  Yaugondy  nous  apprend  que,  de  son  temps  (1760),  on  voyait  encore  un 
reste  du  gros  mur  qui  joignait  cette  porte.  II  est  fâcheux  qu’il  n’ait  pas  indiqué 
la  distance  précise  existant  entre  cette  coupe  du  mur  et  l'angle  de  la  rue  Gre¬ 
nier  S.  Lazare. 

De  la  rue  S.  Martin  «  la  clôture,  dit  le  même  auteur,  continuoit  sous  le  mur 
«  mitoyen  de  la  sixième  et  septième  maison  au  dessus  de  la  rue  aux  Ours.  »  De 
Vaugondy,  je  crois,  recule  le  mur  d’enceinte  un  peu  trop  vers  le  nord,  ou,  de¬ 
puis  1760,  on  aura  réuni  deux  maisons  en  une  seule.  Aujourd’hui,  la  sixième,  à 
partir  de  la  rue  aux  Ours,  est  un  ancien  hôtel  ‘,  rebâti  vers  1844,  faisant  face  à 

1  Ot  hôtel,  détaillé  sur  le  plan  en  six  feuilles,  de  Delagrive,  1728,  9e  nomme  :  Tourville. 


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ENCEINTE  DE  PH.  AUGUSTE.  RIVE  DROITE. 

6t~ 

la  rue  Grenier-S. -Lazare/appartenant  à  M.  Chalret-Durieu,  que  je  connais  per¬ 
sonnellement.  Elle  renferme  une  cour  assez  grande  et,  sur  le  derrière,  un  jardin 
étendu  surtout  dans  le  sens  de  l’est  à  l’ouest.  À  ce  jardin  aboutissent  plusieurs 
propriétés  de  la  rue  aux  Ours. 

Le  gros  mur  bornait  fort  vraisemblablement  ce  jardin  au  sud;  cependant 
M.  Chalret  n’a  retrouvé  parmi  ses  titres  (  modernes  comme  ceux  de  la  plupart 
des  propriétaires  parisiens)  ,  aucune  pièce  qui  fît  mention  de  mur  d’enceinte  ou 
de  tournelles.  J’ai  fait  aussi  de  vaines  recherches  au  fond  des  maisons  qui  forment 
le  côté  septentrional  de  la  rue  aux  Ours.  Toutes  les  cours,  obscures  et  sans  air, 
offrent  de  hautes  constructions  et  des  appentis  irréguliers  de  bois  ou  de  plâtre. 
On  reconnaît  çà  et  là  dans  ces  bâtiments  les  pierres  de  revêtement  du  mur  de  la 
ville,  mais  on  n’en  retrouve  aucune  portion  entière. 

De  la  porteS.  Martin  à  celle  Bourg-l’Àbbé,  on  compte  deux  tours  sur  les  plans 
de  Braun  et  de  Du  Cerceau  *.  Bue  Bourg-l’Àbbé,  se  trouvait  la  poterne  de  ce 
nom,  contemporaine  de  Ph.  Auguste.  Sur  le  plan  de  Braun  elle  paraît  percée, 
comme  celle  des  Barrés,  dans  une  tour  qui  est  en  travers  de  la  rue.  Peut-être  la 
poterne  était-elle  ouverte  à  côté  de  cette  tour,  que  je  n’ai  pas  numérotée. 

Une  maison  de  la  rue  Bourg-l’Abbé ,  servant  de  passage  ,  communique  avec 
l’ancienne  impasse  de  la  Porte-aux-  Peintres.  Une  partie  de  cette  maison  est  con¬ 
struite  avec  des  matériaux  provenant  de  la  poterne.  On  reconnaît  aussi  les  pe¬ 
tites  pierres  du  parement  du  gros  mur,  dans  des  bâtiments,  au  fond  des  pro¬ 
priétés  qui  constituent  le  côté  méridional  de  l’impasse. 

Sur  le  plan  de  Du  Cerceau  et  sur  le  dessin  de  Gagnières,  on  distingue  deux 
tours  murales  entre  les  rues  Bourg-l’Abbé  et  S.  Denis.  Mais  celui  de  Braun,  auquel 
j’accorde  plus  de  confiance,  en  offre  une  seule,  plus  rapprochée  de  la  seconde  que 
de  la  première  de  ces  rues.  Une  tour  était  bien  suffisante  pour  fortifier  cet  es¬ 
pace;  une  seconde  paraîtrait  même  superflue.  Je  n’ai  trouvé  aucun  plan  local  qui 
pût  m’éclairer  sur  ce  point. 

La  porte  S.  Denis  s’appelait  souvent  Porte-aux- Peintres ,  ainsi  que  l’impasse 
voisine  qui  peut  être  regardée  comme  un  reste  de  l’ancien  chemin  de  ronde 
extérieur. 

Voici  quelques  extraits  relatifs  au  passage  de  l’enceinte  entre  les  rues  S.  Mar¬ 
tin  et  S.  Denis. 

Dans  un  aneien  compte  de  la  Ville,  cité  par  Bouquet  ( Mémoire  ,  p.  210),  il  est 
question  d’une  maison  sise  rue  S.  Martin,  à  l’enseigne  delà  Tour.  Elle  apparte- 


1  On  voit  trois  tours  sur  le  dessin  de  Gagnières  ;  mais  l’une  d'elles  paraît  être  la  tour  près  de  la 
quelle,  ou  à  travers  laquelle  on  avait  percé  la  poterne  Bourg  l’Abbé. 


12 


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nait,  vers  1567,  à  Guillaume  le  Jards,  à  qui  la  Ville  avait  fait  bail  «  d’une  Tour  et 
«  anciens  Murs,  le  long  et  faisant  la  séparation  du  Jardin  de  ladilte  Ville ,  et  des 
«  maisons  estant  sur  la  rue  aux  Ours  et  qui  aboutissent  sur  ledit  jardin,  etc.  » 
Cette  maison  de  la  Tour  est,  je  crois,  représentée  aujourd’hui  par  celle  de 
M.  Chalret-Durieu.  Quant  au  jardin  de  la  ville,  il  était  probablement  établi  sur 
le  terrain  d’un  ancien  chemin  de  ronde,  terrain  ajouté  à  la  même  propriété. 

Le  même  Mémoire  nous  apprend  (p.  127  )  que,  vers  14*50,  Guillaume  Terrier, 
tonnelier,  rue  aux  Ours,  payait  à  la  Ville,  douze  sols  parisis  pour  la  jouissance  des 
«  allées  des  anciens  murs  de  la  Ville,  étant  à  l’endroit  des  maisons  qui  sont  as- 
«  sises  en  ladite  rue,  en  venant  à  la  Porte  du  Bourg-l’Abbé,  jusqu’à  la  prochaine 
«  Tour.  » 

On  lit  (  ibid .,  p.  188)  qu’en  1474*  «  Pierre  Deschamps,  peintre,  demourant  près 
«  de  l’ancienne  porte  S.  Denys, ...  estoit  devenu  propriétaire  d’un  jeu  de  Paulme 
«  joignant  au  long  des  anciens  murs,  à  prendre  depuis  l’ancienne  porte  du 
«  eoslé  devers  les  champs  ,  jusques  à  environ  la  prouchaine  Tour,  estant  esdits 
«  anciens  murs,  en  allant  vers*la  porte  du  Bourg-l’Abbé  ,  contenant  XVII  toises 
«  et  demie  de  long,  etc.  »  On  trouve  en  lisant  la  suite  de  ce  long  article,  une 
condition  restrictive  ainsi  conçue  :  «  S’il  advenoit  que ,  par  temps  de  guerre  ou 
«  autrement,  il  faulsiste  faire  guet  et  garde  au  long  desdits  murs  pour  la  seureté 
«  de  la  Ville,  icelle  Ville  se  pourra  aider  desdits  lieux,  etc,  » 

Selon  le  même  Mémoire  (p.  209),  les  héritiers  de  Jehan  Dauchi  ou  Daulchy 
avaient  obtenu,  vers  1520,  moyennant  une  petite  rente,  permission  «  d’édiffier 
«  contre  les  antiens  murs  de  la  Ville,  (  sur  )  une  place  vuide  où  il  y  a  un  jeu  de 
«  Paulme  (joignant  la  porte  des  Peintres  du  costé  des  champs,  ouest  pour  en- 
«  soigne  Y  Arbaleste.  )  »  Je  ne  sais  s’il  s’agit  ici  du  jeu  de  paume  appartenant,  en 
1474,  à  Pierre  Deschamps,  car  il  en  existait  un  autre,  de  l’autre  côté  de  la  tour  18. 

Félibien  (  t.  IV,  p.  704  )  produit  un  acte  de  1542,  où  il  est  question  d’une  por¬ 
tion  des  anciens  murs  «  depuis  la  tour  entre  les  deux  jeux  de  paulme  de  la  mai- 
«  son  de  l’Arbaleste,  jusque  sur  la  rue  S.  Denis,  estant  des  appartenances  de 
«  l’ancienne  porte  aux  Pauvres  (ou  aux  Peintres,  annote  Félibien)...  faisant 
«  le  coing  de  la  ruelle  de  Y Asne-rayée  »  (  impasse  des  Peintres  ). 

Bouquet  (p.  227  )  rapporte  un  compte  de  1547,  où  il  est  fait  aussi  mention  de 
<c  la  tour  entre  deux  Jeux  de  Paulme,  à  la  maison  de  Y Ârbalestre.  » 

On  parle  souvent,  dans  les  anciens  registres,  du  jardin  des  Arbalétriers,  situé 
près  de  la  porte  S.  Denis,  en  dehors  de  l’enceinte.  Il  ne  faut  pas  confondre  ce 
jardin,  dont  je  parlerai  ci-après,  avec  les  deux  jeux  de  paume. 

Nous  avons  vu  plus  haut  que,  vers  1567,  Guillaume  le  Jards  jouissait  à  bail 
d’une  tour  et  des  anciens  murs  de  la  Ville,  faisant  la  séparation  du  Jardin  de  la 


ENCEINTE  DE  PH.  AUGUSTE.  RIVE  DROITE. 


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Ville  et  des  maisons  de  la  rue  aux  Ours.  Dans  un  autre  compte  (Bouquet,  p.  228), 
il  est  question  du  Jardin  du  Bourg-V Abbé  ,  joignant  les  anciens  murs  (près la 
porte  S.  Denis).  Yeut-on  désigner  encore  ici  le  Jardin  de  la  Ville ?  C’est  ce  que 
je  ne  saurais  décider,  mais  assurément  ce  n’est  pas  celui  des  Arbalétriers. 

Notons  que  la  maison  sise  au  coin  de  l’Impasse-aux-Peintres  ou  de  1  ' Asne- 
rayé  portait,  à  la  vérité,  l’enseigne  de  VArbaleste,  mais  ne  conduisait  pas  au 
jardin  des  Arbalétriers,  situé  à  l’ouest  de  la  porteS.  Denis. 

Il  résulte  de  tous  ces  extraits,  que  la  Ville  a  possédé  jusqu’à  nos  jours  peut- 
être,  de  ce  côté  de  Paris ,  des  terrains  vagues  qu’on  doit  considérer  comme  d’an¬ 
ciens  chemins  de  ronde,  terrains  qu’elle  vendit  à  divers  particuliers.  Bouquet  a 
voulu  en  tirer  la  fausse  conséquence  qu’il  y  eut  des  fossés  creusés  autour  de  l’en¬ 
ceinte  de  la  rive  droite. 

Je  parlerai  plus  tard  de  la  porte  S.  Denis  ou  Porte-aux-Peintres. 

On  lit  dans  un  compte  de  1454  (  Sauvai,  t.  III,  p.  337  )  :  «  maison  rue  S.  De- 
«  nys,  tenant  d’une  part,  et  faisant  le  coin  de  la  rue  par  où  l’on  va  sur  les  murs 
«  de  Paris,  d’entre  les  Portes  S.  Denys  et  Montmartre.  »  Ce  passage  semblerait 
prouver  l’existence  d’un  escalier  appliqué  au  mur  d’enceinte,  probablement  à 
l’extérieur,  et  appuyer  l’opinion  exprimée  page  33.  J’ignore  quelle  rue  on  veut 
désigner  dans  ce  compte.  Est-ce  la  ruelle  de  l’Asne-rayé,  ou  toute  autre  qui  ne  se 
voit  plus  aujourd’hui? 

Passé  la  porte  S.  Denis,  le  mur  de  Ph.  Auguste  reprenait  entre  les  maisons 
numérotées  209  et  211  sur  le  plan  du  quartier  Montorgueil,  par  Vasserot.  De  là, 
selon  Yaugondy,  «il  suivoit  les  murs  mitoyens  des  maisons  de  la  rue  Mauconseiî, 
où  se  voit  encore  une  tour.  »  Cette  explication  est  vague  et  inexacte.  Les  murs 
mitoyens  qui  séparent  les  propriétés  sises  entre  cette  rue  et  celle  du  Petit-Lion 
sont,  le  plus  souvent,  en  dedans  ou  en  dehors  de  la  ligne  de  l’enceinte.  Ensuite, 
quelle  tour  veut-il  désigner?  On  en  comptait  quatre  dans  la  longueur  de  la  rue 
Mauconseiî.  Peut-être  a-t-il  voulu  parler  d’un  donjon  carré  que  je  décrirai  bien¬ 
tôt,  et  qui  ne  dépendait  nullement  de  la  clôture. 

J’ai  fait  de  vaines  recherches  dans  les  cours  des  maisons  comprises  entre  les 
rues  du  Petit-Lion  et  Mauconseiî;  on  n’y  rencontre  de  traces  du  gros  mur  que 
dans  des  constructions  où  sont  employés  ses  matériaux;  quant  aux  tournelles 
murales ,  j’en  ai  retrouvé  une  seule,  dont  il  sera  question  plus  bas. 

Sauvai  nous  apprend  (t.  I,  p.  32)  que,  de  la  rue  Montorgueil  à  celle  S.  Denis, 
«  les  murailles  furent  renversées  presque  toutes  (par  ceux  qui  achetèrent  en  1 543, 
«  les  hôtels  d’Artois  et  de  Bourgogne)...  hormis  une  tour  ronde  qu’on  voit  en- 
«  core  (  vers  1650)  à  l’hôtel  de  Mendosse.  qui  appartient  présentement  au  sieur 
«  Courlin  de  Tarmequeux.  »  C’est  bien  de  la  tour.  19  qu’il  s’agit  ici,  car  le  même 


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(t.  II,  p.  239)  nous  explique  que  don  Diego  de  Mendosse  (ou  plutôt  Mendos ) 
reçut  de  François  Ier,  en  récompense  des  services  qu’il  lui  rendit  pendant  sa  cap¬ 
tivité  en  Espagne,  une  partie  de  l’hôtel  de  Bourgogne,  situé  rue  Mauconseil,  vis- 
à-vis  le  cloître  S.  J acques-l' Hôpital. 

M.  de  Parcieux  signale  aussi,  dans  le  Mercure  de  France  (février  1761  ),  une 
ancienne  tour  d’enceinte  ,  rue  Mauconseil  ,  dans  la  maison  de  M.  Delarue  :  cette 
maison  est  celle  où  se  trouve  encore  aujourd’hui  le  donjon  de  l’hôtel  de  Bour¬ 
gogne.  Ce  n’est  pas  la  tour  19  qu’il  veut  désigner ,  mais  celle  21.  Il  ne  confond 
pas  avec  le  donjon,  puisqu’il  en  parle  un  peu  plus  loin. 

Il  est  vraisemblable  que,  longtemps  avant  1543,  le  comte  d’Artois  et  le 
duc  de  Bourgogne,  Jean-sans-Peur ,  auront,  chacun  selon  ses  besoins,  soit 
modifié,  soit  supprimé  la  portion  de  l’enceinte  qui  bornait  ou  traversait  leurs  pro¬ 
priétés. 

La  tournelle  20,  qui  fortifie  le  gros  mur  à  l’endroit  où  il  fait  un  coude  ,  est  bien 
indiquée  sur  le  plan  de  Braun.  C’est  sans  aucun  doute  dans  l’espace  compris, 
au  dehors  de  la  ville,  entre  cet^e  tour  et  la  porte  S.  Denis,  que  se  trouvait  situé 
le  Jardin  des  Arbalétriers,  dont  il  est  souvent  parlé  dans  les  anciens  comptes. 

«  En  1390,  dit  Sauvai  (t.  II,  p.  693  ),  le  roi  bailla  aux  Arbalestriers  à  héritage, 

«  pour  douze  deniers  Parisis  de  cens,  et  dix  sols  parisis  de  rente,  une  place 
«  de  288  toises  de  surface,  quitenoit  encore  aux  murailles  de  la  ville...  En  1410, 

«  le  roi  leur  donna  une  Tour  des  anciens  murs  tout  joignant  la  même  place... 
«  ils  l’agrandirent  de  plusieurs  toises,  et  ce  total  là  s’appeloit  en  1413  ,  le  Jardin 
«  des  Arbalétriers,  et  le  Jardin  du  trait  des  Arbalétriers  en  1416.  » 

Le  même  auteur  (t.  III,  p.  264  et  655  )  cite  des  comptes  de  1412  et  1438,  d’où 
il  résulte  que  la  confrairie  Monseigneur  S.  Denys-aux-Arbalesiriers  avait  une 
place  ou  jardin  en  la  rue  S.  Denis,  «  outre  l’ancienne  porte,  joignant  par  déhors 
«  aux  murs  anciens  de  ladite  Ville,  aboutissant  par  derrière  à  l’Hôtel  d’Artois.» 
Le  même  (t.  1,  p.  147  et  1 56),  affirme  que  la  rue  du  Petit-Lion  «  se  nommoit  :  de 
«  V Arbalêtre  ou  des  Arbalétriers ,  au  temps  que  les  Arbalétriers  s’exerçoient  pro- 
«  che  de  là»,  et  (p.  33)  il  s’exprime  ainsi  :  «  Je  pense  même  que  je  pourrois 
«  retrouver  la  butte  des  Arbalestriers  que  j’ai  vu  il  n’y  a  pas  longtemps  (  chez  le 
«Prévôt  Grennetier),  où  ils alloient  s’éxereer,  avant  que  d’être  transférés  au  bas- 
«  tion  de  Lardoise.  »  J’expliquerai  plus  tard  où  était  situé  ce  bastion. 

Dans  un  compte  de  1538  (Bouquet,  p.  208)  on  lit  «...  depuis  la  tour  du  milieu 
du  Jardin  des  Arbalestriers,  jusques  à  la  rue  S.  Denis  »  ;  et  l’article  suivant  (même 
page  )  nous  apprend  que  la  confrérie  des  soixante  Arbalestriers  de  la  Ville 
payait  quatre  sols  parisis  de  rente  annuelle  pour  une  tour  estant  au  mur.  Il  s  'agit 
fort  probablement,  dans  ces  deux  comptes,  de  la  tour  19. 


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Je  reviens  à  l’hôtel  de  Bourgogne.  Il  existe  un  rare  volume  l,  intitulé  :  Recueil 
des  principaux  tiltres  concernant  l' acquisition  de  la  propriété  des  mazures  et 
place  ou  a  esté  bastie  la  maison  appellée  vulgairement  l'hostel  de  Bourgongne  ès 
rue  Mauconseil.  On  y  voit  que  la  vente  se  fit  en  1543,  dans  une  des  salles  de  cet 
hôtel,  à  la  chandelle  allumée,  «  selon  les  pourctraits  et  figures  quiouroient  esté 
«  faits  et  attachez  sur  des  tableaux  de  bois  ès  portes  desdits  hostels  (  d’Artois ,  de 
«  Flandres  et  de  Bourgogne).  »  Christofle  Aubery  acheta  le  premier  lot  pour 
huit  cents  livres,  à  la  charge  de  diminuer  le  gros  mur.  Le  second  lot  fut  adjugé  à 
la  même  condition.  Il  n’est  donc  pas  étonnant  qu’on  ne  puisse  plus  retrouver, 
de  nos  jours ,  aucun  échantillon  de  cette  portion  de  l’enceinte. 

On  voit  encore,  en  compensation,  de  ce  côté  de  Paris,  un  curieux  monument, 
dont  l’histoire  se  rattache  en  quelque  sorte  à  celle  de  la  clôture,  puisqu’il  s’y  in¬ 
corpore  d’un  côté:  je  veux  parler  du  donjon  de  l’ancien  hôtel  de  Bourgogne,  dont 
le  plan  géométral  offre  un  carré  long.  Plusieurs  historiens  l’ont  pris,  par  erreur, 
à  cause  sans  doute  des  mâchicoulis  qui  en  couronnent  le  sommet,  pour  une  des 
tournelles  murales  de  Ph.  Auguste,  quoiqu’il  n’ait  avec  elles  aucune  espèce  d’a¬ 
nalogie.  M.  de  Parcieux,  Jaillol  et  Dulaure  ont  redressé  cette  erreur. 

Pour  bien  voir  ce  curieux  édifice,  le  dernier  du  même  genre  ,  que  renferme 
encore  Paris,  il  faut  entrer  dans  la  maison  rue  du  Petit-Lion,  23  (ci-devant  rue 
Pavée,  3) ,  appartenant  à  madame  Duchâtelet.  Au  fond  de  la  cour  ,  dans  l’angle 
à  droite,  se  trouve  un  couloir  obscur,  au  bout  duquel  se  présente  la  première 
marche  de  l’escalier  du  donjon,  et,  à  main  gauche,  une  porte  grillée  qui  ouvre 
sur  un  jardin  dont  le  sol  est  un  peu  inférieur  à  celui  de  la  cour,  ce  qui  (  soit  dit  en 
passant)  ne  prouve  pas  qu’il  y  ait  eu  là  un  fossé  comblé  "2. 

De  ce  jardin ,  on  découvre  parfaitement  la  face  orientale  du  monument.  Sa 
hauteur,  à  vue  d’œil,  peut  être  évaluée  à  environ  vingt-cinq  mètres.  La  face  oppo¬ 
sée  est  adossée  aux  arrière-bâtiments  d’une  maison  de  la  rue  Françoise.  Les  deux 
autres  faces  sont  plus  étroites;  une  seule  est  isolée,  c’est  celle  qui  regarde  le  sud. 
Cette  dernière  a  vraisemblablement  pour  base  le  gros  mur  lui-même,  et  offre 
encore  des  fenêtres  ogivales  remarquables  par  leurs  ornements. 

Le  côté  oriental  a  été  dessiné  plusieurs  fois,  notamment  dans  le  recueil  de 
lithographies  intitulé  :  Souvenirs  du  vieux  Paris,  dessinées  par  Turpin  de  Crissé. 
On  voit  sur  cette  face  un  grand  arc  ogival,  dont  l’intérieur  contenait  autrefois  les 

'  Petit  in-4°,  1632.  On  le  voit  à  la  Bibl.  Mazarine  (Rec.  nu  10,676).  Le  catalogue  Soleine  indique 
l’édition  de  1634,  dont  le  titre  est  un  peu  différent. 

*  M.  P.riquart,  quincaillier  en  gros,  a  la  jouissance  de  ce  jardin.  11  a  eu  plusieurs  fois  la  complai¬ 
sance  de  me  faciliter  l’examen  des  diverses  localités  que  je  décris  ici,  et  dont  j’ai  tracé  le  plan,  non 
pas  avec  précision,  mais  uniquement  pour  expliquer  la  position  que  le  donjon  occupe. 


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armoiries  de  Bourgogne.  Le  sommet  de  cette  tour,  bien  que  défiguré  par  un 
appendice  de  plâtre,  une  vile  couverture  en  tuiles,  et  d’ignobles  mansardes,  n’en 
est  pas  moins  encore  très-majestueux  ;  il  était  formé  d’un  parapet  crénelé,  sou¬ 
tenu  par  des  mâchicoulis  qui  subsistent  encore. 

On  y  monte  par  un  escalier  à  vis,  à  cage  carrée,  établi  dans  le  donjon  même, 
dont  il  occupe  environ  le  tiers.  Il  est  éclairé  par  quelques  fenêtres  de  diverses  di¬ 
mensions.  Les  plus  anciennes  sont  très-étroites,  et  plusieurs  ont  conservé  leurs 
petites  vitres.  Toutes  les  marches  sont  en  pierres  de  liais;  l’escalier  se  termine  à 
la  cinquantième.  Quand  on  arrive  à  la  dernière,  on  a  au-dessus  de  la  tête  une  ma¬ 
gnifique  voûte,  dont  je  n’ai  vu  qu’un  second  échantillon  à  Paris,  dans  la  maison 
dite  sans  vraisemblance  de  S.  Louis  ou  de  la  Reine  Blanche  (aujourd’hui  détruite), 
rue  des  Marmouzets-S. -Marcel. 

Le  pilier  central,  autour  duquel  dansent  les  marches,  est  formé  par  l’about  le 
plus  étroit  de  chacune  de  ces  marches.  Cet  about  de  taille  circulaire  constitue 
chaque  assise  du  pilier  qui,  commençant  au  bas  par  un  socle,  se  termine  au 
sommet  par  un  chapiteau.  Sur  le  chapiteau  repose  une  sorte  de  sceau  cerclé,  d’où 
s’élance  un  faisceau  torse  de  tiges  de  chêne  ,  dont  les  branches  et  le  feuillage  s’é¬ 
panouissent  sur  la  surface  de  la  voûte,  en  forme  de  berceau.  L’écorce,  les  feuilles 
et  les  glands  sont  sculptés  avec  une  grande  finesse.  Cette  élégante  voûte  de  pierre 
était  autrefois  revêtue  de  brillantes  couleurs  dont,  il  y  a  dix  ans,  il  restait  encore 
plus  d’une  trace.  Ce  charmant  échantillon  d’architecture  civile  mériterait  bien 
d’être  moulé. 

Un  autre  petit  escalier  à  vis,  plus  étroit  que  le  principal,  et  formé  de  trente- 
huit  degrés  de  pierre,  conduit  au-dessus  de  cette  voûte  sculptée,  sur  laquelle 
appuie  la  plate-forme  du  donjon.  Cette  plate-forme  sert  de  plancher  à  un  petit 
local  mansardé,  qu’éclairent  des  lucarnes  établies,  je  crois,  dans  les  créneaux,  et 
d’où  l’œil  jouit  d’une  vue  assez  étendue. 

Les  rez-de-chaussée  des  divers  bâtiments  de  la  même  propriété  offrent, 
du  côté  du  jardin,  des  traces  d’anciennes  constructions;  et  les  caves,  m’a-t-on 
dit,  sont  des  voûtes  à  nervures.  Quant  au  mur  d’enceinte,  on  n’en  voit  plus 
ici  aucun  vestige  en  plein  air,  car  il  est  détruit  depuis  longtemps.  La  muraille 
qui  limite  le  jardin  est  située  à  environ  six  mètres  au  delà  de  l’endroit  où  il 
passait. 

Le  rez-de-chaussée  du  donjon  renferme  une  cuisine  par  laquelle  on  pénètre, 
un  peu  au  delà  du  mur  de  ce  bâtiment ,  dans  une  salle  obscure  et  à  peu  près  se¬ 
mi-circulaire.  C’est  l’intérieur  de  la  tournelle  21,  réduite  à  cette  forme,  par  suite 
de  la  suppression  du  gros  mur.  Elle  est  très-voisine  de  la  face  occidentale  du 
donjon,  et  l’extérieur  est  engagé  dans  la  propriété  contiguë.  L’intérieur,  en 


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forme  de  fer  à  cheval,  m’a  paru  très-étroit,  relativement  à  celui  des  autres  tours; 
le  diamètre  est  à  peine  d’une  toise  et  demie. 

Je  ne  parlerai  pas  des  chambres  établies  dans  le  donjon  et  louées  à  divers  lo¬ 
cataires.  Les  voûtes  des  trois  ou  quatre  étages  ont  été  défigurées  par  des  plafonds 
plats  qui  cachent  peut-être  de  précieuses  sculptures. 

Plusieurs  auteurs  du  siècle  précédent  ont  déjà  signalé  ce  donjon  avec  quel¬ 
ques  détails.  M.  de  Parcieux,  dans  sa  lettre  citée  plus  haut,  et  datée  1761,  décrit 
les  armoiries  de  Bourgogne  qu’on  n’y  voit  plus  aujourd’hui,  ainsi  que  les  scul¬ 
ptures  de  l’escalier  ;  la  maison  appartenait  alors  à  un  sieur  Delarue. 

Le  Journal  de  Paris  sous  Charles  VI  \  mentionne  plusieurs  fois  l’hôtel  de  Bour¬ 
gogne.  On  y  lit ,  à  l’année  1418  :  «  Lors  se  leua  la  Déesse  de  Discorde  qui  estoit 
«  en  la  Tour  de  Mauconseil  »,  et,  plus  loin  :  «  Ou  moys  de  novembre  1424,  fut 
«  marié  le  sieur  deToulongion,  en  l’Ostel  du  duc  de  Bourgogne,  qui  estoit  frère 
«  au  Seigneur  de  la  Trimouille.  » 

L’anecdotier  Saint-Foix  raconte,  d’après  Monstrelet,  que  le  duc  de  Bourgogne 
après  le  meurtre  du  duc  d’Orléans,  en  1407,  fit  bâtir  en  son  hôtel  une  tour,  et 
dans  cette  tour,  une  chambre  sans  fenêtres,  etc.;  tout  ce  récit  me  paraît  être  une 
fable,  et  je  ne  pense  pas  qu’il  s’agisse  ici  du  fameux  donjon  qui  fut  probablement 
construit  avant  1400. 

Le  plan  de  G.  Braun  est  le  seul  qui  représente  cet  édifice.  La  face  du  midi 
paraît  toucher  au  mur  d'enceinte,  et  celle  de  l’ouest  est  percée  d’une  porte  pré¬ 
cédée  de  plusieurs  degrés.  La  rue  Françoise  (et  non  Française ),  ouverte  en  1542, 
ne  figure  pas  encore  sur  ce  plan,  dessiné  vers  1530.  Deux  tours  murales  y  sont 
indiquées,  entre  la  rue  S.  Denis  et  le  donjon  (celles  19  et  20)  ;  mais  on  n'y  voit 
pas  celle  21,  que  je  viens  de  décrire,  ni  la  suivante  22,  qui  a  certainement  existé. 

Les  autres  plans  du  XVIe  siècle  n’ offrent  plus  aucune  de  ces  quatre  tours.  Sur 
le  Terrier  du  Roi,  levé  par  Rittman  ,  sous  Louis  XV  ,  et  conservé  aux  Archives, 
on  a  tracé  la  tour  d’encoignure  20  et  les  deux  suivantes  (t.  V,  pages  139  et  165). 
Au  reste,  je  l’ai  déjà  dit,  ce  Terrier  est  d’une  bien  faible  autorité. 

L’enceinte  suivait,  à  partir  du  donjon,  une  direction  toujours  parallèle  à  celle 
de  la  rue  Mauconseil,  et  limitait,  je  crois,  un  ancien  bâtiment  (  dépendant  de 
l’hôteLde  Bourgogne  )  où  fut  établi,  en  1613,  le  théâtre  de  ce  nom.  Il  avait  été 
occupé  antérieurement  par  les  Confrères  de  la  Passion.  Cette  salle,  rebâtie  et 
agrandie,  est  devenue  la  Halle  aux  Cuirs. 

De  ce  point,  l’enceinte  gagnait  en  ligne  droite  la  rue  Montmartre,  croisant  la  rue 

'  Ce  Journal,  que  je  citerai  souvent,  surtout  à  propos  des  anciennes  portes,  a  été  imprimé  sous  ce 
titre  :  Mémoires  pour  servir  à  Vhist.  de  France  et  de  Bourgogne,  contenant  un  Journal  dp:  Paris,  sous  les 
règnes  de  Charles  VI  et  VII ,  etc.  Paris,  in-4°,  1 729. 


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actuelle  Montorgueil,  si  toutefois  cette  rue  existait  déjà  sous  Ph.  Auguste.  Ce  fut  àla 
fin  du  XIIIe  siècle  seulement  qu’on  ouvrit  en  cet  endroit  une  poterne1.  Elle  fut 
établie  pour  la  commodité  d’un  comte  d’Artois  (neveu  de  S.  Louis),  qui  avait  son 
hôtel  contigu  à  l’enceinte.  Cette  porte,  ajoutée  environ  un  siècle  après  la  con¬ 
struction  du  gros  mur,  consistait,  sans  doute,  en  une  simple  baie  percée  près  de 
la  tour  23,  que  je  considère  comme  une  tournelle  murale,  et  non  comme  une 
fortification  de  la  poterne.  Sur  le  plan  de  Braun,  on  voit  une  sorte  d’arcade  qui 
représente  cette  poterne.  On  la  nommait,  ainsi  que  la  rue  qui,  de  là,  conduisait 
aux  halles  :  fausse  porte  au  Comte  ou  à  la  Comtesse  d’Artois. 

Une  note  de  Ramond  du  Poujet  (éd.  1826,  p.  11),  puisée  je  ne  sais  à  quelle 
source,  nous  apprend  que  la  Ville  ordonna,  en  1498,  la  démolition  d’une  tour  de 
l’ancienne  enceinte,  placée  rue  Comtesse-d’Artois,  en  face  de  l’impasse  delà  Bou¬ 
teille  ,  et  qui  gênait  le  passage.  Il  s’agit  probablement  de  la  tour  23,  à  côté  de 
laquelle  fut  percée  la  fausse  porte  ou  poterne. 

Au  n°  42  de  la  rue  Montorgueil,  on  voyait  encore,  en  1840,  une  grande  cour 
ou  plutôt  un  terrain  vague,  où  l’on  a  établi  depuis  la  Halle  aux  Huîtres.  Cette 
cour  servait  de  roulage.  Le  mur  qui  la  bornait  au  nord  m’a  paru  être  celui  de  la 
ville,  aminci.  Une  sorte  de  brèche,  pratiquée  dans  ce  mur,  introduisait  dans  une 
seconde  cour  déserte  ,  hideuse  et  sale ,  n’ayant  de  perspective  que  les  derrières 
des  maisons  voisines  ;  partout  on  remarquait  des  constructions  où  entraient  les 
matériaux  du  mur  de  Ph.  Auguste.  Tout  ce  terrain  appartenait  à  la  Ville.  La  mu¬ 
raille  signalée  au  nord,  si  elle  se  fût  prolongée  jusqu’à  la  rue  Montorgueil,  eût 
abouti  vis-à-vis  le  n°  31  de  cette  rue.  La  maison  qui  porte  ce  numéro,  contiguë  à 
l’impasse  de  la  Bouteille,  offrait  encore,  en  1840,  au-dessus  d’une  boutique,  une 
plaque  de  pierre  noire  dont  parlent  La  Tynna  et  autres  auteurs  ;  j’y  ai  lu  en  ma¬ 
juscules  jadis  dorées  :  «  Icy  est  l’ancien  mur  de  la  ville  de  Paris» .  Cette  plaque  a 
disparu.  Les  deux  cours  du  n°  42,  dont  je  viens  de  parler,  représentent  proba¬ 
blement  l’emplacement  d’anciens  chemins  de  ronde  existant  à  l’intérieur  et  à 
l’extérieur  de  la  clôture. 

XII.  —  lie  la  rue  montorgueil  à  la  Seine, 

(Voyez  PI.  VIII.) 

Depuis  la  rue  Montorgueil  jusqu’au  Louvre,  nous  allons,  pour  nous  diriger, 
nous  servir  d’un  plan  géométral,  levé  par  un  sieur  Caqué  vers  1755,  et  gravé 

*  Peut-être  vers  le  même  temps  ouvrit-on  la  rue  actuelle  Montorgueil,  dont  il  n’est  pas  question 
dans  les  anciens  litres,  avant  le  XIIIe  siècle. 


/ 


ENC.  DE  PH.  AUGUSTE.  RIVE  DROITE. 


97 


vers  1770  Il  fut  dressé  à  l’occasion  de  fouilles  ordonnées  en  1749,  parla  Ville, 
pour  prouver,  contre  l’archevêque  de  Paris,  que,  de  ce  côté,  le  mur  de  Ph.  Au¬ 
guste  était  accompagné  d’un  fossé  et  de  chemins  de  ronde.  Les  fouilles  furent 
faites  sous  la  direction  de  l’architecte  Joubert,  le  7  août  de  cette  année  2. 

Ce  plan  ne  prouve  nullement  l’existence  d’un  fossé  ,  mais  il  est  précieux  pour 
nous  en  ce  qu’il  constate  à  peu  près  l’emplacement  du  mur  d’ènceinte  et  des 
tours  qui  le  fortifiaient.  Les  portions  du  gros  mur  et  les  tournellesqui  se  voyaient 
encore  au-dessus  du  sol,  à  cette  époque,  sont  ombrées,  et  l’on  a  indiqué  au  poin¬ 
tillé  tous  les  vestiges  trouvés  sous  terre.  Des  lignes  de  points  marquent  aussi  les 
„  prétendues  limites  du  fossé  et  des  chemins  de  ronde,  mais  cette  addition  au  plan 
est  purement  hypothétique.  J’ai  extrait  du  texte  explicatif,  correspondant  à  des 
renvois,  toutes  les  explications  qui  peuvent  nous  éclairer. 

Au  lieu  de  reproduire  ce  plan  pour  en  former  ma  planche  VIII,  j’ai  préféré  en 
reporter  les  détails  importants  sur  un  calque  de  Verniquet,  afin  de  compléter, 
sans  changer  d’échelle,  mon  tracé  de  l’enceinte  de  Ph.  Auguste.  La  forme  des 
rues  et  le  contour  des  îlots  de  maisons  étant  bien  plus  exacts  sur  le  plan  de  Verni¬ 
quet  que  sur  celui  de  Caqué,  je  n’ai  pu  y  superposer  ces  détails  avec  une  grande 
précision;  mais,  tout  en  les  rectifiant,  je  me  suis  peu  écarté  des  proportions  de 
l’original. 

A  partir  de  la  rue  Montorgueil,  le  gros  mur  suivait  une  direction  parallèle  à  l’im¬ 
passe  de  la  Bouteille,  dont  il  s’éloignait  d’environ  six  mètres  vers  le  sud,  la  laissant 
en  dehors.  La  Tynna  dit  que  celle  impasse  fut  bâtie  sur  les  fossés  de  l’enceinte: 
c’est  une  erreur  à  laquelle  l’a  conduit  peut-être  l’examen  du  plan  de  Caqué; 
elle  peut  tout  au  plus  passer  pour  un  reste  du  chemin  de  ronde  extérieur. 

La  tour  24  se  trouvait  enclavée,  vers  1750,  dans  l’étroite  propriété  d’un  sieur 
Le  Maire.  Elle  était,  dit  le  texte  explicatif,  couverte  en  terrasse.  Le  plan  de  Braun 
l’indique,  mais  elle  manque  sur  celui  de  Du  Cerceau.  Dheulland,  qui  copia  ce 
dernier  plan  en  1756,  crut  devoir  ajouter  cette  tour,  puisqu’elle  existait  encore. 

À  l’endroit  où  le  gros  mur  aboutissait  rue  Montmartre,  on  plaça  sur  son  profil 
une  inscription  tout  à  fait  semblable  à  celle  que  j’ai  remarquée  en  1840,  rue  Mon¬ 
torgueil.  On  la  voyait,  selon  le  texte  du  plan  de  Caqué,  à  côté  de  la  maison  d’un 
sieur  Galpin,  rue  Montmartre. 

La  porte  Montmartre  s’appelait  aussi  :  S.  Eustache.  Elle  dut  être,  dès  l’origine, 
fortifiée  de  deux  grosses  tours,  car  elle  protégeait  un  quartier  important. 

'  Il  est  parlé  de  ce  plan  dans  un  Mémoire  pour  M.  l'archevêque  de  Paris  ;  Paris,  imprimé  par  Cl. 
Simon,  imprimeur  de  l’archevêque,  1779,  in-4°  (p.  124). 

'  Il  paraît  qu’on  fit  de  nouvelles  fouilles  en  1753  (Voy.  ci-après,  page  100). 


13 


98 


ENC.  DE  PH.  AUGUSTE.  1UYE  DROITE. 


On  lit  dans  La  Tynna  :  «  La  première  porte  Montmartre...  était  placée  (rue  de 
«  ce  nom)  en  face  des  nos  15  et  32.  On  voit  encore  (1816)  que  la  porte  de  la 
«  maison  du  n°  32  a  été  construite  des  débris  de  cette  ancienne  porte,  et  la  troi- 
«  sième  cour  de  cette  même  maison  offre  une  muraille  faite  en  partie  avec  les 
«  murs  de  l’ancienne  enceinte  de  Paris.  »  J’ai  visité  en  1840  cette  maison;  elle 
portait  toujours  le  n°  32;  le  mur  mitoyen  qui  la  séparait  du  n°  30  m’a  paru  être 
celui  même  de  Ph.  Auguste,  cependant  je  n’oserais  l’affirmer. 

Passons  à  la  tour  25.  Le  plan  de  Gaqué  n’en  offre  qu’une  portion  en  forme  de 
demi-cercle,  et  en  parle  ainsi  aux  renvois  :  «  Ancienne  tour  démolie,  dont  l’em- 
«  placement  se  trouve  dans  la  maison  du  sieur  Dupin,  rue  Plaslrière,  joignant  par 
«  le  côté  les  Filles  Se  Agnès,  et  par  derrière,  le  Petit  hôtel  de  Royaumont,  rue  du 
«  Jour,  dont  et  du  tout  est  fait  mention  dans  un  compte  de  la  Ville  de  l’année  1 573. « 
Le  mur  d’enceinte  auquel  elle  adhérait  était  déjà  détruit  dans  toute  son  épaisseur; 
aussi  ne  figure-t-il  sur  le  plan  qu’au  pointillé. 

La  tour  26  appartenait,  vers  1750,  à  un  sieur  S.  Gilles,  dont  la  propriété,  contiguë 
à  l’hôtel  de  Laval ,  avait  son  entrée  rue  Plâtrière.  Elle  tenait  à  une  portion  du 
gros  mur  d’environ  douze  pieds  de  longueur.  La  Tynna  dit,  à  l’article  de  la  rue 
Plâtrière  (aujourd’hui  J. -J. -Rousseau  ):  «  Au  n°  12,  au  fond  du  jardin,  à  droite, 
«  on  voit  encore  les  restes  d’une  tour  des  murs  de  l’enceinte  de  Ph.  Auguste; 

«  elle  est  élevée  de  vingt-quatre  pieds  environ.  » 

Il  en  existait  encore,  en  1839,  un  fragment  que  j’ai  aperçu  d’une  fenêtre  de  la 
maison  n°  9,  rue  du  Jour.  J’ai  été  l’examiner  aussi,  au  fond  du  jardin  d’une  mai¬ 
son  (aujourd’hui  reconstruite),  rue  Coquillière,  2;  c’était  l’ancien  hôtel  deLaval. 
Ce  débris  était  reconnaissable  à  sa  forme  cintrée,  du  côté  de  la  rue  J. -J. -Rous¬ 
seau.  Le  propriétaire  du  n°  12  de  cette  rue  m’assura  qu’en  1836  il  en  restait 
environ  la  moitié.  Aujourd’hui  (1852)  on  n’en  voit  plus  le  moindre  vestige. 

Sauvai  (t.  I,  p.  32)  avance  que,  de  son  temps,  le  gros  mur  subsistait  dans  la 
plupart  des  maisons  entre  les  rues  du  Jour  et  Plâtrière.  «  En  1656,  ajoute-t-il. 

«  M.  Héron  a  fait  ruiner  les  restes  que  j’avois  vu  l’année  d’auparavant  dansla  mai- 
«  son  qu’il  a  (  rue  du  Jour),  parce  qu’ils occupoient  trop  déplacé.  » 

La  ligne  du  mur  d’enceinte,  entre  les  rues  Montmartre  et  Coquillière,  paraît, 
sur  le  plan  de  Robert  de  Vaugondy,  plus  rapprochée  de  la  rue  Plâtrière  que  de 
celle  du  Jour  ;  c’est  le  contraire  sur  le  plan  de  Caqué,  et  c’est  à  ce  dernier  qu’on 
doit,  sans  hésiter,  accorder  la  préférence.  En  1839,  j’ai  cru  reconnaître  une  partie 
du  gros  mur,  auquel  étaient  adossés  des  hangars,  au  fond  de  la  maison  n°  31 ,  rue  du 
Jour,  maison  occupée  par  un  roulage.  Je  me  serai  trompé,  sans  doute,  puisque 
le  plan  des  fouilles  n’en  indique,  de  ce  côté,  la  trace  qu’au  pointillé,  et  j’aurai  vu 
simplement  une  muraille  formée  de  ses  matériaux.  J’ai  remarqué  que  les  pro- 


ENC.  DE  PH  AUGUSTE.  RIVE  DROITE. 


99 


priélés  de  la  rue  du  Jour  avaient  moins  de  profondeur  que  celles  delà  rue  J.J.- 
Rousseau,  ce  qui  prouve  bien  l’erreur  de  Robert  de  Vaugondy. 

La  porte  Coquillière  ou  au  Coquillier ,  dite  aussi  de  Baliaigne  (  c’est-à-dire 
Bohême  ),  d’un  ancien  hôtel  voisin,  était  contemporaine  de  Ph.  Auguste,  et  flan¬ 
quée  de  deux  grosses  tours.  Au  pied  de  celle  voisine  de  l’hotel  de  Laval,  on 
exhuma  (en  1657,  selon  Dulaure)dans  le  jardin  de  M.  Berrier,  qui  devint  celui 
de  l’hotel  de  Laval,  une  tête  antique  couronnée  de  créneaux;  c’était  un  buste  de 
Cybèle,  selon  Caylus  (. Antiquités ,  t.  II). 

Voici  quelques  extraits  d’anciens  comptes  relatifs  au  passage  de  l’enceinte ,  en- 
„  tre  les  rues  Montmartre  et  Coquillière  : 

Permission  donnée  en  1565,  moyennant  cinq  sols  tournois  par  an,  à  Jeanne 
Perron  «  de  faire  édiffier  ,  bastir  et  mettre  des  poultres  sur  chacun  des  anciens 
«  murs  de  la  Ville  estant  au  derrière  d’une  maison,  seize  en  la  ruePlastrière»  (Bou¬ 
quet,  Mémoire,  p.  225).  —  «Bail  fait  à  Demoiselle  Jeanne  Sanguin,  de  la 
«  place  où  étoit  l'ancien  fossé ,  entre  le  grand  mur  ancien  et  les  maisons  de 
«  laditte  Demoiselle,  ruePlastrière,  etc.  Janv.  1574»  ( id .  p.  248).  —  « Bail  à  tou - 
«  jours  à  Jean  du  Tremblay,  demeurant  rue  de  la  Plastrière,  d’une  place...  des 
«  anciens  murs,  y  compris  la  demie  rondeur  d’une  tour  ès  anciens  murs,  à  prendre 
«  ès  fossez,  au  derrière  de  sa  maison,  etc.,  avril,  1574»  ( ibid ). —  «Reçu  de  l’abbé 
«  de  Royaulmont  ‘ ...  pour  le  danger  et  allées  des  antiens  murs,  d’une  vieille 
«  Tournelle  sans  couverture,  en  l’espace  de  dix  thoises  de  long...  entre  la  porte 
«  Coquilliard  et  celle  de  Montmartre,  en  la  rue  Jehan-le-Mire...  (rue  du  Jour) , 

«  nov.  1598  »  (id.,  p.  206).  —  «Une  tour...  assize  près  la  rue  du  Séjour  (du  Jour), 

«  et  aussi  près  l'allée  qui  est  sur  l’espoisseur  du  gros  mur  tenant  à  laditte  tour  qui 
«  se  pourchasse  le  long  des  deux  murs  des  deux  voisins,  etc.,  1608»  (id.,  p.  206). 

Entre  les  rues  Coquillière  et  S.  Honoré,  tous  les  plans  du  XVIe  siècle  indiquent 
une  seule  tour  (celle  28  ou  29)  assez  rapprochée  de  cette  dernière  rue,  et  atte¬ 
nante  au  mur  du  couvent  des  Filles  Repenties.  11  devait  en  exister,  dans  l’origine, 
au  moins  trois  dans  cet  espace  qui  est  de  143  toises,  selon  Caqué,  et  de  141,  se¬ 
lon  Verniquet.  Le  plan  de  Caqué  en  offre  deux  seulement.  La  première,  figurée 
au  pointillé,  parce  qu’on  n’en  retrouva  que  les  fondements,  est  distante  de  cin¬ 
quante-cinq  toises  delà  rue  Coquillière.  La  seconde,  placée  au  delà,  et  tout  près  de 
la  rue  des  Deux-Écus,  est  ombrée,  parce  qu’elle  existait  encore.  Elle  était  ac¬ 
compagnée  de  deux  portions  du  gros  mur.  Enfin,  près  de  la  rue  S.  Honoré,  on 

'  Il  s’agit  ici  du  Petit-hôtel  de  Royaumont,  borné  au  nord-ouest  par  le  gros  mur  et  la  tour  2a. 

Je  n’ai  pu  trouver  nulle  part  l’explication  de  ce  mot  danger  ou  dangier  des  anciens  murs,  mot 
qu’on  rencontre  souvent  dans  les  anciens  comptes  de  la  Ville,  cités  par  Bouquet. 


100 


ENC.  DE  PH.  AUGUSTE.  RIVE  DROITE. 


voit  un  tronçon  du  mur  d’enceinte,  d’environ  une  toise  et  demie  de  long,  dans 
la  boutique  d’un  sieur  Le  Preux,  vis-à-vis  de  l’Oratoire. 

Le  texte  des  renvois  explique  qu’on  trouva  les  fondements  de  la  tour  28  dans 
les  fouilles  faites,  en  1753,  à  l’hôtel  de  Soissons  ,  suivant  procès-verbal  en  exé¬ 
cution  de  l’arrêt  du  Conseil  du  24  déc.  1742. 

Si  la  place  de  la  tour  28  est  précise  sur  le  plan  qui  nous  guide,  il  dut  certaine¬ 
ment  en  exister  une  autre  entre  celle-ci  et  la  rue  Coquillière.  Quant  à  la  tour 
voisine  de  la  rue  des  Deux-Écus  (celle  29) ,  sa  situation  doit  être  exacte,  car  il 
était  très-aisé  de  la  constater.  Elle  était  engagée  (selon  le  texte  explicatif)  dans 
une  portion  du  mur  de  la  ville,  d’environ  deux  toises  de  long;  sa  partie  la  plus 
considérable  dépendait  de  la  propriété  du  sieur  Boivin,  rue  des  Deux-Écus,  et 
l’autre,  de  celle  du  sieur  Mouton,  rue  d’Orléans. 

Pour  prendre  un  parti,  j’ai  supposé  les  deux  tours  (28  et  29)  bien  placées  sur  le 
plan  de  Caqué,  et  je  les  ai  reportées  sur  ma  planche  VIII;  mais  j’en  ai  intercalé 
deux  autres,  celles  27  et  30.  On  trouvera  peut-être  les  trois  dernières  un  peu  trop 
serrées,  par  rapport  à  d’autres  points  de  l’enceinte.  On  peut  répondre  à  cette 
objection,  que  Ph.  Auguste,  en  considération  de  la  proximité  du  château  royal  du 
Louvre,  fit  fortifier  avec  plus  de  soin  cette  partie  de  la  clôture. 

Si  je  m’étais  borné  à  garnir  ce  long  espace  des  deux  tournelles  tracées  sur  le 
plan  des  fouilles,  cette  disposition  n’eût  pas  été  vraisemblable.  Je  ne  pouvais,  d’au¬ 
tre  part,  en  placer  trois,  sans  modifier  ce  dernier  plan  fondé  sur  un  procès-ver¬ 
bal.  J’ai  donc  été  forcé,  en  quelque  sorte,  pour  arriver  à  la  vraisemblance,  de 
flanquer  le  gros  mur  de  quatre  tournelles,  dont  trois  étaient  déjà  abattues  au  XVI' 
siècle,  à  s’en  rapporter  aux  plans  contemporains. 

Entre  les  rues  Coquillière  et  des  Deux-Écus,  existait,  au  XIIIe  siècle,  près  de 
la  tour  27,  un  hôtel  de  Nesle,  dit  plus  tard  :  de  Bahaigne  ou  Bohême ,  qui  passa 
aux  ducs  d’Orléans,  et,  près  de  la  tour  28,  étaient  les  logis  et  jardin  du  Maître 
des  Arbalétriers,  occupant  le  terrain  où  fut  bâtie,  vers  1500,  l’église  des  Filles- 
Repenties.  (Voy.  Mélanges  d' Histoire,  de  Terrasson,  page  44  à  71.) 

La  porte  S.  Honoré  a  pu,  dès  l’origine  (vers  1204),  porter  ce  nom,  ainsi  que 
la  rue  où  elle  fut  construite,  puisque  l’église  dédiée  à  ce  saint  fut  fondée  presque 
en  même  temps  que  la  clôture  du  nord.  Elle  s’appela  aussi  Porte-aux- Aveugles, 
après  l’établissement  des  Quinze-Vingts,  vers  1260.  Il  est  hors  de  doute  que  la 
rue  S.  Honoré  était,  au  XIIIe  siècle,  moins  spacieuse  à  cet  endroit  qu’aujour- 
d’hui  ;  c’est  pourquoi  la  porte,  sur  mon  plan,  n’en  occupe  pas  toute  la  largeur. 

Le  gros  mur,  à  partir  de  la  porte  S.  Honoré,  quittait  sa  direction  parallèle  à  la 
rue  de  Grenelle,  faisait  une  légère  inflexion  vers  le  sud  ouest,  et  traversait  de  biais 
l’emplacement  de  l’église  de  l’Oratoire.  Ce  mur,  sur  le  plan  de  R.  de  Vaugondy, 


ENC.  DE  PH.  AUGUSTE.  RIVE  DROITE. 


ior 

longe  le  côté  occidental  de  cette  église;  c’est  une  erreur.  De  Vaugondy  nous 
apprend  qu’on  trouva  des  restes  de  la  porte,  en  fondant  (vers  1745)  l’extrémité 
occidentale  du  portail;  il  devait  en  conclure  que  le  mur  d’enceinte  passait  à  quel¬ 
ques  toises  plus  loin,  vers  l’est.  Sa  direction  générale,  indiquée  précédemment, 
ne  laisse  aucun  doute  à  cet  égard. 

La  tour  31  figure  sur  le  plan  de  Braun  ’.  Elle  fut  peut-être  abattue  lorsqu’on 
commença,  vers  1621,  le  chœur  de  l’église  de  l’Oratoire,  sur  l’emplacement 
d’un  ancien  hôtel  d’Estrées;  mais  sa  disparition  pourrait  être  attribuée  à  une 
époque  antérieure. 

La  tour  suivante  (32)  est  signalée  par  la  plupart  des  historiographes  parisiens. 
Elle  faisait  face  à  la  rue  de  Beauvais,  rue  détruite  en  1784,  pour  former  la  place 
de  l’Oratoire,  qui  longe  la  fgçade  septentrionale  du  Louvre.  «  On  la  voit  encore,  dit 
R.  de  Vaugondy,  lorsque  l’on  est  sous  la  porte  du  pavillon  du  Louvre.  »  Ce  ren¬ 
seignement  est  bien  vague,  et  ce  géographe  eût  beaucoup  mieux  fait  de  tracer  la 
tour  sur  son  plan.  Le  texte  du  plan  de  Caquéla  désigne  ainsi:  «portion  du  gros 
«  mur  de  ville  du  côté  du  Vieux-Louvre,  d’environ  sept  toises  de  longueur,  avec 
«  une  tour  entière  couverte  de  thuilles,  dans  la  maison  occupée  par  la  dame  De 
«  Bauve,  cul  de  sac  du  Cocq.  » 

La  lettre  de  M.  De  Parcieux,  insérée  dans  le  Mercure  de  février  1760,  en  fait 
aussi  mention.  Le  plan  de  Gomboust  ne  l’indique  pas,  mais  on  la  voit  sur  plu¬ 
sieurs  plans  du  XVIIIe  siècle,  notamment  sur  celui  de  Louis  Bretez,  1739  2. 

On  lit  dans  Sauvai  (t.  III,  p.  627),  que  Gilles  de  Goui,  sergent  à  cheval  au 
Chastelet,  possédait  à  vie  en  1573,  près  du  Louvre  ,  une  petite  maison,  avec  la 
tour  nommée  :  Jean  de  Lestang.  Le  même  en  reparle  encore,  page  658.  Je  pense 
que  c’est  à  la  tour  32  que  se  rapporte  cet  extrait  de  comptes. 

Enfin,  nous  lisons  dans  le  Mémoire  de  Bouquet,  p.  202  :  «  permission  faicte  à 
«  Me  Helye  Derdeau...  de  pouvoir  ayder  et  desmolir..  .  pour  la  commodité  de  sa 
«  maison,  scise  rue  Richebourg,  dite  du  Cocq,  certaine  portion  de  l’ancien 
«  Mur  de  la  Ville,  contenant  13  ou  14  thoisesde  long  ou  environ,  passant  le  long 
«  de  l’héritage  d’icelle  et  de  ses  voisins  ,  avec  une  vieille  et  antienne  Tour  ,  tous 
«  joignant  ledit  mur,  ou  bien  édiffier  sur  iceluy,  etc..,  1608.  » 

Il  ne  reste  plus  de  traces  de  la  tour  32,  sinon  peut-être  sous  le  sol  de  la  place 

1  Le  plan  de  Du  Cerceau  et  ses  copies  l’indiquent  également,  ainsi  que  la  suivante.  Mais  ces  deux 
tours  n’y  sont  pas  à  leurs  places  réelles,  puisque  le  gros  mur  qu’elles  flanquent  paraît  border  la  rue 
de  Y  Autruche  (aujourd’hui  :  de  l’Oratoire).  Cette  méprise  vient  de  ce  que,  sur  ces  plans,  la  direction 
des  rues  est  très-inexacte.  Celui  de  Braun  est  de  tous  le  moins  imparfait. 

1  Sur  le  plan  manuscrit  de  Desgodetz,  1694  (voir  mes  Etudes  sur  les  plans ,  p.  240),  cette  tour, 
n’est  pas  tracée,  mais  la  propriété  où  elle  se  trouvait  se  nomme  vieil  hostel  de  Grammont. 


102 


ENG.  DE  PIi.  AUGUSTE.  RIVE  DROITE. 


de  l’Oratoire;  mais  les  murailles  de  l’ancien  hôtel  d’Angiviller,  bordant,  d’une 
part,  la  susdite  place,  et,  de  l’autre,  la  rue  qui  porte  le  nom  de  cet  hôtel,  parais¬ 
sent  construites  avec  les  pierres  de  revêtement  du  mur  d’enceinte. 

Notons  que,  sur  le  plan  de  Caqué,  la  tour  32,  sise  dans  la  maison  de  la  dame 
De  Bauve,  tient  à  une  portion  du  gros  mur,  lequel,  un  peu  plus  loin,  fait  une  dé¬ 
viation  vers  le  sud.  J’ai  placé  la  tour  à  l’angle  même  formé  par  cette  déviation  ; 
il  est  fort  vraisemblable  que  telle  était  sa  véritable  position. 

Sur  les  plans  du  XVIe  siècle,  l’enceinte  se  termine  là;  mais  sur  celui  de 
Mathieu  Mérian  (1615)  elle  continue  au  delà  de  la  rue  de  Beauvais,  et  paraît  s’ar¬ 
rêter  près  de  l’une  des  trois  grosses  tours  qui  fortifient  le  côté  septentrional  du 
Louvre.  Dans  cet  espace  le  gros  mur  crénelé  limite  un  jardin  situé  au  nord  de 
ce  palais,  et  sépare  ce  jardin  de  la  rue  de  V Autruche,  dite  aujourd’hui  :  de  l’Ora¬ 
toire,  laquelle  se  prolongeait  jusqu’au  quai.  Le  mur  est  flanqué  de  deux  tours 
très-rapprochées,  mais  pas  assez  pourtant  pour  être  regardées  comme  la  for¬ 
tification  d’une  porte. 

La  position  de  ces  deux  tours  voisines  ne  s’explique  pas;  elle  est  probablement 
inexacte.  L’une  d’elles  représente  peut-être  la  tour  32,  mal  indiquée,  puisqu’elle 
ne  fait  pas  face  à  la  rue  de  Beauvais.  Quant  à  la  seconde,  je  l’ai  admise  sur  mon 
plan,  et  numérotée  33,  car  son  existence  n’est  pas  invraisemblable. 

Entre  la  rue  S.  Honoré  et  le  Louvre,  on  voit  trois  tours  sur  le  dessin  de  la  Ta¬ 
pisserie,  par  Gaignières;  mais  sur  la  grande  gouache  de  l’Hôtel-de— Ville ,  on 
n’en  compte  que  deux. 

Là  s’arrêtent  les  renseignements.  Le  mur  d’enceinte  se  prolongeait-il  jusqu’à  la 
Seine,  parallèlement  au  fossé  du  Louvre,  ou  venait-il  aboutir  contre  une  des 
hautes  tours  de  ce  château?  C’est  un  point  que  je  n’ai  pu  éclaircir.  J’ai  tracé, 
par  hypothèse,  la  suite  du  gros  mur  qui,  traversant  le  Louvre  moderne,  beau¬ 
coup  plus  vaste  que  l’ancien  ' ,  se  relie  à  une  tour  correspondant  à  celle  de  Nesle. 
Au  temps  de  Ph.  Auguste,  il  devait  joindre  directement  cette  tour,  à  moins  d’ad¬ 
mettre  que  le  château  du  Louvre  servait  d’intermédiaire. 

La  grosse  tour,  sise  au  bord  de  l’eau,  et  faisant  à  peu  près  face  à  celle  de 
Nesle,  s’appelait  Tour  du  Louvre ,  parce  qu’elle  était  contiguë  à  ce  château ,  et 
aussi  (comme  celle  de  Barbeel-sur-Vijeaué)  Tour  qui  faille  coin.  Dulaure  critique 
Sauvai  et  ses  copistes  pour  l’avoir  nommée  Tour  du  Bois,  nom  donné  plus  spé¬ 
cialement  à  une  autre  tour  élevée  plus  loin,  vers  l’ouest,  sous  Charles  V  ;  mais  il 
est  possible  qu’elle  ait,  en  effet,  porté  ce  nom,  puisqu’elle  était  voisine  d’un  ch⬠
teau,  dit  du  Bois  ou  plutôt  de  Bois. 

'  J’indique  sur  ma  planche,  d’après  le  plan  de  Quesnei  etM.de  Clarac,  le  tracé  du  vieux  château 
du  Louvre,  par  rapport  au  Louvre  moderne  ;  mais  je  n’oserais  en  garantir  la  précision. 


ENC.  DE  PH.  AUGUSTE.  RIVE  DROITE. 


103 


Bouquet  ( Mémoire ,  p.  170)  cite  des  Lettres-patentes  d’avril  1420,  où  il  est  dit 
que  :  «  pour  ce  que  le  Chastel  de  bois  qui  étoit  lez  le  Louvre  estoit  moult  préjudi- 
«  ciable  à  la  Forteresse  de  laditte  Ville,  parceque  les  habitans  d’icelle  n’eussent  pu 
«  aller  jusques  à  la  Tour  de  la  dicte  Ville,  qui  fait  le  coing  qui  est  sur  la  rivière, 
«  devant  et  à  l’opposite  de  Neelle,  etc.  »,  permission  est  accordée  au  Prévôt  de 
faire  abattre  le  «  Chastel  de  bois  et  emplir  des  fossez  qui  sont  devers  et  dedans  la 
«  ville,  afin  que  l’on  puisse  aller  plainement  jusques  à  ladicte  Tour...  pour  icelle 
«  garder  et  deffendre,  etc.  » 

Cette  expression  :  tour  qui  fait  le  coin  n’est  pas  précisément,  à  mon  avis,  le 
nom  particulier  de  la  tour,  mais  désigne  sa  position.  Robert  de  Vaugondy  ne  lui 
donne  aucun  nom  :  c’est  un  moyen  sûr  d’éviter  les  méprises;  mais  ce  système 
n’est  pas  à  imiter.  On  pourrait  supposer,  sans  invraisemblance,  qu’elle  s’est,  en 
effet,  appelée  Tour  de  Bois,  à  cause  du  château  voisin  ‘,  et  que,  plus  tard  (après 
sa  démolition  partielle),  la  grosse  tour,  servant  de  tête  d’enceinte  à  la  clôture  de 
Charles  V,  hérita  de  son  nom,  qu’elle  porta  conjointement  avec  celui  de  Tour 
Neuve. 

Quelques  mots  encore  sur  la  tour  qui  fait  le  coin.  Elle  figure  avec  majesté  sur 
tous  les  plans  du XVIe  siècle,  et  paraît  en  tout  semblable  à  celle  de  Nesle.  Elle  n’est, 
je  crois,  bien  tracée  que  sur  le  plan  de  Braun,  où  elle  se  trouve  placée  sur  la  ligne 
prolongée  du  gros  mur,  qui  primitivement  devait  y  aboutir.  Sur  les  plans  de  Du 
Cerceau,  Belleforest  et  autres,  elle  est  trop  rapprochée  du  côté  de  l’occident.  Sau¬ 
vai  nous  apprend  qu’elle  tenait  à  une  basse  cour  du  Louvre  et  à  la  rue  d’ Osleriche, 
ou  de  l’ Autruche .  Un  fait  certain  c’est  que,  sans  dépendre  du  Louvre,  elle  en 
était  très- voisine. 

Sous  Charles  V,  quand  on  forma  un  quai  devant  ce  château  royal,  on  ouvrit 
dans  le  mur  contigu  à  cette  tour  une  porte  qui  probablement  se  nomma  :  du 
Louvre.  Un  compte  de  la  fin  du  XIVe  siècle,  cité  par  Bouquet,  (. Mémoire  p.  185), 
est  relatif  à  cette  porte  :  «  Marin  Messot,  Molleur  de  Busche,  pour  la  vieille  porte 
«  estant  ès  anciens  murs  de  la  Ville,  près  de  l’Arche  de  Bourbon  et  du  Louvre, 
«  avec  une  autre  tour  ronde  estant  sur  la  rivière  de  Seine,  à  l’opposite  de  la  tour 
«  de  Neelle...  » 

La  tour  qui-fait-le-coin  fut  abattue,  selon  Sauvai,  en  1531  ;  c’est  probablement 
une  erreur,  puisqu’elle  apparaît  encore  entière  sur  le  plan  de  Belleforest,  1575. 
Le  rez-de-chaussée  subsista  longtemps  sur  le  quai,  incorporéaux  murs  qui  bor- 


1  Quelques  historiens  ont  même  semblé  croire  que  le  Louvre  tout  entier  s’est  nommé  Chastel-de- 
Bois;  ils  sont,  je  crois,  dans  l’erreur.  Je  reparlerai  de  ce  château  de  Bois,  au  sujet  de  l’enceinte  de 
Charles  V.  Du  Breul  (p.  1089)  le  nomme,  je  crois,  à  tort,  Chastel  du  Bois; 


104  ENC.  DE  PH.  AUGUSTE.  RIVE  DROITE.  —  OBSERV.  GÉNÉRALES. 

liaient  le  jardin,  dit  :  de  l’Infante.  On  la  voit  figurer  en  cet  état  sur  plusieurs  plans 
du  XVIIe  siècle ,  et  sur  des  estampes  d’Isr.  Silvestre,  de  La  Belle,  La  Marquade  et 
autres.  Le  texte  du  plan  de  J.  Gomboust  (1652)  en  parle  ainsi  :  «  De  la  tour 
«  qui  estoit  vis  à  vis  la  tour  de  Nesle,  il  reste  encore  20  pieds  de  hauteur.  »  Elle 
paraît,  en  effet,  avoir  cette  élévation  sur  les  nombreuses  estampes  qui  la  repré¬ 
sentent,  et  servir  de  terrasse  à  un  jardin.  Sur  le  dessin  de  Desgodetz  (cité  dans  la 
note  de  la  page  101),  le  plan  de  cette  tour  est  tracé  presque  vis-à-vis  l’entrée  mé¬ 
ridionale  du  Louvre,  un  peu  à  l’est. 

Le  mur  d’enceinte,  de  ce  côté  de  Paris,  était  si  proche  du  Louvre  qu’il  en  de¬ 
vait  border  le  fossé.  Il  est  donc  à  présumer  que  le  même  fossé  servait  à  fortifier, 
à  la  fois,  et  le  château  et  la  clôture  de  la  ville.  Il  pouvait  même  se  prolonger  jusque 
dans  le  voisinage  de  la  rue  S.  Honoré,  et  se  trouver,  presque  en  tout  temps,  rem¬ 
pli  d’eau  conservée,  au  moyen  de  vannes  ou  d’écluses,  à  la  suite  des  déborde¬ 
ments  de  la  Seine.  C’est  peut-être  même  la  tour  qui  fait  le  coin  que  d’anciens 
actes  nomment  :  la  tour  de  l'Ecluse  du  Louvre.  Je  n’oserais  l’affirmer,  car  la  tour 
bâtie  plus  loin  vers  l’ouest,  sous  Charles  V,  a  porté  ce  même  nom.  C’est,  du  reste, 
une  question  que  j’essayerai  d’éclaircir  plus  tard. 

XIII.—  Observations  générales  sur  la  clôture  septentrionale 

de  Pli*  Auguste. 

(  Voyez  planche  IX  le  tracé  de  l’ensembLe  de  celte  clôture  ) 

Une  partie  de  mes  remarques  au  sujet  de  la  rive  gauche  (ch.  VIII)  peut  s’ap¬ 
pliquer  à  l’autre  rive.  Je  commencerai  par  poser  une  question  qui  paraîtra  peut- 
être  assez  singulière.  L'enceinte  septentrionale  (que  je  viens  de  décrire)  est-elle 
réellement  l’œuvre  de  Pli.  Auguste  ?  Si  l’on  admettait  sans  contestations  la  pièce 
citée  parBonamy  (voy.  p.  65),  où  il  est  dit  que  :  les  tournellesde  la  clôture  méri¬ 
dionale  de  Ph.  Auguste  auront  l’épaisseur  du  vieux  mur  qui  est  sur  la  rive  droite 
(despissitudine  veteris  mûri  ex  parte  Magni  pontis),  on  serait  tenté  de  croire  que 
le  gros  mur  du  Nord  aurait  été  bâti  antérieurement  à  ce  roi,  puisqu’on  lui  donne, 
de  son  temps,  l’épithète  de  vieux. 

Ce  devis  a  inspiré  à  Du  Plessis  ( Annales ,  p.  70)  les  réflexions.suivantes  :  «Tous 
«  nos  historiens  modernes  affirment  sans  hésiter  que  cette  enceinte  septen- 
«  trionale  a  été  construite  sous  le  règne  de  Ph.  Auguste,  en  même  temps  que 
«  celle  du  midi  ;  mais  où  en  est  donc  la  preuve  ?  » 


V  La  planche  IX  se  trouve  annexée  au  chap.,  xty,  qui  traite  de  la  clôture  de  Charles  VU 


ENC.  DE  PH.  AUGUSTE.  RIVE  DROITE.  —  OBSERV.  GÉNÉRALES.  105 

Cette  objection  perd  toute  sa  force  devant  les  récits  bien  positifs  de  Rigord  et 
de  Guillaume  le  Breton.  L’authenticité  du  texte  et  des  dates  de  ces  deux  chroni¬ 
queurs  n’a  jamais,  à  ma  connaissance,  été  mise  en  doute,  tandis  que  la  pièce  que 
cite  Bonamy,  étant  sans  date  et  sans  signature,  est  dépourvue  de  tout  caractère 
authentique.  Elle  est  tirée,  assure-t-il,  d’un  registre  dePh.  Auguste,  conservé  au 
Trésor  des  Chartes.  Or,  sur  les  anciens  registres  on  trouve  souvent  du  texte  ajouté 
ou  des  feuillets  intercalés  à  une  époque  ultérieure.  Cette  note  concernait  peut- 
être  un  projet  de  reconstruction  de  l’enceinte  de  la  rive  gauche,  projet  conçu,  par 
exemple,  vers  1356,  et  presque  aussitôt  abandonné. 

Mais  accordons  que  le  devis  est  bien  du  temps  de  Ph.  Auguste  ;  toute  la  ques¬ 
tion  roulera  sur  le  mot  veteris ,  qui  pourrait  bien  avoir  été  mal  déchiffré  par 
Bonamy.  Si  le  devis  se  retrouvait,  peut-être  lirait-on  alterius,  ou  tout  autre  mot. 
Une  lettre  déformée  ou  effacée,  un  signe  oublié  peut  induire  en  erreur.  Ensuite, 
le  rédacteur  de  cette  pièce  n’aurait-il  point,  par  distraction,  écrit  veteris  au  lieu 
de  novi?  Les  méprises  qui  forment  contradiction  complète  avec  ce  qu’on  veut 
dire  ne  sont  pas  les  plus  rares.  Mais,  supposons  qu’il  n’y  ait  erreur  de  la  part 
de  personne  :  de  ce  qu’on  cite  un  vieux  mur  comme  point  de  comparaison,  s’en¬ 
suit-il  qu’il  n’existait  pas,  au  nord  de  la  ville,  un  nouveau  mur  d’enceinte,  élevé 
lui-même  sur  la  mesure  de  cet  autre  mur  plus  ancien  qu’on  prend  une  seconde 
fois  pour  modèle?  En  un  mot,  qui  empêche  d’admettre,  sur  la  rive  droite,  l’existence 
simultanée  d’une  muraille  neuve  élevée  en  1190,  et  d’une  autre  bâtie  depuis  plu¬ 
sieurs  siècles,  et  dont  Ph.  Auguste  voulait  qu’on  imitât  la  construction? 

Si  Du  Plessis  eût  entrepris  de  fonder  sur  ce  seul  mot  un  système,  et  de  le 
développer,  il  eût  été,  je  crois,  fort  embarrassé  de  détruire  les  objections  qu’on  lui 
eût  opposées.  Quelle  date  eût-il  assignée  à  ce  vieux  mur  censé  à  la  place  de  celui 
que  nous  attribuons  à  Ph.  Auguste?  Elle  n’aurait  pu  être  antérieure  à  l’an  980, 
puisqu’il  cite  lui-même  une  charte  de  cette  année,  où  il  est  question  de  la 
chapelle  S.  Georges,  sise  »  in  sabui'bio  non  procul  à  mœnibus .  »  Si  le  vieux  mur 
dont  parle  le  devis  occupait  en  réalité  l’emplacement  de  celui  attribué  à  Ph. 
Auguste,  la  charte  n’eût  point  dit  que  cette  chapelle  était  située  dans  le  faubourg 
(in  suburbio),  mais  dans  la  ville. 

Du  Plessis  aurait  sans  doute  supposé  ce  mur  construit  après  980;  mais  à  quelle 
époque?  Si  Louis  le  Gros  l’eût  fait  élever,  l’abbé  Suger,  son  ministre,  qui  lui 
survécut,  n’aurait  pas  oublié  de  signaler  ce  fait  dans  ses  écrits.  Serait-ce  enfin 
Louis  le  Jeune,  le  prédécesseur  de  Ph.  Auguste?  Nul  historien  n’en  parle;  et  d’ail¬ 
leurs  ce  mur  eût  été  encore  à  peu  près  neuf  vers  l’an  1200. 

L’abbé  Lebeuf  (Dissert.,  tom.  I),  à  propos  d’une  clôture  septentrionale  anté¬ 
rieure  à  Ph.  Auguste,  admet  que  «  tout  ce  qui  en  fut  conservé  fut  l’alignement 

U 


106  ENC.  DE  PH.  AUGUSTE.  RIVE  DROITE.  -  OBSERV.  GÉNÉRALES. 

sur  lequel  on  assit  les  murs  qu’on  refit  par  la  suite.  »  C’est  donner  à  entendre 
clairement  que  Ph.  Auguste  établit  son  enceinte  sur  les  traces  d’une  autre  plus 
ancienne,  opinion  qu’il  est  impossible  de  soutenir.  Un  historien  du  temps  dit  au 
contraire  «maximam  terræ  amplitudinem  intrà  murorum  ambitum  concludens.  » 
Cette  expression  indique  évidemment  qu’il  s’agissait  d’une  clôture  nouvelle. 

Il  est  à  remarquer  que  les  anciennes  chroniques  font  plus  souvent  mention  de 
la  clôture  du  midi  que  de  celle  du  nord,  parce  que  peu  de  faits  remarquables  dé 
notre  histoire  se  rattachent  à  celle-ci.  A  l’époque  de  la  captivité  du  roi  Jean  (1356), 
une  nouvelle  enceinte,  formée  rapidement  autour  des  faubourgs  septentrionaux, 
rendit  celle  de  1190  à  peu  près  inutile.  Incapable,  malgré  ses  fortes  tours,  et  l’é¬ 
paisseur  de  son  mur,  de  protéger  la  capitale,  étouffée,  pour  ainsi  dire,  au  milieu  de 
faubourgs  riches  et  populeux,  cette  dernière  ne  pouvait  être  d’un  grand  secours. 
Ce  fut  plus  loin  au  nord,  près  de  la  nouvelle  fortification,  que  se  passèrent  les 
événementslesplusimportants,  telsque,  assauts,  entrées  triomphales,  ou  obsèques 
de  nos  rois.  On  peut  même  conjecturer  que,  dès  le  temps  de  Charles  YI,  le  mur 
de  Ph.  Auguste  était  déjà  masqué,  dans  les  quartiers  du  centre,  par  les  maisons 
des  rues  ambiantes. 

Sauvai  prétend  que  l’enceinte  du  nord  était  plus  solidement  bâtie  que  celle  du 
sud.  Le  fait  est  que  les  rares  échantillons  qui  ont  survécu  à  sa  ruine  offrent  l’ap¬ 
parence  d’une  construction  plus  homogène,  différence  qui  tient  sans  doute  à  ce 
qu’elle  servit  moins  longtemps  à  la  défense  de  la  ville  que  le  gros  mur  du  midi, 
et  ne  fut  pas,  comme  ce  dernier,  modifiée  ni  remaniée  à  diverses  reprises.  On 
n’eut  jamais  l’idée  de  la  rendre  apte  à  recevoir  de  l’artillerie,  au  temps  où  cet 
instrument  de  guerre  commença  à  jouer  un  rôle,  parce  qu’à  cette  époque  Char¬ 
les  V  établit  plus  loin  une  autre  clôture  plus  convenablement  fortifiée  par  rap¬ 
port  à  cette  invention  nouvelle. 

L’enceinte  de  la  rive  droite  paraît  avoir  été  flanquée,  proportionnément,  d’un 
moindre  nombre  de  tournelles  murales  que  celle  de  l’autre  rive,  surtout  vers  sa 
partie  orientale,  comme  je  l’ai  déjà  fait  observer  page  80.  Nous  en  avons  compté 
au  plus  trente-trois,  non  compris  les  tours  des  portes,  bien  que  l’arc  de  ceinture 
fût  un  peu  plus  étendu  de  ce  côté  de  Paris  que  du  côté  de  l’Université. 

Je  n’ai  trouvé,  pour  tracer  cette  suite  de  tours,  que  quelques  plans  particuliers, 
et  j’ai  dû  m’appuyer  sur  les  plans  généraux,  dessinés,  au  XVIe  siècle,  avec  peu 
de  précision.  Les  seuls  plans  qui  m’aient  aidé  sérieusement  à  dresser  la  ligne  de 
cette  enceinte  sont  :  celui  de  Verniquet  pour  la  première  portion  de  l’arc,  et,  pour 
le  reste,  celui  des  fouilles  faites  en  1749  et  1753. 

Quoi  qu’il  en  soit,  dans  les  endroits  où  mon  dessin  est  nécessairement  hypo¬ 
thétique,  je  ne  crois  pas  m’être  trop  écarté  de  la  vérité,  surtout  pour  la  direction 


ÊNC.  DE  PH.  AUGUSTE.  RIVE  DROITE.  —  OBSERV.  GÉNÉRALES. 


107 


générale  du  gros  mur,  dont  je  signale  çà  et  là  quelques  portions  encore  debout, 
qui  ont  pu  me  servir  de  jalons. 

Quant  aux  tournelles,  on  a  vu  que  leurs  formes  et  leurs  dimensions  rappellent 
tout  à  fait  celles  des  tours  murales  de  l’enceinte  du  midi,  toutes  les  fois  qu’on  les 
rencontre,  soit  en  nature,  soit  tracées  sur  des  plans  d’architectes  bien  détaillés. 
Elles  sont  toujours  cylindriques,  et  engagées  d’environ  un  tiers  de  leur  circon¬ 
férence  dans  le  gros  mur ,  de  manière  à  ne  pas  déborder  le  niveau  de  son  pare¬ 
ment,  du  côté  delà  ville. 

Avant  l’année  1535,  époque  où  François  Ier  fit  démolir,  sur  la  rive  droite,  les 
dernières  portes  de  Ph.  Auguste  (nommées  alors  fausses  portes  ou  premières  por¬ 
tes,  par  rapport  à  celles  de  Charles  V,  plus  éloignées  du  centre),  le  mur  d’en¬ 
ceinte,  dans  presque  toute  son  étendue,  avait  été  conservé  à  peu  près  intact.  Les 
propriétaires  riverains  qui  en  avaient  la  jouissance  étaient  toujours  obligés, 
pour  le  percer,  ou  pour  y  appuyer  des  constructions,  de  se  munir  d’une  permis¬ 
sion  du  roi  ou  du  prévôt;  mais  ils  n’en  obtenaient  pas  aisément  pour  le  démolir, 
ce  qui  prouve  qu’on  attachait  encore  une  certaine  importance  à  sa  conser¬ 
vation. 

Ce  long  cours  de  murailles  qui  traversait  des  quartiers  populeux,  s’élevant,  au 
milieu  des  îlots  de  maisons,  à  la  hauteur  d’un  second  étage,  ne  manquait  pas 
d’un  certain  pittoresque.  Plus  tard,  la  Ville  vendit  successivement,  et  en  toute  pro¬ 
priété,  son  vieux  mur  d’enceinte  qui  dès  lors  fut  tantôt  démoli  jusqu’au  niveau 
du  sol,  tantôt  seulement  aminci,  creusé  çà  et  là,  incorporé  à  des  bâtiments,  ou 
encore,  converti  en  terrasses,  qui  supportaient  des  jardinets  aériens.  Les  habitants 
des  rues  obscures  et  sans  air,  comme  celle  Bourg-l’Abbé,  devaient  apercevoir 
avec  délices  la  plate-forme  du  mur  couronnée  de  groupes  de  verdures,  et  de  bos¬ 
quets  fleuris  suspendus  au-dessus  des  cours  voisines;  mais,  par  la  suite,  le  besoin 
d’utiliser  l’espace,  dans  les  quartiers  où  il  avait  une  haute  valeur,  contraignit 
les  propriétaires  de  renoncer  à  ce  luxe  de  végétation. 

Nous  avons  vu  que  les  anciens  comptes  mentionnent,  sur  divers  points,  à 
l’extérieur  du  mur,  de  longs  espaces  vides  qui  servaient  de  jeux  de  paume  et 
autres,  de  jardins  publics,  ou  de  lieux  pour  le  tir  de  l’arbalète.  On  doit  les  regar¬ 
der  nécessairement,  puisqu’ils  appartenaient  à  la  Ville,  comme  des  restes  des 
chemins  de  ronde  extérieurs  établis  sous  Ph.  Auguste. 

Il  est  très-probable  que  les  maisons  bâties  au  delà  du  mur,  du  côté  de  la  cam¬ 
pagne,  en  étaient  séparées,  dans  l’origine,  par  un  espace  plus  ou  moins  large.  En 
tout  cas,  s’il  existait  des  maisons  joignant  le  mur  à  l’extérieur,  elles  devaient  être 
plus  basses  que  sa  plate-forme,  et  sujettes  naturellement  à  être  abattues  en  temps 


108 


ENC.  DE  PH.  AUGUSTE.  RIVE  DROITE.  —  OBSERV.  GÉNÉRALES. 


de  guerre,  puisqu’elles  étaient  placées,  comme  on  dirait  aujourd’hui,  dans  une 
zone  militaire  1 . 

Quand  Charles  V  eut  élevé  une  nouvelle  clôture  plus  étendue,  le  terrain  qu’oc¬ 
cupait  au  dehors  le  chemin  de  ronde  fut  affermé  ou  même  vendu  comme  inutile, 
sauf  certaines  parties  que  conserva  la  Ville  aux  abords  des  principales  portes,  et 
ce  sont  ces  portions  réservées  qu’on  nomme,  dans  les  anciens  titres,  allées  basses, 
par  rapport  aux  allées  haultes  dessus  le  mur,  expression  qui  désigne  le  chemin  de 
ronde  de  la  plate-forme. 

Quant  à  un  chemin  de  ronde  intérieur,  je  doute  qu’il  en  ait  existé  de  ce  côté 
de  Paris,  sinon  en  certains  endroits,  car  l’allée  haute  en  tenait  lieu. 

A  l’époque  où  le  gros  mur  de  la  rive  gauche  fut  disposé  pour  recevoir  de  l’ar¬ 
tillerie,  il  fallut  bien  pratiquer  un  chemin  de  ronde  à  l’intérieur,  atin  de  placer 
des  canons  derrière  le  mur  ;  mais  sur  la  rive  droite,  où  fut  établie  une  nouvelle 
enceinte  garnie  de  bastides,  le  mur  de  Ph.  Auguste  n’était  plus  bon  qu’à  arrêter, 
je  suppose,  les  progrès  d’une  insurrection  dans  les  faubourgs.  Aussi,  dès  le  règne 
de  Charles  V,  la  Ville  aura  commencé  à  vendre  les  terrains  vides  qu’elle  pouvait 
posséder  à  l’intérieur. 

A  partir  de  154-0,  et  surtout  à  la  fin  du  XVIe  siècle,  on  fut  tellement  convaincu 
de  l’inutilité  du  mur  septentrional,  qu’on  l’abattit  en  partie  ou  qu’on  le  vendit  à 
des  particuliers,  ainsi  que  les  chemins  de  ronde,  sauf  quelques  portions  de  ces 
chemins  que  la  ville  a  conservées  jusqu’à  nos  jours. 

Il  est  à  remarquer  que,  bien  que  le  terrain  sur  lequel  fut  élevé  ce  mur  passât 
pour  avoir  été  acheté  aux  frais  du  roi,  la  ville  de  Paris  en  fut  toujours  proprié¬ 
taire  ;  l’expression  les  murs  du  Roy  ne  fut  donc  qu’une  vaine  formule. 

J’ai  essayé  de  donner  une  idée  de  la  physionomie  de  l’enceinte  septentrionale  de 
Ph.  Auguste  au  temps  de  François  Ier  ;  mais  si  l’on  se  reportait  à  la  date  de  1200, 
époque  où  elle  était  depuis  peu  achevée,  on  aurait  un  tout  autre  spectacle  ;  on 
verrait  ce  long  chapelet  détours  cylindriques  reliées  par  un  mur  imposant  et  cou¬ 
ronné  de  créneaux,  se  dérouler  sur  un  vaste  espace,  saillir  au  milieu  des  champs 
cultivés  et  se  resserrer  aux  environs  des  portes,  contre  lesquelles  se  pressaient  au 
dehors  des  groupes  de  maisons  basses  servant  de  cabarets  ou  d’hôtelleries.  Puis 
tout  à  coup  la  ligne,  formant  un  brusque  coude  ou  une  courbure  presque  insen¬ 
sible,  changeait  de  direction  et  allait  aboutir  au  rivage  de  la  Seine,  où  elle  ren- 


1  Sous  Louis  XIV,  celte  condition  était  encore  en  vigueur  pour  le  mur  de  la  rive  gauche.  Une 
ordonnance  de  ce  roi  enjoint  à  ceux  qui  construiront  des  maisons  sur  le  fossé  S.  Victor,  de  les  bâtir 
de  manière  que  le  toit  soit  moins  élevé  que  le  mur,  quoiqu'à  cette  époque  la  fortification  de  Ph. 
Auguste  parût  bien  inutile. 


ENC.  DE  PH.  AUGUSTE.  RIVE  DROITE.  —  OBSERY.  GÉNÉRALES. 


109 


contrait  de  hautes  et  fortes  tours  placées  là  comme  des  sentinelles  avancées  pour 
surveiller  le  cours  du  fleuve. 

Du  haut  de  la  plate-forme  pittoresque  de  cette  terrasse  ondulée  par  le  ressaut 
des  tournelles,  l’œil  embrassait  un  magnifique  panorama  ;  ici,  de  vastes  plaines  of¬ 
frant  sans  doute  quelques  débris  du  vieil  aqueduc  de  Chaillot;  là,  le  flanc  escarpé 
de  Montmartre,  couvert  de  vignes,  surmonté  de  l’église  S.  Pierre  et  des  ruines 
d’un  temple  antique;  plus  loin,  vers  l’est,  la  butte  de  Chaumont,  que  couronnait 
l’ancien  bourg  de  Savie.  Au  pied  de  ces  collines,  à  travers  les  prairies,  serpentait 
un  ruisseau  (qui  devint  le  Grand-égout)  descendu  de  Ménil-Montant  ;  ses  bords 
étaient  ombragés  de  vertes  saussayes,  et  formaient  çà  et  là  les  limites  de  diverses 
fermes  dont  les  noms  sont,  pour  la  plupart,  tombés  dans  l’oubli. 

À  travers  l’échappée  ouverte  entre  les  deux  montagnes,  apparaissaient  les  loin¬ 
taines  collines  de  Montmorency,  boisées,  parsemées  de  mesnils  ,  et  formant  un 
fond  de  verdure  au  clocher  de  style  roman  de  l’abbaye  de  S.  Denis.  Un  seul  point 
devait  attrister  le  regard  des  Parisiens,  c’étaient  les  fourches  patibulaires  déjà  éta¬ 
blies  à  Mont-Faucon;  poutres  sinistres  d’où  se  balançaient,  en  toute  saison,  des 
cadavres  déchiquetés;  monticule  infect  qui  faisait  fuir  au  loin  les  habitations,  et 
affluer  des  nuées  de  corbeaux. 

Sous  le  règne  de  S.  Louis,  la  physionomie  de  l’enceinte  du  nord  commença  à 
subir  bien  des  modifications;  la  face  intérieure  du  mur  servait  délimités  auxjar- 
dins  de  nombreux  couvents  ou  de  logis  princiers;  le  mur  était  déjà,  au  dehors, 
moins  abordable,  car  on  bâtissait  presque  à  ses  pieds,  et  peut-être  même  y  acco¬ 
lait-on  des  maisons.  11  faudrait  admettre,  en  ce  cas,  qu’elles  étaient  bien  ché¬ 
tives,  puisqu’au  moindre  bruit  de  guerre  on  les  eût  rasées  pour  dégager  le  rem¬ 
part.  On  trouve  cependant,  sous  S.  Louis,  des  rues  établies  tout  proche  du  mur  à 
l’extérieur;  un  siècle  plus  tard,  il  était,  pour  ainsi  dire,  assailli  par  les  habitations 
qui  l’avaient  enjambé,  comme  s’exprime  Victor  Hugo. 

Quand  Charles  V  eut  élevé  ses  nombreuses  bastides  beaucoup  plus  loin,  au-des¬ 
sus  des  fossés  commencés  sous  son  prédécesseur,  le  mur  de  Ph.  Auguste  ne  pouvait 
plus  servir  de  défense  qu’à  la  condition  de  démolir,  comme  on  avait  fait  sur  la 
rive  gauche,  d’immenses  faubourgs  qui  en  obstruaient  l’abord.  C’eût  été  un  tra¬ 
vail  long  et  dispendieux,  car  les  propriétés  à  abattre  étaient  autrement  importan¬ 
tes  que  celles  de  l’Université.  D’ailleurs,  le  nouveau  système  de  défense,  nécessité 
par  l’invention  de  l’artillerie,  s’accordait  mal  avec  la  construction  de  ce  gros  mur 
qui,  la  première  croûte  enlevée,  n’offrait  plus  qu’un  blocage  peu  consistant.  Aussi 
se  borna-t-on  à  le  conserver,  à  l’enclore  lui-même  dans  la  nouvelle  enceinte  des 
faubourgs. 

Le  peu  d’échantillons  qui  nous  en  restent,  du  côté  de  la  rive  droite,  sont  donc 


110  ENC.  DE  PH.  AUGUSTE.  RIVE  DROITE.  —  OBSERV.  GÉNÉRALES. 

bien  authentiquement  du  temps  dePh.  Auguste,  car  il  ne  fut  jamais  percé  d’em¬ 
brasures,  ni  modifié  par  un  nouveau  système  de  défense,  ni  probablement  accom¬ 
pagné  d’un  fossé. 

J’ai  dit  probablement,  parce  qu’il  ne  m’est  point  possible  de  réfuter  complète¬ 
ment.  ce  qjtii  a  été  produit  pour  prouver  l’existence  de  ce  fossé. 

Il  est  très-vraisemblable  qu’il  n’en  fut  pas  établi  du  temps  de  Pli.  Auguste, 
puisque  Rigord,  qui  parle  des  murs,  des  tours  et  des  portes,  n’en  a  fait  aucune 
mention.  Corrozet  {édit.  1561,  fol.  64-,  verso)  dit,  au  hasard,  que  ce  roi  fit  «clorre 
la  ville,  de  gros  murs,  portaux,  et  fossez  »,  et  Du  Breul  (p.  781)  exprimele  même 
avis,  sans  l’étayer  d’aucune  preuve. 

Cette  erreur  est  excusable,  vu  l’époque  où  ces  historiens  écrivaient.  De  leur 
temps,  on  voyait  tout  autour  de  Paris  les  fossés  commencés  sous  le  roi  Jean,  et 
achevés  sous  Charles  VI.  Ils  croyaient  qu’il  en  avait  été  toujours  ainsi,  et  admet¬ 
taient,  sans  aller  plus  loin,  qu’en  tout  temps  un  fossé  avait  dû  être  l’accessoire  in¬ 
dispensable  d’une  ville  fortifiée.  Dans  leur  idée,  celui  qu’on  avait  nécessairement 
creusé  près  du  mur  septentrional  dePh.  Auguste  avait  été  comblé  à  une  certaine 
époque,  qu’ils  ne  cherchaient  pas  à  déterminer.  Le  lecteur,  alors  crédule  et  peu 
difficile,  se  contentait  d’assertions  en  l’air;  mais,  de  nos  jours,  il  est  plus  exigeant; 
il  veut  des  preuves  positives,  émanées  de  sources  contemporaines  ;  or,  sur  ce  su¬ 
jet,  je  ne  saurais  en  produire  aucune. 

Rouquet  [Mém.,  p.  101)  interprète  ainsi  le  silence  des  chroniqueurs  contem¬ 
porains,  à  l’égard  du  fossé  creusé,  assure-t-il,  sous  Ph.  Auguste  :  ils  n’en  ont  pas 
fait  mention,  «  soit  parce  que  le  creusement  des  fossés  étoit  une  suite  ordinaire 
«  de  la  fortification  d’une  ville,  soit  parce  qu’ils  ne  pouvoient  imaginer  que  l’on 
«  contesteroit  dans  la  suite  l’existence  des  fossés  qu’ils  pensoient  devoir  durer 
«  autant  de  temps  que  la  Ville  même.  » 

Rigord,  à  la  vérité,  ainsi  que  Guillaume  le  Breton,  vante  la  générosité  dePh.  Au¬ 
guste,  qui  aurait  pu,  s’il  n’eût  consulté  que  son  droit,  s’emparer,  sans  accorder 
d’indemnités,  du  terrain  nécessaire  pour  établir  des  murs,  tours  et  fossés.  Mais 
j’ai  déjà  fait  observer  que  ces  deux  auteurs  parlent  ici,  en  général,  de  toutes  les 
villes  que  le  roi  fortifia,  et  que  d’ailleurs,  l’expression  de  fossé  n’offre,  dans  le 
passage  où  ils  l’emploient,  qu’un  sens  conditionnel. 

Est-il  admissible  que,  postérieurement  à  Ph.  Auguste,  on  ait  creusé  des  fossés 
autour  de  la  clôture  septentrionale  de  ce  roi?  La  plupart  des  historiographes 
parisiens  ont  été  d’avis  qu’il  n’en  exista  jamais.  Néanmoins  on  trouve  çà  et  là, 
dans  leurs  livres,  quelques  citations  qui  paraissent  établir  l’opinion  contraire,  au 
moins  pour  quelques  points  de  l’enceinte.  Nul  d’entre  eux,  au  reste,  n’a  osé  se 
prononcer  sans  quelques  restrictions.  «  On  doute,  dit  Fclibien  (t.  I,  p.  252),  si  on 


ENC.  DE  PH.  AUGUSTE.  RIVE  DROITE.  -  OBSERV.  GÉNÉRALES. 


111 


«  1’accompagna  (la  clôture  du  nord)  de  fossez...  Quelques  chavires  des  années  1279 
«  et  1280  font  juger  qu’il  y  en  avoit  entre  les  murs  de  la  porte  S.  Martin  et  de  la 
«rue  du  Roy  de  Sicile.»  La  Tynna,  de  son  côté,  regarde  l’impasse  de  la  Bouteille 
comme  bâtie  sur  le  fossé  de  l’enceinte,  et  avance,  à  l’article  de  la  rue  du  Petit- 
Lion-S. -Sauveur,  que  «  les  arbalétriers  s’exerçaient  près  de  cette  rue,  le  long 
des  murs  ou  dans  les  fossés.  » 

Quand  on  considère  que,  du  côté  du  nord,  les  faubourgs  ont  toujours  été  si  rap¬ 
prochés  de  la  ville,  qu’ils  y  étaient  soudés,  pour  ainsi  dire,  on  conçoit  qu’on  n’au¬ 
rait  pu,  sans  d’immenses  frais,  les  en  séparer  par  un  fossé.  Il  résulte,  d’ailleurs,  des 
chroniques  contemporaines  du  roi  Jean,  qu’ alors  on  trouva  plus  convenable  d’en¬ 
clore  les  faubourgs  dans  une  nouvelle  enceinte,  que  de  les  isoler  de  la  ville. 

Mes  lectures  sur  le  vieux  Paris  m’ont  toujours  disposé  «à  croire  qu’il  n’exista  ja¬ 
mais  de  fossé  le  long  de  la  clôture  du  nord,  sinon,  à  une  certaine  époque,  dans  le 
voisinage  des  tours  Barbeau  et  du  Louvre,  puisqu’on  cite,  de  ce  côté,  des  tours 
(celles-ci  mêmes,  je  pense)  dites  de  l'écluse. 

Jean  de  Venette,  dans  un  passage  déjà  signalé,  nous  représente,  à  l’an  1356, 
les  habitants  de  Paris  creusant  des  fossés  autour  des  murailles ,  du  côté  occidental 
de  la  ville,  c’est-à-dire  sur  la  rive  gauche  (Voir  la  note  page  71),  et,  pareillement, 
autour  des  faubourgs ,  du  côté  oriental,  ou  sur  la  rive  droite.  Si,  sur  cette  dernière 
rive,  on  eût  établi  des  fossés  au  pied  du  gros  mur,  il  n’eût  pas  dit  :  circà  suburbia. 
C’est  assez  indiquer  que  les  fossés,  de  ce  côté  de  Paris,  furent  creusés  au  delà  du 
gros  mur  qui  séparait  la  ville  des  faubourgs.  N’eût-ce  pas  été  folie  d’en  pratiquer 
dans  cette  partie  delà  ville,  puisqu’il  eût  fallu  acquérir  et  sacrifier,  dans  ce  but, 
des  propriétés  d’une  grande  valeur?  Si,  d’ailleurs,  dans  le  premier  moment  d’a¬ 
gitation,  causé  par  la  nouvelle  delà  prise  du  roi  Jean,  on  en  commença  une  partie, 
on  dut  bientôt  abandonner  l’entreprise,  puisqu’il  fut  décidé  qu’on  élèverait  plus 
loin  au  nord,  au  delà  des  faubourgs,  une  fortification  plus  convenable  à  l’emploi 
de  l’artillerie.  On  peut  donc,  tout  au  plus,  admettre  qu’il  y  eut,  sur  certains  points 
voisins  de  la  Seine,  un  commencement  d’exécution.  Cette  hypothèse  nous  suffira 
pour  expliquer  plusieurs  extraits  d’anciens  comptes. 

Probablement,  si  un  fossé,  creusé  en  1356  ou  avant,  eût  régné  autour  de  la  clô¬ 
ture,  les  noms  de  quelques  rues  (comme  il  est  arrivé  pour  ceux  de  Charles  Y)  en 
eussent  conservé  le  souvenir,  au  moins  pendant  un  certain  temps  ;  or,  on  n’a 
jamais  cité  aucune  rue  dite  des  Fossés  ou  de  Contrescarpe ,  située  à  proximité 
du  gros  mur  du  nord.  D’ailleurs,  fort  peu  de  temps  après  le  règne  de  Ph.  Au¬ 
guste,  si  ce  n’est  même  dès  son  vivant,  on  établit  des  rues  populeuses  dans  le 
voisinage  de  sa  clôture,  telles  que  la  rue  Garnier  S.  Lazare  (dite  par  corruption 
Grenier ),  la  rue  Plâtrière  (aujourd’hui  J.-J.-Rousseau),  etc.  Or,  aucune  chroni- 


112  ENC.  DE  PH.  AUGUSTE.  RIVE  DROITE.  -  ORSERV.  GÉNÉRALES. 

que,  aucun  acte  ne  nous  apprend  qu’on  ait  établi  ces  rues  sur  des  portions  de 
fossé  comblé,  ou  sur  des  chemins  de  contrescarpe. 

Quand,  en  1334,  Philippe  de  Valois  permet  aux  Blancs-Manteaux  de  percer 
une  huisserie  dans  le  gros  mur,  pour  communiquer  aux  maisons  qu’ils  possédaient 
de  plain-pied,  au  delà  de  ce  mur,  il  ne  parle  pas  de  fossé.  Aurait-il  été  déjà  com¬ 
blé?  c’est  peu  vraisemblable.  On  ne  lit  non  plus  nulle  part  qu’en  1356,  époque 
où  l’on  fortifia  la  rive  droite  de  Paris,  on  ait  dépouillé  ces  religieux,  comme  les 
Cordeliers  sur  l’autre  rive,  de  leurs  bâtiments,  pour  établir  un  fossé. 

Vers  1400,  le  duc  de  Bourgogne  fit  construire ,  près  et  en  dehors  du  mur  de 
clôture,  son  hôtel  accompagné  d’un  donjon,  qui  subsiste  encore.  J’ai  signalé, 
page  93,  un  curieux  recueil  de  pièces  concernant  cet  hôtel.  On  y  rappelle  plu¬ 
sieurs  anciens  actes,  mais  aucun  où  il  soit  fait  mention  d’un  fossé. 

Dans  le  Journal  de  Paris ,  sous  Charles  VI  et  VII,  il  n’est  jamais  question,  en 
fait  de  fossés  du  côté  de  la  rive  droite,  que  de  ceux  achevés  sous  Charles  VI, 
dans  l’alignement  de  la  rue  du  Rempart,  de  celle  des  Fossés-Montmartre  et  d’au¬ 
tres  rues  qui  lui  font  suite. 

Vers  le  milieu  du  dernier  siècle  il  s’éleva,  à  propos  du  terrain  de  l’ancien  hô¬ 
tel  de  Soissons,  sur  lequel  on  a  construit  la  Halle  aux  Blés,  de  vives  contestations 
entre  la  Ville  et  l’Archevêque  de  Paris.  Telle  était  la  question  principale  :  Y  eut-il 
jamais  un  fossé  devant  le  gros  mur  septentrional  de  Ph.  Auguste,  notamment 
devant  la  portion  qui  passait  sur  l’emplacement  des  jardins  de  l’hôtel  de  Sois¬ 
sons?  L’archevêque  prétendait  avoir  des  droits  de  censive  sur  les  maisons  de  la 
rue  de  Grenelle,  comme  bâties  sur  un  terrain  qui,  autrefois,  relevait  de  sa  juri¬ 
diction.  La  Ville  soutenait  que  ces  propriétés  occupaient  la  place  d’un  ancien 
fossé  comblé,  et  que,  ce  fossé  lui  ayant  toujours  appartenu,  l’Archevêché  n’avait 
aucune  indemnité  à  réclamer,  au  sujet  de  la  vente  des  maisons.  L’avocat  Terras- 
son  soutint  les  droits  del’Archevêque,  et  essaya  de  prouver,  dans  une  dissertation 
qui  fait  partie  de  ses  Mélanges  d' Hist.  et  de  Littérature  (in-12,  1768),  qu’il 
n’exista  jamais  de  fossé  devant  le  gros  mur  de  la  rive  droite. 

Bouquet,  historiographe  de  la  Ville,  publia  en  1771  son  Mémoire  hist.  et  cri¬ 
tique  sur  la  topog.  de  Paris ,  dans  lequel  il  prétend  prouver  le  contraire.  J’ignore, 
je  l’avoue,  quand  et  comment  se  termina  le  différend  ;  tout  ce  que  je  sais,  c’est 
qu’après  une  lecture  attentive  des  dissertations  rédigées,  à  ce  sujet,  départ  et 
d’autre  *,  je  n’ai  vu  sortir  de  ces  divers  écrits  aucune  preuve  assez  convaincante, 
soit  dans  un  sens,  soit  dans  un  autre,  pour  entraîner  pleinement  ma  conviction. 


'  Il  existe  une  réfutation  du  Mémoire  de  Bouquet,  chez  Lambert,  in-4°,  1772,  et  une  autre  dont  j’ai 
cité  le  titre  dans  la  note  de  la  page  97.  Elles  sont  dues  peut-être  au  même  Terrasson. 


ENC.  DE  PH.  AUGUSTE.  RIVE  DROITE.  —  OBSERV.  GÉNÉRALES. 


113 


Je  penche  très-fort,  je  le  répète,  pour  la  négative,  mais  je  conserve  encore  quel¬ 
ques  doutes.  Il  n’est  resté  de  tous  ces  livres  qu’un  grand  nombre  de  citations 
d’anciennes  chroniques,  d’ordonnances  et  de  registres,  fort  curieuses  pour  l’ar¬ 
chéologie  parisienne,  et  dont  j’ai  tiré  parti. 

J’ai  déjà  parlé,  dans  ma  préface,  à  laquelle  je  renvoie  le  lecteur,  du  Mémoire  de 
Bouquet.  Cet  ouvrage  offre  souvent  des  traces  évidentes  de  mauvaise  foi.  L’au¬ 
teur  entremêle,  comme  à  dessein,  des  comptes  qui  concernent  l’enceinte  septen¬ 
trionale  de  Ph.  Auguste,  et  où  il  ne  s’agit  pas  de  fossés,  avec  d’autres  comptes 
relatifs,  soit  à  la  clôture  de  Charles  Y,  soit  à  la  nouvelle  fortification  commencée 
sous  Henri  il  et  Charles  IX,  lesquelles  étaient  accompagnées  de  fossés;  de  sorte 
qu’un  lecteur  peu  attentif  doit  être  dérouté.  Citons  un  exemple  :  Bouquet  (p.  328) 
produit  une  lettre  de  Cath.  de  Médicis,  datée  1577,  où  il  est  question  de  son  hôtel 
(celui  de  Soissons,  rue  de  Grenelle),  bâti  près  de  l’ancien  mur.  Puis  il  cite  une  au¬ 
tre  lettre  de  la  même,  mais  d’une  date  antérieure  (1567),  où  elle  parle  des«fos- 
sez  de  la  Ville,  à  l’endroit  de  son  jardin.  »  Si  le  lecteur  ne  distingue  pas  qu’il  s’agit 
ici  du  jardin  faisant  suite  au  palais  des  Tuileries,  et  voisin  des  nouveaux  fossés 
commencés  vers  cette  époque,  il  croira  qu’en  effet  il  existait  un  fossé  à  l’extré¬ 
mité  del’hôtel  de  la  Reine,  rue  de  Grenelle. 

Bouquet  a  néanmoins  signalé  plusieurs  documents  que  ses  adversaires  n’ont 
pas,  ce  me  semble,  complètement  réfutés.  Le  tracé  du  fossé  qui  figure  sur  le  plan 
de  Caqué  (dessiné  après  les  fouilles  exécutées  en  1749  et  1753)  peut  être  regardé 
comme  purement  hypothétique;  mais  le  Mémoire  de  Bouquet  offre  des  extraits 
d’anciens  comptes  qui  paraissent  avoir  assez  d’importance. 

Pour  justifier  le  doute  que  je  conserve  sur  cette  question  des  fossés,  je  termi¬ 
nerai  ces  observations  sur  l’enceinte  septentrionale  de  Ph.  Auguste,  par  l’exposé 
impartial  des  preuves  les  plus  fortes,  ou  du  moins  les  plus  spécieuses,  que  Bou¬ 
quet  ait  produites  à  l’appui  de  la  cause  qu’il  soutenait.  Celui  que  cette  question 
intéresserait  pourrait  peut-être  retrouver  aux  Archives  les  originaux  des  pièces 
citées  par  cet  auteur. 

1°  Bouquet  signale  (p.  124)  un  arrêt  du  Parlement  de  janvier  1763,  où  l’on 
rappelle  un  acte  par  lequel  Louis  XIII  fit  don,  le  28  février  1639,  aux  Jésuites  de 
la  rue  S.  Antoine  «  des  anciens  murs  de  la  ville...  ensemble  du  fossé  qui  a  voit  été 
creusé  le  long  desdits  murs.  » 

2°  Lettres-patentes  datées  de  mars  1282  (Ici.,  p.  154),  où  il  est  dit  que  les 
terres  des  religieux  du  prieuré  S.  Martin-des-Champs  s’étendaient  de  la  rue 
Frepillon  aux  fossés  du  Roi  (à  vico  de  Frepillon  usque  ad  fossata  regalia ). 

Cette  épithète  regalia  semble  d’abord  ne  pouvoir  s’appliquer  à  d’autres  fossés 
qu’à  ceux  qu’on  supposerait  creusés  au  pied  du  gros  mur  du  nord;  car,  en  1282, 

15 


114  ENC.  DE  PH.  AUGUSTE.  RIVE  DROITE.  —  OBSERV.  GÉNÉRALES. 

les  fossés  d’une  nouvelle  enceinte  plus  étendue  n’existaient  pas  encore.  Mais 
ne  s’agirait-il  pas  de  fossés  établis  dans  le  voisinage  du  prieuré  S.  Martin,  et  appe¬ 
lés  royaux  parce  que  ce  monastère  était  de  fondation  royale,  et  même,  suivant 
quelques  historiens,  aurait  renfermé  la  demeure  de  l’un  de  nos  rois? 

3°  Bonamy,  selon  le  même  auteur,  a  copié  sur  les  Archives  de  l’Evêché  des 
Lettres-patentes  (en  français)  de  Philippe  de  Valois,  1346,  qui  exemptent  les  gens 
d’église  de  contribuer  au  guet.  On  y  rapporte  les  plaintes  faites  par  l’évêque  de 
Paris,  au  sujet  de  la  contrainte  imposée  aux  ecclésiastiques  de  payer  contribution 
«  à  cause  des  fossés ,  murs  et  forteresses  de  Paris.  »  Ces  fossés  ne  peuvent  être 
ceux  commencés  sur  les.  deux  rives  pendant  la  captivité  du  roi  Jean,  c’est-à-dire 
en  1356.  {Id.,  p.  156.) 

4°  Dans  un  compte  de  1578,  on  lit  que  Laurent  Roullet  payait  par  an  cinq  sols 
Parisis,  pour  «  une  tour  et  jardin  joignant  la  porte  et  vieil  mur  de  la  ville,  assise 
en  la  rue  de  Jouy  (aujourd’hui  Charlemagne),  en  l’espace  où  jadis  fut  les  fossez.  » 
{Id.,  p.  213.) 

5°  Le  28  janvier  1574,  la  Ville  fait  avec  Jeanne  Sanguin  un  bail  à  toujours  pour 
«  la  place  où  étoit  Y  ancien  fossé  entre  le  grand  mur  ancien  et  les  maisons  de  ladite 
demoiselle,  rue  Plastrière.  »  {Id.,  p.  248.) 

Ces  cinq  arguments,  supposé  que  les  actes  et  les  comptes  signalés  soient  au¬ 
thentiques,  et  exactement  copiés,  sont  les  seuls  qui  aient  une  certaine  consis¬ 
tance.  Encore,  en  les  examinant  bien,  il  est  aisé  d’en  atténuer  beaucoup  la  valeur. 
L’arrêt  de  1639  et  les  deux  comptes  de  1574  et  1578  ne  parlent  de  fossés  que 
par  tradition,  et  ces  trois  pièces  pourraient  fort  bien  avoir  consacré  une  erreur. 
J’ai  expliqué  ci-dessus,  de  manière  à  en  affaiblir  la  signification,  l’expression 
fossata  regalia  employée  dans  les  Lettres-patentes  de  1282.  Quant  à  celles  de 
1346,  on  pourrait  objecter  que  le  mot  fossés,  qu’elles  renferment,  ne  s’applique 
pas  avec  évidence  à  ceux  qui  auraient  fortifié  le  mur  de  Ph.  Auguste. 

Je  passerai  sous  silence  les  autres  prétendues  preuves  que  Bouquet  accumule 
par  centaines;  ce  sont  des  méprises,  des  assertions  sans  fondement,  ou  des  docu¬ 
ments  étrangers  à  la  question. 

En  résumé,  je  penche  à  nier  l’existence  d’un  fossé  autour  de  l’enceinte  de  la 
rive  droite,  excepté  dans  les  environs  du  Louvre  et  de  l’Ave-Maria  (voy.  p.  76). 
J’admets  que  l’année  où  l’on  apprit  la  captivité  du  roi  Jean,  on  commença,  sur  ces 
deux  points  voisins  de  la  Seine,  à  creuser  un  fossé  au  pied  du  mur  septentrional  ; 
mais  qu’on  abandonna  ce  travail  (continué  au  contraire  sur  la  rive  gauche),  dès 
qu’on  eut  projeté  d’élever  plus  loin,  de  ce  côté  de  Paris,  une  nouvelle  fortifica¬ 
tion,  accompagnée  de  fossés. 


FORTIFIC.  DE  PARIS  APRES  L’INVENTION  DE  L’ARTILLERIE. 


115 


3UTOL  —  Des  fortifications  de  Paris  après  l’invention  tle  l’artillerie. 

Avant  de  décrire  les  fortifications  exécutées  autour  de  la  capitale,  depuis  le 
roi  Jean  le  Bon,  je  commencerai  par  déclarer  que  ce  sujet  est  très-difficile  à 
traiter,  et  que  la  plupart  des  questions  que  je  vais  soulever  aboutiront  rarement 
à  une  solution  positive. 

Les  chroniqueurs  contemporains  des  rois  Jean,  Charles  V  et  Charles  VI  ne 
parlent  qu’en  termes  fort  vagues  des  fossés,  murs,  tours  et  portes  entrepris,  à 
partir  de  1356,  autour  de  la  ville  de  Paris.  Froissard  signale  à  peine,  et  sans  au¬ 
cuns  détails,  ces  travaux  importants.  Tout  ce  qu’en  dit  un  témoin  oculaire,  Jean 
de  Venette  (dont  j’ai  cité  le  texte  p.  70),  se  réduit  à  nous  apprendre  qu’on  creusa 
des  fossés  qui  furent  accompagnés  de  petits  murs,  de  portes  et  de  bastilles;  mais 
il  ne  s’explique  pas  sur  la  ligne  que  suivaient  ces  fossés,  ni  sur  la  nature,  la  situa¬ 
tion  et  les  dimensions  des  murs  qui  les  dominaient,  ni  sur  la  forme  des  construc¬ 
tions  qu’il  nomme  bastilles.  Christine  de  Pisan,  énumérant  les  constructions  dues 
à  Charles  V,  dont  elle  écrit  l’histoire,  se  borne  à  cette  ligne  :  «  item ,  les  murs 
neufs  et  belles  grosses  et  haultes  tours  qui  entour  Paris  sont.»  Sauvai  disait  donc 
avec  raison  (t.  I,  p.  39),  au  sujet  de  l’enceinte  qui  va  nous  occuper  :  «  Quoique 
«  cette  clôture  soit  bien  depuis  les  deux  premières,  et  qu’il  en  reste  encore  beau- 
«  coup  de  choses,  je  crains  fort  néanmoins  qu’elle  ne  me  donne  plus  de  peine 
«  que  celles-là  n’ont  fait  ;  car  enfin  elle  a  été  si  souvent  remuée,  et  on  y  a  cousu 
a  tant  de  pièces  à  diverses  fois,  s’il  faut  ainsi  dire,  que  ce  n’est  pas  une  petite  af- 
«  faire  que  de  donner  à  connoître  tout  ce  détail.  »  Sauvai  s’est  dispensé  du  souci 
de  cette  affaire ,  que  je  vais  tâcher  de  débrouiller. 

On  a  donné  le  nom  de  :  enceinte  de  Charles  V  (Voir  p.  122),  à  un  arc  de  clôture 
figuré,  sur  tous  les  vieux  plans,  du  côté  de  la  rive  droite,  comme  un  mur  que  for¬ 
tifient  des  tours  ou  bâtiments  carrés  et  que  flanque  ou  supporte  1  une  butte  de 
terre.  Cette  enceinte  commençait  à  l’embouchure  du  fossé  de  la  Bastille,  et  abou¬ 
tissait,  en  formant  un  vaste  demi-cercle,  sur  le  quai  du  Louvre,  à  environ  cin¬ 
quante  mètres,  vers  l’ouest,  du  pont  actuel  du  Carrousel  (Voy.  la  pl.  ix). 

Telles  étaient  l’étendue  et  la  forme  de  cette  enceinte  sous  François  Ier,  et  en¬ 
core  sous  Louis  XIII.  Mais  faut-il  y  voir  précisément  la  ligne  et  la  physionomie 
de  la  fortification  continue,  commencée  en  1356,  achevée  sous  Charles  VI,  et  re- 

1  Je  dis  flanque  ou  supporte,  parce  que  les  anciens  plans  ne  nous  indiquent  pas  au  juste  si  le  ter¬ 
rassement  ou  rempart  est  derrière  la  muraille,  ou  si,  comme  je  l’ai  dit  plusieurs  fois  dans  mes 
Études  sur  les  Plans,  le  mur  est  construit  sur  le  sommet  ou  plate-forme  du  rempart.  J’essayerai 
d’éclaircir  cette  question. 


116 


F0RT1F1C.  DE  PARIS  APRES  L’INVENTION  DE  L’ARTILLERIE. 


maniée  à  diverses  reprises?  Ce  mur,  ce  rempart  de  terre  qui  l’accompagne  ou 
le  supporte,  ces  tours  ou  bâtiments  carrés,  tout  cela  doit-il  être  attribué  au 
XIVe  siècle  ?  Voilà  des  questions  difficiles  à  résoudre,  faute  de  documents  contem¬ 
porains  et  de  détails  positifs. 

Il  a  paru,  cette  année  (1852),  un  livre  d’un  grand  intérêt  pour  l’archéologie  : 
c’est  le  tome  II  des  Etudes  sur  le  passé  et  l'avenir  de  l'artillerie,  par  notre  pré¬ 
sident  L.  Napoléon .  Il  résulte  des  recherches  consignées  dans  cet  ouvrage,  qu’avant 
Louis  XI,  les  fortifications  de  villes  consistaient  toujours  en  une  haute  et  forte 
muraille  crénelée,  flanquée  de  tours  rondes  ou  carrées,  et  accompagnée  d’un 
fossé  ;  mais  on  ne  connaissait  pas  l’usage  des  remparts  ou  terrassements  continus, 
et  l’on  désignait  sous  le  nom  spécial  de  rempart,  bastide  ou  boulevard,  un  ouvrage 
de  terre  isolé,  élevé  près  d’un  mur  d’enceinte  ou  d’un  camp,  sorte  de  fort  détaché, 
comme  nous  dirions  aujourd’hui,  destiné  à  porter  des  machines  de  guerre. 

L’histoire  des  progrès  de  l’artillerie  semble  confirmer  cette  assertion.  Avant 
1460,  on  n’employait  que  des  bombardes,  sortes  de  cylindres  culassés,  de  fa¬ 
brique  grossière,  au  moyen  desquels  on  lançait  en  parabole,  à  la  manière  de  nos 
bombes,  d’énormes  globes  de  pierre  qui  passaient  bien  au  delà  des  plus  hautes 
murailles,  sans  faire  de  grands  ravages.  Ces  bombardes  remplissaient  le  simple 
rôle  des  trébuchets,  anciennes  machines  de  jet,  qui  continuaient  toujours  à  être 
employées.  Ce  n’est  que  sous  Louis  XI,  selon  l’ouvrage  cité,  que  les  canons  fu¬ 
rent  assez  solidement  fondus,  et  la  fabrication  de  la  poudre  assez  perfectionnée, 
pour  qu’on  pût  lancer  des  projectiles  de  fer  en  ligne  horizontale,  ou  d e plein  fouet  \ 
de  manière  à  battre  en  brèche  les  murailles. 

L’époque  de  cette  révolution  dans  l’usage  et  le  tir  du  canon  supposée  exacte, 
on  se  demande  pourquoi,  avant  Louis  XI,  on  aurait  entouré  Paris  de  ces  épaisses 
buttes  de  terre  ou  remparts  à  ligne  continue,  destinées  surtout  à  amortir  le  choc 
des  projectiles  lancés  de  plein  fouet. 

Le  mot  rempart,  pris  dans  un  sens  général,  désigne  aujourd’hui  toute  espèce 
de  fortifications  qui  entourent  une  ville  ;  mais  sous  François  Ier  il  offrait  un  sens 
plus  restreint.  Il  désignait  une  fortification  formée  de  terres  rapportées,  repré¬ 
sentant  en  relief  le  creux  du  fossé  qui  l’avoisinait.  Cette  butte  continue,  et  fa¬ 
çonnée  en  talus,  offrait  de  profil  la  forme  d’une  pyramide  tronquée;  on  la  nom¬ 
mait  rempart ,  ou  plutôt  rampart,  soit  à  cause  de  ses  talus,  soit  parce  qu’elle  était 
flanquée,  du  côté  de  la  ville,  de  rampes  ou  chemins  en  pente  douce,  destinés  à  fa¬ 
ciliter  l’ascension  de  l’artillerie  sur  sa  plate-forme. 

’  On  lit,  à  la  page  162  du  Journal  de  Paris  sous  Charles  VI  (Voy.  ma  note  p.  95),  qu’en  1435,  on 
faisait  usage  de  «  petits  longs  canons  appelés  coulenbures  (couleuvrine?)  ».  Ces  pièces  devaient  lan¬ 
cer  des  projectiles  de  plein  fouet. 


FORTIFIC.  DE  TARIS  APRÈS  L’INVENTION  DE  L’ARTILLERIE.  117 

C’est,  je  crois,  dans  ce  dernier  sens,  peut-être  mal  appliqué,  que  Sauvai, 
(tome  I,  p.  41),  et  autres  auteurs,  ont  parlé  du  rempart  de  Charles  V.  De  la 
Marre  (  t.  I,  p.  79)  dit  positivement  que  Charles  Y  entreprit,  en  1367,  d’accom¬ 
pagner  les  fossés  creusés  sous  le  roi  Jean,  de  murs  et  de  rempars  ;  mais  cet  au¬ 
teur,  écrivant  vers  1700,  et  d’ailleurs  si  peu  exact  dans  ses  assertions,  ne  peut 
être  d’aucune  autorité.  La  Tynna  avance,  à  propos  de  la  rue  du  Rempart-S. - 
Honoré,  que  cette  rue  doit  son  nom  aux  remparts  achevés  en  1383,  sur  l’empla¬ 
cement  desquels  on  la  construisit.  J’ai  moi-même  cru  longtemps  que  le  rempart 
qui  figure  au  nord  de  Paris,  sur  les  plans  levés  de  1530  à  1630,  était  contempo¬ 
rain  de  Charles  Y  ;  mais  aujourd’hui,  mes  longues  lectures  à  ce  sujet  m’ont  ins¬ 
piré  le  doute. 

Je  ne  me  rappelle  pas  avoir  lu,  dans  les  historiens  ou  les  registres  du  XIVe  siècle, 
le  mot  rempart  appliqué  à  une  fortification  continue  et  permanente.  Les  chroni¬ 
ques  qui  racontent  l’assaut  tenté  par  Jeanne  d’Are,  du  côté  de  la  porte  Saint-Ho¬ 
noré,  ne  mentionnent  que  les  murs  de  Paris  ;  et  quand,  au  siècle  suivant,  on  parle 
des  remparts  ou  boulleverts  de  la  porte  S. -Antoine,  de  la  porte  Montmartre,  etc., 
on  ne  sait  au  juste  si  l’on  veut  désigner  un  terrassement  continu  qui  entourait  la 
ville,  ou  ces  monticules  élevés  à  l’issue  des  portes  principales. 

Si  l’on  consulte  les  miniatures  qui  accompagnent  les  chroniques  manuscrites 
de  Froissard  et  autres,  on  y  trouvera  représentées  (du  moins  en  intention)  les 
fortifications  de  Paris  aux  XIVe  ou  XVe  siècles.  Or,  on  n’y  voit  pas  figurer  de  rem¬ 
parts,  mais  seulement  des  murailles  élevées,  flanquées  de  tours  rondes  ou  car¬ 
rées,  avec  des  canons  braqués  sur  les  plates-formes,  derrière  les  créneaux  1 .  Au 
reste,  il  est  à  noter  que  ces  miniatures  ne  méritent  aucune  confiance  ;  toutes  les 
localités,  toutes  les  proportions  sont  déformées,  exagérées  en  petit  ou  en  grand, 
selon  le  caprice  des  dessinateurs.  Les  costumes  des  personnages  offrent  seuls 
quelque  apparence  d’exactitude,  mais  ces  personnages  sont  presque  aussi  hauts 
que  les  édifices. 

Si  nous  admettons  comme  un  fait  sans  réplique  qu’il  n’y  eut  pas  de  rempart 
continu  autour  de  Paris,  sur  la  rive  droite,  avant  Louis  Xî,  et  que  l’enceinte  de 
Charles  Y  consistait,  dans  tout  son  cours,  en  une  haute  et  épaisse  muraille,  for¬ 
tifiée  de  tours  carrées  et  bâtie  au  bord  d’un  fossé,  il  se  présente  plusieurs  ques- 

'  Tant  que  les  canons  lancèrent  leurs  projectiles  en  parabole  ,  à  la  manière  des  trébuchets,  leur 
placement  sur  les  plates-formes  des  murs  et  des  tours  offrait  de  l’avantage;  mais  quand  on  com¬ 
mença  à  tirer  de  plein  fouet,  ce  fut  derrière  les  murs,  et  non  plus  de  leur  sommet.  Alors  on  dut 
flanquer  les  murailles  de  terrassements  pour  placer  les  canons;  on  les  abaissa  successivement,  et 
on  les  perça  de  larges  meurtrières.  Enün,  sous  Louis  XIV,  il  n’y  eut  plus  d’autres  murailles  an¬ 
nexées  aux  remparts  que  des  parapets  quelquefois  taillés  en  glacis,  et  percés  d’embrasures. 


118  FORTIFIC.  DE  PARIS  APRÈS  L’INVENTION  DE  L’ARTILLERIE 

tions  à  examiner  :  Qu’a-t-on  fait  des  déblais  des  fossés  creusés  en  1356  ?  Quelles 
étaient  la  forme  et  les  proportions  des  murailles  et  des  tours  de  cette  nouvelle 
fortification  ?  Comment  se  fait-il  qu’il  n’en  soit  resté  aucun  vestige? 

Quand  Ph.  Auguste  fit  élever  au  nord  son  mur  d’enceinte,  les  excavations  pra¬ 
tiquées  pour  en  asseoir  les  fondements  produisirent  des  déblais  peu  considé¬ 
rables,  qu’on  déposa  dans  le  voisinage,  sans  qu’il  en  résultât  un  exhaussement 
sensible  du  sol;  mais  il  dut  en  être  autrement  lorsque,  en  1356,  on  creusa  des 
fossés  larges  et  profonds  dans  un  espace  d’au  moins  cinq  à  six  kilomètres  d’é¬ 
tendue,  tout  autour  des  faubourgs  de  la  rive  droite. 

Il  semblerait  naturel  qu’on  eût  amassé  les  déblais  au  bord  du  fossé,  du  côté  de 
l’escarpe,  pour  en  former  une  butte  destinée  à  servir  de  rempart.  L’emploi  de 
l’artillerie  étant  déjà  connu  depuis  près  de  trente  ans  ‘,  cette  colline  eût  été,  à 
mon  avis,  une  plate-forme  très-commode  pour  y  placer  des  machines  de  jet, 
et  surtout  des  bombardes,  alors  non  montées  sur  affûts.  Cependant,  d’après  les 
faits  que  je  viens  d’exposer,  il  n’en  aurait  pas  été  ainsi. 

Admettrons-nous  qu’on  forma  de  ces  déblais,  dans  le  voisinage  des  portes, 
ces  monticules  factices,  soutenus  par  des  palis,  ou  bastides  de  terre ,  destinées 
à  remplir  les  fonctions  de  nos  forts  détachés  ?  De  là,  dans'  ce  système,  provien¬ 
draient  les  buttes  S.  Rocli  (ou  des  Deux-Moulins),  et  de  Vïlleneuve-sur-Gravois ; 
et  peut-être  aussi  celles  voisines  des  portes  du  Temple  et  de  la  Bastille.  Plus 
tard,  elles  auraient  été  augmentées  par  des  dépôts  successifs  de  gravois  et  d’ im¬ 
mondices.  Selon  quelques  auteurs,  elles  étaient  uniquement  composées  de  ces 
deux  éléments;  l’une  d’elles,  au  moins,  a  une  dénomination  qui  justifie  cette 
origine.  Assignons,  si  l’on  veut,  le  même  emploi  aux  nouveaux  déblais  prove¬ 
nant  des  mêmes  fossés,  quand,  plus  tard,  ils  furent  recreusés  et  élargis.  Mais  alors 
de  quels  matériaux  aura-t-on  formé  par  la  suite  le  rempart  qui  figure  sur  les 
plans  dessinés  depuis  François  Ier  jusqu’à  Louis  XIII?  Sera-ce  de  gravois  amenés 
de  tous  les  points  de  la  capitale?  On  conviendra  qu’il  en  aurait  fallu  beaucoup,  et 
que  l’ouvrage  dut  avancer  bien  lentement. 

«  La  voirie  de  la  porte  S.  Denys,  dit  Corrozet  (fol.  144),  fut  abatue  (vers  1.465),  et 
rempars  furent  faicts  au  dedans  des  murailles.»  S’agirait-il  ici  du  rempart  annexé 
à  l’enceinte  qui  nous  occupe?  A  plusieurs  époques,  des  ordres  furent  donnés  pour 
aplanir  et  abaisser  les  voiries  voisines  des  portes  de  Charles  Y,  à  l’extérieur.  Se¬ 
rait-ce  avec  les  matériaux  provenant  de  l’abaissement  de  ces  voiries,  qu’on  aurait 
formé  le  rempart  existant  sur  les  vieux  plans? 

'  M.  de  Gaulle  nous  apprend,  dans  son  Histoire  de  Paris,  que,  selon  un  ancien  registre  de  la  Chambre 
des  Comptes,  en  1528,  on  donna  de  l’argent  à  Henri  de  Famechon  «pour  avoir  'poudres  et  engins 
idoines  aux  canons  et  ribadoquins  qui  étoient  devant  Puy-Guillaume  ». 


FORTIFIC.  DE  PARIS  APRÈS  L’INVENTION  DE  L’ARTILLERIE.  119 

Une  ordonnance  de  1512,  que  je  citerai  plus  tard,  permet  aux  bourgeois  de 
déposer  les  gravois  et  ordures  le  long  des  remparts,  pour  grossir  et  soutenir  les 
fortifications  (Sauvai,  t.  I,  p.  42).  Un  édit  de  1514  ordonne  de  porter  les  gravois 
le  long  des  murs,  pour  la  fortification  de  la  Ville  ( Id .,  t.  III,  p.  561).  Ces  deux  or¬ 
donnances  n’indiquent  pas  de  quel  côté  de  Paris  on  consolida  les  fortifications.  Il 
s’agit  peut-être,  dans  la  seconde,  du  gros  mur  de  la  rive  gauche. 

Il  nous  sera  aussi  fort  difficile  de  deviner  quelle  forme,  quelles  proportions 
furent  données  aux  nouvelles  murailles,  et  si,  à  une  époque  ultérieure,  elles 
furent. reconstruites,  ainsi  que  les  tours. 

Il  existait,  le  long  de  l’ancien  quai  de  l’Arsenal,  une  suite  de  onze  tours  carrées, 
reliées  par  un  mur  dont  j’ai  remarqué,  l’année  dernière,  un  échantillon.  Ce  mur 
consistait,  dans  toute  sa  masse,  en  grosses  pierres  de  taille,  et  portait  environ 
deux  mètres  et  demi  d’épaisseur.  Cette  portion  de  l’enceinte  de  Charles  V 
reliait  la  tour  de  Billy  à  celle  Barbeau.  Si  l’on  suppose  que  l’arc  de  clôture  qui 
entourait  la  ville,  entre  la  pointe  occidentale  de  i’ile  Louviers  et  la  place  actuelle 
du  Carrousel,  se  composait  partout  de  murailles  et  de  tours  de  semblables  pro¬ 
portions,  il  doit  paraître  d’abord  assez  surprenant  que  tout  cet  ensemble  si  solide 
ait  été  détruit,  partie  vers  1550,  partie  vers  1634,  sans  qu’il  en  soit  resté  aucun 
vestige,  tandis  que  le  mur  de  Ph.  Auguste,  bien  moins  solide,  n’a  pas  encore 
disparu  entièrement  du  sol. 

On  peut,  je  crois,  trouver,  sur  ce  fait,  une  explication  assez  satisfaisante.  Les 
murs  de  Charles  V  furent  abattus,  à  deux  époques  (sous  Henri  II,  entre  la  Bastille 
et  la  porte  du  Temple  ;  sous  Louis  XIII,  entre  cette  porte  et  la  Seine),  pour  faire 
place  à  une  courtine  flanquée  de  bastions  à.  deux  faces.  Ces  murs  ne  furent  ja¬ 
mais,  comme  ceux  de  Ph.  Auguste,  concédés  à  des  particuliers,  jamais  incor¬ 
porés  à  des  habitations  particulières.  De  là  vient  sans  doute  qu’il  n’en  reste  plus 
aucune  trace  \  Il  est  donc  probable  que  les  matériaux  des  murs  et  des  tours  fu¬ 
rent  employés,  les  uns,  à  revêtir  les  bastions  et  la  courtine,  les  autres,  à  con¬ 
struire  de  nouvelles  maisons  dans  le  voisinage. 

Quand  on  examine  les  anciens  plans  de  Paris,  il  est  permis  de  supposer  que  les 
murailles  et  les  tours  dont  parle  Christine  de  Pisan  ont  été  remplacées,  car,  sur 
ces  plans,  on  voit  un  simple  mur  peu  élevé,  que  relient  de  distance  en  distance  des 
bâtiments  qui,  en  général,  ressemblent  plus  à  des  maisons  en  ruines  qu’à  des 
tours.  Tout  cet  ensemble  de  fortifications  aurait  donc  été,  à  une  certaine  époque, 
à  demi  enterré  des  deux  côtés,  ou  seulement  du  côté  de  la  ville,  sous  une  masse 

1  Hors  du  côté  de  l’Arsenal  ;  mais  cette  portion  de  l’enceinte,  formant  un  retour  d’équerre,  n’était 
qu’un  appendice  à  l’enceinte  principale. 


120  FORTIF1C.  DE  PARIS  APRES  L’INVENTION  DE  L’ARTILLERIE 

énorme  de  terres  ou  de  gravois,  de  sorte  que  sous  Louis  XIII,  et  même  dès 
François  Ier,  les  rez-de-chaussée  de§  tours  étaient  des  salles  souterraines,  des  case¬ 
mates,  si  l’on  veut. 

11  est  remarquable  qu’aucun  des  historiens  contemporains  des  règnes  d’Henri  II 
et  de  Louis XIII  ne  constate  la  démolition  laborieuse  de  ces  fortes  murailles;  nous 
apprenons  simplement  qu’en  1634  on  fit  abattre  le  mur,  aplanir  le  rempart  et  re¬ 
combler  les  anciens  fossés,  avec  les  matériaux  de  ce  rempart.  (Voir  les  arrêts  des 
23  nov.  1633  et  5  juillet  1634,  cités  auchap.  xix.) 

Ouest  donc,  sur  tout  ce  qui  concerne  l’enceinte  de  Charles  V,  réduit  à  des 
hypothèses.  Après  tout  (bien  que  j’aie,  faute  de  preuves  suffisantes,  adopté  une 
opinion  différente)  on  pourrait,  sans  dévier  du  bon  sens,  admettre  que  l’existence 
d’un  rempart  continu,  à  Paris,  cette  ville  où  toute  innovation  est  toujours  bien 
accueillie,  date,  en  effet,  du  XIVe  siècle.  Je  le  répète  :  l’idée  d’utiliser  les 
déblais  d’un  fossé  pour  en  former  une  butte  parallèle  à  ce  fossé,  et  qui  en  con¬ 
tinue  l’escarpe,  semble  si  naturelle,  qu’on  peut  l’attribuer  aux  ingénieurs  de 
ce  temps.  Les  Romains  et  bien  d’autres  peuples  formaient  ainsi  leurs  camps  re¬ 
tranchés,  bien  qu’ils  n’eussent  pas  à  se  mettre  à  l’abri  de  l’effet  du  canon.  Pour¬ 
quoi  les  ingénieurs  de  Charles  V  n’auraient-ils  pas  imaginé  d’établir  son  mur 
d’enceinte  et  les  tours  carrées  ou  bastides  qui  le  fortifiaient,  soit  sur  un  tertre 
formé  des  déblais  du  fossé,  soit  au  pied  du  talus  de  cette  petite  colline  factice  1  ? 
En  élevant  cette  colline,  qui  ajoutait  toute  sa  hauteur  à  la  profondeur  du  fossé, 
ces  ingénieurs  n’auraient  pas  eu  pour  but  d’amortir  le  choc  des  boulets,  puis¬ 
que  le  tir  du  canon  sc  réduisait  aux  fonctions  des  anciens  trébucliets,  c’est- 
à-dire  à  lancer  d’énormes  pierres  sur  les  maisons,  bien  loin  au  delà  des  mu¬ 
railles  ;  mais  on  pouvait  tirer  de  ce  système  de  fortification  de  nombreux 
avantages  ;  on  employait  sur  place  les  déblais  ;  on  épargnait  de  grands  frais  pour 
la  construction  des  murs,  qui  exigeaient  une  moindre  hauteur  ;  on  possédait  une 
large  terrasse  pour  y  placer  à  l’aise  les  machines  de  guerre,  ou  du  moins  pour 
en  faciliter  le  transport  sur  le  sommet  des  tours  et  sur  la  plate-forme  du  mur, 
puisque  tel  était  encore  l’usage  des  tours  et  des  murs.  Aurait-on  craint  que  les 
assiégeants  s’ouvrissent  facilement  une  issue  à  travers  cette  butte  de  terre  pour 
s’introduire  dans  la  ville  ?  Mais  les  assiégés  n’avaient-ils  pas  toujours  leurs  mu¬ 
railles  et  leurs  tours  crénelées  pour  en  défendre  l’approche  ? 

L’historien  qui  continua  la  Chronique  de  Guillaume  de  Nangis  est  le  seul  qui 
donne  quelques  détails  sur  la  clôture  commencée  en  1356.  Or,  son  récit  ne  con¬ 
tredit  pas  cette  hypothèse.  «Anno  1357.  Omnes  incœperunt  super  fossata,  ad 
«  partem  orientaient  (voir  p.  71),  muros  parvos  novos  construere.»  A  quoi  eût  servi 

'  Au  XIIe  siècle,  les  donjons  des  châteaux  s’élevaient  sur  des  buttes  factices. 


FORTIFIC.  DE  PARIS  APRÈS  L’INVENTION  DE  L’ARTILLERIE.  121 

ce  mur  neuf  et  peu  élevé  (  car  c’est  ainsi,  je  crois,  qu’on  doit  rendre  le  mot 
parvos ),  s’il  eût  été  établi  au  bord  du  fossé  et  au  niveau  du  sol  ?  Précisément 
parce  que  c’était  un  petit  mur,  on  peut  le  supposer  bâti  sur  un  terrassement. 

Revenons  à  l’influence  de  l’invention  de  l’artillerie  sur  la  construction  des  en¬ 
ceintes  de  villes,  au  XIVe  siècle.  Selon  l’ouvrage  du  prince  L.  Napoléon,  elle  aurait 
été  presque  nulle  avant  le  règne  de  Louis  XI,  et,  jusqu’à  ce  roi,  on  s’en  serait  tenu 
à  peu  près  à  la  forme  des  clôtures  des  siècles  précédents  ;  on  se  serait  borné  à 
augmenter  l’épaisseur  des  murs  et  à  fortifier,  à  l’extérieur,  le  voisinage  des 
portes,  de  bastides  en  terre  palissadées. 

Mais  notons  que,  dans  cet  ouvrage,  il  n’est  nullement  question  de  Paris.  Or, 
je  le  répète,  cette  ville  a  fort  bien  pu,  dès  l’an  1356,  adopter,  contre  la  nouvelle 
puissance  du  canon,  un  système  de  défense  inusité  ailleurs.  On  entreprit  la  troi¬ 
sième  clôture  de  la  rive  droite,  précisément  à  l’époque  où  l’usage  de  l’artillerie 
commençait  à  se  répandre  ;  il  est  donc  probable  qu’on  ne  prit  pas  pour  modèle 
l’enceinte  de  Ph.  Auguste.  Si  alors  on  avait  eu  l’idée  et  les  moyens  de  mettre  en 
pratique  le  tir  à  plein  fouet,  on  eût  sans  doute  imaginé  des  fortifications  analo¬ 
gues  à  celles  de  nos  jours;  mais  on  ne  connaissait  encore  que  le  tir  courbe.  On 
ne  put  songer  à  construire  des  murs  assez  élevés  pour  arrêter  des  projectiles 
lancés  en  parabole  :  c’eût  été  démence.  Mais  on  basa  la  défense  de  la  capitale 
sur  l’emploi  de  machines  semblables  à  celles  de  l’attaque  ;  on  opposa  l’artillerie  à 
elle-même  ;  ne  pouvant  en  éluder  les  effets,  on  chercha  à  repousser  ceux  qui  en 
dirigeaient  les  coups.  Pour  les  éloigner  du  centre,  on  recula  les  limites  de  l’en¬ 
ceinte  et  l’on  défendit  l’approche  du  mur,  au  moyen  d’un  double  fossé.  On  donna 
à  sa  plate-forme  (sur  toute  la  ligne  ou  sur  certains  points)  assez  de  surface  pour 
y  placer  des  bombardes  ;  on  diminua  le  nombre  des  créneaux  et  l’on  renforça  les 
parapets  ;  on  substitua  aux  tours  cylindriques  des  tours  carrées  ou  bastides  de 
pierre,  dont  les  terrasses  plus  spacieuses  et  d’une  forme  plus  commode  conve¬ 
naient  mieux  aux  manœuvres  des  pièces. 

Avant  de  m’être  éclairé  sur  l’origine  et  les  progrès  de  l’artillerie,  je  croyais 
que  le  tir  des  premiers  canons  ne  différait  en  rien  de  celui  d’aujourd’hui.  Avec 
cette  idée  fausse,  je  ne  m’expliquais  pas  les  anciennes  miniatures,  et  je  supposais 
ces  canons  placés  sur  une  sorte  de  terre-plein,  derrière  un  mur  épais,  percé  de 
larges  embrasures. 

Cette  idée  me  semblait  même  si  naturelle,  que  je  l’ai  plusieurs  fois  exprimée 
dans  mes  Etudes  sur  les  plans  de  Paris;  elle  n’est  juste  qu’appliquée  au  XVIe 
siècle.  Admettons  donc  que,  jusqu’à  Louis  XI,  l’artillerie  fut  toujours  placée  au 
sommet  des  murs  et  des  tours;  mais  cet  usage  ne  défend  pas  de  croire  qu’au 
XIVe  siècle  ces  murs  et  ces  tours  aient  été,  ou  bâtis  sur  une  butte  continue,  ou 

16 


125 


FORTIFICATIONS  EXÉCUTÉES  SOUS  LE  ROI  JEAN. 


flanqués,  à  l’intérieur,  d’un  terrassement  que,  par  la  suite,  on  aura  nommé  rempart. 

Toutes  ces  questions  que  j’ai  abordées,  au  lieu  de  les  éluder  (système  plus 
commode),  sont  encore  enveloppées  d’une  obscurité  profonde.  Puissent  mes 
observations,  mes  hypothèses,  aider  un  jour  à  les  résoudre  ! 

J’adopterai,  dans  tout  le  cours  de  ces  dissertations,  l’expression  de  :  enceinte 
de  Charles  V,  pour  désigner  celle  commencée  au  nord  de  Paris  en  1356,  conti¬ 
nuée  sous  Charles  Y,  et  achevée  sous  son  successeur.  Le  règne  de  Charles  V 
étant  l’époque  où  ces  travaux  furent  poussés  avec  le  plus  d’activité,  je  crois  que 
le  nom  de  ce  roi  doit  s’y  rattacher,  comme  celui  de  Ph.  Auguste  à  l’enceinte  pré¬ 
cédente,  bien  que  ces  deux  clôtures  aient  dû  subir  plus  d’une  transformation,  jus¬ 
qu’à  l’époque  où  l’on  traça  les  premiers  plans  de  Paris  qui  les  représentent. 

Quand  je  décrirai  l’enceinte  de  Charles  Y  au  chapitre  xvn,  ce  sera  telle  qu’elle 
se  trouvait  vers  Fan  1530,  sans  m’inquiéter  des  grands  changements  qu’elle  a 
pu  éprouver  dans  sa  forme  et  peut-être  même  dans  la  ligne  primitive  de  son  par¬ 
cours,  depuis  l’année  1356. 

A  la  suite  de  cette  description,  je  citerai  des  extraits  de  comptes  ou  d’actes, 
capables  de  fournir  à  l’archéologue  quelques  lumières  sur  les  modifications  qui 
furent  apportées  à  l’enceinte  de  Charles  Y,  pendant  une  période  de  plus  de  deux 
siècles.  Nous  tâcherons  de  préciser  l’époque  où  tel  ou  tel  accessoire  a  été  ajouté 
à  la  forme  primitive,  ou  en  a  été  retranché.  Ces  modifications  doivent  coincider 
avec  les  révolutions  successives  qui  se  sont  opérées  dans  l’emploi  de  l’artille¬ 
rie,  telles  que  la  substitution  du  tir  h  plein  fouet  au  tir  en  parabole,  l’ajustage 
des  pièces  sur  des  affûts  à  roues,  etc. 

Ces  innovations  dans  le  service  de  l’artillerie  durent  influer  sur  la  construction 
des  enceintes  fortifiées;  il  vint  un  temps  où  partout  l’on  abaissa  les  murs  au  lieu 
de  les  exhausser  ,  où  l’on  plaça  les  canons,  non  plus  sur  leur  plate-forme,  mais 
derrière  leur  face  intérieure,  percée  d’ouvertures,  sur  un  terrassement  assez  spa¬ 
cieux  pour  le  libre  recul  des  pièces.  Ce  ne  fut  guère  qu’à  partir  de  Louis  XI  que 
tout  cet  ensemble  de  fortifications  demeura  à  peu  près  stationnaire,  jusque  vers 
le  milieu  du  XYIe  siècle,  époque  où  fut  adopté  le  système  de  bastions  angulaires 
reliés  par  une  courtine,  système  en  rapport  avec  la  théorie  des  feux  croisés,  et 
encore  aujourd’hui  pratiqué,  à  quelques  différences  près. 

XV. —  lïes  forfifficafaoEBS  exécutées  soms  le  roi  dfe:asi  le  Bon< 

L’alarme  que  causa  aux  Parisiens,  en  1356,  la  nouvelle  de  la  captivité  du  roi 
Jean,  pris  par  les  Anglais  à  la  bataille  de  Poitiers,  les  fit  songer  à  protéger  la  ca¬ 
pitale  contre  la  chance  d’une  invasion.  Il  fut  arrêté  sur-le-champ,  par  le  régen 


FORTIFICATIONS  EXÉCUTÉES  SOUS  LE  ROI  JEAN. 


123 


Charles  (depuis  roi)  et  le  prévôt  des  marchands,  Genlien  Tristan,  que  la  ville 
serait  mise  en  état  de  défense.  Félibien  cite  (t.  Y,  p.  818)  une  ordonnance  datée 
de  1358,  qui  enjoint  de  creuser  des  fossés  autour  des  murs  de  Paris  et  d’y  faire 
quelques  tours  et  bastides.  Je  ne  sais  si  la  date  de  cette  ordonnance  est  une  er¬ 
reur;  en  tout  cas,  le  zèle  des  habitants  l’aurait  précédée  de  deux  ans,  puisque, 
selon  les  chroniques  contemporaines,  dès  le  18  oct.  1356,  un  mois  après  la 
prise  du  roi,  on  se  mit  à  l’ouvrage,  sous  la  direction  d’Etienne  Marcel.  On  connaît 
l’activité  des  Parisiens  en  ces  sortes  d’occasions  ;  il  est  donc  probable  que,  dans 
le  premier  moment  d’enthousiasme,  on  commença  à  creuser  autour  du  gros  mur 
de  Pli.  Auguste,  sur  la  rive  droite,  dans  le  voisinage  de  la  Seine,  des  fossés  qui 
furent  bientôt  abandonnés;  car  31  fut  décidé  que,  de  ce  côté  de  Paris,  on  établi¬ 
rait  une  nouvelle  enceinte  plus  convenable  et  assez  étendue  pour  renfermer  ce 
qu’on  nommait  alors  les  faubourgs  du  Temple,  S.  Martin,  S.  Denis,  Montmartre 
et  S.  Honoré.  Il  paraîtrait  qu’on  regardait  déjà  comme  inutile  la  muraille  sep¬ 
tentrionale  dePh.  Auguste,  étouffée,  pour  ainsi  dire,  par  la  proximité  de  quar¬ 
tiers  très-populeux. 

J’ai  déjà,  en  décrivant  l’enceinte  méridionale  de  Pli.  Auguste,  parlé  en  détail 
des  nombreux  changements  qu’on  y  apporta  sous  les  rois  Jean  et  Charles  V. 
Comme  il  n’existait  aucun  faubourg  important,  du  moins  dans  le  voisinage  im¬ 
médiat  de  cette  enceinte,  mais  seulement  des  terres  en  culture  et  de  vastes  clos, 
il  fut  aisé  d’établir,  sans  de  grands  frais  préalables,  un  large  fossé  au  pied  du 
vieux  mur,  et  de  le  rendre,  au  moyen  de  quelques  appendices  et  de  certaines 
modifications,  plus  propre  à  la  défense  de  la  ville.  On  reprit,  à  cette  occasion, 
pour  obtenir  la  place  nécessaire  aux  fossés  et  aux  chemins  de  ronde,  tous  les 
terrains  contigus  au  gros  mur,  terrains  qui,  depuis  Ph.  Auguste,  avaient  été  in¬ 
considérément  accordés  à  diverses  communautés  religieuses.  On  déposséda,  avec 
promesse  d’indemnités  ultérieures,  les  Cordeliers,  les  Jacobins,  les  religieux  de 
S.  Germain-des-Prés,  de  Sainte-Geneviève  et  de  S.  Victor,  de  terres  ou  de  bâti¬ 
ments  qui  leur  appartenaient.  Plus  tard,  on  les  dédommagea  par  des  conces¬ 
sions  de  certains  droits  ou  par  des  propriétés  sises  à  Paris  ou  ailleurs. 

Outre  l’addition  de  ce  fossé  et  d’un  arrière-fossé  \  et  l’établissement  d’un 
chemin  de  ronde  intérieur,  devenu  indispensable,  au  moins  sur  certains  points, 
on  dut,  dès  lors,  si  ce  n’est  un  peu  plus  tard,  réparer  et  remanier  en  quelques 
endroits  l’ancien  mur  de  clôture.  Peut-être  porta-t-on  à  l’intérieur  du  mur  une 

1  Cet  arrière-fossé  de  la  rive  gauche,  dont  parlent  les  anciens  actes,  fut  sans  doute  incorporé 
plus  tard  au  fossé  principal,  car  on  ne  le  voit  figurer  sur  aucun  des  plans  du  XVP  siècle.  Quand  du 
côté  de  S.  Victor  on  creusa  le  fossé,  le  canal  de  la  Bièvre  qui  traversait  l’abbaye  cessa  de  passer 
sous  le  gros  mur  pour  aller  se  jeter,  en  suivant  la  rue  de  Bièvre,  vis-à-vis  l’Évêché,  et  prit  une 


m 


FORTIFICATIONS  EXÉCUTÉES  SOUS  LE  ROI  JEAN. 


partie  des  déblais  du  fossé;  peut-être,  comme  je  l’ai  dit  page  68,  forma-t-on  de 
ces  déblais,  dans  le  voisinage,  des  buttes  de  terre  en  talus,  nommées  alors  bas¬ 
tides,  ou  Boulleverts,  espèce  de  forts  détachés  établis  près  des  portes,  et  garnis 
de  canons  et  autres  engins  ;  peut-être  faut-il  voir,  dans  la  pente  assez  roide  et  iso¬ 
lée  des  rues  des  Boulangers,  de  Contrescarpe-S.  Marcel  et  de  S.  Hyacinthe,  des 
vestiges  de  ces  bastides  de  terre. 

A  cette  même  époque  on  a  pu  modifier  et  restaurer  quelques-unes  des  tour- 
nelles  et  des  portes  de  Ph.  Auguste.  L’établissement  de  ponts  sur  le  fossé  en¬ 
traîna  des  changements  dans  la  construction  primitive  des  portes,  qui  furent,  un 
peu  plus  tard,  précédées  de  pont-levis.  Plusieurs  furent  peut-être  rebâties  à  neuf, 
et  précédées  d’avant-portes  ou  ravelins,  établies  à  l’entrée  des  ponts-dormants. 
Au  reste,  je  traiterai  cette  question  plus  amplement  dans  mes  Recherches  sur  les 
portes.  Quant  au  vieux  mur,  il  fut  probablement  réparé  ;  il  aurait  même  été  re¬ 
haussé  sur  certains  points,  selon  quelques  auteurs,  notamment  Sauvai  (t.  III, 
p.  126);  mais  le  fait  n’est  pas  prouvé.  L’invention  de  l’artillerie  n’était  pas  une 
raison  pour  rehausser  les  murailles,  puisque  les  projectiles  que  lançaient  les 
bombardes  passaient  bien  au  delà.  Ce  qui  est  sûr,  c’est  qu’à  une  époque  plus  ou 
moins  éloignée  de  1356,  le  gros  mur  fut,  du  côté  de  l’ouest,  terrassé  à  l’intérieur, 
et  percé  d’embrasures  vers  sa  base  pour  livrer  passage  à  des  bouches  de  canons. 

Au  reste,  la  rive  gauche,  protégée  par  des  collines  peu  distantes  et  par  son  es¬ 
carpement  même,  éloignée  de  groupes  importants  d’habitations,  n’exigeait  pas 
un  système  de  défense  très-compliqué.  Quant  aux  bourgs  du  voisinage,  on  les 
fortifiait,  en  temps  de  guerre,  au  moyen  de  retranchements  dont  je  parlerai 
ailleurs.  Le  bourg  S.  Marcel  avait  même  son  mur  d’enceinte  particulier,  ses 
fossés  et  ses  portes.  (Voir  chap.  xx.) 

Il  en  était  autrement  du  côté  de  la  rive  droite,  où  des  bourgs  ou  plutôt  des 
faubourgs  considérables  s’étendaient  au  delà  et  tout  près  du  mur  de  Ph.  Au¬ 
guste.  Au  lieu  de  réparer  ou  d’abattre  la  muraille,  on  décida  de  l’enclore  dans 
un  nouvel  arc  de  clôture  bien  plus  étendu. 

Il  est  certain  que  cette  nouvelle  enceinte  ne  fut  pas,  dès  le  principe,  projetée 
et  exécutée  telle  que  nous  la  voyons  figurer  sur  les  plans  du  XVIe  siècle.  Elle  au¬ 
rait  consisté,  selon  Sauvai  (t.  I,  p.  4-1),  à  l’inverse  de  celle  de  Ph.  Auguste,  en  un 
fossé  sans  murailles,  fossé  auquel  Charles  V  aurait  ajouté  des  murs  et  remparts. 

autre  direction  en  dehors  de  la  ville  et  parallèle  au  fossé.  Le  19  janvier  1511,  on  demanda  au  roi 
de  rétablir  l’ancien  canal.  Cette  demande,  à  laquelle  on  ne  fit  pas  droit,  est  consignée  à  la  page  97 
du  Registre  extrait  des  greffes  de  l' Hôtel-de-Ville.  (Je  citerai  plusieurs  fois  ce  Registre,  qui  rapporte 
un  grand  nombre  d’actes  depuis  1 134  jusqu’à  1G07.  On  le  voit  à  la  Bibliot.  du  Louvre,  où  il  est  mar¬ 
qué  F.  784.  ) 


FORTIFICATIONS  EXÉCUTÉES  SOUS  LE  ROI  JEAN. 


125 


Mais  le  récit  positif  de  Jean  de  Venette  (voy.  p.  70),  que  Sauvai  cite  lui-même, 
ne  nous  permet  pas  d’admettre  cette  assertion,  puisque  ce  chroniqueur  assure 
de  visu  qu’en  1356  on  éleva  au-dessus  des  fossés  de  petits  murs ,  et  qu’on 
établit  des  portes  et  des  bastilles. 

Il  est  probable  que  tous  ces  accessoires  n’ont  été  que  des  constructions  faites 
à  la  hâte,  et  que  Charles  V  a  fait  rebâtir  le  tout  avec  solidité;  et,  comme  aucun 
document  positif  ne  peut  nous  éclairer  sur  cette  question,  je  supposerai  que  les 
travaux  commencés  sous  le  roi  Jean  ne  furent,  en  effet,  que  provisoires. 

Le  même  Sauvai  a  recueilli  sur  le  creusement  des  fossés  qui,  un  peu  plus  tard, 
servirent  à  la  fortification  plus  sérieuse  de  Charles  V,  des  détails  curieux,  mais 
peu  lucides,  comme  on  va  le  voir.  «  Tous  les  Historiens  du  tems  (dit-il,  t.  ï, 
«  p.  38),  disent  que  la  troisième  clôture  fut  résolue  depuis  la  prison  du  roi  Jean, 
«  pour  mettre  à  couvert  les  faux-bourgs  des  courses  de  l’Anglois,  qui  se  prépa- 
«  roit  à  venir  assiéger  Paris.  Quant  à  ceux  qui  ont  parlé  de  cette  clôture,  tous 
«  conviennent  qu’en  1358,  Etienne  Marcel,  prévôt  des  Marchands,  fit  des  mu- 
«  railles  et  des  fossés  depuis  le  bord  de  la  rivière,  où  est  maintenant  l’Arsenal, 
«jusqu  a  cette  fausse  porte  que  nous  nommons  la  Porte-Neuve,  où  furent  em- 
«  ployés  quatre  mille  ouvriers  qui  en  un  an  achevèrent  l’ouvrage.  Le  continua¬ 
it  teur  de  Nangis  cependant,  qui  y  vit  travailler,  assure  le  contraire,  que  Marcel 
«  fut  tué  en  1358  *,  que  de  son  tems,  on  ne  fit  que  des  fossés  et  des  arrières-fossés 
«  avec  de  petits  murs  entre  deux ,  qui  furent  garnis  de  quelques  portes ,  tours  et 
a  bastilles,  munis  d’hommes,  d’arbalêtres ,  etc.,  et  que  le  tout  fut  commencé 
«  en  1356,  deux  ans  auparavant.  Les  Regîtres  de  la  Chambre  des  Comptes  di- 
«  sent  la  même  chose  ;  et  de  plus,  que  les  fortifications  n’étoient  pas  encore  faites 
«  en  1367. » 

Sauvai  nous  apprend  ensuite,  d’après  ces  mêmes  registres,  que  les  frais  des 
fossés  commencés  en  1356,  sur  les  deux  rives,  furent  couverts  par  un  impôt  sur 
le  vin,  la  bière  et  autres  breuvages...  que,  cette  même  année,  le  15  octobre,  le 
prévôt  Marcel  et  les  quatre  échevins  confièrent  à  dix-huit  bourgeois  (dont  il  cite 
les  noms),  aidés  de  trois  comptables,  la  conduite  de  ces  fossés.  Quatre  furent 
chargés  de  les  faire  creuser  depuis  les  Tuileries  (la  place  actuelle  du  Carrousel), 
jusqu’à  la  rue  S.  Denis,  près  des  Filles-Dieu  (où  nous  voyons  le  passage  du  Caire). 

'  Selon  Corrozct,  Marcel  fut  tué  en  1357 ;  mais  il  est  à  noter  que  le  môme  (folio  HSJ  dit  que  ce 
fut  «  en  se  cuidant  sauver  en  la  Bastille »,  édifice  commencé  en  1569,  de  l’aveu  même  de  l’auteur. 
Selon  un  ancien  compte  de  l’Hôtel-de-ViIIe  cité  parDulaure,  ce  prévôt  «fit  fabriquer  sept  cents 
guérites  en  bois,  qui,  par  de  forts  crochets  de  fer,  furent  solidement  attachées  aux  créneaux  des 
murailles  (peut-être  celles  du  midi)».  Ce  nombre  paraît  exagéré.  Faut-il  attribuer  à  ce  nom  de 
guérites  le  sens  actuel?  On  a  autrefois  appelé  guarites  une  sorte  de  bombarde. 


116 


FORTIFICATIONS  EXECUTEES  SOUS  LE  ROI  JEAN. 


Six  autres  exécutèrent  les  travaux  depuis  les  Filles-Dieu  jusqu’à  la  Seine,  «entre 
le  couvent  des  Célestins  et  celui  des  Béguines  (religieuses  remplacées  depuis  par 
celles  de  l’Ave-Maria).  »  Les  huit  autres  se  chargèrent  des  fossés  de  l’Université. 

II  cite  ensuite  un  registre  de  la  Chambre  des  comptes,  de  1366  et  1368,  où 
l’on  indique  une  partie  de  la  route  des  fossés  commencés  en  1356,  «  avec  la 
quantité  de  toises  que  l’on  comptoit  dans  toute  leur  circonférence.  »  Ces  fossés, 
d’après  le  registre,  avaient,  en  totalité,  1162  toises  d’étendue,  et  les  arrières- 
fossés,  2506  et  demie.  Ces  derniers  portaient  trente  pieds  d’ouverture  sur  quinze 
de  profondeur. 

Sauvai  se  plaint  ensuite  de  ce  que  le  registre  n’est  pas  complet  dans  ses  détails 
particuliers,  et  il  cite  un  toisé  «fort  exact,  fait  quelque  cent  ans  depuis»  ,  d’où 
il  résulte,  au  moyen  de  calculs  partiels  des  distances  comprises  entre  chaque 
porte,  que  la  longueur  totale  du  grand  fossé  était  de  «  2020  toises,  c’est-à-dfre 
presqu’autant  que  celle  de  l’ arrière-fossé.  » 

Bouquet  s’emparant  du  premier  compte,  fort  peu  clair,  cité  par  Sauvai,  comme 
d’un  document  authentique,  admet  [Mémoire,  p.  117)  que  le  grand  fossé  du  roi 
Jean,  qui,  dit-il,  avait  17  toises  de  large  sur  24  pieds  de  profondeur,  fut  établi  le 
long  du  mur  septentrional  de  Ph.  Auguste,  et  que  le  fossé  de  la  nouvelle  enceinte, 
creusé  beaucoup  plus  loin  au  nord,  est  V arrière- fossé .  Il  en  conclut  que  le  nombre 
de  1 162  toises  s’applique  au  grand  fossé  contigu  au  gros  mur,  et,  le  nombre  de 
2506  toises  et  demie,  à  l’arrière-fossé,  c’est-à-dire  (selon  ses  idées)  à  celui  de  la 
nouvelle  enceinte.  Mais  Bouquet  se  garde  bien  de  citer  le  reste  de  l’article  de 
Sauvai,  où  il  est  dit  que  le  chiffre  1162  du  total,  quand  on  fait  le  calcul  par¬ 
tiel,  doit  être  remplacé  par  celui  de  2020  toises,  nombre  qui  ne  peut  s’appliquer 
à  un  fossé  creusé  près  du  gros  mur,  mais  au  fossé  de  la  nouvelle  enceinte,  le¬ 
quel  était  accompagné,  du  côté  de  la  campagne,  d’un  autre  plus  étroit,  et  qui  avait 
400  toises  d’excédant,  parce  qu’il  formait  un  circuit  un  peu  plus  étendu. 

Tout  ce  que  Sauvai  rapporte  au  sujet  de  l’enceinte  du  roi  Jean  offre,  à  mon 
avis,  beaucoup  d’obscurité,  et  il  serait  nécessaire  de  retrouver  les  sources  aux¬ 
quelles  il  a  puisé  tous  ces  détails.  Cette  phrase  où  il  dit  que  le  fossé  fut  continué 
«  depuis  les  Filles-Dieu  jusqu’à  la  Seine,  entre  les  Célestins  et  les  Béguines)),  est 
difficile  à  comprendre.  Faudrait-il  en  conclure  que,  primitivement,  l’enceinte 
commencée  en  1356,  arrivée  au  point  où  furent  établies,  en  1360,  les  Filles-Dieu, 
suivait  la  ligne  des  rues  actuelles  Bourbon-Villeneuve,  Sainte-Apolline ,  Meslay 
et  de  Vendôme -,  puis  de  là,  formant  un  cercle  plus  étroit  que  sous  Charles  VI, 
continuait,  dans  la  direction  des  rues  dites  aujourd’hui  :  Boucherat,  S.  Louis,  de 
l’Egout  Sainte-Catherine  et  S.  Paul,  pour  aboutir  à  une  tour  des  Célestins,  dont 
il  est  question  en  certains  actes? 


FORTIFICATIONS  EXÉCUTÉES  SOUS  LE  ROI  JEAN. 


1-27 


C’est  l’idée  que  peut  suggérer  cette  citation  de  Sauvai.  On  pourrait  même,  sur 
cette  seule  phrase,  bâtir  tout  un  système,  et  supposer  que  l’égout  qui  parcourait 
remplacement  représenté  depuis  par  la  rue  S.  Louis,  égout  découvert,  dont  le 
voisinage  incommodait  les  hôtes  du  palais  des  Tournelles,  aurait  été  établi  dans 
une  ancienne  tranchée  qui  se  prolongeait  jusqu’à  la  Seine,  en  suivant  la  rue  de 
rEgout-Sainte-Catherine,  dite  aujourd’hui  du  Val-Sainte-Catherine,  rue  qui,  en¬ 
core  avant  1845,  était  à  demi  occupée  par  un  égout  non  couvert,  coulant  dans 
une  sorte  de  canal  ou  ravin  de  deux  mètres  de  profondeur. 

Dans  ce  système,  on  admettrait  que  Charles  V,  trouvant  de  ce  côté  de  Paris 
le  fossé  de  1356  trop  voisin  du  centre  de  la  ville,  l’aurait  reculé  jusqu’à  la  ligne 
où  passent  les  boulevards  Beaumarchais  et  S.  Antoine.  Le  fossé  provisoire,  ajou¬ 
terait-on,  ayant  servi  fort  peu  de  temps,  il  n’est  pas  étonnant  qu’on  n’en  parle 
pas  dans  l  'histoire. 

Mais  laissons  cette  hypothèse  bâtie  sur  la  pointe  d’une  aiguille.  Croyons  plutôt 
que  les  ingénieurs  de  Charles  V  ne  touchèrent  sur  aucun  point  à  la  ligne  des 
fossés  et  arrière-fossés  commencés  sous  le  roi  Jean,  et  se  bornèrent  à  les  agran¬ 
dir  et  à  les  fortifier  avec  toutes  les  ressources  de  Fart  connues  à  cette  époque. 

Quant  à  la  phrase  où  il  est  dit  que  le  fossé  fut  conduit  jusqu’à  la  Seine,  «  entre 
les  Célestins  et  les  Béguines  »  ,  on  peut  l’interpréter  ainsi  :  ce  fossé  arrivé  à 
la  Seine,  vers  la  pointe  orientale  de  File  Louviers,  continuait  en  retour  d’équerre, 
suivant  la  direction  de  l’Arsenal  jusqu’à  la  tour  Barbeau,  tour  voisine  des  Bé¬ 
guines;  mais,  dans  cette  supposition,  il  faut  admettre  que  la  partie  du  fossé  qui 
fait  retour  d’équerre  est  représentée  par  le  petit  bras  de  File  Louviers,  et  que  ce 
prétendu  bras  de  la  Seine  était  un  canal  creusé  vers  1356.  Je  reproduirai  plus 
tard  cette  opinion,  qui  peut  paraître  singulière. 

Je  m’abstiendrai  donc,  pour  éviter  de  tomber  dans  l’idéal,  vu  le  manque  de 
documents  authentiques,  de  décrire  la  ligne  que  suivaient  les  fossés  et  arrière- 
fossés  creusés  au  nord  de  Paris,  sous  le  roi  Jean.  Tout  ce  que  les  auteurs  mo¬ 
dernes  ont  écrit  à  ce  sujet  paraît  s’appliquer  aux  fossés,  tels  qu’ils  existaient  sous 
Charles  VI  et  sous  François  Ier.  Je  me  bornerai  à  quelques  hypothèses.  Je  sup¬ 
poserai  que  ceux  commencés  en  1356  étaient  uniformes  ou  à  peu  près  dans  tout 
leur  cours,  façonnés  en  talus,  et  non  à  fond  de  cuve  *,  et  probablement  non  re¬ 
vêtus  de  maçonnerie,  même  du  côté  de  l’escarpe  ;  car  ce  revêtement  ne  fut  que 
commencé  du  temps  de  François  Ier,  et  n’exista,  je  pense,  que  dans  le  voisinage 
de  quelques  portes.  J’ignore  complètement  si  le  mur  peu  élevé  dont  parle  le  con¬ 
tinuateur  de  Nangis  était  situé  au  bord  de  l’escarpe  du  grand  fossé,  comme  ce- 

1  Sous  Henri  II,  la  partie  des  fossés,  entre  la  Bastille  et  la  Seine,  fut  recreusée  à  fond  de  cuve 
(  à  parois  verticales),  et  revêtue  de  pierres  du  côté  de  l’escarpe. 


128 


FORTIFICATIONS  EXÉCUTÉES  SOUS  LE  ROI  JEAN. 


lui  de  Charles  V,  ou  sur  une  butte  de  terre  continue,  ou  encore,  comme  le  prétend 
Sauvai,  dans  l’espace  compris  entre  les  deux  fossés. 

Que  doit-on  entendre  par  les  portes  et  bastilles  dont  il  est  parlé  aux  années 
1356  et  1358?  Je  penche  à  croire,  contrairement  à  l’opinion  exprimée  dans  la 
note  de  la  page  71,  que  ces  bastilles  consistaient,  non  pas  en  des  tours  de 
pierres,  comme  celle  de  Charles  Y,  mais  en  des  monticules  de  terre,  palissadés, 
élevés  près  des  portes  et  formés,  soit  par  les  déblais  des  fossés,  soit,  comme  on 
l’admet  communément,  par  des  dépôts  de  gravois  et  d’immondices.  Ces  bastilles 
de  terre  sont  peut-être  les  éminences  factices  nommées  plus  tard  :  butte  S.  Roch, 
Villeneuve-sur-Gravois ,  bastillon  ou  boulevert  S.  Antoine;  mais  je  n'oserais 
l’affirmer.  Ces  sortes  de  fortifications,  placées,  au  XIVe  siècle,  près  des  issues  des 
villes  closes,  peuvent  être  considérées,  je  le  répète,  comme  des  sortes  de  petits 
forts  qu’on  nommerait  de  nos  jours  détachés ,  c’est-à-dire  isolés  de  l’enceinte 
continue  ;  seulement  nos  ingénieurs  les  construisent  plus  solidement,  avec  des 
formes  plus  compliquées,  et  à  une  distance  bien  plus  éloignée  des  fossés  de  la 
ville. 

Quel  sens  doit-on  attribuer  au  mot  porte  dont  se  sert  le  continuateur  de  Nangis, 
Jean  deVenette  (comme  le  nomme  Mauperché,  p.  116)?  Elles  consistaient  vrai¬ 
semblablement  en  de  simples  percées  pratiquées  dans  la  ligne  générale  des  for¬ 
tifications,  percées  munies  de  barrières,  de  palissades,  et  précédées  d’un  pont 
de  bois  ou  de  pierre,  ou  d’une  simple  chaussée  jetée  sur  le  fossé,  aux  endroits 
où  aboutissaient  les  six  principales  rues  de  la  ville.  Admettrons-nous  que  ces 
portes,  si  toutefois  il  s’agit  de  celles  du  Nord,  fussent  dès  lors  de  gros  bâtiments 
de  pierre  flanqués  de  tours  dans  les  angles  ?  Je  ne  le  pense  pas,  puisque  ces  b⬠
timents  sont  généralement  attribués  à  Charles  Y,  hors  celui  de  la  porte  S.  An¬ 
toine,  que  ce  roi,  assure-t-on,  trouva  déjà  construit,  et  fit  incorporer  à  sa  for¬ 
teresse  nommée  par  excellence  la  Bastide  ou  Cliastel  S.  Antoine.  Cette  dernière 
porte  exceptée,  je  crois  que  toutes  les  autres  ne  furent  établies  qu’après  le  décès 
du  roi  Jean.  Si  l’on  suppose  le  contraire,  Charles  V  aurait  donc  reconstruit  toutes 
ces  portes,  bâties  depuis  quelques  années  :  c’est  une  assertion  inadmissible. 

A  nos  yeux,  les  portes  de  l’enceinte  du  nord  n’étaient,  sous  le  roi  Jean,  que  de 
simples  issues,  hors  celle  ouverte  à  l’extrémité  de  la  rue  S.  Antoine;  et  quand 
Jean  de  Yenette  nous  parle  des  trébuchets 1  (balistis)  des  guarites  et  canons  ( gar - 
relis  et  canonïbus)  placés  «adexitus  portarum  »  ,  il  veut  dire  (si  toutefois  il  parle 
de  la  rive  droite),  que  ces  instruments  de  guerre  étaient  dressés  sur  des  bastilles 
de  terre  palissadées,  qui  avoisinaient  au  dehors  les  principales  issues  de  la  ville. 

1  Scion  l’opinion  de  notre  président  L.  Napoléon,  le  mot  balista  doit  se  traduire  par  trébuchet, 
machine  de  jet  dont  il  explique  l’usage,  et  la  seule  employée  au  moyen  âge. 


CLOTURE  SEPTENTR.  DE  CHARLES  Y.  —  OBSERY.  PRÉLIMINAIRES.  129 

Toutes  ces  questions  me  semblent  curieuses,  importantes  à  résoudre.  Mais  ici 
j'avoue  encore  mon  impuissance,  et  je  laisse  à  des  archéologues  plus  heureux  et 
plus  érudits  que  moi  le  soin  de  découvrir  la  vérité. 


XVI.  —  Clôàïare  @e|»4eaati*l©BîaIe  «le  IParls  sons  Charles  V. 

Ofosei'vafsoass  préliaBalnaüres. 

Tel  était  à  peu  près,  à  mon  avis,  l’état  des  travaux  rapidement  exécutés,  à 
partir  de  l’an  1356,  quand,  en  1364,  Charles  Y  monta  sur  le  trône.  Déjà  ce  roi, 
du  temps  de  son  père,  avait  présidé  à  une  partie  de  ces  travaux.  La  paix  une 
fois  faite  avec  les  Anglais,  il  dut  songer  à  munir  plus  efficacement  sa  capitale 
contre  les  chances  d’une  nouvelle  guerre,  à  perfectionner  cette  enceinte  provi¬ 
soire,  sans,  je  pense,  en  étendre  le  circuit.  À  cette  époque,  on  avait  sans  doute 
indemnisé  tous  les  propriétaires  expropriés  sur  le  passage  des  fossés.  Dès  1360, 
on  avait  installé  les  Filles-Dieu  dans  les  bâtiments  d’un  hôpital  nouvellement 
construit  (par  Imbert  de  Lions  ou  Lyoms,  un  des  bourgeois  chargés  des  travaux 
de  l’enceinte),  en  dédommagement  de  ceux  que  S.  Louis  leur  avait  donnés  (au 
nord-ouest  de  la  porte  S.  Denis  actuelle),  et  dont  une  impasse  du  boulevard  Bonne- 
Nouvelle  conservait  encore  le  souvenir  en  1840.  Selon  Sauvai  (t.  I,  p.  41),  les 
matériaux  de  l’ancien  couvent  des  Filles-Dieu  servirent  à  construire  quelques- 
unes  des  nouvelles  portes  et  bastilles  de  la  ville. 

Charles  V  eut  donc  plus  d’intérêt  à  terminer  cette  enceinte,  établie  sur  des 
terrains  que  la  ville  avait  payés;  qu’à  la  reculer  plus  loin,  et  c’est  par  ce  motif,  à 
mon  avis,  que  la  ligne  de  sa  clôture  doit  être  celle  même  tracée  en  1356v 

Je  ne  sais  au  juste  en  quelle  année  ce  roi  donna  ordre  à  Hugues  Aubriot, 
prévôt  de  Paris,  de  recreuser  les  fossés  et  arrière-fossés,  et  en  même  temps  de 
les  fortifier .  Ici  se  représente  la  difficulté  signalée  au  chapitre  xiv.  En  quoi  con¬ 
sistait  cette  fortification  ?  À  coup  sûr,  elle  se  composait  en  principal  d’un  mur 
crénelé  reliant  entre  elles  des  tours  ou  bastides  de  forme  carrée,  forme  jugée 
alors  la  plus  convenable  pour  placer  les  machines  de  guerre;  mais,  je  le  répète, 
il  est  incertain  si  cet  ensemble  reposait  sur  un  terrassement,  ou  simplement  au 
niveau  du  sol,  à  une  certaine  distance  du  talus  d’escarpe  du  premier  fossé. 

Si  l’on  s’en  rapporte  aux  témoignages  contemporains,  ces  murailles,  substi¬ 
tuées  au  petit  mur  du  roi  Jean,  avaient  une  élévation  imposante.  Sur  les  vieux 
plans,  elles  paraissent  avoir  une  hauteur  assez  médiocre.  Les  historiens  ont  exa¬ 
géré,  ou  on  aura  abaissé  plus  tard  ces  murs,  ainsi  que  les  tours,  regardant 
leur  élévation  comme  un  inconvénient,  par  rapport  aux  effets  de  l’artillerie.  Je 

17 


130  CLOTURE  SEPTENTR.  DE  CHARLES  Y.  —  OBSERV.  PRELIMINAIRES. 


doute  que  leur  hauteur  dépassât  vers  1530  celle  du  mur  de  Ph.  Auguste,  d’autant 
plus  qu’elle  était  doublée  par  la  profondeur  du  fossé. 

Le  mur  de  Charles  V  était  couronné  de  créneaux,  détruits  plus  tard.  Les  para¬ 
pets  crénelés  des  tours  et  des  portes  reposaient  certainement  sur  des  consoles 
dentelées,  dont  les  intervalles  formaient  ces  vicies  nommés  mâchicoulis.  À  cette 
époque,  on  appréciait  beaucoup  et  l’on  multipliait  les  ouvrages  en  saillie  sur  les 
fossés,  tels  que  :  échauguettes  ou  guérites  de  pierres,  tourelles  à  encorbellement, 
moucharabys  ou  balcons  surplombants,  qui  permettaient  de  faire  tomber  des  pro¬ 
jectiles  sur  les  assiégeants  devenus  maîtres  des  fossés  1 .  Ces  guérites  de  bois,  dont 
il  est  question  page  125,  étaient  sans  doute  des  appendices  destinés  aux  mêmes 
usages;  mais  probablement  elles  fortifiaient  l’enceinte  du  midi. 

Vers  le  même  temps,  ou  un  peu  plus  tard,  on  établit  devant  les  portes  des 
ponts-levis,  et  au  delà  des  ponts  de  pierre  ou  dormants  qui  les  suivaient,  sur  la 
chaussée  d’entre  les  deux  fossés,  des  avant-portes  fortifiées  que  je  décrirai  ail¬ 
leurs.  La  baie  de  ces  avant-portes  était  percée  à  dessein  dans  un  axe  qui  ne 
correspondait  pas  à  celui  de  la  porte  principale. 

Telle  doit  être,  à  peu  près,  l’idée  qu’on  peut  se  faire  du  genre  de  fortifications 
établies  sous  Charles  Y,  et  achevées  par  son  successeur,  du  côté  de  la  rive  droite, 
le  long  des  fossés  commencés  en  1356.  Reste  à  savoir  si  le  tout  fut,  dès  le  prin¬ 
cipe,  accompagné  ou  non  du  terrassement  représenté  sur  les  anciens  plans  2. 
Pour  prendre  un  parti,  nous  admettrons  qu’il  ne  fut  formé  que  plus  tard,  et  peu  à 
peu.  En  tout  cas,  si  on  le  suppose  contemporain  du  roi  Jean  ou  de  Charles  Y,  il  fut 
tant  de  fois  réparé,  modifié,  renforcé  depuis  ce  temps,  qu’en  1530  ce  n’est  pour 
ainsi  dire  plus  le  même.  Il  est  même  douteux  que  les  murs  et  les  tours,  ou  bâti¬ 
ments  carrés  qui  figurent  sur  les  plans  du  XYIe  siècle,  soient  précisément,  sur 
tous  lès  points,  ceux  de  Charles  Y.  Une  partie  au  moins  aura  été  refaite  ou  re¬ 
nouvelée  vers  le  temps  de  Louis  XI. 

Les  frais  qu’entraînèrent  depuis  1356  le  creusement  des  fossés,  la  [construc¬ 
tion  des  murs,  des  tours  et  des  portes,  tout  cela,  y  compris  l’achat  préalable  des 
terrains  et  les  indemnités  accordées,  fut,  assure-t-on,  à  la  charge  de  la  ville  de 
Paris  3,  sans  que  le  trésor  du  roi  y  participât  comme  sous  Ph.  Auguste,  ce  qui 
n’empêcha  pas  que  les  murs,  dans  les  anciens  actes,  ne  fussent  nommés  assez 
souvent  les  murs-le-Roy  ou  du  Roy. 

1  II  y  avait  en  outre,  au  fond  du  fossé,  contre  le  talus  d’escarpe,  des  petits  bâtiments,  nommés  ca¬ 
semates,  d’où  les  arbalétriers  tiraient  sur  l’ennemi  quand  il  s’approchait  des  fossés. 

*  Sur  le  plan  de  Munster,  plan  d’une  grossièreté  repoussante,  et  sur  ses  copies,  on  ne  voit  qu’un 
mur  et  pas  de  rempart  ;  mais  le  témoignage  d’un  tel  plan  ne  prouve  rien. 

*  Bans  un  Mémoire  adressé  à  Louis  XIII  par  la  ville  (Bouquet,  page  504),  on  rappelle  que  toutes 
les  enceintes,  depuis  Ph.  Auguste,  ont  été  établies  aux  frais  de  la  ville. 


CLOTURE  SEPTENTR.  DE  CHARLES  V.  —  OBSERV.  PRÉLIMINAIRES.  131 

Les  Parisiens,  dit  Félibien,  t.  Y,  p.  818,  en  dédommagement  de  leurs  frais, 
eurent  la  pêche  des  fossés.  Une  telle  indemnité  paraît  dérisoire,  car  ces  fossés 
étaient  le  plus  souvent  à  sec,  hors  aux  approches  de  la  Seine,  et  n’avaient  d’autre 
cours  d’eau,  je  suppose,  qu’un  maigre  ruisseau  croupi,  provenant  des  égouts  et 
coulant  dans  la  cunettc  du  fossé.  Le  véritable  dédommagement  de  leurs  dépenses, 
ce  fut,  ce  me  semble,  l’avantage  d’être  fortifiés  contre  les  attaques  extérieures. 

Les  vieux  plans  représentent,  en  général,  les  fossés  comme  remplis,  sur  toute 
la  ligne,  d’une  eau  courante.  Cette  circonstance  ne  se  réalisait,  je  pense,  que 
dans  les  cas  de  grandes  averses.  Il  pourrait  se  faire  pourtant  qu’autrefoisles  eaux 
provenant  de  Ménümontant ,  et  formant  le  ruisseau  de  ce  nom,  nommé  plus  tard 
le  Grand-Egout  *,  eussent  alimenté  d’eau  les  fossés;  on  lit  même  dans  le  Journal 
de  Paris  sous  Charles  VI,  p.  156,  qu’en  1433  les  Armagnacs  avaient  projeté  d’en¬ 
trer  à  Paris,  «  à  toutes  nacelles ,  par  les  fossés  d’entre  la  porte  S.  Denis  et  la  porte 
S.  Honoré.»  Le  même  nous  apprend  (p.  173)  que,  vers  la  fin  de  l’an  1437,  les 
fossés  de  Paris  étaient  gelez. 

Depuis  l’embouchure  du  fossé  de  la  Bastille  jusqu’aux  environs  de  la  rue  ac¬ 
tuelle  du  Pas-de-la-Mule,  et,  d’autre  part,  depuis  la  Seine  jusqu’au  delà  delà  rue 
S.  Honoré,  il  pouvait  y  avoir  en  tout  temps  une  certaine  quantité  d’eau;  car  la 
Seine,  dans  ses  hautes  crues,  remontait  jusque-là,  et  on  retenait  l’eau  au  moyen 
d’écluses  ou  de  batardeaux.  On  cite  souvent,  dans  les  anciens  comptes,  la  tour  de 
X Ecluse  des  Tuileries,  la  tour  de  X Ecluse  des  Célestins,  noms  qui  s’appliquent 
sans  doute  aux  tours  de  Bois  et  Billy.  Depuis  Henri  II  jusqu’à  Louis  XIY,  il  fut 
souvent  question  de  canaliser  les  fossés  de  Charleà  Y  ainsi  que  ceux  commencés 
sous  François  Ier  et  continués  sous  Charles  IX  et  Louis  XIII  ;  mais  ces  divers 
projets  ne  furent  jamais  exécutés. 

Quoi  qu’il  en  soit,  une  certaine  portion  des  fossés  contenait  de  l’eau  et  des  pois¬ 
sons,  puisqu’on  voit  dans  les  anciens  comptes  que  la  ville  affermait  cette  pêche, 
ainsi  que  les  herbages,  à  divers  particuliers.  On  affermait  même  à  part  celle  des 
grenouilles;  en  1448,  elle  appartenait  à  un  nommé  Michault  Dufour  (Bouquet,  Mé¬ 
moire,  p.  182).  Dans  le  même  Mémoire ,  on  parle  fréquemment  de  la  pêche  des 
fossés.  (Yoy.  pages  174,  201,  249.) 

Il  est  souvent  question,  dans  les  chroniques  et  les  anciens  comptes,  des  arrière- 
fossés.  On  les  appelait  ainsi  *,  parce  qu’ils  étaient  derrière  le  fossé  principal,  par 

'  J'ai  fait  des  recherches  sur  le  cours  primitif  de  ce  ruisseau,  mais  je  n’ai  pu  découvrir  à  quelle 
époque  il  a  cessé  de  couler  entre  Ménümontant  et  le  point  où  nous  voyons  le  Château-d’Eau  du 
boulevard.  C’est  de  ce  point  que  part,  sur  tous  les  anciens  plans,  le  grand  égout  qui  jadis,  assure- 
t-on,  descendait  de  Ménümontant  ou  de  Belleville. 

*  Bouquet  avance,  p.  117,  que  Y  arrière-fossé  signifie  :  le  fossé  creusé  au  pied  du  mur  septentr.  de 


132  CLOTURE  SEPTENTR.  DE  CHARLES  Y.  —  OllSERV.  PRÉLIMINAIRES. 


rapport  aux  habitants  de  la  ville;  mais,  pour  ceux  qui  venaient  de  la  campagne, 
c’était  le  premier  fossé.  On  voit,  dans  le  récit  de  l’assaut  donné  à  Paris  par  Jeanne 
d’Àrc,  qu’elle  lit  combler  de  fascines  le  premier  fossé,  pour  arriver  à  celui  qui 
touchait  aux  murs  de  la  ville. 

L’arrière-fossé  figure  sur  l’ancien  plan  de  tapisserie,  sur  ceux  de  Braun  et  de 
Du  Cerceau;  mais  sur  les  plans  postérieurs  à  ceux-ci,  il  paraît  avoir  disparu 
entre  la  porte  Saint-Denis  et  la  Seine,  ou  peut-être  les  deux  fossés  n’en  forment 
plus  qu’un  seul.  On  en  distingue  encore  des  traces  sur  le  plan  de  Mérian;  c’est 
probablement  sur  la  place  de  cet  arrière-fossé  comblé  qu’est  établi,  entre  les  portes 
Montmartre  et  S.  Honoré,  un  jeu  de  Pail-Mail. 

Entre  les  deux  fossés,  selon  Corrozet  (édit.  1561,  fol.  138),  était  une  butte  à 
dos  d'asne.  Cette  butte  semble  marquée  sur  quelques  plans.  Au  delà  de  l’arrière- 
fossé,  du  côté  de  la  campagne,  était  un  chemin  de  contrescarpe.  Je  tâcherai  d’in¬ 
diquer  plus  tard  quelles  sont  les  rues  qui  le  représentent. 

Nous  voyons  sur  les  plans  la  muraille  de  Charles  Y  fortifiée  de  distance  en  dis¬ 
tance  par  de  grands  bâtiments  de  pierre,  tantôt  carrés,  tantôt  en  forme  de  carrés 
longs  ’,  dont  le  côté  le  plus  étendu  est  parallèle  au  fossé.  Les  uns,  à  plate-forme 
terrassée  et  crénelée,  ressemblent  à  de  grosses  tours  peu  élevées;  les  autres,  cou¬ 
verts  de  toits,  ont  l’air  de  simples  maisons  dont  le  pignon  est  à  cheval  sur  le  profil 
du  mur.  Je  pense  que,  dans  l’origine,  ils  étaient  tous  sans  toiture  et  peut-être 
beaucoup  plus  hauts.  Ces  tours  auront  été  en  partie  refaites,  je  le  suppose,  ou 
remplacées,  depuis  Charles  Y. 

11  est  à  remarquer  que  ni  Sauvai,  ni  aucun  autre  auteur,  n’a  donné  le  moin¬ 
dre  détail  sur  ces  anciennes  tours  de  clôture. 

Certains  actes  les  désignent  sous  le  nom  de  bastides  ou  maisons  sur  les  murs. 
C’est  d’elles,  sans  aucun  doute,  qu’il  est  question  dans  les  extraits  de  comptes 
imprimés  à  la  suite  du  Mémoire  de  Bouquet  :  —  «  Article  des  Eschiffles 2  et  des 
«  Bastides  estant  sur  les  murs  de  Paris,  sur  les  fossez  pleins  d’eau,  pardevers  la 
«  Porte  S.  Denys  en  France...  »  (p.  176).  Il  paraît  qu’en  1424,  ces  bâtiments 
étaient  loués  à  divers  particuliers. 

Ph.  Auguste;  néanmoins  il  cite  beaucoup  de  comptes,  d’où  il  résulte  qu’il  faut  entendre  par  ce  mot 
le  fossé  creusé  plus  loin  au  nord  et  parallèle  à  celui  qui  accompagnait  le  mur  de  Charles  V. 

'  Sur  le  petit  plan  de  Munster,  et  sur  scs  copies,  quelques-uns  de  ces  bâtiments  sont  des  tours 
rondes.  Mais  quelle  confiance  lui  accorder?  Les  tours  de  Notre-Dame  y  sont  représentées  comme 
deux  sortes  de  colombiers. 

2  Je  ne  sais  au  juste  la  signification  du  mot  eschiffles.  Aucun  vieux  glossaire  n’a  pu  m’éclairer  à 
cet  égard.  On  nomme  aujourd’hui  mur  d'échiffre  celui  qui  soutient  les  abouts  des  marches  d’un 
escalier.  Peut-être  ce  nom  désigne-t-il  des  rampes  ou  escaliers  extérieurs  qui  conduisaient  au 
sommet  du  rempart  ou  du  mur.  Le  Journal  sous  Charles  VJ,  p.  58,  cite  les  eschifflcz. 


CLOTURE  SEPTENTR.  DE  CHARLES  Y.  —  OBSERY.  PRÉLIMINAIRES.  î 33 

Encore  quelques  citations  tirées  du  même  Mémoire.  Page  175  :  «les  Bastides 
«  estant  entre  les  murs  devers  les  champs.  »  Page  178  :  «le  chemin  par  où  l’on 
«  va  aux  maisons  ou  eschiffies  qui  sont  sur  les  murs  de  ladicte  ville.  »  — ■ 
«  Article  des  maisons  estant  entre  icelles  Bastides,  tant  couvertes  que  non  coû¬ 
te  vertes,  sans  les  Eschiffies.  —  Somme  de  la  revenue  des  Eschiffies  et  Bastides 
«  estant  entour  et  sur  les  murs  de  Paris  :  33  livres,  18  sols  Parisis.  » 

C’est  encore,  je  crois,  de  ces  bâtiments  qu’il  s’agit  dans  ce  passage  du  Journal 
de  Paris  sous  Charles  VI,  p.  125  :  «Sept.  1429.  Les  Quarteniers...  commencè- 
«  vent  à  fortifier  Paris  aux  portes,  de  Roullevars  (buttes  de  terre),  ès  maisons 
«  qui  estoient  sur  les  murs,  affûter  canons,  queües  pleines  de  pierres  sur  les 
«  murs,  redrecer  les  fossez  dehors  la  Ville,  et  faire  barières  dehors  la  Ville  et 
«  dedens.  » 

Dans  un  compte  de  1621  (Bouquet,  p.  256),  le  mot  Sarbacane  paraît  s’appli¬ 
quer  à  ces  bâtiments.  On  y  lit  :  «  les  murs  de  la  Ville  où  étoient  les  Bar  cannes 
(barbacanes)  servant  à  la  défense  de  laditte  Ville.  »  On  a  pu  aussi  les  désigner 
par  l’expression  guérite,  qui  est  quelquefois  synonyme  de  donjon.  Ainsi,  il  est 
question  [ibid.,  p.  265)  d’ouvrages  entrepris,  de  1516  à  1518,  «  entre  la  porte 
«  S.  Honoré  et  la  deuxième  Guerite  ensuivant  tirant  à  la  porte  Montmartre.  » 
Dans  d’autres  comptes,  on  se  borne  à  employer  le  mot  tour.  Au  milieu  de  tous 
ces  noms  si  divers,  j’adopterai  celui  de  Bastide  l. 

Sur  l’immense  gouache  de  l’Hôtel-de-Ville,  gouache  qui  est  un  calque  de  la  ta¬ 
pisserie  exécutée  vers  1540,  ces  bastides  sont  arrangées  pour  l’effet  ;  les  unes 
ressemblent  à  de  hautes  tours  carrées  et  crénelées,  les  autres,  à  des  maisons.  La 
plupart  sont  figurées  à  l’état  de  ruines  pittoresques;  mais  ce  détail  est  probable¬ 
ment  une  fantaisie  du  dessinateur  qui,  sous  Louis  XIV,  a  cru  devoir  enjoliver  ce 
plan.  Sur  tous  les  vieux  plans  gravés,  ainsi  que  sur  le  dessin  de  Gagnières, 
elles  paraissent  être  entières  et  en  assez  bon  état  ;  elles  ont  la  forme  d’un  carré  ou 
d’un  carré  long,  et  ressemblent  plutôt,  en  général,  à  des  maisons  qu’à  des  tours. 
En  un  mot,  on  remarque,  selon  chaque  plan,  de  grandes  différences  dans  leurs 
dimensions,  leur  forme  et  leur  nombre. 

Si  ces  tours  n’étaient  accompagnées  d’un  terrassement  que  du  côté  de  la  ville, 
il  est  certain  que,  du  côté  du  fossé,  elles  devaient,  n’étant  pas  en  partie  enter¬ 
rées,  descendre  plus  bas,  et  par  conséquent  paraître  plus  élevées;  cependant  cet 
effet  n’est  pas  rendu  sur  les  plans.  C’est  ce  qui  fait  croire  qu’elles  étaient,  ainsi 
que  le  mur,  placées  sur  le  sommet  du  rempart,  à  moins  d’admettre  que  le  rem- 

1  N’oublions  pas  qu’on  nommait  aussi  Bastides  les  portes  elles-mêmes  (en  ajoutant  à  ce  mot 
leurs  noms  particuliers),  ainsi  que  les  buttes  de  terre  élevées  à  l’issue  des  portes,  à  l’extérieur. 


134  CLOTURE  SEPTENTR.  DE  CHARLES  Y.  —  OBSERV.  PRÉLIMINAIRES. 

part,  au  lieu  de  flanquer  la  muraille  et  les  tours,  en  était  séparé  par  un  vide,  par 
une  sorte  de  fossé.  C’est  ainsi  qu’il  est  représenté  sur  les  plans  de  Quesnel  et 
Mérian,  où  il  semble  même  dominer  un  peu  le  sommet  des  bastides,  double  dis¬ 
position  que  je  regarde  comme  invraisemblable. 

Ces  bastides  ont-elles  disparu  avant  ou  en  même  temps  que  le  rempart?  Sur 
les  plans  en  deux  feuilles,  édités  par  Melchior  Tavernier,  et  qui  sont  des  calques 
corrigés  et  modernisés  de  celui  de  Mathieu  Mérian,  plans  dont  j’ai  signalé  trois 
éditions,  1630,  31  et  35>,  on  voit  encore  figurer  les  bastides.  On  doit  en  conclure 
qu’elles  n’ont,  été  abattues  qu’avec  le  rempart,  vers  1635.  Cependant,  sur  plu¬ 
sieurs  vues  de  Paris,  gravées  par  le  même  Mérian,  en  1616  et  1621,  on  n’en  voit 
plus  aucune.  C’est  probablement  un  oubli  de  sa  part.  Si  elles  eussent  été  dé¬ 
truites,  Tavernier  les  eût  sans  doute  supprimées,  comme  il  supprima  plusieurs 
autres  détails  marqués  sur  le  plan  qu’il  copiait,  parce  que  ces  détails  avaient 
disparu  depuis  1615. 

Le  grand  arc  que  formait  la  clôture  de  Charles  Y  était  interrompu  à  six  en¬ 
droits  par  des  portes  fortifiées  ou  bastides,  qui  protégeaient  l’entrée  des  rues 
S.  Antoine,  du  Temple,  S.  Martin,  S.  Denis,  Montmartre  et  S.  Honoré.  En  outre, 
il  exista  peut-être  une  porte  de  ville  située  entre  la  tour  Billy  et  celle  Barbeau, 
vis-à-vis  l’extrémité  méridionale  de  la  rue  actuelle  du  Petit-Musc  (voy.  mes 
Recherches  sur  les  portes,  au  mot  célestins).  Quant  à  la  porte  Neuve,  placée  sur 
le  quai  actuel  du  Louvre,  elle  ne  fut  établie  qu’en  1536. 

Les  six  portes  principal  es  de  Charles  Y,  encore  subsistantes  en  partie,  quoique 
modifiées  sous  Louis  XIÎÏ,  furent  construites  vers  l’année  1370,  ou  un  peu  plus 
tard.  Je  parlerai  ailleurs  de  leur  forme  et  de  leur  emplacement. 

La  seule  porte  bâtie,  à  mon  avis,  sous  le  roi  Jean,  ou  même  antérieurement, 
était  celle  placée  à  l’entrée  de  la  rue  S.  Antoine.  Elle  avait  l’apparence  des  portes 
de  Ph.  Auguste,  mais.pl us  en  grand,  car  elle  était  fortifiée  de  deux  hautes  tours 
rondes,  d’environ  cent  pieds  d’élévation.  Mais  à  peine  fut-elle  terminée  qu’on 
changea  sa  destination,  de  sorte  quelle  n’a  peut-être  jamais  porté  de  nom. 
Vers  1369,  Charles  Y,  voulant  construire  en  cet  endroit  une  redoutable  bastide, 
donna  ordre  à  Hugues  Aubriot  d’ajouter  à  cette  porte  six  autres  tours  sembla¬ 
bles,  toutes  reliées  par  d’épaisses  et  doubles  murailles.  Il  en  résulta  la  forteresse 
nommée  la  bastide  par  excellence. 

Cette  porte  ainsi  supprimée,  incorporée  à  un  vaste  édifice,  fut  remplacée  par 
une  autre  porte  S.  Antoine  plus  modeste,  et  située  plus  loin,  vers  le  nord.  Elle 
dévia  ainsi  de  l’axe  de  la  rue  S.  Antoine,  qu’on  élargit  en  forme  de  place  aux 
abords  de  la  porte,  afin  qu’elle  pût  y  abouiir ,  forme  qui  s’est  conservée  jusqu’à 
nos  jours. 


CLOTURE  SEPTENTR.  DE  CHARLES  Y.  —  QBSERV.  PRÉLIMINAIRES.  135 

Les  six  portes  de  Charles  Y,  que  je  décrirai  plus  tard,  coexistèrent  avec  les 
anciennes  portes  ou  poternes  annexées  à  l’enceinte  de  Ph.  Auguste.  Ces  der¬ 
nières  furent  depuis  nommées  anciennes  ou  fausses  portes1,  quelquefois  aussi 
premières  ou  secondes  portes,  selon  qu’on  entrait  à  Paris  ou  qu’on  en  sortait. 

M.  de  Gaulle  se  trompe  quand  il  avance  que,  sous  Charles  VI,  on  abattit  les 
portes  ou  poternes  dites  :  du  Louvre,  Coquillière,  du  Chaume,  Barbette  et  des 
Béguines,  attenantes  à  l’enceinte  du  XIIIe  siècle. 

Gilles  Corrozet  parle  de  ces  anciennes  portes,  qu’il  a  vu  détruire  presque 
toutes  sous  François  1er.  Celle  dite  Baudets  fut  la  première  abattue,  peut-être  dès 
le  temps  de  Charles  YI  ;  aussi  n’est-elle  plus  indiquée  sur  les  plus  anciens  plans; 
il  en  est  de  même  de  la  poterne  S.  Paul. 

Sauvai  avance  (t.  I,  p.  42)  que  les  portes  de  Charles  Y,  à  peine  terminées,  fu¬ 
rent  ruinées  sous  Charles  YI,  pour  punir  les  Parisiens  révoltés,  «  si  bien,  dit-il, 
«  que  Paris,  durant  quelques  années,  fut  semblable  à  un  hameau  et  à  quelque 
«  méchant  village,  où  l’on  peut  entrer  et  sortir  librement  à  toute  heure,  autant 
«  de  nuit  que  de  jour.  Quelques  historiens  contemporains  assurent  que  le  Cones- 
«  table  de  Clisson...  donna  ce  beau  conseil,  dont  il  se  repentit  à  loisir,  surtout 
«  en  1392,  quand  Pierre  de  Craon,  après  l’avoir  assassiné,  se  sauva  si  aisément 
«  avec  ses  complices,  à  la  faveur  de  ces  brèches  ;  si  bien  qu’à  la  fin  on  fut  con- 
«  traint  de  les  rétablir,  et  même  à  la  hâte  pour  garentir  Paris...  tant  des  Àrma- 
«  gnacs  et  des  Bourguignons,  que  des  Anglois...» 

Quoique  le  caractère  parisien  puisse  se  résumer  en  ces  trois  mots  :  faire,  dé¬ 
faire  et  refaire,  le  fait  tel  que  le  présente  Sauvai  me  paraît  néanmoins  peu  vrai¬ 
semblable.  On  brisa  sans  doute  les  barrières  ou  palissades,  les  vantaux  qui  fer¬ 
maient  la  baie  de  ces  portes,  mais  non  sans  doute  la  massive  maçonnerie  de  ces 
fortes  bastides  de  pierre  2. 

Corrozet  rapporte  (folio  129,  v. ),  d’après  les  anciennes  chroniques,  que 
Charles  YI  (en  1383),  indigné  contre  les  Parisiens,  entra  à  Paris  en  armes  et  en 
ordre  de  bataille,  et  il  ajoute  :  «  Les  boulevers  et  barrières  qui  estoient  deuant  la 
porte  Sainct  Denys  furent  rompuz,  et  la  porte  mise  en  pièces.  » 

Tous  ces  dégâts  tardèrent  peu  à  être  rétablis;  ce  fut,  dit-on,  aux  frais  des 
bourgeois,  habitant  les  rues  qui  y  aboutissaient. 


1  On  nomma  aussi  fausses  portes,  les  poternes  et  les  portes  établies  au  haut  des  faubourgs 
S.  Marcel,  S.  Jacques,  S.  Honoré,  S.  Denis  et  S.  Martin.  J’en  parlerai  plus  tard  au  chap.  xx,  et 
aussi  dans  mes  Recherches  sur  les  portes. 

2  Ce  fait,  rapporté  par  Sauvai,  paraît  peu  authentique.  Félibien  (t.  III,  p.  519)  cite  une  ordon¬ 
nance  de  1382  contre  les  Parisiens.  On  s’y  plaint  seulement  de  la  rupture  des  portes  de  V Hôtel-de-Ville. 


136  CLOTURE  SEPTENTR.  DE  CHARLES  Y.  — OBSERY.  PRELIMINAIRES. 


La  clôture  de  Charles  V  (comme  nous  sommes  convenus  de  la  nommer)  ne  fut 
complètement  terminée  que  vers  1420.  Depuis  cette  époque,  elle  fut,  sinon  re¬ 
nouvelée,  ce  qui  est  peu  probable,  du  moins  modifiée  et  réparée,  à  diverses  re¬ 
prises,  jusqu’à  l’année  1634  environ,  qu’elle  fut  détruite  et  remplacée  par  une 
enceinte  bastionnée,  projetée  et  commencée  dès  1536.  Je  regarde  comme  im¬ 
possible  de  retracer  au  juste  sa  physionomie  primitive,  puisqu’il  n’en  reste  plus 
de  vestiges  matériels,  sinon  du  côté  de  l’Arsenal,  où  elle  faisait  un  retour  d’é¬ 
querre  pour  relier  la  tour  Billy  à  celle  Barbeau. 

En  1652,  comme  l’atteste  le  plan  de  Gomboust,  il  restait  sur  la  place,  dite  un 
peu  plus  tard  du  Carrousel,  un  bout  de  fossé  qui  n’existait  plus  en  1672  ;  et  l’on 
voyait  encore,  entre  la  porte  du  Temple  et  la  Bastille,  des  traces  des  anciens 
fossés  et  quelques  portions  informes  du  rempart.  Quant  à  la  ligne  que  suivaient 
les  fossés  et  les  remparts,  nous  n’en  avons  d’autres  souvenirs  que  les  noms  de 
quelques  rues,  la  position  de  quelques  égouts  pratiqués  dans  une  partie  du  vide 
des  fossés,  et,  en  certains  endroits,  un  mouvement  du  sol  qui  semble  indiquer 
leur  passage,  et  dont  je  parlerai  au  chapitre  xvm. 

Il  est  fâcheux  que  Sauvai  n’ait  pas  recueilli  à  ce  sujet  des  renseignements  pré¬ 
cis,  lui  qui  a  pu,  dans  sa  jeunesse  (vers  1634),  assister  à  la  démolition  du  rem¬ 
part,  des  murs,  portes  et  bastides,  ainsi  qu’au  comblement  des  anciens  fossés, 
entre  la  rue  S.  Honoré  et  la  porte  S.  Denis.  Il  ne  nous  a  laissé  de  détails  que  sur 
les  portes,  et  encore  sont-ils  bien  confus. 

Il  est  difficile,  faute  de  plans  géométraux  du  temps,  d’indiquer  avec  précision 
l’emplacement  positif  occupé  par  le  rempart,  le  mur,  les  tours  et  les  fossés,  et  de 
les  figurer  avec  leurs  formes  réelles  et  leurs  justes  proportions.  Ce  rempart,  ces 
fossés,  ces  tours,  n’avaient  certainement  pas  partout  des  dimensions  identiques 
comme  je  suis  obligé  de  le  supposer  sur  ma  planche  IX.  J’ai  été  contraint  presque 
toujours  de  demander  des  renseignements  aux  plans  peu  exacts  des  XVIe  et  XVIIe 
siècles;  et,  comme  ils  sont  tous  tracés  à  vol  d’oiseau,  on  ne  peut  guère  en  tirer 
que  des  documents  approximatifs. 

Je  n’ai  rencontré,  relativement  au  rempart  qui  accompagna,  dès  le  principe  ou 
plus  tard,  l’enceinte  de  Charles  Y,  qu’un  seul  plan  géométral  conservé  aux  Ar¬ 
chives  (IIe  cl.,  n°  94).  Il  représente  l’étendue  du  Fief  des  Treize- arpents,  sur  le¬ 
quel  fut  établie,  vers  1630,  une  partie  du  jardin  et  des  bâtiments  du  Palais-Royal. 
On  y  distingue  le  tracé  des  fossés  et  remparts.  Ce  plan  a  été  dressé  d’après  celui 
levé  en  1695,  parDelepine.  À  cette  époque,  le  rempart  n’existait  plus  depuis  plus 
d’un  demi-siècle;  mais  il  est  probable  que  le  plan  de  Delepine  fut  exécuté  lui- 
mème  d’après  un  plan  antérieur. 

On  voyait  autrefois,  aux  Archives,  plusieurs  autres  plans  cotés:  IIIe  cl.,  nos  248, 


CLOT.  DE  CHARLES  Y  VERS  1530.  DU  CARROUSEL  A  LA  Pte  S.  DENIS.  137 


252  et  suiv.,  tous  relatifs  au  terrain  du  Palais-Royal  ;  mais  sur  les  cartes  où  leurs 
titres  sont  inscrits,  on  lit  :  «Remis  en  1818  à  M.  le  duc  d’Orléans.  »  Parmi  ces 
plans,  se  trouvaient  peut-être  dés  toisés  contemporains  de  l’époque  où  l’on  com¬ 
bla  les  fossés.  Quoi  qu’il  en  soit,  celui  que  j’ai  reproduit,  réduit  de  moitié,  sur  ma 
planche  X,  fig.  1,  doit  être  un  reflet  des  plans  originaux.  On  y  indique  par  des  li¬ 
gnes  pointillées  le  passage  du  rempart  et  du  fossé,  qu’on  voyait  encore  sous 
Louis  XIII,  sur  le  terrain  du  Palais-Royal.  On  y  a  figuré  la  largeur  du  fossé,  du 
rempart  et  des  chemins  de  ronde,  ainsi  que  le  profil  en  élévation  de  tous  ces  dé¬ 
tails,  le  tout  accompagné  d’une  échelle.  Malheureusement,  ce  plan  ne  mérite  pas 
toute  notre  confiance;  reporté  sur  celui  de  Yerniquet,  il  ne  peut  s’accorder  avec 
la  direction  des  rues,  que  je  suppose  précise  sur  ce  dernier  plan.  11  est  évident  que 
le  rempart  n’a  pas,  sur  toute  la  ligne,  occupé  autant  d’espace,  en  largeur,  que  la 
portion  marquée  sur  le  plan  de  Delepine,  puisque  l’étendue  de  son  emplacement 
réel  est  indiquée  par  quelques  rues  actuelles  qui  en  formaient  les  limites.  Sur  ce 
plan,  on  ne  distingue  ni  le  mur  d’enceinte,  ni  les  bastides  carrées  dans  lesquelles 
ce  mur  s’engageait  ;  sur  les  anciens  plans,  il  y  en  avait  au  moins  trois  dans  cet 
espace. 

Avouons  que  ce  seul  document  ne  suffît  pas  pour  retracer  avec  fidélité,  dans 
toute  la  longueur  de  son  cours,  une  enceinte  tant  de  fois  remaniée  depuis  1356. 
Le  fossé  a,  d’après  l’échelle,  environ  trente-sept  toises  de  large.  Cette  largeur  re¬ 
présente,  sans  aucun  doute,  celle  des  deux  fossés  réunis. 


XVil.  —  Description  de  la  clôture  de  C'ïiarSes  T.  te85e  qu’elle  était 

vers  !» 

(Du  Carrousel  à  la  porte  Saint-Denis.) 

Les  principaux  historiographes  parisiens  signalent,  mais  en  termes  bien  peu 
définis,  la  ligne  générale  que  suivait  l’enceinte  de  Charles  Y,  sans  s’embarrasser 
aucunement  de  l’espace  qu’occupaient  le  rempart,  les  fossés  et  les  chemins  de 
ronde.  C’est  cependant  là  un  point  essentiel  sur  lequel  doivent  être  dirigées 
toutes  les  recherches  de  l’archéologue  qui  tient  à  la  précision.  Les  rues  du  Rem¬ 
part-S. -Honoré ,  des  Fossés-Montmartre ,  et  plusieurs  autres  qui  portaient  des 
noms  analogues1 2,  offrent  des  souvenirs  bien  vagues  de  la  clôture  en  question. 
Ces  noms  de  rempart  ou  fossé,  appliqués  à  une  rue,  n’expliquent  ni  la  place,  ni 

1  On  remarquera  dans  ce  chapitre  plusieurs  idées  déjà  exprimées  dans  les  précédents.  Je  n’ai  pu 
faire  disparaître  ces  redites,  qui,  du  reste,  éclaircissent  le  texte. 

2  Les  rues  Meslay,  Jean-Beausire  et  autres,  ont  aussi  porté  le  nom  de  rue  du  Rempart. 

18 


138 


CLOTURE  DE  CHARLES  V,  VERS  1530. 


l’étendue  de  ces  parties  de  l’enceinte.  On  se  demande  si  les  rues  dites  du  Fossé 
longeaient  le  fossé  du  côté  de  l’escarpe  ou  de  la  contrescarpe  ;  si  elles  remplacent 
une  partie  de  sa  largeur,  ou  si  elles  y  aboutissaient  simplement.  L’expression  :  rue 
du  Rempart  entraîne  la  même  incertitude.  Je  tenterai,  dans  ces  dissertations,  de 
bien  fixer  la  signification  de  tous  ces  noms  de  rues. 

Avant  de  décrire  le  parcours  de  l’enceinte  de  Charles  Y,  sous  François  Ier,  il 
est  indispensable  de  nous  fixer  sur  la  forme  qu’elle  avait  à  cette  époque,  et  de  nous 
en  créer  une  idée  approximative  fondée  sur  le  raisonnement  et  sur  l’examen  rec¬ 
tifié  des  anciens  plans.  Nous  renoncerons,  pour  prendre  un  parti,  à  admettre 
que  le  mur  d’enceinte  et  ses  tours  fussent  élevés  sur  un  terre-plein.  Nous  rejet¬ 
terons  surtout  la  disposition  vicieuse  qu’offrent  les  plans  de  Quesnel  et  de  Mérian, 
et  que  j’ai  déjà  signalée  page  134. 

Sur  notre  tracé  le  terrassement  continu  ou  rempart,  formé  peu  à  peu,  je  ne 
sais  au  juste  à  partir  de  quelle  année,  s’élève  au-dessus  du  sol  général  d’environ 
huit  mètres  ;  il  a,  à  sa  base,  environ  vingt-cinq  mètres  de  large,  et  un  peu  moins  au 
sommet.  11  flanque  la  muraille,  du  côté  de  la  ville,  muraille  peu  élevée  en  1530, 
mais  qui  l’était  sans  doute  davantage  dans  l’origine.  A  cette  époque,  elle  n’était  plus 
crénelée,  sinon  sur  quelques  points,  mais  presque  partout  percée  de  meurtrières, 
et  même,  comme  l’indique  nettement  la  grande  gouache  de  l’Hôtel-de-Ville,  de 
larges  embrasures  pour  le  canon.  Ces  embrasures,  au  reste,  ne  peuvent  être 
guère  antérieures  à  Louis  NI;  car  avant  ce  roi  on  avait  l’habitude  de  placer  l’ar¬ 
tillerie  sur  les  plates-formes  des  murs,  des  tours  et  des  portes,  comme  nous  l’ap¬ 
prennent  les  anciennes  miniatures.  Ces  tours  carrées,  servant  alors,  en  quelque 
sorte,  de  bastions,  avaient  sur  leurs  flancs,  en  saillie  sur  le  fossé,  des  meurtrières 
pour  défendre  l’approche  des  murailles  et  prendre  l’ennemi  en  flanc. 

Le  mur  d’enceinte,  c'est  fort  probable,  n’était  pas  flanqué  d’un  terrassement 
du  côté  du  fossé.  On  peut  seulement  le  supposer  muni,  au  pied,  d’un  petit 
tertre  nommé  empalement.  Entre  l’empâtement  et  le  bord  d’escarpe  du  fossé,  on 
peut  admettre  l’existence  d’un  étroit  chemin  de  ronde. 

A  des  intervalles  plus  ou  moins  réguliers,  le  mur  était  interrompu  par  ces  gros 
bâtiments  carrés  (que  nous  nommerons  bastides),  dans  lesquels  il  venait  s’enga¬ 
ger  vers  le  milieu  de  leur  profil.  Le  mur  de  face  de  ces  bastides  devait  nécessai¬ 
rement  paraître  plus  haut  du  côté  du  fossé,  que  du  côté  opposé  où  leur  base  était 
cachée  par  le  rempart;  mais,  je  le  répète,  aucun  des  anciens  plans  n’a  fait  sentir 
celte  différence  (  Voyez  p.  133). 

La  plupart  de  ces  bastides,  terminées  en  terrasse  dans  l’origine,  munies  de 
parapets  crénelés  et  de  mâchicoulis,  n’ont  plus  cette  forme  sur  les  vieux  plans  ; 
elles  ressemblent  presque  toutes  à  de  vastes  maisons  dont  le  pignon  reçoit  le  pro- 


DU  CARROUSEL  A  LA  PORTE  S.  DENIS. 


139 


fil  du  mur,  et  dont  le  sommet,  dépourvu  de  créneaux,  est  couvert  d’un  toit  vul¬ 
gaire.  Les  aurait-on  ainsi  transformées  ou  reconstruites,  ou  avaient-elles  cette 
apparence  dès  le  temps  de  Charles  VI?  C’est  ce  que  je  ne  saurais  dire.  Les  an¬ 
ciens  actes  de  ce  temps,  qui  parlent  de  maisons  sur  le  mur ,  veulent  sans  aucun 
doute  les  désigner  (Voyez  page  132  ).  J’admets  donc  volontiers  que  tous  ces  b⬠
timents  étaient  autrefois  de  hautes  tours  qu’on  aura  plus  tard,  au  XVe  siècle, 
abaissées  ainsi  que  le  mur  et  appropriées  à  l’usage  de  casernes,  ou  de  remises 
pour  l’artillerie.  Leur  hauteur  primitive  devait  approcher  d’au  moins  vingt  mètres 
à  partir  du  sol,  et,  avant  l’addition  du  rempart  (si  ce  rempart  a  été  ajouté),  on 
communiquait,  parla  plate-forme  du  mur,  d’une  tour  à  l’autre. 

Le  rempart  offrait,  du  côté  de  la  ville,  une  sorte  de  colline,  de  terrasse  gazon- 
née,  et,  du  côté  du  fossé,  le  mur  d’enceinte  lui  servait  en  quelque  sorte  de  re¬ 
vêtement.  Entre  le  rempart  et  la  ville  était  un  chemin  de  ronde,  d’où  partaient 
sans  doute,  de  distance  en  distance,  des  montées  ou  rampes  en  pente  douce, 
pour  le  transport  de  l’artillerie  (Voy.  page  116). 

Il  est  question,  dans  le  Mémoire  de  Bouquet,  p.  220,  d’une  «  grande  montée 
à  visse  à  deux  noyaux  (projetée,  près  de  la  porte  Montmartre),  pour  l’aisance  et 
commodité  d’aller  et  venir  sur  le  rempart ,  1601 .» 

A  une  distance  de  quelques  toises  du  pied  de  la  muraille  d’enceinte,  s’ou¬ 
vrait,  du  côté  de  la  campagne,  un  premier  fossé,  large  d’au  moins  trente  mètres, 
et  creusé  en  entonnoir  jusqu’à  la  profondeur  de  sept  ou  huit  mètres,  non  compris 
un  étroit  canal  pratiqué  au  fond,  et  nommé  cunette.  Les  deux  talus  de  ce  fossé 
n’étaient  vraisemblablement  pas  encore  revêtus  de  pierre  en  1530,  sinon  peut-être 
dans  le  voisinage  des  portes. 

Un  intervalle  de  plusieurs  mètres  séparait  le  grand  fossé  d’un  autre  plus  étroit, 
nommé  arrière- fossé.  Il  était  aussi  moins  profond  et  presque  toujours  à  sec.  L’es¬ 
pace  entre  les-deux  fossés  formait  une  chaussée  que  Corrozet  appelle  :  une  butte 
en  dos  d'âne.  C’est  sur  cette  chaussée  qu’étaient  construites  les  avant-portes  for¬ 
tifiées,  qui  précédaient  les  portes  principales. 

La  fîg.  2  de  ma  planche  IX  donnera  une  idée  de  la  manière  dont  on  peut  se 
figurer  le  profil  de  cet  ensemble  de  fortifications  vers  1530.  Plusieurs  petites  vues 
des  anciennes  portes  (planche  XII)  feront  comprendre  l’aspect  des  fossés  aux  en¬ 
droits  où  se  rencontraient  des  portes. 

La  planche  IX  représente  l’ensemble  de  la  clôture  fortifiée  de  Charles  V,  telle 
qu’elle  se  trouvait  vers  1530  h  Je  l’ai  tracée  sur  le  plan  moderne  et  exact,  mal¬ 
gré  sa  petite  échelle,  de  X.  Girard.  Mon  travail  a  pour  base  des  documents  plus 

1  On  y  voit  aussi  le  tracé  de  l’ensemble  du  mur  septent.  de  Pli.  Auguste,  tracé  qui  complète  mes 
Observations  générales  consignées  au  cliap.  xm. 


140 


CLOTURE  DE  CHARLES  Y,  VERS  1530. 


ou  moins  précis,  que  m’ont  fournis  de  nombreux  ouvrages,  et  des  plans  géné¬ 
raux  ou  partiels  que  je  signalerai.  Quand  j’ai  rencontré  des  témoignages  contra¬ 
dictoires,  j’ai  choisi  ceux  qui  m’ont  paru,  par  tels  ou  tels  motifs  que  j’explique, 
les  plus  dignes  de  confiance. 

Cette  planche  est  donc  l’expression  fidèle  de  l’idée  que  j’ai  pu  me  faire,  après 
plusieurs  années  de  recherches,  de  la  ligne,  des  proportions  et  des  détails  de  cette 
enceinte,  jusqu’ici  imparfaitement  étudiée.  J’ai  indiqué  par  des  lignes  pointillées 
la  largeur  réunie  des  deux  fossés  (à  moins  qu’on  n’admette  que  l’arrière-fossé 
s’étendait  encore  au  delà  de  cette  limite),  la  position  hypothétique  des  bastides, 
et  la  largeur  approximative  du  rempart  à  sa  base. 

Les  noms  et. la  direction  de  certaines  rues  m’ont  aidé  souvent  à  déterminer 
les  limites  du  fossé  et  du  rempart.  La  portion  de  l’arc  de  clôture,  entre  les  portes 
du  Temple  et  la  Bastille,  est  celle  qui  m’a  coûté  le  plus  de  temps  à  fixer,  parce 
que  cette  partie  de  l’enceinte  a  été,  depuis  Henri  II,  remuée  de  fond  en  comble, 
et  qu’aucune  rue  ancienne  n’en  rappelle  l’emplacement. 

J’ai  tracé,  en  partie  sur  cette  planche,  en  partie  sur  la  figure  3  de  la  planche 
suivante,  les  anciennes  huttes  qui,  formées  de  gravois  ou  de  terres  rapportées, 
ont  autrefois  servi  de  complément  à  la  fortification  de  la  ville  ‘  ;  puis,  plus  tard 
abaissées,  ont  été  converties  en  bastions  à  deux  faces. 

J’ai  donné  au  rempart  et  au  fossé,  sur  toute  la  ligne,  une  forme  et  une  di¬ 
mension  identiques.  Il  en  est  de  même  des  bastides  qui  accompagnent  le  mur.  Je 
dois  avertir  que  cette  uniformité  n’est  qu’hypothétique.  N’ayant  pour  me  guider 
que  les  plans  si  imparfaits  du  XVI0  siècle,  qui  ne  sont  jamais  d’accord  entre  eux, 
et  ne  sachant  auquel  accorder  ma  confiance,  j’ai  dû  admettre  une  régularité  de 
convention  qui  n’existait  réellement  pas. 

Un  point  moins  incertain,  c’est  la  ligne  que  j’assigne  au  parcours  de  l’enceinte  ; 
car  j’ai  pour  jalons  et  pour  guides,  des  plans  de  géomètres  indiquant  la  situation 
des  portes,  la  direction  de  certains  égouts,  les  limites  de  quelques  couvents  con¬ 
tigus  à  l’enceinte,  enfin,  je  le  répète,  la  position  et  le  nom  de  quelques  rues. 

Nous  commencerons  notre  examen  de  détail  par  une  haute  tour  ronde 1  2  qui, 
vers  l’orient,  formait  la  tête  de  la  clôture  de  Charles  V.  On  ne  peut  guère  fixer 
qu’approximativement  sa  position,  d’après  plusieurs  estampes  d’Israël  Silvestre, 
et  le  plan  de  J.  Gomboust.  Elle  s’élevait  au  bord  de  la  Seine,  qui  fut  plus  tard 
rétrécie  à  cet  endroit  par  l’établissement  du  quai  du  Louvre.  Quand  la  grande 

1  Les  buttes  voisines  des  portes  S.  Martin  et  du  Temple  sont  peut-être  d’une  formation  posté¬ 
rieure  à  Charles  V.  J’en  parlerai  plus  au  long  au  chap.  xxr. 

2  Sous  Charles  V,  la  forme  carrée  commençait  à  être  généralement  préférée.  Ce  fut  peut-être 
pour  accorder  cette  tour  avec  le  style  de  celle  de  Nesle,  qu’on  dévia  de  ce  système. 


' 


t 

. 


Fi6„1  -Trace  des  iriits  ,  bastides  el  fossés  de  l’enceinte  de  Charles  V, 
avec  le  rempart,  ajoule  postérieurement 

-Ensemble  du  gros  mur  et  des  tournelles  de  l’enceinte  septentrionale 
de  PL  Auguste  . 

-Trace  dune  portion  de  la  4e  enceinte  de  la  rive  droite. 


Noms  des  Portes  attenantes  al’encemle 
de  Charles  V. 


À.  Porte  Neuve  établie  en  1536 
S.  Porte  ou  Bastide  S  Honore 
C.  Porte  Montmartre 
D  Porte  ou  Bastide  S.  Denis 
E.  Porte  S.  Martin 


p.  Porte  du.  Temple 


G  Poterne  du  Marais  ouduPoiiaux'Ctioux 
établie  sous  Eenri  IV 
H  Porte  S.  Antoine 
I  Porte  des  Céleslins  (?) 


Enclos  lu 
PrieuTf  S  Martin 

ies.QiamîS 


; 


X/f 


\/HV.V\\ 


/ 


Noms  des  Portes  et  Poternes  de  1 

enceinte  septentrionale  dffflj 

1 

Poterne  Earbeel  sur  l'eau  (?) 

9 

Porte  Saint  MartiB 

l 

Poterne  des  Barres  ou  des  Beôumes 

10 

Poterne  BourôTAM 

3 

Poterne  Saint  Paul 

11 

Porte  Saint  Denis  oip  a 

4 

Porte  Baudets  ou  Saint-Antoine 

17 

Poterne  au  Comte  itOil 

5 

Porte  ou  Poterne  Barbette 

13 

Porte  Montmartre  oij&l 

6 

Poterne  du  Chaume 

14 

Porte  ou  Poterne  Coqp® 

7 

Porte  du  Temple  on  Sainte- Avoye 

lb 

Porte  Saint  Honore  , 

8 

Poterne  Beau -Bourg  ou  INicolas  -Hideron 

IC 

Poterne  .ou  Louvre! ■ 

J 


S' 


"1 


J,  V 


iCckelle 


5  o  1Q0 


Disseri.  sur  les  Enceintes  de  Paris 


-  . 


. 


v 


. 


t 


DU  CARROUSEL  A  LA  PORTE  S.  DENIS. 


141 


galerie  fut  bâtie,  elle  passa  fort  près  de  cette  tour.  Elle  était  située  presque  dans 
l’axe  de  la  rue  S.  Nicaise,  à  environ  75  mètres,  vers  l’ouest,  du  point  où  la  ga¬ 
lerie  est  surmontée  d’un  campanile.  Un  égout  moderne,  marqué  sur  ma  planche, 
débouche  encore  par  un  canal  qui  représente  une  portion  de  la  gueule  de  l’an¬ 
cien  fossé.  «  Lorsqu’on  creusa,  dit  Ramond  du  Poujet,  la  place  du  Carrousel  pour 
«  construire  la  nouvelle  galerie,  on  découvrit  les  restes  de  Y ancien  mur  entre  la 
«  seizième  et  la  dix-septième  arcade,  à  partir  du  pavillon  Marsan.  »  Si  cet  ancien 
mur  était  bien  celui  de  l’enceinte,  ce  renseignement  peut  nous  aider  à  fixer  la 
position  de  la  tour,  dont  je  n’ai  jamais  rencontré  de  tracé  géométral. 

Elle  se  nomma,  dès  l’origine,  Tour  de  Bois,  ou  plutôt,  Tour  du  Chastel-de - 
bois,  à  cause  de  sa  proximité  d’une  fortification  voisine  du  Louvre,  qui  s’appelait 
ainsi.  Plusieurs  auteurs  écrivent  :  Tour-du-bois ,  et  croient  qu’elle  avoisinait  un 
bois  qui  s’étendait  jusqu’à  Chaillot.  Ce  château  était  ainsi  nommé,  sans  doute, 
parce  que  sa  construction  consistait  en  charpentes,  selon  l’ancien  système  usité 
encore  au  XIVe  siècle  *,  et  non  parce  qu’il  se  trouvait  près  d’un  bois.  C’est  donc, 
à  mon  avis,  par  méprise  qu’on  écrit  :  Tour  du  bois. 

De  la  Marre,  qui  était  fort  peu  judicieux  en  fait  d’archéologie,  attribue  le  Ch⬠
teau  du  Bois  à  Ph.  Auguste2.  Je  ne  sais  s’il  a  tort  ou  raison  ;  ce  qui  est  certain, 
c’est  qu’un  acte  de  1420  ordonne  sa  démolition  partielle,  «pour  ce  que  le  Chastel 
«  de  bois  lez  le  Louvre  estoit  moult  préjudiciable  à  la  forteresse  de  la  ville,  parce 
«  que  les  habitants  d’icelle  n’eussent  pu  aller  jusques  à  la  Tour  de  ladicte  ville,  qui 
«  fait  le  coing  qui  est  sur  la  rivière,  devant  et  à  l’opposite  de  Neelle.  »  (Bouquet, 
Mémoire,  p.  170.) 

Le  même  cite  un  marché  fait  vers  1473  «  pour  nettoyer  les  grands  fossez,  de- 
«  puis  le  boulevart  neuf  de  la  tour  de  Billy,  jusques  à  la  tour  du  Chasteau-de- 
«  bois.  »  Plus  tard,  on  a  dit  simplement  la  Tour  de  Bois.  Sauvai  (t.  III,  p.  629) 
cite  un  compte  où  elle  est  ainsi  désignée  vers  1538.  Corrozet  (fol.  135)  dit  que 
Pierre  des  Essars  fut  mené  «  en  la  grosse  tour  du  bois,  près  le  marché  aux  mou- 
«  tons  3,  vis-à-vis  la  porte  de  Nesle.  »  11  semble  ici  confondre  cette  tour  avec  celle 
située  plus  à  l'est,  et  près  du  Louvre.  Sauvai  (t.  II,  p.  14,  et  III,  p.  41),  ainsi  que 
De  la  Marre,  a  fait  la  même  erreur  et  a  cru  que  la  tour  de  Bois  ôtait  celle  qui  fai¬ 
sait  pendant  à  la  tour  de  Nesle. 

Du  Breul  (p.  5)  parle  d’une  Tour  du  Bois  vis-à-vis  la  porte  de  Nesle,  tour  qui, 

dit-il,  exista  jusqu’en  1413.  C’est  une  méprise.  Latour  correspondant  à  celle 

% 

{  Dans  les  Études  sur  l'artillerie,  t.  H,  on  cite  plusieurs  chastcls  construits  en  bois  au  XIVe  siècle. 

2  Un  médiocre  auteur  ( Saugrain,je  crois)  avance  que  le  Louvre  tout  entier  se  nommait  Château 
du  Bois,  parce  qu’il  aurait  été  bâti  au  milieu  d’un  bois. 

3  Ce  marché  aux  moutons  était  placé  entre  la  porte  S.  Honoré  de  Charles  V  et  la  Seine. 


142 


.  CLOTURE  DE  CHARLES  Y,  VERS  1530. 


de  Nesle  subsiste  encore  entière  sur  le  plan  de  Belleforest,  1575,  et  celle  qui  nous 
occupe  n’a  été  abattue  que  sous  Louis  XIY. 

La  tour  du  ChasteUde-Bois,  que  nous  appellerons  :  tour  de  Bois,  par  abrévia¬ 
tion,  a  porté  plusieurs  autres  noms.  Elle  s’appelait,  au  XVe  siècle,  Tour  de  l’E¬ 
cluse,  parce  qu’elle  avoisinait  un  batardeau,  sorte  d’écluse  ^destinée  à  retenir 
l’eau  dans  les  fossés  quand  le  niveau  de  la  Seine  baissait.  Plus  tard,  malgré  sa  vé¬ 
tusté,  on  l’appela,  je  crois,  tour  Neuve ,  parce  qu’elle  touchait  la  porte  Neuve , 
bâtie  vers  1536,  celle-là  même  par  laquelle  Henri  1Y  entra  à  Paris  en  1594-, 

Sous  Louis  XIV  on  la  nomma  :  tour  du  Grand-Prévost,  parce  que  le  logis  du 
grand-prévôt  de  France  fut  établi,  vers  1635,  près  de  cette  tour,  comme  nous 
l’apprend  l’auteur  du  Supplément  aux  Antiquitez  de  Du  Breul,  p.  67. 

Il  ne  serait  pas  impossible  qu’on  l’eût  désignée  aussi  quelquefois  (comme  la  tour 
du  Louvre,  vis-à-vis  celle  de  Nesle)  Tour-qui-fait-le-coin,  puisqu’elle  était  dans 
l’angle  formé  par  le  mur  fortifié,  qui,  au  moyen  d’un  retour  d’équerre,  reliait, 
sur  le  quai,  l’enceinte  de  Charles  V  à  celle  de  Ph.  Auguste. 

Un  grand  nombre  d’estampes  nous  ont  conservé  l’image  de  la  tour  de  Bois,  vue 
de  l’est,  de  l’ouest  et  du  sud.  Silvestre  l’a  dessinée  souvent,  mais  pas  toujours 
avec  les  mêmes  proportions.  On  la  voit  aussi  figurer  sur  d’anciens  tableaux. 
Elle  paraît  ressembler  beaucoup  à  celle  de  Nesle,  parce  qu’elle  fut  élevée,  pour 
la  décoration  de  la  ville,  sur  le  même  modèle.  Elle  était  composée  de  trois  éta¬ 
ges  et  terminée  par  une  plate-forme,  dont  le  parapet  crénelé  s’appuyait  sur  des 
consoles  formant  des  mâchicoulis.  Une  autre  tour  ronde  et  étroite  la  flanquait 
du  côté  de  l’orient.  Le  sommet  de  cette  tourelle,  qui  contenait  un  escalier  à  vis 
et  dominait  la  plate-forme,  était  recouvert  d’une  calotte  de  pierre.  11  en  résul¬ 
tait  une  sorte  de  guérite,  nommée  :  lanternon,  dont  la  porte  était  de  plain-pied 
avec  la  plate-forme. 

La  tour  de  Bois  domina  longtemps  avec  majesté  le  rempart  et  les  fossés  de 
Charles  Y  ;  mais  quand  la  galerie  du  Louvre  vint  à  passer  à  quelques  mètres  der¬ 
rière  elle,  vers  le  nord,  elle  parut,  dès  lors,  un  édifice  sombre  et  ridicule  par  son 
contraste  avec  la  blancheur  du  nouveau  bâtiment.  Cependant  elle  continua  long¬ 
temps  encore  à  subsister  en  cet  étal  d’isolement,  et  survécut  même  de  quelques 
années  à  la  tour  de  Nesle.  Elle  disparut,  je  pense,  vers  1670.  Elle  n’existe  plus 
sur  le  plan  de  Bullet,  1672. 

On  voit,  dans  le  Mémoire  de  Bouquet  (p.  120  et  128),  qu’en  14-43  son  troi¬ 
sième  étage  servait  à  mettre  de  l’artillerie  et  des  habillements  de  guerre.  11  y  avait 
une  allée  «  par  où  l’on  alloitsur  la  terrasse  du  batardeau  de  pierre  près  la  tour 
qui  rclcnoit  l’eau  des  fossez.  »  Cette  même  année,  la  tour  était  louée  par  la  ville 
au  sieur  Perrin,  à  condition  de  fournir  passage,  «  pource  que,  pour  aller  au  ba- 


DU  CARROUSEL  A  LA  PORTE  S.  DENIS. 


143 


tardeau,  il  falloit  passer  par  la  chambre  du  premier  étage  d’au  dessus  le  rez  de 
chaussée.  » 

On  lit  dans  Sauvai  (t.  III,  p.  629)  :  «  La  tour  de  Bois  près  le  Louvre,  laquelle 
la  ville  a  reprise  pour  y  mettre  les  poudres.  »  Cet  extrait  sans  date  est  peut-être 
de  l’an  1538,  époque  où  sauta  la  tour  de  Billy. 

Le  rempart  contigu  à  la  tour  fut  souvent  aussi  baillé  à  louage,  sous  Henri  IV 
et  Louis  XIII,  à  divers  particuliers,  pour  y  bâtir  des  maisons  ou  des  moulins  à 
vent.  Sauvai  ( ibid .)  mentionne  un  compte  où  l’on  dit  qu’il  «  est  permis  à  Fran- 
«  çois  Ymbert...  d’édifier  un  moulin  à  vent  sur  la  butte  de  terre  et  plate-forme 
«  assis  près  le  marché  aux  moutons  et  la  tour  du  Bois.  » 

Sur  une  grande  estampe  d’Israël  Silvestre,  représentant  le  carrousel  de  1662, 
on  voit  la  plate-forme  de  la  tour  couverte  de  spectateurs  qui  regardent  la  fête 
par-dessus  la  galerie  du  Louvre.  Une  rare  estampe  que  je  possède,  signée  Ma¬ 
thieu  Mérian,  représente  un  feu  d’artifice  tiré,  en  1613,  sur  la  même  tour.  Il 
en  part  un  courantin  (fusée  volante  horizontale)  qui,  glissant  sur  des  cordes,  va 
au  delà  de  la  Seine  mettre  le  feu  à  d’autres  pièces  d’artifice  placées  sur  la  tour 
de  Nesle. 

Comme  la  tour  de  Bois  s’éloignait  beaucoup,  vers  l’ouest,  de  la  tour  qui  fait  le 
coin,  sise  vis-à-vis  celle  de  Nesle,  Charles  V  imagina  de  l’y  relier  par  une  muraille 
fortifiée,  parallèle  à  la  Seine. 

Sauvai  (t.  III,  p.  124)  cite  «  les  nouveaux  murs  du  devant  du  Louvre,  com- 
«  mencés  en  mars  1370.  »  C’est  probablement  de  cette  fortification  qu’il  s’agit. 
Guillebert  de  Metz,  qui  écrivait  vers  1 432,  en  parle  ainsi  :  «  Aux  deux  bouts  de 
«  la  basse  partie  de  la  ville  sur  la  rivière,  sont  très  haulx  et  fors  murs  à  grans 
«  tours,  cest  assauoir  au  Louvre  ou  ils  sont  à  qualités  1  doubles  les  ungs  dedens 
«  devers  la  ville  et  les  autres  du  costé  dehors  la  ville  et  aussi  aux  Célestins,  les- 
«  quelx  estora Hugues  Aubriot...  » 

Ce  mur  fortifié  est  représenté  avec  des  différences  sur  les  plans  du  XVIe  siècle. 
Sur  la  grande  gouache  de  l’Hôtel-de-Ville,  et  sur  le  plan  de  Braun,  il  relie  une 
suite  de  sept  tours  2  rondes;  sur  les  plans  de  Du  Cerceau  et  de  Belleforest,  il  est 
flanqué  de  cinq  demi-tourelles  en  encorbellement,  sorte  d’hémicycles  dont  l’ou¬ 
verture  regarde  le  Louvre  et  non  la  rivière,  ce  qui  est  peut-être  un  contre-sens. 
Celles  figurées  sur  les  mêmes  plans,  près  des  Célestins,  ont  une  position  inverse. 
J’ai  donné  la  préférence  aux  deux  premiers  plans;  mais,  au  lieu  de  tours  rondes, 

1  Le  mot  guarites  désigne  ici  des  espèces  d’hémicycles  de  pierre  en  encorbellement,  et  non  l’es¬ 
pèce  de  bombarde  qui  portait  aussi  ce  nom,  selon  les  Études  sur  l'artillerie ,  t.  II,  p.  47. 

9  On  n’en  compte  que  six  sur  le  dessin  de  Gagnières,  qui  reproduit,  comme  cette  gouache,  le  plan 

de  tapisserie. 


144 


CLOTURE  UE  CHARLES  Y,  VERS  1530. 


j’admets  qu’il  faut  voir  deux  renflements  semi-circulaires  suspendus  en  forme  de 
culs-de-lampe  au  sommet  du  mur,  et  placés  vis-à-vis  l’un  de  l’autre,  comme  les 
hémicycles  du  Pont-Neuf,  mais  très-rapprochés.  Cette  disposition  me  paraît  être 
dans  le  style  du  temps,  et  s’accorde  avec  la  description  de  Guillebert  de  Metz. 

De  la  tour  de  Bois  partait  le  rempart,  dont  le  talus  d’escarpe  la  touchait  sans 
doute  de  telle  sorte,  qu’une  partie  de  sa  circonférence  saillait  vers  l’ouest,  dans 
le  fossé.  Je  suppose  qu’il  en  était  ainsi,  car  aucun  plan  géométral  ne  m’a  fait  voir 
comment  le  rempart  tenait  à  la  tour,  et  où  était  placée  l’écluse  dite  :  des  Tuileries. 

On  ne  commença  à  jeter  sur  l’embouchure  du  fossé  un  pont  qui  formait  la 
continuation  du  quai,  que  vers  1536,  époque  où  fut  construite  la  Porte-Neuve. 
Sur  une  grande  vue  de  Paris  d'Israël  Silvestre,  datée  1650,  et  qui  paraît  très- 
exacte,  on  voit  sur  la  berge  deux  voûtes  de  pierre,  sous  lesquelles  débouchait  en¬ 
core  à  cette  époque  l’ancien  fossé;  car  il  en  avait  survécu  une  portion  de  ce  côté 
de  Paris,  comme  le  témoigne  le  plan  de  Gomboust. 

Le  talus  intérieur  du  rempart  formait  le  côté  occidental  de  la  rue  S.  Nicaise, 
laquelle  peut  être  regardée  comme  un  chemin  de  ronde.  La  Tynna  se  trompe 
quand  il  dit  que  cette  rue  fut  alignée  sur  l’emplacement  du  mur  de  Charles  V. 
La  largeur  des  deux  fossés  avait  pour  limite,  à  peu  près,  la  grille  qui  sépare  au¬ 
jourd’hui  la  cour  des  Tuileries  de  la  place  du  Carrousel. 

Il  m’a  été  impossible,  réduit  aux  vieux  plans  à  vol  d’oiseau,  de  déterminer  le 
nombre,  la  forme  géométrale  et  la  dimension  des  bâtiments  de  pierres  ou  bas¬ 
tides  qui  accompagnaient  le  rempart.  Entre  la  tour  de  Bois  et  la  porte  S.  Ho¬ 
noré  il  a  dû,  dans  l’origine,  en  exister  plusieurs.  Le  plan  de  Braun  et  le  dessin  de 
Gagnières  en  offrent  une  seule  ;  le  plan  de  Du  Cerceau,  plus  moderne,  deux  ;  un 
autre,  gravé  sur  bois  (décrit  dans  mes  Etudes  sur  les  plans ,  p.  68),  trois.  On  n’en 
distingue  plus  aucune  sur  le  plan  de  Quesnel,  ni  sur  celui  de  Mérian  qui  l’a  copié  ; 
mais  le  plan  de  Yassalieu,  qui  porte  la  même  date  (1609),  en  indique  encore 
deux.  J’ai  adopté  ce  nombre,  comme  le  plus  en  rapport  avec  l’espacement  général 
de  ces  bâtiments. 

La  position  de  la  porte  S.  Honoré  de  Charles  V,  la  seconde  de  ce  nom,  me  pa¬ 
raît  bien  précisée  sur  le  plan  des  Archives  (PI.  X,  fig.  1). 

Le  nom  de  la  rue  dit  Rempart-  S.  Honoré  est  un  souvenir  de  l’enceinte,  de  ce 
côté  de  Paris;  mais,  comme  j’en  ai  déjà  fait  la  remarque,  cette  désignation  est 
bien  vague,  car  elle  peut  s’appliquer  à  une  rue  qui  longe  le  rempart,  y  aboutit, 
ou  a  été  ouverte  sur  son  emplacement.  Celle-ci  est  évidemment  un  reste  du  che¬ 
min  de  ronde  intérieur. 

De  la  porte  S.  Honoré  à  celle  Montmartre,  je  me  suis  aidé  du  plan  des  Archives , 
mais  en  le  rectifiant,  pour  qu’il  puisse  s’accorder  avec  les  autres  documents  cer- 


DU  CARROUSEL  A  LA  PORTE  S.  DENIS. 


145 


tains  que  je  possède  sur  ia  véritable  position  de  l’enceinte.  Sur  toute  la  ligne  nous 
serons  guidés  surtout  par  la  direction  des  rues. 

La  face  extérieure  du  mur  1  avait  pour  limite  la  rangée  des  maisons  (numéros 
pairs)  de  la  rue  des  Fossés-Montmartre  ;  l’impasse  S.  Claude  (dite  autrefois  :  rue 
du  Rempart )  est  un  reste  du  chemin  de  ronde  intérieur  qui  longeait  le  rempart.  Le 
fossé  2  s’avançait  jusqu’à  la  rue  du  Mail,  y  compris  la  largeur  de  celte  rue,  et 
peut-être  même  un  peu  au  delà.  Dulaure  a  cru  à  tort  que  1a  largeur  de  la  rue 
actuelle  des  Fossés-Montmartre  et  des  autres  à  la  suite  indique  celle  du  grand  fossé. 

Entre  les  portes  S.  Honoré  et  Montmartre,  on  compte  trois  bastides  sur  le  des¬ 
sin  de  Gagnières,  quatre  sur  les  plans  de  Braun,  Du  Cerceau  et  Belleforest;  six 
sur  celui  de  Mathieu  Mérian,  ainsi  que  sur  celui  de  Quesnel.  J’en  ai  placé  cinq 
à  tout  hasard.  Le  plan  des  Archives,  cité  page  136,  ne  figure  aucune  bastide  entre 
la  porte  S.  Honoré  et  la  place  des  Victoires.  Le  géomètre  aura  jugé  ce  détail 
inutile,  ou  plutôt,  de  son  temps,  ces  bâtiments  n’existaient  plus.  Cependant,  sur 
le  plan  de  Melchior  Tavernier  en  deux  feuilles,  édition  de  1635,  on  les  voit  encore 
au  nombre  de  six.  (Voy.  ci-dessus,  p.  134.) 

Dulaure  avance  qu’en  1820,  quand  on  creusa  les  fondements  pour  le  piédestal 
de  la  statue  équestre  de  Louis  XIV,  sur  la  place  des  Victoires,  on  découvrit  les 
deux  murs  qui  servaient  de  revêtement  au  fossé.  J’avoue  ne  rien  comprendre  à 
cette  assertion.  On  n’a  pu  rencontrer  qu’un  seul  mur,  celui  de  l’enceinte.  Quant 
aux  talus  du  grand  fossé,  qui  était  fort  large,  ils  ne  furent  probablement  jamais 
revêtus,  comme  je  l’ai  dit  plus  haut,  surtout  du  côté  de  la  contrescarpe. 

Sur  cette  partie  du  rempart  était  un  moulin  à  vent,  qui  faisait  face  à  la  rue 
Croix-des-Peiits-Champs.  Il  s’appelait  moulin  des  Petits- Champ  s,  sous  Louis  XIÏI. 
Il  est  marqué  sur  les  plans  de  Mérian  et  autres.  J’en  reparlerai  ailleurs. 

C’est  de  ce  côté  de  l’enceinte,  près  la  porte  S.  Honoré,  que  Jeanne  d’Arc  essaya 
de  forcer  l’entrée  de  la  ville  de  Paris.  Il  existe  de  curieux  récits  de  cette  attaque 
dans  les  chroniqueurs  contemporains,  notamment  dans  le  Journal  sous  Charles  VI 
et  VII.  Je  vais  rapporter  ici,  d’après  le  Mémoire  de  Bouquet,  p.  172,  la  relation 
de  ce  fait,  inscrite  sur  un  registre  du  Conseil  du  Parlement  :  «Du  Jeudi  vin  sep- 
«  tembre  M.CCCC.XX1X.  Les  Gendarmes  de  Messire  Charles  de  Valois,  assemblez 
«  en  grand  nombre  d’emprès  les  murs  de  Paris,  lès  la  porte  S.  Honoré...  environ 

'  N’oublions  pas  que  je  décris  ici  l’enceinte,  dans  l’hypothèse  que  le  rempart  flanquait  le  mur,  au 
lieu  de  lui  servir  de  support. 

2  Par  ce  seul  mot  fossé,  je  comprends  aussi  l’espace  qu’occupait  l’ai  rière-fossé.  Un  Italien  nommé 
Raphaël  Salvesti  avait,  dès  1597,  établi  un  jeu  de  Paü-mail  sur  le  chemin  de  contrescarpe  du  fossé, 
ou  peut-être  sur  l’emplacement  de  l’arrière-fossé.  On  voit  ce  jeu  figurer  sur  de  vieux  plans.  La 
rue  du  Mail  en  garde  le  souvenir. 


19 


146 


CLOTURE  DE  CHARLES  Y  VERS  1530. 


«  deux  heures  après  midi,  commencèrent  de  faire  semblant  de  vouloir  assaillir 
«  la  dicte  Ville;  et  liastivement plusieurs  d’iceux  estant  sur  la  Place  aux  Pour- 
«  ceaux  et  environ  (probablement  sur  la  butte  dite  depuis  des  Deux-Moulins), 
«  portant  longues  bourrées  et  fagots,  descendirent  et  se  boultèrent  ès  premiers 
«  fossez,  esquels  n’ avoit  point  d’eau,  et  jettèrent  les  dictes  bourrées  et  fagots 
«  dedans  l’autre  fossé  prochain  des  murs,  esquels  avoit  grand  eau...  »  Mais  on 
résista  avec  vigueur  aux  gens  du  duc  de  Valois,  qui  «  se  tindrent  dedans  le  dict 
«  premier  fossé,  et  dehors  sur  la  dicte  Place  et  à  l’environ  jusques  à  dix  ou  onze 
«  heures  de  nuict...  et  d’eux  en  y  avoit  plusieurs  morts,  et  navrez  de  traits  et  de 
«  canons  ;  et  entre  les  autres  fut  blessé  en  la  jambe  de  traict  une  femme  que  on 
«  appelloit  la  Pucelle,  qui  eonduisoit  l’armée  avec  les  autres  Capitaines.  » 

La  face  extérieure  de  la  porte  Montmartre  était  située  entre  les  angles  méridio¬ 
naux  des  rues  des  Fossés  et  Neuve-S.  Euslache.  La  rue  du  Cadran  (jadis  ruelle 
des  Aicjoux )  débouchait  près  de  sa  face  intérieure. 

Entre  les  portes  Montmartre  et  S.  Denis,  on  distingue,  sur  les  vieux  plans,  de 
trois  à  quatre  bastides.  Celui  de  Quesnel  en  marque  cinq.  J’en  ai  mis  quatre  sur 
mon  plan.  La  largeur  du  rempart  est  indiquée  en  partie  par  l’espace  compris  en¬ 
tre  la  rue  Bourbon-Villeneuve  et  celle  Sainte-Foy,  qui  représente  certainement  le 
chemin  de  ronde  intérieur.  Cette  dernière  rue  s’est  nommée  jadis  rue  du  Rem¬ 
part,  et  aussi  rue  des  Corderies,  parce  que  des  cordiers  s’y  étaient  établis  le  long 
du  rempart.  La  petite  rue  Neuve-S  -Sauveur,  qui  lui  fait  suite,  a  également 
porté  le  nom  de  rue  des  Corderies. 

Entre  la  rue  du  Petit-Carreau  et  celle  Montmartre,  il  ne  reste  plus  aucunes 
traces  de  l’ancien  chemin  de  ronde  qui,  probablement,  se  rattachait,  d’une  part, 
à  la  rue  Neuve-S.  Sauveur,  de  l’autre,  à  l’impasse  S.  Claude. 

Près  de  la  partie  de  l’enceinte  où  aboutissait  la  rue  Montorgueil,  était  la  Cour 
des  Miracles ,  dont  V.  Hugo,  après  Sauvai,  adonné  une  description  si  pittoresque. 
Le  récit  de  l’historien  est  certes  exagéré,  comme  celui  du  romancier.  Je  ne  sais 
où  Sauvai  a  trouvé  tous  les  détails  qu’a  reproduits  V.  Hugo.  Il  est  à  noter  que  la 
Cour  des  Miracles  n’est  signalée  dans  aucun  ancien  compte,  et  ne  figure  sur 
aucune  liste  des  rues  de  Paris  ni  sur  les  plans  antérieurs  au  XVIIe  siècle.  Peut-on 
croire  qu’il  ait  existé,  sous  Louis  XI,  au  pied  d’un  chemin  de  ronde  du  rempart, 
à  peu  de  distance  de  la  principale  porte  de  Paris,  un  repaire  de  malfaiteurs  que 
le  guet  ne  pouvait  atteindre  ?  Du  haut  du  rempart  qui  dominait  cette  localité,  on 
eût,  avec  quelques  canons,  anéanti  en  deux  heures,  enseveli  toute  la  bande  sous 
les  débris  de  ces  vieilles  maisons  rechignées  et  rabougries,  qui  font  tant  d’effet 
dans  le  roman  de  Notre-Dame-de-Paris . 


DE  LA  PORTE  S.  DENIS  A  LA  SEINE. 


147 


KVIII.  —  Clôture  de  ©laarles  V.  ©e  la  porte  S.  Densg  à  la  Seine. 


Du  côté  de  la  campagne,  la  face  de  la  Porte  ou  Bastide  S.  Denis  était  de  niveau 
avec  les  angles  méridionaux  des  rues  Bourbon-Villeneuve  et  Sainte-Apolline.  La 
rueNeuve-S.  Denis  représente  à  peu  près  le  chemin  de  ronde  intérieur,  et  l’es- 
pace  compris  entre  cette  rue  et  celle  Sainte-Apolline,  la  largeur  du  rempart.  La 
largeur  du  fossé  s’étendait  depuis  cette  dernière  rue  jusqu’au  boulevard,  et  em¬ 
piétait  même  un  peu  sur  son  emplacement. 

A  l’ouest  de  la  porte  S.  Denis,  s’élevait  la  butte  énorme  de  Villeneuve-sur-Gra- 
vois.  Son  origine,  que  son  nom  explique  assez,  date,  je  pense,  de  l’an  1356,  épo¬ 
que  où  fut  commencée  l’enceinte  qui  nous  occupe.  Cette  butte,  formée  sans 
doute  aussi  d’une  partie  des  déblais  des  fossés,  a  servi  de  bastide  ou  bastillon , 
sorte  de  fort  détaché,  placé  près  de  cette  porte,  une  des  plus  importantes  de  Paris. 
Mais  ce  ne  sont  là  que  des  conjectures. 

Sauvai  (t.  I,  p.  75)  nous  apprend  que  les  Filles-Dieu  (établies  entre  le  Grand- 
Égout  et  le  boulevard  actuel  Bonne-Nouvelle)  possédaient  un  terrain  à  l’endroit 
où  depuis  s’éleva  la  butte.  Ces  religieuses  ayant  été  dépossédées  de  ce  terrain 
dès  l'an  1226  (selon  Sauvai),  on  y  porta  dès  lors  des  immondices  et  des  gravois 
qui  formèrent  ce  monticule.  En  1593,  les  maisons  qu’on  y  avait  bâties,  dit-on, 
depuis  1552  furent  détruites.  Vers  1634,  on  résolut  d’en  faire  un  gros  bastion  à 
deux  faces;  on  donna  cette  forme  à  la  butte  ;  mais  le  bastion  ne  fut  jamais  achevé 
ni  muni  d’un  fossé.  Quoiqu’elle  ait  été  plusieurs  fois  abaissée,  il  en  reste  encore 
une  bonne  partie,  peu  fréquentée  des  voitures,  à  cause  de  son  escarpement.  Tous 
les  anciens  plans  la  représentent  ;  sur  ceux  du  XVIe  siècle,  elle  est  surmontée  de 
trois  moulins.  J’en  reparlerai  au  chap.  xxi. 

Sur  la  plupart  des  plans,  le  mur,  entre  les  portes  S.  Denis  et  S.  Martin,  est 
fortifié  d’une  seule  bastide.  Celui  de  Vassalieu  (1609)  est  le  seul  qui  en  offre  trois. 
Ce  détail  est  probablement  imaginaire.  Sur  le  dessin  de  la  Tapisserie  par  Ga~ 
gnières,  on  n’en  voit  aucune;  c’est,  je  pense,  une  omission.  De  même,  sur  le 
plan  de  Mérian;  mais  il  est  possible  qu’en  1615  cette  bastide  n’existât  plus.  Sur  le 
plan  de  Gomboust,  1652,  on  ne  voit,  en  cet  espace,  aucunes  traces  du  rempart,  et, 
à  la  place  des  fossés,  sont  des  jardins.  La  rue  basse,  nommée  Neuve-d’Orléans, 
qui  aujourd’hui  se  confond  avec  le  boulevard,  représentait  sans  doute  le  chemin 
de  ronde  de  contrescarpe,  établi  le  long  de  F  arrière-fossé. 

La  porte  S.  Martin  s’avançait  vers  le  nord  jusqu’au  niveau  des  rues  Sainte- 
Apolline  et  Meslay,  comme  on  le  voit  sur  mon  dessin.  L’irppasse  de  la  Planchette 
indique  le  commencement  du  chemin  de  ronde  intérieur,  qui  courait  au  bas  du 


I 


148  CLOTURE  DE  CHARLES  Y  VERS  1530. 

rempart  entre  la  porte  S.  Martin  et  celle  du  Temple;  le  rempart  suivait  à  peu 
près  1  la  direction  de  la  rue  Meslay.  Cette  rue,  ouverte  sous  Louis  XIV,  se 
nomma,  dans  l’origine,  rue  du  Rempart,  parce  que,  selon  La  Tynna,  elle  fut 
commencée  sur  les  remparts. 

Je  crois  que  La  Tynna  se  trompe.  La  ligne  méridionale  des  maisons  de  cette  rue 
indique  plutôt  le  point  où  passait  le  mur  d’enceinte.  Quant  au  rempart,  il  occu¬ 
pait  l’espace  compris  entre  ces  maisons  et  l’impasse  de  la  Planchette  *.  Le  fond 
de  l’impasse  du  Pont-aux-Biches  aboutissait  au  rempart,  au-dessous  duquel  cou¬ 
lait,  sous  une  voûte,  l’égout  du  même  nom,  qui  débouchait  dans  le  fossé. 

L’exhaussement  de  la  rue  Meslay  porte  à  croire  qu’elle  occupe,  en  effet,  la 
place  d’une  portion  du  rempart  abaissé.  Mais  notons  qu’il  existait  depuis  je  ne 
sais  quelle  époque,  à  l’est  de  la  porte  S.  Martin,  une  butte  très-élevée,  qui  n’a¬ 
vait  pas  encore  tout  à  fait  disparu  en  1714  3.  Cette  butte,  en  1652,  comblait  le 
fossé  et  se  confondait  avec  le  rempart.  C’est  peut-être  sur  la  pente  méridionale 
de  la  butte  que  fut  établie  la  rue  Meslay,  vers  l’endroit  où  jadis  commençait  l’ou¬ 
verture  du  fossé. 

La  porte  du  Temple  était  placée  de  biais  par  rapport  au  rempart,  parce  que 
l’extrémité  de  la  rue  du  Temple  déviait  vers  le  nord-ouest.  Sa  face  extérieure 
touchait  l’angle  de  la  rue  de  Vendôme,  comme  on  le  voit  sur  ma  planche  ;  sa 
position  et  sa  forme  sont  indiquées  sur  un  petit  plan  que  je  reproduirai,  pl.  XII. 

Tout  auprès  de  la  porte  du  Temple,  du  côté  de  la  Bastille,  s’élevait  une  grosse 
butte,  formée  peut-être  de  gravois,  et  nommée,  sur  le  plan  de  Du  Cerceau,  le 
bastillon.  Comme  elle  ne  figure  pas  sur  le  plan  de  Braun,  on  peut  la  croire  pos¬ 
térieure  à  François  Ier.  Il  en  sera  encore  question  au  chap.  xxi. 

De  la  porte  S.  Martin  à  celle  du  Temple,  le  mur  d’enceinte  est  garni  de  deux 
bastides,  sur  les  plans  deGagnières,  Braun  et  Du  Cerceau  ;  un  autre  anonyme  , 
déjà  cité,  gravé  sur  bois  vers  1570,  en  figure  trois.  Sur  celui  de  Mérian,  on  ne 
voit  plus,  de  ce  côté,  ni  mur  ni  bastides,  mais  quelques  maisons  disséminées  au 
•hasard . 

Dans  le  long  espace  compris  entre  la  porte  du  Temple  et  celle  S.  Antoine,  le 
rempart  formait  une  courbe  indiquée  sur  tous  les  plans,  et  n’était  interrompu  par 

1  Je  dis  à  peu  près,  parce  que  sur  la  plupart  des  plans,  notamment  sur  celui  de  Gomboust,  il  pa¬ 
raît,  vers  l’extrémité  de  la  rue  Meslay,  rentrer  un  peu  du  côté  de  la  ville. 

8  Ainsi  nommée,  suppose  La  Tynna,  parce  qu’on  y  passait  sur  une  planche  l’égout  du  Pont-aux- 
Biches.  On  établit  sous  Louis  XIII,  sur  le  fossé,  un  pont  ou  une  chaussée  servant  d’aqueduc  pour 
conduire  les  eaux  de  cet  égout  dans  le  Grand-Égout,  qui  commençait  derrière  le  Château-d’Eau. 
On  voit  cette  sorte  de  pont  sur  les  plans  de  Boisseau  et  autres. 

8  Une  portion  se  voit  encore  sur  le  plan  de  La  Caille.  Je  ne  sais  si  cette  butte  a  servi  de  bastide 
du  temps  de  Charles  VI.  Elle  portail  des  moulins  sous  Louis  XIII.  J’en  reparlerai  au  chap.  xxr. 


DE  LA  PORTE  S.  DENIS  A  LA  SEINE. 


149 


aucune  porte  de  ville.  Ce  ne  fut  que  plus  tard,  sous  Henri  IV,  qu’on  ouvrit,  à  tra¬ 
vers  le  vieux  rempart  servant  de  courtine  aux  bastions  à  deux  faces,  une  issue,  à 
la  hauteur  de  la  rue  du  Pont-aux-Choux.  Le  pont  de  ce  nom  traversait  le  fossé, 
en  deçà  duquel  était  une  poterne  dite  ;  du  Marais,  remplacée  plus  tard  par  une 
porte  nommée  :  S.  Louis. 

La  courbure  du  rempart  n’est  pas  facile  à  fixer  avec  précision.  Le  plan  de 
Braun,  antérieur  à  la  nouvelle  enceinte  bastionnée,  nous  guidera  de  préférence  à 
tout  autre.  Notons  d’abord  que  cette  courbure  apparente  était  formée  plutôt  de 
lignes  droites  coudées  sur  divers  points,  comme  l’indique  ma  planche  IX.  De  la 
rue  du  Temple,  le  rempart  arrivait,  par  une  ligne  légèrement  arquée,  à  l’endroit 
où  furent  établies,  vers  1636,  les  Filles-du-Calvaire.  Leur  mur,  suivant  sa  direc¬ 
tion,  faisait  vers  le  sud-est  une  inflexion,  indiquée  sur  le  plan  de  Verniquet. 

Passé  la  rue  Neuve-de-Bretagne,  le  rempart  était  à  peu  près  parallèle  au  bou¬ 
levard  Beaumarchais,  jusqu’à  la  rue  du  Pas-de-la-Mule.  Notons  que,  pour  se  guider 
dans  cette  portion  de  l’arc  de  clôture,  on  ne  rencontre  plus  aucune  rue  ou  ruelle 
qu’on  puisse  regarder  comme  un  reste  du  chemin  de  ronde  intérieur  :  ce  sont 
toutes  rues  établies,  sous  Henri IV,  sur  les  anciens  marais  du  Temple.  Dès  le 
commencement  du  XVIIe  siècle,  le  rempart,  de  ce  côté,  a  disparu  en  partie,  a  été 
défiguré  selon  les  besoins  des  nouvelles  propriétés  limitées  par  son  talus  ;  aussi 
est-il  fort  difficile  d’en  retrouver  la  ligne  avec  précision.  Le  plan  de  Gomboust 
en  indique  bien  encore  vaguement  quelques  traces;  mais  elles  se  confondent 
avec  les  courtines  qui  relient  les  bastions  à  deux  faces  commencés  sous  Henri  II  ; 
quant  aux  anciens  fossés,  on  n’en  voit  plus  aucun  vestige. 

De  la  rue  du  Pas-de-la-Mule  à  la  Bastille,  l’enceinte  de  Charles  V  ne  suivait 
positivement  ni  la  ligne  actuelle  du  boulevard,  ni  la  direction  de  la  rue  des  Tour- 
nelles.  La  rue  Jean-Beausire  représente  probablement  le  chemin  de  ronde  in¬ 
térieur;  à  coup  sûr,  elle  ne  fut  pas  établie  sur  l’emplacement  du  rempart  abaissé  ; 
elle  exista  longtemps  avant  sa  disparition,  puisqu’on  la  nommait  au  XIVe  siècle, 
selon  La  Tynna,  rue  d’Espagne;  au  XVIe  siècle,  Jean-Beausire,  et,  au  XVIIe, 
quelquefois  :  rue  du  Rempart,  dans  le  sens  de  :  voisine  du  rempart,  et  non  dans 
celui  de  :  construite  sur  le  rempart. 

Je  pense  qu’on  ne  peut  tracer  autrement  que  je  l’ai  fait  cette  partie  de  la  clô¬ 
ture,  sans  tomber  dans  des  embarras  inextricables.  Si  cette  rue  n’est  pas  l’ancien 
chemin  de  ronde  lui-même,  elle  devait  le  longer  de  fort  près. 

La  porte  S.  Antoine,  bâtie  sous  Charles  V,  était  située  entre  la  rue  Jean-Beausire 
et  le  commencement  de  la  chaussée  du  boulevard.  Son  profil  regardait,  la  tour 
nord-est  delà  Bastille,  nommée:  tour  du  Coin,  sur  divers  plans  de  1789,  et  en 
était  séparée  par  le  fossé  qui  régnait  autour  de  cette  forteresse. 


150 


CLOTURE  DE  CHARLES  Y  VERS  1530. 


Il  existe  encore  sur  le  boulevard,  entre  les  ruesNeuve-S.  Gilles  et  du  Pas-de- 
la-Mule,  des  jardins  dont  le  sol  est  inférieur  de  deux  ou  trois  mètres  au  niveau 
du  boulevard.  Ils  appartiennent  à  des  maisons  dont  l’entrée  est  rue  des  Tour- 
nelles.  On  pourrait  croire  que  ces  jardins  représentent  une  partie  du  fossé  :  il 
n’en  est  rien.  Dans  cet  espace,  le  boulevard  actuel  a  été  en  partie  établi  sur  une 
chaussée  formée  d’une  portion  de  l’ancien  rempart.  Les  jardins  signalés  aboutis¬ 
sent,  à  mon  avis,  au  talus  du  rempart,  talus  que  les  anciens  propriétaires  ont, 
pour  s’agrandir,  taillé  à  pic.  La  preuve  que  ces  jardins  ne  sont  pas  établis  dans 
un  fossé,  c’est  qu’ils  sont  de  niveau  avec  le  sol  de  la  rue  des  ïournelles. 

Entre  les  portes  du  Temple  et  S.  Antoine,  on  compte  huit  bastides  sur  les 
plans  de  Braun  et  de  Du  Cerceau.  Sur  celui  de  Belleforest  (1575),  on  en  voit  sept 
seulement,  parce  que  la  huitième,  près  delà  porte  S.  Antoine,  est  remplacée  par 
un  gros  bastion  à  deux  faces,  Ce  nombre  de  huit  bastides  paraît  assez  borné 
pour  un  si  long  espace.  Peut-être  jugea-t-on ,  comme  sous  Philippe  Auguste 
(voy.  p.  80),  que  la  ville,  de  ce  côté,  n’exigeait  pas  autant  de  fortification  que 
vers  la  partie  du  nord  et  de  l’est.  Le  dessin  de  Gagnières  offre,  dans  cet  espace, 
onze  bagtides  au  lieu  de  huit;  je  ne  sais  s’il  doit  avoir  la  préférence.  Je  m’en  suis 
tenu  au  témoignage  du  plan  de  Braun. 

Sur  les  plans  du  XVIIe  siècle,  le  rempart,  ayant  été  en  partie  déformé  ou  re¬ 
fait  de  ce  côté  de  Paris,  on  ne  voit  plus  aucune  bastide,  mais  une  suite  de  plu¬ 
sieurs  bastions  à  deux  faces,  qui  diffèrent  par  leurs  formes  et  leurs  dimensions. 

J’ai  expliqué,  à  la  page  134,  pourquoi  la  porte  S.  Antoine  de  Charles  V  fut 
construite  sur  un  point  qui  s’éloignait  de  l’axe  de  la  rue  S.  Antoine,  et  comment 
les  deux  hautes  tours  qui  constituaient  cette  porte  dans  l’origine  furent  incorpo¬ 
rées  à  six  autres  tours,  dont  l’ensemble  devint  la  forteresse  nommée  le  Chastel 
ou  la  Bastide  S.  Antoine. 

Je  ne  décrirai  pas  cette  Bastide ,  nommée  plus  tard  la  Bastille  par  excellence. 
Ce  serait  m’étendre  sur  un  sujet  trop  connu.  Une  seule  difficulté  se  présente: 
comment  le  fossé  qui  entourait  la  Bastille  se  reliait-il  à  celui  de  la  ville?  Celui 
qu’on  voit  figurer  sur  les  plans  très-nombreux  de  cet  édifice,  gravés  vers  1790, 
n’était  certainement  pas  dans  le  même  état  au  temps  de  Charles  V.  Le  fossé 
qui,  de  la  Bastille,  allait  jusqu’à  la  Seine,  n’avait  pas  non  plus  la  forme  ni  les 
dimensions  qu’on  lui  voit  encore  aujourd’hui.  Le  fossé  de  Charles  V,  probable¬ 
ment  creusé  en  talus,  dans  le  principe,  comme  tous  ceux  qui  accompagnaient 
l’ enceinte,  ne  reçut  que  plus  tard,  sous  Henri  II,  la  forme  qu’il  conservait 
en  1790.  Ce  fut  sous  ce  roi,  en  effet,  qu’il  fut  recreusé  à  fond  de  cuve,  et  élargi 
de  manière  à  embrasser  le  bastion  à  deux  faces  élevé  devant  la  face  orientale  de 
la  Bastille,  et  un  autre  plus  petit  vers  le  milieu  du  fossé.  J’ai,  sur  ma  planche, 


DE  LA  PORTE  S.  DENIS  A  LA  SEINE. 


151 


représenté,  par  hypothèse,  les  fossés  tels  qu’on  doit  se  les  figurer  avant  l’addition 
des  bastions  de  Henri  II. 

L’entrée  principale  de  la  Bastille  était  dans  l’origine  du  côté  du  faubourg 
S.  Antoine;  mais,  sous  François  Ier,  la  baie  primitive  avait  été  murée,  et  l’on  y 
entrait  par  la  face  du  nord,  comme  le  témoigne  un  rare  opuscule,  qui  décrit  la 
fête  donnée,  dans  la  cour  de  cet  édifice,  le  22  décembre  1518  (in-4°  goth.,  de 
10  f.  Impr.  de  Jehan  Gourmont). 

Plus  tard,  on  ferma  cette  entrée,  et  l’on  en  ouvrit  deux  autres  ;  l’une  du  côté 
de  la  rue  S.  Antoine,  l’autre,  entre  les  deux  tours  qui  regardaient  la  Seine.  C’est 
ce  qu’attestent  les  plans  de  Du  Cerceau  et  de  Belleforest.  Cette  dernière  entrée, 
qu’on  trouvait  en  passant  par  le  Petit-Arsenal,  était  la  seule  qui  existât  en  1789. 

Je  reprends  ma  description  de  l’enceinte. 

Le  rempart  de  la  ville  se  terminait-il  à  la  porte  S.  Antoine?  Passé  ce  point,  le 
reste  de  l’enceinte  doit-il  être  considéré  comme  une  dépendance  de  la  Bastille? 
C’est  ce  que  je  ne  saurais  dire.  Au  delà  de  cette  forteresse  redoutable  continuaient, 
jusqu’à  la  Seine,  les  deux  fossés  de  Charles  V,  qui,  sous  Henri  II,  je  crois,  furent 
réunis  en  un  seuh  Ce  double  fossé,  creusé  dans  le  voisinage  du  fleuve,  était  en 
tout  temps  rempli  d’eau  vive  ;  car,  à  la  suite  des  hautes  crues,  l’eau  était  rete¬ 
nue  au  moyen  d’un  batardeau  ou  écluse  sise  près  d'une  haute  tour  dont  je  vais 
parler,  et  qu’on  désignait  souvent  sous  le  nom  de  tour  de  T  Ecluse.  En  1789,  cette 
écluse  n’existait  plus,  depuis  je  ne  sais  quel  temps,  et  l’on  ne  voyait  plus,  en  été, 
qu’un  maigre  ruisseau  fétide,  provenant  des  égouts.  C’est  ainsi  que  j’ai  vu  ce 
fossé  dans  mon  enfance,  vers  1818. 

Les  anciens  comptes  témoignent  qu’il  était  poissonneux,  et  que  le  capitaine- 
gouverneur  de  la  Bastille  possédait  ou  s’attribuait  le  droit  de  pêche  (voir  Bouquet, 
p.  182  et  183).  Dans  un  compte  de  1470,  il  est  question  de  la  «  pescherie  du 
fossé  demprès  la  Bastide  S.  Antoine,  appellée  la  Garenne ,  que  la  ville  tient  en  sa 
main  {idem,  p.  200).  »  En  1614,  on  avait  permis  à  Guillaume  de  Vilaines  d’y 
mettre  ses  trains  de  bois  [idem,  p.  253). 

Le  long  du  fossé,  du  côté  de  la  ville,  s’élevait  un  gros  mur,  bâti  scrns  Charles  VI, 
s'il  en  faut  croire  Corrozet  (fol.  128  verso),  et  interrompu  en  plusieurs  endroits 
par  de  gros  bâtiments  de  pierre  ou  tours  carrées,  semblables,  je  pense,  aux  au¬ 
tres  bastides  de  l’enceinte  b  Ces  bâtiments,  surmontés  de  toits,  ressemblent  à  des 
maisons,  sur  les  plans  de  Braun  et  de  Du  Cerceau;  mais,  en  réalité,  c’étaient  pro¬ 
bablement  de  hautes  et  fortes  tours  carrées,  terrassées  et  crénelées.  Les  plans  an- 

1  Sur  les  copies  de  la  Tapisserie,  et  les  plans  de  Braun  et  de  Du  Cerceau,  ce  mur  n’est  pas  rem- 
paré;  mais  sur  celui  de  Belleforest,  on  voit  un  terrassement  entre  le  mur  du  Grand-Arsenal  et 
celui  qui  borde  le  fossé. 


152 


CLOTURE  DE  CHARLES  Y  VERS  1530. 


térieurs  à  1560  offrent  deux  de  ces  bâtiments;  le  dessin  deGagnières,  trois.  11  a 
pu  en  exister  davantage;  car  dans  des  comptes  cités  par  Bouquet  (p.  178),  il  est 
question,  en  1424,  de  «la  première  des  quatre  maisons  couvertes  de  tuilles  estant 
ff  sur  les  fossez  de  la  ville,  entre  les  Bastides  S.  Antoine  et  la  tour  de  Billy.»  Plus 
loin  (p.  181  et  193),  il  s’agit  encore  (1466)  d’une  «maison  ou  loge ,  assise  sur  les 
«  murs,  en  allant  de  la  tour  de  Billy  à  la  Bastide  S.  Anthoine.  »  Je  ne  sais  si  l’on 
désigne  ici  les  bâtiments  qui  nous  occupent.  Il  résulterait  du  premier  compte 
cité  qu’il  y  en  avait  quatre.  J’ai  adopté  ce  nombre. 

Sur  les  anciens  plans,  fà  partir  de  celui  de  Belleforest,  ce  mur  et  ces  tours  ou 
bâtiments  carrés  n’existent  plus.  On  y  voit  à  leur  place  un  nouveau  fossé,  re¬ 
présentant  la  largeur  des  deux  de  Charles  V,  et  ,  dans  ce  fossé  deux  bastions  an¬ 
gulaires  d’une  proportion  exagérée,  comme  l’attestent  les  meilleurs  plans  du 
XVIIIe  siècle.  L’un,  très-petit,  situé  vers  le  milieu  du  fossé,  renfermait  une 
poudrière;  et  l’autre,  placé  à  son  embouchure,  avait  une  forme  particulière;  j’en 
reparlerai  plus  loin  au  chap.  xxi. 

Quant  à  un  troisième  bastion  que  Belleforest  place  dans  le  fossé,  au  sud  de  la 
Bastille,  c’est  une  erreur  ;  il  était  situé  devant  les  quatre  tours  qui  regardaient 
l’entrée  du  faubourg  S.  Antoine.  C’est  sans-  doute  pour  le  mettre  mieux  en  évi¬ 
dence  que  le  dessinateur  du  plan  de  Belleforest  (copie  modernisée  de  celui  de  Du 
Cerceau)  lui  a  assigné  cette  place. 

Le  nouveau  fossé,  creusé  à  fond  de  cuve  et  fortifié  de  bastions  sous  Henri  II, 
était  revêtu  du  côté  de  l’escarpe,  mais  ne  le  fut  que  beaucoup  plus  tard  du  côté 
opposé.  Sur  une  estampe  de  J.  Rigaud,  gravée  vers  1735,  le  côté  de  la  contres¬ 
carpe  ne  paraît  maçonné  que  dans  le  voisinage  du  pont  dormant  de  la  porte 
S.  Antoine  (celle  commencée  sous  Henri  II  et  rhabillée  sous  Louis  XIV). 

Si  l’on  n’éleva  jamais  de  rempart  de  ce  côté  de  l’enceinte,  on  se  demande  ce 
qu’on  a  fait  des  déblais  du  double  fossé.  Les  employa-t-on  à  exhausser  le  quai  dit, 
plus  tard,  des  Célestins  ?  Peut-être  servirent-ils  de  base  à  cette  énorme  butte  qui 
s’élevait  au  nord  de  la  Bastille,  et  qui,  sous  Henri  II,  façonnée  en  forme  de  bastion 
à  deux  faces,* devint  le  grant  boulevart  S.  Antoine.  Ensuite  il  est  possible  que  cette 
butte  ,  dont  je  reparlerai  ailleurs,  fût  simplement  un  énorme  amas  de  gravois  et 
d’immondices. 

Charles  V  protégea  l’embouchure  du  fossé  de  la  Bastille  et  la  tête  de  son  en¬ 
ceinte  par  une  haute  tour  ronde  à  trois  étages,  semblable  à  la  tour  du  Chastel  de 
Bois.  Cette  tour  porta  le  nom  de  Billy,  nom  qu’elle  doit  je  ne  sais  à  quel  personnage 
ou  à  quelle  propriété  voisine  1 .  Plusieurs  historiens  ont  cru  que  ce  même  nom 

1  Un  rapprochement  assez  curieux,  c’est  l’existence  d’un  quai  qui  porte  ce  même  nom  de  Billy, 
à  l’extrémitC'  opposée  de  Paris.  Ce  nom  rappelle  un  général  tué  à  la  bataille  d’Iéna. 


DE  LA  PORTE  S.  DENIS  A  LA  SEINE. 


153 


appartint  d’abord  à  la  tour  Barbeau,  puis  passa  à  la  tour  de  Charles  V.  Aucun  do¬ 
cument  positif  ne  peut  faire  adopter  ou  repousser  cette  assertion;  mais  je  crois 
plus  probable  que  la  tour  de  Ph.  Auguste  ne  s’appela  jamais  ainsi.  M.  de  Gaulle 
dit  à  ce  sujet,  dans  son  Histoire  de  Paris  (t.  II,  p.  533)  :  «L’existence  de  ces  deux 
«  tours  de  Billy  constitue  une  difficulté  qui  n’a  été  remarquée  par  aucun  histo- 
«  rien  de  Paris.  On  peut  l’expliquer,  ce  me  semble,  en  supposant  que,  lors  de 
«  l’agrandissement  de  l’enceinte  de  ce  côté,  la  tour  de  Billy,  voisine  de  la  porte 
«  Barbelle,  fut  démolie1,  et  qu’on  donna  le  même  nom  à  celle  qui  fut  construite 
«  plus  loin  sur  le  même  rivage  de  la  Seine.  » 

La  tour  de  Billy,  que  Sauvai  a  confondue  avec  la  tour  Barbeau,  figure  sur  les 
deux  copies  qui  nous  restent  de  la  Tapisserie,  et  sur  les  plans  de  Munster  et  de 
Braun,  tous  plans  qui  ont  pour  base  des  dessins  antérieurs  à  1538,  époque  où 
elle  fut  détruite.  Nécessairement  on  ne  la  voit  plus  sur  le  plan  de  Du  Cerceau, 
gravé  vers  1560,  et,  si  elle  paraît  encore  sur  la  copie  de  ce  plan,  donnée,  en  1756, 
par  Dheulland,  c’est  par  suite  d’une  erreur,  que  j’explique  dans  mes  Etudes  sur 
les  Plans,  page  66. 

Il  m’a  été  assez  difficile,  d’après  les  plans  cités,  de  bien  préciser  la  position  de 
la  tour  de  Billy.  Je  pense  m’être  peu  écarté  de  la  vérité,  en  la  plaçant  où  on  la 
voit  sur  ma  planche  IX.  Quand  on  construisit  le  bastion  angulaire  qui  fortifie 
l’embouchure  du  fossé  de  la  Bastille,  on  dut  rencontrer  les  fondements  de  la 
tour.  Elle  avoisinait,  sans  aucun  doute,  Y orillon  de  ce  bastion.  C’est  par  méprise 
que,  sur  plusieurs  plans  fictifs,  on  fa  placée  presque  au  bord  de  la  Seine.  Elle 
s’en  éloignait  assez,  puisqu’elle  était  sur  la  ligne  que  suivent,  sur  le  quai,  les  b⬠
timents  actuels  de  l’Arsenal.  Vers  l’époque  où  elle  fut  bâtie  (1370),  on  exhaussa 
(peut-être  avec  les  déblais  des  fossés)  le  sol  des  quais  dits  aujourd’hui  :  de  Mor¬ 
iaud  et  des  Célestins.  Cet  exhaussement  préserva  des  inondations  le  couvent  des 
Célestins,  religieux  que  Charles  Y  affectionnait  particulièrement. 

La  tour  de  Billy  a  porté  encore  d’autres  noms.  Elle  s’appela  (ainsi  que  l’attes¬ 
tent  d’anciens  comptes),  comme  la  tour  de  Bois  qui  lui  faisait  pendant,  la  Tour 
de  l’Ecluse,  parce  que  l’écluse  qui  rétenait  l’eau  dans  les  fossés  lui  était  contiguè*. 
Dans  un  de  ces  comptes  que  cite  Sauvai  (t.  III,  p.  124),  il  est  question  des 
«  nouveaux  murs  que  l’on  entend  faire  (vers  1370)  entre  la  Bastide  S.  Antoine 
et  la  Tour  de  l’Écluse  des  Barrés  \  »  Dans  un  autre  compte  de  1371,  il  s’agit  du 
«  gros  mur  (j’en  vais  parler  bientôt)  faict  entre  la  tournelle  de  Barbe!  et  la  tour 
«  de  l’Ecluse.  »  Cette  désignation  ne  peut  s’appliquer  qu’à  la  tour  de  Billy;  peut- 

1  Cette  supposition  est  une  erreur;  la  tour  Barbeau  existe  sur  tous  les  plans  du  XVIe  siècle. 

a  Dès  1352,  les  Carmes  dits  Barrés  avaient  été  remplacés  par  les  Célestins,  mais  on  avait  par  ha¬ 
bitude  désigné  sous  ce  nom  la  tour  voisine  de  leur  ancienne  demeure. 


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CLOTURE  DE  CHARLES  Y  VERS  1530. 


être  même  le  nom  de  tour  de  l’Ecluse  est-il  le  premier  qu’elle  ait  porté  :  elle  le 
conserve  encore  dans  une  ordonnance  de  février  14-15,  signalée  par  Dulaure. 
Elle  s’est  aussi  appelée  :  Tour  des  Célestins,  à  cause  de  sa  proximité  des  murs 
de  ce  couvent  (voir  Sauvai,  1. 1,  p.  40). 

Au  XVe  siècle  on  louait  à  des  particuliers  la  tour  de  Billy.  C’est  ce  qui  résulte 
de  plusieurs  comptes  signalés  par  Bouquet.  Ainsi  on  lit,  à  la  page  192  de  son 
Mémoire ,  qu’en  1473  elle  était  louée  à  Bail  à  Guillaume  le  Tixerant,  manouvrier, 
qui,  le  jour  de  la  S.  Jean  de  cette  année,  «  bailla  la  clef  à  maistre  Jacques  Rebours, 
«  Procureur-Général  de  la  Ville,  pour  ce  qu’il  n’y  vouloit  plus  demourer,  et  aussi 
«  qu’il  y  avoit  de  l’artillerie.  » 

L’année  de  la  destruction  de  la  tour  de  Billy  est  connue  de  tous  les  historiens, 
ainsi  que  les  circonstances  de  sa  ruine.  La  foudre  mit  le  feu,  en  1538,  au  dépôt 
de  poudres  qu’elle  contenait.  Je  vais  reproduire  le  récit  de  Gilles  Corrozet,  auteur 
contemporain,  qui  a  pu  entendre  l’explosion  et  en  visiter  les  résultats.  «L’an  mil 
«  cinq  cens  xxxvm  .  le  xix  .  iour  de  Iuillet,  enuiron  cinq  heures  du  soir,  après 
«  grandes  tourmentes,  esclairs  et  vents  merueilleux,  la  fouldre  tomba  sur  la  tour 
«  de  Billy  derrière  les  Gelestins,  en  laquelle  estoient  près  de  deux  cens  caques 
«  de  pouldre  à  canon,  à  cause  de  quoy  toute  la  tour  fut  embrasée  et  rompue  par 
«  la  violence  du  feu,  de  telle  furie  que  les  fondemens  furent  arrachez  du  fond  de 
«  terre,  et  les  pierres  transportées  par  le  poussement  du  feu,  iusques  à  S.  An- 
«  thoine  des  Champs,  S.  Victor,  au  Terrain,  et  dans  la  ville  :  etnedemoura  en 
«  la  place  aucune  forme  de  tour.  Geste  démolition  gasta  tous  les  iardins,  abatit 
«  la  muraille  des  Gelestins,  et  toutes  leurs  verrieres  :  brisa  les  maisons  d’alen- 
«  tour  et  tua  et  blessa  plusieurs  personnes.  Les  verrieres  de  S.  Paul,  de  S.  Ger- 
«  uais,  de  S.  Victor  et  de  S.  Marceau  en  tombèrent  par  terre,  et  les  poissons  sans 
a  nombre  furent  veuz  morts  sur  le  Üeuue  de  Seine  »  (Ed.  de  1561,  f.  158  verso). 

Il  est  encore  question  de  cette  tour  dans  des  comptes  de  1614  et  1622  (Bou¬ 
quet,  p.  252  et  253)  ;  mais  on  en  parle,  je  suppose,  dans  le  sens  de  «  la  place  où 
était  la  tour  de  Billy,  comme  nous  disons  :  «  aller  de  la  porte  S.  Denis  à  la  Bas¬ 
tille.  »  Assurément  elle  ne  fut  jamais  rebâtie,  maiè  peut-être  ses  débris  ont-ils 
pendant  longtemps  indiqué  la  place  où  elle  s’élevait. 

Sur  les  plans  de  Braun  et  de  Du  Cerceau  on  voit  un  grand  bâtiment  carré,  en 
travers  de  l’embouchure  du  fossé  de  la  Bastille;  sur  celui  de  Belleforest,  le  bâti¬ 
ment  n’existe  plus,  mais  l’embouchure  est  fortifiée  d’un  gros  bastion  angulaire. 

Charles  V  n’ayant  construit  une  nouvelle  enceinte  que  du  côté  de  la  rive  droite, 
il  en  résulta  que  l’extrémité  de  cette  enceinte  ne  faisait  plus  face,  au  delà  de  la 
Seine,  à  la  Tournelle  ou  tour  S.  Bernard,  qui  formait,  à  l’orient,  la  tête  de  l’arc 
de  la  clôture  de  Ph.  Auguste.  Pour  remédiera  cet  inconvénient,  on  relia,  comme 


DE  LA  PORTE  S.  DENIS  A  LA  SEINE. 


155 


on  avait  fait  du  côté  de  l’ouest,  la  tour  de  Billy  à  l’ancienne  tour  Barbeau,  au 
moyen  d’une  muraille  fortifiée.  De  la  première  de  ces  tours  partait  le  mur,  tout 
en  pierres  de  taille,  d’une  épaisseur  d’au  moins  deux  mètres ’,  flanqué  de  onze 
tours  carrées  2  munies  de  créneaux  et  de  mâchicoulis.  La  onzième  faisait  face,  ou 
à  peu  près,  à  la  rue  du  Petit-Musc,  et  tout  auprès  était  peut-être  une  porte  de 
ville  dite  :  des  Célestins. 

A  partir  de  ce  point  jusqu’à  la  tour  Barbeau,  le  mur  paraît  plus  bas  et  dévie 
deux  fois  de  sa  direction  primitive,  comme  on  le  voit  sur  ma  planche  IX.  Dans  cet 
espace  compris  entre  les  rues  du  Petit-Musc  et  S.  Paul,  il  était  flanqué  de  cinq  demi- 
tourelles  en  encorbellement,  sortes  d’hémicycles  convexes  du  côté  de  la  Seine, 
et  qui  servaient  d’ échauguettes.  On  en  compte  sept  sur  le  dessin  de  Gagmières. 

C’est  probablement  cette  portion  de  la  clôture  de  Charles  Y  que  désigne  un 
ancien  compte,  où  l’on  cite  «les  grands  murs  nouvellement  faits  selon  la  rivière 
«  entre  la  Tournelle  de  Barbel  et  la  Porte  qui  est  devant  les  Célestins  »  (Sauvai, 
t.  III,  p.  126). 

Tous  ces  travaux  furent,  selon  le  même  (t.  III,  p.  124),  commencés  entre  1369 
et  1371.  Il  est  probable  que,  vers  la  même  époque,  on  exhaussa  laberge  et  forma 
les  quais  nommés  depuis  :  Morland  et  de  l’Arsenal. 

Dans  un  recueil  de  dessins  à  la  plume,  conservés  à  la  Bibliot.  nationale  (sec¬ 
tion  des  Manuscrits )  et  exécutés,  vers  1583,  par  Jacques  Cellier,  de  Reims,  calli- 
graphe  du  Roy,  se  trouve  une  vue  peu  exacte  du  couvent  des  Célestins,  prise  du 
bord  de  la  Seine.  On  y  remarque  quelques-unes  de  ces  tours  carrées,  reliées  par 
un  mur  crénelé.  Ce  dessin,  reproduit  librement  par  M.  Pernot,  est  trop  grossier 
pour  mériter  toute  notre  confiance. 

J’ai  cru  reconnaître  plusieurs  de  ces  anciennes  tours  incorporées  aux  bâtiments 
de  l’Arsenal  (reconstruits,  du  côté  du  quai,  en  1718),  sur  plusieurs  plans  du 
XYIIe  siècle,  notamment  sur  celui  de  Bullet,  1676.  Je  crois  même  en  avoir  vu 
quelques  restes  en  parcourant  les  cours  de  l’Arsenal.  Dans  une  maison,  rue  de 
Sully,  17,  j’ai  remarqué,  en  1840,  une  terrasse  qui  avait  vue  sur  le  quai,  et  m’a 
paru  établie  sur  les  murs  d’une  des  tours. 

Cette  muraille  fortifiée  faisait  face  au  petit  bras  de  la  Seine,  qui,  avant  1846 
encore,  séparait  l’île  Louvier  du  quai  Morland.  J’ai  souvent  été  tenté  de  regarder 
ce  bras  de  rivière  comme  un  canal  creusé  sous  Charles  Y,  pour  servir  de  fossé  à 
cette  partie  de  l’enceinte,  qui  déjà  renfermait  des  granges  pour  l’artillerie.  Cette 

1  En  juillet  1850,  j’en  ai  vu  le  profil  au  milieu  de  bâtiments  en  démolition  pour  l’ouverture  de 
la  nouvelle  rue  Schomberg. 

1  Sur  le  seul  plan  de  Braun,  on  ne  compte  que  dix  tours  carrées,  plus  une  demi-tour  ronde  voi- 

ne  de  la  tour  de  Billy. 


156 


CLOTURE  DE  CHARLES  Y  VERS  1530. 


hypothèse  ne  paraîtra  point  trop  invraisemblable,  si  l’on  considère  qu’il  n’est  pas 
question  de  cette  île  avant  l’an  1370,  époque  où  elle  se  nommait  :  isle  aux  Jo¬ 
viaux,  et  que  le  lit  où  passait  ce  prétendu  bras  de  la  Seine  avait  l’apparence  d’un 
fossé  à  talus  régulier. 

Nous  exprimerons  avec  moins  d’incertitude  la  même  opinion  au  sujet  du  cours 
d’eau  qui  séparait  en  deuxl’île  actuelle  S.  Louis,  vers  l’endroit  où  est  la  rue  Poul- 
letier.  Quoi  qu’en  aient  dit  certains  auteurs,  notamment  T.  Du  Plessis,  dans  ses 
Nouv.  Annales  de  Paris,  p.  5  et  134,  je  le  regarde  comme  un  canal,  ou  plutôt  un 
fossé  creusé  pour  relier  l’ensemble  des  fortifications  de  la  capitale.  J’ai  déjà  dis¬ 
serté  sur  ce  sujet,  page  63  ;  j’ai  supposé  que,  sous  Ph.  Auguste,  l’ile  S.  Louis  était 
fortifiée  d’un  mur  et  de  tours  rondes  (voy.  pi.  VI),  et  que  dès  lors  peut-être  on 
creusa  ce  canal,  parallèle  à  une  ligne  droite  tirée  entre  la  Tournelle  et  la  tour 
Barbeau.  Mais  ce  qui,  par  rapport  au  temps  de  Ph.  Auguste,  n’est  qu’une  hy¬ 
pothèse,  devient  ici  une  certitude.  Dès  l’année  1356,  ou  un  peu  plus  tard,  le  fossé 
de  l’île  S.  Louis  existait  et  était  accompagné  d’une  fortification  quelconque,  ser¬ 
vant  à  réunir  les  enceintes  des  deux  rives  et  à  fermer  la  Seine,  au  moyen  de 
grosses  chaînes  soutenues  sur  des  bateaux.  Ce  fut  peut-être  seulement  à  l’épo¬ 
que  où  furent  élevées  les  tours  du  Chastel-de-Bois  et  de  Billy  qu’on  imagina  ce 
système  de  fortification  fluviale,  dont  il  n’est  pas  question  avant  1369. 

On  voit,  par  d’anciens  comptes  (Sauvai,  t.  III,  p.  124),  que  cette  année  il  exis¬ 
tait  dans  l’îlc  Noire-Dame  une  tour  quarrée,  nommée  Loriaux  parce  qu’elle  était 
habitée  par  Guillaume  Coquille,  dit  Loriaux,  «chargé  de  nettoyer  les  grosses 
chaînes  du  travers  de  la  rivière.  »  Cette  expression  tour  quarrée  donne  à  penser 
qu’elle  avait  été  élevée  sous  Charles  Y,  car,  sous  Ph.  Auguste,  la  forme  des  tours 
était  généralement  cylindrique. 

Il  est  à  présumer  que  la  tour  qu’habitait  Loriaux  était  située,  non  pas  vers  le 
milieu  de  Pile,  dans  l’axe  de  la  rue  S.  Louis,  mais  plutôt  au  bord  de  la  Seine,  vis- 
à-vis  delà  Tournelle  ou  de  la  tour  Barbeau,  et  que,  sur  le  rivage  opposé  de  l’île, 
on  en  voyait  une  autre,  à  peu  près  semblable.  On  ne  comprendrait  nas  une  autre 
disposition.  Dulaure  admet  une  seule  tour  dans  l’île  S.  Louis;  mais  ii  serait  bien 
embarrassé  de  lui  donner  une  place  vraisemblable  sur  un  plan  fictif.  Sauvai  (t.  I, 
p.  90)  avance  que  «dès  l’an  1369,  et  bien  depuis,  il  y  avoit  deux  tours.» 

Dans  la  supposition  où  Ph.  Auguste  aurait  le  premier  fortifié  i  ïie  d’un  gros 
mur  et  de  deux  tournelles  faisant  face  à  celles  qui  commençaient,  vers  l’orient, 
les  deux  arcs  de  son  enceinte,  il  faut  admettre  que  la  tour  Loriaux  et  celle 
qui  lui  faisait  pendant  sur  le  rivage  opposé  de  l’île  avaient  remplacé  celles  éle¬ 
vées  sous  Ph.  Auguste. 

Ces  deux  tours  carrées  étaient  reliées  sans  doute  par  une  muraille  épaisse,  ou 


DE  LA  PORTE  S.  DENIS  A  LA  SEINE. 


157 


un  rempart  formé  des  déblais  du  fossé.  Un  point  qui  paraît  incontestable,  c’est 
qu’il  exista  dans  F  île  Notre-Dame,  sur  une  ligne  correspondante  aux  tournelles 
de  Ph.  Auguste,  une  fortification  quelconque  établie  au  bord  du  canal  ou  fossé 
qui  séparait  cette  île  de  celle  dite  :  aux  Vaches  ;  mais  aucun  plan ,  aucun  détail 
contemporain  ne  peut  fixer  nos  idées  sur  ce  point. 

Ainsi,  tout  est  incertain  sur  cette  question,  qu’un  archéologue  résoudra  peut- 
être  un  jour  par  la  découverte  de  documents  inédits.  Il  me  semble  que  la  com¬ 
munication  entre  les  deux  têtes  orientales  de  la  clôture  de  Ph.  Auguste,  à  tra¬ 
vers  l’île  S.  Louis,  dut  être  établie  sous  le  roi  Jean  plutôt  que  sous  Ph.  Auguste, 
puisque  les  chroniques  des  XIIe  et  XIIIe  siècles  n’en  parlent  pas. 

Sauvai  (t.  III,  p.  124)  cite  «  le  pont  de  Fust  (de  bois)  d’entre  l’isle  N.  Dame  et 
S.  Bernard,  planchéié  en  sept.  1370;  — le  pont  de  Fust  derrière  (ailleurs,  on  lit  : 
d’emprès)S.  Bernard  aux  Barrés.  »  Ces  passages  nous  apprennent  (si  l’on  sous- 
entend  le  mot  allant ,  entre  S.  Bernard  et  aux  Barrés )  qu’un  double  pont  condui¬ 
sait  de  la  tour  S.  Bernard  ou  Tournelle  jusque  près  de  l’ancien  couvent  des  Car¬ 
mes  ou  Barrés,  où  s’installèrent,  en  1352,  les  Célestins. 

La  Tynna,  à  propos  de  l’île  S.  Louis,  dit  d’après  Sauvai  :  «  Il  paraît  qu’il  y  avait 
«  (dans  l’île  N.  Dame)  au  nord  et  au  midi,  des  ponts  de  bois  qui  furent  empor- 
«  tés  par  le  débordement  de  l’an  1296  *. 

On  ne  comprend  pas  Futilité  de  ces  deux  ponts  existant  avant  1296.  Auraient- 
ils  été  construits  sous  Ph.  Auguste,  pour  conduire  à  des  fortifications  élevées 
déjà  dans  l’île,  et  pour  servir  en  quelque  sorte  de  chemin  de  ronde? 

Les  extraits  de  Sauvai  sont  quelquefois  difficiles  à  expliquer;  et  celui  qui  pour¬ 
rait  vérifier  toutes  les  sources  où  il  a  puisé  découvrirait  souvent  de  lourdes 
erreurs  de  dates  ou  de  copie.  Je  laisse  au  lecteur  le  soin  de  tirer  de  ces  citations 
toutes  les  conséquences  qu’il  voudra. 

Nous  lisons  encore  dans  Sauvai  cette  phrase  singulière  :  «  Nous  apprenons  de 
«  quelques  Regîtres  de  la  Chambre  des  Comptes  qu’encore  bien  que  l’isle 
«  N.  Dame  fût  presque  couverte  de  fossés...  néanmoins  ne  la  croyant  pas  tout 
«  à  fait  en  sûreté,  on  Yenvironna  de  fossés  revêtus  de  gasons  «  (t.  I,  p.  40). 

Il  m’est,  je  l’avoue,  impossible  de  me  figurer  une  île  couverte  et  environnée 
de  fossés.  Ce  qu’il  dit  de  l’île  N.  Dame  s’applique  peut-être,  par  suite  d’une  mé¬ 
prise,  à  toute  la  ville. 

1  Le  même  auteur  assure  que  le  pont  de  la  Tournelle  existait  déjà  en  1569,  et  que  cette  année 
on  y  fit  une  tournelle  carrée,  dont  il  a  pris  son  nom,  et  une  porte.  J’ai  déjà  réfuté  cette  assertion, 
p.  63.  Le  pont  dont  il  s’agit  ici  ne  serait-il  pas  celui  établi,  vers  cette  année  1569,  sur  le  nouveau 
fossé  creusé  devant  la  porte  particulière  de  la  fortification  nommée  Tournelle?  Il  est  possible  aussi 
que  le  pont  de  bois  de  l’île  Notre-Dame  ait  été  muni  d’une  barbacane. 


158 


DOCUMENTS  RELATIFS  A  L’ENCEINTE  DE  CHARLES  Y. 


Un  fait  surprenant,  c’est  que,  de  toutes  ces  prétendues  fortifications  de  l’île 
Saint-Louis,  il  ne  reste  plus  aucune  trace  sur  les  plans  représentant  Paris  vers 
1530;  c’est  qu’aucun  auteur  ancien  n’en  parle;  de  sorte  jque  si  Sauvai  n’eût 
cité  d’anciens  comptes  où  il  s’agit  de  la  tour  Loriaux  et  des  ponts  de  fust  de  l’île 
N.  Dame,  jamais  aucun  des  historiens  modernes  n’eût  songé  à  relier  l’île  S.  Louis 
au  système  de  fortifications  dePh.  Auguste  et  de  Charles  Y.  C’est  une  partie  de 
l’histoire  parisienne  sur  laquelle  on  a  fort  peu  de  lumières;  aussi  serait-il  très- 
important  de  vérifier  les  lieux  quand  on  abattra  des  maisons  du  côté  de  la  rue 
Poulletier. 

XIX.  —  Extraits  al’aetes  et  ale  comptes  relatifs  à  la  clôtaire  ale  Claarles  V. 

J’ai  décrit,  au  chapitre  précédent,  le  parcours  et  les  divers  détails  primitifs  ou 
additionnels  de  l’enceinte  de  Charles  V.  Mes  Recherches  sur  les  portes  éclairci¬ 
ront  encore  quelques  points  de  cette  question  si  difficile  à  traiter,  et  que  je  suis 
loin  de  prétendre  avoir  résolue.  On  a  si  souvent,  entre  1400  et  1630,  réparé  ou 
modifié,  sur  toute  la  ligne,  les  accessoires  de  cette  enceinte,  que  les  plans  de  Paris 
des  XVIe  et  XVIIe  siècles  ne  nous  donnent  peut-être  qu’une  idée  fausse  de  son 
état  originel.  Pour  faire  mieux  comprendre  les  nombreuses  transformations 
qu’elle  a  subies  dans  l’espace  de  plus  de  deux  siècles,  je  vais  reproduire  ici,  par 
ordre  chronologique,  des  extraits  d’anciens  actes,  registres  ou  chroniques,  qui 
nous  aideront  à  nous  rendre  compte  de  ces  changements  successifs.  Si  j’avais 
pris  le  temps  de  faire,  à  ce  sujet,  de  longues  recherches,  dans  les  manuscrits 
conservés  à  la  Bibliothèque  nationale,  aux  Archives  et  ailleurs,  j’aurais  formé 
peut-être  un  gros  volume  de  citations  du  même  genre  ;  mais,  par  les  raisons  ex¬ 
posées  dans  ma  préface,  je  me  suis  borné  aux  notes  que  j’ai  recueillies  entre 
1838  et  1850.  Il  doit  se  trouver,  dans  les  vieilles  chroniques  et  dans  les  divers 
Mémoires  historiques,  réimprimés  de  nos  jours,  un  grand  nombre  de  faits  rela¬ 
tifs  à  la  clôture  de  Charles  V. 

Ce  chapitre  n’est  donc  qu’une  ébauche.  Je  laisse  à  celui  qui  refera  un  jour 
mon  livre,  le  soin  de  le  développer.  Comme  je  n’ai  pas  recouru  aux  sources 
originales,  je  citerai  ces  articles,  en  les  abrégeant,  tels  qu’ils  sont  imprimés  dans 
les  divers  ouvrages  d’où  ils  sont  extraits,  et  j’en  conserverai  l’orthographe,  toute 
fautive  qu’elle  soit  évidemment.  Sauvai,  Félibien,  Bouquet  et  autres,  ne  se  pi¬ 
quaient  pas  de  transcrire  les  documents  qu’ils  offraient  au  public,  avec  la  précision 
d’un  fac-similé  ;  ils  en  modernisaient  souvent  l’orthographe,  ajoutant  les  accents 
et  la  ponctuation,  procédé  qui  peut  engendrer  plus  d’une  méprise. 


DOCUMENTS  RELATIFS  A  L’ENCEINTE  DE  CHARLES  V.  159 

1425.  — Ordonnance,  au  nom  de  Henri,  roi  d’Angleterre,  où  on  lit:  «  Pour 
«  ce  que...  nostre  Ville  (de  Paris)...  doye  estre  soustenue,  gardée  et  maintenue 
«  en  bonne  et  seure  fortification,  et  que  grands  emparements,  ouvrages  et  répa¬ 
rt  rations  y  aient  esté  et  soient  par  chascun  jour  faiz  et  continuez,  qui  ont  cousté 
«  moult  grands  sommes  de  deniers...  néantmoins  il  est  venu  à  nostre  cognois- 
«  sance  que  tacitement  et  nuictement...  plusieurs  démolissements  et  fractions 
«  sont  faiz  ès  huit  fenestres  charpenteries,  maçonneries  et  couvertures  des  Por- 
«  tes,  Cours,  Bastides,  Maisons  et  Eschifïïes  qui  sont  autour  de  la  closture  et 
«  fermeture  de  nostre  dicte  Ville,  et  en  sont  emblées,  prinses  et  arses  et  em- 
«  portées,  les  liuits  fenestres,  ayz,  plomb,  traits,  habillements  de  guerre  etc... 
«  et  aussi  que  plusieurs...  vont  par  dessus  les  murs  de  la  dicte  Ville,  dedans  les 
«  fossez  d’icelle  prendre  le  poisson  et  les  herbes...  »  Nous  enjoignons  au  Prévost 
de  faire  crier  et  publier  que  :  «  aucun  ne  aille  ès  Portes,  Tours,  Maisons,  Eschif- 
«  fies  et  Gardes  du  pourtour,  fermeture  et  closture  de  nostre  dicte  Ville,  ne  de- 
«  dans  les  fossez  d’icelle,  par  dessus  les  murs  ne  autrement,  etc.  »  (Bouquet, 
Mémoire ,  p.  171). 

Cet  acte  offre  plusieurs  expressions  remarquables.  Le  mot  emparements  signi¬ 
fie-t-il  qu’on  rempara  la  clôture?  Je  ne  le  pense  pas.  Qu’entend-on  par  les  bas¬ 
tides  ?  S’agit-il  des  buttes  de  terre  voisines  des  portes,  ou  des  gros  bâtiments 
carrés  qui  figurent  sur  les  vieux  plans  ?  Est-ce  le  mot  maisons  qui  se  rapporte  à 
ces  bâtiments  ?  Au  lieu  du  mot  cours,  il  faudrait  peut-être  lire  :  tours. 

Cette  circonstance,  qu’on  pouvait  aller  dans  les  fossés  par  dessus  les  murs, 
semble  indiquer  que  ces  murs  étaient  peu  élevés  ou  flanqués  de  terres  rapportées, 
du  côté  de  la  ville  et  à  l’extérieur;  c’est  ce  que  je  n’oserais  affirmer,  par  les 
raisons  développées  au  chap.  xiv.  Je  ne  sais  si  les  huit  fenestres  appartiennent 
aux  portes  de  la  ville,  ou  aux  batiments  de  î’ enceinte.  Il  est  question  encore 
( id .,  p.  177)  de  «Tours  et  Maison  de  huyt  fenestres »  du  côté  de  la  tour  Billy, 
baillées,  en  1423,  à  Estienne  Coulon,  procureur  du  roi. 

1429.  —  Au  mois  de  Juin  «  ceulx  de  Paris  firent  fortifier  les  murs  et  y  mirent 
«  foison  canons  et  autre  artillerie»  (Journal -de  Paris  sous  Charles  VI,  p.  123). 
«  La  première  sepmaine  de  septembre,  l’an  1429,  les  Quarteniers,  chascun  en 
«  son  endroit,  commencèrent  à  fortifier  Paris  aux  Portes,  de  Boullevars,  ès  mai- 
«  sons  qui  estoient  sur  les  murs,  affûter  canons,  queües  pleines  de  pierres  sur  les 
«  murs,  redrecer  les  fossez  dehors  la  Ville,  et  faire  barieres  dehors  la  Ville  et 
o  dedens  »  ( ’ibid .,  p.  125).  Ces  maisons  qui  estoient  sur  les  murs  sont  sans  doute 
les  tours  ou  bastides  de  l’enceinte.  Le  mot  boullevars  a-t-il  ici  le  même  sens  que 
celui  de  rempart  ?  Je  crois  qu’il  désigne  plutôt  les  buttes  voisines  des  portes. 

1461  (Année  de  T  avènement  de  Louis  XI).  — Cette  année,  dit  Corrozet 


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DOCUMENTS  RELATIFS  A  L’ENCEINTE  DE  CHARLES  Y. 


{  éd.  1561,  fol.  143,  verso),  «les  Parisiens  enclins  à  l’amour  de  leur  Roy,  establi- 
«  rentgueten  la  ville,  gardes  aux  portes,  etc.  et  reparerent  leurs  fortifications.  » 
Notons  que,  dans  l’édition  de  1586,  on  lit:  réparèrent,  mot  qui,  ainsi  orthogra¬ 
phié,  doit  se  lire  :  remparèrent.  Serait-ce  à  cette  époque  que  l’enceinte  fut,  à 
l’intérieur,  munie  d’un  rempart  ? 

1465.  — Selon  Corrozet  (fol.  144),  après  la  bataille  de  Montlhéri  (juillet  1465), 
«  la  voirie  de  la  porte  S,  Denys  fut  abatue,  et  rempars  furent  faicls  au  dedans 
«  des  murailles...»  Quelle  était  cette  voirie ?  Sans  doute  la  butte  nommée  depuis  : 
Villeneuve-sur-Gravois,  et  ensuite  :  Bonne-Nouvelle.  Il  faudrait  donc  admettre  ou 
qu’il  y  a  erreur,  ou  qu’elle  fut  relevée  plus  tard,  puisqu’elle  est  marquée  sur  le 
plan  de  Braun.  Une  partie  de  ses  matériaux  aura  peut-être  servi  en  1465  à  for¬ 
mer  le  terrassement  dont  on  flanqua  le  mur  à  l’intérieur. 

1468.  —  Marché  fait  entre  la  Ville  et  Jehan  Quatre-Vaulx,  pionnier,  pour 
«  écurer  et  nettoyer  les  grands  fossez...  depuis  le  Boullevart  neuf  de  la  Tour  de 
«  Billy,  jusques  à  la  Tour  du  Chasteau-de-bois,  réservé  les  Fossez  de  la  Bastille» 
(Bouquet,  p.  201). 

1474.  —  Selon  un  Piegjstre  delà  Cour  des  Comptes,  que  cite  Sauvai  (t.  I,  p.  42), 
Louis  XI  aurait  fait,  cette  année  (et  non  en  1468),  construire  un  boulevart  proche 
de  la  tour  de  Billy,  et  en  même  temps  un  mur  neuf  près  de  la  porte  Montmartre. 
Ce  boulevard  est  sans  doute  le  terrassement  qu’indique,  le  long  du  fossé  de  la 
Bastille,  le  plan  de  Belleforest,  et  que  je  cite  dans  la  note  de  la  page  151.  Quant 
à  ce  mur  neuf ,  il  désigne  peut-être  un  ravelin  bâti  sur  le  pont  dormant  qui  pré¬ 
cédait  la  porte  Montmartre. 

1512.  —  Un  arrêt  du  14  juin  (Sauvai,  ibidem ),  qui  fut  renouvelé  en  1536-68- 
90  et  95,  décide  que  «  les  voiries  qui  régnoient  par  dehors,  le  long  des  murs, 
«  seroicnt  applanies,  comme  étant  devenues  assés  grosses  et  assés  hautes,  pour 
«  commander  dans  la  ville»;  et  l’on  permit  (à  la  même  époque)  aux  bourgeois 
de  «  faire  charrier  leurs  gravois  et  leurs  ordures  (hormis  les  charognes),  le  long 
«  des  remparts  »  pour  grossir  et  soutenir  les  fortifications.  Par  applanies,  on 
veut  dire  sans  doute  abaissées,  car  ces  huttes  ou  voiries  se  voient  sur  les  anciens 
plans;  faut-il  supposer  qu’elles  auraient  été  reformées  plus  tard?  Il  paraît,  au 
reste,  que  cette  ordonnance  n’eut  aucun  résultat. 

On  rappelle,  dans  un  mémoire  rédigé  en  1632  (Félihien,  t.  V,  p.  818),  qu’en 
1512,  la  ville  fut  fortifiée  de  ramparts.  Nous  avons  vu,  par  les  citations  précé¬ 
dentes,  que  le  rempart  est  certainement  antérieur  à  cette  année. 

1514.  —  Un  compte  de  cette  date  (Sauvai,  t.  III,  p.  561)  signale  un  édit  qui  or¬ 
donne  de  porter  les  gravois  et  immondices  «dedans  et  au  long  des  murs,  pour  la 
fortification  de  la  ville.»  Il  s’agit  toujours  de  l’enceinte  du  nord,  mais  aussi,  je  crois, 


DOCUMENTS  RELATIFS  A  L’ENCEINTE  DE  CHARLES  Y. 


161 


de  celle  du  midi  ;  car,  vers  cette  époque,  on  avait  le  projet  d’élever  un  terrasse¬ 
ment  continu  derrière  le  gros  mur  de  l’Université. 

1513  à  1518.  —  Il  existe,  dans  un  registre  des  Fortifications  de  la  ville  (Bou¬ 
quet,  Mémoire ,  p.  262  et  suiv.),  des  comptes  détaillés  relatifs  aux  «  œuvres  de  ma- 
«  çonnerie  ordonnées  eslre  faictes,  de  costé  et  d’autre,  le  long  des  talus  des  fossez  » 
entre  la  Tour  de  Bois  et  la  porte  S.  Honoré.  Il  est  question,  dans  ces  comptes, 
du  Boullevert 1  de  la  Tour  de  Bois,  et  des  arrières-fossez  de  la  ville,  près  le 
Boullevert  S.  Honoré.  On  y  apprend  qu’on  revêtit  ou  projeta  de  revêtir  le  talus 
d’escarpe  du  fossé,  qu’on  recreusa  et  cura  les  fossés,  dans  ce  même  espace, 
.  afin  qu’ils  continssent  toujours  deux  à  trois  pieds  d'eaux  vives,  et  que  le  mur 
de  revêtement  de  l’escarpe  devait  avoir  dix  pieds  d’épaisseur. 

Entre  1516  et  1518,  on  paye  à  Bernard  Amaulry,  maçon,  526  livres,  pour 
avoir  fait  «  ouvrages  de  son  mestier  dans  le  jardin  du  Logis  de  la  porte  S.  Ho- 
«  noré,  et  entre  laditte  porte  et  la  deuxième  Guerite 2  ensuivant  tirant  à  la  porte 
«  Montmartre»  ;  à  François  Decaumont,  charpentier,  65  livres,  pour  avoir  fait 
un  «  bastardeau  au  travers  du  bout  du  fossé...  près  de  la  Tour  de  bois,  de  sept  à 
«  huit  toises  de  long»  ;  au  même,  25  livres  tournois,  pour  avoir  «fait  et  élevé 
«  ès  fossez  de  la  ville,  entre  la  porte  S.  Antoine  et  YJIostel  d’ Ardoise3,  deux 
«  ponts  à  donner  passage  aux  Manouvriers,  pour  aller  quérir  les  terres  du  mi- 
«  lieu  desdits  fossez.  »  Il  est  enfin  question  des  «  ouvriers  qui  ont  esté..., 
«  commençant  auprès  delà  Tour  de  bois,  en  tirant  de  la  porte  S.  Honoré  et  au- 
«  très  portes  ensuivant,  y  faire  remparts  et  platteformes ,  afin  d’aller  et  venir 
«  en  seureté  »  ( ibid .,  page  265). 

1523.  —  «Le  Samedy  dernier  iour  d’Octobre,  lit-on  dans  Du  Breul  (p.  1061), 
«  le  Boy  François  Ier,  pour  la  fortification  de  la  Ville,  ordonna  que  l’on  feroit 
des  tranchées  sur  les  fossez  de  la  ville,  depuis  la  porte  S.  Martin  iusques  à 
«  celle  de  S.  Honoré,  qui  fut  le  premier  dessein  des  tranchées  (des  nouveaux 
«  fossés),  ausquelles  on  recommença  à  trauailler  en  l’an  1536.  » 

Sauvai  (t.  I,  p.  43  et  81)  dit,  à  propos  de  cette  ordonnance,  que  l’exécution  de 
ce  projet  fut  commencée,  mais  que  «huit  jours  après  on  se  lassa  de  ce  travail, 
«  et  il  fut  abandonné,  ayant  reconnu  le  peu  d’utilité  qui  en  reviendroit.  Néan- 
«  moins  au  mois  de  Mars  ensuivant  (1524),  on  s’avisa  d’élever  des  remparts  et 
«  de  petits  bastions  en  dedans  de  la  ville  le  long  des  murs,  pour  de  l’artillerie.  » 

'  Ce  mot  boullevert  désigne-t-il  le  rempart?  Le  seul  plan  de  Belleforest  offre,  au  sud  de  la  Tour 
de  Bois,  à  l’intérieur,  une  butte  surmontée  d’un  moulin  :  c’est  peut-être  ce  boullevert. 

*  Ce  mot  guérite ,  comme  je  l’ai  dit  page  133,  désigne  peut-être  une  des  bastides  de  l’enceinte.  Le 
même  mot  est  encore  employé  dans  un  compte  de  Sauvai,  que  je  cite  plus  loin. 

*  Je  parlerai,  au  chapitre  xxi,  d’un  moulin  et  d’un  bastion  nommés  :  de  l’Ardoise. 

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DOCUMENTS  RELATIFS  A  L’ENCEINTE  DE  CHARLES  Y. 


Corrozet  (fol.  154-,  y.)  s’explique  ainsi  à  ce  sujet  :  «Mr  de  Vendosme  gouuer- 
«  neur  de  Paris...  feit  faire  des  trenchées  hors  les  faulx  bourgs  depuis  les  fossez 
«  S.  Honoré,  iusques  à  ceux  de  S.  Martin  :  et  pour  seureté  de  la  ville  furent  leuez 
«  parmy  le  populaire  deux  mil  aduenturiers .  » 

1525.  —  Délibération  du  29  mars,  pour  raser  les  voiries  ou  buttes  qui  domi¬ 
naient  la  ville  (Félibien,  t.  IV,  p.  658),  parce  que,  selon  l’avis  du  sire  de  la  Tri- 
moille,  ces  forteresses  serviraient  plus  aux  ennemis  qu’aux  Parisiens.  Ce  fut 
peut-être  à  cette  époque  qu’on  abaissa  les  tours  carrées  de  Charles  V,  comme  je 
le  suppose,  page  132. — Le  9  mai  de  la  même  année  ( ibid .,  p.  661),  Guill.  de 
Montmorency  alla  visiter  les  «  remparts  qui  sont  requis  et  necessaires  estre  faicts', 
«  depuis  la  porte  S.  Honoré  jusqu’à  la  tour...  ( non  désignée ).»  Il  s’agitici,  je  pense, 
de  l’enceinte  de  Charles  V,  et  non  de  la  nouvelle  clôture  projetée.  A  la  même 
époque  on  rempara,  au  sud,  le  mur  de  Pli.  Auguste  sur  certains  points,  avec  les 
terres  de  la  chaussée  qui  séparait  les  deux  fossés  réunis  en  un  seul  (ibid.,  p.  662). 

1527  à  1530.  —  Réparation  et  curage  des  fossés  entre  les  portes  S.  Honoré  et 
S.  Martin  (Bouquet,  p.  266). 

1532  à  1533. — Fossés  approfondis  entre  la  porte  S.  Honoré  et  la  tour  de 
Bois.  Ces  travaux  furent  exécutés  par  les  prisonniers  du  Châtelet  (ibid.).  On  te¬ 
nait  à  entretenir  en  bon  état  cette  portion  de  l’enceinte ,  probablement  par  ce 
motif  quelle  avoisinait  le  château  royal  du  Louvre. 

1536. — Cette  année  on  ordonna,  en  juin  et  juillet,  une  visite  générale  des 
anciens  remparts,  et  on  s’occupa  beaucoup  des  nouvelles  fortifications,  dont  je  ne 
parlerai  qu’au  chapitre  xxi,  puisque  ces  travaux  ne  se  rapportent  plus  à  l’enceinte 
de  Charles  V,  mais  bien  à  la  quatrième  clôture  de  la  rive  droite ,  qui  fait  l’objet 
spécial  de  ce  chapitre. 

1536,  7  août.  — •  Plainte  au  sujet  du  trop  petit  nombre  de  gens  qui  travaillent 
aux  fortifications  (Félibien,  t.  IV,  p.  691  ). 

1538.  — Destruction  par  la  foudre  de  la  tour  de  Billy,  qui  ne  fut  jamais  rem¬ 
placée  (voy.  p.  154).  Cette  même  année,  la  Ville  acheta  des  pierres  «  pour con- 
«  vertir  et  employer  à  la  construction  d’un  pont  entre  la  Tour  de  Bois  et  les 
«  Thuilleries,  pour  la  commodité  et  aisance  du  passage  des  marchandises  »  (Bou¬ 
quet,  p.  266).  Ce  fut  donc  vers  cette  époque  qu’on  ouvrit  la  Porte-Neuve,  devant 
laquelle  fut  établi  ce  pont.  Le  mot  Thuillerie  désigne  ici  le  lieu  où  l’on  fabriquait 
des  tuiles,  et  où  plus  tard  s’éleva  le  palais  de  ce  nom. 

1558. — Le  24  mai  «  la  Ville  donna  aux  Arquebusiers  les  murs  et  les  remparts 
«  qui  s’étendoient  depuis  la  porte  S.  Martin  jusqu’à  la  première  guerite,  en  atten- 
«  dant  que  le  grand  boulevart  fût  achevé  »  (  Sauvai,  t.  II,  p.  694).  Le  Grand - 
boulevart  est  le  nom  spécial  que  portait  le  gros  bastion  à  deux  faces,  voisin  de  la 


DOCUMENTS  RELATIFS  A  L’ENCEINTE  DE  CHARLES  V, 


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Bastille.  Je  ne  sais  si  par  le  mot  guerite,  on  veut  indiquer  un  des  bâtiments  carrés 
qui  fortifiaient  le  mur  de  Charles  Y. 

1562  et  1563. — Le  Catal.  des  Archives  du  baron  de  Joursanvaull  cite,  sous  le 
n°  1 105,  la  pièce  suivante  :  «Roolle  de  la  valeur  des  aydes  octroyées  par  le  Roy  à  la 
«  ville  de  Paris,  pour  employer  ès  fortifications  (les  nouvelles),  et  réparations  des 
g  fossez,  portaulx,  murs,  rempars  (de  Charles  Y),  etc.,  pour  les  années  1562  et 
«  1563.  » 

1574.  —  Bouquet  (p.  267)  signale  l’ordonnance  du  28  janvier  de  cette  année, 
relative  à  la  «  deffense  et  seureté  de  la  Yille  ».  On  y  lit  «  qu’il  est  besoin  de  rabat- 
«  tre  et  escarper  les  chemins  qui  se  trouveront  estre  faits  àla  douve  du  fossé  d’en- 
«  tre  la  porte  S.  Honoré  et  la  porte  Montmartre.  »  Je  ne  sais  s’il  s’agit  ici  des 
fossés  de  Charles  Y  ou  des  nouveaux  commencés  plus  loin,  en  1536. 

1581.  —  On  édifia  les  murs  du  fossé  delà  porte  Neuve  (Du  Breul,  p.  1064). 
Ce  fossé  est-il  celui  de  Charles  Y,  entre  la  porte  S.  Honoré  et  la  tour  de  Bois,  fossé 
déjàrestauré  de  1515  à  1518,  ou  celui  creusé  plus  loin  vers  l’extrémité  des  Tuile¬ 
ries,  où  était  aussi  une  porte  neuve,  dite  plus  tard  :  de  la  Conférence?  Sur  les  plans 
de  Quesnel  et  de  Mérian,  le  rempart  attenant  à  la  tour  de  Rois  est  refait  à  neuf. 

1586. —  «Permis  à  Claude  Lefevre,  boucher  et  pourvoyeur  de  la.  Yille...  de 
«  pouvoir  faire  paistre  son  bestail ,  ès  fossez  et  remparts,  tant  dedans  que  dehors 
«  laditte  ville,  depuis  la  porte  du  Temple  jusques  à  la  porte  S.  Antoine»  (Bouquet, 
p.  248). 

1589.  — Félibien  (t.  V,  p.  468)  rapporte  un  ordre  donné  le  7  déc.  au  maître 
des  Œuvres  de  «  faire  démolir  les  maisons  données  par  la  Yille  à  rente  ou  à  vie 
«  dans  et  le  long  des  fossez.  »  Je  ne  sais  si  cet  ordre  fut  exécuté.  En  tout  cas,  nous 
allons  voir  plus  loin  que  jusqu’en  1635,  époque  où  disparut  entièrement  l’en¬ 
ceinte  de  Charles  Y,  la  ville  louait  des  maisons  et  des  places  dans  les  fossés.  Peut- 
être  ces  maisons  avaient-elles  été  rebâties  depuis  1589? 

1590.  —  Bail  fait  «  à  Michel  Boucheur,  d’une  place  à  moulin,  sur  le  rempart 
«  d’entre  les  portes  S.  Honoré  et  Montmartre,  à  55  toises  de  distance  du  pivot  du 
«  moulin  à  vent  des  Petits-Champs,  etc.  »  (Bouquet,  p.  250). 

1597. —  Bail  de  douze  ans,  à  partir  de  cette  année,  conclu  avec  «  Raphaël  Sal- 
«  vesty,  pour  certains  lieux  scis  sur  le  bord  des  fossez,  pour  en  iceulx  faire  à  ses 
«  frais  deux  jeux  de  Pail-mail,  assis,  l’un  depuis  la  porte  S.  Denys  jusques  à  la 
«  porte  Montmartre,  et  l’autre  depuis  la  porte  de  Montmartre  jusques  à  la  porte 
«  S.  Honoré...  »  ( id .,  p.  220).  Ce  jeu  de  pail-mail,  voisin  de  la  porte  Montmartre, 
figure  sur  le  plan  de  Mathieu  Mérian,  1615. 

Félibien  (t.  V,  p.  34)  cite  une  Remontrance  du  Prévôt  des  marchands,  en  date 
du  15  mars  1597,  où  l’on  expose  que  «les  Boullevers  sont  tombés,  les  fossez 


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DOCUMENTS  RELATIFS  A  L’ENCEINTE  DE  CHARLES  V. 


«  pleins  et  remplis  en  plusieurs  endroicts.»  Je  pense  qu’il  est  encore  ici  question 
de  l’enceinte  de  Charles  Y. 

1601.  —  «Place  louée  à  Alexis  Desvignes,  boulanger,  pour  y  faire  bâtir  une 
maison  mannable,  seize  rue  S.  Honoré,  à  l’opposite  des  Quinze-Vingts,  faisant 
portion  du  rempart  joignant  la  porte  S.  Honoré  »  (Bouquet,  p.  220). 

1603. “Place  louée  dans  le  ravelin  de  la  porte  S.  Honoré  du  côté  de  la  porte 
Neuve  ( ibid .,  p.  218).  Ce  mot  ravelin  désigne  ici  une  avant-porte  fortifiée  de 
murs  percés  de  meurtrières. 

1605. —  Claude  Yinet,  maître  cordonnier,  prend  à  louage  de  la  Yille,  pour 
douze  ans  «deux  cazemattes. faites  à  neuf,  au  dessous  du  moulin  des  Petits-Champs* 
(■ ibid .).  J’ai  expliqué  (p.  130)  ce  qu’on  entend  par  le  mot  casematte.  J  ai  indiqué 
(p.  145)  la  situation  de  ce  moulin  représenté  sur  les  plans  de  Belleforest,  Quesnel, 
Mathieu  Mérian,  etc. 

1607.  —  Permission  accordée,  moyennant  quatre  livres  par  an,  à  partir  de 
Noël,  à  Jehan  Martin,  teinturier,  «de  faire  planter  le  fossé  de  la  ville  de  telle  quan- 
«  tité  d’arbres  où  bon  lui  semblera,  et  ce  depuis  la  porte  S.  Honoré  jusques  à  la 
«  porte  du  Temple,  pour  en  jouir...  à  tousjours  »  (ibid.,  p.  221).  Cette  demande 
paraît  fort -singulière.  On  voit  figurer  sur  le  plan  de  Mathieu  Mérian,  près  de  la 
porte  S.  Honoré,  un  double  rang  d’arbres  :  c’est  probablement  un  commence¬ 
ment  de  cette  plantation  que  le  sieur  Jehan  Martin  jugea  sans  doute  à  propos  de 
ne  pas  continuer. 

1608,  janvier.  —  «  Raphaël  Salvesti  maistre  des  Jeux  de  Pail-mail,  qui  a  pris 
«  à  titre  de  loyer...  (pour  vingt  ans)  une  place  où  souloit  auoir  un  appentil  de 
«  charpenterie,  assis  proche  la  porte  de  Montmartre,  contiguë  le  fossé  de  la  Porte 
«  S.  Honoré,  pour  y  bastir...  de  la  longueur  entre  le  pont  et  la  Harce  de  ladite 
«  porte  de  Montmartre,  etc.»  (ibid.,  p.  219). 

La  même  année,  le  capitaine  des  arbalestriers  tenait  à  bail  de  la  Ville,  moyen¬ 
nant  quatre  livres  tournois  par  an,  «  une  maison,  jardin  et  allées  le  long  des  fossez 
«  et  murs,  près  la  porte  de  Montmartre,  etc.  »  (ibid.). 

1611.  —  Le  sieur  Coniers  et  associés  proposèrent  au  roi,  cette  année,  de  rendre 
les  anciens  fossés  navigables  avec  cinq  pieds  d’eau,  même  dans  les  plus  grandes 
sécheresses,  depuis  l’entrée  du  fort  de  la  Bastille  jusqu’aux  Tuileries.  Ils  s’en¬ 
gageaient  à  refaire  les  portes  et  des  murs  nouveaux,  etc.  (Félibien,  t.  Y,  p.  804). 
Ce  projet  n’eut  aucune  suite.  Il  fut  repris  en  1651,  sans  aboutir. 

1619.  —  Place  en  forme  d’allée  le  long  des  murs  de  la  ville,  entre  les  portes 
S.  Denys  et  S.  Martin,  louée  pour  soixante-dix  ans  £  Guillaume  Poullain,  maistre 
cordier  (Bouquet,  p.  240). 

1620,  1 8  janvier. —  «  Bail  à  Toussaint  Dumesnil  d’une  place  le  long  des  allées 


DOCUMENTS  RELATIFS  A  L’ENCEINTE  DE  CHARLES  V. 


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«  des  murs  et  remparts  entre  les  portes  S.  Denys  et  Montmartre,  contenant  90 
«  toises delong...  fera  bâtirune  petite  maison...  jusques au  premier  plancher... et 
«  le  surplus  (sera  employé)  à  filoir,  le  rez  duquel  ne  sera  elevé  que  de  neuf  pieds  au 
«  dessous  du  dessus  du  chaperon  des  murs  de  Sarbacanes ,  ne  fichera  rien  dans 
a  lesdits  murs,  fera  sceller  pièces  de  bois  pour  tenir  ses  râteliers  »  (id.,  p.  254). 

Par  murs  de  barbacanes  faut-il  entendre  des  murs  percés  de  fentes  verticales, 
pour  l’écoulement  des  eaux?  En  ce  cas,  il  s’agitait  du  mur  d’enceinte.  Je  crois 
plutôt  qu’il  s’agit  ici  de  murs  percés  de  meurtrières  et  placés  de  biais,  de  manière 
à  former,  devant  la  porte  ou  l’ avant-porte ,  une  sorte  de  bastion  angulaire 
nommé  ravelin  ou  demi-lune.  Le  mot  barbacane  s’appliquait  autrefois  à  tout  ou¬ 
vrage  avancé  servant  à  la  défense  des  portes  ou  des  ponts. 

1620. — Plusieurs  auteurs,  La  Tynna  entre  autres,  disent  que  l’iiôtel  de  la  Vril- 
lière  (aujourd’hui  la  Banque)  fut  édifié  cette  année.  Les  bâtiments  actuels  de  cet 
hôtel  occupent  l’emplacement  d’une  portion  du  rempart.  En  1620,  il  devait  être 
limité  par  ce  rempart  qui,  de  ce  côté,  figure  encore  sur  le  plan  de  Melchior  Ta- 
vernier,  même  sur  l’édition  de  1635. 

Dans  des  comptes  de  cette  même  année  1635,  on  cite  des  places  louées  sur 
le  rempart  de  la  ville ,  entre  les  portes  S.  Honoré  et  Montmartre.  Il  est  vrai 
que  ce  mot  rempart  peut  désigner  ici  la  nouvelle  fortification  bastion  née,  com¬ 
mencée  dès  l’année  1634;  mais  nous  allons  signaler  ci-après  plusieurs  autres 
comptes,  qui  établiront  clairement  qu’en  1620  aucun  bâtiment  nouveau  ne  dé¬ 
passait  la  limite  de  l’ancien  rempart,  sur  aucun  point,  entre  les  deux  portes. 

1621 .  — 11  paraît  qu’à  cette  époque  les  murs  de  Charles  V  étaient  en  fort  mau¬ 
vais  état.  Bouquet  (p.  256)  cite  un  procès  de  cette  année  entre  la  Ville  et  Jean 
Gobeiin.  On  lit,  dans  le  cours  du  texte,  que  Jean  Gobeîin  a  fait  faire  de  très- 
bons  murs  «  au  lieu  des  méchants  murs  qui  étoient  faisant  clôture  de  la  ville ,  et 
qui  étoient  tout  rompus.  » 

La  même  année,  le  7  mai,  il  est  fait  bail  «à  Jean  Thieu  (rubannier),  d’une 
«  place  sur  les  remparts  ,  entre  les  portes  S.  Denys  et  de  Montmartre,  contenant 
«  36  toises  de  long...  pour  lui  servir  de  filoir  à  retordre  ses  soies»  (id.,  p.  257). 

1622.  —  Requête  tendant  à  obtenir,  pour  Jean  Bahus,  une  «place  étant  dans  et 
«  du  long  du  bord  du  fossé  de  la  Ville,  hors  d’icelle,  entre  les  portes  S.  Denys  et 
«  S.  Martin,  vuide  et  dutout  inutile  à  ladite  ville,  laquelle  place  il  désireroit  pren- 
«  dre  d’icelle  Ville,  pour  y  faire  quelques  jardinages,  ainsi  qu’il  a  été  fait  en  plu- 
«  sieurs  autres  endroits  des  fossés  et  arrières-fossés  »  ( ïbid .,  p.  258). 

1624.  —  «  Bail  à  Michel  Duval  d’une  place  sur  la  contrescarpe,  dans  barrière- 
«  fossé,  hors  la  porte  S.  Honoré,  du  côté  de  la  porte  Montmartre.  »  Je  pense  qu’il 
s’agit  toujours  ici  de  barrière-fossé  de  Charles  V,  et  non  des  fossés  jaunes  (ïbid., 


166 


DOCUMENTS  RELATIFS  A  L’ENCEINTE  DE  CHARLES  Y. 


p.  259).  — Même  année,  28  sept.  Défense  faite  par  le  Prévôt  des  Marchands  aux 
maçons  de  la  Ville  «  de  plus  démolir  ni  toucher  aux  murs  et  parapets  des  rem¬ 
et  parts  et  fossés  d’icelle,  depuis  la  porte  S.  Honoré  jusqu’à  la  Galerie  du  Louvre  » 
( ibid .,  p.  140).  C’est  le  seul  endroit  où  il  soit  question  des  parapets  du  rempart 
attenant  à  l’enceinte  de  Charles  V.  Je  ne  sais  à  quelle  époque  furent  construits  ces 
parapets;  ils  paraissent  être  indiqués  sur  le  plan  de  Mérian,  au-dessus  du  rempart 
qui,  restauré  à  neuf,  n’est  plus  accompagné  de  tours  carrées. 

1627.  —  Cette  année,  le  19  mars,  on  accorde  au  sieur  Deffiat,  et  à  toujours, 
«  cent  toises  de  long  des  remparts  et  fossés  de  la  Ville,  à  les  prendre  depuis 
«  l’endroit  qui  répond  à  la  rue  des  Petits-Champs,  et  continuer  tirant  vers  la 
«  porte  de  Montmartre,  en  toute  l’étendue  desdits  remparts  et  fossés,  pour  y 
«  faire  bâtir  maison,  jardin...  à  commencer  laditte  jouissance  du  jour  que  le 
«  fauxbourg  S.  Honoré  sera  enclos  dans  la  Ville,  moyennant  vi  liv.  de  rede- 
«  vance  et  faire  combler  ledit  fossé  à  ses  dépens»  ( ibid .,  p.  261).  Le  même  jour, 
ou  loua  à  maître  Marescot,  à  perpétuité,  50  toises  de  long  des  remparts  et  fossés 
de  la  Ville,  à  commencer  depuis  l’endroit  qui  répond  à  la  rue  des  Petits-Champs, 
et  aussi  à  la  condition  défaire  combler  le  fossé  (ibid.). 

Le  23  mars  de  la  même  année,  on  accorde  aux  sieurs  Lucas,  Lamy  et  Martin, 
à  perpétuité,  «  48  toises  de  long,  qui  est  à  chacun  xvi  toises  de  rempart  et  fossé, 
«  et  trois  toises  par  delà  ledit  fossé  sur  ladite  longueur,  à  prendre  après  que  dé- 
<x  livrance  aura  été  faite  à  M.  le  Cardinal  de  Richelieu ,  de  ce  qui  lui  a  été  accordé 
«  depuis  la  porte  S.  Honoré  jusques  à  la  rue  des  Petits-Champs»  (ibid.,  p.  261). 

On  voit  qu’à  cette  époque  on  n’avait  pas  encore  commencé  le  Palais-Cardinal 
(dit  depuis  Royal).  Dulaure  assure  que,  dès  1624,  le  Cardinal  «  fit  abattre  les  murs 
«  de  la  ville,  combler  les  fossés  et  niveler  le  terrain,  et  qu’en  1629,  le  terrain 
«  étant  déblayé,  il  fit  construire  son  palais  par  Lemercier.  » 

Melchior  Tavernier,  qui  avait  soin  de  signaler  sur  ses  plans,  calqués  sur  celui 
de  Mathieu  Mérian,  tous  les  changements  survenus  depuis  1615,  n’indique  ni 
ce  palais  ni  l’hôtel  de  La  Vrillière,  même  sur  son  édition  de  1635,  où  figurent  en¬ 
core  le  rempart  et  le  fossé.  Les  extraits  que  je  vais  signaler,  aux  années  suivantes, 
prouveront  encore  l’erreur  de  Dulaure. 

1628.  —  Félibien  (t.  V,  p.  72)  cite  un  acte  du  29  janvier,  par  lequel  les 
Quinze-Vingts  vendent  au  Cardinal  leur  maison  dite  de  F  Hermine,  rue  S.  Honoré, 
moyennant  quarante-cinq  mille  livres.  Cette  acquisition  eut  pour  but,  sans  aucun 
doute,  la  construction  des  bâtiments  du  palais,  qui  était  certainement  terminé 
en  1642  ;  car  Pierre  Corneille,  dans  son  Menteur,  pièce  jouée  cette  année,  s’ex¬ 
prime  ainsi  (acte  II,  scène  v)  : 

Et  l’Univers  entier  ne  peut  rien  voir  d’égal  —  Aux  superbes  dehors  du  Palais-Cardinal. 


DOCUMENTS  RELATIFS  A  L'ENCEINTE  DE  CHARLES  Y. 


167 


1629.  —  Le  4-  août,  bail  à  Louis  Prévost  des  herbages  sur  les  remparts,  fossés 
et  arrière-fossés  de  la  porte  S.  Denys  à  celle  S.  Honoré  «  sans  qu’il  puisse  pré- 
«  tendre  la  ronture  (rupture?)  des  saulz  (saules)  et  autres  arbres  qui  sont  esdits 
a  lieux,  à  la  charge  de  prendre  garde  et  empêcher  qu’aucuns  ne  passent  par 
«  dessus  ni  par  dessous  les  murs ,  ni  y  fassent  paître  bestiaux,  fouiller  terres  et  sa- 
«  blés,  et  n’endommagent  les  murs»  (Bouquet,  p.  249).  On  voit,  par  cet  extrait, 
que  le  mur  était,  alors  du  moins,  peu  élevé  et  en  mauvais  état,  puisqu’on  pouvait 
passer  pardessus  et  par  dessous. 

1633.  —  Cette  année,  le  23  novembre,  parut  un  arrêt  du  Conseil,  qui  fut  con¬ 
firmé  par  le  Parlement  le  5  juillet  1634,  avec  quelques  modifications.  L’arrêt 
du  23  novembre  a  été  imprimé  in-4°  (en  1634),  sous  ce  titre  :  Articles  et  condi¬ 
tions  accordées  par  le  Roy  pour  le  paracheuement  de  la  closture ,  etc.  Félibien  ne 
le  cite  pas,  mais  seulement  celui  du  Parlement  qui  le  mentionne,  le  modifie  et  le 
confirme.  L’article  III  renferme  une  phrase  très-importante,  qui  n’est  pas  repro¬ 
duite  dans  l’arrêt  de  confirmation.  Il  y  est  dit  que  Charles  Froger  «  sera  tenu  de 
«  faire  abatre  et  desmolir  les  anciennes  portes,  murailles  et  remparts  (on  ne 
«  parle  pas  de  tours),  faire  combler  les  anciens  fossez,  depuis  la  grande  galerie 
«  duLouure  jusques  à  la  porte  S.  Denys...  ixnuerser  dans  ledit  fossé  les  terres 
«  du  rempart  qui  sont  derrière  l’ancienne  muraille  de  la  ville.  »  Cet  acte  est  le  seul 
qui  nous  prouve  que  l’ancien  fossé  fut  comblé  avec  les  matériaux  du  rempart,  et 
que  ce  rempart  fla7iquait  la  muraille  de  Charles  Y  à  l’intérieur,  au  lieu  de  la  sup¬ 
porter,  comme  semblerait  l’indiquer  l’examen  de  quelques  anciens  plans. 

Cette  phrase  doit  décider  une  question  que  j’ai  regardée  comme  douteuse,  pages 
115  et  138,  et,  si  je  n’ai  pas  supprimé  toutes  les  raisons  qui  exprimaient  mon 
incertitude,  c’est  que  je  n’ai  eu  connaissance  du  texte  de  l’arrêt  du  23  novembre 
qu’après  le  tirage  des  pages  mentionnées. 

On  apprend,  par  le  Mémoire  de  Bouquet  (p.  311),  que  le  roi  fit  don,  en 
janvier  1634,  à  Pierre  Séguier,  garde  des  Sceaux,  d’une  place  «seize  dans  le  rem- 
«  part,  fossez,  contrescarpes,  et  dehors  entre  les  portes  S.  Honoré  et  de  Mont- 
«  martre...  aboutissant...  par  derrière  aux  murailles  du  Parc  de  l’Hostel  de 
«  Richelieu.»  Le  jardin  du  Palais-Cardinal  était-il  déjà  achevé? 

1634.  — -  Un  arrêt  du  Parlement,  du  5  juillet  (voy.  Félibien,  t.  Y,  p.  91),  rap- 
peEe  et  confirme,  sauf  quelques  modifications,  celui  du  Conseil  du  roi,  rendu 
le  23  novembre  1633,  et  signé  :  Le  Ragoix.  J’indiquerai  ici  seulement  tout  ce  qui, 
dans  cet  arrêt,  se  rapporte  à  l’enceinte  de  Charles  Y.  11  y  est  dit  que  Charles 
Froger,  secrétaire  particulier  de  la  Chambre  du  roi,  est  tenu  de  construire  une 
nouvelle  porte  au  faubourg  Montmartre,  et  une  autre  qui  sera  nommée  de  Ri¬ 
chelieu...;  de  «faire  abattre  et  desmolir  les  anciennes  portes,  murailles  et  ram- 


168 


DOCUMENTS  RELATIFS  A  L’ENCEINTE  DE  CHARLES  Y. 


«  parts;  faire  combler  les  anciens  fossez  depuis  la  grande  gallerie  du  Louvre 
«  jusques  à  la  porte  S.  Denis.  »  Le  roi  lui  délaisse,  à  titre  d’échange,  toutes  les 
places  des  ramparts ,  fossez  et  contrescarpes,  compris  dans  cet  espace,  les  places 
et  démolitions  des  anciennes  portes  S.  Honoré  et  Montmartre.  «  Et  pour  cet  effect 
«  tous  ceux  qui  ontbasty  des  maisons  sur  lesdicts  ramparts,  murailles  et  contres- 
«  carpes,  seront  tenus  de  démolir  leurs  maisons,  etc...  »  Plus  loin,  on  lit  que 
«  Froger  sera  tenu  laisser  la  propriété  de  la  place  estant  derrière  la  closture  des 
«  Filles-Dieu,  appellée  la  rue  des  Miracles ,  et  depuis  leur  dicte  closture,  l’étendue 
«  du  rampart  jusqu’à  la  rue  qui  se  fera  dans  le  fossé  etc.  »  On  ajoute  que  «  pour 
«  récompenser  les  arbalestriers  de  leur  maison  (celle  citée  page  164),  ils  pren- 
«  dront  pareille  quantité  de  terres  (42  toises  sur  5)  sur  les  remparts  des  fossés- 
«  jaunes,  pour  s’y  accomoder,  etc.  »  J’expliquerai  plus  tard  ce  qu’on  nommait  les 
fossés  jaunes. 

Toutes  ces  conditions  devaient  être  publiées  au  prône  de  toutes  les  paroisses  et 
par  «  affiches  mises  en  tous  carrefours  et  lieux  publics  de  la  ville.  »  Ce  traité  a  été 
imprimé  in-4°,  Paris,  1634,  chez  la  veuve  Jean,  de  Bordeaux.  11  se  trouve  an¬ 
nexé  à  la  Gazette  de  France  de  Renaudot,  de  cette  année. 

Malgré  ces  arrêts  et  ces  traités,  nous  allons  voir  que,  postérieurement  à  1634, 
on  louait  encore  à  divers  particuliers  des  places  et  des  maisons  sur  l’ancien  rem¬ 
part,  entre  les  portes  S.  Honoré  et  S.  Martin. 

1634.  —  «  Reçu  du  Seigneur  le  Cardinal,  Duc  de  Richelieu,  12  liv.  Tournois... 
«  échus  au  jour  S.  Jean  1635,  à  cause  du  bail  fait  à  Mondit  Seigneur,  de  deux 
«  places...  derrière  la  rue  des  Bons-Enfants,  pour  en  jouir  à  perpétuité,  à  com- 
«  mencer  du  1er  oct.  1634»  (Bouquet,  p.  238). 

1635.  —  «Maison  seize  hors  la  porte  S.  Denys,  ou  pend  pour  enseigne  la  Corne 
«  de  Cerf...  faisant  le  coing  et  tournant  sur  les  fossez  de  la  Ville  »  (Bouquet, 
p.  222).  —  «...  Deux  places  scizes  sur  le  Rempart  du  faubourg  S.  Honoré  près 
«  la  faulce  porte  » ,  c’est-à-dire  celle  de  Charles  V,  ainsi  désignée  depuis  que 
Pidou  en  avait  construit  une  nouvelle  plus  loin  vers  l’ouest,  en  1632»  (id.,  p.  235). 
—  «  ...Place  sur  la  pente  du  Rempart  delà  Ville,  entre  la  porte  de  Monmartre 
«  et  le  Moulin  des  Petits-Champs  ( ibid .).  — Gilles  Pottin,  Maistre  Cordier...  à 
«  cause  de  deux  places,  avec  un  fîloir,  le  tout  sciz  sur  le  Rempart,  d’entre  les 
«  portes  Montmartre  et  S.  Honoré,  joignant  la  maison  appellée  le  Pot  à  Moi- 
«  nicaux'  »  (id.,  p.  240).  —  Bail  fait  à  maistre  Claude  le  Tonnelier  «d’une  place 
«  de  six  toises  en  carré,  hors  les  pointes  des  pilles,  estant  totalement  dans  le  fossé 

'  On  appelait  moineaux  des  galeries  couvertes,  sortes  de  casemates,  s’avançant  dans  le  fossé. 
Études  sur  l’artillerie,  t.  II,  p.  250  et  205.  Le  mot  pot,  avec  un  trait  sur  o,  signifierait  pont. 


DOCUMENTS  RELATIFS  A  L’ENCEINTE  DE  CHARLES  V.  169 

«  de  la  porte  S.  Martin,  du  coslé  de  la  porte  S.  Denis  (id.,  p.  241).  —  ...  Place 
«  vuide,  joignant  lebastiment  delà  porte  S.  Martin,  faisant  portion  du  Rem- 
«  part,  du  costé  de  la  porte  S.  Denis  ( ibid .).  — ...  Place  vuide  à  l’endroit  de  l’ar- 
«  che  murée,  de  nouvel  édifiée  entre  la  Tour  du  bois  et  le  Guichet  de  devant  le 
«  Louvre»  (Sauvai,  t.  III,  p.  645). 

On  pourrait,  en  examinant  tous  les  anciens  registres  de  la  Ville  et  de  la  Cour 
des  Comptes,  former,  je  le  répète,  un  volume  de  citations  du  même  genre,  con¬ 
cernant  l’enceinte  de  Charles  V.  En  définitive,  il  est  assez  difficile  de  savoir  au 
juste  à  quelle  époque  les  murs,  fossés,  tours  et  remparts,  qui  constituaient  cette 
enceinte  en  1530,  ont  entièrement  disparu,  de  la  place  du  Carrousel  à  la  porte 
S.  Martin,  d’autant  plus  que  nous  manquons  de  plans  détaillés  entre  1635  et  1650. 
On  dirait,  en  effet,  que  les  topographes  du  temps  attendaient,  pour  éditer  de  nou¬ 
veaux  plans  de  Paris,  que  les  immenses  projets  de  transformation  de  cette  ville 
fussent  accomplis.  Ce  qu’il  y  a  de  certain,  c’est  qu’en  1650,  à  s’en  rapporter  à 
un  petit  plan  de  Boisseau,  qui  porte  cette  date,  il  ne  restait  presque  plus  rien  de 
cette  partie  de  la  clôture  commencée  en  1356,  sinon  une  portion  de  rempart 
entre  les  portes  S.  Denis  et  S.  Martin,  et  un  bout  de  fossé  le  long  de  la  rue  S.  Ni- 
caise.  On  distingue,  même  encore  en  1714,  sur  le  plan  de  La  Caille,  quelques 
vestiges  du  vieux  rempart,  près  de  la  porte  S.  Denis,  et  un  terrain  vague  entre 
les  rues  de  Cléry  et  Bourbon-Villeneuve,  qui  indique  la  place  du  fossé  comblé. 

Quant  à  l’autre  partie  de  l’arc,  comprise  entre  la  porte  S.  Martin  et  la  Bas¬ 
tille,  elle  ne  fut  effacée  complètement  que  vers  l’année  1670  environ,  époque  où 
fut  tracé  le  nouveau  Cours ,  que  nous  appelons  Boulevards. 

A  l’aide  des  plans  de  Paris  édités  de  1601  à  1635,  et  surtout  avec  le  secours 
des  extraits  de  comptes  cités  en  ce  chapitre,  on  peut  se  faire  une  idée  approxi¬ 
mative  de  la  physionomie  qu’offrait  l’enceinte  de  Charles  V,  vers  le  commence¬ 
ment  du  XVIIe  siècle.  Le  rempart,  alors  négligé,  déformé  sur  presque  toute  la 
ligne,  loué  à  bail,  ainsi  que  les  fossés,  les  arrière-fossés  et  les  voûtes  des  ponts,  à 
des  gens  de  diverses  professions,  flanquait  toujours  le  mur  d’enceinte,  fortifié  de 
distance  en  distance  de  bastides  ou  bâtiments  carrés,  destinés  autrefois  à  sa  dé¬ 
fense.  Ce  rempart  délabré  était  alors  un  lieu  de  promenade  pour  les  habitants 
de  la  ville  et  des  faubourgs  du  nord. 

Dans  la  belle  saison,  tout  cet  ensemble  présentait  un  coup  d’œil  pittoresque. 
Si  l’on  se  trouvait  au  fond  du  fossé,  entre  les  portes  Montmartre  et  Saint-Ho¬ 
noré,  on  voyait  suspendus  au-dessus  de  sa  tête  le  vieux  mur  à  demi  ruiné,  en¬ 
vahi  par  le  lierre,  et  les  bastides  lézardées,  conservant  encore  quelques  restes  de 
leur  parapet  crénelé,  et  des  consoles  qui  le  soutenaient. 

Ces  grosses  tours  servaient  alors  vraisemblablement  d’habitation  à  de  pau- 

22 


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DOCUMENTS  RELATIFS  A  L’ENCEINTE  DE  CHARLES  Y. 


Très  familles,  dont  les  hardes  séchaient,  agitées  par  le  vent,  aux  fenêtres  sans 
vitres.  Çà  et  là,  sur  les  buttes  voisines,  ou  sur  le  rempart  lui-même,  tournaient  de 
grandes  ailes  de  moulins,  qui  semblaient  se  poursuivre. 

Si  le  promeneur,  affrontant  les  degrés  usés  d’un  escalier  à  vis,  montait  sur  une 
des  bastides,  il  jouissait,  du  haut  de  la  plate-forme,  d’un  spectacle  curieux.  Du 
côté  des  fossés,  s’offraient  à  ses  regards  des  scènes  dignes  du  pinceau  de  Téniers. 
<  '  était  un  mélange  de  gazon,  de  ronces  poudreuses,  de  décombres,  de  masures 
servant  de  cabarets,  de  chèvres  broutant  l’herbe,  de  jardinets  clos  et  cultivés. 
Ici  des  enfants  courent,  se  battent,  lancent  des  pierres  avec  la  fronde,  ou  enlè¬ 
vent  des  cerfs-volants  aux  longues  queues  ondulantes;  là,  un  cordier  file  son 
chanvre;  plus  loin,  des  ouvriers,  attablés  sous  des  berceaux  ou  à  l’ombre  des 
arbres,  savourent  le  vin  de  Suresne;  ailleurs,  des  gens  s’exercent  à  l’arc  dans  un 
clos;  partout  des  bourgeois  de  tout  âge  jouant  aux  quilles,  aux  boules,  au  pail- 
mail  ‘,  tous  venus  là  pour  respirer  le  grand  air,  pour  voir  du  feuillage,  pour 
échapper  aux  fétides  exhalaisons  de  leurs  rues  étroites  et  à  l’aspect  monotone 
de  leurs  pignons  tout  déjetés.  Mais,  hélas  !  c’était  une  déception  :  car  l’air  de 
ces  fossés  était  aussi  impur  que  celui  de  la  ville.  Des  égouts,  y  débouchant  par 
«les  voûtes  grillées,  alimentaient  au  fond  de  la  cunette  un  cours  d’eau  infecte, 
grasse,  épaisse  comme  celle  du  Cocyte.  De  côté  et  d’autre,  des  ruisseaux  de  toutes 
couleurs  charriaient  la  boue  noire  des  rues,  le  sang  des  boucheries,  la  chaux  des 
j  «  taçons,  l’indigo  du  teinturier.  Tout  cela  découlait  de  nombreuses  gargouilles,  d’où 
pendait  en  festons  une  mousse  verdâtre,  entraînant  mille  immondices,  ajoutées  à 
•telles  qu’y  jetaient  de  toutes  parts,  en  dépit  des  ordres  de  la  police,  les  habitants 
«les  faubourgs  et  les  locataires  des  masures  établies  sur  le  rempart,  sur  les  talus 
et  au  fond  du  fossé. 

La  partie  la  plus  ombragée  de  cette  sorte  de  vallée  était  aux  environs  de  la 
porte  Montmartre;  mais  les  rangées  d’arbres  qu’on  y  avait  alignées  étaient  blan¬ 
chies  par  les  flots  d’une  poussière  incessante,  qui  s’élevait  des  chemins  de  ronde 
extérieurs,  au  passage  des  chevaux,  des  troupeaux  et  des  charrettes. 

Si  l’on  se  retournait  du  côté  de  la  ville,  on  voyait  au  pied  du  rempart  serpen¬ 
tin-  les  ornières,  pleines  d’immondices,  du  chemin  de  ronde  intérieur,  bordé  de 
«juelques  maisons,  ou  de  murs  élevés  qui  formaient  la  clôture  d’un  couvent  con¬ 
tigu.  De  là,  le  regard  embrassait  au  loin  un  océan  de  pignons,  de  toits  couverts 
«le  tuile  ou  d’ardoise,  surmontés  de  girouettes,  de  crêtes  à  jour,  de  bouquets  en 
métal  grisâtre,  de  cheminées  fumeuses.  De  ce  gouffre  brumeux  se  détachaient 


'  On  ne  signale  aucun  jeu  de  Longue-Paulme  établi  dans  les  fossés  de  la  rive  droite,  tandi#  qu’il 
<‘h  existait  trois  ou  quatre  dans  ceux  de  l’Université. 


FORTIFICATIONS  DES  FAUBOURGS  DE  LA  RIVE  GAUCHE. 


171 


sur  l’horizon,  à  perte  de  vue,  les  donjons  couronnés  de  créneaux,  les  tours  et  les 
croupes  plombées  des  églises ,  les  coqs  et  les  croix  d’or  scintillant  au  soleil,  les 
flèches  élancées,  les  campaniles  au  toit  en  forme  de  cloche;  le  tout  entremêlé 
des  cimes  de  quelques  arbres  séculaires. 

L’oreille,  comme  l’œi1,  avait  aussi  ses  distractions.  C’était  un  brouhaha  con¬ 
fus  formé  de  mille  sortes  de  bruits  :  les  clameurs  et  les  sifflets  stridents  des  gamins, 
les  cris  aigus  et  modulés  des  marchands  de  fruits,  de  pâtisseries  et  de  friture  en 
plein  air;  les  éclats  d’une  trompe,  les  grincements  d’une  creceîle,  le  son  fêlé 
d’un  tambourin,  le  roulement  des  voitures  engagées  sous  les  passages  voûtés  des 
portes,  ou  débouchant  avec  fracas  sur  les  ponts-levis,  les  voix  proches  ou  loin¬ 
taines  des  mille  cloches  qui  vibrent,  tintent  ou  bourdonnent  du  haut  des  églises* 
et  des  chapelles  de  la  grande  cité. 

Plus  d’une  ville  de  France,  de  Belgique  ou  d’Allemagne,  encore  munie  de  ses 
murailles,  fossés  et  bastides  du  XIVe  siècle,  pourrait  nous  aider  à  reconstruire, 
dans  son  état  primitif,  l’enceinte  de  Charles  V.  On  retrouve,  en  chaque  départe¬ 
ment,  quelques  parcelles  des  anciens  types  de  la  capitale,  ses  quais  bordés  de 
maisons  de  bois  aux  piliers  submergés,  ses  trous  punais ,  ses  égouts  découverts  , 
et  ses  fortifications  pittoresques.  On  peut  revoir  la  Bastille  dans  le  château  de  Vii- 
lebon,  et  la  tour  du  Temple  dans  le  donjon  de  plus  d’un  vieux  château.  Poissy,  il 
y  a  quelques  années ,  conservait  encore  une  assez  grande  portion  de  son  mur 
d’enceinte,  flanqué  de  tourn elles,  pour  nous  représenter  en  petit  la  clôture  de  Ph. 
Auguste.  Si  mes  souvenirs  de  voyage  sont  fidèles,  j’ai  rencontré,  il  y  a  vingt  ans, 
plus  d’une  petite  ville  de  France,  dont  les  murs  fortifiés  de  bastides  à  demi  déman¬ 
telées,  dont  les  remparts  herbus,  les  fossés  pleins  de  broussailles  et  d’immon¬ 
dices,  rappelaient  tous  les  détails  qu’offrait  aux  regards,  sous  Louis  XIII,  l’en¬ 
ceinte  septentrionale  de  Paris  exécutée,  au  XIVe  siècle. 


X.X,  3îea  ff©ietiffie£&fI©e6S  établies  astlosir  aies  faail8®iia*gs  ale  la  rive  gauehe. 


Avant  de  passer  à  la  description  de  la  quatrième  clôture  de  la  rive  droite,  je 
consacrerai  un  chapitre  aux  fortifications  permanentes  ou  provisoires  exécutées 
à  diverses  époques  autour  des  faubourgs  du  sud,  du  côté  de  S.  Victor,  S.  Marcel, 
Notre-Dame-des-Champs  et  S.  Germain-des-Prés.  Il  n’existe  sur  cette  matière 
que  de  vagues  documents  jusqu’ici  fort  peu  étudiés. 

Quelques  rues  se  formèrent  peu  à  peu  dans  le  voisinage  de  l’abbaye  ou  prieuré 
S.  Victor,  fondé  sous  Louis  le  Gros.  Nulle  part  on  ne  lit  qu’il  ait  existé  un  village 


172 


FORTIFICATIONS  DES  FAUBOURGS  DE  LA  RIVE  GAUCHE. 

S 

de  ce  nom  ;  mais,  non  loin  de  la  Bièvre,  vers  l’endroit  où  la  rue  Copeau  aboutit  à 
celle  S.  Victor,  il  existait,  sous  Charles  VI,  un  terrain  ou  un  groupe  de  maisons, 
qu’on  appelait  Cupels,  Coupeel,  Coypel ,  Coypeau  ou  Coupeau  (d’où  le  nom  de 
rue  Copeau ),  ainsi  qu’une  butte  voisine,  encore  subsistante  au  Jardin  des  Plantes1. 
On  lit  dans  le  Journal  de  Paris  sous  Charles  VI,  p.  86,  qu’en  juin  1422,  un  ar¬ 
murier,  accusé  de  vouloir  livrer  Paris  au  parti  des  Armagnacs,  «  fut  prins  à 
Couppaulx-lès-S. -Marcel.»  Cette  expression  donnerait  à  croire  qu’il  y  avait  un 
village  de  ce  nom. 

Il  est  assez  vraisemblable  qu’à  une  certaine  époque,  soit  sous  CharlesV,  soit  au 
temps  de  la  Ligue,  on  a,  de  ce  côté  de  Paris ,  établi  quelques  fortifications,  ou  du 
moins  ouvert  quelques  tranchées.  La  vieille  butte  Coypeau ,  qu’on  dit  formée  de 
dépôts  d’immondices,  a  fort  bien  pu  avoir  servi  autrefois  de  hastillon  ou  boid - 
lever l  destiné  à  protéger  le  village  Coypeau  et  le  riche  monastère  de  S.  Victor. 

Une  autre  origine  peut,  à  mon  avis,  être  attribuée  à  sa  formation.  Quand,  au 
XIIe  siècle ,  les  religieux  obtinrent  permission  de  détourner  le  cours  primitif  de 
la  Bièvre  qui,  assure-t-on,  débouchait  alors  au  même  point  qu’aujourd’hui,  ils 
pratiquèrent  un  canal  qui,  courant  de  l’est  à  l’ouest,  traversa  le  parc  de  l’abbaye, 
le  mur  de  Ph.  Auguste  alors  sans  fossé,  puis  plus  loin,  faisant  un  retour  d’équerre 
vers  le  nord,  alla  se  jeter  dans  la  Seine,  entre  les  rue  Perdue  et  de  Bièvre,  vis- 
à-vis  l’Evêché.  Les  déblais  d’une  partie  de  ce  canal  ont  pu  contribuer  à  former  la 
butte  Coypeau ,  qui  devint  par  la  suite  assez  importante  pour  être  utilisée  comme 
Bastide,  et  recevoir  de  l’artillerie,  au  temps  où  l’on  redoutait  l’approche  des  An¬ 
glais.  Si  cette  localité  a  jamais  été  fortifiée,  c’est  sans  doute  de  cette  manière.  Il 
est  possible  aussi,  je  le  répète,  qu’au  temps  de  la  Ligue,  ou  même  sous  Fran¬ 
çois  Ier,  on  ait  creusé  de  ce  côté  quelques  tranchées  remparées,  pour  couvrir  cette 
partie  des  faubourgs. 

Il  se  forma  autour  de  l’église  Saint-Marcel,  fondée  au  IXe  siècle,  ou  même  an¬ 
térieurement,  un  groupe  de  maisons  qui  devint  assez  considérable  pour  mériter 
par  la  suite  le  nom  de  ville  S.  Marcel 2.  En  mai  1433,  dit  le  Journal  sous  Charles  VI, 
p.  154,  <r  vindrent  les  Arminaz  (Armagnacs)  à  mynuict  en  la  ville  de  S.  Mareel- 
«  lez-Paris  et  firent  moult  de  maulx.  »  U  paraît  que  cette  petite  ville,  aujourd’hui 
incorporée  à  la  capitale,  se  laissa  surprendre,  car  elle  était  fortifiée  à  cette  époque. 
Guillebert  de  Metz,  qui  écrivait  en  1432  (comme  il  le  dit  au  chap.  xxn),  s’exprime 
ainsi,  au  sujet  de  ce  bourg  :  «  Il  y  a  fossez  hors  moult  grans  comme  ce  feust  une 

1  Cette  butte  était  double.  Selon  Jaillot,  on  forma  en  1555  celle  qu’on  voit  «à  l’endroit  où  est  la 
terrasse  (  sans  doute  le  Belvédère?  ).  »  Le  mot  coupeau  signifie  sommet. 

*  Lebeuf  {llist.  de  Paris ,  t.  I,  p.  199)  dit,  à  ce  sujet,  que  le  mot  latin  villa  signifie  :  village;  mais 
j’ai  cité,  p.  05,  une  pièce  où  l’on  nomme  Paris  lui-même  villa. 


FORTIFICATIONS  DES  FAUBOURGS  DE  LA  R1YE  GAUCHE. 


173 


«  ville  à  part.»  D’après  ce  récit,  il  aurait  été  dès  lors  entouré  d’un  fossé,  dont  sans 
doute  la  Bièvre  formait  la  continuation  du  côté  de  S.  Médard  L 

Du  Breul  (p.  393)  s’exprime  ainsi  en  1612  :  «  Ce  que  Fon  appelle  encores  la 
«  Ville  de  S.  Marcel  lez  Paris,  est  enclos  et  fermé  de  hauts  murs ,  qui  la  distinguent 
«  et  séparent  du  faux-bourg  de  Paris,  que  Ton  surnomme  aussi  du  même  S.  Mar- 
«  cel.  »  Il  est  à  regretter  que  Du  Breul  n’ait  pas  indiqué  les  limites  précises  de  cette 
enceinte.  Peut-être  a-t-il  pris  pour  des  murs  de  clôture  des  murailles  de  divers  clos, 
fort  nombreux  de  ce  côté.  Le  fossé  est  tracé  sur  plusieurs  plans,  notamment  sur 
la  grande  gouache  de  l’Hôtel-de-Yille,  où  il  paraît  très-profond;  mais  il  ne  décrit 
qu’une  petite  portion  d’arc  au  sud-est.  La  rue  desFossés-S.  Marcel  indique,  par  sa 
courbure,  celle  même  du  fossé  :  elle  se  prolonge  jusqu’au  point  où  la  rivière  de 
Bièvre  traverse  la  rue  S.  Victor. 

Je  ne  sais  l’emploi  qu’on  donna  aux  déblais  de  ce  fossé  ;  peut-être  en  forma-t-on 
un  terrassement  derrière  un  mur  qui  lui  était  parallèle,  ou  un  houlevert ,  voisin  de 
la  porte  principale  de  laquelle  je  vais  parler2. 

Ce  qu’il  y  a  de  certain,  c’est  que  la  ville  de  S.  Marcel,  encore  ainsi  désignée  en 
1636  (Félibien,  t.  IV,  p.  140),  avait  plusieurs  portes,  signalées  par  les  vieux  plans. 
La  plus  importante  était  placée  rue  Moulfetard,  un  peu  en  deçà  de  la  rue  des  Fossés, 
et  touchait  probablement  au  mur  dont  parle  Du  Breul.  Selon  Sauvai,  en  1304, 
cette  porte  s’appelait  Poupeline.  Le  plan  de  Gomboust,  1652,  la  nomme  Fausse 
porte  S.  Marcel,  pour  la  distinguer  de  celle  du  même  nom  (dite  aussi  Bordelle  ), 
attenante  au  mur  de  Ph.  Auguste.  Sur  le  plan  de  Bretez,  1739,  on  ne  voit  plus 
qu’une  barrière. 

Une  autre  porte,  située  à  l’extrémité  orientale  de  la  rue  des  Francs-Bourgeois, 
s’appelait:  Porte  de  la  Barre .  La  rue  actuelle  Scipion ,  qui  avoisinait  cette  porte  munie 
sans  doute  d’une  harre  ou  barrière,  était  désignée  sous  le  même  nom.  La  porte 
de  la  Barre  est  marquée  sur  presque  tous  les  anciens  plans.  On  la  voit  encore 
sur  celui  de  Bretez,  qui  de  plus  offre,  à  l’extrémité  de  la  rue  de  la  Reine -Blanche, 
une  barrière  qui  remplaçait  peut-être  une  autre  porte.  Enfin  on  en  distingue  une 
troisième  à  l’extrémité  orientale  de  la  me  du  Fer-à-Moulin.  Après  tout,  ces 
portes  pouvaient  être  tout  simplement  celles  du  cloître  S.  Marcel. 

Sous  Louis  XI,  «Vne  bataille  se  donna  à  S.  Marceau,  ou  y  en  eut  beaucoup 
de  prins  et  d’occis  des  deux  parties  »  (Corrozet,  fol.  145). 

'  Le  bourg  de  S.  Médard,  placé  entre  la  muraille  de  Ph.  Auguste  et  3a  petite  ville  fortifiée  de 
S.  Marcel,  n’eut  jamais  besoin  de  fortifications.  Peut-être  même  était-il,  sous  Charles  VI ,  compris 
dans  l’enceinte  de  cette  petite  ville. 

2  J’ai  supposé,  p.  70,  que  la  Butte-aux-Cailles  pouvait  provenir  des  déblais  de  ce  fossé  ;  c’est  une 
erreur.  Cette  colline  est  d’une  nature  calcaire,  et  se  rattache  à  celle  qui  domine  le  Petit-Gentilly. 


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FORTIFICATIONS  DES  FAUBOURGS  DE  LA  RIVE  GAUCHE. 


Sauvai  (t.  I,  p.  148)  avance,  je  ne  sais  d’après  quels  documents,  qu’en 
1404,  une  partie  de  la  rue  de  Lourcine  se  nommait  «la  Ville  de  Lourcine-lès- 
«  S.  Marcel...  et  quelquefois  rue  de  Franchise,  parce  qu’étant  située  dans  le  Fief 
«  de  Loursine...  les  compagnons  artisans  y  peuvent  travailler...  sans  que  les  Maî- 
«  très  puissent  les  en  empêcher.  » 

Il  y  avait  autrefois  à  Paris  un  assez  grand  nombre  de  ces  lieux  francs,  tels  que  : 
les  enclos  de  S.  Jean-de-Latran  (dont  le  fief  de  Lourcine  dépendait),  du  prieuré 
S.  Martin-des-Champs,  du  Temple,  de  l’abbaye  S.  Germain,  etc. 

Le  territoire  de  Lourcine  est  désigné  en  latin  comme  en  français  par  des  noms 
diversement  orthographiés,  parmi  lesquels  il  est  assez  difficile  défaire  un  choix  *, 
mais  ici  peu  nous  importe  le  nom.  Je  pense  que  la  rue  de  Lourcine,  bien  qu’établie 
sur  un  fief  privilégié,  n’en  faisait  pas  moins  partie  de  la  petite  ville  S.  Marcel.  «  Ma¬ 
ie  dame  Marguerite  femme  du  Boy  S.  Loys,  dit  Gorrozet  (fol.  90),  édifia  en  la 
«  ville  S.  Marcel-lez- Paris ,  le  conuent  et  monastère  des  nonnains  qu’on  appelle 
«  vulgairement  les  Cordelieres  S.  Marceau.  »  Or,  ce  couvent  était  placé  rue  de 
Lourcine,  au  haut  de  laquelle,  un  peu  au-dessus  du  couvent  (passé  la  rue  actuelle 
du  Champ-de-f  Alouette)  ,  était  une  porte  qu’indiquent  les  plans  de  Quesnel  et  de 
Mathieu  Mérian ,  et  aussi  celui  de  Jean  Boisseau,  1650.  Cette  porte,  qui  n’a  pas 
de  désignation,  était,  je  suppose,  une  de  celles  du  bourg  S.  Marcel. 

Sur  le  plan  de  Braun,  et  aussi  sur  la  grande  gouache  de  l’Hôtel-de-Ville, 
on  distingue  de  plus  deux  autres  portes  ou  arcades,  situées  à  une  faible  distance 
l’une  de  l’autre,  dans  la  même  rue  de  Lourcine,  vers  le  milieu.  Le  plan  de  Bois¬ 
seau  en  indique  une  seule  près  de  la  rue  des  Lyonnais.  Faut-il,  au  lieu  de  portes, 
y  voir  de  simples  bâtiments,  jetés  d’une  maison  à  l’autre,  comme  il  en  existait 
tant  autrefois  à  Paris?  Je  crois  plutôt  que  ce  sont  des  portes  réelles  qui  fermaient 
la  portion  de  la  rue  où  les  artisans  avaient  droit  de  franchise. 

Le  plan  de  Braun  offre  encore  une  autre  porte,  placée  en  travers  de  la  rue  de 
l’Arbalète,  près  de  l’endroit  où  la  rue  des  Postes  y  débouche.  Je  ne  sais  si  l’on 
doit  la  considérer  aussi  comme  une  des  entrées  de  la  ville  S.  Marcel.  Selon 
La  Tynna,  la  rue  de  l’Arbalète  se  nommait,  au  XVIe  siècle,  rue  de  la  Porte-de- 
l’ Arbalète,  sans  doute  à  cause  de  celle  que  je  signale. 

Au  haut  du  faubourg  S.  Jacques,  près  du  mur  d’enceinte  de  l’Observatoire, 
existait  une  porte,  marquée  sur  la  plupart  des  plans  ;  sur  ceux  de  Quesnel  et  de 
Boisseau,  elle  paraît  même  fortifiée  de  deux  tours  rondes.  Elle  figure  aussi,  mais 
sous  forme  d’un  simple  pavillon,  sur  une  vue  de  l’Observatoire,  gravée  par  Pé- 

1  J'adopterais  volontiers  l’étymologie  Locus  cinerum ,  puisqu’on  a  trouvé  de  ce  côté  de  Paris  des 
sépultures  antiques.  Jaillot  admet  que  les  mots  locus  cinerum  s’appliquent  à  la  rue  Poliveau. 


FORTIFICATIONS  DES  FAUBOURGS  DE  LA  RIVE  GAUCHE. 


175 


relie  ou  Aveline,  vers  1680.  Les  anciens  actes  la  nomment  fausse  porte  ou  pre¬ 
mière  porte  S.  Jacques,  par  rapport  à  celle  de  l’enceinte  dePh.  Auguste. 

Cette  porte  ne  se  rattachait  pas  à  un  mur  de  clôture  :  il  n’en  exista  aucun  de  ce 
côté  de  Paris  ;  seulement,  comme  l’atteste  le  plan  de  Quesnel,  on  a  creusé  des 
tranchées  au-dessus  des  Chartreux,  sans  doute  au  temps  de  la  Ligue.  On  n’a  ja- 
mais  cité  une  ville  S.  Jacques,  mais  il  est  question  dans  l’histoire  de  la  ville  Notre- 
Dame-des- Champs.  On  veut  désigner  parla  des  groupes  de  maisons  établies  dans 
le  voisinage  de  cette  ancienne  chapelle.  On  lit  dans  le  Journal  de  Paris  sous 
Charles  YI  et  VII,  p.  182  :  en  août  1438,  «  vindrent  les  Angloys  environ  mynuit  en 
«  la  Ville  de  Nostre  Dame  des  Champs,  et  boutèrent  feux,  et  prindrent  hommes 
«  et  biens  ce  qu’ils  porent.  »  Ce  récit  semble  indiquer  que  cette  petite  ville  n’é¬ 
tait  pas  fortifiée  d’une  enceinte. 

C’est,  par  erreur  que  j’ai  ( note  de  la  page  68)  supposé  que  !a  hutte  du  Mont- 
Parnasse,  existant  autrefois  derrière  les  Chartreux,  a  pu  être  formée  des  déblais 
de  tranchées  creusées  de  ce  côté  des  faubourgs  ;  car  un  Mémoire  manuscrit  sur 
les  anciennes  carrières  de  Paris  indique  le  Mont-Parnasse  comme  une  carrière 
qui  fournissait  dix  espèces  de  pierres  à  bâtir.  Du  reste,  aucun  plan  du  XVIe  siècle 
ne  s’étend  jusque-là;  aussi  a-t-on  sur  cette  hutte  fort  peu  de  documents  avant 
1650,  époque  où  on  la  nommait  Mont  Parnasse  ou  de  la  Fronde.  Il  est  possible 
qu’elle  ait  autrefois  servi  de  bastide,  pour  défendre  le  faubourg  S.  Germain. 

A  la  pointe  de  l’enclos  des  Chartreux,  rue  d’Enfer,  non  loin  do  l’Observatoire, 
il  y  avait,  sous  Louis  XV,  une  barrière.  Je  ne  pense  pas  que  cette  barrière  ait  rem¬ 
placé  une  ancienne  porte,  car  on  n’en  voit  aucune  marquée  sur  les  vieux  plans. 

Autour  de  l’enclos  de  l’abbaye  S.  Germain-des-Prés,  on  voyait,  de  temps  im¬ 
mémorial,  hors  du  côté  du  nord  où  s’étendaient  les  Prés-aux-Clercs,  des  groupes 
de  maisons  qui  méritaient  bien  le  nom  de  ville.  Elles  ne  furent  incorporées  à 
la  capitale  que  sous  Henri  IV  ou  Louis  XIII.  Au  XVe  siècle  existaient  déjà,  sous 
leurs  noms  actuels  ou  sous  d’autres  noms,  les  rues  Sainte-Marguerite,  du  Four, 
du  Vieux-Colombier,  de  Buci,  des  Mauvais-Garçons,  du  Cœur-Volant,  etc.  Cette 
ville,  à  cause  de  la  foire  qui  y  fut  établie  dès  le  XIIe  siècle,  devait  être  considé¬ 
rable.  Cependant  on  ne  lit  nulle  part  qu’elle  ait  été  fortifiée,  comme  l’était  l’ab¬ 
baye  elle-même,  qui  ressemblait  plutôt  à  une  citadelle  qu’à  un  monastère.  On 
n’a  jamais  cité  aucune  porte  de  la  ville  S.  Germain.  J’ai  lu  dans  un  acte  «la  vieille 
porte  des  fauxbourgs-S. -Germain» ,  mais  on  désignait  celle  attenante  au  mur  de 
Ph.  Auguste.  On  creusa  seulement  à  diverses  époques,  autour  de  quelques  points 
de  ce  faubourg,  des  fossés,  protégés  par  des  remparts.  Nous  parlerons  tout  à 
l’heure  de  ceux  pratiqués  au  temps  de  la  Ligue. 

Ces  fortifications  ne  furent  jamais  que  provisoires  ;  elles  disparaissaient  avec 


FORTIFICATIONS  DES  FAUBOURGS  DE  LA  RIVE  GAUCHE. 


176 

le  danger  qui  les  avait  rendues  nécessaires.  Une  butte,  dite  S.  Père  (ou  S.  Pierre), 
existait,  sous  Louis  XÏIÏ  encore,  vers  l’endroit  où  la  rue  S.  Guillaume  fait  un  re¬ 
tour  d’équerre.  Cette  butte,  qui  portait  un  moulin ,  doit  son  origine  à  des  dépôts 
d’immondices  ou  aux  déblais  d’anciens  fossés  (de  ceux  peut-être  de  l’Abbaye, 
que  ses  matériaux  auront  servi  à  combler  vers  1636).  Elle  a  pu  autrefois,  être 
utilisée  à  titre  de  bastide.  Un  procès-verbal  de  1636  (Félibien,  t.  IV,  p.  144), 
nous  apprend  qu’elle  occupait  une  surface  d’environ  quatre  arpents,  et  servait  de 
voirie  pour  la  Cité,  la  rue  de  la  Harpe  et  partie  du  faubourg  S.  Germain. 

Nous  lisons  dans  Corrozet  (fol.  130)  qu’en  1383,  le  roi  ordonna  que  «les  faux- 
«  bourgs  anciens  d’entour  Paris,  fussent  clos  et  enfermez  de  gros  murs,  portes  et 
«  fossez,  et  fussent  reputez  de  ladicte  ville.  »  Je  ne  sais  si  l’on  commença  à  exé¬ 
cuter  cet  ordre,  qui  s’applique  probablement  aux  faubourgs  du  midi,  puisque 
ceux  du  nord  étaient  enclos  à  cette  époque. 

1550.  —  Cette  année,  parurent,  le  6  novembre,  des  lettres-patentes,  qui  or¬ 
donnent  de  faire  le  dessein  et  tracé  delà  clôture  des  faubourgs  de  Paris,  y  com¬ 
pris  ceux  de  l’Université  (Registre  cité  p.  124).  Corrozet  signale  aussi  (fol.  176)  un 
édit  du  8  septembre,  sur  le  même  objet.  Le  5  octobre  1551,  selon  Sauvai,  on 
planta  des  bornes  pour  en  commencer  l’exécution,  mais  il  paraît  qu’on  l’a¬ 
bandonna. 

En  1562,  dit  le  même  (t.  ï,  p.  82),  la  Ville  «fournit  au  Duc  de  Guise  des 
«  pionniers,  qui  en  peu  de  jours  environnèrent  de  tranchées  nécessaires  les 
«  faux-bourgs  de  l’Université,  contre  les  courses  des  Huguenots,  commandés  par 
«  l’Amiral  de  Coligny.  » 

En  1568  (ib.,  p.  83),  «  par  commandement  exprès  du  Roi,  il  fut  résolu,  le  8  fé- 
«  vrier,  au  Bureau  de  la  Ville,  d’achever  en  diligence  les  tranchées  commen- 
«  cées  du  côté  de  l’Université.  » 

En  1589,  on  exécuta  autour  de  Paris  de  grands  travaux  contre  l’armée  du 
roi  de  Navarre.  «  Au  dessus  des  faux-bourgs  de  l’Université  et  des  fossés  qui 
«  sont  entre  la  Tournelle  et  la  porte  S.  Victor,  on  lit  des  boulevarts  et  des  tran- 
«  chécs  »  ( ïbid .).  A  cette  époque,  l’ancienne  butte  Coypeau  fut  peut-être  desti¬ 
née  à  recevoir  de  l’artillerie. 

Le  25  juillet,  mandement  aux  Colonels  d’exhorter  «  les  habitants  aisez  d’en- 
«  voyer,  pendant  huitaine,  chacun  un  homme  pour  travailler  aux  fortifications 
«  de  la  ville,  vers  les  faux  bourgs»  (Félibien,  t.  V,  p.  463). 

On  lit  dans  l’historien  Mathieu,  à  l’année  1590,  époque  du  siège  de  Paris,  de 
curieux  détails,  qui  doivent  s’appliquer  en  partie  à  la  rive  gauche.  «  On  trauailloit 
«  sans  cesse  aux  murailles,  fossez,  et  remparts  :  Les  lesuites  et  autres  Moines 
«  bien  munitionnez  de  viures  en  leurs  Colleges  et  Conuents,  faisoient  le  guet 


FORTIFICATIONS  DES  FAUBOURGS  DE  LA  RIVE  GAUCHE. 


177 


«  à  leur  tour»  ;  et  ailleurs  :  «  Or  les  faux-bourgs  estoient  couuerts  de  rempars, 
«  espérons,  grands  rauelins  etbouleuards  fossoyez  et  de  grandes  trenchees  que 
«  la  Ligue  gardoit  par  des  gens  de  guerre  et  bourgeois  de  la  ville  et  faux-bourgs, 
«  qui  y  alloient  par  tout  et  estoient  24.  heures  en  garde  :  Il  y  auoit  sur  cesrem- 
«  parts  plusieurs  pièces  d’ Artillerie,  comme  canons,  couleurines  et  pièces  de 
«  campagne  pour  la  garde  des  trenchees.  » 

Plusieurs  petites  estampes,  à  peu  près  contemporaines  1 ,  indiquent  des  fossés, 
remparts  et  bastions  établis,  en  1590,  autour  des  faubourgs  de  la  rive  gauche,  et 
aussi  de  ceux  de  la  rive  droite,  non  loin  du  Grand  égout  ;  mais  ces  fortifications, 
.  je  le  répète,  n’ayant  été  que  provisoires,  on  aurait  peine  à  en  retrouver  les  tra¬ 
ces,  comme  à  en  signaler  la  place  précise,  vu  que  l’on  combla  les  tranchées  avec 
les  déblais  mêmes  dont  on  les  avait  remparées.  C’est  peut-être  des  restes  de  ces 
fossés  de  1590  qu’on  remarque  sur  le  plan  de  Quesnel.  Comme  les  plans  de 
Paris  manquent  entre  1575  et  1600,  parce  que,  pendant  cette  période  de  trou¬ 
bles,  aucun  géographe  ne  songeait  à  en  éditer,  on  ne  peut  tirer  de  ce  côté  au¬ 
cune  lumière  pour  éclaircir  cette  question  encore  obscure. 

Sauvai  (t.  I,  p.  83)  avance  qu’en  1617  et  1649  «  le  fauxbourg  S.  Germain  fut 
«  environné  de  retranchemens,  de  palissades  et  autres  fortifications  necessr:- 
«  res,  etc.  »  Sauvai  est  dans  l’erreur  :  ces  fortifications  ne  furent  que  projetées. 

1627.  — Bouquet  ( Mém .,  p.  327)  cite  des  lettres-patentes  du  mois  d’avril,  où 
l’on  charge  Boyer,  secrétaire  de  la  Chambre  du  roi,  de  clore  les  faubourgs 
S  Germain,  S.  Michel  et  S.  Jacques.  Ce  projet  ne  fut  .pas  exécuté.  Sauvai  dit 
(t.  I,  p.  44)  :  «  En  1526,  Boyer  proposa  au  roi  d’entourer  de  courtines,  de  por- 
«  tes  et  de  bastions,  tous  les  faux-bourgs  de  l’Université.  »  Il  faut  probablement 
ici  lire  :  1626,  à  moins  qu’il  ne  s’agisse  d’un  autre  Boyer. 

Sous  Louis  XIV,  il  fut  question,  vers  1649,  de  ceindre  les  faubourgs  du  sud 
d’une  clôture  bastionnée;  elle  est  tracée  au  pointillé  sur  le  petit  plan  de  Boisseau, 
dit  Plan  des  Colonelles ,  dont  la  première  édition  est  de  1650.  Mais,  cette  fois  en¬ 
core,  on  s’en  tint  à  un  projet.  Plus  tard,  vers  1676,  comme  l’atteste  le  plan  de 
Bullet,  on  projeta  d’établir  autour  de  la  rive  gauche,  non  plus  une  ceinture  bas¬ 
tionnée,  mais  un  Cours  planté  d’arbres,  dont  l’arc,  commençant  à  peu  près  vis- 
à-vis  de  la  porte  de  la  Conférence,  devait  aboutir  à  la  porte  S.  Bernard. 

On  ne  mit  à  exécution  que  le  projet  relatif  à  la  rive  droite.  Sous  Louis  XV 
seulement,  on  commença  le  Cours  du  midi,  mais  sur  une  ligne  plus  étendue,  et 
il  ne  fut  jamais  terminé. 

1  Ces  estampes,  gravées  en  Allemagne  ou  en  Hollande,  donnent  une  idée  approximative  de  ces 
travaux.  Sur  une  très-petite  vue  du  siège  de  Paris  en  1590,  gravée  au  bas  du  frontispice  de  l’ouvrage 
sur  les  Fortifications,  par  Jacqves  Perret,  on  ne  voit  pas  de  remparts  du  côté  de  l’Université. 

23 


178 


QUATRIEME  ENCEINTE  DE  LA  RIVE  DROITE. 


XXI.  —  Quatrième  enceiute  (  baslionnee  )  de  la  rive  droite. 

Sous  la  dénomination  collective  de  quatrième  enceinte  \  je  comprends 
1°  toutes  les  additions  faites  successivement  à  celle  de  Charles  V,  à  partir  de 
1536,  entre  l’embouchure  du  fossé  de  la  Bastille  et  la  porte  S.  Martin;  2° la 
construction  de  six  bastions  angulaires  réunis  par  une  courtine,  formant  une 
nouvelle  clôture  partielle  au  delà  de  la  précédente,  bastions  établis,  entre  1566 
et  1635,  de  l’extrémité  du  jardin  des  Tuileries  à  la  porte  S.  Denis. 

Cette  nouvelle  enceinte,  bien  qu’exécutée  par  tronçons  et  à  des  époques  fort 
distantes  l’une  de  l’autre,  n’en  doit  pas  moins  être  considérée  comme  l’ensemble 
d’un  seul  projet,  conçu  dès  le  règne  de  François  Ier,  ou  même  de  Louis  XII,  et 
réalisé  dans  l’espace  d’un  siècle.  Ce  qu’on  a  jusqu’ici  nommé  :  l’enceinte  par¬ 
tielle  de  Louis  XIII,  doit  donc  se  confondre  avec  les  travaux  isolés,  entrepris 
antérieurement,  puisque  tous  ces  travaux  se  rapportent  au  même  projet  et  au 
même  but,  savoir  :  une  enceinte  fortifiée  de  bastions  à  deux  faces,  à  peu  près 
semblables  à  ceux  qu’on  vient  d’exécuter  de  nos  jours,  et  dont  la  forme  fut 
prescrite  par  les  progrès  de  l’artillerie. 

Je  vais  exposer  brièvement  les  motifs  de  cette  métamorphose  dans  la  manière 
de  fortifier  les  villes.  Dès  le  règne  de  Charles  VIII,  l’usage  du  tir  à  plein  fouet 
était  généralement  pratiqué  (voir  p.  116).  Les  ingénieurs  comprirent  bientôt 
que  la  hauteur  excessive  des  tours  et  des  murs  d’enceinte  offrait  un  grand  in¬ 
convénient  a  :  quand  on  les  battait  en  brèche,  leurs  débris  comblaient  le  fossé 
de  matériaux,  et  facilitaient  l’assaut.  On  chercha  à  parer  à  cet  obstacle  ;  on  tarda 
peu  à  trouver  un  système  convenable  :  on  plaça  devant  les  vieilles  enceintes  de 
pierre  des  ouvrages  avancés,  de  diverses  formes  3,  composés  de  terre,  fort  bas, 
et  revêtus  seulement  d’un  parement  de  pierre  du  côté  de  l’escarpe,  afin  que 
l’artillerie  produisît  peu  de  dégâts.  Les  boulets,  frappant  dans  ces  terres-pleins 
quelquefois  garnis  de  fascines,  venaient  s’y  amortir  sans  causer  beaucoup  de  dom¬ 
mage.  Les  merlons  du  parapet,  bas,  épais,  taillés  en  glacis,  donnaient  peu  de  prise 
à  leurs  coups  ;  les  projectiles  glissaient  sur  ces  talus  de  pierre  et  ricochaient 

1  Je  l’appelle  quatrième  enceinte ,  dans  l’hypothèse  fort  vraisemblable  qu’il  en  exista  une  avant 
celle  de  Ph.  Auguste,  qu’on  regarde  comme  la  seconde. 

*  11  est  probable  que  sous  Charles  VIII  on  abaissa  le  mur  et  les  tours  construits  sous  Charles  V. 

1  Les  tours  rondes  de  Ph.  Auguste  et  celles  carrées  de  Charles  V,  en  saillie  sur  les  murs  d’en¬ 
ceinte,  étaient  par  le  fait  de  petits  bastions  destinés  à  prendre  l’ennemi  en  flanc.  Sous  Louis  XI,  on 
plaçait  devant  les  murs  des  terrasses  de  forme  carrée,  faisant  saillie  dans  les  fossés,  et  nommées 
cavaliers  ;  c’était  une  sorte  de  bastion.  Je  doute  qu’on  en  ait  élevé  de  ce  genre  à  Paris. 


179 


QUATRIÈME  ENCEINTE  DE  LA  RITE  DROITE. 

sans  faire  de  brèche.  Bientôt  on  élargit  ces  nouveaux  bastillons,  et  déjà,  sous 
François  Ier,  on  leur  donnait  la  forme  angulaire  qu’ils  ont  de  nos  jours,  forme 
qui  permet  de  battre  l’ennemi  en  flanc,  et  de  défendre  à  la  fois  la  courtine  et 
l’approche  des  fossés.  Dès  lors  fut  résolue,  à  Paris,  la  construction  d’une  en¬ 
ceinte  continue,  fondée  sur  ce  système  :  c’est  celle  qui  va  nous  occuper;  on  mit 
un  siècle  à  la  terminer,  et  encore  ne  le  fut-elle  qu’imparfaitement. 

Je  commencerai  par  citer  d’anciens  actes  relatifs  à  cette  enceinte  qui,  au  mo¬ 
ment  où  elle  touchait  presque  à  son  terme,  fut  tout  à  coup  jugée  inutile,  et  rem¬ 
placée  (vers  1670)  par  une  terrasse  servant  de  promenade.  On  n’en  conserva  que 
'  quelques  bastions,  entre  la  porte  du  Temple  et  la  Bastille. 

1523.  —  Nous  avons  cité,  page  161,  une  ordonnance  de  cette  date,  qui  doit 
être,  comme  le  remarque  Du  Breul,  la  première  idée  du  projet  de  cette  qua¬ 
trième  enceinte  de  la  rive  droite.  Mais  il  paraît  que  ce  projet  n’eut  alors  aucun 
commencement  d’exécution,  et  ce  fut  en  1536  qu’on  prit  le  parti  de  s’en  occuper 
sérieusement. 

1536.  — On  lit,  dans  les  Ântiqvitez  de  Corrozet  (fol.  158)  :  «  Le  dernier  iour 
<r  de  Iuillet,  furent  commencez  les  rempars,  fossez  et  trenchées,  pour  enclorre 
«  les  faulxbourgs  et  la  ville  de  Paris,  par  le  commandement  de  lean  du  Bellay, 
«  Cardinal,  Euesque  et  gouuerneur  d’icelle  ville.  » 

Sauvai  (t.  I,  p.  43)  parle  ainsi  de  ce  fait  :  «  En  ce  temps-là  (1536)  le  Cardinal  de 
«  Bellay...,  outre  plusieurs  tranchées,  fit  faire  des  fossés  et  des  boulevards  (bas¬ 
tions),  depuis  la  porte  S.  Honoré  jusqu’à  celle  S.  Antoine...  Le  31  juillet,  on  se 
«  mit  à  travailler  au  bout  des  fauxbourgs  de  S.  Honoré,  mais...  le  16  décembre 
«  l’ouvrage  fut  abandonné.  »  11  indique  ensuite  les  noms  des  ingénieurs  chargés 
de  ces  travaux. 

Selon  Félibien  (t.  Y,  p.  346),  le  28  juillet  1536,  on  ordonna  aux  bourgeois  de 
Paris  et  aux  habitants  des  villages  circonvoisins,  de  fournir  à  leurs  dépens  des 
gens  pour  travailler  aux  fortifications  de  la  ville.  Le  clergé  devait  y  contribuer 
aussi  ;  on  comptait  employer  pour  ces  travaux  seize  mille  manœuvres ,  et  toutes 
œuvres  dans  la  ville  devaient  cesser  pour  deux  mois. 

Le  Registre  cité  dans  la  note,  page  124,  nous  apprend  qu’en  juin  et  juillet  1536, 
la  Ville  fit  visiter  les  remparts,  et  contracta  un  emprunt  pour  les  fortifications,  et, 
qu’à  cet  effet,  on  imposa  des  corvées  aux  villages  de  l’Election  de  Paris. 

Aucun  historien  n’explique  au  juste  ce  qu’il  faut  entendre  par  ces  fortifications, 
ni  de  quel  côté  de  Paris  on  les  commença.  Je  suppose  qu’il  s’agissait  dès  lors  des 
bastions  à  deux  faces  terminés  plus  tard  du  côté  de  la  Bastille,  et  que  les  premiers 
travaux  consistèrent  à  creuser  des  fossés  au  delà  de  ceux  de  Charles  V,  autour 
des  faubourgs  du  nord,  fossés  qui  furent  recreusés  sous  Louis  XIII. 


180 


QUATRIÈME  ENCEINTE  DE  LA  RIVE  DROITE. 


1544.  —  Par  le  commandement  de  François  Ier  «  furent  faicts  les  rampars  ès 
«  portes  S.  Antoine,  du  Temple,  S.  Michel,  S.  laques  et  autres  lieux  »  (Corrozet, 
fol.  161,  v.).  Ces  travaux  furent-ils  en  effet  exécutés?  Il  faut  le  croire,  puisque 
Corrozet  vivait  sous  ce  roi;  mais  qu’était-ce  que  ces  rampars ?  Yeut-il  parler  de 
ces  bastions  à  deux  faces,  situés  entre  la  Bastille  et  la  porte  du  Temple  ?  mais  ils 
ne  furent  commencés  qu’en  1553.  Qu’entend-il  par  les  remparts  établis  près  des 
portes  S.  Michel  et  S.  Jacques?  Etaient-ce  ces  avant-portes  qu’on  voit  figurer  sur 
les  vieux  plans,  vers  le  milieu  des  fossés?  je  pense  que  leur  construction  doit 
remonter  plus  haut.  Il  désigne  peut-être  sous  ce  nom  un  simple  terrassement 
formé  à  l’intérieur  du  mur  de  Ph.  Auguste. 

Le  même  Corrozet,  au  folio  8,  avait  déjà  parlé  de  ces  travaux  :  «  L’an  1544,  on 
«  feit  les  rampars  et  bastions  à  Paris,  pour  résister  à  la  venue  de  l’Empereur 
«  Charles  Cinqiesme  (Charles-Quint).  »  Ces  remparts  ne  peuvent  être  le  terre- 
plein  qui  flanquait  le  mur  de  Charles  Y,  puisqu’il  existait  depuis  longtemps.  Il 
s’agit  sans  doute  d’ouvrages  provisoires  qui  furent  supprimés  par  la  suite. 

Sauvai  ne  s’explique  pas  plus  clairement  sur  ce  fait.  «  En  1544  (dit-il,  t.  I, 

«  p.  43),  François  I'r  ayant  appris  que  Charles-Quint  avec  son  armée,  étoit  à 
«  Château-Thierry ,  aussitôt  il  envoya  à  Paris  le  Duc  de  Guise ,  qui  revêtit  de 
«  remparts  les  murs  de  la  ville ,  tant  du  côté  des  faux-bourgs  du  Temple  ,  de 
«  Montmartre  et  de  S.  Antoine,  que  de  ceux  de  S.  Michel  et  de  S.  Jaques.» 

1548.  —  Edit  qui  défend  de«  bastir  ès  fauxbourgs  de  Paris  »  (Félibien,  t.  III, 
p.  642).  Cette  défense ,  renouvelée  deux  ans  plus  tard,  avait  un  double  motif. 
D’abord  on  craignait  de  voiries  faubourgs  s’agrandir  au  détriment  de  la  popula¬ 
tion  des  villes  et  villages  des  environs  ;  ensuite,  comme  on  avait  l’intention  de 
renfermer  les  deux  rives  de  la  capitale  dans  une  nouvelle  enceinte  bastionnée 
(ainsi  que  l’atteste  l’article  qui  va  suivre),  on  ne  voulait  pas  augmenter  le  chiffre 
des  indemnités  à  accorder  aux  propriétaires. 

1550.  —  «En  ceste année  mil  cinq  cens  (cinquante)  *,  le  Roy  enuoya  lettres 
«  en  France  (en  forme)  d’edict,  au  preuost  de  Paris,  et  ses  lieutenants,  preuost  des 
«  marchans  et  Escheuins,  par  lesquelles  il  leur  mandoit  faire  faire  le  portraict  et 
«  dessein  delà  closture  et  fortifications  de  tout  Paris,  comprins  les  faulxbourgs  tant 
«  de  l’ Vniuersité  que  de  la  ville...  Donné  à  S.  Germain-en-Laye  le  huictiesme 
«  iour  de  Septembre  »  (Corrozet,  fol.  176).  Ces  travaux  ne  furent  jamais  com¬ 
mencés  du  côté  de  l’Université. 

1552.  —  Lettres  du  19  octobre,  signées  :  Cai'dinal  de  Bourbon  ,  sur  le  besoin 

1  Dans  l’édition  de  1561,  celle  que  je  cite  toujours,  on  lit  :  mil  cinq  cens ,  mais  l’auteur  veut  dire 
1550,  puisqu’il  parle  d’événements  relatifs  à  cette  année.  Cette  faute  a  été  corrigée  dans  l’édit,  de 
N.  Bonfons,  1586.  On  y  a  aussi  rétabli  les  mots  enferme,  omis  après  en  France. 


181 


QUATRIÈME  ENCEINTE  DE  LA  RIVE  DROITE. 

de  fortifier  la  ville  «  entre  le  lieu  où  estoit  la  tour  de  Billy,  et  le  boulevart  estant 
«  le  long  de  la  rivière  de  Seine ,  au  dessus  de  l’isle  Louviers  »  (  Registre  cité 
p.  124,  etFélibien,  t.  V,  p.  381).  J’ignore  ce  qu’on  entend  par  ce  boulevart. 

1552.  —  Félibien  (t.  III,  p.  643)  produit  un  édit  du  27  février,  qui  frappe  d’une 
contribution  pour  les  fortifications  delà  ville  (projetées  en  1550)  toutes  les  mai¬ 
sons,  à  l’exception  de  plusieurs  couvents  et  hôpitaux.  On  y  règle  tout  ce  qui  est 
relatif  aux  dépenses  que  ces  travaux  doivent  entraîner.  Sauvai  dit  (t.  I,  p.  43) 
que,  cette  année,  «  Henri  II  ordonna  une  levée  de  douze  cens  mille  livres  par  an, 
«  sur  les  Généralités  et  sur  tout  Paris,  sans  en  excepter  ni  Couvents,  ni  Eglises, 

'«  ni  Communautés,  ni  Privilégiés  :  jusqu’à  vouloir  y  être  compris  lui  même  le 
«  premier,  et  le  tout  pour  être  employé  aux  fortifications.  » 

1553.  — Félibien  (t.  IV,  p.  762)  cite  un  arrêt  du  Parlement,  en  date  du  3  fé¬ 
vrier,  qui  décide  que  la  ville  «  sera  fortiffiée  selon  la  modelle  qui  en  avoit  esté 
«  faicte.»  Il  s’agit  de  la  continuation  des  mêmes  travaux. 

Cette  même  année,  le  11  août,  on  commença  à  refaire,  entre  la  Bastille  et  la 
Seine,  les  fossés  de  Charles  V,  qu’on  réunit  en  un  seul,  façonné  non  plus  en  ta¬ 
lus,  mais  à  fond  de  cuve,  ou  à  parois  verticales,  et  revêtu  de  pierres  du  côté  de 
l’escarpe.  On  le  flanqua,  comme  je  l’ai  déjà  dit,  p.  152,  de  deux  bastions,  non 
compris  celui  placé  devant  la  Bastille.  J’en  reparlerai  plus  tard. 

Voici  comment  Corrozet,  témoin  oculaire,  parle  de  ces  travaux  (fol.  180,  verso): 

«  Audict  an  1553  furent  commencées  les  fortifications  du  costé  du  bouleuert 
<(  dans  le  fleuue  de  Seine,  la  ou  le  cours  d’iceluy  entre  dans  les  fossez,  derrière 
«  les  Celestins,  en  continuant  iusques  à  la  Bastille  S.  Anthoine  :  pour  laquelle 
«  chose  accomplir  ensuyuant  l’édit  du  Roy,  toutes  les  maisons  furent  taxées  et 
«  cotisées  depuis  quatre  liures  tournois  iusques  à  vingt-quatre,  et  fut  la  première 
«pierre  assise  le  vendredy  vnziesme  iour  d’Aoust,  laquelle  estoit  ainsi  escrite 
«  et  grauée,  que  la  voyez  cy  dessous.  » 

Cette  pierre  est  figurée  au  folio  181,  par  un  encadrement  autour  duquel  on  lit, 
en  majuscules  :  Nisi  Dominus  cvstodierit  civitatem,  frustra  vigilat  qvi  cvstodit 
eam.  Au  milieu  sont  le  nom  du  Roi  et  les  initiales  des  assistants,  avec  la  date  1553, 

8  mensis  Augusti.  «Lesdictes  fortifications,  ajoute  Corrozet,  à  fons  de  cuue  auec 
«  leurs  rampars  et  secrettes  deffences  furent  continuées  iusques  à  la  porte  Sainct 
«  Anthoine.  »  Puis  il  cite  deux  autres  inscriptions,  dont  la  seconde  porte  le  mil¬ 
lésime  M.  D.  LVI. 

1554.  — Félibien  (t.  V,  p.  383)  cite  un  Règlement  du  2  mars,  pour  pourvoir 
à  la  continuation  de  ces  fortifications.  Le  Collège  de  Navarre  fut  taxé  à  24  livres, 
les  religieux  de  S.  Victor,  à  100,  l’enclos  du  Temple,  à  24,  etc.  ;  mais  les  travaux 
allaient  lentement,  car  ils  ne  furent  achevés,  selon  Du  Breul,  qu’en  1559.  Pendant 


182 


QUATRIÈME  ENCEINTE  DE  LA  RIVE  DROITE. 

cet  intervalle  de  cinq  ans,  nous  avons  presque  achevé  notre  enceinte  bastionnée, 
avec  tous  les  forts  détachés  ! 

1557. — Félibien  (t.  IV,  p.  773),  mentionne  à  cette  année,  18  mai,  l’établisse¬ 
ment  d’une  nouvelle  taxe  pour  l’achèvement  des  travaux. 

1559.  —  Cette  année,  fut  terminé  le  nouveau  fossé  bastionné  de  la  Bastille, 
sans  doute  aussi  le  petit  bastion  placé  devant  cette  forteresse  du  côté  du  faubourg, 
et  le  gros  bastion  nommé  :  Le  Boullevert  S.  Antlioine,  voisin  de  la  porte  du  même 
nom.  Le  plan  gravé  de  Du  Cerceau  indique  à  la  place  de  ce  boulevart  deux  grands 
bâtiments  carrés,  qui  existaient  peut-être  antérieurement. 

1562.  — Le  4  mars,  selon  Sauvai  (t.  I,  p.  43),  il  fut  décidé  qu’on  enclorait  la 
Ville-neuve,  hors  la  porte  S.  Denis,  d’une  nouvelle  muraille,  et  de  fossés  auxquels 
on  donna  le  nom  de  fossés  jaunes  *,  fossés  «  que  nous  avons  vû  continuer,  dit 
«  Sauvai,  et  achever  en  1634,  suivant  l’allignement  de  ce  premier  dessein,  où  l’on 
e  avoit  mis  la  main  dès  l’an  1563.  »  Ce  projet  d’enclore  la  Ville-neuve  ne  fut 
réalisé  que  plus  tard  et  imparfaitement.  La  butte  de  ce  nom,  sous  Louis  XIV, 
avait  à  peu  près  la  forme  d’un  bastion  à  deux  face  s  mais  n’était  pas  revêtue,  et 
le  fossé  ne  fut  jamais  terminé. 

1563.  —  Dans  un  registre  des  fortifications  de  Paris  (Bouquet,  p.  266)  il  est 
question,  à  cette  date,  du  atoisagedes  terres  massives  pour  la  fortification  de 
la  ville»,  et  du  «vuidange  des  terres  fait  pour  le  recouvrement  du  vieil  fossé  qui 
<c  fait  la  closture  du  faux-bourg,  du  costé  de  Montmartre.  »  Ce  mot  recouvrement 
ne  signifie  pas  comblement ,  car  il  est  certain  que  de  ce  côté  de  Paris,  le  fossé  de 
Charles  V  ne  fut  comblé  que  vers  1635. 

1566.  —  Nicolas  Bonfons  ,  continuateur  des  Antiqvitez  de  Corrozet,  s’exprime 
ainsi  (édit,  de  1586,  fol.  185,  v.):  <r  Le  12.  iour  de  Iuillet,  mil  cinq  cens  soixante 
«  six  à  quatre  heures  de  releuee  fut  (  le  Roy  présent  la  Royne  et  autres  Seigneurs) 
«  assise  la  première  pierre  des  fortifications  de  la  ville ,  du  costé  de  la  Porte¬ 
nt  neuue ,  faisant  le  coing  du  iardin  de  la  Royne...  »  Il  ajoute  que  cette  pierre  con¬ 
tenait  des  médailles  en  vermeil,  représentant  les  portraits  du  roi  et  de  la  reine- 
mère.  Par  la  porte-Neuve,  il  désigne  une  porte  provisoire  qui  fut  plus  tard  rem- 


*  Les  fossés  jaunes  dont  parle  ici  Sauvai,  n’étaient  pas  seulement  ceux  creusés  du  côté  de  la  butte 
de  Ville-Neuve-sur-Gravois.  On  appelait  ainsi  tout  le  cours  des  fossés  établis  entre  l’extrémité  du 
jardin  des  Tuileries  et  la  porte  S.  Denis,  au-dessus  de  l’enceinte  de  Charles  Y.  «  Les  fossés  jaunes,  dit 
ailleurs  Sauvai,  furent  creusés  sous  Charles  IX,  en  1562  et  1563.»  Je  pense  qu’ils  furent  même  com¬ 
mencés  antérieurement.  En  1634,  Louis  XIII  les  fit  recreuser  et  accompagner  de  bastions  angu¬ 
laires,  projetés  et,  je  crois,  ébauchés  depuis  longtemps.  Selon  Jaillot  et  Dulaure,  on  les  nomma 
jaunes  à  cause  de  la  couleur  du  terrain.  Je  croirais  plutôt  qu’on  les  appelait  ainsi  parce  que,  sur  le 
plan  primitif,  dressé  pour  l’exécution  de  la  nouvelle  clôture,  ils  figuraient  teintés  en  jaune. 


183 


QUATRIÈME  ENCEINTE  DE  LA  RIVE  DROITE. 

placée  par  celle  de  la  Conférence.  Suivant  un  acte  cité  par  Félibien  (t.  Y,  p.  401), 
ce  fait  eut  lieu  le  vendredi  11  juillet. 

Selon  Du  Breul  (p.  1064),  ce  bastion  était  encore  imparfait  de  son  temps,  1612: 
lin’  est  donc  pas  étonnant  que Belleforest  ne  l’ait  pas  figuré  sur  son  plan  dessiné 
vers  1572,  non  plus  que  le  jardin  des  Tuileries,  alors  à  peine  tracé.  Ce  bastion 
commençait  la  série  du  front  de  fortification,  qui  devait,  d’après  le  projet  de  Fran¬ 
çois  Ier,  enclore  les  faubourgs  Montmartre  et  S.  Honoré.  Je  ne  sais  si  dès  l’année 
1566  on  se  mit  à  ébaucher  les  bastions  suivants  jusqu’à  la  porte  S.  Denis;  je  croi¬ 
rais  plutôt  qu’on  se  borna  à  approfondir  les  tranchées  qui,  sous  Louis  XIII,  se 
-  nommaient  les  fossés  jaunes. 

1585,  14  juin.  —  Les  tranchées,  les  avenues  et  les  fossés  de  Paris  furent  relevés 
(Sauvai,  t.  I,  p.  83). 

1587.  — Reprise  des  travaux  des  tranchées  et  des  boulevarts  ( ibid .).  Je  pense 
qu’il  s’agit  ici  des  fortifications  sur  les  deux  rives  de  la  Seine,  car  on  en  exécu¬ 
tait  à  cette  même  époque  autour  des  faubourgs  de  l’Université.  «  L’ingénieur 
Augustin  Rumilly,  ajoute  Sauvai,  eut  la  conduite  de  l’entreprise,  et  chaque 
manœuvre  avoit  sept  sols  par  jour.  » 

1589.  —  On  élargit  les  boulevarts  des  fauxbourgs  du  Temple,  S.  Denis,  S.  An¬ 
toine,  Montmartre  et  S.  Honoré  (ibid.).  Parce  mot  Boulevarts ,  il  faut  entendre  les 
bastions  de  la  quatrième  enceinte,  les  uns  achevés,  les  autres  commencés  sous 
le  rapport  des  travaux  de  terrassement. 

Cette  même  année  parut,  le  30  nov.,  un  ordre  pour  fortifier  Paris,  probable¬ 
ment  au-dessus  des  faubourgs  (Registre  cité  page  124).  Le  7  déc.,  mandement 
pour  la  démolition  des  maisons  données  par  la  ville  à  rente  ou  à  vie,  dans  et  le 
long  des  fossés  (ibid.). 

1590.  —  A  cette  époque,  Henri  IV,  qui  faisait  le  siège  de  Paris,  éleva  des  lignes 
de  fortifications  du  côté  des  faubourgs  du  nord,  pour  s’y  retrancher  et  y  placer 
son  artillerie  1  ;  mais  ces  travaux  de  siège  provisoires  sortent  de  notre  sujet,  qui 
traite  des  enceintes  permanentes.  Les  Ligueurs,  de  leur  côté,  mirent  en  état  de 
défense  l’ancien  rempart  et  les  mars  de  Charles  Y,  qui  constituaient  toujours 
la  véritable  clôture  de  Paris  ;  quant  à  la  nouvelle  enceinte  bastionnée,  on  dut  se 
borner  à  en  utiliser  les  portions  achevées  et  à  fortifier  à  la  hâte  les  fossés  jaunes. 
De  plus,  on  établit  des  tranchées  remparées  et  munies  de  canons,  dans  les  fau¬ 
bourgs,  à  la  hauteur  du  Grand  égout. 

Sous  Henri  IY,  on  songea  plus  à  savourer  les  douceurs  de  la  paix  qu’à  terminer 

1  Sur  la  petite  estampe  extraite  d’un  titre  (citée  dans  la  note  page  177) ,  on  voit  des  batteries  éta¬ 
blies  à  Montmartre,  sur  la  butte  Chaumont,  et  même  sur  le  monticule  du  gibet  de  Montfaucon.  Ces 
batteries  étaient  opposées  à  celles  de  la  Ligue. 


184 


QUATRIÈME  ENCEINTE  DE  LA  RIVE  DROITE. 

les  bastions  projetés  sous  François  Ier,  ou,  si  l’on  y  travailla,  ce  fut  avec  beaucoup 
de  lenteur  ;  je  crois  même  qu’on  laissait  alors  tomber  en  ruines,  au  sud,  la  vieille 
muraille  dePh.  Auguste  et,  au  nord,  celle  de  Charles  V. 

Les  plans  de  Quesnel  et  de  Vassalieu,  datés  1609,  représentent  comme  ter¬ 
miné  à  cette  époque,  sur  toute  la  ligne,  le  front  bastionné  qui  s’étendait  de  la 
Bastille  aux  Tuileries;  mais,  je  l’ai  déjà  fait  remarquer,  c’est  par  anticipation 
qu’on  y  voit  ces  travaux  comme  achevés,  puisqu’ils  ne  l’étaient  pas  encore 
vers  1670,  époque  où  ils  furent  en  partie  effacés  du  sol.  En  réalité,  en  1609,  il 
n’y  avait  d’entiers  que  les  bastions  exécutés  sous  Henri  II,  du  côté  de  la  Bastille. 
Les  nouvelles  portes  de  la  Conférence  et  S.  Honoré  (  la  troisième  de  ce  nom), 
qu’on  y  voit  figurer  sans  désignation,  existaient,  c’est  probable;  mais  ce  n’était  que 
des  entrées  provisoires,  qui  furent  remplacées  par  des  portes  monumentales. 
Quant  aux  bastions  situés  entre  les  portes  S.  Honoré  et  du  Temple,  ils  n’étaiert 
guère  qu’ébauchés  en  1609,  et  ne  consistaient  sans  doute  encore  que  dans  des 
dépôts  de  terre  amassés  le  long  des  tranchées  ordonnées  en  1536. 

1631.  —  Le  9  octobre,  le  Conseil  du  roi  fit  un  traité  avec  Pierre  Pidou  (ou 
Pidoux),  secrétaire  de  la  Chambre  du  roi,  pour  exécuter  la  clôture  des  faubourgs 
Montmartre  et  S.  Honoré,  traité  qui  fut  révoqué  par  un  autre  aCe  du  31  dé¬ 
cembre  1632  1 .  Ce  fut,  je  pense,  pendant  cet  intervalle  de  temps  que  Pidoux  fit 
construire  les  nouvelles  portes  S.  Honoré  et  de  la  Conférence. 

1634.  —  Le  5  juillet  parut  un  arrêt  du  Parlement  (déjà  cité,  p.  167),  qui  con¬ 
firme,  à  quelques  modifications  près,  celui  du  Conseil  du  roi  du  23  nov.  1633. 
Félibien  (t.  V,  p.  91)  le  cite  en  entier.  J’en  extrairai  quelques  phrases  qui  se 
rapportent  à  la  nouvelle  clôture.  «  Le  sieur  Charles  Froger,  secrétaire  ordinaire 
«  de  la  chambre  du  Pmi,...  est  tenu  faire  achever  la  construction  de  la  muraille 
«  pour  la  nouvelle  closture,  à  commencer  depuis  la  nouvelle  porte  que  M.  Pierre 
«  Pidoux  a  faict  construire  au  bout  du  fauxbourg  S.  Honoré,  pour  finir  à  la 
«  porte  S.  Denis,  le  long  des  fossez  jaunes,  suivant  les  alignement  de  l’ancien 
«  dessein;  faire  deux  portes,  l’une  au  bout  du  fauxbourg  de  Montmartre,  et 
«  l’autre,  qui  sera  nommée  de  Richelieu,  au  bout  d’une  rue  neufve  à  commencer 
«  au  bout  de  la  rue  des  Petits-Champs,...  et,  au  lieu  des  anciens  fossez,  relever 
«  les  fossez  jaulnes,  aux  lieux  où  ils  sont  tombez...  Tous  lesdicts  ouvrages  estre 
«  rendus  parfaicts  dans  deux  ans.  » 

Suit  l’énumération  des  nombreux  privilèges  accordés  à  Froger,  en  échange  de 
ses  charges  d’abattre  les  anciens  murs  et  remparts,  de  combler  les  fossés,  etc. 
Tout  l’emplacement  occupé  par  ces  murs,  remparts  et  fossés  lui  appartenait, 


Ce  traité  a  été  imprimé.  Il  se  trouve  inséré  dans  la  Collection  d’Ordonnances  de  la  Bibl.  du  Louvre. 


185 


QUATRIÈME  ENCEINTE  DE  LA  RIVE  DROITE. 

avec  droit  de  bâtir  des  maisons,  des  rues,  des  halles  et  marchés,  des  boutiques, 
deux  couvents,  etc.,  etc. 

Il  y  eut  de  nombreuses  oppositions  de  la  part  des  propriétaires  ou  locataires 
de  places,  maisons  ou  moulins,  qu’on  expropriait  ainsi;  ils  furent  indemnisés 
par  Froger,  au  moyenne  terrains  voisins  des  lieux  de  leurs  anciennes  possessions. 
On  cite  néanmoins  encore  à  l’année  1635,  dans  les  anciens  comptes  de  la  Ville  (voy. 
page  168),  des  places,  moulins,  etc.,  sur  le  rempart  ou  dans  le  fossé;  c’étaient 
des  propriétés  destinées  à  disparaître. 

Il  est  vraisemblable  que  Froger  employa,  pour  revêtir  les  bastions  et  la  courtine, 
.une  partie  des  pierres  provenant  des  murailles  et  des  bastides  de  Charles  V.  Ce 
fut  Barbier,  intendant  des  finances,  qui  fut  chargé  de  presque  tous  les  détails  de 
cette  construction. 

1634.  —  Cette  année  et  les  suivantes,  selon  Sauvai  (t.  I,  p.  44),  «  Froger  et 
«  Louis  le  Barbier  renfermèrent  dans  Paris  la  Ville-Neuve,  avec  le  fauxbourg 
«  S.  Honoré,  et  celui  de  Montmartre  1 ,  qu’ils  garnirent  de  courtines  et  de  bastions, 
«  depuis  la  porte  S.  Denys  jusqu’aux  fossés  et  fortifications...  commencés 
«  en  1566  (du  côté  des  Tuileries),  et  de  plus  suivirent  les  allignemens  des 
«  fossés  jaunes,  creusés  par  Charles  IX,  en  1562  et  63.  » 

Sauvai  ne  s’exprime  pas  ici  avec  précision.  Ces  travaux  s’arrêtèrent  à  la  rue 
actuelle  Poissonnière;  la  butte  de  Villeneuve,  je  le  répète,  ne  devint  jamais  un 
bastion  revêtu  de  maçonnerie,  mais  fut  simplement  taillée-en  forme  d’un  gros 
bastion  à  deux  faces. 

On  lit  dans  la  Gazette  de  Renaudot  (an  1634,  p.  320),  que  le  3  août  le  Cardinal- 
Duc  (de  Richelieu)  arriva  à  Paris,  «  ville  qui  ne  se  trouve  pas  moins  accrue  par 
a  la  nouvelle  enceinte  de  ses  murailles,  etc.  »  Il  paraîtrait  qu’à  cette  date,  le  nou¬ 
veau  rempart  bastionné  de  Louis  XIII  était  déjà  fort  avancé. 

1635.  — •  L’auteur  du  Supplément  aux  Antiquitez  de  Du  Breul  (in-4°,  1639) 
s’exprime  ainsi,  page  72:  «L’an  1635,  l’on  prit  résolution  au  Conseil...  de 
«  fortifier  le  costé  de  la  ville,  depuis  la  porte  S.  Antoine,  iusques  à  celle  de 
«  Montmartre,  sur  plusieurs  desseins  qu’on  en  donna,  qui  estoit,  de  coupper,  et 
«  tailler  partie  des  remparts  plus  éminens,  pour  faire  passer  l’eau  le  long  des 
«  fossez,  et  tirer  ceste  eau  partie  de  la  rivière  vers  l’Arsenal,  partie  des  eaux  qui 
«  descendent  de  Belleville...  à  quoy  on  a  commencé  à  trauailler,  et  coupper  les 
«  hautes  huttes  desdits  remparts  pour  ce  dessein,  qui  n’est  encores  paracheué, 
«  pour  ne  dire  gueres  aduancé.  »  Parles  hautes  buttes ,  il  entend  celle  de  Ville— 

1  Par  faubourgs  S.  Honoré  et  Montmartre,  iî  faut  entendre  les  quartiers  situés  entre  l'ancienne 
clôture  de  Charles  V  et  la  nouvelle  établie  sur  les  fossés  jaunes. 


24 


186 


QUATRIÈME  ENCEINTE  DE  LA  RIVE  DROITE. 

neuve-sur-Gravois ,  et  celles  voisines  des  portes  S.  Martin  et  du  Temple.  On 
devait  les  convertir  en  bastions,  mais  on  renonça  à  ce  projet. 

Je  passe  à  la  description  de  la  quatrième  enceinte  de  la  rive  droite,  et  de  ses 
bastions  échelonnés  sur  la  ligne  d’un  grand  arc,  commençant  à  l’extrémité  des 
Tuileries  et  finissant  à  l’embouchure  du  fossé  de  la  Bastille.  Ces  bastions,  entre 
les  Tuileries  et  la  porte  S.  Denis,  étaient  reliés  par  une  courtine  neuve  ;  mais, 
de  cette  porte  à  la  Seine,  ils  avaient  pour  courtine  le  vieux  rempart,  de  sorte 
que,  de  ce  côté  dq  Paris,  la  clôture  de  Charles  Y  ne  fut  pas  complètement  effa¬ 
cée  ;  la  nouvelle  n’en  dépassait  pas  la  limite  ;  on  y  avait  seulement  ajouté,  à  la 
place  des  murs  et  des  tours  du  XIVe  siècle,  des  ouvrages  avancés,  autour  desquels 
tournait  en  zigzag  un  nouveau  fossé.  Ce  ne  fut  que  sous  Louis  XIV  que  le  rempart 
formé  sous  Louis  XI,  ou  antérieurement,  disparut,  de  la  porte  S.  Martin  à  la  Bas¬ 
tille  ;  et  même  on  peut  admettre  que  la  chaussée  actuelle,  nommée  :  boulevards 
du  Temple  et  Beaumarchais,  représente  encore  une  partie  de  ce  rempart. 

Sur  le  quai  dit  aujourd’hui  :  des  Tuileries,  au  bord  de  la  Seine,  fut  bâtie,  en¬ 
tre  1631  et  1633,  la  porte  de  la  Conférence,  en  place  d’une  porte  provisoire  éta¬ 
blie  peut-être  sous  Charles  ÏX.  Elle  était  située  (voir  la  pl.  X)  à  peu  près  au  ni¬ 
veau  du  grand  bassin  octogone.  A  cette  porte  commençait  la  face  méridionale  d’un 
grand  bastion  que  j’ai  numéroté  1  ;  on  le  nommait  :  bastion  des  Tuileries.  Nous 
avons  vu,  page  182,  qu’il  fut  fondé  en  1566.  Il  n’était  pas  encore  terminé,  je  le 
répète,  non  plus  que  la  courtine  qui  lui  fait  suite  au  nord,  en  1612,  au  rapport 
de  Du  Breul;  il  le  fut  probablement  en  1631 ,  quand  on  éleva  la  nouvelle  porte. 
S’il  paraît  achevé  sur  plusieurs  plans  de  1609  et  1615,  c’est  que  les  topographes 
d’alors  représentaient  comme  finis  les  travaux  en  voie  de  construction l. 

Ses  deux  faces  formaient  un  angle  très-obtus,  et  ses  dimensions  varient  sur 
chacun  des  plans  qui  le  représentent.  Je  l’ai  tracé  d’après  celui  de  Bullet,  un 
peu  modifié.  Sa  face  septentrionale  se  terminait  par  un  angle  arrondi,  nommé 
orillon,  et  son  flanc  était  en  retrait  par  rapport  à  cet  orillon. 

Quand  Le  Nôtre,  vers  1670,  remania  l’ancien  jardin  des  Tuileries,  ce  bastion 
devint  une  terrasse.  Une  de  ses  faces  subsiste,  je  crois,  encore  :  c’est  celle  qui 
était  parallèle  à  la  façade  du  palais;  mais  elle  a  été  revêtue  depuis  d’un  nouveau 
parement.  Quant  à  la  face  qui  aboutissait  à  la  porte  de  la  Conférence,  elle  a  été 
détruite  ,  ou  plutôt  incorporée  à  de  nouveaux  terrassements  en  1763,  époque 
où  l’on  établit  la  place  Louis  XV.  On  le  voyait  encore  en  1760,  puisque  De  Vau- 
gondy  annonce,  dans  ses  Tablettes  parisiennes  (p.  20),  éditées  cette  année,  qu’il 


1  Ce  bastion  n’est  pas  indiqué  sur  le  plan  en  quatre  feuilles  de  Jean  Ziarnko,  1616. 


» 


187 


QUATRIÈME  ENCEINTE  DE  LA  RIYE  DROITE. 

n’existera  pas  longtemps,  «  à  cause  du  grand  projet  de  la  place  de  Louis  XV,  pour 
«  laquelle  on  doit  équarrir  cette  partie  du  jardin.  »  Une  portion  du  fossé  qui  pas¬ 
sait  devant  ce  bastion  subsiste  encore,  mais  doit  bientôt  disparaître.  On  le  traver¬ 
sait  autrefois,  pour  entrer  au  jardin,  sur  un  pont  mobile,  dit  :  le  pont-tournant. 

Les  quatre  bastions  qui  suivent,  ébauchés  peut-être  depuis  longtemps,  ainsi 
que  les  fossés  jaunes,  qui  s’étendaient  jusqu’à  la  porte  Poissonnière,  furent  ter¬ 
minés  et  solidement  revêtus,  en  conséquence  de  l’arrêt  cité  à  l’année  1633. 

C’est  de  cette  partie  du  rempart  qu’il  est  question  dans  la  comédie  du  Menteur 
de  P.  Corneille  (acte  II,  scène  v)  : 

Toute  une  ville  entière,  avec  pompe  bâtie, 

Semble  d’un  vieux  fossé  par  miracle  sortie. 

J’ai  dessiné  ces  bastions  avec  le  plus  grand  soin,  après  une  longue  étude  de 
nombreux  plans  qui  pouvaient  m’éclairer,  et  que  j’ai  corrigés  les  uns  par  les 
autres,  adoptant,  pour  chaque  détail,  le  système  qui  m’a  paru  le  plus  vraisem¬ 
blable  L 

J’ai  fait  de  vaines  recherches,  au  milieu  des  îlots  de  maisons  que  traversaient 
les  bastions  et  les  courtines,  pour  en  retrouver  quelques  vestiges;  il  ne  reste  plus 
rien  de  tous  ces  travaux,  effacés  entièrement  du  sol  vers  1700.  Toutes  les  pierres 
de  revêtement  ont  été  arrachées,  et  le  fossé  jaune  partout  comblé  successive¬ 
ment,  soit  avec  des  gravois,  soit  avec  une  partie  des  matériaux  de  la  butte  voi¬ 
sine,  diteS.  Roch  ou  des  Deux-Moulins. 

La  réunion  des  deux  faces  du  bastion  2  (qu’on  peut  nommer  bastion  S.  Ho¬ 
noré)  formait  un  angle  très-aigu,  dont  la  pointe  s’avançait  vers  le  milieu  de  la 
rue  Royale,  au  niveau  de  la  place  actuelle  de  la  Madeleine.  Un  coup  d’œil  jeté 
sur  la  planche  X,  fig.  3,  en  fera  mieux  connaître  la  forme  et  la  position  que 
toutes  les  descriptions  écrites. 

Sur  une  médiocre  estampe  d’ Aveline,  gravée  vers  1700,  et  représentant  la 
porte  S.  Honoré  de  Louis  XIII,  la  face  du  bastion  2,  à  laquelle  tient  cette  porte, 
a  un  parapet  crénelé.  C’est  peut-être  un  détail  de  fantaisie. 

Le  bastion  3,  que  j’appellerais  volontiers  :  de  Vendôme,  parce  qu’il  était  der¬ 
rière  le  vaste  hôtel  de  ce  nom,  n’a  jamais  servi  de  limites,  comme  on  pourrait  le 
croire,  au  nouveau  couvent  des  Capucines,  bâti  en  1686.  Il  suffit,  pour  s’en 
convaincre,  de  jeter  un  regard  sur  la  figure  3,  où  !  j’ai  tracé  au  pointillé  les  limi¬ 
tes  A  de  ce  couvent,  d’après  un  plan  du  temps.  Sur  un  plan  manuscrit,  que  je 
cite  dans  mes  Etudes  sur  les  plans,  p.  244,  on  nomme  ce  bastion  «le  grand 

1  Les  fig.  2,  4  et  5  de  la  pl.  X  sont  des  reproductions  réduites  de  divers  plans  contemporains, 
qui  m’ont  aidé  à  dresser  mon  tracé  de  la  figure  3. 


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QUATRIÈME  ENCEINTE  DE  LA  RIVE  DROITE. 

«  bastion  basti  par  Barbier.  »  Il  est  entouré  d’un  fossé  étroit,  qui  s’élargit  le 
long  de  la  courtine,  et  porte,  à  cet  endroit,  vingt-cinq  toises.  Je  ne  sais  si  cette 
largeur  était  partout  uniforme. 

La  courtine  qui  reliait  les  bastions  3  et  4  livra  passage,  à  l’endroit  où  passe  la 
rue  de  la  Michodière,  à  la  porte  Gaillon,  commencée  vers  164-5,  et  non  achevée. 
Sur  le  plan  (fig.  2),  la  courtine,  rompue  à  l’endroit  de  cette  porte,  paraît  plus  en 
saillie  vers  le  nord  que  la  première  moitié,  de  sorte  que  le  bastion  4  n’a  pas  de 
flanc  du  côté  de  l’occident.  Je  regarde  cette  disposition  comme  invraisemblable, 
caria  courtine  existait  avant  qu’on  eût  projeté  la  porte.  J’ai  donc  figuré  cette 
courtine  en  ligne  droite,  au  delà  de  la  porte,  tous  les  autres  plans  la  représen¬ 
tant  ainsi.  La  rue  Gaillon  se  prolongeait  autrefois  jusqu’à  cette  porte;  au  delà 
était  un  chemin  qui  faisait  suite  à  cette  rue,  et  qui  s’appelle  aujourd’hui  rue  de 
la  Michodière. 

Le  bastion  4  (bastion  de  Grammont,  si  l’on  veut)  était  un  peu  plus  petit  que 
les  précédents.  Sa  face  occidentale,  y  compris  le  flanc  contigu,  limitait  oblique¬ 
ment  le  jardin  de  l’hôtel  de  Grammont,  et,  une  grande  portion  de  l’autre  face, 
l’hôtel  de  Ménars.  Ces  deux  hôtels  étaient  séparés  par  un  mur  qui  partant,  du 
sommet  de  l’angle  du  bastion,  courait  en  ligne  droite  du  nord  au  sud.  Voyez  le 
petit  plan  que  j’ai  reproduit  (pl.  X,  fig.  4). 

La  face  orientale  du  bastion  4  était  interrompue,  vers  l’extrémité  qui  en  avoi¬ 
sine  le  flanc,  par  le  passage  de  la  porte  Richelieu,  dont  la  profondeur  s’étendait 
de  ce  point  jusqu’au  coin  nord  de  la  rue  de  Ménars.  Sur  le  plan  fig.  2,  la  face  du 
bastion  qui  touche  à  cette  porte  continue  au  delà,  en  suivant  une  autre  ligne.  J’ai 
reproduit  sur  mon  plan  cette  irrégularité,  parce  que,  la  porte  ayant  été  con¬ 
struite  en  même  temps  que  le  bastion,  cette  irrégularité  peut  avoir  existé,  ce 
que  pourtant  je  n’affirmerais  pas. 

A  partir  du  flanc  du  4e  bastion,  la  courtine  continuait  parallèlement  à  la  rue 
Feydeau  jusqu’à  la  porte  Montmartre,  la  troisième  de  ce  nom,  construite  sous 
Louis  XIII.  D’après  le  plan  de  Gomboust,  la  rangée  méridionale  des  maisons  de 
cette  rue  indiquerait  la  limite  du  fossé,  fort  étroit  dans  cette  partie,  et  la  rue  occu¬ 
perait  la  place  de  l’ancien  chemin  de  contrescarpe.  On  l’appelait  en  1675,  rue  des 
Fossés-Montmartre,  nom  changé  depuis,  pour  qu’il  n’y  ait  pas  confusion  avec 
l’autre  rue  ainsi  désignée  et  encore  subsistante,  établie  sur  le  fossé  de  Charles  V. 

La  troisième  porte  Montmartre,  bâtie  à  quelques  mètres  au-dessus  de  la  rue 
des  Jeux-neufs  (Jeûneurs),  touchait,  à  l’orient,  le  flanc  du  bastion  5,  qu’on  peut 
appeler  le  bastion  S.  Fiacre,  puisque,  d’après  le  plan  fig.  5,  il  a  été  établi  sur  le 
fief  de  ce  nom,  dont  une  rue  voisine  a  conservé  le  souvenir.  C’est  d’après  ce  plan 
que  j’ai  tracé  ce  bastion.  «Il  alloit  obliquement,  dit  Robert  de  Vaugondy,  à 


189 


QUATRIÈME  ENCEINTE  DE  LA  RIVE  DROITE. 

«  l’hôtel  d’Uzès  l,  dont  le  jardin  semble  être  formé  par  la  deuxième  face  qui 
«  va  se  rendre  à  la  rue  Poissonnière .»  La  remarque  deVaugondy  peut  être  juste  : 
mais  il  ne  reste  plus  aucun  vestige  du  bastion,  dont  le  flanc  oriental  touchait  non 
pas  à  la  rue  Poissonnière ,  mais  à  celle  du  Sentier. 

La  fontaine,  placée  presque  vis-à-vis  de  la  rue  Feydeau,  indique  à  peu  près 
l’endroit  d’où  partait  la  première  face  du  bastion  5.  La  seconcle  traversait  la  rue 
S.  Fiacre.  Dans  cette  rue,  près  d’une  porte  communiquant,  je  crois,  à  l’hôtel 
d’Uzès,  j’ai  vu  souvent  des  murs  construits  de  petites  pierres  bien  équarries  et 
presque  uniformes,  que  je  regardais  volontiers  comme  celles  qui  revêtaient  le 
bastion,  et  provenaient  peut-être  elles -mêmes  de  l’ancien  mur  de  Charles  Y. 
On  vient  de  bâtir  à  cet  endroit  de  nouvelles  maisons. 

La  courtine  qui  partait  du  flanc  oriental  du  bastion  S.  Fiacre  aboutissait  rue 
Poissonnière,  presque  en  face  et  un  peu  au-dessous  de  la  rue  de  la  Lune,  au  pied 
de  la  butte  de  Yille-neuve-sur-Gravois.  À  cet  endroit  fut  bâtie,  ou  du  moins  com¬ 
mencée  en  1646,  la  porte  dite  Sainte  Anne,  ou  de  la  Poissonnerie.  Là  s’arrêtaient 
le  rempart  baslionné  ainsi  que  les  fossés  jaunes.  De  là,  jusqu’à  la  rue  S.  Claude, 
les  bastions  n’étaient  plus  maçonnés  ni  de  niveau  avec  le  sol  général;  c’étaient 
de  simples  buttes  auxquelles  on  avait  donné,  vers  1635  (voy.  p.  185),  la  forme 
de  bastions  à  deux  faces. 

La  butte  dite  autrefois  :  Villeneuve-sur-Gravois,  puis  Bonne-Nouvelle,  depuis 
que  Louis  XIII  y  fit  élever  la  chapelle  de  ce  nom,  a,  sur  le  plan  de  Gomboust, 
à  peu  près  l’aspect  d’un  bastion  angulaire  grossièrement  taillé  ;  mais  le  fossé  jaune 
n’entoure  pas  ses  deux  faces,  et  s’arrête  à  la  porte  Poissonnière.  Il  n’y  avait,  au 
pied  de  ce  bastion,  qu’une  rue  basse,  qu’on  ne  peut  nommer  un  fossé.  L’une 
de  ses  faces  aboutissait  à  la  bastide  S.  Denis. 

J’ai  déjà  (p.  147)  parlé  de  cette  butte.  Je  pense  qu’elle  doit  son  origine  à  une 

partie  des  déblais  des  fossés  creusés  en  1356.  De  La  Marre  (t.  ï,  p.  84)  la  croit 
■* 

formée  depuis  1593  seulement,  des  ruines  de  maisons  établies  là  depuis  1551. 
C’est  une  incroyable  naïveté,  car  elle  est  indiquée  sur  les  plus  anciens  plans,  où 
elle  est  surmontée  de  moulins.  Selon  Sauvai,  la  place  où  elle  s’élève  appartint 
aux  Filles-Dieu  jusqu’à  1226,  époque  où  elle  commença  à  se  former,  et  plus  tard, 
elle  se  garnit  de  maisons  et  constitua  une  sorte  de  bourg  dès  1552.  Cependant 
sur  le  plan  de  Du  Cerceau,  dessiné  vers  1560,  son  sommet  ne  porte  que  trois 
moulins;  mais  au  bas,  du  côté  du  sud  et  de  l’est,  sont  quelques  groupes  de 
maisons.  A  la  fin  du  XVIe  siècle  elle  était  couverte  en  partie  d’habitations  qui 

1  La  magnifique  porte  de  cet  hôtel  a  été  abattue  avant  1848.  Il  nous  en  reste  une  vue  gravée  sous 
Louis  XV  par  Sellier ,  d’après  le  dessin  de  Le  Doux,  architecte. 


190 


QUATRIÈME  ENCEINTE  DE  LA  RIVE  DROITE. 

furent  détruites  soit  en  1590  par  le  canon  du  roi  de  Navarre,  soit  parles  ordres 
de  la  Ligue,  en  1593.  Sur  les  plans  de  Quesnel  et  de  Mérian,  on  ne  voit  qu’un 
amas  de  ruines.  En  1625,  suivant  un  mauvais  dessin  des  Archives  (IIIe  classe, 
n°  53),  elle  portait  deux  moulins.  Enfin,  vers  1630,  elle  se  couvrit  de  nouvelles 
maisons,  formant  plusieurs  rues  encore  subsistantes,  et,  vers  la  même  époque, 
on  releva  de  ses  ruines,  sous  le  nom  de  Bonne-Nouvelle,  une  ancienne  chapelle 
de  S.  Louis  et  Sainte  Barbe,  construite  en  1551,  et  qu’aucun  plan  n’indique. 

Le  bastion  6,  ou  plutôt  la  Butte- Bonne-Nouvelle,  a  donné  sa  forme  au  boule¬ 
vard  actuel  du  même  nom  (voir  la  pi.  IX).  Sa  partie  septentrionale  a  été  coupée 
et  abaissée  sous  Louis  XIV,  pour  livrer  passage  au  Cours  planté  d’arbres  ;  mais 
le  terrain,  à  cet  endroit,  a  toujours  conservé  une  pente  rapide,  quoiqu’on  l’ait 
diminuée  à  plusieurs  reprises,  notamment  en  1845.  La  rangée  de  maisons,  du 
côté  du  théâtre  du  Gymnase,  marque  à  peu  près  la  limite  où  finissait  l’escarpe¬ 
ment  de  la  butte  façonnée  en  bastion,  au  bas  de  laquelle  était,  je  le  répète,  une 
rue  basse  et  non  un  fossé. 

Les  bastions  qui  vont  suivre,  jusqu’à  la  Seine,  ont  été  placés  si  près  de  l’ancien 
rempart  qui  flanquait  l’enceinte  de  Charles  V,  qu’ils  n’en  sont,  pour  ainsi  dire, 
que  les  appendices.  Ce  rempart  paraît  être  la  courtine  qui  les  relie,  et  ils  y  sont 
comme  soudés,  de  telle  sorte  qu’on  a  peine  à  reconnaître  le  point  de  jonction.  On 
n’établit  donc  pas,  à  proprement  parler,  de  ce  côté  de  Paris,  une  nouvelle 
enceinte;  on  ajouta  simplement  des  bastions  à  celle  de  Charles  V,  dont  on  combla 
les  fossés  pour  en  refaire  d’autres  plus  loin,  qui  tournèrent  en  zigzag  autour  de 
ces  bastides  d’un  nouveau  système.  Il  y  eut  accroissement  non  de  la  ville,  mais 
de  sa  clôture,  et,  comme  ces  modifications  se  rattachaient  au  même  projet  qui 
présida  à  l’extension  de  la  capitale  du  côté  du  nord-ouest ,  j’ai  dû  nommer  tout 
cet  ensemble  :  quatrième  enceinte  de  la  rive  droite. 

On  ne  projeta  jamais  de  bastion  dans  l’espace  peu  étendu  qui  sépare  la  porte 
S.  Denis  de  celle  S.  Martin.  L’ancien  rempart  et  son  fossé  étaient,  sous  Louis  XIII, 
la  seule  fortification  intermédiaire  entre  les  bastions  établis  sous  son  règne  et  ceux 
ébauchés  ou  achevés  depuis  4536,  entre  la  porte  S.  Martin  et  la  Bastille.  Le  plan 
de  Gomboust  représente  en  16521e  rempart  comme  abattu  et  le  fossé  comme 
comblé  entre  les  deux  portes  (voy.  p.  147).  C’est  probablement  vers  1635  que 
cette  portion  de  l’enceinte  de  Charles  V  aura  disparu. 

Le  susdit  plan  va  nous  être  d’une  grande  utilité  pour  décrire  les  bastions  7,  8 
et  9.  C’est  même  le  seul  qui  puisse  être  consulté,  car  ceux  qui  l’ont  précédé  (ceux 
de  Jean  Boisseau  exceptés)  sont  fort  peu  exacts,  et  ceux  qui  l’ont  suivi  n’ont  de 
précision  que  celle  qu’ils  lui  ont  empruntée.  En  1672  et' 1676  parurent  les  plans 
de  Jouvin  de  Rochcfort  et  de  Bullet,  plans  estimables,  mais  qui  n’offrent  plus  que 


QUATRIÈME  ENCEINTE  UE  LA  RIVE  DROITE.  m 

quelques  traces  de  ces  trois  bastions.  Parlons  d’abord  de  celui  marqué  7  (voy.  la 
planche  IX). 

A  l’est  de  la  porte  S.  Martin,  existait  en  1609,  je  ne  sais  au  juste  depuis  quelle 
époque,  une  butte  élevée,  formée  de  gravois,  et  peut-être,  en  partie,  de  déblais 
des  anciens  ou  des  nouveaux  fossés.  On  lit  dans  le  Mémoire  de  Bouquet  (p.  250) 
un  compte  d’où  il  résulte  qu’en  mars  1532,  Pierre  Chapperel  et  Christophle  Le- 
fevre  possédaient  chacun  un  moulin  sur  le  rempart  de  la  porte  S.  Martin.  Ce  mot 
rempart,  souvent  synonyme  de  bastide  de  terre,  désigne,  je  suppose,  la  butte  en 
question,  mais  je  n’oserais  l’affirmer,  car,  à  tort  ou  à  raison,  elle  ne  figure  sur  au¬ 
cun  plan  du  XVIe  siècle.  On  la  voit  indiquée  pour  la  première  fois  sous  forme 
d’un  bastion,  sur  le  plan  de  Quesnel,  1609,  et  sur  tous  les  plans  postérieurs.  Sa 
formation  doit-elle  être  attribuée  au  temps  de  Henri  III  ou  Henri  IV ? 

C’est  à  tort,  c’est  par  manie  d’anticiper  sur  l’avenir,  qu’on  lui  a  donné  l’appa¬ 
rence  d’un  bastion  revêtu.  Sur  le  plan  de  Gomboust,  le  seul  qui  nous  inspire 
de  la  confiance,  il  n’existe  qu’une  éminence  de  terre,  forme  angulaire,  autour 
de  laquelle  tourne  le  fossé, qui  reprend  à  la  porte  S.  Martin  ;  elle  est  surmontée 
de  trois  moulins.  On  voit  ce  monticule  sur  un  dessin  de  Fr.  Stella,  dont  je  par¬ 
lerai  au  sujet  de  la  porte  S.  Martin.  Il  figure  aussi  sur  une  Vue  de  la  porte  S.  De¬ 
nis  gravée  par  Israël  Silvestre.  Sur  le  dessin  de  Stella,  la  butte  porte  quatre  mou¬ 
lins,  et,  sur  l’eau-forte  de  Silvestre,  deux  seulement. 

Dans  un  compte  du  temps  de  Louis  XIII,  cité  par  Bouquet  (p.  231),  il  est 
question  d’une  place  «  baillée  à  un  nommé  Croieset,  seize  sur  le  haut  du  Boulle- 
«  vert  de  la  porte  S.  Martin,  joignant  une  cazematte  (galerie  couverte),  proche 
«  de  laditte  porte,  pour  y  bastir  un  moulin.  »  Le  mot  boullevert  désigne  le  bastion 
qui  nous  occupe.  Dans  les  deux  comptes  qui  suivent  celui-ci,  il  est  encore  question 
du  même  boullevert. 

Vers  1676  on  abattit  une  portion  du  bastion  7,  sur  le  passage  du  grand  Cours. 
En  1714,  le  plan  de  La  Caille  l’atteste,  il  en  restait  encore  une  forte  partie  à 
côté  de  la  rue  Meslay  commencée.  Le  Cours  ou  boulevart  eut  toujours,  à  cet 
endroit,  une  pente  très-rapide,  que  j’ai  vu  abaisser  deux  fois,  la  dernière  en  1851. 
J’ai  déjà  expliqué,  page  148,  l’origine  de  l’escarpement  que  conserve  la  rue  Meslay. 
Le  rempart  qui  flanquait  le  mur  de  Charles  V,  son  fossé  comblé  et  la  butte  du 
bastion,  ne  formaient,  sous  Louis  XIV,  qu’une  seule  masse. 

Quant  à  la  forme  et  à  l’étendue  du  bastion  7,  il  est  facile  de  s’en  rendre  compte. 
La  rue  de  Bondy  l,  qui  tourne  derrière  le  boulevard  S.  Martin  (pi.  IX,  fig.  2), 

1  Cette  rue  s’appelait  autrefois  :  de  la  Voirie,  à  cause  sans  doute  de  cette  butte  formée,  ou  du 
moins  grossie  par  des  dépôts  d’immondices. 


192 


QUATRIÈME  ENCEINTE  DE  LA  RIVE  DROITE. 

garde  le  souvenir  de  ses  limites.  La  courbe  de  cette  rue  indique  l’emplacement 
du  chemin  de  contrescarpe  établi  au  delà  du  fossé  autour  de  la  butte. 

Sur  le  plan  de  Jean  Boisseau  et  sur  ses  copies,  on  voit,  près  du  flanc  oriental 
de  ce  bastion ,  une  grande  arcade  qui  ressemble  presque  à  une  poterne  percée 
dans  la  courtine.  C’était  une  simple  voûte  sous  laquelle  débouchait  l’égout  du 
Pont-aux-Biches  qui,  au  moyen  d’un  pont  ou  aqueduc  jeté  sur  le  fossé  (voir  la 
note,  p.  148),  communiquait  avec  le  Grand  égout.  Sur  le  plan  deGomboust, 
l’égout  du  Pont-aux-Biches  traverse  aussi  le  fossé  sur  une  sorte  de  chaussée. 

Le  bastion  8,  plus  gros  que  le  précédent,  était  une  butte  de  formation  ancienne, 
à  laquelle,  sous  Louis  XIII  ou  antérieurement,  on  donna  la  forme  d’un  bastion  à 
deux  faces.  Un  de  ses  flancs  touchait,  à  l’est,  la  porte  du  Temple;  l’autre,  le  rem¬ 
part,  à  peu  près  vers  le  point  où  la  rue  Chariot  croise  celle  de  Vendôme.  Ses 
limites  et  sa  forme,  y  compris  la  largeur  du  fossé  qui  l’entourait,  sont  représentées 
par  la  rue  arquée  nommée  des  Fossés-du-Temple,  qui  passe  derrière  les  petits 
théâtres  du  boulevard,  et  qu’on  peut  considérer  comme  remplaçant  l’ancien 
chemin  de  contrescarpe  du  fossé. 

Je  ne  sais  au  juste  à  quelle  époque  remonte  l’existence  de  cette  butte  ou  voirie. 
Peut-être  servit-elle  de  bastide  dès  le  temps  de  Charles  V.  On  parle,  dans  les 
anciennes  chroniques,  de  la  bastide  du  Temple;  j’ignore  si  c’est  la  butte  ou  la 
porte  qu’on  désigne  ainsi.  Nous  avons  vu,  page  159,  qu’en  1429  on  fortifia  les 
portes  de  Boullevars.  C’est  peut-être  à  cette  date  qu’il  faut  reporter  son  origine. 
Sur  le  plan  de  Braun,  représentant  Paris  vers  1530,  on  ne  voit  aucune  butte  à 
cet  endroit;  c’est  une  omission,  ou  elle  aura  ôté  abaissée  puis  relevée  plus  tard, 
peut-être  en  1544,  puisque  Commet  nous  apprend  que  cette  année  François  Ier  fit 
faire  un  rampart  à  la  porte  du  Temple.  Ce  mot  rampart  désigne-t-il  la  butte  en 
question?  c’est  ce  qu’il  est  difficile  de  décider. 

Sur  le  plan  de  Du  Cerceau,  gravé  vers  1560,  on  voit,  près  et  en  dehors  de  la 
porte  du  Temple,  un  gros  bâtiment  en  maçonnerie,  en  forme  de  carré  long,  et 
creux  à  l’intérieur;  on  le  nomme  :  le  bastillon.  Je  croirais  que  cette  forme  est  une 
fantaisie  du  dessinateur,  et  qu’il  n’y  avait  là  qu’une  butte  de  terre.  Ce  bâtiment 
carré  a  été  reproduit  sur  le  plan  de  Belleforest  (1575)  ;  mais  un  plan  gravé  sur 
bois  vers  1580,  offre  déjà,  à  sa  place,  un  bastion  à  deux  faces  et  revêtu.  C’est 
ainsi  qu’il  figure  sur  les  plans  de  Quesnel,  Vassalieu  et  Mérian ,  quoique  ce  re¬ 
vêtement  n’ait  jamais  été  exécuté,  comme  l’atteste  le  plan  de  Gomboust. 

Il  est  question,  dans  les  anciens  comptes,  des  moulins  qui  couronnaient  le 
sommet  du  boullevert  de  la  porte  du  Temple  1 .  On  lit,  dans  le  Mémoire  de  Bou- 


Les  plans  de  Quesnel  et  de  Mérian  indiquent  trois  moulins;  celui  de  Gomboust,  quatre;  celui  de 


193 


QUATRIÈME  ENCEINTE  DE  LA  RIVE  DROITE. 

quet  (pages  214-,  232  et  suiv.),  les  noms  des  propriétaires  de  ces  moulins.  L’un 
d’eux  appartenait,  en  1603,  à  Robert  Marquelet,  ou  Marguelet;  les  autres  étaient 
possédés,  vers  1634,  par  les  nommés  Denyse  Leger,  Nicolas  Limousin,  Henri 
Fremin,  boulanger,  et  Pierre  Huart. 

Un  de  ces  moulins  s’appelait,  je  crois,  moulin  d’ Ardoise;  car  nous  lisons  ( ïbid ., 
p.  133),  dans  un  compte  de  1635  :  «Place  seize  sur  le  boullevert  du  Temple, 
«  proche  le  moulin  d’ Ardoise.  »  Il  est  question,  dès  1603  (ibid.,  p.  249),  des  her¬ 
bages  des  fossés  «  depuis  la  porte  S.  Antoine  jusqu’au  Moulin  d’Ardoise,  dont 
«  jouit  à  présent  Pierre  Guillain.  » 

Il  existait  aussi  dans  les  environs  une  ancienne  maison  ou  hôtel  du  même 
nom.  Dans  un  compte  déjà  cité,  p.  161,  on  parle,  en  1518,  de  YLTostel  d' Ar¬ 
doise.  Sauvai  (t.  III,  p.  629)  signale  un  moulin  à  vent  «  construit  sur  le  Boule - 
«  vert  (S.  Antoine),  commencé  à  faire  de  neuf  (vers  1573)  contre  la  porte  S.  An- 
«  toine,  et  Y  Ho  s  tel  d’Ardoise.  L’historien  Mathieu  dit,  à  l’année  1594,  à  propos 
de  l’entrée  d’Henri  IV  à  Paris  :  «L’Anglois  s’estoit  chargé  du  plus  difficile,  qui 
«  estoit  de  tenir  libre  le  rempart,  depuis  le  moulin  à  vent  qui  est  deuant  vne 
«  maison  appellée  Lardoise  entre  le  fort  de  la  Bastille  et  le  fort  du  Temple, 
«  iusques  à  la  porte  de  sainct  Denys.  » 

Sauvai  (t.  I,  p.  33)  parle  du  bastion  de  Lardoise ,  où,  de  son  temps,  on  avait 
transféré  le  Jardin  des  Arbalétriers.  Or,  ce  jardin,  dit  aussi  :  des  Arquebusiers,  est 
indiqué  par  Gomboust  sur  le  bastion  marqué  10  sur  ma  planche  IX,  bastion  qui 
ne  porte  aucun  moulin.  Il  semblerait  pourtant  que  le  nom  de  l’Ardoise,  donné 
au  bastion,  devrait  venir  du  moulin  ou  de  l’hôtel  voisin.  Les  comptes  cités 
par  Bouquet  paraissent  bien  clairs,  et  Sauvai  peut  se  tromper.  Admettra-t-on 
que  le  moulin  d’Ardoise  était  éloigné  de  l’Hôtel  dit  Lardoise  ou  de  l’Ardoise,  ou 
même  n’avait  aucun  rapport  avec  le  nom  de  cet  hôtel  ? 

Le  bastion  9  est  une  petite  butte  autour  de  laquelle  tournait  le  fossé.  Elle  était 
placée  vers  le  point  où  la  rue  des  Filles-du-Calvaire  aboutit  au  boulevard,  et  se 
trouvait  derrière  le  couvent  de  ce  nom,  établi  près  du  rempart  vers  1637.  Celte 
butte  était  sans  doute  un  dépôt  d’immondices  si  peu  important,  que  les  plans  de 
Quesnel  et  autres  ne  l’indiquent  pas.  Cependant  Gomboust  et  Boisseau  ne  l’ont 
pas  oubliée.  Sa  forme  indique  qu’on  l’avait  façonnée  pour  en  faire  une  sorte  de 
demi-bastion,  qui  ne  fut  jamais  achevé.  Évidemment  on  a  eu  à  une  certaine  épo¬ 
que  l’intention  de  l’incorporer  à  l’enceinte  bastionnée,  c’est  pourquoi  je  l’ai  nu¬ 
mérotée.  Sur  les  plans  de  Boisseau,  elle  a  la  forme  d’un  petit  bastion  complet, 

Boisseau,  deux.  Sur  une  eau-forte  de  Silvestre,  représentant  la  chapelle  de  l’hôpital  S.  Louis,  on 
aperçoit  au  loin  eette  butte,  couronnée  de  deux  moulins  seulement  ;  mais  les  arbres  du  premier 
plan  en  cachent  probablement  d’autres. 


25 


194 


'  QUATRIÈME  ENCEINTE  DE  LA  RIVE  DROITE. 

isolé  au  milieu  de  l’eau  du  fossé.  Aucune  rue  n’indique  aujourd’hui  par  sa  cour¬ 
bure  la  saillie  de  ce  bastion  tronqué,  qui  disparut  vers  1680  sur  le  passage  du 
Nouveau  cours. 

Entre  le  bastion  des  Filles-du-Calvaire  et  le  suivant  on  voit,  sur  les  plans 
du  XVIIe  siècle,  notamment  sur  celui  de  Gomboust,  un  pont  de  bois  ou  chaussée 
qui  traverse  le  fossé.  En  tête  du  pont,  du  côté  de  la  ville,  était  une  petite  porte 
qu’on  nommait  la  Poterne  du  Marais  ou  du  Pont-aux-Choux;  Louis  XIV  la  fit  re¬ 
construire  au  delà  du  fossé  et  l’appela  :  S.  Louis.  J’en  ai  déjà  parlé  page  149. 

Le  bastion  10  avait  une  forme  très-obtuse,  avec  deux  flancs  arrondis,  ou,  si 
l’on  préfère,  munis  d’orillons.  Il  fut  élevé  sans  doute  postérieurement  à  Charles  IX, 
puisqu’il  ne  figure  pas  encore  sur  le  plan  de  Belleforest,  même  à  l’état  de  butte. 
Le  plan  gravé  sur  bois  vers  1580  indique  un  petit  bastion  maçonné,  entre  celui 
du  Temple  et  celui  voisin  de  la  Bastille;  c’est  le  bastion  10,  ou  peut-être  le  pré¬ 
cédent,  car  il  paraît  faire  face  à  la  vieille  rue  du  Temple;  mais  ce  plan  est  si  gros¬ 
sier  qu’on  doit  hésiter  à  invoquer  son  témoignage. 

Le  bastion  10  est  marqué  sur  le  plan  de  Quesnel;  sur  celui  de  Mérian  il  porte 
un  moulin.  Ce  moulin  serait-il  celui  de  l’Ardoise  ?  Je  ne  puis  le  penser,  d’après 
les  extraits  de  comptes  cités  p.  193.  Sur  ces  deux  plans,  le  bastion  est  complète¬ 
ment  revêtu,  ainsi  que  sur  celui  de  Gomboust.  Son  niveau  ne  paraissant  pas  très- 
élevé,  cette  circonstance  donne  à  croire  qu’il  ne  fut  pas  taillé,  comme  les  précé¬ 
dents,  dans  une  ancienne  butte,  mais  plutôt  formé  de  terres  rapportées,  et  tirées 
peut-être  d’un  énorme  monticule  voisin  de  la  Bastille,  qui  servit  également  à 
construire  le  bastion  suivant. 

C’est,  sans  aucun  doute,  ce  bastion  que  Sauvai,  à  tort  ou  à  raison,  nomme 
bastion  de  Lardoise ,  puisqu’il  dit  que,  de  son  temps,  on  y  avait  transféré  le  jardin 
des  Arquebusiers  (situé  depuis  1558  près  de  la  porte  S.  Martin).  C’est  sur  ce 
bastion  que  Gomboust  place  en  effet  le  Iardin  des  Harquebusiers  ;  Boisseau,  de 
son  côté,  le  nomme  :  des  Arbalestriers .  Il  est  probable  qu’il  portait  cette  double 
désignation  et  appartenait  aux  deux  compagnies  réunies  1 .  Sur  le  plan  de  Gom¬ 
boust,  on  distingue  un  monticule  de  terre  qui  servait  de  but  aux  tireurs. 

Sur  le  plan  de  Bullet  (1676),  la  ligne  du  nouveau  Cours  échancre  de  biais  ce 
bastion  de  manière  à  absorber  une  portion  de  sa  face  nord-ouest,  et  son  flanc 
tout  entier.  Le  plan  de  Jaillot  (1772),  digne  de  toute  notre  confiance,  le  repré¬ 
sente  encore  avec  cette  forme  très-évasée  et  cette  apparence  de  mutilation.  A 
l’époque  où  le  Cours  entama  ainsi  sa  surface,  le  Jardin  des  Arquebusiers  et 
Arbalétriers  fut  transféré  derrière  le  bastion  suivant,  au  delà  du  fossé. 

1  Lu  ancien  chemin  aboutissantà  ce  bastion  se  nomme  aujourd’hui  rue  S.  Sébastien;  ce  saint 
était  le  patron  des  arbalétriers. 


QUATRIEME  ENCEINTE  DE  LA  RIVE  DROITE. 


195 


Aucune  rue  ne  rappelle  aujourd’hui  par  sa  forme  le  bastion  10,  qui  ne  figure 
plus  sur  les  plans  de  1789;  il  restait  encore,  vers  1840,  des  traces  d’une  partie  de 
son  mur  de  revêtement.  C’est  sans  doute  à  lui  que  se  rapportent  ces  deux  extraits 
de  comptes  (vers  1634)  :  «  Remy  Coullins  Maistre  Ouvrier  en  maçonnerie  du  Roy. . . 

«  à  cause  d’une  place...  sur  le  Boulievert  (T entre  les  portes  S.  Antoine  et  du 
Temple »  (Rouquet,  p.  232). — Pierre  Huart..,  «à  cause  du  Moulin  sciz  sur  le 
«  rempart  d’entre  les  portes  S.  Antoine  et  du  Temple»  (id.  p.  234).  Ce  moulin 
est,  je  pense,  celui  marqué  sur  le  plan  de  Mathieu  Mérian. 

Sur  une  grande  vue  de  Paris  en  quatre  feuilles,  signée  N.  Cochin  fecit,  estampe 
dont  les  costumes  indiquent  la  date  d’environ  1650  ,  ce  bastion  ressemble  à  une 
butte  informe,  quoiqu’il  soit  revêtu,  sur  le  plan  de  Gomboust.  On  y  voit  quelques 
arbres  nommés  :  le  lardin  des  Arquebusiers.  Au  reste,  cette  estampe  paraît  fort 
peu  exacte. 

Notons  ici,  d’après  le  témoignage  des  meilleurs  plans  du  XVIIIe  siècle,  que  la 
courtine  reliant  le  bastion  10  à  celui  qui  va  suivre  formait  une  ligne  brisée,  un 
angle  très-obtus,  dont  le  sommet  regardait  la  ville. 

Le  bastion  1 1  était  un  des  plus  gros  de  l’enceinte.  Il  se  nommait  spécialement 
le  gros  bastion  ou  le  grand  Boulevart  1  delà  porte  S.  Antoine.  Sa  construction  fut 
décidée  dès  1 536,  commencée  vers  1 553,  en  même  temps  que  le  nouveau  fossé  de 
la  Bastille,  et  terminée  en  1559.  Avant  cette  époque,  et  de  temps  immémorial,  il 
existait  à  sa  place  une  butte  très-élevée,  figurée  sur  les  vieux  plans2.  Cette  butte 
avait  été  formée  de  gravois  et  d’immondices,  peut-être  aussi  des  déblais  des  fossés 
de  la  ville  et  des  fossés  particuliers  de  la  Bastille. 

En  1553,  je  suppose,  on  abaissa  et  façonna  ce  monticule  énorme  pour  en  faire 
un  bastion  à  deux  faces.  Quelques  années  plus  tard  il  fut  terminé  et  revêtu.  C’est 
donc  un  des  plus  anciens  bastions  de  cette  quatrième  enceinte.  Sa  forme  est  très- 
connue,  car  on  le  voit  sur  tous  les  plans  antérieurs  à  celui  de  Verniquet.  Il  s’ouvrait 
sous  un  angle  dont  l’écartement  varie  un  peu,  selon  chaque  géographe.  Le  grand 
plan  de  Jaillot  nous  a  servi  de  guide.  Le  flanc  qui  regardait  la  Bastille  était  uni  ; 
celui  opposé  était  muni  d’un  orillon.  D’après  une  estampe  de  Perelle,  le  parapet 
avait  la  forme  d’un  talus,  composé  de  pierres  en  retrait  les  unes  sur  les  autres  ; 

*  La  Tynna,  trompé  par  le  nom  de  Boulleverts,  donné  autrefois  aux  bastions  voisins  des  portes 
S.  Martin,  du  Temple  et  S.  Antoine,  a  cru  que  cette  expression  s’appliquait  au  cours  planté  d’ar¬ 
bres  vers  1672.  La  Tynna  pourtant  consultait  les  vieux  plans  de  Paris  ;  comment  a-t-il  pu  faire  une 
pareille  méprise? 

*  On  lit  dans  Sauvai  (t.  I,  p.  45)  qu’en  1465,  «Girault,  canonier  des  Bourguignons  et  des  Bre- 
«  tons,  s’étant  vanté  de  placer  son  artillerie  sur  les  voiries  qu’il  y  avoit  devant  la  porte  S.  Denys,  et 
«  celle  de  S.  Antoine,  les  Bourgeois  aussitôt  y  envoyèrent  chacun  un  homme  pour  les  raser,  mais 
«  ce  travail  fut  bien-tôt  abandonné.  » 


196 


QUATRIÈME  ENCEINTE  DE  LA  RIVE  DROITE. 

c’est  ce  qu’on  nomme,  je  crois,  un  glacis.  A  la  pointe  était  une  échauguette  ou 
guérite  de  pierre  en  encorbellement. 

Le  bastion  S.  Antoine  fut  détruit  avant  1789,  puisqu’il  ne  figure  plus  sur  le 
plan  de  Yerniquet.  La  rue  S.  Pierre,  et  celle  S.  Sabin  qui  fait  un  coude,  indiquent 
à  peu  près  sa  forme.  Ces  deux  rues  représentent,  je  crois,  l’ancien  chemin  de 
contrescarpe.  J’ai,  ci-dessus,  supposé  qu’une  portion  de  la  butte  qu’il  remplaça 
a  pu  servir  à  former  le  terre-plein  du  bastion  10. 

Sur  le  plan  de  Du  Cerceau,  gravé  vers  1560,  d’après  un  dessin  un  peu  anté¬ 
rieur,  on  ne  voit  là  que  deux  gros  bastillons  carrés,  dont  l’un  est  censé  peut-être 
représenter  le  bastion  précédent.  Au  temps  où  ce  plan  fut  dessiné,  les  deux  bastions 
angulaires  n’existaient-ils  encore  qu’en  projet?  Ce  plan  le  ferait  supposer.  Sur 
celui  de  Belleforest,  qui  est  une  copie  de  Du  Cerceau,  on  voit  figurer  le  gros 
bastion  angulaire  avec  ses  deux  lianes  munis  d’orillons.  On  remarque  que  le' 
talus  de  contrescarpe  du  fossé  qui  l’entoure  est  en  partie  revêtu. 

Le  plan  de  Quesnel  est  le  seul  qui  représente  ce  bastion  comme  surmonté  de 
trois  moulins,  en  1609.  Nulle  part  je  n’ai  trouvé  de  traces  de  ces  moulins.  Un 
compte  de  1635  (Bouquet,  p.  242)  nous  apprend  que  Guillaume  Michelet, 
mercier,  tenait  à  bail  de  la  ville  «  deux  logis  dans  le  Boullevert  S.  Antoine,  moyen¬ 
nant  80  liv.  tournois  par  an.  » 

Sur  son  plan,  Bullet  a  figuré  le  gros  bastion  11,  ainsi  que  le  précédent,  comme 
planté  d’allées  d’arbres  qui  suivent  la  ligne  de  ses  faces  et  de  ses  flancs;  je  ne 
sais  si  ce  détail  est  exact.  Selon  La  Tynna,  le  boulevard  S.  Antoine  fut  le  premier 
planté  d’arbres  dès  1668.  Mais  nous  verrons  au  chapitre  suivant  que  cette  date 
est  probablement  une  erreur. 

Le  bastion  12,  beaucoup  plus  petit  que  les  précédents  et  à  deux  orillons,  n’était 
pas  attenant  à  une  courtine,  mais  placé  devant  la  Bastille,  du  côté  du  faubourg 
S.  Antoine.  11  existait  déjà  vers  1559,  et  disparut  avec  la  Bastille,  dont  il  était  un 
accessoire.  Il  renfermait  des  galeries  souterraines  servant  de  casemates.  Inutile 
de  le  décrire  :  il  figure  sur  les  nombreux  plans  détaillés  de  cette  forteresse  célèbre. 

Le  bastion  suivant,  13,  fut  construit  aussi  sous  Henri  IL  C’est  de  tous  le  plus 
petit.  11  servait  plutôt  de  casemate  que  de  bastion.  Cependant,  comme  il  avait 
la  forme  des  précédents,  et  qu’il  tenait  au  fossé  de  la  ville  \  je  n’ai  pu  l’oublier. 
Il  était  voûté  d’énormes  pierres  formant  une  plate-forme  bombée,  et  contenait 
des  poudres.  Il  devint,  à  une  certaine  époque,  une  dépendance  du  Petit- Arsenal. 

Je  me  souviens  d’avoir,  dans  mon  enfance,  visité  le  fossé,  revêtu  de  pierres 
grises  à  demi  déchaussées  et  toutes  hérissées  de  ronces  qui  sortaient  des  jointures. 

’  J'ai  expliqué,  page  181,  à  quelle  époque  l’ancien  fossé  de  la  Bastille  fut  recreusé,  élargi  et  taillé 

à  fond  de  cuve. 


197 


QUATRIÈME  ENCEINTE  DE  LA  RIVE  DROITE. 

Vers  1815,  le  petit  bastion  du  milieu  existait  encore,  mais  en  ruines.  On  y  voyait 
à  l’intérieur  des  caves  voûtées,  qui  servaient  jadis  de  poudrières,  et  dont  l’aspect 
me  causait  une  vive  impression.  Le  petit  bastion  13  disparut  quand  on  répara  le 
fossé  de  la  Bastille  pour  y  faire  déboucher  le  canal  de  l’Ourcq. 

Le  bastion  14-  flanquait  l’embouchure  du  fossé.  Sa  forme  était  très-aiguë,  ou 
plutôt  c’était  une  sorte  de  demi-bastion,  muni  d’un  seul  orillon  sur  le  flanc  nord. 
Il  se  voit  sur  un  grand  nombre  de  plans.  J’ai  indiqué  approximativement  sur  ma 
planche  IX  la  position  de  la  tour  de  Billy,  par  rapport  à  ce  bastion,  qui  fut  bâti  pro¬ 
bablement,  vers  1553,  tel  que  le  représente  Verniquet.  De  La  Marre  assure  (t.  I, 
p.  81),  ainsi  que  Sauvai,  que  ce  fut  Henri  IY  qui  le  fit  faire  en  1600  :  c’est  une 
-  erreur,  car  il  figure  déjà  sur  le  plan  de  Belleforest,  dessiné  vers  1572.  Henri  IY  a 
pu  le  réparer,  quand  il  établit  de  ce  côté  un  Mail,  mais  ne  l’a  pas  fait  construire. 

Bésumons  nos  remarques  sur  cette  clôture  bastionnée.  Sous  Louis  XIV  elle 
était  toute  tracée,  sinon  terminée,  et,  des  quatorze  bastions,  il  n’en  restait  plus  à 
revêtir  que  quatre,  grands  ou  petits,  pour  que  l’enceinte  fût  complète.  Le  plan  de 
Gomboust  est  celui  qui  fait  comprendre  le  mieux  tout  cet  ensemble. 

Observons  que  ce  rempart  n’était  pas  la  ligne  d’octroi  de  Paris,  ligne  reculée 
sur  certains  points  beaucoup  au  delà  des  fossés,  comme  le  prouve  l’examen  du 
petit  plan  de  Jean  Boisseau,  qui  indique  les  Colonnelles  ou  barrières  en  1650. 

Notons  encore  que  les  divers  plans  qui  représentent  la  quatrième  enceinte  ne 
s’accordent  pas  sur  la  forme  précise  et  la  dimension  de  chaque  bastion,  ni  sur 
l’épaisseur  des  parapets  qui  les  bordaient,  ni  sur  la  largeur  des  fossés  dont  ils 
étaient  entourés.  Cette  largeur  était  fort  variable.  Elle  était  beaucoup  plus  con¬ 
sidérable  le  long  des  courtines  qu’à  l’endroit  des  bastions.  J’ai  dû,  sur  mon  plan, 
aucune  rue  ne  rappelant  les  limites  des  anciens  chemins  de  ronde,  adopter  une 
largeur  moyenne,  qui  varie  de  vingt-cinq  à  trente  mètres  autour  des  bastions  et  de 
quarante  à  cinquante  devant  les  courtines.  Sur  un  vaste  plan  dont  j’ai  parlé  à 
propos  du  bastion  3,  le  fossé  jaune  a  vingt-cinq  toises  devant  la  courtine,  et  en¬ 
viron  quinze  devant  les  faces  du  bastion. 

L’escarpe  du  fossé,  constituant  toute  la  fortification ,  était  revêtue  de  pierres  de 
taille  (de  moyen  appareil),  entre  les  Tuileries  et  la  rue  Poissonnière  d’une  part, 
et  de  l’autre,  depuis  le  bastion  10  jusqu’à  la  Seine;  mais  la  contrescarpe  ne  paraît 
revêtue  sur  aucun  point.  Le  plan  de  Belleforest  est  le  seul  qui  représente  comme 
maçonnée  la  contrescarpe  du  fossé  de  la  Bastille,  et  une  portion  de  celle  du  gros 
bastion  S.  Antoine  (voy.  p.  152).  Ce  travail  a  toujours  paru  inutile,  et  notre  en¬ 
ceinte  bastionnée  moderne  n’est  également  revêtue  que  du  côté  de  l’escarpe. 

C’est  à  tort,  je  crois,  et  pour  l’effet,  que  tous  les  anciens  plans,  même  celui  de 
Gomboust,  représentent  presque  partout  les  fossés  comme  remplis  d’eau  vive.  Je 


198 


QUATRIÈME  ENCEINTE  DE  LA  RIVE  DROITE. 

pense  qu’on  n’y  voyait  guère,  hors  dans  les  cas  de  pluies  torrentielles,  qu’un  mai¬ 
gre  filet  d’eau  provenant  des  ruisseaux  et  des  égouts  et  s’écoulant  dans  la  cunette 
du  fossé.  Les  eaux  de  la  Seine,  dans  les  hautes  crues,  ne  devaient  guère  remplir 
les  fossés,  passé  la  rue  S.  Honoré  d’une  part,  et  de  l’autre  le  bastion  10  ;«t  comme 
on  ne  dit  pas  qu’elles  fussent  retenues  comme  autrefois,  au  moyen  d’écluses,  elles 
se  retiraient,  et,  en  été,  les  fossés  étaient  à  sec.  Sauvai,  qui  écrivait  en  1650,  dit, 
en  parlant,  je  pense,  de  la  rive  droite  (t.  I,  p.  44)  :«  La  ville  de  Paris  est  envi- 
«  ronnée  de  fossés  fort  larges  et  profonds;  mais  ils  sont  secs  et  couverts  desmai- 
«  sons  des  fauxbourgs  en  plusieurs  endroits  :  et  même  quelque  peine  que  l’on  se 
«  soit  donnée  pour  y  faire  venir  de  l’eau ,  jamais  on  n’a  pu  en  venir  à  bout.  » 

Le  premier  projet  d’entourer  Paris,  au  nord,  de  fossés  navigables,  date,  je  le 
répète,  de  1551  ;  on  le  reprit  en  1611,  1638,  1651  et  1658,  mais  rien  ne  fut 
commencé.  Le  canal  de  l’Ourcq,  établi  sous  l’Empire,  eût  seul  résolu  la  question  : 
Louis  XIV  la  trancha  autrement ,  en  supprimant  sur  presque  toute  la  ligne 
les  fossés  et  les  bastions. 

Je  ne  connais  pas  d’estampes  qui  représentent  de  près  l’enceinte  bastionnée, 
sinon  du  côté  des  portes  S.  Honoré  et  S.  Antoine.  D’après  des  vues  de  Perelle  et 
d’Israël  Silvestre,  sur  les  points  achevés,  les  murs  de  la  courtine  et  des  bastions 
descendant  au  fond  du  fossé,  dont  ils  formaient  l’escarpe,  avaient  fort  peu  de 
talus.  Ces  murs  étaient  revêtus  d’assises  de  pierres  équarries,  avec  des  chaînes 
dans  les  encoignures.  Ils  étaient  surmontés  d’un  large  parapet,  dont  en  dehors 
un  cordon  de  pierre  indiquait  la  base,  qui  était  sans  doute  au  niveau  du  terre- 
plein  des  bastions.  La  muraille  qui  soutient  la  terrasse  de  S.  Germain-en-Laye 
peut  donner  une  idée  de  cette  construction,  du  côté  des  Tuileries  et  de  la  Bastille. 
J’ai  déjà  dit  (p.  187)  que  le  parapet  du  bastion  2  était,  selon  une  estampe  d’Ave- 
line,  percé  de  créneaux  ou  embrasures  et  taillé  en  forme  de  glacis. 

On  voit,  d’après  le  plan  de  Gomboust  et  autres,  que  le  terre-plein  des  cinq 
premiers  bastions,  construits  ou  achevés  sous  Louis  XIII,  était  de  niveau  avec  le 
sol  des  rues  voisines,  tandis  que  les  autres  bastions,  à  partir  de  la  rue  Poisson¬ 
nière,  taillés  dans  d’anciennes  buttes,  étaient  plus  ou  moins  élevés  au-dessus  de 
ce  niveau.  Chacun  de  ces  bastions  s’ouvrait  sous  des  angles  différents.  Les  plus 
anciens  avaient  seuls  des  orillons,  tels  que  celui  des  Tuileries,  et  les  cinq  derniers 
du  côté  de  la  Bastille.  Sous  Louis  XIII,  on  regardait  sans  doute  cet  appendice 
comme  superflu. 


GRAND  COURS  OU  BOULEVARD  DE  LA  RIVE  DROITE. 


199 


X1.H.  —  Grand  Cours  ou  Boulevard  «le  la  rive  droite*  exécuté  üous 

Louis  XIV. 

Les  quatre  bastions  construits  à  grands  frais  sous  Louis  XIII  durèrent  à  peine 
soixante  ans.  Son  successeur,  au  lieu  d’achever  la  quatrième  clôture,  détruisit 
les  deux  tiers  des  bastions  et  la  courtine,  et,  sans  élargir  de  beaucoup  l’enceinte, 
la  remplaça  par  une  simple  chaussée  ou  terrasse  plantée  d’arbres,  qu’on  nomma 
le  Nouveau  Cours,  et  qui  existe  encore  aujourd’hui.  C’était,  à  proprement  parler, 
une  longue  courtine  continue  et  sans  bastions,  qui,  dépourvue  de  ces  ouvrages 
avancés  d’où  partent  les  feux  croisés,  ne  pouvait  guère  servir  à  la  défense  de  Pa- 
"  ris.  C’était  plutôt  une  promenade  qu’un  rempart,  bien  que  par  un  reste  d’habi¬ 
tude  on  lui  donnât  encore  ce  dernier  nom. 

Sous  l’influence  du  maréchal  de  Vauban,  une  révolution  complète  s’opéra  dans 
le  système  de  fortification  générale  du  royaume.  On  admit  que  le  vrai  rempart 
de  la  capitale  devait  être  aux  frontières,  et  l’on  agit  en  conséquence.  Paris  de¬ 
vint  une  ville  ouverte  :  ses  portes  ne  furent  plus  des  bastilles,  mais  des  édifices 
de  décoration.  Les  ingénieurs  de  nos  jours  paraissent  revenus  de  cette  idée,  qu’il 
est  inutile  de  fortifier  une  capitale,  puisqu’ils  nous  ont  bâti  à  grands  frais  une 
ceinture  composée  de  94  bastions,  variés  dans  leurs  dimensions  et  leurs  formes, 
selon  les  localités.  Est-ce  un  tort,  ou  un  acte  de  sage  prévision?- Cette  question 
stratégique  n’est  pas  de  ma  compétence. 

Cependant  une  partie  de  la  quatrième  enceinte  subsista  longtemps  encore  après 
Louis  XIV.  Jusqu’en  1760,  on  vit  debout  le  bastion  des  Tuileries,  et,  jusqu’en 
1789 ,  la  Bastille  et  les  bastions  qui  l’avoisinaient  au  sud  et  au  nord.  Si  le  bastion 
des  Tuileries  survécut  si  longtemps,  c’est  qu’on  ne  savait  au  juste  quelle  dis¬ 
position  adopter  pour  embellir  le  quartier  contigu  à  la  demeure  royale.  Si 
Louis  XIV  eût  habité  Paris  et  non  Versailles,  le  bastion  de  Charles  IX  eût  dis¬ 
paru  un  siècle  plus  tôt.  Quant  à  la  Bastille  et  aux  ouvrages  qui  fortifiaient  ses 
environs,  on  les  laissa  subsister  pour  maintenir  le  faubourg  S.  Antoine,  et  pour 
avoir  sous  la  main  une  sûre  prison  d’Etat. 

L’établissement  du  Nouveau  Cours  fut  décidé  dans  le  Conseil  du  roi  des  7  juin 
1670  et  11  mars  1671,  comme  le  rappelle  un  arrêt  de  1664.  En  1672  (Félibien, 
p.  228)  parut  une  Ordonnance  qui  défend  de  bâtir  au  delà  des  bornes  posées  par 
Louis  XIII.  On  redoutait  encore  le  trop  grand  accroissement  de  la  capitale,  et  l’on 
voulait  aussi  éviter  les'indemnités  qu’aurait  nécessitées  l’acquisition  des  maisons 
nouvellement  construites.  En  1675,  le  roi  chargea  Bulle t  de  dresser,  sous  la  di¬ 
rection  de  Blondel,  un  plan  de  Paris  où  seraient  tracés  en  grand  le  Cours  du  Nord  et 
celui  du  Midi.  Ce  plan,  qui  fut  gravé  l’année  suivante,  indique  très-bien  la  posi- 


200 


GRAND  COURS  OU  BOULEVARD  DE  LA  RIVE  DROITE 


lion  du  nouveau  Cours,  relativement  à  l’enceinte  bastionnée  ;  mais  Bullet  suppose, 
par  anticipation,  comme  accomplies,  un  grand  nombre  de  transformations  qui 
n’eurent  lieu  que  plus  tard. 

Dès  1670,  on  commença  à  exécuter  le  projet  arrêté  au  Conseil,  si  l’on  s’en 
rapporte  à  ce  passage  de  Sauvai,  ou  plutôt  de  l’éditeur  qui  amplifia  son  manu¬ 
scrit  (t.  I,  p.  671)  :  «  Le  Rampart  de  la  porte  S.  Antoine  fut  commencé  à  bâtir 
«  par  Arrêt  du  Conseil  d’Etat  du  7  juin  1670,  pour  y  faire  un  Cours  planté  d’ar- 
«  bres  en  trois  allées,  dont  celle  du  milieu  a  seize  toises  de  large...  Ce  Cours  a 
«  été  revêtu  de  murs  de  pierres  de  taille...  Il  a  été  ordonné  qu’il  sera  laissé  des 
«  fossés  de  douze  toises  de  large,  dans  lesquels  passera  l’égout  de  la  Ville,  qui 
«  sera  pavé  au  fond  pour  l’écoulement  des  eaux,  et  en  dedans  le  Rampart  sera 
a  laissé  une  rue  pavée  de  trois  à  quatre  toises  de  large...  Le  Rampart  du  Temple, 

«  que  l’on  a  commencé  en  1684,  doit  conduire  jusqu’au  Cours  delà  Reine...  Le 
«  Rampart  planté  d’arbres  depuis  la  porte  Sainte-Anne,  fut  fait  en  1684-,  jusqu’à 
«  la  porte  S.  Honoré.  Le  Rampart  planté  d’arbres,  depuis  la  porte  S.  Denys,  jus- 
«  qu’à  la  porte  S.  Honoré,  fut  construit  en  vertu  de  l’Arrêt  du  17  mars  1671.  » 
Je  ne  sais  si  tout  ce  récit  est  exact. 

Le  fossé  dont  il  est  ici  question  n’exista  que  depuis  la  porte  S.  Antoine  jus- 
ques  un  peu  au  delà  de  la  rue  des  Filles-du-Calvaire  :  c’était  l’ancien  fossé  creusé 
sous  Henri  II  et  Louis  XIII  autour  des  nouveaux  bastions.  Partout  ailleurs,  on 
ne  voyait  que  des  rues  basses,  comme  l’indique  la  disposition  du  sol.  On  n’a  pu 
nommer  fossés  ces  rues  basses,  car  il  n'y  a  pas  de  fossé  sans  un  talus  de  con¬ 
trescarpe  \  Quant  à  la  rue  pavée  qu’on  devait  laisser  en  dedans  le  rempart ,  il 
faut  comprendre  la  chaussée  du  milieu  :  il  n’y  eut  jamais  de  rue  basse  du  côté 
de  la  ville. 

La  Tynna,  comme  je  l’ai  déjà  dit  (note  de  la  page  195),  fait  une  énorme  bé¬ 
vue  quand  il  dit  et  répète,  à  propos  de  chaque  nom  des  boulevards  actuels,  que 
ces  divers  boulevards  furent  commencés  en  1536,  plantés  en  1668  et  achevés  en 
1705.  Ces  trois  dates  sont  erronées.  La  Tynna  a  vu  une  ordonnance  de  1536,  re¬ 
lative  à  la  construction  de  boulevarts  ou  boulleverls ,  comme  on  disait  alors  ;  mais 
il  n’a  pas  compris  qu’en  1536  un  boulevart  signifiait  une  bastide  de  terre,  et 
même  déjà  :  un  bastion  à  deux  faces.  Quant  à  la  plantation  du  Cours,  elle  ne 
put  commencer  en  1668,  sur  aucun  point  de  la  ligne,  puisqu’elle  ne  fut  décidée 
qu’en  1670.  Le  plan  de  Bullet  représente,  en  1676,  par  anticipation,  je  pense,  le 
Cours  comme  déjà  planté  de  quatre  rangs  d’arbres,  de  la  Bastille  à  la  rue  des 
Filles-du-Calvaire. 

’  Sur  le  mauvais  plan  de  Paris  édité  par  J.  Montbard  en  1694,  sont  tigurés  des  fossés  pleins  d’eau 
autour  des  boulevards  du  nord  et  du  midi.  C’est  une  pure  fantaisie. 


GRAND  COURS  OU  BOULEVARD  DE  LA  RIVE  DROITE.  201 

La  construction  du  Cours  avança  lentement,  à  cause  des  grands  travaux  préli¬ 
minaires  pour  le  nivellement  du  sol,  et  des  nombreuses  réclamations  à  régler  avec 
les  propriétaires  des  terrains,  puisque,  comme  nous  l’avons  vu,  la  ville,  depuis 
des  siècles,  vendait  ou  affermait  partout  des  places  sur  les  remparts  et  les  bas¬ 
tions  et  dans  les  fossés. 

L’arrêt  du  Conseil  d’Etat,  du  4  novembre  1G84  (Félibien ,  t,.  IV,  p.  271),  dit 
que  le  Cours  ou  rampart  est  destiné  à  «  procurer  des  promenades  aux  Bourgeois 
«  de  la  ville.  »  On  y  apprend  que  le  Prévôt,  à  force  de  soins  et  de  dépenses, 
a  formé  ce  Cours,  depuis  la  porte  S.  Antoine  «jusqu’à  la  porte  Sainte-Anne 
«  dite  Poissonnière,  ayant  à  cet  effet  fait  démolir  l’ancienne  porte  du  Temple... 
«  Il  convenoit  réduire  et  applanir  plusieurs  buttes  de  terre  en  plusieurs  endroits 
«  et  environs  dudit  Cours,  qui  serviroient  à  remplir  les  marais  et  trous  estans  le 
«  long  d’iceluy,  et  de  faire  acquisition  de  plusieurs  maisons  qui  se  rencontroient 
«  dans  son  alignement,  etc.  » 

1685.  —  Autre  arrêt  du  Conseil,  du  7  avril  (id.,  p.  272).  On  y  voit  que  «  le  nou¬ 
veau  Cours  planté  d’arbres  le  long  des  remparts  »  ne  dépassait  pas  encore  la 
porte  Poissonnière,  et  que  le  roi  avait  accordé  au  prévôt  des  marchands  l’autorisa¬ 
tion  de  «  disposer  des  terres  vaines  et  vagues  des  fossez,  portes  anciennes  et 
«  mazures  estant  depuis  la  porte  S.  Antoine  jusques  à  celle  de  S.  Martin,  mesme 
«  de  reprendre  les  héritages...  qui  auroient  esté  cy-devant  donnez  par  la  Ville  à 
«  baux  emphytéotiques,  en  remboursant  les  detempteurs  d’iceux,  etc.  »  Il  s’agit 
ensuite  d’une  place  vague,  dont  le  prévôt  demande  la  concession,  place  située 
derrière  les  murs  des  Filles-Dieu,  au  lieu  dit  la  Ville-Neuve  «  où  estoient  cyde- 
vant  les  fossez  de  la  Ville  (ceux  de  Charles  V).  »  Il  paraît  qu’on  avait  accumulé 
dans  cette  portion  du  fossé  une  masse  de  1,400  toises  carrées  de  décombres  ou 
immondices.  L’enlèvement  de  cette  voirie,  ajoute  l’arrêt,  servira  à  former  ledit 
nouveau  Cours.  On  cite  aussi  «  quelques  places  vagues  des  fossez,  remparts,  con- 
«  trescarpes,  portes  anciennes,  et  masures  ez  environs  des  portes  S.  Martin, 
«  Poissonnière,  Montmartre,  de  Richelieu,  de  Gaillon  et  S.  Honoré.  »  On  permet 
au  Prévôt  de  disposer  de  toutes  ces  places,  etc.,  et  on  lui  ordonne  de  «  faire  inces- 
«  samment  travailler  aux  ouvrages  qu’il  convient  faire,  pour  former  ledit  Cours, 
«  depuis  la  porte  S.  Honoré  jusques  à  celle  de  S.  Martin,  suivant  le  plan  (celui 
«  de  Bullet)  qui  en  a  esté  dressé,  en  commençant  par  la  porte  S.  Honoré.  » 

11  résulte  de  cet  acte  qu’en  avril  1685  la  chaussée  du  Cours  ou  Boulevard  était 
praticable  tout  au  plus  entre  la  Bastille  et  la  porte  S.  Martin,  et  qu’au  lieu  de 
la  continuer  de  Test  à  l’ouest,  on  s’occupa  de  l’autre  extrémité  de  l’arc.  Quand 

'  On  voit  encore  sur  le  plan  de  La  Caille,  1714,  cette  place  vide  entre  les  rues  Bourbon-Villeneuve, 
Cléry,  S.  Claude  et  S.  Philippe.  Le  fossé,  dont  elle  représente  la  largeur,  paraît  comblé. 

26 


GRAND  COURS  OU  BOULEVARD  DE  LA  RIVE  DROITE. 


202 

on  jette  les  yeux  sur  les  divers  plans  de  Paris  édités  par  N.  De  Fer  à  cette  épo¬ 
que,  on  croirait  ces  travaux  beaucoup  plus  avancés  ;  c’est  que  les  géographes 
sont  toujours  pressés  de  terminer,  sur  le  papier,  les  travaux  qui,  en  réalité,  sont 
encore  inachevés  ou  même  à  l’état  de  simple  projet. 

En  résumé,  toute  la  ligne  des  boulevards  fut  ordonnée  et  peut-être  commen¬ 
cée  en  1670,  mais  elle  n’était  pas  terminée  en  1714;  je  dirai  plus  :  en  1760, 
plusieurs  parties  n’étaient  pas  encore  dans  l’alignement ,  et  il  restait  toujours 
quelques  terrains  vagues,  et  même  certains  endroits  inaccessibles  aux  voitures. 

Le  Cours  d’enceinte  de  Louis  XIV  avait,  en  général,  surtout  du  côté  de  la  cam¬ 
pagne,  l’apparence  d’une  chaussée,  d’une  terrasse,  soutenue,  mais  pas  sur  tous 
les  points,  par  un  mur  de  revêtement,  couronnée  d’un  parapet. 

Quelques  escaliers  placés  en  retrait,  et  multipliés  plus  tard,  conduisaient  de  la 
plate-forme  aux  rues  basses.  Le  mur  du  revêtement  et  le  parapet  étaient  formés 
de  grosses  pierres  de  taille,  dures  et  bien  cimentées.  Au  dehors,  des  cordons  de 
pierre  indiquaient  le  niveau  du  terre-plein  de  la  chaussée. 

Il  restait  encore,  avant  1830,  de  nombreux  échantillons  de  ces  constructions, 
dont  une  partie  était  postérieure  à  Louis  XIV,  entre  la  Madeleine  et  la  Bastille. 
Aujourd’hui  on  en  découvre  à  peine  quelques  traces  sur  le  boulevard  des  Filles— 
du-Calvaire  et  sur  celui  des  Capucines  1  ;  encore,  sur  ce  dernier  point,  le  sol  du 
boulevard,  a-t-il  été  abaissé  et  renouvelé  depuis  quelques  années,  à  deux  reprises. 

Avant  1844,  sur  le  boulevard  Poissonnière,  le  mur  de  soutien  du  rempart 
limitait  le  magnifique  jardin  de  M.  Rougemont  de  Lowenberg.  Ce  jardin  et  ceux 
contigus  étaient  inférieurs  de  trois  à  quatre  mètres  à  la  chaussée.  Le  niveau  fort 
bas  de  la  cour  de  la  maison  dite  :  du  Pont-de-Fer,  indique  celui  des  matais,  culti¬ 
vés  encore  en  1730,  au  pied  du  terrassement.  Avant  1838,  la  rue  Hauteville 
aboutissait  au  mur  de  revêtement  du  boulevard’,  et  l’on  montait  sur  sa  plate¬ 
forme  par  un  escalier  de  quinze  marches;  de  même,  entre  les  portes  S.  Denis  et 
S.  Martin.  De  cette  dernière  à  la  Bastille,  plus  d’une  maison,  à  droite  ou  à  gauche, 
avait  son  premier  étage  (du  côté  des  rues  basses)  de  plain  pied  avec  le  boulevard. 

Je  ne  me  rappelle  pas  avoir  jamais  vu,  entre  la  rue  du  Faubourg-Montmartre 
et  celle  de  la  Chaussée-d’Antin,  le  moindre  vestige  du  terrassement  du  grand 
Cours.  Il  en  existait  un,  indiqué  sur  le  plan  de  Bretez,  mais  il  n’y  avait  pas  de 
rue  basse  à  ses  pieds.  C’est,  je  crois,  sous  l’Empire  que  cette  partie  du  boule¬ 
vard  fut  abaissée  et  le  rempart  détruit. 

Le  Cours  formait-il  autrefois  une  terrasse  du  côté  où  sont  aujourd’hui  les  mai- 

1  Le  mur  de  revêtement  dont  on  voit  des  traces  sur  le  boulevard  des  Capucines,  n’existait  pas 
encore  en  1734,  comme  l’atteste  le  plan  de  Bretez. 

*  Ce  mur  était  postérieur  à  1734.  Sur  le  plan  de  Bretez,  dessiné  cette  année,  il  n’existe  pas. 


GRAND  COURS  OU  BOULEVARD  DE  LA  RIVE  DROITE. 


•203 


sons  de  numéro  impair?  En  certains  endroits  la  chaussée  dominait  les  cours  et 
jardins  de  ces  maisons;  en  d’autres,  elle  était  au  même  niveau;  enfin,  sur  quel¬ 
ques  points,  entre  la  rue  du  Temple  et  la  rue  Poissonnière,  elle  leur  était  infé¬ 
rieure,  vu  l’élévation  du  sol,  exhaussé  par  des  restes  des  anciennes  buttes. 

De  ce  côté  du  Cours,  y  eut-il  autrefois  un  mur  de  revêtement  continu,  un  pa¬ 
rapet,  des  escaliers  en  retrait  et  une  rue  basse,  comme  sur  la  partie  opposée? 
Entre  la  place  de  la  Bastille  et  la  rue  du  Temple,  on  distingue  encore  beaucoup 
de  jardins  et  de  cours,  inférieurs  de  trois  à  quatre  mètres  au  sol  du  boulevard. 
La  chaussée  était  nécessairement  soutenue  par  un  mur;  mais  ce  mur  formait  la 
limite  de  propriétés  qui  avaient  leur  entrée  dans  des  rues  de  derrière,  parallèles 
au  boulevard.  Il  n’y  eut  donc  jamais,  comme  de  l’autre  côté,  de  rues  basses  au 
pied  du  terrassement,  et  il  en  fut  certainement  ainsi  sur  toute  la  ligne.  Il  suffit, 
pour  s’en  convaincre,  d’examiner  les  plans  de  La  Caille  et  de  Louis  Brelez.  On 
y  voit  que,  dans  presque  tout  son  parcours,  la  chaussée  plantée  d’arbres  domine 
les  cours  ou  jardins  des  maisons  qui  y  aboutissent,  mais  nulle  part  on  n’y  re¬ 
marque  la  plus  petite  portion  de  rue  basse. 

Je  ne  dis  pas  que,  sur  certains  points,  par  exemple,  de  la  Bastille  à  la  rue  du 
Temple,  le  Cours  n’ait  pas  été,  du  côté  de  la  ville,  muni  d’un  parapet  et  flan¬ 
qué  d’escaliers;  mais  ces  escaliers  servaient  uniquement  aux  propriétaires  limi¬ 
trophes  pour  monter  sur  le  boulevard.  Il  en  existe  encore  plusieurs  sur  les  boule¬ 
vards  des  Filles-du-Calvaire  et  Beaumarchais,  ainsi  que  des  portions  de  l’ancien 
mur  d’appui.  J’ai  déjà  expliqué,  page  150,  à  quelle  cause  on  doit  attribuer,  de  ce 
côté  de  Paris,  la  différence  de  niveau  qui  existe  entre  le  sol  du  boulevard  et  celui 
des  maisons  de  la  rue  Jean-Beausire.  Tous  ces  mouvements  de  terrain,  qui  gar¬ 
dent  le  souvenir  du  Cours  de  Louis  XIV,  tendent  à  s’effacer  de  jour  en  jour. 
Avant  l’an  1900,  il  n’en  restera  plus  la  moindre  trace,  car  on  n’a  jamais  plus 
qu’aujourd’hui  remué  et  transformé  sur  tous  les  points  la  vieille  surface  du  sol 
parisien;  aussi  ne  s’est-on  jamais  plus  intéressé  au  vieux  Paris  qu’à  notre  épo¬ 
que,  où  il  est  sur  le  point  de  disparaître  tout  entier. 

Notons  encore  que  la  ligne  des  boulevards  n’a  jamais  été  la  limite  de*la  capi¬ 
tale  sous  le  rapport  de  l’octroi;  ses  barrières  s’étendaient  bien  au  delà  de  cette 
ligne,  au  commencement  du  XVIIIe  siècle. 

Ce  fut  seulement  vers  1740  que  cette  promenade,  alors  déjà  bien  ombragée, 
devint  le  rendez-vous  des  promeneurs  parisiens.  A  cette  époque,  les  élégants 
affectionnaient  surtout  les  boulevards  du  Temple  et  S.  Antoine,  dont  les  arbres, 
plantés  les  premiers,  offraient  de  magnifiques  allées.  Dans  cette  portion  du  Cours 
étaient  établis  des  cafés  et  autres  lieux  de  divertissements,  qui  attiraient  le  beau 
monde  et  les  équipages. 


204 


GRAND  COURS  OU  BOULEVARD  DE  LA  RIVE  DROITE. 


Plusieurs  estampes,  gravées  sous  Louis  XV,  donnent  quelque  idée  de  ces  pro¬ 
menades.  J’en  citerai  une  petite,  signée  :  Delahaye  sc.,  et  une  eau-forte  remarqua¬ 
ble,  gravée  par  P.  F.  Courtois,  d’après  A.  de  S.  Aubin,  intitulée’:  La  promenade 
des  Remparts  de  Paris.  On  y  remarque  le  café  Canssin.  On  voit  encore,  sur  plu¬ 
sieurs  estampes  servant  de  vues  d’optique  (éditées  chez  Daumont,  vers  1750),  le 
boulevard  du  Temple.  C’est  une  sorte  de  terrasse,  garnie  çà  et  là  de  quelques 
maisons  d’agrément  ou  de  cafés.  Au  delà  du  parapet,  la  vue  s’étend  sur  les  col¬ 
lines  de  Ménilmontant  et  de  Belleville,  sur  des  jardins,  des  champs  en  culture  et 
des  fermes,  le  tout  égayé  par  quelques  moulins  à  vent. 

Il  existe  plusieurs  vues  générales  de  Paris,  gravées  sous  Louis  XIV  et  Louis  XV, 
où  l’on  aperçoit,  des  hauteurs  de  Belleville,  la  ligne  du  boulevard,  qui  ressemble 
tout  à  fait  à  une  longue  chaussée.  Je  citerai  notamment  le  profil,  en  deux  feuilles, 
dessiné  et  gravé  par  l’ingénieur  Milcent  en  1736.  Le  Cours  y  paraît  soutenu  d’un 
mur  de  revêtement,  entre  la  Bastille  et  la  rue  du  Temple.  Passé  ce  point,  on  ne 
voit  plus  qu’un  simple  terrassement. 

Quelques  mots,  avant  de  terminer,  sur  le  Cours  projeté,  en  1670,  du  côté  de 
la  rive  gauche,  et  commencé  longtemps  après.  Sur  le  plan  de  Bullet,  1676,  on 
en  distingue  le  tracé  primitif  ;  il  part  d’un  point  du  quai  d’Orsay,  qui  fait  face  au 
Bastion  des  Tufleries,  et  aboutit,  après  avoir  enclos  les  Incurables  et  le  Val-de- 
Grâce,  à  la  porte  S.  Bernard.  Quand,  plus  tard,  sous  Louis  XV,  on  établit  un 
Cours  de  ce  côté  de  Paris,  on  changea  et  l’on  agrandit  cette  ligne  de  ceinture. 
Il  commença  aux  Invalides,  s’avança  plus  au  sud,  au-dessus  des  faubourgs 
S.  Jacques  et  S.  Marceau,  et  aboutit  à  la  Seine,  vis-à-vis  de  l’embouchure  du  fossé 
de  la  Bastille.  Ces  boulevards  étaient  tous  plantés  en  1761,  selon  La  Tynna  ;  mais 
une  partie  ne  fut  jamais  exécutée:  celle  qui  devait,  delà  pointe  des  Chartreux, 
aller  rejoindre  le  Marché-aux -Chevaux.  Ces  boulevards,  peu  habités  et  solitaires 
avant  1840,  rappelaient  la  physionomie  du  Cours  du  Nord  sous  Louis  XIV.  L’éta¬ 
blissement  successif  des  embarcadères  de  trois  chemins  de  fer  leur  a  donné  un 
peu  de  vie,  et,  dans  vingt  ans,  ils  seront  peut-être  très-fréquentés. 

Sous  «Louis  XVI,  les  Cours  du  nord  et  du  midi  furent  enclos  par  un  nou¬ 
veau  mur  accompagné  d’allées  d’arbres,  et  formant  la  limite  d’octroi  delà  ca¬ 
pitale.  Paris  attend  l’époque  où  il  s’élancera  jusqu’à  la  nouvelle  enceinte  bas- 
tionnée,  élevée  conformément  à  la  loi  du  4  juin  1841  ;  car  malgré  les  récentes 
révolutions  qui  ont  failli  le  dépeupler  et  lui  signifier  l’heure  de  la  décadence,  il  a 
plus  que  jamais  l’espoir  d’une  vie  longue,  active  et  glorieuse.  L’Empire,  qui 
s’établit  au  moment  où  j’écris  ces  lignes,  réalisera  sans  doute  cet  espoir. 


{Achevé  d'imprimer  en  décembre  1852). 


RECHERCHES 


sua 

LES  ANCIENNES  PORTES  DE  PARIS. 


Considérations  générales 


Mon  intention  n’est  pas  de  décrire  tous  les  événements  qui  se  rapportent  aux 
anciennes  portes  de  la  capitale  ;  ce  serait  entreprendre  une  partie  considérable 
de  son  histoire,  car  ces  portes  ont  été  témoins  de  scènes  en  tout  genre,  telles 
que  :  assauts,  émeutes  populaires,  entrées  royales,  réceptions  de  souverains  ou 
d’ambassadeurs,  cortèges  funèbres,  exécutions  sanglantes,  etc.  En  rassemblant 
tous  les  récits  détaillés  de  nos  historiens  anciens  et  modernes,  on  en  formerait 
sans  peine  un  livre  fort  intéressant,  surtout  accompagné  de  fac-similé  exacts 
des  miniatures  ou  des  estampes  relatives  à  ces  événements;  mais  j’ai  dû  renon¬ 
cer  à  ce  côté  brillant  et  pittoresque,  qui  ne  serait,  après  tout,  qu’une  simple  com¬ 
pilation,  pour  me  renfermer  dans  la  partie  topographique  et  architecturale.  Ce 
n’est  donc  qu’à  titre  d’accessoire,  et  pour  rompre  la  monotonie  descriptive,  que 
j’ai,  çà  et  là,  rattaché  quelques  faits  historiques  au  souvenir  de  ces  portes. 

Les  renseignements  les  plus  positifs,  les  plus  clairs,  en  fait  de  topographie,  ce 
sont  les  plans  et  les  dessins;  mais  il  en  existe  fort  peu,  à  ma  connaissance,  qui 
concernent  les  vieilles  portes  de  Paris,  j’entends  celles  des  enceintes  de  Ph.  Au¬ 
guste  et  de  Charles  Y.  Le  plus  souvent  il  nous  faudra  recourir  au  témoignage  des 
plans  généraux  qui  représentent  ces  portes  chacun  à  sa  manière,  non  d’après 
nature,  mais  de  souvenir  ou  même  d’imagination.  Dans  les  chroniques  manu¬ 
scrites  de  Froissard  et  autres,  on  trouve  des  miniatures  où  figurent  quelques 
portes  de  Paris  ;  mais  les  anciens  miniaturistes  avaient  l’habitude  de  tracer  de 
fantaisie  les  localités.  Les  vieilles  tapisseries,  ainsi  que  les  estampes  historiques, 
offrent  à  peu  près  la  même  inexactitude.  Sous  Louis  XIY  seulement,  on  a  com- 


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PORTES  DE  PARIS.  CONSIDÉRATIONS  GÉNÉRALES. 


mencé  à  dessiner  les  édifices  de  Paris  sur  lieux,  et  avec  une  certaine  précision. 
Les  artistes  de  ce  temps  n’oublièrent  aucune  des  portes  nouvelles  qui  avaient  un 
aspect  monumental;  mais  ils  faisaient  peu  de  cas  des  anciennes,  à  cause  de  leur 
architecture  irrégulière  et  de  leur  état  délabré. 

Israël  Silvestre,  qui  avait  séjourné  longtemps  à  Rome,  aimait  à  reproduire  les 
ruines,  et  ne  dédaigna  pas  de  s’occuper  des  portraits  de  nos  vieux  cloîtres.  Il  est 
fâcheux  qu’il  n’ait  pas  eu  l’idée  de  dessiner  toutes  les  anciennes  portes  de  l’en¬ 
ceinte  de  Ph.  Auguste,  existant  encore  de  son  temps.  Il  ne  nous  a  laissé  que  celle 
de  Nesle,  également  représentée  par  cinq  ou  six  graveurs  de  la  même  époque. 

De  nos  jours  il  ne  reste  plus  le  moindre  vestige  des  portes  de  Ph.  Auguste,  de 
Charles  Y  et  de  Louis  XIII.  On  les  a  toutes  abattues,  il  y  a  longtemps,  comme 
inutiles  à  la  défense  de  la  capitale  et  nuisibles  à  la  circulation.  Les  portes  S.  De¬ 
nis  et  S.  Martin  ont  seules  survécu,  surtout  par  cette  considération  que  ces  arcs 
de  triomphe  ,  isolés  comme  ils  le  sont,  ne  gênent  en  rien  la  voie  publique. 

Nous  n’avons  aucun  document  positif  sur  les  portes  antérieures  à  celles  de 
Ph.  Auguste.  Les  chroniques  'constatent  leur  existence,  mais  ne  désignent  ni 
leur  forme,  ni  leur  emplacement,  ni  même  leurs  noms  particuliers.  Les  plus 
anciennes  portes  qu’on  puisse  mèntionner  sont  nécessairement  celles  de  la 
Cité,  île  qui,  sous  la  domination  romaine,  fut  entourée  d’un  mur  d’enceinte 
(voy.  page  4  et  suiv.).  Je  n’ai  jamais  trouvé  nulle  part  le  moindre  détail  concer¬ 
nant  ces  portes. 

Quelques  historiens  modernes  ont  fait  remonter  à  l’époque  romaine  la  con¬ 
struction  des  Grand  et  Petit  Châtelets,  rebâtis  au  XIVe  siècle,  et  les  ont  regardés 
comme  des  portes  de  l’enceinte  de  la  Cité.  Cette  opinion  m’a  toujours  semblé 
inadmissible.  Ces  deux  édifices,  situés  en  tête  des  ponts,  du  côté  opposé  aux 
rivages  de  la  Cité,  ne  peuvent  passer  pour  des  portes,  mais  pour  les  fortifications 
particulières  des  deux  ponts. 

Les  Romains  avaient  coutume  de  munir  les  ponts  importants  de  castels,  pla¬ 
cés  en  tête  ou  au  milieu.  On  en  trouve  des  échantillons  dans  beaucoup  de  villes 
d’Europe.  Le  moyèn  âge  conserva  l’usage  de  ces  sortes  de  constructions.  Les 
ponts  principaux  étaient  souvent  munis,  à  l’extrémité  opposée  à  la  ville,  ou  vers 
le  centre,  d’une  sorte  de  porte  ou  bastide  fortifiée,  désignée  sous  le  nom  de 
chastelet  (en  latin  castellum),  et  quelquefois  de  barbacane.  On  donnait  ce  dernier 
nom,  à  Rouen,  à  une  tour  carrée  flanquée  de  tourelles,  qui  défendait  l’entrée 
du  pont  de  pierre,  du  côté  de  la  rive  gauche.  Sur  les  anciennes  perspectives 
de  Londres,  antérieures  à  l’incendie  de  1666,  on  voit,  en  travers  du  grand  pont, 
plusieurs  châtelets  couronnés  de  créneaux.  Le  plus  rapproché  du  sud  est  sur¬ 
monté  de  têtes  de  suppliciés  fixées  sur  des  piques.  Le  pont  de  Prague  est  encore 


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muni,  à  chaque  bout,  de  hautes  bastides,  flanquées  de  tourelles  dans  les  angles. 
Sans  aller  si  loin,  les  ponts  de  S.  Cloud  et  de  Charenton  avaient  aussi  leurs  bar- 
bacanes;  ce  dernier  était,  d’après  le  plan  de  Du  Cerceau,  fortifié  d’une  grosse 
tour  carrée. 

Il  est  évident  pour  moi  que  les  deux  châtelets,  quelle  que  soit  la  date  de  leur 
origine,  ne  furent  jamais  que  des  têtes  de  pont.  Les  véritables  portes  de  la  Cité 
tenaient  au  mur  d’enceinte  de  l’île,  et  par  conséquent  faisaient  face  aux  Petit  et 
Grand  Châtelets,  supposé  qu’ils  existassent  dès  lors. 

Quand  Lutèce  fut  entourée  d’un  mur  d’enceinte,  elle  eut  deux  portes  au 
moins,  puisqu’elle  communiquait  par  un  double  pont  avec  les  rives  opposées,  et 
peut-être  une  ou  deux  autres,  destinées  à  faciliter  son  mouvement  commercial  \ 
La  construction  de  ces  portes  consistait  sans  doute  en  assises  de  pierres,  mélan¬ 
gées  de  briques.  Quant  à  leur  forme  et  à  leurs  détails,  il  serait  difficile,  vu  l’ab¬ 
sence  de  documents,  de  les  préciser.  D’après  les  échantillons  plus  ou  moins  anti¬ 
ques  qu’offrent  encore  plusieurs  villes  de  France,  il  est  à  présumer  que  leur 
structure  avait  pour  élément  la  forme  carrée  :  la  voûte  qui  traversait  le  bâtiment 
était  un  arc  à  plein  cintre,  et  les  créneaux  du  parapet  qui  couronnait  la  plate¬ 
forme  avaient  une  largeur  égale  à  celle  des  nierions  qui  les  séparaient. 

Telle  est  l’idée  qu’on  peut  se  faire  de  ces  édifices  considérés  dans  leur  ensem¬ 
ble  ;  mais,  si  l’on  veut  entrer  dans  le  détail  des  divers  accessoires  qui  leur  don¬ 
naient  de  la  force  ou  de  l’élégance,  on  risque  beaucoup  de  tomber  dans  l’idéal: 
la  porte  de  Mars,  à  Reims,  ne  ressemble  guère  à  la  porte  d’Arroux  à  Autun1 2 3. 

Il  nous  reste,  il  est  vrai,  des  traités  sur  l’architecture  militaire  des  Romains  et 
de  nombreux  échantillons  qui  peuvent  nous  aider  à  compléter  l’idée  des  portes 
de  Lutèce  ;  mais  la  forme,  les  ornements  et  les  proportions  variaient  beaucoup 
suivant  les  localités,  et  la  plupart  ont  été  modifiées  à  l’époque  du  Bas-Empire 
ou  du  moyen  âge.  Les  portes  construites  à  Lutèce  s’écartaient  sans  doute  des 
modèles  usités  en  Italie.  Je  l’ai  déjà  dit  ailleurs  :  une  citadelle,  bâtie  en  Algérie 
par  nos  ingénieurs,  différerait  toujours,  en  raison  du  climat,  du  sol  et  des  maté¬ 
riaux  du  pays,  de  celles  qu’ils  établiraient  en  France.  C’est  pourquoi  il  est  assez 
difficile  de  se  créer  une  idée  juste  des  portes  de  la  Cité  de  Paris  sous  la  domina¬ 
tion  romaine. 

1  La  porte  du  Cloître  Notre-Dame,  du  côté  de  la  pointe  orientale  de  la  Cité,  était  peut-être  une 
ancienne  porte  de  l’enceinte.  En  1368,  il  existait  aussi  sur  le  quai  actuel  Napoléon  une  porte , 

dite  :  de  Garitement.  (Voir  ce  mot.  ) 

3  11  ne  faut  pas  confondre  les  arcs  de  triomphe  avec  les  portes  de  ville.  Les  portes  triomphales 
étant  des  monuments  de  décoration,  de  fantaisie,  variaient  plus  encore  dans  leurs  formes  que  les 
portes  servant  de  fortification. 


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Il  serait  tout  aussi  impossible  de  connaître  la  structure  des  portes  annexées  à 
la  première  clôture  de  la  rive  droite,  clôture  attribuée  par  les  uns  à  l’époque  ro¬ 
maine,  et  par  les  autres  aux  rois  de  la  première  ou  de  la  seconde  race.  Il  est 
tout  au  plus  permis  de  hasarder  quelques  conjectures.  Dans  le  premier  cas,  ces 
portes  ressemblaient,  sans  aucun  doute,  à  celles  de  la  Cité;  dans  le  second,  leur 
architecture  était  une  imitation  abâtardie  du  style  antique.  Leurs  proportions 
étaient  plus  lourdes,  et  la  forme  carrée  n’était  peut-être  pas  exclusivement  em¬ 
ployée.  Le  plein  cintre  était  toujours  le  principe  des  arcades,  mais  les  orne¬ 
ments  (supposé  qu’on  en  fît  usage),  tels  que  les  corniches,  les  pilastres,  les  cha¬ 
piteaux,  etc.,  devaient  différer  du  type  romain,  ainsi  que  la  disposition  intérieure 
de  l’édifice  et  la  forme  des  merlons.  On  croit,  en  général,  que  jusqu’à  l’époque 
des  Croisades  nos  ancêtres  avaient  conservé,  tant  bien  que  mal,  en  fait  d’architec¬ 
ture  militaire,  les  traditions  romaines  :  c’est  peut-être  une  erreur. 

Au  reste,  on  n’a  gardé  que  le  souvenir  de  deux  portes  qu’on  suppose  avoir 
appartenu  à  une  clôture  septentrionale  antérieure  à  Ph.  Auguste  :  celle  dite, 
dans  l’origine,  Porta  Bagauda,  près  de  S.  Gervais,  et  une  autre,  voisine  de  l’é¬ 
glise  S.  Merry.  Je  ne  compte  pas  ici  le  Grand-Châtelet  (devant  lequel,  du  côté  du 
nord,  était  une  petite  place,  dite  la  Porte-Paris ),  par  les  raisons  exposées  ci- 
dessus,  et  aussi  page  20.  Du  reste,  on  ne  possède  aucun  renseignement  positif  sur 
ces  deux  portes,  dont  je  parlerai  aux  articles  :  Baudoyiîr  et  S.  Martin. 

Passons  aux  portes  de  Ph.  Auguste.  La  question,  sans  être  claire,  est  infini¬ 
ment  moins  obscure.  Nous  serons  obligés,  pour  nous  en  faire  une  idée,  de  re¬ 
courir  aux  plans  généraux  de  Paris,  dont  les  plus  anciens  datent  de  François  Ier. 
Or,  à  celte  époque,  leur  forme  primitive  devait  avoir  subi  des  altérations,  du 
moins  dans  certains  détails;  mais  la  plupart,  je  crois,  avaient,  à  quelques  appen¬ 
dices  près,  conservé  leur  ensemble;  telle  était  la  porte  S.  Jacques,  dont  je  donne, 
pl.  XI,  un  plan  géométral.  \ 

Toutes  les  portes  élevées  sousPh.  Auguste  le  furent  d’après  un  modèle  à  peu 
près  uniforme  1 .  Vues  du  dehors,  elles  se  composaient  en  principal  de  deux 
grosses  tours  rondes  éloignées  l’une  de  l’autre  de  quelques  mètres ,  et  reliées  par 
un  mur  épais.  Ces  tours  offraient  un  ou  deux  étages  voûtés,  au-dessus  du  rez- 
de-chaussée,  avec  quelques  étroites  fenêtres  à  chaque  étage.  Elles  différaient  peu, 
je  pense,  par  leur  diamètre,  de  celles  qui  flanquaient  le  gros  mur.  Consistaient- 
elles  pareillement  en  un  blocage  revêtu  de  pierres  de  petit  appareil?  je  l’ignore, 
puisqu’il  ne  reste  de  ces  tours  portâtes  aucune  trace,  et  qu’aucun  auteur  ne  les 

'  Le  prétendu  devis  dont  j’ai  parlé  page  65  nous  apprend  que  chaque  porte  de  la  rive  gauche 
avait  coûté  120  livres.  Cette  uniformité  de  prix  prouverait  qu’elles  étaient  toutes  construites  à  peu 
près  sur  le  même  modèle  ;  mais  je  regarde  ce  compte  comme  peu  authentique. 


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décrit  sous  ce  rapport;  je  supposerai  qu’elles  étaient  construites  en  pierres  de 
taille  dans  toute  leur  épaisseur,  ainsi  que  tous  les  pans  de  murs  dont  l’ensem¬ 
ble  constituait  la  forme  générale  des  portes. 

Le  mur  de  face,  qui  reliait  à  l’extérieur  les  deux  tours  un  peu  au  delà  de 
l’axe  de  leur  diamètre,  était  percé  d’une  large  baie  ogivale  encadrée  de  plusieurs 
rangs  de  moulures.  Les  deux  vieilles  tours  qu’on  voit  encore  sur  le  quai  de  l’Hor¬ 
loge,  et  qui  furent  bâties  sous  Philippe  le  Bel,  peuvent  donner  une  idée  des  portes 
de  Ph.  Auguste,  sauf  que  le  mur  de  face,  au  lieu  de  finir  en  pignon,  offrait  au 
sommet  une  ligne  horizontale  dentelée  par  de  larges  créneaux. 

A  côté  de  la  baie  ogivale,  en  existait-il  une  plus  étroite  pour  le  passage  des 
piétons  ?  Je  crois  que  ces  petites  portes  latérales  sont  une  innovation  du  XÏVe  siè¬ 
cle.  Pour  entrer  dans  la  ville,  on  traversait  une  voûte  obscure,  qui  avait  en 
étendue  la  profondeur  du  bâtiment.  Ce  passage  était  probablement  consolidé  par 
des  arcs  à  nervures. 

Du  côté  de  la  ville,  le  bâtiment  n’offrait,  je  pense,  qu’une  face  unie,  percée  de 
quelques  étroites  fenêtres  donnant  du  jour  aux  salles  de  l’intérieur.  La  nudité  du 
mur  était  sans  doute  égayée  de  quelques  ornements  en  saillie.  On  y  voyait  peut- 
être  l’effigie  du  saint  qui  avait  donné  son  nom  à  la  porte ,  ou  encore  le  blason 
sculpté  de  la  ville  de  Paris,  blason  que  Ph.  Auguste  lui  avait  accordé  l. 

Sur  une  des  faces  de  la  porte  (à  l’extérieur,  je  pense),  au-dessus  ou  à  côté  de 
la  baie  d’entrée,  s’élevait  une  statue  de  la  Vierge,  placée  soit  sur  un  socle  et 
protégée  par  un  dais  de  pierre  sculpté,  soit  au  fond  d’une  niche  pratiquée  dans 
l’épaisseur  du  mur.  Corrozet  (folio  11),  et  Sauvai  (t.  I,  p.  31),  nous  ont  laissé  des 
détails,  assez  vagues  du  reste,  sur  cette  particularité,  dont  nous  reparlerons  au 
sujet  de  plusieurs  portes  de  l’enceinte  du  nord.  Je  suppose  que  cette  remarque 
s’applique  également  aux  portes  méridionales.  Aux  termes  d’une  ordonnance  de 
François  Ier,  en  date  d’avril  1533,  époque  où  la  plupart  des  portes  de  la  rive 
droite  furent  abattues,  les  statues  de  la  Vierge,  qui  les  ornaient,  durent  être 
conservées  et  dressées  dans  un  endroit  apparent  et  peu  distant  de  la  place  qu’oc¬ 
cupaient  ces  portes. 

Le  rez-de-chaussée  du  bâtiment  était  vraisemblablement  divisé  .en  deux  salles 
basses  par  le  passage  de  la  voûte  ogivale.  Ces  salies,  communiquant  avec  les  tours, 
servaient  de  corps-de-garde,  ou  de  dépôt  pour  des  armures  et  des  machines  de 
guerre,  et  avaient  peut-être  des  issues  sous  la  voûte.  Au-dessus  du  plafond  voûté 
du  rez-de-chaussée,  se  trouvait  la  grande  salle  du  premier  étage,  destinée  à 

1  Le  blason  de  Paris,  sculpté  sur  diverses  portes  de  3a  rive  gauche,  n’était  pas  contemporain  de 
Ph.  Auguste.  D’autres  furent  décorées,  mais  aussi  postérieurement  à  ce  roi,  des  armes  de  France. 

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PORTES  DE  PARIS.  CONSIDÉRATIONS  GÉNÉRALES. 


loger  des  gens  d’armes,  et  recevant  du  jour  principalement  du  côté  de  la  ville. 

Dans  cette  même  salle  se  trouvait  une  ou  deux  herses  qu’on  laissait  tomber, 
quand  on  voulait  défendre  le  passage.  En  outre ,  la  baie  devait  être  fermée,  au 
moins  du  côté  de  la  campagne,  de  forts  vantaux  bardés  de  lames  de  fer,  qu’on 
ouvrait  pendant  le  jour.  La  description  de  tous  ces  détails  ne  repose  pas  sur  d’an¬ 
ciens  documents,  mais  sur  la  vraisemblance. 

La  chambre  du  premier  étage  avait  pour  plafond  la  voûte  qui  soutenait  la 
plate-forme  de  l’édifice,  à  moins  d’admettre  un  second  étage  1 .  En  un  coin  du  b⬠
timent,  ou  dans  une  des  tours  de  la  porte,  était  placé  un  escalier  à  vis  conduisant 
à  tous  les  étages  et  ayant  issue  sur  la  plate-forme.  Dans  certaines  villes,  cet  esca¬ 
lier  était  en  plein  air,  appuyé  contre  le  bâtiment,  du  côté  de  la  ville.  Mais  je  crois 
cette  disposition  (dont  les  remparts  de  Cologne,  d’Aigues-Mortes  et  autres  villes 
donnent  une  idée),  postérieure  au  XIIIe  siècle. 

Les  plates-formes  des  bâtiments  des  portes  étaient-elles  de  niveau  avec  celles 
des  tours  qui  les  flanquaient?  c’est  ce  qu’il  serait  difficile  de  prouver.  Je  penche¬ 
rais  volontiers  pour  l’affirmative.  Il  est  vraisemblable  que  dans  l’origine  ces  plates- 
formes  ne  portaient  pas  de  toits,  afin  qu’on  pût  y  placer  des  machines  de  guerre; 
cependant  nous  verrons,  à  l’article  de  la  porte  Buci,  que  cette  porte,  en  1209, 
était  couverte  en  tuiles;  mais  c’était  peut-être  une  exception. 

Les  parapets  crénelé^  qui  couronnaient  les  plates-formes  n’étaient  sans  doute 
pas,  au  XIIIe  siècle,  établis  en  saillie  sur  des  consoles  dont  les  intervalles  formaient 
ces  vides  ,  ces  créneaux  ouverts  sur  un  plan  horizontal  et  nommés  mâchicoulis, 
puisque  ce  genre  d'accessoires,  qui  donne  aux  vieux  édifices  une  allure  si  gra¬ 
cieuse  et  si  pittoresque,  ne  fut,  assure-t-on,  usité  qu’au  siècle  suivant.  Le  sommet 
des  portes  offrait  alors  un  aspect  nu  et  sévère,  qui  rappelait  celui  de  l’architec¬ 
ture  militaire  des  anciens. 

Ph.  Auguste,  n’ayant,  pas  accompagné  son  mur  d’enceinte  d’un  fossé,  la  face 
extérieure  de  ses  portes  n’était  pas  façonnée  pour  recevoir  les  flèches  d’un  pont- 
levis.  Ce  fut  seulement  sous  Charles  Y,  ou  sous  son  successeur,  que  l’on  commença 
à  leur  donner  une  nouvelle  disposition.  A  cette  époque,  on  ne  rebâtit  certaine¬ 
ment  pas  les  portes,  mais  on  en  modifia  les  bâtiments,  sans  toucher  aux  anciennes 
tours.  Dulaure  avance,  d’après  Sauvai,  je,  crois,  que  ces  portes  ne  furent  fortifiées 
de  tours  que  sous  Charles  Y.  C’est,  à  mon  avis,  une  erreur,  car,  je  le  répète,  si  on 
les  eût  rebâties  vers  1365,  comme  l’assure  Sauvai  (t.  III,  p.  126),  on  leur  eût 
donné,  comme  à  celles  de  la  rive  droite,  une  forme  de  bastide.  On  retoucha  seu- 

1  Le  bâtiment  de  la  porte  de  Nesle  offrait  trois  étages  au-dessus  du  rez-de-chaussée,  mais  ce  bâti¬ 
ment  n’était  probablement  pas  du  temps  de  PL.  Auguste,  commeje  le  dirai  à  son  article,  et  ne  peut 
par  conséquent  passer  pour  un  échantillon  des  portes  du  XIIIe  siècle. 


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lement  aux  murs  de  face,  et  on  en  consolida  les  fondations,  comme  je  l’ai  déjà 
expliqué  page  69. 

L’appendice  le  plus  important,  après  le  fossé  et  les  ponts  ,  ajouté  à  ces  portes, 
ce  fut  une  avant-porte  fortifiée,  à  peu  près  semblable  à  celles  qui  précédaient 
les  portes  neuves  de  la  rive  droite,  et  que  je  décrirai  plus  loin.  Les  portes  S.  Jac¬ 
ques  et  S.  Marcel  étaient  munies  de  fortifications  de  ce  genre,  ainsi  probablement 
que  toutes  les  autres  de  l’Université. 

Quant  aux  portes  septentrionales  de  Ph.  Auguste,  on  n’y  ajouta  ni  pont-levis  ’ 
ni  avant-portes,  puisqu’elles  ne  furent  jamais  accompagnées  de  fossés  :  du  moins 
cette  circonstance  est  à  peu  près  prouvée  (  Yoy.  p.  110  et  suiv.). 

Les  principales  portes  de  l’enceinte  de  Ph.  Auguste  avaient  sans  doute,  je  le 
répète,  une  forme  et  des  dimensions  à  peu  près  semblables,  quand  elles  étaient 
situées  dans  l’axe  des  rues  qui  y  aboutissaient;  mais  Le  plan  de  leur  ensemble 
devait  s’écarter  du  type  général,  quand  ces  rues  ne  rencontraient  pas  le  gros  mur 
à  angle  droit,  comme  il  arrivait  pour  celle  des  Cordeliers  (nommée  plus  tard  S. 
Germain),  que  je  n’ai  su  comment  figurer  sur  ma  planche  II,  dans  sa  forme 
primitive.  Les  tours  qui  fortifiaient  les  portes  construites  dans  cette  condition 
n’étaient  peut-être  pas  placées  sur  la  même  ligne,  et  l’une  était  plus  éloignée 
que  l’autre  du  mur,  à  moins  d’admettre  que  le  bâtiment  de  la  porte  fût  élevé 
sur  un  plan  irrégulier,  du  côté  de  l’intérieur. 

Je  n’ai  rencontré  que  trois  plans  géométraux  qui  puissent  donner  une  idée  des 
portes  dePh.  Auguste  :  ceux  de  la  porte  S.  Jacques  etS.  Marcel  (voy.  planche  XI), 
et  celui  de  la  porte  de  Nesle,  que  je  crois  d’une  construction  plus  moderne.  Quant 
aux  portes  de  la  rive  droite,  abattues  pour  la  plupart  avant  1540,  il  n’en  existe 
pas,  à  ma  connaissance,  le  moindre  plan  ou  dessin  particulier.  C’est  donc  d’a¬ 
près  ces  trois  documents  que  j’ai  dû,  par  analogie,  tracer  toutes  les  autres  portes; 
il  est  évident  que  mes  dessins  ne  sont  qu’approximatifs. 

Outre  les  principales  portes  de  Ph.  Auguste,  on  comptait,  surtout  du  côté  de 
la  rive  droite,  un  assez  grand  nombre  d v  poternes  ou  fausses-portes  2,  expression 
qui  semble  désigner  des  entrées  de  Paris  d’une  importance  secondaire. 

Il  serait  assez  difficile  de  préciser  ce  qu’il  faut  entendre  par  le  mot  poterne . 
Les  anciens  comptes  employent,  en  certains  cas,  indifféremment  l’expression  de 
porte  ou  celle  de  poterne.  Dans  un  acte  de  1209,  Philippe  Auguste  fait  don  à 
l’abbaye  S.  Germain  d’une  porte  de  ville  non  terminée  (celle  dite  plus  tard  Buci, 

'  Il  n’est  pas  sûr  que  toutes  les  portes  du  midi  aient  été  munies  d’un  pont-levis.  Le  contraire 
est  même  probable. 

*  Nous  rappellerons  encore  que,  dès  Charles  VI,  on  nomma  aussi  fausses-portes  les  anciennes 
portes  de  l’enceinte  septentr.  de  Ph..  Auguste,  ainsi  que  celles  situées  au  haut  des  faubourgs. 


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à  l’extrémité  de  la  rue  S.  Àndré-des-Arts)  ;  il  la  nomme  en  latin  «  posternara 
murorum  nostrorum  »  ;  mais  les  portes  donnant  issue  aux  rues  les  plus  impor¬ 
tantes  ont  invariablement  été  nommées  portes.  On  n’a  jamais  dit  la  poterne 
S.  Jacques  ou  S.  Denis.  Ce  mot  indique  donc,  pris  dans  sa  véritable  acception, 
une  sorte  d’entrée  supplémentaire,  qui  n’est  pas  toujours  ouverte ,  qui  ne  con¬ 
duit  pas  à  une  rue  principale. 

J’ai  vu  néanmoins  des  dessins  de  certaines  portes  de  nos  provinces,  qui  se  nom¬ 
maient  poternes,  et  qui  pourtant  offraient  un  aspect  monumental,  et  paraissaient 
munies  de  tous  les  accessoires  qui  constituent  les  portes  fortifiées  de  premier 
ordre. 

À  Paris,  le  mot  poterne  ou  fausse  porte  s’appliquait  spécialement  à  une  simple 
baie  percée  dans  le  gros  mur,  destinée  à  livrer  passage  à  une  rue  peu  fréquentée. 
Ces  baies  ont  été  sans  doute  pour  la  plupart  établies  postérieurement  à  la  con¬ 
struction  de  l’enceinte,  au  fur  et  à  mesure  des  besoins  des  habitants.  Plusieurs 
d’entre  elles  furent  même  fortifiées  de  tours,  comme  la  poterne  S.  Paul  ;  mais 
elles  n’en  différaient  pas  moins  des  portes  principales,  en  ce  que  les  tours  qui  les 
protégeaient  au  dehors  étaient  seulement  des  tours  murales,  qui  s’élevaient 
à  peine  au-dessus  du  mur  d’enceinte,  tandis  que  les  véritables  portes,  les  maî¬ 
tresses-portes,  comme  on  disait  autrefois,  étaient  flanquées  de  tours  à  plusieurs 
étages,  dépassant  de  beaucoup  la  plate-forme  de  ce  mur,  et  accompagnées  de 
bâtiments  assez  vastes,  contenant  des  chambres  voûtées. 

Ces  dernières  étaient  de  véritables  forts  munis  de  tous  les  accessoires  de  dé¬ 
fense;  il  fallait,  pour  pénétrer  dans  la  ville  par  ces  portes,  passer  sous  une  voûte 
profonde,  qu’en  temps  de  guerre  fermaient  des  herses  massives;  c’était  en  un 
mot  des  édifices,  tandis  que  les  poternes  étaient  de  simples  issues  qu’on  bou¬ 
chait  en  cas  de  danger  ;  l’intérieur  de  leur  baie  n’avait  de  profondeur  que  l’épais¬ 
seur  du  mur;  il  n’y  avait  pas  de  logis  au-dessus,  ni  de  herse;  elles  servaient  uni¬ 
quement  de  voies  de  communication  et  non  de  points  de  défense. 

Du  reste,  il  y  avait  à  Paris  des  poternes  d’un  aspect  plus  ou  moins  imposant 
au  dehors,  selon  l’importance  de  la  rue  à  laquelle  elles  introduisaient;  mais  à 
l’intérieur,  elles  n’offraient  aucune  saillie.  Si  l’on  s’en  rapporte  au  plan  de 
Braun,  il  y  avait  des  poternes  consistant  en  des  sortes  de  pavillons  à  arcades 
telles  que  celle  du  Bourg-!’ Abbé;  celles  des  Béguines  et  de  Beaubourg  étaient 
établies  chacune  dans  une  tour  murale,  avec  un  vide  en  forme  de  puits  entre  la 
la  double  baie;  celle  dite:  Au  Comte  d’Artois  a  probablement,  comme  je  l’expli¬ 
que  page  96,  été  percée  à  côté  d’une  tournelle  de  l’enceinte  ;  celles  S.  Paul,  Bar¬ 
bette  et  Coquillière  s’ouvraient  entre  deux  tours,  mais  n’étaient  accompagnées 
d’aucun  corps  de  logis. 


PORTES  DE  PARIS.  CONSIDÉRATIONS  GÉNÉRALES. 


213 


Toutes  les  questions  que  je  viens  de  soulever  au  sujet  des  portes  de  Ph.  Au¬ 
guste  attendent  encore  une  solution  positive.  Jusqu’à  la  découverte  de  nouveaux 
documents  écrits  ou  dessinés,  il  faut  se  contenter  de  conjectures  et  raisonner 
par  analogie,  c’est-à-dire  en  comparant  ces  portes  avec  des  édifices  du  même 
genre,  attenants  à  des  enceintes  non  modernisées  du  XIIIe  siècle. 

Les  vieux  plans  à  vol  d’oiseau  ne  nous  fournissent,  sur  les  portes  du  nord,  que 
des  renseignements  douteux.  Celui  de  Munster  et  tous  ceux  qui  dérivent  de  la 
même  source  les  représentent,  mais  si  grossièrement,  qu’on  ne  peut  les  con¬ 
sulter.  Celui,  bien  moins  imparfait,  édité  par  Braun  les  retrace  aussi,  mais  son 
témoignage  n’est  pas  digne  de  toute  confiance. 

Quant  aux  portes  méridionales,  on  les  voit  en  élévation  sur  tous  les  plans  an¬ 
térieurs  à  1680;  malheureusement  les  plus  détaillés  n’en  donnent  qu’une  idée 
vague  et  ne  sont  jamais  d’accord  entre  eux;  ce  qui  prouve  assez  que  la  figure 
de  ces  édifices  a  pour  base  des  dessins  faits  de  mémoire,  ou  même  de  fantaisie. 

Si  nous  passons  aux  portes  élevées  sous  Charles  Y  (du  côté  du  nord),  et  termi¬ 
nées  sous  son  successeur,  nous  trouverons,  en  les  comparant  avec  celles  de  Ph. 
Auguste,  des  différences  fondées  surtout  sur  la  nécessité  de  défendre  la  capitale 
contre  la  nouvelle  puissance  de  l’artillerie.  D’abord,  on  diminua  le  nombre  des 
portes  et  des  tours  murales,  et  l’on  n’admit  plus  de  poternes.  L’enceinte  bâtie 
sur  la  rive  droite  vers  1370  ne  livra  passage  qu’à  six  portes,  ouvertes  à  l’extré¬ 
mité  des  rues  principales  :  celles  S.  Antoine,  du  Temple,  S.  Martin,  S.  Denis  et 
S.  Honoré,  quoique  l’arc  de  cette  enceinte  fût  d’un  tiers  au  moins  plus  étendu 
que  celui  de  la  clôture  de  1190. 

On  renonça,  dans  la  construction  de  ces  portes,  aux  tours  cylindriques,  ou  du 
moins  on  ne  les  employa  qu’à  titre  d'accessoires,  ou  d’embellissements.  Les 
hautes  tours  rondes  de  la  seconde  porte  S.  Antoine,  élevées  au  XIVe  siècle  (  Voyez 
p.  122)  furent  sans  doute  le  dernier  échantillon  de  ce  genre.  Du  reste,  cette 
porte  dura  fort  peu  de  temps,  puisque  vers  1369  elle  fut  incorporée  à  la  Bastille. 

La  forme  carrée  fut  adoptée  pour  les  tours  et  les  portes,  comme  la  plus  favo¬ 
rable  au  placement  et  à  la  manœuvre  des  canons.  Ces  portes  étaient  spécialement 
désignées  sous  le  nom  de  Bastides,  mot  à  peu  près  synonyme  de  forteresse  1 . 
C’était  en  effet  des  bâtiments  formés  d’épaisses  murailles.  Les  tours  cylindriques 
qui  entraient  dans  leur  architecture  étaient  d’étroit  diamètre;  elles  servaient 
moins  à  fortifier  l’édifice  qu’à  en  adoucir  les  angles,  qu’à  en  marquer  la  desti- 

1  Nous  avons  vu,  p.  132,  que  les  tours  carrées  de  cette  enceinte  se  nommaient  aussi  :  Bastides 
sur  les  murs.  C’était  en  effet  de  petits  forts,  mais  moins  vastes  que  les  portes,  et  moins  compliqués 
dans  leur  forme. 


« 


214 


PORTES  DE  PARIS.  CONSIDÉRATIONS  GÉNÉRALES. 


nation.  Le  plus  souvent  même,  on  se  bornait  à  suspendre  aux  encoignures,  et 
aussi  au  mur  de  la  façade  extérieure,  des  tourelles  à  cul-de-lampe,  qui  donnaient 
à  la  masse  un  aspect  plus  élégant.  Les  portes  S.  Antoine,  S.  Martin  et  S.  Honoré 
étaient  de  ce  genre.  Les  tourelles  qui  les  flanquaient  servaient  d’échauguettes, 
ou  renfermaient  l’escalier  à  vis  qui,  du  premier  étage,  conduisait  à  la  plate-forme. 

Au  résumé,  au  XIIIe  siècle  les  tours  rondes  étaient  le  principal  corps  d’une 
porte  de  ville  :  au  XIVe,  elles  n’en  étaient  plus  que  l’accessoire. 

Les  portes  de  Charles  V  avaient  plus  de  profondeur,  plus  de  saillie  du  côté  de 
la  campagne,  que  celles  de  Ph.  Auguste,  de  sorte  que  leurs  flancs  ou  profils  pro¬ 
tégeaient  le  mur  et  les  fossés,  à  la  manière  des  bastions  modernes.  On  pratiquait 
dans  ces  flancs  des  embrasures  d’où  l’on  tirait  de  biais  sur  les  assaillants,  poul¬ 
ies  éloigner  du  fossé.  Au  reste,  les  tours  rondes  de  Ph.  Auguste  remplissaient  au¬ 
trefois  à  peu  près  les  mêmes  fonctions. 

Un  pont  de  pierre  jeté  sur  le  fossé  mettait  la  voûte  du  passage  de  plain-pied  avec 
le  sol.  Dès  Charles  V,  ou  un  peu  plus  tard,  ce  pont,  coupé  devant  la  baie  d’entrée, 
faisait  place  à  un  pont-levis.  Toutes  les  portes  de  Paris  n’avaient  pas  encore  de 
pont-levis  sous  Charles  V ;  du  moins  celles  S.  Antoine  et  Montmartre  n’en  furent 
pourvues  que  sous  son  successeur.  Les  ponts  de  pierre,  accompagnés  d’un  pont- 
levis,  prenaient  alors  la  dénomination  de  ponts  dormants,  c’est-à-dire  immobiles, 
par  rapport  aux  seconds.  Sur  les  vieux  plans,  ces  ponts  dormants,  au  nord  comme 
au  sud,  ont  de  deux  à  quatre  arches  sur  le  fossé  principal. 

Les  murs  de  face  des  portes  étaient  percés  de  baies,  soit  ogivales  soit  en  forme 
d’arc  surbaissé  (forme  déjà  usitée  au  XIVe  siècle).  L’intérieur  de  cette  baie  of¬ 
frait  un  passage  voûté,  interrompu  vers  le  milieu  par  une  petite  cour,  dont  nous 
parlerons  bientôt. 

A  côté  de  la  baie  principale  était  percée,  selon  l’usage  du  temps,  une  autre  baie 
beaucoup  plus  étroite,  destinée  aux  piétons,  et  munie  d’un  pont-levis  particulier, 
qu’on  redressait  au  moyen  d’une  seule  flèche.  La  largeur  du  pont  dormant  faisait 
face  à  cette  double  entrée. 

Chaque  baie  devait  être  fermée  de  ventaux  épais,  bardés  de  gros  clous  ou  de 
lames  de  fer.  Quand  on  eut  ajouté  des  ponts-levis,  l'entrée  du  bâtiment  était  d’au¬ 
tant  plus  difficile  à  forcer,  que  les  ponts-levis  relevés  formaient  une  nouvelle  bar¬ 
rière  ajoutée  aux  vantaux  et  à  la  herse,  simple  ou  double,  qui  défendait  l’ouver¬ 
ture  du  corridor  voûté. 

A  l’entrée  du  pont  dormant,  sur  la  chaussée  qui  séparait  le  grand  fossé  de  l’ar- 
rière-fossé,  s’élevait,  peut-être  dès  le  temps  de  Charles  V,  une  petite  bastide  ou 
avant-porte,  dont  la  baie  n’était  pas  dans  l’axe  de  celle  de  la  porte  principale, 
disposition  qui  avait  pour  but  de  multiplier  les  difficultés  de  l’abord  et  de  prendre 


PORTES  DE  PARIS.  CONSIDÉRATIONS  GÉNÉRALES. 


215 


l’ennemi  en  flanc.  Cette  ayant-porte  avait  son  pont  de  pierre  d’une  seule  arche 
jeté  sur  l’arrière-fossé.  Elle  avait  aussi  sa  herse  particulière  ;  mais  cette  herse  se 
relevait  ou  s’abaissait  par  un  système  de  bascule,  au  lieu  de  se  manœuvrer  de 
haut  en  bas,  parce  que  ce  petit  bâtiment  n’avait  pas  de  salle  au  premier  étage. 
L’ensemble  de  cette  avant-porte  se  nomme  souvent  la  herse  dans  les  anciens  actes. 

Plus  tard,  on  ajouta  devant  cette  avant-porte  ou  barbacane ,  deux  murs  épais, 
percés  de  meurtrières  et  placés  obliquement,  de  manière  à  former  un  angle  dont 
le  sommet  regardait  la  campagne.  Cet  appendice,  dont  on  voit  des  restes  devant 
les  portes  d’anciens  châteaux,  se  nommait  ravelin  ou  demi-lune,  et  peut-être  aussi 
(voy.  p.  165)  murs  de  barbacane.  On  peut  considérer  cette,  invention  comme  l’i¬ 
dée  mère  de  nos  bastions  modernes  à  deux  faces,  dont  la  forme  angulaire  est  si 
propice  au  système  des  feux  croisés. 

Sous  Charles  Y,  on  avait  conservé  l’antique  usage  de  combattre  du  haut  des 
murailles  et  des  portes,  et  d’en  lancer  ou  laisser  tomber  diverses  sortes  de  pro¬ 
jectiles.  Les  portes  étaient  donc  terminées  par  une  plate-forme  couronnée  de 
parapets  crénelés.  Mais  il  faut  observer  que  les  merlons  étaient  plus  larges  qu’au 
siècle  précédent,  ou,  si  l’on  préfère,  que  les  créneaux  étaient  plus  étroits  et  moins 
nombreux.  Ces  parapets,  en  saillie  sur  les  murs  des  bâtiments,  s’appuyaient,  sans 
aucun  doute,  sur  des  consoles  dentelées,  séparées  par  des  intervalles  dont  le  vide 
formait  des  mâchicoulis. 

Dès  le  temps  de  Charles  Y,  les  plates-formes  des  portes  ont  pu,  comme  celles 
des  tours,  être  couvertes  de  toits,  mais  de  toits  disposés  de  manière  à  laisser  libre 
l’abord  des  parapets  crénelés.  C’est  ainsi  que  figurent  plusieurs  portes  de  ville 
du  XVe  siècle  sur  d’anciennes  miniatures. 

Sauvai,  qui  a  dû  voir  encore  debout  quelques-unes  des  portes  de  Charles  V, 
avant  leur  destruction,  en  parle  ainsi  (t.  ï,  p.  42)  :  «  Chacune  des  portes  fut 
«  couverte  d’une  bastille  de  pierre  semblable  en  quelque  sorte  à  cette  grosse  tour 
«  ronde  du  Châtelet,  environnée  de  quatre  tourelles.  »  Cette  phrase  ne  semble 
pas  très-claire,  et  la  comparaison  de  ces  bâtiments  avec  une  grosse  tour  ronde 
est  tout  à  fait  inexacte.  Il  aura  voulu  dire  une  grosse  tour  carrée ,  et  désigner 
cette  portion  du  Grand-Châtelet  qui,  sur  d’anciens  dessins,  offre,  du  côté  de  la 
rue  de  la  Joaillerie,  un  gros  pavillon  carré  flanqué  à  chaque  angle  d’une  tourelle 
cylindrique.  La  suite  de  son  récit  paraît  confirmer  mon  interprétation.  «  Chacune 
«  de  ces  portes  fut  bordée  de  corps-de-garde  et  terminée  de  deux  porteaux 
«  (façades);  le  vide  qui  se  rencontroit  entre  deux,  se  nommoit  basse-court,  y 
«  compris  le  corps-de-garde  des  deux  côtés,  qui  étoient  bordés  de  sièges  de  plâtre  : 

«  tout  le  reste  étoit  de  pierre  de  taille  ;  les  porteaux,  voûtés  chacun  de  six  arcs 
«  doubleaux,  portaient  de  larges  terrasses  pavées  qui  regnoient  au-dessus  des 


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PORTES  DE  PARIS.  CONSIDÉRATIONS  GÉNÉRALES 


«  corps-de-garde  et  rouloient  autour  des  porteaux  et  de  la  basse-court  ;  quatre 
«  tours  rondes,  couvertes  d’un  comble  d’ardoise,  deux  du  côté  de  la  ville  et  autant 
«du  côté  des  faubourgs,  en  defendoient  l’approche  de  toutes  parts;  et  de  plus, 

«  par  dehors,  on  n’y  pouvoit  entrer  que  par  un  pont  dormant  et  un  pont-levis.  » 

Ces  détails  ne  peuvent  convenir  à  toutes  les  portes  de  Charles  Y,  qui  étaient 
loin  d’être  uniformes,  si  l’on  s’en  rapporte  aux  vieux  plans.  Peut-être  Sauvai  a-t-il 
eu  en  vue  particulièrement  la  porte  S.  Denis.  Au  reste,  son  récit  peut  donner  une 
idée  générale  de  leur  style  et  de  leur  ensemble. 

Il  est  à  remarquer  qu’aucun  ancien  plan,  acte,  compte  ou  chronique,  ne  signale 
de  poterne  ouverte  dans  l’arc  compris  entre  la  bastide  S.  Honoré  et  celle  S.  An¬ 
toine.  Si  l’on  excepte  les  six  rues  principales  qui  aboutissaient  aux  portes,  toutes 
les  autres  étaient  des  sortes  d’impasses,  ayant  pour  limites  le  chemin  de  ronde 
intérieur.  Il  était  très-facile,  dans  l’enceinte  de  Ph.  Auguste,  d’établir  une  nou¬ 
velle  issue  :  il  suffisait  de  percer  le  gros  mur,  quitte  à  le  rétablir  au  besoin  ;  mais 
l’ouverture  d’une  porte  à  travers  un  rempart  suivi  d’un  double  fossé  exigeait 
beaucoup  plus  de  dépenses,  car  elle  nécessitait  la  construction  d’un  double  pont. 
Aussi,  pour  divers  motifs  faciles  à  expliquer,  s’en  est-on  tenu  constamment  au  nom¬ 
bre  déportés  décidé  dès  l’an  1356  \  On  regardait  comme  un  avantage  d’avoir 
peu  de  portes,  mais  bien  fortifiées,  comme  aussi  peu  de  tours  murales,  parce  que, 
depuis  l’invention  de  l’artillerie,  ces  tours,  servant  de  bastions,  exigeaient  un 
espacement  assez  large  pour  atteindre  ce  but.  Au  XIIe  siècle,  on  multipliait  les 
points  de  défense;  au  XIVe,  on  en  réduisait  le  nombre,  mais  on  en  augmentait 
la  puissance  défensive. 

Presque  toutes  les  portes  de  Charles  V,  sur  la  rive  droite,  furent  réparées  plus 
ou  moins  sous  Louis  XI,  mais  n’éprouvèrent,  c’est  probable,  aucune  modification 
générale  dans  leur  forme  primitive.  Deux  de  ces  portes  avaient  perdu  cette 
forme  (je  ne  sais  depuis  quel  temps)  sous  François  Ier.  Sur  les  plans  de  cette  épo¬ 
que,  les  portes  Montmartre  et  du  Temple  ne  sont  plus  que  de  simples  pavillons 
non  fortifiés.  C’est  peut-être  sous  ce  roi  qu’ elles  furent  ainsi  rebâties.  Celle  de 
Buci,  qu’il  fit  reconstruire  sur  la  rive  gauche,  offre  aussi  l’aspect  d’un  pavillon  à 
toit  aigu.  Déjà  l’on  commençait  à  considérer  les  portes  de  ville  comme  peu  pro¬ 
pres  à  une  défense  sérieuse  contre  le  canon  ;  aussi  fit-on,  sous  ce  règne  et  sous 
les  suivants,  ouvrir,  en  diverses  occasions,  autour  des  faubourgs  de  Paris,  des 
tranchées  remparées,  assez  semblables  à  celles  qu’on  pratique  de  nos  jours.  Un 
simple  terrassement  en  pleine  campagne,  muni  d’un  fossé,  semblait  un  meilleur 

1  11  faut  excepter  la  porte  Neuve,  établie  en  1536  près  de  la  Tour  de  Bois,  et  une  porte  des  Céles- 
fins,  percée  dans  la  portion  de  clôture  qui  reliait  la  tour  de  Billy  à  celle  Barbeau. 


PORTES  DE  PARIS.  CONSIDÉRATIONS  GÉNÉRALES. 


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abri  pour  établir  l’artillerie  ou  repousser  celle  de  l’ennemi,  que  tout  l’ancien  ap¬ 
pareil  de  murailles,  de  tours  et  de  bastides. 

Sous  Henri  II,  on  eut  la  première  idée  de  remplacer  une  ancienne  porte  forti¬ 
fiée  par  un  arc  de  triomphe.  La  porte  S.  Antoine,  commencée  sous  ce  roi,  avait 
en  effet  ce  caractère;  ce  n’était  plus  une  bastide,  mais  un  monument  de  décoration. 
Les  portes  S.  Victor  et  S.  Bernard,  rebâties  sous  Henri  III  et  Henri  IV,  n’étaient 
que  des  pavillons  carrés.  Il  en  fut  ainsi  sous  le  règne  de  Louis  XIII.  Quand  on  y 
ajoutait  des  tourelles  en  encorbellement ,  comme  on  fit  à  la  porte  Richelieu, 
c’était  plutôt  pour  les  embellir  que  pour  les  fortifier. 

A  cette  dernière  époque,  les  enceintes  bastionnées  étaient  d’un  usage  général; 
on  renonça  définitivement  aux  portes-bastides,  et  quand  on  répara  les  anciennes, 
on  leur  donna  une  forme  nouvelle. 

On  conçoit  que  le  système  de  bastions  à  deux  faces  rendait  inutile  la  fortifica¬ 
tion  des  portes,  dont  le  rôle  avait  bien  changé  :  car,  au  lieu  de  fortifier  l’enceinte, 
elles  étaient  elles-mêmes  protégées  par  les  bastions.  Aussi  consistaient-elles 
en  un  simple  bâtiment,  composé,  pour  l’agrément  des  yeux,  de  pierres  mêlées 
de  briques,  et  orné  de  quelques  sculptures.  Leurs  faces  étaient  percées  de  larges 
fenêtres,  et  leur  intérieur  pourvu  de  logements  habitables. 

Sous  le  règne  de  Louis  XIV,  l’enceinte  bastionnée  de  Paris  et  les  portes  forti¬ 
fiées  parurent  complètement  inutiles.  On  regarda  comme  le  vrai  rempart  de  la 
capitale  les  citadelles  de  la  frontière.  Dès  lors  les  anciennes  portes  de  la  ville  tar¬ 
dèrent  peu  à  être  abattues  ou  remplacées  par  des  arcs  de  triomphe,  nommés 
portes  S.  Denis,  S.  Martin,  S.  Bernard  et  S.  Antoine.  Les  portes  de  la  Confé¬ 
rence,  Richelieu  et  S.  Honoré,  quoique  assez  majestueuses  et  encore  en  bon  état, 
disparurent  vers  1730.  Il  ne  nous  reste  plus  que  celles  S.  Denis  et  S.  Martin. 

Aujourd’hui  Paris,  à  proprement  parler,  n’a  plus  de  portes ,  car  ces  dernières 
sont  des  édifices  de  pure  décoration,  et  nos  barrières,  des  sortes  de  petits 
temples,  logis  beaucoup  trop  somptueux  pour  les  employés  de  l’octroi.  On  a  mé¬ 
nagé  dans  la  courtine  de  notre  nouveau  rempart  bastionné  de  simples  issues, 
pour  le  passage  des  voies  importantes  ;  maison  n’y  a  pas  construit  de  bâtiments 
pour  combler  ces  vides,  assez  défendus  par  le  feu  des  bastions  voisins,  et  d’ail¬ 
leurs  faciles  à  barricader,  en  cas  d’urgence.  Reviendra-t-on  à  dire  un  jour, 
comme  sous  Vauban  :  Le  rempart  de  Paris,  c’est  la  frontière  ? 

Encore  quelques  pages  sur  nos  anciennes  portes.  Observons  que  l’usage  de 
donner  ce  nom  de  porte  à  tout  l’ensemble  d’un  gros  bâtiment  fortifié  est  un  abus 
de  mots.  Nous  entendons  par  porte  :  le  bâtiment,  la  baie  dont  il  est  percé,  et  le 
vantail  simple  ou  double  qui  ferme  l’ouverture.  Il  résulte  de  ce  triple  sens  bien 

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des  méprises  Ainsi,  quand  on  lit  dans  les  anciennes  chroniques,  qu’on  a  brûlé, 
saccagé,  rompu  une  porte  de  Paris,  je  pense  qu’on  doit  entendre  les  parties  li¬ 
gneuses,  et  non  la  maçonnerie  de  l’édifice.  C’est  en  ce  sens  qu’il  faut  interpréter 
un  passage  (voy.  page  135)  où  l’on  dit  que  le  connétable  de  Clisson  fit,  en  1383, 
abattre  toutes  les  portes  nouvellement  construites;  car  il  n’est  pas  vraisemblable 
qu’on  eût  démoli,  après  quelques  années  d’existence,  de  si  solides  monuments 
de  pierres  de  taille.  Mauperché  ( Paris  ancien,  p.  151)  s’imagine  qu’il  s’agit  ici 
des  portes  de  Ph.  Auguste  :  c’est  une  méprise  d’un  autre  genre. 

J’emploierai  nécessairement  le  mot  porte  avec  le  triple  sens  que  l’usage  a  con¬ 
sacré,  mais  en  observant,  dans  l’occasion,  de  bien  m’expliquer  sur  les  parties  de 
ces  bâtiments  dont  il  sera  question. 

En  temps  de  danger  imminent,  on  murait,  on  étoupait,  comme  on  disait  autre¬ 
fois,  une  partie  des  portes  de  la  capitale.  Le  Journal  de  Paris  sous  Charles  VI  en 
fournit  beaucoup  d’exemples.  En  1408,  on  mure  de  piastre  les  portes  S.  Martin, 
du  Temple  et  Montmartre,  et  l’on  change  les  serrures  et  les  clefs  de  toutes  les 
autres;  aux  années  1413,  1415  et  1416,  on  en  mure  une  partie;  en  1418,  on 
mure  la  porte  S.  Antoine,  et  il  ne  reste  que  deux  portes  ouvertes  :  celles  S.  Denis 
et  S.  Germain. 

Lorsqu’on  apprit  la  captivité  de  François  Ier  (1525),  on  se  hâta  d’étouper  toutes 
les  portes  de  Paris,  moins  celles  S.  Victor,  S.  Jacques,  S.  Denis,  S.  Antoine  et 
S.  Honoré.  Rouvertes  en  1538,  elles  furent,  un  peu  plus  tard,  encore  fermées 
jusqu’en  1550.  Pendant  les  guerres  de  la  Ligue,  on  tint  constamment  murées  une 
partie  des  portes  de  Paris. 

Vers  1371  parut  un  arrêt  du  Parlement  qui  maintient  Jehan  Paurille,  ou  Pa- 
mille,  gardien  des  portes  de  la  ville  (Registre  cité,  page  124). 

Au  temps  de  Charles  VI,  et  même  bien  antérieurement,  les  bourgeois,  consti¬ 
tués  en  une  sorte  de  garde  nationale,  étaient  chargés,  en  temps  de  guerre  ou  de 
troubles,  de  garder  les  portes  de  Paris;  on  en  trouve  de  nombreuses  preuves  dans 
nos  vieilles  chroniques.  Le  29  avril  1411,  une  ordonnance  enjoignit  aux  bourgeois 
de  faire  garde  et  guet  aux  portes,  pendant  le  jour. 

En  1488,  dit  Corrozet  (folio  143),  «les  Parisiens,  enclins  à  V amour  de  leur 
«  Roy,  establirent...  gardes  aux  portes,  dont  aucunes  furent  estoupées,  mesme 
«  celle  de  Bussi,  qui  a  esté  ouuerte  du  temps  du  Roy  François  premier.  » 

1525,  1 1  mars,  ordre  du  Prévôt  des  Marchands  qui  enjoint  aux  Quarteniers  qui 
ont  les  clefs  des  portes  S.  Denis  et  S.  Jacques,  de  loger  dans  ces  portes  qu’on  ouvre 
de  jour  et  de  nuit,  pour  les  postes  «  et  là  où  ils  ne  le  pourroient  ou  voudroient 
«  faire,  ils  seroient  contraints  mettre  des  bourgeois,  gens  de  bien,  loger  ez  dictes 
«  portes,  qui  seront  payez  aux  despens de  ladicte  ville,  etc.»  (Félibien,t.  IV,p  654). 


PORTES  DE  PARTS.  CONSIDÉRATIONS  GÉNÉRALES. 


219 


Le  7  avril  de  la  même  année,  parut  un  règlement  (  ibid . ,  p.  660)  pour  la  garde 
des  portes.  Le  prévôt  Jehan  Morin  s’y  plaint  de  ce  que  «  ez  gardes  des  portes  se 
«  font  plusieurs  festins  et  banquets  de  grosse  despense,  et  ne  servent  les  gardes 
«  de  guères.  »  En  conséquence,  il  fut  établi  qu’il  n’y  aurait  plus  dorénavant  pour 
la  garde  des  portes  que  «  quatre  bourgeois,  un  archier  et  un  arbalestrier,  ou 
«  liarquebutier ,  et  que  commandement  sera  faict  auxdicts  bourgeois...  d’aller 
«  matin  auxdictes  portes,  et  deffenses  de  ne  faire  aucuns  festins  et  banquets,  et 
«  de  ne  despendre  lesdicts  bourgeois  plus  hault  chacun  de  quinze  sols  tournois 
«  par  jour.  » 

Mai  1525.  — Nouvelle  ordonnance  pour  l’ouverture  et  fermeture  des  portes 
{ibid.,  p.  663).  —  18  août,  Ordre  d’ouvrir  les  portes.  On  ôte  les  gardes  mises 
aux  portes  S.  Antoine,  S.  Denis,  S.  Honoré  et  S.  Victor  ( ibid .,  p.  672). 

1552,  26  oct.  —  Arrêt  qui  ordonne  que  la  garde  des  portes  se  fera  par  les  chefs 
d’hôtels  et  non  par  leurs  serviteurs  (  Registre  cité,  p.  124  ). 

1563.  —  Ordonnance  pour  la  garde  des  portes.  «  Tous  chefs  d’hostel,  de 
«  quelque  qualité  et  condition  qu’ils  soient...  iront  en  personne  à  la  garde  des 
«  portes,  chacun  en  leurs  quartiers,  tour  et  rang  »  (Félibien,  t.  IV,  p.  808). 

1568,  18  nov.  —  Ordre  d’abattre  les  maisons  le  long  des  portes  et  près  des 
herses  S.  Denis  et  S.  Martin  (Registre  cité,  p.  124). 

1572.  —  Ordonnance  du  22  novembre  qui  enjoint  «  aux  capitaines  faisant 
«  garde  aux  portes,  de  laisser  sortir  personne,  tant  à  pied  qu’à  cheval,  sans  congé 
«  du  Duc  de  Nemours  ou  du  Prévost  »  (Félibien,  t.  V,  p.  424). 

1587.  —  Ordre  aux  Quarteniers  de  coucher  aux  portes  et  de  garder  la  clef  du 
guichet  (Registre  déjà  cité).  Cette  ordonnance  fut  renouvelée  le  7  juillet  1589 
(Félibien,  t.  V,  p.  463). 

1589,  17  déc.  —  Ordre  d’abattre  les  maisons  hors  des  portes,  du  côté  de  l’Uni¬ 
versité  (Même  registre). 

1594.  —  Ordonnance  d’Henri  IV,  en  date  du  8  mai,  qui  commande  aux  Bour¬ 
geois  de  garder  les  portes,  de  jour  et  de  nuit.  Les  détails  de  cette  ordonnance 
offrent  un  grand  intérêt  pour  l’histoire  de  la  Garde  nationale  de  Paris;  on  y  signale 
les  consignes  à  observer  aux  portes  (Félib.,  t.  IV,  p.  13).  Le  15  nov.  de  la  même 
année,  injonction  nouvelle  pour  la  garde  et  l’ouverture  des  portes.  Les  colonels  se 
plaignent  de  ce  que  «le  peuple  est  fort  froid  d’aller  aux  gardes»  ( id.,  t.  V,  p.  26). 

•  1599,  6  mai.  —  Ordonnance  pour  ouvrir  les  portes  à  trois  heures  et  demie,  et 
les  fermer  à  neuf  (Registre  déjà  cité). 

1607,  1er  août  — Ordonnance  qui  règle  ainsi  celte  matière  :  Les  portes  s’ou¬ 
vriront  à  4  heures  du  matin,  et  fermeront  à  10  heures  du  soir,  du  1er  mars  à  la 
fin  de  septembre.  Elles  seront  ouvertes  en  septembre  de  5  heures  du  matin  à  9 


220 


PORTES  DE  PARIS.  CONSIDÉRATIONS  GÉNÉRALES 


du  soir,  et,  pendant  les  mois  d’octobre,  novembre,  décembre,  janvier  et  février, 
de  6  heures  du  matin  à  7  du  soir  ( ïbid ). 

En  temps  de  paix,  les  portes  de  Paris  étaient  louées  par  la  Ville  à  divers  parti¬ 
culiers,  qui  rendaient  le  local  dès  que  revenaient  les  bruits  de  guerre.  Ainsi,  une 
des  plus  importantes,  la  porte  S.  Jacques,  était  habitée,  avant  l’année  1286,  par 
Antoine  Roussel  ;  en  1304,  par  Pierre  du  Tilleul,  prêtre  anglais;  en  1573,  par 
Pierre  Grignon,  qui  occupait  aussi  les  portes  S.  Bernard  et  S.  Marcel.  On  verra, 
à  l’article  delà  porte  S.  Victor,  que  cette  porte  était  habitée,  en  1472,  par  Jehan 
Pluyette,  bachelier  en  théologie. 

On  exécutait  quelquefois  des  criminels,  en  dehors  de  la  ville,  devant  les  prin¬ 
cipales  portes.  Ainsi,  au  bas  de  la  butte,  dite  S.  Roch  ou  des  Deux-Moulins,  sur 
la  place  du  Marché-aux-Pourceaux,  et  en  vue  de  la  porte  S.  Honoré,  construite 
sous  Charles  V,  on  brûlait  ou  bouillait  vifs,  aux  XVe  et  XVIe  siècles,  diverses  sortes 
de  criminels,  notamment  les  faux-monnayeurs. 

Les  places  qui,  au  dehors,  précédaient  les  ponts  des  principales  portes  étaient 
donc  comme  des  succursales  des  lieux  de  supplice.  On  y  attachait,  je  ne  sais  au 
juste  à  quel  endroit,  peut-être  à  des  poteaux  voisins  de  l’entrée,  les  membres  ou 
les  têtes  de  criminels  exécutés  dans  la  ville.  Le  12  nov.  1411,  Colinet  de  Piscx, 
pour  avoir  livré  le  pont  de  S.  Cloud  aux  Armagnacs,  fut  décapité  aux  Halles. 
Chacun  de  ses  quatre  membres  fut  attaché  à  l’une  des  maistres-portes  de  Paris; 
ils  ne  disparurent  que  le  15  septembre  1413  ( Journal  sous  Charles  VI,  p.  7  et  19). 
Les  quatre  maîtresses-portes  étaient  celles  S.  Denis,  S.  Antoine,  S.  Honoré  et 
S.  Jacques. 

Sauvai  (t.  III,  p.  276)  signale  des  potences  établies,  en  1421,  à  la  porte  S.  De¬ 
nis  et  à  celle  S.  Antoine.  On  lit  dans  le  Journal  déjà  cité,  que  la  même  année, 
au  mois  de  juillet,  les  loups  vinrent  dévorer,  en  saillant  les  gembes  qu’on  pendait 
aux  Portes. 

«  En  1448  ou  1449,  des  voleurs,  convaincus  de  quantité  de  crimes...  furent 
pendus  à  la  porte  S.  Jacques  et  à  la  porte  S.  Denys»  (Sauvai,  t.  I,  p.  516).  — 
En  1527,  des  têtes  de  criminels  furent  exposées  hors  des  portes  S.  Jacques  et 
S.  Antoine  (id.,  t.  III,  p.  608).  — En  1535,  Morice  Jonas  fut  décapité  devant  le 
pilori  des  Halles,  et  les  débris  de  son  corps,  divisé  en  quatre  quartiers,  furent 
placés  aux  quatre  principales  portes  de  Paris  {ïbid ,  p.  617). 

Cette  coutume  existait  encore  au  XVIIe  siècle  en  Angleterre,  comme  l’atteste 
une  estampe  que  j’ai  citée,  page  206.  Sous  Louis-Philippe,  et  comme  en  souvenir 
de  cette  coutume,  la  barrière  St.  Jacques  eut  le  triste  privilège  de  voir,  de  temps 
à  autre,  s’élever  sur  son  rond-point  les  poutres  sanglantes  de  la  guillotine.  Depuis 
1848  on  exécute  devant  la  prison  de  la  Roquette. 


PORTES  DE  PARIS.  —  AM. 


221 


Je  passe  maintenant  aux  détails  concernant  chaque  porte  en  particulier.  Je  les 
décrirai  par  ordre  alphabétique,  en  ayant  soin  de  citer,  à  la  fin  de  chaque  article, 
les  dessins  ou  estampes  qui  s’y  rapportent  et  qui  peuvent  nous  éclairer  sur  leur 
topographie. 

Quand  il  a  existé  plusieurs  portes  du  même  nom,  je  les  signale  naturellement 
selon  l’ordre  chronologique  de  leur  construction.  Lorsqu’une  porte  a  été  désignée 
sous  plusieurs  noms,  ce  qui  est  le  cas  le  plus  ordinaire,  je  la  décris  sous  celui  qui 
est  le  plus  connu,  le  plus  usité  et  le  plus  moderne.  Toutes  ses  autres  dénomina¬ 
tions  sont  inscrites  en  leur  rang,  en  petites  majuscules,  et  le  lecteur  est  renvoyé 
au  nom  principal,  placé  en  tête  de  l’article  qui  la  concerne.  Les  noms  de  quel¬ 
ques  portes,  dont  l’existence  est  fort  douteuse,  seront  inscrits  en  majuscules  ita¬ 
liques. 


ANNE  (Porte  Sainte-).  —  Cette  porte  était  située  à  l’extrémité  septentrionale 
de  la  rue  actuelle  Poissonnière,  dite  autrefois  :  chemin  des  Poissonniers,  à  la 
hauteur  delà  rue  de  la  Lune  (voy.  pl.  X,  fig.  5).  Sauvai  (t.  I,  p.  104)  nous  ap¬ 
prend  que,  le  16  juin  1646,  on  accorda  aux  habitants  de  la  rue  Montorgueil,  etc. 
permission  d’avoir  une  porte  au  bout  de  la  rue  des  Poissonniers,  «  à  la  charge 
«  de  ne  bâtir  aucune  maison  qu’à  vingt  toises  du  lieu  où  elle  seroit  placée,  et 
«  que  les  rues  qui  y  aboutiroient  n’auroient  pas  moins  de  largeur...  Le  27  sept., 
«  le  Prévôt  et  les  Echevins...  ordonnèrent  que  la  porte  auroit  six  toises  de  face, 
«  et  firent  abattre  le  mur  à  l’endroit  où  cette  porte  devoit  être.  En  1647,  Pa- 
«  risot,  Maître  Masson,  offrit  delà  faire  pour  38650  livres;  d’autres  depuis  en 
«  ayant  été  adjudicataires,  la  Ville  leur  fit  deffenses  d’y  travailler,  et  le  Mazié  en- 
«  fin  leur  fut  préféré.  Avec  tout  cela,  on  n’a  pas  mis  encore  une  seule  pierre  à 
«  cette  porte...  On  ne  laisse  pas  de  la  nommer  la  Porte  Sainte-Anne.  » 

Gomboust  l’indique,  peut-être  par  anticipation,  sur  son  plan  de  1652,  et  l’ap¬ 
pelle  :  Porte  de  la  Poissonnerie.  Ce  fut,  en  effet,  sa  première  désignation,  car 
elle  ne  put  prendre  celle  de  Sainte- Anne  qu’après  la  construction  de  la  chapelle 
du  même  nom,  qu’Anne  d’Autriche  éleva  à  sa  patronne,  vers  1656,  dans  la  rue 
actuelle  du  Faubourg-Poissonnière,  entre  les  rues  Bleue  et  Montholon.  Cette  cha¬ 
pelle  donna  aussi  son  nom  au  faubourg,  qui  n’était  auparavant  qu’un  chemin 
appelé  le  Val  laronneux ,  dans  sa  partie  sise  au  delà  du  Grand-Egout,  qui  le  tra¬ 
versait  1 .  C’est  ce  qu’attestent  les  plans  de  Jean  Boisseau. 

Dans  le  texte  annexé  au  plan  de  Gomboust,  on  cite  une  «porte  Montorgueil,  re- 

’  La  Tynna  se  trompe,  quand  il  avance  que  la  rue  Poissonnière  se  nommait  jadis  :  Val  des  Larrons. 
Il  a  sans  doute  confondu  cette  rue  avec  le  faubourg  du  même  nom. 


222 


PORTES  DE  PARIS.  —  ASTT. 


«  bâtie  en  1633.»  Ce  nom  semble  devoir  s’appliquera  la  porte  Sainte-Anne,  à  la¬ 
quelle  aboutit,  après  avoir  changé  de  désignation,  la  rue  Montorgueil;  mais  il  y  a 
ici  fort  probablement  une  erreur,  et  le  texte  veut  parler,  je  pense,  de  la  nouvelle 
porte  Montmartre,  construite  en  1633. 

On  n’a  jamais  établi  de  porte  à  l’extrémité  septentrionale  de  la  rue  Montor¬ 
gueil,  dans  l’enceinte  de  Charles  Y;  aucun  plan,  aucun  écrit  ne  constate  ce  fait. 

Il  faut  donc  admettre  que  la  porte  Sainte-Anne  ou  de  la  Poissonnerie  fut  la  pre¬ 
mière  ouverte  dans  l’axe  de  cette  rue,  réduite  pendant  longtemps  à  l’état  d’une 
sorte  d’impasse,  quoiqu’elle  aboutît  aux  Halles. 

La  Tynna  place,  par  erreur,  à  l’entrée  du  faubourg  Poissonnière,  la  porte 
Sainte-Anne,  dont  il  fait  remonter  la  construction  à  l’année  164-5.  Ramond  du 
Poujet  admet  à  tort,  comme  portes  distinctes,  celle  de  la  Poissonnerie  et  celle 
Sainte-Anne.  Il  place  la  première  près  de  la  rue  de  la  Lune,  et  la  seconde  à  l’en¬ 
trée  du  faubourg,  où  il  n’y  en  eut  jamais. 

La  porte  Sainte-Anne  fut  détruite  vers  1700.  Elle  figure  encore  sur  le  plan 
de  J.-B.  Nolin,  1699.  Je  n’en  connais  aucun  dessin  spécial.  Sa  représentation 
sur  le  plan  de  Gomboust.  est  assez  insignifiante  ;  elle  y  ressemble  à  un  petit  pa¬ 
villon. 

ANTOINE  (Portes  Saint-)  .  —  A  l’extrémité  occidentale  de  la  rue  S.  Antoine,  non 
loin  de  S.  Gervais,  exista  ïori  probablement  une  porte  de  construction  romaine  ou 
gallo-romaine  (Voir  au  mot  Baudoyer). 

Ph.  Auguste  fit  commencer,  vers  1190,  dans  la  même  rue,  à  la  hauteur  du 
collège  actuel  Charlemagne,  une  porte  qui  hérita  du  nom  de  la  première  et  se 
nomma  en  français  Baudets,  Baudeer.  La  rue  S.  Antoine  s’appelait,  à  cette  épo¬ 
que,  selon  La  Tynna  :  la  Grant  rue,  et  aussi:  rue  de  la  Porte  Baudeer,  nom  qu’elle 
reçut  de  l’ancienne  porte,  et  qu’elle  communiqua  à  celle  de  Ph.  Auguste. 

La  seconde  porte  Baudets  ou  Baudeer  a-t-elle  quelquefois  porté  le  nom  de 
S.  Antoine  ?  Le  fait  est  certain,  si  l’on  s’en  rapporte  à  la  Taille  de  Paris  de  1313 
(édit.  Buchon ,  p.  138  et  14-0),  qui  la  nomme  ainsi  et  la  distingue  de  la  place  dite: 
porte  Baudaier.  L’abbaye  S.  Antoine  ayant  été  fondée  en  1198,  il  n’est  pas  impos¬ 
sible  que,  dès  le  temps  de  Ph.  Auguste,  on  ait  donné  à  la  rue  et  à  la  nouvelle  porte 
le  nom  de  ce  saint.  Quelques  auteurs  ont  admis,  avec  Du  Breul,  que  ce  nom  pou¬ 
vait  provenir  du  couvent  du  Petit-S.  Antoine,  fondé  en  1361.  Cette  opinion  doit 
être  rejetée,  puisque  la  Taille  de  1313  cite  la  porte  S.  Antoine.  Je  parlerai  plus  au 
long  de  cette  porte  au  mot  Baudoyer. 

Seconde  porte  S.  Antoine.  —  Sous  le  roi  Jean,  ou  même  antérieurement,  fut 
bâtie,  à  l’extrémité  orientale  de  la  rue  S.  Antoine,  près  du  boulevard  actuel,  une 


PORTES  DE  PARIS.  —  AIT. 


223 


porte  de  ville,  flanquée  de  deux  tours  rondes,  fortes  et  élevées,  distante  d’envi¬ 
ron  280  toises  de  celle  de  Ph.  Auguste.  Ce  fut,  je  crois,  la  première  établie  sur 
la  ligne  de  l’enceinte  ordonnée  en  1356. 

Cette  nouvelle  porte  S.  Antoine,  achevée  ou  non,  fut  destinée,  vers  1370,  par 
Charles  Y,  à  faire  partie  de  la  forteresse  redoutable  que  ce  roi  avait  projetée  de 
ce  côté  de  la  capitale,  sans  doute  pour  faire  le  pendant  du  Louvre.  Il  lit  ajoutera 
cette  porte  six  autres  tours  ;  le  tout  fut  relié  par  d’épais  bâtiments  renfermant  des 
chambres  voûtées,  et  entourés  de  toute  part  par  le  fossé  de  la  ville.  Tout  cet  en¬ 
semble  fut  nommé  :  Le  chastel  ou  La  Bastide  S.  Anthoine,  et  plus  tard,  la  Bas¬ 
tide  ou  Bastille  par  excellence. 

Si  la  porte  primitive,  incorporée  à  la  Bastille,  prit  le  nom  de  S.  Antoine,  ce 
fut  pour  peu  de  temps,  puisqu’à  peine  construite,  elle  cessa  de  servir  de  porte. 

Froissard,  au  chap.  392,  cite  à  l’année  1358  la  porte  S.  Anthoine.  Je  ne  sais 
s’il  veut  désigner  celle-ci  ou  celle  élevée  sous  Ph.  Auguste,  et  plus  connue  sous  le 
nom  de  :  porte  Baudets  ou  Baudeer. 

On  peut  aisément  se  faire  une  idée  de  la  porte  en  question,  car  il  existe  un 
grand  nombre  de  vues  gravées  de  la  Bastille,  dont  elle  faisait  partie.  Elle  s’ou¬ 
vrait  précisément  dans  l’axe  de  la  vieille  rue  S.  Antoine.  Un  rang  de  quatre  hau¬ 
tes  tours  formait,  du  côté  du  faubourg,  la  face  principale  de  la  forteresse.  Or, 
les  deux  tours  du  milieu  (nommées  :  de  la  Chapelle  et  du  Trésor ),  un  peu  en 
saillie,  par  rapport  aux  deux  autres  qui  faisaient  l’encoignure,  représentent  la 
porte  en  question.  Au-dessus  de  sa  baie  ogivale  s’élevaient  cinq  statues,  dessi¬ 
nées  dans  l’ouvrage  de  Millin,  statues  placées  sous  Charles  V  ou  Charles  VI  '.On 
construisit  sur  le  fossé,  devant  cette  façade,  un  pont  de  pierre  dont  tous  les  plans 
de  la  Bastille  offrent  des  restes.  Lors  de  la  prise  de  cette  citadelle,  en  1789,  il  y 
avait  déjà  longtemps  que  ce  pont  avait  été  supprimé,  et  la  baie  ogivale  murée 
(voy.  p.  151). 

Troisième  Porte  S.  Antoine.  —  Quand  la  Bastille  fut  achevée  (ce  fut  aux  frais 
du  roi,  assure-t-on),  on  songea  à  reconstruire  une  autre  porte  de  ville,  à  laquelle 
on  donna  peu  d’apparence,  parce  qu’elle  se  trouvait  fortifiée  par  le  voisinage  du 
Chastel-S.-Antoine.  Cette  nouvelle  porte  n’était  plus  dans  l’axe  de  la  rue,  mais 
s’en  éloignait  d’environ  trente-huit  toises  vers  le  nord.  J’ai  expliqué,  p.  134-, 
quelle  était  sa  situation  précise,  et  comment  on  y  fit  aboutir  la  rue  S.  Antoine,  en 
élargissant  cette  rue  vers  son  extrémité  orientale  \ 

1  Ces  statues  représentaient  saint  Antoine  (au  milieu  de  l’ogive ),  ayant  à  ses  côtés  Charles  V, 
Jeanne  de  Bourbon  et  deux  princes  de  leur  sang.  Millin  y  voit  de  préférence  Charles  VI  et  sa  fa¬ 
mille  ;  je  ne  sais  s’il  a  raison.  D’autres  ont  avancé  que  c’était  Louis  XI. 

*  «  En  l’an  1583,  dit  Du  Breul  (p.  1068),  on  élargit  de  sept  pieds  la  rue  dicte  de  la  porte  Baudez 


224 


PORTES  DE  PARIS.  —  AKT. 


Cet  élargissement  avait  peut-être  aussi  un  autre  motif:  Charles  Y  tenait  à  ce 
qu’il  y  eût  un  espace  libre  tout  autour  de  sa  Bastide,  afin  de  pouvoir,  au  besoin, 
faire  jouer  son  artillerie,  aussi  bien  du  côté  de  la  ville  que  du  côté  de  la  campa¬ 
gne  ;  car  il  est  à  noter  que  nos  rois  fortifiaient  leur  bonne  ville  de  Paris,  autant, 
sinon  davantage,  contre  les  Parisiens  eux-mêmes,  que  contre  les  ennemis  ex¬ 
térieurs.  Cette  portion  élargie  de  la  rue  S.  Antoine  devint  plus  tard  le  théâtre  de 
fêtes,  de  revues  et  de  tournois,  célèbres  dans  notre  histoire.  Cet  espace,  au 
XVIe  siècle  encore,  passait  pour  un  des  vides  les  plus  spacieux  qu’on  trouvât  à 
l’intérieur  de  la  capitale. 

Tous  les  plans  antérieurs  à  1670  représentent  tant  bien  que  mal  cette  porte 
de  Paris,  du  côté  de  la  ville.  Plusieurs  vues  de  la  Bastille,  gravées  au  XVIIe  siè¬ 
cle,  offrent  aussi  une  image,  mais  fort  vague  et  incomplète,  de  la  face  qui 
regarde  l’ouest  :  c’est  un  pavillon  à  toit  aigu,  sans  aucun  style  d’architecture. 

Je  ne  connais  qu’une  estampe  où  l’on  distingue  nettement  sa  face  extérieure  et 
primitive  :  on  la  trouve  à  la  Bibliothèque  Impériale  (ci-devant  Nationale),  dans 
le  recueil  de  Topographie  parisienne  [Quartier  de  V Arsenal,  t.  II).  C’est  une  eau- 
forte  médiocre,  mais  rarissime ,  car  je  ne  l’ai  jamais  rencontrée  ailleurs  ;  elle  pa¬ 
raît  être  un  essai  d’amateur  peu  exercé,  exécuté  je  ne  sais  au  juste  à  quelle 
époque,  peut-être  sous  Louis  XIV.  On  y  remarque,  à  gauche,  la  Bastille  vue  de 
trois  quarts,  le  pont-Pétrin  (Perrin),  etc.  Il  est  assez  difficile  de  se  rendre  compte 
des  mouvements  de  terrain,  ainsi  désignés  dans  les  renvois  :  chaussée  dePincourt, 
du  P.  Pétrin  et  S.  Anthoine.  Venons  au  détail  le  plus  intéressant  pour  nous. 

Vis-à-vis  du  profil  septentrional  de  la  Bastide-neuve  S.  Anthoine  (comme  s’ex¬ 
prime  l’inscription),  s’élève  la  porte  de  Charles  V,  pavillon  carré,  couvert  d’un 
toit  en  pente  des  quatre  côtés.  La  face  est  percée  d’une  baie,  arrondie  à  peu  près 
en  plein  cintre,  et  accompagnée,  à  droite  et  à  gauche,  d’ouvertures  étroites,  qui 
semblent  indiquer  des  entailles  pour  loger  les  flèches  d’un  pont-levis,  bien  qu’on 
ne  voie  ni  pont  ni  fossé.  A  chaque  angle  supérieur  du  pavillon  est  suspendue  une 
tourelle  à  cul-de-lampe,  coiffée  d’un  toit  conique,  outre  deux  autres  placées  sur 
le  même  rang,  au-dessus  de  la  baie  d’entrée.  Le  profil  du  bâtiment  paraît  faire 
face  à  la  tour  de  la  Bastille,  nommée  tour  du  Coin ,  sur  les  plans  détaillés  de  cette 
forteresse  célèbre. 

Ce  que  cette  estampe  offre  de  plus  singulier,  c’est  la  date,  la  signature  et 
l’écriture  bizarre  du  texte  de  renvoi.  Cette  écriture  à  longues  queues  rappelle 
assez  celle  usitée  sous  Henri  IV.  On  lit  au  bas  :  An  M.  IIIIC  VIX  VIII  (1468)  — 


cette  rue  représente  la  portion  de  la  rue  S.  Antoine  qui  s’étendait  de  la  place  Baudoyer  à  l’endroit 
où  nous  voyons  le  collège  Charlemagne. 


PORTES  DE  PARIS.  —  ANT. 


525 


Il  cav.  (  cavalière  )  And.  Mantegna  F.  J’ai  reproduit,  pl.  XII,  fig.  5,  la  partie  de 
cette  estampe  où  se  trouve  la  porte  S.  Antoine,  et  j’ai  imité,  en  plus  petit,  la  date 
et  les  caractères  de  la  signature. 

N’ayant  jamais  pu  me  procurer  aucune  lumière  au  sujet  de  cette  pièce  topo¬ 
graphique,  j’exprimerai  ici  mes  propres  conjectures.  Cette  eau-forte  a  pour  base , 
je  suppose,  un  ancien  dessin,  peut-être  fort  imparfaitement  reproduit  et  pouvant 
remonter,  en  effet,  à  l’an  1468.  Le  graveur  aura  copié,  en  la  modifiant  et  en 
conservant  les  abréviations,  l’écriture  gothique  de  l’original.  Quant  à  la  signa¬ 
ture  de  Mantegna,  elle  me  paraît  apocryphe  :  ce  célèbre  artiste  du  XVe  siècle 
s’occupait  surtout  d’ornements.  Mais,  quoi  qu’il  en  soit  de  l’origine  de  cette  es¬ 
tampe  ,  je  crois  que  la  porte  S.  Antoine,  qu’elle  représente ,  n’est  pas  un  détail 
imaginaire.  Le  style  du  bâtiment  peut  se  rapporter  à  l’époque  de  Charles  V,  bien 
que  la  baie  d’entrée  présente  une  forme  à  plein  cintre.  Sur  plus  d’une  minia¬ 
ture  du  XVe  siècle,  on  s’est  plu  à  substituer  cette  forme  à  celle  de  l’ogive  ou  de 
l’arc  surbaissé.  La  Bastille  étant  assez  bien  rendue,  il  est  probable  que  le  dessin 
de  la  porte  ne  s’éloigne  pas  trop  de  la  réalité. 

J’ajouterai  que  les  portes  S.  Martin  et  S.  Honoré,  construites  aussi  sous 
Charles  Y,  avaient  des  façades  d’une  architecture  analogue. 

Dans  un  in-folio  édité  en  1662,  qui  décrit  l’entrée  triomphale  à  Paris  (  1660) 
de  Louis  XIV  et  de  Marie-Thérèse,  qu’il  venait  d’épouser,  on  remarque  une  es¬ 
tampe  (gravée,  je  crois,  par  Jean  Marot),  représentant  «  l’arc  de  pierre  sur  le 
pont  dormant  delà  porteS.  Anthoine  »  ;  cet  arc  est  celui  terminé  sous  Henri  III,  et 
orné  pour  la  circonstance.  (J’en  parlerai  plus  tard.)  A  travers  la  grande  arcade  , 
on  aperçoit  la  vieille  porte  de  Charles  Y,  percée  d’une  baie  cintrée.  Au-dessusdu 
cintre  sont  trois  statues  dans  des  niches  surmontées  de  dais  gothiques.  On  distin¬ 
gue  deux  entailles  destinées  à  recevoir  les  poutres  d’un  pont-levis. 

Je  ne  sais  si  ces  niches  et  les  statues  qui  les  garnissent  faisaient  en  réalité 
partie  de  la  porte,  ou  si  le  tout  est  un  ornement  provisoire,  ou  même  un  caprice 
du  dessinateur.  Je  penche  à  croire  que  les  statues  seulement  ont  été  ajoutées, 
parce  qu’elles  paraissent  allégoriques.  Sous  Louis  XIV,  époque  où  l’on  méprisait 
beaucoup  l’architecture  ogivale,  on  eût  certainement  imaginé  autre  chose  que 
ces  niches.  Le  texte  de  l’ouvrage  ne  fournit,  à  cet  égard,  aucun  renseignement. 

Sur  le  grand  profil  de  Paris,  gravé  vers  1660,  par  N.  Cochin,  dont  j’ai  parlé 
page  195,  on  voit  cette  porte  grossièrement  représentée  du  côté  du  faubourg;  on 
y  remarque  aussi  trois  statues  dans  des  niches. 

La  porte  S.  Antoine  de  Charles  Y  fut  souvent  témoin  de  fêtes  pompeuses , 
d’entrées  royales,  d’émeutes  populaires  et  de  supplices.  Elle  joua  un  rôle  impor¬ 
tant  dans  les  troubles  si  fréquents  sous  les  règnes  de  Charles  VI  et  de  son  succes- 

29 


2-26 


PORTES  DE  PARfS.  —  AXT. 


seul*,  à  cause  de  sa  proximité  de  Ja  Bastille,  et  des  Palais  S.  Paul  et  des  Tour- 
nelles.  On  trouve  des  détails  sur  tous  ces  événements  dans  les  nombreuses  chro¬ 
niques  des  XVe  et  XVIe  siècles.  Le  Journal  de  Paris  sous  Charles  VI  et  VU  en  parle 
assez  fréquemment.  Ainsi,  on  y  lit  qu’en  1416,  le  8  mai,  on  y  porta  les  chaînes 
de  fer  qui  étaient  à  Paris.  En  juin  14-17,  on  y  fit  un  pont-leveijs;  en  juin  1418, 
elle  fut  murée  ainsi  que  la  plupart  des  autres  portes;  mais  le  14  juillet  suivant, 
elle  fut  démurée,  à  l’occasion  du  retour  d’Isaheau  de  Bavière. 

Le  23  avril  delà  même  année,  Charles VI  fit  son  entrée  par  cette  porte  (Fé- 
libien,  t.  IV,  page  566).  —  Le  1er  juin,  les  Armagnacs  pénétrèrent  à  Paris  de  ce 
côté,  mais  ne  purent  s’avancer  au  delà  de  la  porte  Baudets  ( ibid .,  p.  567). 

En  mai  1430,  selon  le  Journal  déjà  cité,  le  bâtiment  de  cette  porte  renfermait 
plusieurs  prisonniers,  qui  s’échappèrent  après  avoir  dérobé  les  clefs  au  geôlier 
qui  s’était  endormi  sur  un  banc.  Le  seigneur  de  l’Isle-Adam  fit  reprendre,  tuer  et 
traîner  à  la  rivière  les  malheureux  fugitifs.  Au  reste,  je  croirais  volontiers  que, 
par  Porte  S.  Antoine,  on  entend  ici  (comme  en  plusieurs  autres  passages),  la 
Bastille,  dont  ce  seigneur  était  capitaine. 

En  1466  eurent  lieu  des  monstres  (revues)  des  habitants  de  Paris,  qui  défilè¬ 
rent  sous  la  porte  S.  Antoine  (Corrozet,  fol.  146). 

Le  1er  janvier  1539,  Charles-Quint  y  fit  une -entrée  solennelle,  décrite  au  long 
dans  Félibien,  t.  IV,  p.  699,  et  t.  V,  p.  355. 

Corrozet  nous  apprend  qu’en  1 544,  François  Ier  ajouta  un  rempart  à  cette  porte. 
Je  ne  sais  s’il  s’agit  d’un  terrassement  à  l’intérieur  du  mur,  ou  du  gros  bastion 
dit  :  houllevert  S.  Anthoine,  qui  ne  fut  achevé  que  sous  Henri  IL 

En  septembre  1573,  entrée  à  Paris,  parla  porteS.  Antoine,  du  roi  de  Pologne 
(Henri  III).  La  cérémonie  est  décrite  au  tome  V  de  Félibien,  page  429.  Au  reste, 
à  cette  époque,  il  existait,  outre  la  porte  de  Charles  V,  l’arc  triomphal  d’Henri  II, 
qui  la  précédait. 

Le  28  avril  1606,  Henri  IV,  de  retour  d’un  voyage,  et  accompagné  de  mille 
chevaux,  fut  harangué  par  le  corps  du  Bureau  de  la  Ville,  à  la  porte  S,  Antoine, 
et  l’on  tira  le  canon  (Registre  cité,  page  124). 

1621 .  —  Pierre  Mathieu  décrit,  à  cette  année,  le  fait  suivant,  dont  fut  témoin  la 
porte  S.  Antoine  de  Charles  V.  La  nouvelle  de  la  mort  du  duc  de  Mayenne  fut 
pour  le  peuple  de  Paris  le  motif  d’une  grande  exaspération  contre  les  protestants 
qui  avaient  leur  temple  à  Charenton.  Le  dimanche  26  septembre,  l’autorité  fit 
occuper  militairement  le  faubourg,  afin  de  leur  assurer  protection,  à  leur  allée 
comme  à  leur  retour.  De  grand  matin,  le  lieutenant  civil  envoya  des  sergents 
pour  garder  la  porte  S.  Antoine;  mais,  vers  midi,  la  foule  exaltée  attaqua  les  re- 
ligionnaires  dans  le  faubourg.  «  L’emotion  fut  grande  à  la  porte  S.  Anthoine  et 


PORTES  DE  PARIS.  —  ASTT. 


227 


a  au  commancement  de  la  grand’  rue  :  vne  pauure  Damoiselle  qui  auec  quelques 
«  autres  ne  s’estoit  mise  au  gros  entre  les  gardes,  fut  arrestée  à  la  porte  par  vne 
«  troupe  de  racaille,  qui  la  vouloit  forcer  de  saluer  l'image  de  la  Vierge,  qui  est  de 
«  ce  costé  en  sortant  la  porte,  et  ne  le  voulant  faire  et  prononçant  quelques 
«  parolles  contre  la  vénération  de  cette  Image,  fut  à  l’instant  assassinée  sur  la 
«  place.  » 

La  porte  de  Charles  Y  dut  être  abattue  vers  1674,  quand  on  restaura  celle  dont 
je  vais  parler.  De  la  Marre  (t.  I,  p.  88)  assure  qu’elle  fut  détruite  en  1660  :  c’est 
une  erreur;  elle  fut,  à  cette  époque,  restaurée,  embellie ,  à  l’occasion  du  mariage 
du  roi,  mais  non  démolie. 

Quatrième  porte  S.  Antoine.  —  Quand  Henri  II  fit  son  entrée  solennelle  à  Pa¬ 
ris,  en  1549,  la  porte  de  Charles  Y  parut  trop  mesquine  pour  cette  occasion.  On 
éleva  donc,  au  delà  du  fossé,  un  modèle  d’arc  de  triomphe  à  la  Romaine,  édifice 
de  charpente  et  de  toile,  dont  l’image,  gravée  sur  bois,  figure  dans  l’ouvrage  sui¬ 
vant  :  «  C’est  l’ordre  qui  a  esté  tenu  à  la  nouvelle  et  loyeuse  entrée  que  le  Roy 
«  très  chrestien  Henri  deuxième  de  ce  nom  a  faicte  en  sa  bonne  ville  et  cité  de 
«  Paris,  le  16e  iour  de  Iuin  1549.  Paris,  Jacques  Roffet,  1549,  in-4.  » 

L’arc  représenté  dans  cet  ouvrage  est  un  vaste  pavillon  à  trois  portes,  magnifi¬ 
quement  orné  de  blasons,  de  statues  de  chevaliers  et  de  bas-reliefs  imités  en 
peinture.  Sur  un  grand  fronton  sont  les  armes  de  France  et  celles  des  Médicis,  et, 
en  sept  endroits,  le  croissant  de  Diane  de  Poitiers.  Cet  arc  n’était  donc  qu’un  mo¬ 
nument  de  parade;  un  peu  plus  tard  on  commença  à  le  construire  de  pierres, 
mais  sur  un  autre  modèle  plus  sévère.  Il  fut  fondé  sur  une  sorte  de  chaussée  soli¬ 
dement  établie,  au  delà  de  la  Bastille,  à  l’extrémité  orientale  du  pont  dormant 
qui  précédait  l’ancienne  porte  ;  et,  au  delà  de  cet  arc,  on  creusa  un  nouveau 
fossé;  de  sorte  que  cette  porte,  à  laquelle  travailla  Jean  Goujon,  se  trouva,  quand 
elle  fut  terminée  sous  Henri  III,  entre  deux  ponts  de  pierre. 

Il  y  avait  en  outre,  à  l’extrémité  du  second  pont,  à  l’entrée  du  faubourg,  une 
barrière  ou  porte  à  bascule,  qu’on  nommait  la  herse,  et  qu’on  voit  figurer  sur  la 
plupart  des  plans  des  XYIe  et  XY1P  siècles,  sur  plusieurs  estampes  historiques  du 
temps  de  Louis  XIII,  et  aussi  sur  une  eau-forte  de  Silvestre.  Un  compte  de  1614, 
cité  par  Bouquet  [Mémoire,  p.  252),  mentionne  la  herse  de  la  porte  S.  Antoine. 

L’arc  triomphal  d’Henri  II,  le  premier  construit  à  Paris,  se  nommait  :  V avant- 
portail  S.  Antoine.  On  lit,  à  ce  sujet,  dans  Du  Breul  (p.  1061)  :  La  porte  S.  An¬ 
toine  (l’ancienne)  «  est  decorée  d’un  avant-portail  fort  riche  et  magnifique,  au 
«  haut  duquel  l’on  voit  les  armes  de  France,  Pologne,  et  de  la  Yille,  qui  fut  édifié 
«  en  l’an  1585,  comme  le  dénotte  cet  escrit  graué  en  marbre  au  dessous  desdites 
«  armes.»  Cette  inscription  portait  la  date  de  l’année  de  l’achèvement. 


228 


PORTES  DE  PARIS.  —  AiW. 


Sauvai  (t.  III,  p.  1)  s’exprime  ainsi  :  «  L’avant-portail  de  la  Porte  S.  Antoine 
«  est  un  arc  de  triomphe  dressé  par  la  Ville  pour  faire  honneur  à  Henri  III,  à  son 
«  retour  de  Pologne,  et  bâti  sur  les  dessins  de  Metezeau...  L’ouvrage  est  à  bos- 
«  sages  rustiques...  et  consiste  en  un  portail  accompagné  de  deux  poternes.  A  l’ar- 
«  cade  de  la  grande  porte  sont  couchées  deux  figures  de  fleuves,  etc.  » 

Sauvai  se  trompe  quand  il  croit  cet  arc  bâti  sous  Henri  III;  il  fut  terminé  sous 
ce  prince,  mais  les  travaux  avaient  été  commencés  sous  Henri  II,  et  suspendus 
sous  Charles  IX.  Les  deux  figures  de  fleuves  ont  été  signalées  par  tous  les  his¬ 
toriens  comme  l’œuvre  de  Jean  Goujon,  qui  mourut  en  1572. 

Cette  porte,  telle  qu’elle  fut  terminée  sous  Henri  III,  est  représentée  sur  des 
estampes  de  Boisseau,  Silvestreet  autres,  antérieures  à  l’an  1660,  époque  où  elle 
fut  modifiée  pour  la  réception  du  roi. 

Le  mardi  10  janvier  1623,  Louis  XIII  fit,  au  retour  de  je  ne  sais  quel  voyage,  son 
entrée  à  Paris  par  la  porte  S.  Antoine  de  Henri  II,  et  passa  nécessairement  sous 
l'ancienne,  construite  par  Charles  V.  La  voûte  de  cette  vieille  porte  fut  garnie  de 
lierre,  y  compris  la  herse  et  les  chaînes  du  pont-levis,  et  on  déguisa  sa  façade  au 
moyen  d’un  édifice  en  bois  et  en  toile  ornés  de  peintures.  On  trouve  de  grands 
détails  sur  cette  solennité  au  tome  V  de  Félibien  (p.  550  et  suiv.). 

On  lit  dans  la  Gazette  de  Renaudot,  qu’en  déc.  1634,  Mazarin,  alors  nonce  ex¬ 
traordinaire  du  Pape,  descendit  au  village  de  Piquepuce,  au  couvent  de  S.  Fran¬ 
çois,  et  que,  le  26,  il  fit  son  entrée  à  Paris,  par  la  porte  S.  Antoine,  «  dans  un 
carrosse  du  Roy,  deuancé  de  quantité  d’estafiers  et  laquais,  et  suivi  d’un  cortège 
de  cent  à  cent  vingt  carrosses.  » 

Lorsqu'on  1660  eurent  lieu  les  fêtes  à  l’occasion  du  mariage  de  Louis  XIY,  l’arc 
triomphal  de  Henri  II  ne  parut  pas  assez  splendide  pour  recevoir  Sa  Majesté.  On 
y  ajouta  donc  de  nouveaux  ornements  provisoires  de  plâtre  ou  de  bois  peint, 
dont  l’effet  parut  si  merveilleux  qu’on  résolut,  quelques  années  plus  tard,  de  le 
rhabiller  d’après  ce  modèle.  Ce  fut  en  1672,  ou  un  peu  avant,  que  l’architecte 
Blondel  remania  cet  édifice,  comme  il  nous  l’apprend  lui-même  dans  son  Cours 
d’Architectare.  Il  y  ajouta  des  armoiries,  des  pyramides,  des  avant-corps  sur 
les  profils,  etc.,  et  élargit  les  deux  baies  latérales,  sans  retoucher  à  celle  du 
milieu. 

Les  estampes  représentant  la  porte  S.  Antoine,  ainsi  rhabillée  par  Blondel, 
sont  très-nombreuses;  les  meilleures  à  consulter  sont  sans  doute  celles  que  cet 
architecte  publia  lui-même.  Celles  gravées  plus  tard  peuvent  offrir  des  différen¬ 
ces,  car  celte  porte  fut  réparée  plusieurs  fois  depuis  1672. 

Blondel  fit  combler  le  grand  fossé  creusé  devant  cet  arc  de  triomphe,  et  établit 
à  cette  place,  du  côté  du  faubourg,  une  vaste  esplanade  presque  circulaire,  ornée  de 


PORTES  DE  PARIS  —  1BTT. 


229 


parapets  et  de  piédestaux  garnis  de  statues.  Le  tout  est  décrit  au  long  dans  les 
ouvrages  de  Le  Maire,  Brice  et  Piganiol  de  La  Force,  et  représenté  avec  assez 
de  fidélité  sur  les  vues  de  Perelle,  gravées  vers  1680,  et  beaucoup  d’autres. 

Quant  à  la  vieille  porte  de  Charles  Y,  voisine  de  la  rue  Jean-Beausire,  elle  ne 
pouvait  subsister  longtemps.  Elle  fut  abattue  vers  1674,  ou  même  un  peu  plus 
tard,  car  Brice,  dans  la  première  édition  de  sa  Description  de  Paris  (1684),  dit, 
p.  197  :  «La  porteS.  Antoine...  fut  bâtie  pour  Henri  II...  Depuis  quelques  an- 
«  nées  on  l’a  embellie  considérablement,  en  abattant  une  autre  vieille  porte  qui 
«  estoit  proche.  »  Sauvai,  ou  plutôt  l’éditeur  qui  amplifia  son  manuscrit,  dit 
(t.  I,  p.  105)  :  «La  porte  S.  Antoine,  qui  avoit  toujours  conservé  sa  forme  de 
«  Forteresse,  fut  abbatue  en  1671.  »  Il  est  assurément  dans  l’erreur,  quand  il 
ajoute  :  «On  éleva,  sur  la  même  place,  un  arc  de  triomphe  achevé  en  1674 
«  par  Blondel  et  Anguerre.  » 

Laporte  S.  Antoine,  refaite  par  Blondel,  était,  sous  Louis  XIV,  celle  par  la¬ 
quelle  les  ambassadeurs  faisaient  leur  entrée  solennelle  à  Paris.  On  leur  avait 
assigné  pour  résidence  provisoire  l’hôtel  de  Rambouillet,  situé  rue  de  ce  nom,  au 
faubourg  S.  Antoine. 

L’arc  triomphal,  projeté  et  commencé  sous  Henri  II,  achevé  sous  Henri  III, 
et  rhabillé  sous  Louis  XIY,  disparut  vers  1778,  selon  LaTynna;  ce  fut  en  1788, 
selon  d’autres  auteurs. 

Blondel  avait  eu  le  bon  goût  de  conserver  les  deux  fleuves  couchés  de  Jean 
Goujon,  deux  bas-reliefs  très-connus.  Quand  on  démolit  l’arc,  on  les  incrusta 
au-dessus  d’une  porte  cintrée  dépendant  de  la  propriété  de  Beaumarchais,  bou¬ 
levard  de  ce  nom,  à  l’entrée  de  la  rue  du  Chemin-Vert.  Cette  maison  fut  démo¬ 
lie  à  son  tour  en  1832.  Alors  on  recueillit  ces  sculptures,  aujourd’hui  déposées 
dans  le  jardin  du  musée  Dusommcrard  ou  de  Cluny.  Elles  paraissent  avoir  beau¬ 
coup  souffert  des  suites  de  ces  deux  déplacements. 

'Je  parlerai  ici  pour  mémoire  d’un  autre  arc  triomphal  situé  au  haut  du 
faubourg  S.  Antoine.  Cet  arc  ne  peut  cire  considéré  comme  une  porte  de  Paris, 
mais  tout  au  plus  comme  une  fausse-porle  du  faubourg  S.  Antoine.  11  fut  élevé, 
en  1660,  sur  les  dessins  de  Claude  Perrault,  à  l’occasion  du  mariage  du  roi, 
près  du  rond-point  actuel  de  la  barrière  du  Trône.  Il  était  d’un  effet  grandiose  ; 
malheureusement  il  ne  fut  construit  qu’en  plâtre,  sauf  le  soubassement,  formé 
d’énormes  pierres  jointes  sans  ciment.  Il  n’en  existait  plus  rien  en  1730,  sinon  peut- 
être  le  soubassement.  Un  grand  nombre  d’estampes  de  Perelle  et  autres  le  re¬ 
présentent,  et  beaucoup  d’auteurs  le  décrivent.  On  en  voit  la  position  précise  sur 
le  plan  de  La  Caille,  1714. 


230 


PORTES  DE  PARIS.  —  ARB.  —  BAH. 


ARBALÈTE  (Porte  de  1’).  —  La  Tynna  nous  apprend  qu’au  XVIe  siècle  la  rue 
actuelle  de  l’Arbalète  se  nommait  rue  de  la  Porte  de  l'Arbalète.  On  voit,  en  effet, 
sur  le  plan  de  Braun,  une  porte  en  travers  de  cette  rue,  entre  la  rue  Mouffetard 
et  celle  des  Postes.  C’était,  je  pense,  une  des  portes  de  la  ville  S.  Marcel. 

ARGENCOURT  (Porte  d’).  —  Dans  un  Mémoire  de  112  pages  (imprimé  chez 
Lambert,  in-4°,  1772),  qui  réfute  celui  de  Bouquet,  on  cite,  à  la  page  73,  d’a¬ 
près  une  note  tirée  d’un  plan  terrier,  levé  vers  1687,  une  fausse  porte  du  fau¬ 
bourgs.  Honoré,  qui  se  nommait  :  porte  d’ Argencourt.  On  voit  figurer  sur  le 
plan  en  neuf  feuilles  de  Jouvin  de  Rochefort,  1690,  et  sur  celui  de  La  Caille,  qui 
en  est  la  copie  modernisée,  une  fausse  porte  et  une  barrière  établies  dans  ce 
faubourg,  à  la  hauteur  de  la  Petite  rue  Verte.  C’est  sans  aucun  doute  ce  bâtiment 
qu’on  a  voulu  désigner  par  ce  nom  de  porte  d 'Argencourt,  nom  qui  provient  d’un 
hôtel  du  voisinage,  ou  qui  est  peut-être  celui  altéré  d’ Argenteuil.  Ce  faubourg 
était,  en  effet,  la  grande  route  qui  conduisait  à  Argenteuil. 

Arrode  (Poterne  Nicolas),  voyez  :  Comte-d’Artois  et  aussi  :  Montmartre. 

Ave -Maria  (Porte  de  1’),  voyez  :  Barrés. 

Aveugles  (Porte  aux),  voyez  :  Saint-Honoré. 

Avoye  (Porte  Sainte-),  voyez  :  Temple. 

Bahaigne  ou  Bohème  (Porte  de),  voyez  :  Goquillière. 

BARBEEL,  BARBELLE-SUR-L’YAUE,  ou  BARBEAU  (Poterne).  —  La  plu¬ 
part  des  historiens  appellent  ainsi  la  porte  sise  rue  des  Barrés,  et  plus  connue 
sous  le  nom  de:  porte  des  Barrés,  des  Béguines  ou  de  l’Ave-Maria.  Mais  Sauvai 
en  fait  une  porte  particulière.  «Quoique  la  porte  des  Béguines  (dit-il,  t.  I,  p.  35) 
«  fût  assés  proche  de  la  rivière,  il  y  en  avoit  encore  une  autre  sur  le  bord,  qui 
«  dans  nos  titres  est  nommée  la  Porte  Rarbéel  devers  Lyaue,  tant  parce  qu’elle 
«  tenoit  à  la  rivière,  qu’à  cause  d’une  maison  qui  appartenoit,  et  qui  appartient 
«  encore  à  l’Abbayie  de  Barbeaux.  »  Je  ne  sais  si  Sauvai  a  raison;  mais,  en  tout 
cas,  cette  porte,  voisine  de  la  Seine,  ne  figure  sur  aucun  des  vieux  plans  de 
Paris.  Le  nom  de  Rarbeel  sur  ou  devers  l  yaue  ne  prouve  pas  que  cette  porte  fût 
voisine  de  la  Seine.  C’était  la  tour  qui  portait  cette  désignation,  parce  qu’en  effet 
elle  était  au  bord  du  fleuve,  et  attenante  à  l’hôtel  appartenant  (depuis  1279,  selon 
Jaillot)  à  l’abbaye  de  Barbeau,  près  de  Melun.  Quoi  qu’il  en  soit,  j’ai  marqué  sur 
la  planche  VI,  fig.  1,  la  place  où  pouvait  être  cette  poterne,  si  toutefois  elle  a 
existé.  Je  ne  sais  si  c’est  elle  ou  celle  des  Béguines  qui  est  nommée,  èn  1473: 
«  l’huisserie  du  trou  punays  »  (voy.  p.  77,  et  aussi  l’article  Barrés). 


PORTES  DE  PARIS.  —  BAK. 


231 


BARBETTE  (Porte  ou  Poterne).  — Elle  était  située  Vieille  rue  du  Temple,  un 
peu  en  deçà  de  la  rue  des  Francs-Bourgeois  (voy.  pl.  Vil,  fig.  3).  Je  n’oserais  af¬ 
firmer  qu’elle  fût  contemporaine  de  Ph.  Auguste,  car  je  n’en  trouve  nulle  part 
aucune  preuve.  Il  est  probable  pourtant  qu’il  y  eut  là,  dès  le  temps  de  ce  roi, 
une  issue.  En  tout  cas,  j’ignore  le  nom  primitif  de  cette  porte  ou  poterne  (c’est 
ainsi  que  la  désignent  d’anciens  titres).  Vers  l’an  1200,  la  Vieille  rue  du  Temple 
n’était,  passé  celle  des  Francs-Bourgeois,  qu’un  chemin  se  dirigeant  à  travers 
les  marais  et  la  culture  du  Temple. 

En  1298,  on  l’appelait  porte  ou  poterne  Barbette,  du  nom  d’Etienne  Barbette, 
prévôt  des  Marchands,  qui  possédait  tout  auprès,  hors  de  la  ville,  un  logis  considé¬ 
rable,  qui  fut  dévasté  en  1306.  Ce  logis  devint  plus  tard  la  propriété  d’Isabeau  de 
Bavière,  qui  le  fit  reconstruire.  Alors  il  prit  le  nom  de  Petit  séjour  de  la  Royne. 
Il  reste  encore  aujourd’hui,  à  l’angle  de  la  rue  des  Francs-Bourgeois,  une  tou¬ 
relle  à  cul-de-lampe,  et  de  forme  hexagone,  qui  appartenait  à  cet  hôtel.  La  porte 
conserva  toujours  son  ancien  nom,  ainsi  que  l’hôtel  lui-même. 

Le  meurtre  commis  le  23  novembre  1407,  par  ordre  du  duc  de  Bourgogne, 
sur  le  duc  d’Orléans,  à  quelques  pas  de  cette  porte,  lui  a  donné  une  grande  cé¬ 
lébrité.  On  trouve  sur  cet  événement  des  détails  très-circonstanciés  dans  d’an¬ 
ciens  mémoires  (voir  Félibien,  t.  IV,  p.  549,  la  dissertation  de  Bonamy,  insé¬ 
rée  dans  les  Mém.  de  V Acad,  des  lnscr.,  et  aussi,  les  Ântiq.  nation,  de  Millin). 

J’ai  vainement  cherché  dans  les  chroniques  du  XVe  siècle  une  miniature  qui 
représentât  ce  meurtre.  On  y  eût  vu  figurer  la  porte  Barbette,  mais  c’eût  été 
fort  probablement  un  dessin  de  fantaisie,  selon  l’habitude  des  miniaturistes,  qui 
ne  se  donnaient  guère  la  peine  de  tracer  les  localités  d’après  nature.  Le  plan 
explicatif  de  l’endroit  précis  où  se  passa  l’événement ,  plan  dressé  par  Bonamy 
et  annexé  à  sa  dissertation,  est  un  plan  fictif,  sans  exactitude. 

J’ai  donné,  sur  ma  planche  VII,  un  tracé  hypothétique  de  la  porte  Barbette. 
Si  c’était  réellement  une  simple  poterne,  elle  n’était  pas  accompagnée  d’un  bâti¬ 
ment,  mais  elle  était  néanmoins  fortifiée  de  tours.  Elle  fut  démolie  sous  Fran¬ 
çois  Ief,  vers  1530,  ou  un  peu  plus  tard.  La  Taille  de  1313  la  nomme:  la  fausse 
poterne  du  Temple  [édit.  Buchon ,  p.  130). 

BARRE  (Porte  de  la).  —  Cette  porte,  sise  à  l’extrémité  orientale  de  la  rue 
des  Francs-Bourgeois-S. -Marcel,  tenait,  je  pense,  à  un  mur  d’enceinte  accom¬ 
pagné  d’un  fossé,  qui  fortifiait  autrefois  la  petite  ville  Saint-Marcel,  dont  j’ai 
parlé  page  172.  Elle  introduisait  au  cloître  de  l’église  collégiale  dédiée  à  ce  saint. 
Elle.est  indiquée  sur  la  grande  gouache  de  l’Hôtel-de— Ville,  le  plan  de  Braun  et 
celui  de  Du  Cerceau.  Elle  figure  même  encore  sur  celui  de  Gomboust,  1652.  Je  ne 


•232 


PORTES  DE  PARIS.  —  iîVK. 


sais,  au  juste,  l’époque  où  elle  fut  bâtie,  ni  celle  de  sa  démolition.  Peut-être 
après  tout  n’était-elle  qu’une  porte  particulière  du  cloître. 

BARRÉS  (Poterne  des).  —  On  appelait  ainsi ,  selon  tous  les  historiographes 
parisiens,  une  porte  percée  dans  le  mur  de  Ph.  Auguste  ,  à  l’extrémité  orientale 
de  la  rue  du  même  nom,  non  loin  de  la  rue  S.  Paul.  La  poterne  ainsi  que  la  rue 
avait,  dit-on,  cette  désignation,  parce  qu’elle  conduisait  au  couvent  des  Carmes 
dits  Barrés  (à  cause  de  leurs  manteaux  blancs  barrés  ou  bigarrés  de  noir),  cou¬ 
vent  où  plus  tard  s’installèrent  les  Célestins. 

Il  n’est  pas  sûr  que  cette  poterne  fût  contemporaine  de  Ph.  Auguste.  En  ce 
cas,  quel  aurait  été  son  nom  primitif?  caries  Carmes  ou  Barrés  ne  vinrent 
à  Paris  qu’en  1254.  En  1318,  ils  s’établirent  près  de  la  place  Maubert,  et  leur 
première  demeure,  exposée  aux  inondations  de  la  Seine,  resta  vide,  à  ce  qu’il 
paraît,  jusqu’à  1352,  année  où  les  Célestins  vinrent  l’occuper.  Il  semblerait  na¬ 
turel  qu’on  eût  dès  lors  donné  à  la  rue  et  à  la  poterne  le  nom  de  ces  nouveaux 
religieux,  mais  il  n’en  fut  pas  ainsi.  On  cite  bien,  dans  d’anciens  actes,  une  porte 
des  Célestins  ;  mais  fort  probablement  il  ne  s’agit  pas  de  celle  qui  nous  occupe 
(voy.  le  mot  Célestins). 

S.  Louis  établit,  on  ne  sait  au  juste  en  quelle  année,  un  couvent  de  Béguines 
près  de  cette  poterne  (supposé  qu’elle  existât),  qui,  plus  tard,  sans  aucun  doute, 
après  le  départ  des  Carmes-Barrés,  prit,  ainsi  que  la  rue,  le  nom  de  ces  nouvelles 
religieuses.  D’après  un  acte,  cité  par  Du  Breul  et  par  Félibien  (t.  III,  p.  218),  on 
l’appelait,  en  1317,  porlam  Beguinarum.  Un  compte  de  1466,  que  signale  Bou¬ 
quet  ( Mém .,  p.  213),  mentionne  «  la  Potterie  de  la  Beguignere.  »  Je  pense  qu’il 
s’agit  de  la  même  porte. 

La  Taille  de  Paris  de  1313  ne  parlant  pas  de  la  poterne  des  Barrés  ou  des  Bé¬ 
guines,  je  suis  porté  à  croire  que  c’est  cette  même  poterne  qu’on  y  désigne  (édit. 
Buclion,  p.  140  et  142)  sous  le  nom  de  Porte  Barbéel.  Elle  pouvait  fort  bien  être 
ainsi  nommée,  puisqu’elle  touchait  d’une  part  au  couvent  des  Béguines,  et,  de 
l’autre,  au  logis  de  l’abbé  de  Barbeau  ou  Barbéel,  établi  en  ce  lieu  vers  1279. 
Sauvai  pense  le  contraire,  puisqu’il  donne  le  nom  de  porte  Barbeel-sur-V ijaue  à 
la  poterne  contiguë  à  la  tour  du  même  nom,  et  située  au  bord  de  la  Seine.  Jail- 
lot  semble  partager  cette  opinion  de  Sauvai,  et  distingue  aussi  la  poterne  Barbeel 
de  celle  des  Barrés  (voyez  Barbeel). 

Le  Ier  mars  1480,  en  vertu  de  Lettres-patentes  (Félibien,  t.  IV,  p.  603),  les  Bé¬ 
guines  ayant  clé  remplacées  par  des  religieuses  Cordelières  dites  Filles  de  l’Ave- 
Alaria ,  la  poterne  prit  ce  nom.  Elle  s’est  peut-être  aussi  appelée,  je  ne  sais  pour¬ 
quoi,  Poterne  des  Veignes  ou  des  Vignes  (voy.  p.  78),  à  moins  que  cette  désignation 


PORTES  DE  PARIS.  —  BAU.  ' 


233 


ne  s’applique  à  une  porte  contiguë  à  la  tour  Barbeau.  Il  est  difficile,  en  lisant 
l’article  où  on  la  mentionne,  de  deviner  au  juste  l’endroit  où  elle  était  située. 

Dans  un  compte,  que  je  signalerai  à  l’article  :  Porte  des  Célestins,  on  parle 
d’une  «  porte  des  Barres  devant  les  Célestins  »  .  Est-il  encore  question  ici  de  la 
poterne  des  Barrés  ?  Je  crois  qu’il  s’agit  plutôt  d’une  autre  porte,  puisqu’on  ajoute  : 
devant  les  Célestins.  Entre  le  gros  mur  de  Ph.  Auguste  et  l’entrée  des  Célestins, 
il  y  avait  une  distance  de  141  toises,  selon  Yerniquet.  Le  mot  devant  signifie- 
rait-il  :  tournée  vers ?  Ensuite  il  ne  serait  pas  impossible  que  le  vrai  nom  des  rue 
et  porte  des  Barrés  ou  Barrez  fût  :  des  Barres ,  c’est-à-dire  :  de  la  Barrière,  puis¬ 
qu’il  y  avait  là  une  entrée  de  Paris.  Je  le  croirais  d’autant  mieux  que  Corrozet, 
dans  sa  liste  des  rues,  nomme  la  rue  des  Barrés  :  rue  des  Barrières ,  mot  dont  ce¬ 
lui  de  Barres  est  synonyme  en  vieux  français  l. 

Un  compte  d’environ  1474  (Bouquet,  p.  193)  nous  apprend  que  Pierre  Messa¬ 
ger,  cordier,  avait  droit  de  «  filer  de  son  mestier,  au  long  des  murs  delà  Ville,  de¬ 
puis  la  première  maison  qui  est  joignant  de  la  Porte  des  Barres,  jusquesau  mur  du 
jardin  qui  fut  de  laditte  Ville  » .  Cette  porte  des  Barres  est-elle  la  même  que  celle 
des  Barrés?  Il  est  aisé  de  supposer  que  l’accent  a  été  oublié;  cette  omission  est 
même  presque  un  usage  dans  l’ancienne  écriture,  mais  ici,  l’on  peut  admettre, 
sans  invraisemblance,  qu’il  s’agit  en  effet  d’une  autre  porte.  Cet  article  me  sem¬ 
ble,  ainsi  que  le  précédent,  fort  difficile  à  interpréter. 

Je  ne  sais  précisément  à  quelle  époque  disparut  la  poterne  dite  successivement  : 
des  Barrés,  des  Béguines,  de  l’Ave-Maria,  et  peut-être  aussi  :  de  Barbéel,  et  des 
Veignes.  Elle  fut  abattue,  sans  doute,  du  temps  de  François  Ier.  Du  moins  elle 
n’existe  plus  sur  le  plan  de  Du  Cerceau,  gravé  vers  1560.  Sur  celui  de  Braun,  elle 
est  percée  dans  une  tournelle  murale  qui  ferme  la  rue  des  Barrés  (Voirpl.  VI), 
disposition  qui  semblerait  prouver  qu’elle  fut  ouverte  postérieurement  au  règne 
de  Ph.  Auguste. 

Dans  le  Mémoire  de  Bouquet,  p.  202,  il  est  question,  vers  1608,  de  deux  logis 
situés  près  de  «l’endroit  où  souloit  estrelaporte  de  Begemne  (desBéguines)  contenant 
«  29  thoises  de  long...  ensemble  la  tour  et  Esperon...  (près  le  Chantier  du  Roy 
«  et  le  jardin  du  Logis  de  Barbeau).  » 

BAUDOYER  ou  BAUDETS  (Porte).  —  Le  nom  primitif  de  cette  porte,  comme 
sa  situtftion  et  son  existence  même,  est  encore  une  sorte  d’énigme.  Tous  les  histo- 

1  Sauvai  lui-même  (t.  I,  p.  35),  qui  ne  la  confond  pas  avec  une  autre,  la  nomme  deux  fois  rue 
des  Barres,  quoique  ailleurs  (p.  113)  il  la  nomme:  des  Barrés.  Il  serait  bien  possible  que  la  porte 
ici  en  question  se  fût  appelée,  ainsi  que  la  rue,  porte  des  Barres  ,  et  que  la  vraie  porte  des  Barrés 
fût  celle  dont  je  parlerai  au  mot  Célestins. 


30 


234 


PORTES  DE  PARIS.  —  ISA  U. 


riographes  parisiens  la  signalent,  mais  sans  aucune  précision,  et  admettent  qu’elle 
tenait  à  un  mur  d’enceinte  de  la  rive  droite,  antérieur  à  celui  de  Ph.  Auguste. 
Les  uns  en  attribuent  la  construction  à  l’époque  de  la  domination  romaine  ;  d’au¬ 
tres  au  règne  de  Louis  le  Gros,  etc.,  et  tous  la  placent  dans  le  voisinage  de  la- 
place  dite  de  nos  jours  :  Baudoyer. 

Ce  nom  de  Baudoyer,  que  j’adopte  comme  le  plus  vulgairement  connu,  paraît 
résulter  de  l’altération  d’un  nom  sur  l’origine  duquel  on  n’est,  pas  d’accord.  Dans 
les  plus  anciens  titres,  rédigés  en  latin  dégénéré,  on  lit  :  Porta  Barjauda  ou  Ba- 
gaudarum,  Baldeorum,  Balderii ,  Baldaeri ,  Baudia ,  Bauderia ,  Bauderii .  Baudeti, 
Baudelii.  Dans  les  actes  en  vieux  français,  on  la  nomme  :  Porte  des  Bagauds  ou 
Bagaudes,  et  plus  souvent  :  Baudets ,  Baudais ,  Baudays,  Baudès,  Baudez,  Bau- 
dois ,  Baudier,  Baudéer,  Baudaier,  Baudayer ,  et  enfin  Baudoyer,  qui  est  le  nom 
actuel. 

Aucun  nom  d’édifice  de  l’ancien  Paris  n’a  offert  autant  de  variantes  dans  son 
orthographe;  aucun  n’a  donné  lieu  à  plus  de  commentaires.  Du  Breul  (p.  1175) 
explique  qu’il  y  eut  autrefois  à  S.  Maur  un  camp  ou  une  citadelle  nommée  Cas- 
tellum  Bagaudarum.  Eutrope,  à  la  fin  du  livre  IX  de  sa  chronique,  nous  apprend 
brièvement  que  l’an  285  ou  286  après  J. -Christ,  l’empereur  Maximien  alla  sou¬ 
mettre  des  bandes  de  paysans  révoltés,  aux  environs  de  Lutèce  ;  ces  paysans  (rus- 
ticani)  se  nommaient  Bagaudœ ;  mais  Eutrope  ne  nous  dit  pas  où  était  leur  camp. 
Je  regarde  comme  vraisemblable  qu’une  porte  de  ville,  construite  vers  cette  épo¬ 
que,  ait  pu  tirer  de  cette  circopstanc-e  son  nom  de  Bagauda. 

De  la  Marre,  dans  son  traité  de  la  Police,  avance  que  la  porte  Bagauda  ou  Ba¬ 
gaudarum,  ouvrage  des  Romains,  s’appelait  ainsi  parce  qu’elle  conduisait  à  un 
fort  bâti  par  Jules  César,  à  l’endroit  appelé  S.  Maur,  pour  loger  sa  légion,  nommée 
Legio  Alaudarum,  à  cause  d’une  figure  d’alouette  (alauda)  qui  ornait  le  casque  des 
soldats  de  cette  légion.  De  la  Marre  suppose  que  le  mot  alaudarum  s’est  altéré, 
parla  suite,  de  manière  à  être  prononcé  Bagaudarum.  On  conviendra  qu’une  pa¬ 
reille  hypothèse  est  un  jeu  de  l’imagination.  Il  n’y  a  de  vrai  que  l’existence  de  la 
légion  Alaudarum ,  formée  par  César  l’an  51  avant  J. -Christ;  elle  se  composait  de 
fils  des  premières  familles  gauloises,  et  par  prudence  était  disséminée  parmi  les 
légions  romaines.  Je  regarde  ce  renseignement  comme  un  fait  isolé  qui  n’a  aucun 
rapport  avec  la  porte  qui  nous  occupe. 

L’abbé  Lebeuf  (Dissert.,  t.  I,  p.  28)  rejette  l’étymologie  de  Delà  Marre  «tant 
(dit-il)  à  cause  de  l’éloignement  des  mots,  qu’à  cause  de  celui  du  tems»;  puis 
ensuite,  selon  son  habitude,  il  en  admet  une  autre  tout  aussi  vague  ;  il  croit  que 
le  mol  Baudets  vient  du  mot  celtique  Bald  ou  Baud,  «  qui  a  un  très-grand  nom¬ 
bre  de  rapports  avec  ce  qui  regarde  la  guerre» .  Ailleurs  (llist.  du  Diocèse  de  Paris, 


PORTES  DE  PARIS.  —  B1U. 


235 


p.  127) ,  il  lui  attribue  une  tout  autre  origine  :  il  le  fait  dériver  du  nom  de  Bau- 
dacharius,  défenseur  de  Paris  à  la  fin  du  VIIe  siècle.  Nous  allons  voir  Du  Breul 
donner  encore  une  autre  étymologie  au  mot  Baudets. 

Plusieurs  auteurs  ont  avancé,  à  tort  ou  à  raison ,  qu’il  fallait  prononcer  port  ou 
apport  Baudets,  opinion  qui,  si  elle  était  prouvée ,  détruirait  celle  de  l’existence 
d’une  porte  de  ce  nom.  Corrozet  ( folio  68,  v.)  dit  que  le  cimetière  S.  Jean  était 
«près  X  apport  Baudoier  ou  porte  Baudes  »  ,  et  Du  Breul  s’exprime  ainsi  (p.  1176)  : 
«  Aucuns  deriuent  ceste  nomination  (Baudets),  non  à  portâ,  sed  à  portu,  nec  à 
«  Bagandis ,  sed  à  Baudelio,Y appellant,  Lapport  Baudeille  ou  Baudille ,  Soubdiacre 
«  de  S.  Euuert  Euesque  d’Orléans.  Lequel  Baudele  fut  martyrizé  à  Nimes  en 
«  Prouence ,  le  20.  iour  de  May,  et  en  l’honneur  duquel  l’Eglise  de  Neuilly  sur 
«  Marne  (size  en  la  contrée  des  Baudets)  est  dediee.  »  Il  ajoute  que  Charles  Y, 
dans  un  acte  de  1364,  appelle  le  même  lieu  (Neuilly-sur-Marne),  Portum  Baude- 
lij ,  et  que  «  il  n’est  inconuenient,  qu’vn  mesme  lieu  ait  esté  premièrement 
«  nommé  La  Porte  Baudets,  et  depuis  le  Port  Baudele.  » 

J’ai  dû  citer  cette  hypothèse  ,  mais  je  n’y  adhère  pas.  Ce  qu’il  y  a  de  certain, 
c’est  que  dès  le  XIVe  siècle,  on  appelait  Porte  Baudets  et  aussi  Baudoyer  un 
carrefour  qui  rappelait  sans  doute  l’existence  d’une  porte  de  Paris.  Le  même 
Du  Breul  signale  (p.  1067)  des  lettres-patentes  de  Charles  V,  datées  de  mai 
1366,  par  lesquelles  ce  roi  permet  au  Prévôt  des  Marchands  d’élever  une  croix 
«  in  biuio  seu  platea  nuncupata  gallice  La  porte  Baudoyer.  Le  pied  de  ceste 
Croix,  ajoute  Du  Breul,  sert  à  présent  (161 2)  de  fontaine»  .  N’oublions  pas.  comme 
je  l’ai  dit  page  17,  que  c’est  au  XVIIIe  siècle  qu’on  a  commencé  à  écrire  sur  les 
plans  Place  au  lieu  de  Porte  Baudoyer. 

Un  autre  point  sur  lequel  les  historiens  ne  sont  pas  d’accord,  c’est  l’emplace¬ 
ment  même  qu’occupait  l’ancienne  porte  Bagauda.  A  coup  sûr  (si  elle  a  existé), 
elle  a  dû  être  située  sur  une  portion  de  la  petite  place  qui  en  a  conservé  le  nom  ; 
mais  on  n’en  a  jamais  trouvé  la  moindre  trace,  quoiqu’on  ait  plusieurs  fois  ,  et 
cette  année  même  (1852),  opéré  de  profondes  fouilles  de  ce  côté,  pour  le  prolon¬ 
gement  de  la  rue  de  Rivoli.  Tous  les  tronçons  de  mur  que  j’ai  remarqués  dans 
ces  fouilles  appartenaient  à  l’ancien  hôtel  de  Craon. 

«  Il  paroît,  dit  Jaillot  (Qer  de  la  Grève,  p.  7),  par  le  plan  de  Mérian,  de  1620, 

*  que  cette  porte  étoit  vis-à-vis  la  rue  Geoffroy-l’Asnier.  »  Ce  plan  n’offre  à  cet 
égard  aucune  précision.  Le  mot  P.  Baudet  y  est  gravé  dans  une  portion  delà  rue 
S.  Antoine,  au-dessus  de  la  place,  mais  c’est  tout  simplement  parce  que  le  graveur 
n’a  pu  loger  cette  inscription  sur  l’espace  de  la  place,  occupé  en  partie  par  une 
fontaine  surmontée  d’une  croix,  celle-là  même  dont  parle  Du  Breul.  A  coup  sûr 
Mérian  n’a  pas  eu  l’intention  de  désigner,  en  1620,  l’emplacement  d’une  porte 


236 


PORTES  DE  PARIS.  —  BAU. 


qui  n’existait  déjà  plus  en  1366.  Il  est  surprenant  que  Jaillot,  d’ordinaire  si  ju¬ 
dicieux,  ait  vu  là  un  renseignement. 

L’abbé  Lebeuf  a  rejeté  avec  raison  l’idée  que  la  tour  nommée  :  du  Pet-au- 
Diable  appartenait  à  une  enceinte  antérieure  à  celle  de  Ph.  Auguste,  mais  il  croit 
que  ses  fondements  pouvaient  être  ceux  d’une  des  deux  tours  qui  fortifiaient  la 
porte  Baudoyer.  Il  suffit  de  connaître  la  place  où  s’élevait  le  donjon  dit  :  la  tour 
du  Pet-au-Diable  (  voyez  page  18  ),  pour  comprendre  l’invraisemblance  de  cette 
hypothèse.  Lebeuf  excellait  à  combattre  une  erreur,  mais  le  plus  souvent  il 
en  élevait  une  autre  à  la  place. 

Jusqu’à  la  découverte  de  vestiges  matériels  ou  de  documents  inédits  sur 
cette  matière,  il  régnera  toujours  une  grande  incertitude  sur  l’époque  et  sur  l’em¬ 
placement  où  fut  construite  l’ancienne  porte  dite  Baudoyer  par  altération  de  son 
nom  primitif.  Son  existence  même  ,  je  le  répète,  n’est  pas  démontrée,  et  la  date 
de  sa  destruction  remonte  si  haut,  qu’on  n’en  a  aucune  nouvelle. 

Le  Journal  de  Paris ,  sous  Charles  VI,  signale  deux  fois  (p.  30  et  42),  à  l’année 
14-16  et  1418,  un  seigneur  De  Lours  de  la  Porte  Baudet.  Ce  seigneur  avait-il  un 
hôtel  près  de  la  place  ainsi  nommée,  ou  près  de  la  seconde  porte  du  même  nom, 
dont  je  vais  parler  ? 

Seconde  porte  Baudets  ou  Baudoyer.  —  L’histoire  de  cette  porte  est  assez  claire. 
Llle  fut  construite  vers  Fan  1190,  près  de  l’entrée  actuelle  du  collège  Charlema¬ 
gne.  Au  XIIIe  siècle,  elle  s’appelait,  en  français,  Baudets  ou  Baudeer ,  nom  diver¬ 
sement  orthographié,  et  qu’on  lui  donna  sans  doute  parce  qu’elle  conduisait  au 
carrefour  du  même  nom,  qui  plus  tard  s’est  appelé  Baudoyer. 

L’abbaye  S.  Antoine  ayant  été  fondée  en  1198,  au  temps  même  où  l’on  bâtis¬ 
sait  la  porte  Baudets,  cette  porte  aura  reçu,  dès  l’origine,  le  nom  de  l’abbaye.  La 
Taille  de  1313  s’exprime  ainsi  :  Queste  S.  Pol  qui  commence  à  la  porte  Baudaier, 
en  allant  jusques  à  la  porte  S.  Ânlhoine  (Edit.  Buchon,  p.  131).  Il  ne  peut  être 
ici  question  de  la  porte  S.  Antoine,  voisine  de  la  Bastille,  puisqu’on  n’en  bâtit  une 
de  ce  côté  que  vers  1356. 

La  rue  actuelle  S.  Antoine  commença  à  porter  cette  désignation,  je  ne  sais  au 
justeà quelle  époque.  Selon  La  Tynna,  elle  s’appelait  :  rue  de  la  porte  Baudeer, 
depuis  la  rue  des  Barres,  jusqu’à  la  porte  de  Ph.  Auguste. 

Laporte  Baudets,  sise  à  la  hauteur  du  collège  Charlemagne,  était  une  des  plus 
importantes  de  Paris.  Au  XIVe  siècle,  cette  porte,  ou  la  place  du  même  nom,  ser¬ 
vait  de  point  de  réunion  aux  oisifs  du  quartier.  Philippe  de  Maizières,  dans  son 
Songe  du  Vieil  Pèlerin ,  donne  à  Charles  VI  le  conseil  de  se  méfier  des  serviteurs 
indiscrets  «  par  lesquels  tout  ce  que  tu  feras  en  ta  chambre,  et  souvente  fois  ail¬ 
leurs,  sera  révélé  à  la  Porte  Baudet,  et  par  conséquent  à  toute  la  Ville  de  Paris  ». 


PORTÉS  DE  PARIS.  —  B  AIT. 


237 


Lebeuf,  qui  cite  ce  passage  (Dissert.,  t.  III,  p.  406),  croit  qu’il  s’agit  ici  de  la  place 
Baudoyer.  Du  Plessis  ( Annales ,  p.  72)  prétend  que,  du  nom  de  cette  porte, est  venu 
le  mot  Badaud,  appliqué  aux  oisifs  de  Paris. 

Il  résulte  d’un  acte  de  1253,  cité  par  De  la  Marre,  que  cette  année,  les  Templiers 
avaient  50  sols  de  rente  sur  deux  maisons  joignant  la  porte  Baudets  et  le  mur  du 
Boy.  Cet  auteur  a  cru  qu’il  s’agissait  ici  de  la  première  porte  de  ce  nom  ;  mais  il 
est  très-probable,  au  contraire,  comme  le  remarque  Mauperché,  qu’il  est  ques¬ 
tion  de  celle  de  Ph.  Auguste. 

On  lit  dans  Corrozet  (fol.  105,  v.)  :  «  L’an  mil  cccix,  les  cheualiers  Templiers... 
«  furent  bruslez  vifs,  iusques  au  nombre  de  50.  à  la  porte  S.  Anthoine  vers  le 
«  molin.  »I1  veut  désigner  sans  doute,  non  la  porte  Baudets,  mais  le  lieu  où,  de 
son  temps  (1561),  était  la  porte  S.  Antoine,  bâtie  sous  Charles  Y. 

En  janvier  1540  (Félibien,  t.  Y,  p.  357),  Charles-Quint  vint  à  Paris.  Après 
avoir  passé  la  porte  S.  Antoine,  voisine  de  la  Bastille,  il  arriva  à  la  porte  Baudoyer, 
où  on  lui  joua  un  beau  Mystère,  «sur  un  grant  échaffaut.»  Il  s’agit  ici  de  la  place 
de  ce  nom,  ou  de  l’endroit  où  était  la  porte  de  Ph.  Auguste,  car  cette  porte  n’exis¬ 
tait  plus  en  1540,  comme  nous  le  verrons  bientôt. 

En  cherchant  dans  les  vieilles  chroniques,  on  trouverait  sans  doute  des  récits 
de  fêtes  ou  de  grands  événements  dont  la  porte  Baudets  fut  le  théâtre.  Je  n’ai 
pris  aucune  note  à  ce  sujet,  mon  but  étant  de  disserter  sur  les  anciennes  portes, 
plutôt  que  de  décrire  la  partie  historique  qui  s’y  rattache.  Je  ferai  observer  ici 
qu’on  risque  souvent  de  confondre  la  porte  avec  la  place  dite  :  la  porte  Baudets. 

Corrozet  (folio  87)  parle  d’une  image  Nostre-Dame,  placée,  de  son  temps,  rue 
S.  Antoine,  vis-à-vis  de  l’hôtel  d’Evreux.  Il  ajoute  que  cette  image  passait  pour 
avoir  orné  le  dessus  de  la  porte  Baudet.  Fr.  de  Belleforest  (dans  sa  Cosmographie 
univ.,  t.  I)  dit,  à  propos  de  Se  Catherine-du-Yal,  qu’à  l’hôtel  d’Evreux  (situé, 
je  crois,  vis-à-vis  du  collège  actuel  Charlemagne),  était  une  des  portes  de  la  ville, 
«  ainsi  qu’encores  on  en  voit  (1575)  les  marques,  y  ayant  partie  de  l’arceau  de 
«  la  porte,  et  deux  Rois  et  Reines  à  chacun  costé  d’icelle.  » 

Du  Breul  s’exprime  ainsi  (p.  881)  :  «  La  principale  porte  de  ce  costé  là,  nommee 
«  la  Porte  Baudets,  estoit  au  droiet  où  est  l’Hostel  d’Eureux  et  où  se  voyent  en- 
«  cores  deux  statues  de  Roy  et  Royne  esleuées  sur  vne  partie  de  l’arceau  de 
«  ceste  ancienne  porte  ».  Quelles  étaient  ces  statues?  probablement  celles  de 
Ph.  Auguste  et  de  sa  femme  Ingelburge  ou  Agnès  de  Méranie. 

Il  restait  donc,  en  1612  encore,  des  vestiges  de  la  porte;  mais  il  y  avait  long¬ 
temps  qu’elle  avait  été  en  partie  abattue,  pour  élargir  la  rue  S.  Antoine.  Aussi 
ne  figure-t-elle  plus  sur  le  plan  de  Braun,  ni  même  sur  un  petit  plan  exécuté  en 
marquetterie  vers  1520.  Nous  lisons,  dans  un  compte  du  Domaine,  de  1474, 


238 


PORTES  DE  PARIS.  —  BEI. 


rapporté  par  Bouquet  {Mémoire,  p.  191):  «De  l’ancienne  porte  qui  souloit  estrc 
«  esdits  anciens  murs,  joignant  de  l’Hostel  d’Evreux,  en  la  grant  rue  S.  Antoine, 
«  près  Sainte-Catherine  du  Yal  des  Escoliers,  néant ;  pour  ce  qu’elle  fut  ja  pié  ça 
«  abbatue  pour  élargir  laditte  rue.  »  Ainsi,  dès  1474,  la  porte  de  Ph.  Auguste 
n’existait  plus.  Je  ne  sais  à  quelle  époque  disparurent  ses  derniers  débris,  pro¬ 
bablement  sous  Louis  XIII,  lorsqu’on  éleva  l’église  des  Jésuites. 

BEAUBOURG  (Poterne  de  la  rue).  —  On  croit  communément  qu’il  existait 
autrefois  au  nord,  un  peu  au-dessus  de  Paris,  une  agglomération  de  maisons 
nommée  Beau-bourg,  et  que  Ph.  Auguste,  ayant  enclos  dans  son  enceinte  une 
portion  de  la  rue  principale,  fit  percer,  pour  la  commodité  des  habitants,  à  l’en¬ 
droit  où  le  gros  mur  traversait  cette  rue,  une  issue  qu’on  appelait  simplement 
la  Poterne  ou  la  fausse  Poterne.  Il  est  probable  que,  pour  la  distinguer  des  au¬ 
tres,  on  ajouta  plus  tard  au  mot  poterne  le  nom  de  Beaubourg.  Sauvai  (t.  I, 
p.  115)  paraît  croire  que  ce  nom  proviendrait  d'un  Jean  de  Beaubourg;  mais, 
dans  d’anciens  actes,  on  lit  positivement  in  pulchro  Burgo,  et  Biau  Bourc. 

Elle  porta  aussi,  au  XIIIe  siècle,  une  autre  désignation,  celle  de  Poterne  Nicolas 
Hydron,  Ydron,  Yderon,  Huideron,  llidelon,  Hindelon ,  ou  enfin  Huidelon,  nom 
que  Jaillot  regarde  comme  le  véritable.  Je  n’ai  trouvé,  du  reste,  aucun  rensei¬ 
gnement  sur  ce  personnage. 

Dans  un  acte  passé  en  1273,  entre  Philippe  le  Hardi  et  les  chanoines  de 
S.  Merry  (Félibien,  t.  III,  p.  25),  on  lit:  Portam  Nicolai  llidelon,  quelques  lignes 
plus  bas  :  Poternam  Hindelon.  La  Taille  de  Paris  de  1292  la  nomme  Huideron. 

Il  paraît  que  plus  tard  ce  nom,  déjà  si  diversifié,  s’est  changé  en  celui  de  Vi¬ 
gneron.  Un  compte,  vers  1573,  rapporté  par  Sauvai  (t.  III,  p.  628),  l’appelle 
Fausse  porte  Nicolas  le  Vigneron.  Un  autre  (Bouquet,  p.  229)  mentionne  un  jar¬ 
din  assis  en  la  rue  Beaubourg,  dite  :  Faulce  porte  Saint-Nicolas,  sans  aucun 
nom  à  la  suite.  On  lit  [ibid.,  p.  210)  «un  jardin  assis  en  la  rue  Beaubourg,  dite 
«  faulce  porte  Nicolas  ,  Vigneron,  1608.  » 

Il  semblerait  résulter  des  articles  suivants  qu’elle  était  accompagnée  d’un 
corps  de  bâtiment  :  «  Reçu  de  Pierre  Glacet,  advocat  au  Chastelet  (vers  1474)... 
«  pour  le  dangier  des  anciens  murs,  en  tant  que  en  comprend  la  maison  où  il 
«  demeure,  avec  le  dessus  de  la  Porte  de  Beaubourg,  par  an  huit  sols  Parisis 
«  (Bouquet,  p.  190).  »  —  «Maison  seize  rue  Beaubourg,  joignant  la  vieille  porte 
«  qui  appartenoit  à  deffunt  Nicolas  Glanet  (M.,  p.  229).  »  Le  nom  de  Glanel 
est  probablement  le  même  que  celui  de  l’avocat  Glacet. 

Il  n’existe  aucun  dessin  de  cette  poterne,  détruite  sous  François  Ier,  selon 
Uorrozet.  On  voit  sa  position  précise  sur  ma  planche  VII,  fig.  3.  Je  l’ai  représentée 


PORTES  DE  PARIS.  —  BER 


239 


par  hypothèse,  faute  de  documents,  comme  fortifiée  de  deux  tours,  mais  sans  b⬠
timent.  Il  est  vraisemblable  qu’elle  eut  cette  apparence  dans  l’origine.  Sur  le  plan 
de  Braun  figure  à  cet  endroit  une  sorte  de  pavillon,  qui  ne  peut  être  contem¬ 
porain  de  Ph.  Auguste. 

Béguines  (Porte  des).  Voyez  Barrés  et  S.  Paul. 

Behaigne  (Porte).  Voyez  Coquillière. 

BERNARD  (Porte  S.). — Quand,  vers  1212,  l’enceinte  méridionale  ordonnée 
par  Ph.  Auguste  fut  achevée,  elle  ne  livrait,  assure-t-on,  passage  qu’à  six  portes: 
celles  S.  Germain,  des  Cordeliers,  Gibart,  S.  Jacques,  Bordelle  et  S.  Victor  l. 
A  l’endroit  où  le  mur  aboutissait,  à  l'orient,  au  bord  de  la  Seine,  s’élevait  une 
haute  tour  nommée  particulièrement  la  Tournelle ,  à  laquelle  on  substitua  plus 
tard  (voy.  p.  62)  un  ensemble  de  fortifications,  désigné  sous  le  même  nom.  Dans 
le  voisinage  de  cette  tour,  il  n’y  avait  probablement  dans  l’origine  ni  quai  ni 
porte  de  ville. 

Jaillot,  La  Tynna  etRamond  du  Poujet  se  trompent  sans  doute,  lorsqu’ils  avancent 
qu’il  y  avait  une  porte  de  la  Tournelle  du  temps  de  Ph.  Auguste.  On  ne  trouve, 
dans  les  historiens  du  XIIIe  siècle,  ni  sur  aucun  plan,  de  traces  de  son  existence; 
mais  il  est  possible  que  dès  Charles  VI  on  eût  établi  une  porte  de  ville  attenante 
à  la  Tournelle,  dont  elle  prit  le  nom,  ainsi  que  celui  de  S.  Bernard,  à  cause  du 
couvent  voisin  des  Bernardins,  fondé  vers  1244.  La  Tynna  a,  je  crois,  pris  pour 
une  porte  de  l’Lniversité,  l’entrée  particulière  du  château  de  la  Tournelle  [voy. 
note  de  la  page  157). 

Corrozet  ne  la  mentionne  pas  sur  sa  liste  des  portes  de  Paris  (1561);  il  est 
pourtant  vraisemblable  qu’à  cette  époque  on  devait  entrer,  de  ce  côté,  dans  la  ca¬ 
pitale,  puisqu’il  y  avait  un  quai.  Ce  qu’il  y  a  de  certain,  c’est  qu’en  1606,  Fran¬ 
çois  Miron,  prévôt  des  marchands,  fit  bâtir  un  gros  pavillon  carré,  percé  d’une 
baie  à  plein  cintre  et  couvert  d’un  toit  élevé.  André  du  Chesne,  en  1609,  le 
nomme:  Porte  delà  Tournelle,  d’autres:  Porte  S.  Bernard.  Dans  le  Registre,  cité 
page  124,  on  lit  des  lettres-patentes  du  20  juin  1606 ,  où  il  est  dit  que  la  porte  de 
la  Tournelle  sera  donnée  (à  garder?)  à  Anthoine  Faria. 

Vers  1670,  l’architecte  Blondel  eut  ordre  du  roi  de  rhabiller  ce  pavillon,  et  d’en 
faire  un  arc-de-triomphe.  Blondel  trouva  moyen  d’y  pratiquer  deux  grandes 
baies  d’égale  dimension,  remplaça  le  toit  par  une  sorte  d’entablement,  et  orna  les 
deux  murs  de  face  de  bas-reliefs  à  la  gloire  du  roi.  L’éditeur  de  Sauvai  assure 

'  Je  ne  crois  pas  que  la  porte  de  Nesle  ait  été  ouverte  dès  le  XIIIe  siècle.  (Voyez  le  mot  NESLE.) 


240 


PORTES  DE  PARIS.  —  SSËîS. 


que  la  porte  S.  Bernard  fut  abattue  et  remplacée  par  un  arc-de-lriomphe  en  1670. 
C’est  une  erreur  évidente ,  puisque  Blondel  lui-même  raconte,  dans  son  Cours 
d’architecture,  qu’il  ne  fit  que  rhabiller  l’ancienne,  opération  qui  lui  causa  beau¬ 
coup  de  peine.  Brice,  dans  sa  première  édition,  1685,  se  borne  à  dire  «  la  porte 
S.  Bernard  a  été  embellie  depuis  plusieurs  années  »  . 

Des  Lettres-patentes  du  11  sept.  1672,  citées  par  Félibien  (t.  Y,  p.  218),  or¬ 
donnent  la  suppression  de  l’aqueduc  de  la  porte  S.  Bernard ,  et  la  construction 
de  rues,  à  la  place  des  fossés  et  contrescarpe ,  à  la  charge  que  les  combles  des 
maisons  seront  plus  bas  d’un  pied  au  moins  que  le  haut  du  mur  du  rampart.  On 
cite  dans  le  même  acte  le  pignon  du  jeu  de  paulme  de  la  Tournelle.  Ce  passage 
prouve  que  même  en  1672,  on  accordait  encore  une  certaine  importance  au  mur 
de  Ph.  Auguste. 

Sur  un  plan  des  Archives,  levé  en  1666  (  voy.  pl.  IV,  fig.  2)  ,  on  voit  le  tracé 
géométral  de  la  porte  S.  Bernard,  bâtie  en  1606.  On  y  distingue  une  grande  baie, 
et  à  côté  une  autre  plus  étroite  pour  les  piétons.  Le  pont  qui  la  précède  est  formé 
de  quatre  piles.  Il  existe  de  cette  porte  une  vue  du  côté  du  fossé  gravée  par  Perelle, 
d’après  le  dessin  de  Silvestre.  Elle  consiste  en' un  gros  pavillon  carré  surmonté 
d’un  toit  très-élevé,  avec  une  cheminée  de  chaque  côté.  La  baie  principale  est  à 
plein  cintre;  la  petite,  qui  l’accompagne  au  sud,  est  rectiligne.  Chacune  d’elles 
avait  son  pont-levis  particulier,  et  l’on  remarque  dans  la  façade  les  trois  en¬ 
tailles  qui  recevaient  les  flèches  des  deux  pont-levis. 

Au-dessus  de  l’arc  de  la  grande  baie  est  une  tablette  qui  contenait  sans  doute 
une  inscription.  Deux  fenêtres  de  moyenne  grandeur  éclairent  la  salle  du  premier 
étage,  au-dessus  duquel,  au  centre,  s’élève  une  haute  lucarne  qui  dépasse  la  base 
du  toit  et  se  termine  par  un  fronton  angulaire.  Le  pont-levis  est  suivi  d’un  pont 
de  pierre  de  trois  arches.  Au  loin ,  vers  le  sud,  on  aperçoit  la  porte  S.  Victor,  qui 
paraît  avoir  à  peu  près  la  même  disposition. 

'Israël  Silvestre  a  représenté  cette  même  porte,  en  plus  petit,  sur  une  eau-forte, 
dont  le  milieu  est  occupé  par  un  médaillon  ovale  que  soutiennent  deux  figures 
allégoriques.  Le  vieux  mur,  qui  aboutit  à  la  porte,  est  percé  de  meurtrières  et 
fianqué  de  deux  tours  crénelées. 

La  porte  S.  Bernard,  du  côté  de  la  campagne,  figure  aussi  sur  une  rare  eau- 
forte  de  Zeemann,  graveur  hollandais,  célèbre  par  son  talent  à  rendre  la  transpa¬ 
rence  des  eaux.  Cette  vue  de  Paris,  ainsi  que  sept  autres  de  la  même  suite,  mé¬ 
ritent  peu  de  confiance. 

Silvestre  nous  a  laissé  une  vue  de  cette  même  porte,  prise  du  côté  de  la  ville. 
La  grande  baie  est  précédée  d’un  encadrement  rectiligne ,  que  surmonte  une 
fenêtre  accompagnée  de  deux  autres  plus  petites,  irrégulièrement  placées;  au- 


PORTES  DE  PARIS.  —  HOIR  —  BUC. 


241 


dessus  est  une  lucarne  semblable  à  celle  de  l’autre  face.  Cette  vue  a  été  repro¬ 
duite  dans  la  Topographia  Galliæ ,  éditée  à  Francfort  en  1655.  M.  Pernot  a  copié 
la  première  décrite,  en  l’enjolivant  à  sa  façon.  La  grande  baie  est  de  forme  ogivale 
ainsi  que  la  lucarne,  etc.  En  un  mot,  il  a  reconstruit  le  bâtiment  de  1606  dans 
le  style  du  XIVe  siècle,  et  n’a  oublié  que  la  petite  porte  latérale  et  le  pont-levis. 

L’image  de  la  porte  S.  Bernard,  refaite  par  Blondel,  a  été  très-souvent  gravée, 
jusqu’à  l’époque  de  sa  démolition,  qui  eut  lieu  sous  LouisXVI.  On  en  voit  les  deux 
faces  détaillées  dans  Y  Architecture  de  Blondel,  et  dans  les  Antiq.  Nationales  de 
Millin .  Une  grande  estampe  signée  C.  le  Vasseur  sculp.,  et  intitulée  :  «  Le  trans¬ 
port  des  filles  de  joye  à  l’hôpital  » ,  nous  atteste  que,  vers  1780,  elle  était  habitée, 
car  on  y  voit,  sur  le  profil  du  nord,  de  longues  perches  chargées  de  linge. 

Bordet  ou  Bordelle  (Porte).  Voyez  S.  Marcel. 

BOUBG-L’ABBÉ  (Poterne). — Elle  était  située  rue  de  ce  nom,  un  peu  au-dessus 
de  la  rue  aux  Ours  (voy.  pi.  VII ,  fig.  4).  Elle  tenait,  selon  La  Tynna,  ainsi  que 
la  rue,  son  nom  d’un  bourg  nommé  l’Abbé,  parce  qu’il  dépendait  de  l’abbé  de 
S.  Martin,  ou,  selon  Jaillot,  de  l’abbé  de  S.  Magloire.  Notons  ici  que  bien  que  ces 
deux  monastères  de  S.  Martin  et  de  S.  Magloire  ne  fussent  que  des  prieurés,  on 
donnait  indifféremment  au  supérieur  le  titre  de  prieur  ou  celui  d’abbé. 

Cette  poterne,  qui  n’eut  jamais  d’autre  nom,  était,  je  crois,  contemporaine  de 
Ph.  Auguste.  Quand  ce  roi  renferma  dans  son  enceinte  une  partie  du  Bourg- 
l’Abbé,  il  ménagea,  pour  la  commodité  des  habitants,  une  sortie  vers  le  milieu 
de  la  rue  principale  du  bourg.  On  comprend  que,  par  sa  position  même  entre 
deux  entrées  importantes  de  Paris,  elle  ne  pouvait  être  qu’une  poterne  ‘.  Je  l’ai, 
d’après  le  plan  de  Braun,  représentée  comme  pratiquée  dans  une  tournelle  mu¬ 
rale  placée  en  travers  de  la  rue.  Le  long  du  mur  d’enceinte,  près  de  cette  porte, 
existait  autrefois  un  jardin  dit  :  du  Bourg-l’Abbé  (voy.  p.  91),  jardin  établi  pro¬ 
bablement  sur  un  ancien  chemin  de  ronde. 

Bourgogne  (Porte  de).  Voyez  Comte  d’Artois. 

Braque  (Porte  de).  Voyez  du  Chaume. 

BUCI  (Porte).  —  Cette  porte  était  située  rue  S.  André-des-Arts,  près  et  un  peu 
au  delà  de  la  rue  actuelle  Contrescarpe  (voy.  pi.  I,  fig.  2).  En  1209,  époque  où 

1  Du  Breul,  p.  1060,  la  nomme  fausse  porte.  Il  est  vrai  qu’à  partir  du  règne  de  Charles  VI  ou 
donnait  ce  nom  aux  anciennes  portes  du  nord,  par  rapport  aux  nouvelles  bâties  sous  Charles  V. 

31 


242 


PORTES  DE  PARIS.  -  BIX. 


l’on  bâtissait  le  gros  mur  d’enceinte,  elle  était  encore  inachevée  et  ne  portait  au¬ 
cun  nom.  D’après  une  charte  de  Ph.  Auguste,  que  cite  Du  Breul,  page  382,  ce 
roi,  qui  la  nomme  Posternam  murorum  nostrorum ,  la  donna  cette  année  à  l’abbé 
de  S.  Germain,  à  la  charge  de  l’entretenir  en  bon  état  «  quando  constructa  fuerit, 
«  Abbas  S.  Germani  debet  eam  totam  de  novo  cooperire  de  merreno  et  tegulâ  et 
«  tenere  in  tali  statu  quod  non  depereat 1 .  » 

LaTynna  avance  à  tort  qu’elle  fut  vendue  aux  religieux;  ce  don  du  roi  avait 
pour  but  d’indemniser  l’abbaye  du  terrain  qu’elle  avait  fourni  pour  le  passage  de 
l’enceinte. 

Cette  année  même  1209,  ou  un  peu  plus  tard,  elle  porta  le  nom  de  Porte  S. 
Germain-des-Prez.  En  1350  ou  1352,  les  religieux  la  rendirent,  sous  les  mêmes 
conditions,  à  Simon  de  Buci,  conseiller  du  Roi,  moyennant  une  rente  annuelle  et 
perpétuelle  (dit  Du  Breul)  de  vingt  livres  parisis.  Il  peut  nous  paraître  étonnant 
qu’une  porte  de  ville  fortifiée  soit  l’objet  d’un  don  et  d’une  vente  :  c’était  pour¬ 
tant  autrefois  un  fait  assez  commun.  Au  reste,  je  pense  que  la  possession  d’une 
porte  entraînait  le  revenu  des  droits  d’octroi  de  cette  porte. 

Best  probable  que,  dès  cette  même  année  1350,  elle  prit  le  nom  de  son  nou¬ 
veau  possesseur.  Alors  la  porte  voisine,  nommée  des  Cordèles  ou  des  Frères-Mi¬ 
neurs  (Cordeliers),  prit  à  son  tour  le  nom  de  porte  S.  Germain,  qu’elle  ne  quitta 
plus.  Ce  nom  lui  fut  transféré  parce  qu’elle  conduisait  également  à  l’abbaye,  et 
lui  appartenait  depuis  124-0.  Les  auteurs  de  la  Gallia  Chrisliana  appellent  la  porte 
Buci  Porta  S.  Germani  de  Buciaco.  Elle  est  nommée,  dans  divers  actes,  Buci , 
Bucij,  et  surtout  Bussy.  Selon  La  Tynna,  l’orthographe  la  plus  correcte  est  Buci. 
Ce  nom,  en  effet,  est  ainsi  orthographié  sur  la  tombe  d’un  membre  de  cette  fa¬ 
mille  (voy.  Corrozet,  fol.  59  verso). 

Guillebert  de  Metz,  qui  écrivait  en  1434,  signale,  au  ehap.  28  de  sa  Description 
de  Paris,  «  la  porte  d' Orléans,  emprez  laquele  est  l’issue  de  Nele  ou  est  au  dehors 
le  pré  apellé  aus  clercs  ».  Or,  comme  il  ne  nomme  pas  la  porte  Buci,  c’est  d’elle 
évidemment  qu’il  veut  parler.  On  cite,  dans  un  article  de  Sauvai  (t.lll,  p.  589):  le 
«  Séjour  d’Orléans  en  la  rue  S.  Andry-des-Arcs,  lès  la  porte  de  Bissy.n  J’ai  lu  que 
cet  hôtel  s’étendait  de  cette  porte  à  la  rue  de  l’Eperon,  et  que  Yalentine  de  Milan 
y  logeait,  lorsqu’elle  demanda  à  Charles  VI  justice  du  meurtre  de  son  mari.  Cette 
porte  a  donc  pu  se  nommer  d'Orléans;  mais  ce  fut,  je  crois,  pour  fort  peu  de  temps, 
puisque  je  ne  l’ai  jamais  vue  signalée  ainsi  que  dans  le  manuscrit  ci-dessus. 

Du  Breul  et  d’autres  historiens  assurent  qu’elle  a  été  témoin  de  l’entrée  des 
troupes  du  duc  de  Bourgogne,  effectuée  en  mai  1418,  par  la  trahison  de  Perinet- 


II  résulte  de  cct  acte  que  cette  porte  de  Pb.  Auguste  était  couverte  d’un  toit. 


PORTES  DE  PARIS.  —  BU©. 


243 


le-Clerc  *.  Cet  auteur  avance  même  (p.  382)  que,  selon  une  tradition  orale,  la 
porte  Buci  aurait  porté  quelque  temps  le  nom  de  :  porte  des  Anglais.  Elle  fut  mu¬ 
rée  depuis  cet  événement,  dit-on,  et  ne  fut  rouverte  qu’en  1539,  selon  Jaillot, 
1538  selon  d’autres,  et  1542  selon  Du  Breul.  Cependant  Corrozet  (folio  143  verso ) 
dit  que,  sous  Louis  Xï,  «  aucunes  portes  furent  estoupées  (bouchées),  mesmes 
«  celle  de  Bussi,  qui  a  esté  ouuerte  du  temps  du  Roy  François  premier.  » 

Le  même  auteur  nous  apprend  (fol.  161  v.)  que,  sous  le  règne  de  ce  dernier  roi, 

«  on  feit  ouuerture  de  la  porte  de  Bussy,  bastie  toute  de  neuf,  à  ceste  occasion  les 
«  grands  Seigneurs,  mesme  ceux  de  la  Iustice,  et  les  bourgeois,  feirent  bastir 
«  hors  d’icelle  porte...  grand  nombre  de  beaux  hoslels  et  riches  maisons.  »  Vers 
1558  elle  fut  encore  fermée  et  rouverte  en  1586. 

Lorsqu’ en  1350  ou  1352  Simon  de  Buci  acheta  cette  porte,  de  l’abbé  de  S.  Ger¬ 
main,  il  la  fît,  selon  Du  Breul,  réparer  et  recouvrir,  et  prit  à  rente  «  la  maison 
qui  est  au  dessus  de  ladicte  porte,  et  les  tours  qui  la  costoyent.  »  Il  résulte  de  ces 
derniers  mots  que,  du  temps  de  Du  Breul  (1612),  la  porte  était  encore  munie  de 
ses  deux  vieilles  tours.  Cependant,  sur  les  plans  de  Quesnel  et  de  Yassalieu,  qui 
sont  de  1609,  elle  consiste  en  un  pavillon  carré,  en  saillie  sur  le  fossé. 

Il  est  certain  que  la  porte  Buci,  réparée  vers  1350,  ne  fut  pas  reconstruite, 
mais  seulement  un  peu  modifiée  vers  l’année  1356,  lorsqu’on  creusa  des  fossés  au 
pied  du  gros  mur.  En  effet,  sur  le  plan  de  Braun,  dessiné  vers  1530,  elle  est  en¬ 
core  flanquée  de  deux  tours.  On  la  disposa  pour  recevoir  les  flèches  d’un  pont- 
levis,  et  un  peu  plus  tard  on  y  ajouta  de  nouvelles  constructions.  Ce  fut  sous 
François  Ier  seulement,  selon  le  témoignage  contemporain  de  Corrozet,  qu’elle 
fut  «  bastie  toute  de  neuf  »  .  Elle  fut  rebâtie,  je  pense,  un  peu  plus  vers  l’ouest,  et 
les  traces  de  murs  qui  figurent  sur  la  planche  0,  fig.  1,  en  sont  des  restes,  à 
moins  qu’on  n’y  voie  ceux  d’une  avant-porte. 

André  Du  Chesne,  en  1609,  parle  ainsi  ( Antiq .  des  villes  de  France,  p.  138)  de 
la  porte  Buci  :  «  l’  vne  des  plus  belles,  et  sur  le  portail  de  laquelle  s’estendent  les 
armoiries  de  la  Ville.  « 

Vers  1465,  Simon  Aubert,  cordier,  «  avoit  à  louaige  la  porte  de  Bussy  et  les  al- 
«  lées  des  murs,  depuis  laditte  porte  aux  Galeries  de  Neelle,  tant  haultque  bas,  pour 
«  y  filer  de  sonmestier.  «(Bouquet,  p.  194). — En  mars  1558,  le  «  logis  de  la  porte 
«  de  Bussy,  avec  les  allées  des  murs  jusques  à  l’hostel  deNesle,  et  deux  tours  étant 
«  esdits  murs  »,  avait  été  baillé  par  la  Ville  aux  Capitaines  et  Archers. . .  «  pour  y 

1  C’est,  je  crois,  une  méprise  que  Jaillot  a  partagée  {voyez  page  260).  Les  historiens  du  XVIIIe 
siècle  ont  beaucoup  disserté  sur  une  borne  placée  à  l’extrémité  orientale  de  la  rue  S.  André-des- 
Arts,  sur  laquelle  on  croyait  voir  sculptée  l’effigie  de  Perinet-le-Clerc.  Cette  prétendue  découverte 
me  semble  digne  de  figurer  parmi  les  contes  archéologiques  concernant  le  vieux  Paris. 


244 


PORTES  DE  PARIS.  —  CÉE.. 


édifier,  bâtir  et  entretenir  buttes  et  autres  choses  necessaires  et  convenables  pour 
l’exercice  du  jeu  de  l’arc  »  (Sauvai,  t.  III,  p.  630). 

Cette  porte  fut  abattue,  selon  les  uns  en  1672,  selon  d’autres  en  1673.  En  mars 
1674  elle  n’existait  plus,  car  un  compte  de  cette  date  parle  de  la  place  ou  étoit  la 
porte  de  Bussy  (Bouquet,  page  277). 

Les  plans  du  XVIe  siècle  représentent  celle  reconstruite,  selon  Corrozet,  sous 
François  Ier,  comme  flanquée  de  deux  tours  et  surmontée  d’un  corps  de  logis. 
Mais,  sur  le  plan  de  Mathieu  Mérian,  1615,  elle  n’a  plus  qu’une  tour  au  coin  sud, 
et  consiste  en  un  gros  pavillon  carré  qui  paraît  avoir  assez  de  saillie  sur  le  fossé. 
La  baie  est  de  forme  ogivale;  au-dessus  sont  deux  fenêtres,  et  sur  le  toit,  deux 
lucarnes  correspondantes. 

Je  n’ai  jamais  rencontré  de  dessin  particulier,  ni  d’estampe  concernant  cette 
porte.  M.  Pernot  en  a  composé  une  vue  qui  ne  mérite  aucune  confiance. 

Calvaire  (Porte  du).  Voyez  Saint-Louis. 

CÉLESTINS  (Porte des).  —  On  cite  une  porte  de  ce  nom,  dite  aussi  des  Barres, 
qui,  je  crois,  ne  peut  être  confondue  avec  la  porte  des  Barrés ,  ou  des  Béguines. 

On  lit,  dans  un  compte  que  rapporte  Sauvai  (t.  III,  p.  126)  :  «  Les  grands 
«  murs  nouvellement  faits  selon  la  rivière,  entre  la  Tournelle  deBarbel  et  la  Porte 
«  qui  est  devant  les  Celestins.  »  Un  autre  compte,  postérieur  à  1538,  s’explique 
plus  clairement  (if/.,  t.  III,  p.  629)  :  «Les  Capitaines...  de  la  Confrairie  des  cent 
«  Arquebusiers  de  Paris ,  pour  une  place  étant  au  long  des  murs  près  la  ri- 
«  vière  de  Seine  à  la  porte  des  Celestins,  entre  la  grange  de  l’Artillerie  de  la 
«  Ville  et  place  où  étoit  la  Tour  de  Billy  »  ;  et,  à  la  page  suivante  :  «  De  Jean  le 
«  Jay,  pour  une  maison  joignant  la  porte  des  Barres  du  côté  du  lieu  où  étoit  la- 
«  dite  Tour  de  Billy.  » 

D’autre  part,  on  parle,  dans  un  compte  non  daté  (Bouquet,  p.  175)  dé  «deux 
«  maisons  estans  à  la  Porte  des  Barres  1  près  et  devant  l’église  des  Célestins  »  ; 
ailleurs  ( ibid .,  p.  181  )  :  «  Porte  des  Barres  devant  les  Célestins  »  ;  — vers  1450,  à 
la  même  page ,  on  cite  une  Tour  des  Barres ,  qui  n’est,  je  pense,  ni  celle  de 
Billy,  ni  celle  Barbeau. 

Où  était  placée  la  porte  des  Célestins,  la  même  sans  doute  qu’on  appelle  des  Bar¬ 
res  ?  Est-ce  celle  des  Barrés,  décrite  ci-dessus?  On  ne  peut,  àmon  avis,  confondre 
ces  deux  portes,  puisque  nous  lisons  que  celle  qui  nous  occupe  était  près  et  de¬ 
vant  l’église  des  Célestins.  Ces  mots  près  et  devant  ne  peuvent  s’appliquer  à  la 

'  Ce  mot  Barres  est  peut-être  le  mot  Barrés,  sauf  l’accent  qu’on  omettait  clans  l’ancienne  écriture, 
lui  tout  cas,  cette  porte  des  Barrés  est  autre  que  celle  décrite  page  232. 


PORTES  DE  PARIS.  -CHA. 


245 


porte  des  Barrés,  éloignée  de  141  toises  de  l’église.  Etait-elle  située  sur  le  quai, 
vis-à-vis  la  rue  du  Petit-Musc,  et  ouverte  dans  le  gros  mur  fortifié  de  onze 
tours  carrées,  que  Charles  Y  fit  élever  entre  les  tours  Billy  et  Barbeau,  comme  je 
l’explique  page  155  ?  La  placerons-nous  sur  le  quai ,  à  côté  de  la  tour  de  Billy , 
qui  s’est  appelée  tour  des  Célestins,  parce  qu’elle  avoisinait  le  mur  de  clôture 
de  leur  couvent?  Supposerons-nous,  enfin,  que  l’expression:  porte  des  Célestins, 
désigne  la  porte  d’entrée  de  ce  couvent? 

Commet  (fol.  85  verso)  rapporte  que  S.  Louis  fit  construire  pour  les  Carmes 
dits  Barrés  :  «  Yn  monastère  ,  au  lieu  ou  sont  maintenant  les  Celestins,  lequel 
(lieu)  encores  (1561)  s’appelle  la  porte  des  Barrez.  » 

Il  est  donc  fort  probable  qu’il  exista  une  porte  de  Paris  dite  :  des  Célestins,  des 
Barres,  ou  même  des  Barrés,  qui  n’était  pas  celle  située  entre  le  couvent  des  Bé¬ 
guines  et  le  logis  de  Barbeau.  Sur  la  grande  gouache  de  l’Hôtel-de-Yille  et  sur  le 
plan  de  Braun,  on  voit  un  bâtiment  attenant  au  mur  d’enceinte  du  quai  et  faisant 
face  à  la  rue  du  Petit-Musc  ;  il  paraît  percé  d’une  baie  :  c’est  probablement  cette 
porte  des  Célestins,  qui,  sur  ces  plans,  n’a  aucune  désignation. 

CHAUME  (  Poterne  du).  —  Sa  situation  est  indiquée  sur  ma  planche  VII,  fig.  2. 
Ramond  du  Poujet  répète,  d’après  De  Vaugondy,  que,  lorsqu’on  fonda  le  mur  mi¬ 
toyen  de  la  Merci,  on  retrouva  des  restes  de  l’ancien  mur  de  la  porte  du  Chaume. 
D’après  cette  assertion,  elle  aurait  été  placée  un  peu  au  delà  de  la  rue  de  Paradis, 
vers  le  nord.  Or,  la  direction  d’une  portion  encore  subsistante  de  ce  mur,  rue 
Rambuteau,  12,  indique  assez  qu’il  devait  joindre  la  poterne  du  Chaume,  à  peu 
près  à  l’endroit  où  je  la  place  sur  ma  planche.  Je  renvoie  le  lecteur  à  ce  que  je 
dis  à  ce  sujet,  page  83. 

Je  doute  que  cette  porte  fût  contemporaine  de  Ph.  Auguste,  car  elle  ne  con¬ 
duisait  directement  qu’au  mur  d’enceinte  du  Temple;  et  les  portes  voisines  Bar¬ 
bette  et  Sainte-Avoye  devaient  bien  suffire  aux  besoins  de  la  circulation. 

Sauvai  (t.  I,  p.  34)  dit  qu’elle  fut  percée  dans  l’épaisseur  du  mur,  par  Messieurs 
de  Montmorency,  pour  la  commodité  de  leur  hôtel.  Un  peu  plus  loin  ,  il  avance 
que  Philippe  le  Bel,  par  Lettres  données  à  Melun  en  1297,  permit  aux  Templiers 
de  l’ouvrir.  Sauvai  paraît  ici  admettre  l’existence  de  deux  portes  du  même  nom. 

La  Taille  de  Paris  de  1313  la  nomme  La  faidce  poterne  du  Temple.  Selon  quel¬ 
ques  historiens,  elle  se  serait  aussi  appelée  Porte  de  Braque ,  de  Nicolas  de  Bra¬ 
que,  qui  avait  construit  un  hôtel  et  une  chapelle  (remplacés  depuis  par  la  Merci) 
dans  le  voisinage,  vers  1384.  Sauvai  rejette  cette  opinion. 

La  rue  du  Chaume,  selon  La  Tynna,  s’est  appelée,  au  XIII8  siècle  :  rue  de  la 
Neuve-Poterne,  et  aussi  :  rue  d’Outre-la-Porte-Neuve.  Elle  dut  être  démolie  vers 


246 


PORTES  DE  PARIS.  —  CHO.  —  COM. 


1535.  Sur  le  plan  de  Braun,  elle  a  la  forme  d’une  grande  arcade.  On  lit  dans  le 
Mémoire  de  Bouquet,  p.  191  :  «  De  la  Porte  du  Chaulme,  néant  cy  :  pour  ce  qu’il 
n’y  a  point  de  habitation  (vers  14-74).  »  Ce  passage  atteste  que  c’était  bien  une 
simple  poterne,  sans  bâtiment  qui  l’accompagnât  ;  mais  il  semble  résulter  d’un 
autre  compte,  cité  page  86,  qu’elle  était  fortifiée  de  deux  tours. 

Choux  (Poterne  du  Pont- aux-).  Voyez  S.  Louis. 

COMTE  ou  a-la-COMTESSE  D’ARTOIS  (Poterne  au-).  —  On  la  voyait  rue 
Montorgueil,  tout  près  de  l’impasse  de  la  Bouteille,  un  peu  en  deçà.  Elle  était 
postérieure  d’au  moins  un  siècle  à  la  construction  du  mur  de  Ph.  Auguste.  Selon 
Jaillot,  Robert  II,  comte  d’Artois,  neveu  de  S.  Louis,  possédant  un  hôtel  entre 
les  rues  Pavée  et  Mauconseil,  fit  percer  cette  poterne  vers  la  fin  du  XIIIe  siècle, 
et  lui  donna  son  nom,  ainsi  qu’à  la  rue  Montorgueil  (appelée  :  rue  Comtesse- 
d’ Artois,  depuis  cette  portejusqu’à la  pointeS.  Eustache). 

On  la  désigne  ainsi  dans  les  anciens  actes  :  Porte  Au-Comte  d’Artois,  porte 
à-la-Comtesse,  joignant  l’hostel  d’Artois,  quelquefois  simplement  :  Porte  d’Artois 
(Bouquet,  p.  227).  On  l’appelait  encore,  selon  Du  Breul  (p.  1060)  :  La  fausse  Porte 
de  Bourgongne,  à  cause  de  son  voisinage  de  cet  hôtel.  Un  compte  sans  date  (Bou¬ 
quet,  p.  137)  cite  une  maison,  sise  rue  Montorgueil,  joignant  l’ancienne  porte  de 
Bourgogne. 

Elle  s’est  aussi  nommée,  au  XIVe  siècle,  et  peut-être  dès  la  fin  du  XIIIe,  Porte 
ou  Poterne  de  Nicolas  ou  Feu  Nicolas  Arrode.  En  1217,  selon  La  Tynna,  Nicolas 
Arrode,  prévôt  de  Paris,  habitait  à  la  Pointe  S.  Eustache,  portion  de  la  rue  Mont¬ 
martre,  qui  aurait  porté,  d’après  le  Dict  de  Guillot,  le  nom  de  ce  prévôt.  Le  même 
Nicolas  Arrode  (ou  son  tils)  est  mentionné  dans  une  charte  de  1248,  citée  par 
Géraud.  Sur  la  Taille  de  1313  éditée  par  Buchon,  p.  28,  on  signale  la  porte  feu 
Nicolas  Arrode ,  que,  dix  pages  plus  loin,  on  nomme  porte  au  Conte  d’Artois  1 .  Il 
est  certain  qu’elle  a  porté  ces  deux  noms  en  même  temps.  La  désignation  de 
Porte  Montorgueil  ou  Mauconseil  lui  a  peut-être  aussi  été  appliquée. 

Cette  poterne  consista  sans  doute  en  une  simple  baie  percée  dans  le  gros  mur. 
Ramond  du  Poujet  (édition  1826,  p.  11)  dit,  en  note,  qu’en  1498  la  ville  ordonna 
la  démolition  d’une  tour  de  l’ancienne  enceinte,  placée  rue  Comtesse-d’Artois,  en 
face  de  l’impasse  de  la  Bouteille,  tour  qui  gênoit  le  passage.  Cette  tour  était-elle 
une  des  deux  qui  auraient  fortifié  la  poterne  ?  Je  crois  plutôt  que  la  poterne  était 

1  Les  tombes  de  la  famille  Arrode  se  voyaient  autrefois  à  S.  Martin-des-Champs.  Un  Jean  Arrode 
f  ni  chargé,  avec  cinq  autres  bourgeois  notables,  de  faire  creuser,  en  1556,  les  fossés  de  la  nouvelle 
enceinte  (Sauvai,  t.  I,  p.  39). 


PORTES  DE  PARIS.  —  t'GÏF. 


247 


ouverte  à  côté  de  la  tour,  ainsi  que  je  la  représente,  pl.  VII,  fig.  4.  Je  ne  sais  où 
M.  duPoujet  a  recueilli  ce  renseignement.  U  en  résulte  que  la  poterne  aurait  été 
détruite  cette  année  même  1498,  comme  l’assure  La  Tynna.  Cependant  j’ai  lu 
ailleurs  qu’elle  fut  abattue  en  1545,  époque  où  furent  mis  aux  enchères  les  an¬ 
ciens  hôtels  de  Bourgogne  et  d’Artois.  Il  est  question,  dans  des  comptes  de  1569 
(Bouquet,  p.  226  et  227)  de  la  porte  d’Artois ,  et  Bonfons,  dans  sa  liste  des  rues 
(. Antiq .,  éd.  1586),  nomme  encore  «la  rue  et  porte  de  la  Comtesse  d’Artois.  » 
Veut-il  désigner  simplement  la  place  où  elle  exista?  En  tout  cas,  le  plan  de  Du 
Cerceau,  gravé  vers  1560,  ne  l’indique  plus.  Sur  celui  de  Braun,  plus  ancien  de 
trente  ans,  elle  figure  comme  une  grande  arcade. 

Dans  un  registre  des  Recettes  (Bouquet,  p.  80),  un  articlo  de  1451  s’exprime 
ainsi  :  «  De  la  Porte  à  la  Comtesse,  qui  est  joignant  de  l’Hostel  d’Artois,  néant  ; 
«  pour  ce  qu’elle  est  adjointe  dès  longtemps  audit  Hostel.  >l 

CONFÉRENCE  (Porte  de  là).  —  Cette  porte  était  située  sur  le  quai  des  Tuile¬ 
ries,  à  l’extrémité  occidentale  du  mur  du  jardin,  à  la  hauteur  du  grand  bassin 
octogone.  La  première  face  du  bastion  des  Tuileries  y  aboutissait  (voy.  pl.  X, 
fig.  3).  Il  paraîtrait  qu’on  bâtit  à  cet  endroit,  en  1566,  une  porte  qui  fut  recon¬ 
struite,  vers  1632,  par  P.  Pidou,  architecte  de  la  porte  S.  Honoré  (la  troisième  de 
ce  nom),  qui  était  du  même  style. 

On  ne  sait  pas.au  juste  l’origine  de  son  nom .  Selon  Le  Maire  et  autres,  elle  le  prit 
à  l’occasion  de  la  Conférence  tenue  en  1659,  au  sujet  du  traité  de  paix  dit  :  des 
Pyrénées.  L’erreur  est  manifeste,  puisque  Gomboust,  sur  son  plan  de  1652,  la 
nomme  :  porte  de  la  Conférence.  Selon  André  Du  Chesne  fils  [Antiq.  des  villes 
de  France,  1668,  p.  95),  on  l’appelait  ainsi,  parce  que  ce  fut  là  que  François  de 
Richelieu,  grand  Prévôt  de  France,  père  du  cardinal,  «  arresta  les  Parisiens  et 
«  conféra  avec  eux,  lors  des  Barricades,  dans  le  temps  que  le  Roy  Henri  111  se 
«  sauvoit  par  eau  de  la  fureur  du  peuple  '.  » 

Selon  d’autres  auteurs,  son  nom  proviendrait  des  Conférences  tenues  à  Sures- 
nés,  en  1593,  entre  les  députés  du  roi  de  Navarre  et  ceux  de  la  Ligue.  J’adhère 
à  cette  dernière  opinion,  parce  qu’en  1593  il  existait  déjà,  c’est  fort  probable,  sur 
le  quai,  une  porte  provisoire,  que  représentent,  sans  la  désigner,  les  plans  de 
Quesnel  et  de  Vassalieu  (1609).  Je  ne  pense  pas  que  ces  géographes  l’aient  figurée 
par  anticipation.  C’était  donc  cette  issue  qu’on  appelait  :  porte  de  la  Conférence , 
nom  qui  passa  à  celle  plus  imposante  qui  la  remplaça. 

1  Ce  qu’il  y  a  de  singulier,  c’est  que  Du  Chesne  fils  place  cet  événement  à  la  porte  Richelieu  , 
qui,  dit-il,  s’est  nommée  aussi  :  de  la  Conférence.  Il  ne  décrit  pas  la  porte  sise  sur  le  quai.  Cette 
méprise  est  inconcevable. 


248 


PORTES  DE  PARIS.  —  COQ. 

N.  Bonfons  cite,  à  l’année  1566,  la  porte  Neuve  (c’est-à-dire  récemment  bâtie) 
construite  à  cet  endroit,  quoique  le  bastion  ne  fût  pas  encore  terminé  en  1612, 
comme  l’assure  Du  Breul.  Le  plan  de  Belleforest,  1575,  n’en  marque  aucune.  Les 
plans  nous  manquant  entre  1580  et  1600,  on  ne  peut  saisir  au  juste  l’époque  où 
fut  établie  la  porte  qui  nous  occupe. 

Du  Breul,  auteur  contemporain,  nous  dit  (p.  1064),  après  avoir  parlé  de  la 
porte-Neuve,  située  près  de  la  tour  de  Bois  :  «  En  l’an  1581,  on  édifia  les  murs  du 
«  fossé  de  la  Porte  Neufve.  »  A  coup  sûr  il  veut  désigner  celle  dite  plus  tard  :  de 
3a  Conférence.  Il  est  certain,  à  mes  yeux,  qu’une  porte  quelconque  existait  en  cet 
endroit,  quoique  le  bastion  des  Tuileries  ne  fût  pas  achevé.  Il  est  possible  qu’à 
une  certaine  époque,  on  l’ait  nommée  :  porte  de  la  Conférence  ;  mais  il  est  à  re¬ 
marquer  qu’en  1612  Du  Breul  ne  l’appelle  pas  ainsi.  De  la  Marre  et  plusieurs 
autres  auteurs  ont  confondu  par  méprise  ces  deux  portes  Neuves. 

Il  reste  donc  toujours,  au  sujet  de  l’origine  de  la  porte  de  la  Conférence,  dite 
aussi,  je  crois,  des  Tuileries,  sous  Louis  XIV,  une  obscurité  que  je  n’ai  pu  dissiper. 
Le  bâtiment  en  fut  reconstruit  vers  1632.  On  le  voit  représenté,  du  côté  de  la 
ville  et  de  la  campagne,  sur  plusieurs  estampes  d’Israël  Silvestre,  La  Belle,  Pe- 
relle  et  autres  graveurs.  Elle  ressemblait  beaucoup,  mais  en  plus  petit,  dans  son 
ensemble  et  ses  détails,  à  la  porte  S.  Honoré,  bâtie  à  la  même  époque  ;  elle  avait 
moins  de  fenêtres;  mais  quant  aux  ornements  et  aux  ponts-levis,  etc-,  c’était  la 
même  disposition.  Je  me  dispenserai  donc  de  la  décrire,  m’étant  étendu  sur  l’au¬ 
tre  porte,  construite  en  même  temps  par  le  même  architecte.  Son  pont  de  pierre 
ou  dormant  n’avait  sans  doute  aussi  qu’une  seule  arche.  Sur  tous  les  plans,  on  voit 
plus  loin,  à  l’ouest,  dans  l’axe  de  cette  porte,  un  autre  pont  jeté  sur  un  ruisseau 
ou  un  égout,  qui  ne  se  confond  pas  avec  le  fossé  de  la  ville. 

La  porté  de  la  Conférence,  bâtie  par  Pidou  ou  Pidoux,  disparut  vers  1730. 

COQUILL1ÈRE  (Porte  ou  Poterne).  —  Cette  porte  était  située  rue  du  même 
nom,  entre  les  rues  du  Jour  et  J. -J.  Rousseau  (voir  la  pl.  VIII, ”fig.  1).  Je  ne  sais 
si  elle  fut  ouverte  dès  le  temps  de  Ph.  Auguste.  On  assure  qu’au  XIIIe  siècle  la 
rue  Coquillière  s’appelait  déjà  :  rue  de  la  porte  Coquillier  ou  au  Coquillier,  nom 
qu’elle  devait  à  la  famille  Le  Coquillier  ou  Coquiller,  dont  l’hôtel  était  dans  le 
voisinage.  En  tout  cas,  la  date  de  sa  construction  est  un  point  incertain.  Par  la 
suite,  on  donna  une  terminaison  féminine  au  mot  Coquillier;  on  en  fit  une  sorte 
d’adjectif,  et  on  dit  :  la  porte  Coquillière. 

Au  XIIIe  siècle,  l’hôtel  Coquillier  fut  vendu  à  Guy,  comte  de  Flandres,  et  la 
porte  s’appela  Porte  de  Flandres  ,  selon  M.  Géraud  (  Taille  de  Paris  en  1292, 
p.  361).  On  lui  donne  aussi,  dans  d’anciens  comptes,  la  désignation  altérée  de 


PORTES  DE  PARIS.  —  C©Q.  —  «AU. 


249 


Coquillart  et  Coquilliard.  Du  Breul  (p.  1060)  dit:  la  faulse  porte  Quoquillart. 

En  1327,  Philippe  de  Valois  lit  don  à  Jean  de  Luxembourg,  roi  de  Behaigne 
(Bohême),  d’un  hôtel  de  Nesle  contigu  à  cette  porte,  qui  prit  alors  le  nom  de 
Porte  de  Behaigne  ou  Bahaigne.  Cet  hôtel  était,  sous  Charles  VI,  la  demeure 
du  duc  d’Orléans,  et  devint  plus  tard  l’hôtel  de  Soissons.  Je  n’ai  jamais  lu  que  la 
porte  ait  été  nommée  :  d’Orléans. 

Dans  la  Queullette  (Ceuillette  ou  Taille)  de  1313,  citée  par  Félibien  (l.  V, 
p.  618)  ',  on  l’appelle  Cuqueheron  (Coqhéron),  à  cause  du  voisinage  de  la  rue  du 
même  nom. 

On  lit  dans  le  Mémoire  de  Bouquet,  p.  186  :  «  De  la  vieille  Porte  estant  esdits 
«  anciens  murs,  comme  on  va  de  Saint  Ustasse  à  l’hostel  de  Flandres,  nommée 
«  anciennement  la  porte  Coqnillière,  néant,  pour  ce  qu’il  n’y  a  point  d'habitation , 
«  1474.  »  Cet  article  donne  à  croire  que  c’était  une  simple  poterne  percée  dans 
le  mur,  mais  sans  corps  de  logis,  bien  qu’elle  fût  fortifiée  de  deux  tours.  On  lit 
dans  un  autre  compte  ( ibid .,  p.  175)  :  «néant  ici.  pource  qu’elle  est  enclavée  par- 
«  tieen  l’Hostel  de  Bahaingne  (Bohême),  e  t  partie  en  l’Hostel  delà  Trimouille .  » 

Cette  porte  fut  abattue  vers  1536.  Dans  un  compte  de  1546  (ibid.,  p.  247),  il  est 
question  d’une  place  «  faisant  portion  delà  porte  Coquillere,  démolie  depuis  dix 
«  ans.  »  Il  paraît  qu’elle  le  fut  imparfaitement,  puisqu’en  1556  (ibid.,  p.  204), 
Jehan  Gontier,  avocat  au  Parlement,  possédait  «une  anglée  massive,  estant  de- 
«  meurée  du  reste  de  la  porte  Coquillart,  après  la  démolition  d’icelle.  » 

Bonfons  ( Antiquitez ,  éd.  1586)  s’exprime  ainsi,  dans  sa  liste  des  rues  de  Paris  : 
«  La  porte  Coquillere,  depuis  la  porte  iusques  sus  les  fossés.  »  Il  désigne  ainsi 
la  partie  de  la  rue  Coquillière,  depuis  l’endroit  où  était  encore  un  reste  de  la  porte, 
jusqu’aux  fossés  de  Charles  V. 

On  lit,  au  sujet  de  cette  porte,  dans  La  Tynna  :  «  En  1684  2,  on  trouva,  à  deux 
«  toises  de  profondeur,  dans  les  ruines  d’une  vieille  tour,  précisément  à  l’endroit 
«  ou  était  cette  porte,  une  tête  de  bronze  antique,  plus  grosse  que  le  naturel, 
«  couronnée  d’une  tour  à  six  faces ,  sur  laquelle  l’opinion  des  savans  s’est 
«  exercée.  »  J’ai  déjà,  p.  99,  parlé  de  cette  découverte.  On  doit  en  conclure  que 
la  porte  Coquillière  était  flanquée  de  deux  tours,  dont  une  existait  encore  en 
partie  en  1684.  On  ne  la  voit  tracée  sur  aucun  plan.  Il  est  à  regretter  que  nos 
anciens  géographes  aient  dédaigné  d’indiquer  les  vestiges  de  ce  genre  ;  ces  do¬ 
cuments  seraient  fort  précieux  pour  les  archéologues  de  nos  jours. 

DAUPHINE  (Porte).  —  Elle  était  située  à  l’extrémité  de  la  rue  du  même  nom, 

1  Je  pense  que  c’est  cette  même  Taille  plus  détaillée  qu’a  publiée  Buchon. 

*  Dulaure  dit  :  en  1657;  je  ne  sais  lequel  de  ces  deux  auteurs  a  raison. 


32 


•250 


PORTES  DE  PARIS.  —  MEUT. 


percée  en  1607.  Une  inscription  en  majuscules  dorées,  gravée  sur  une  tablette  de 
marbre  noir,  qui  est  encore  incrustée  dans  la  maison  n°  50,  indique  la  place  qu’oc¬ 
cupait  (je  suppose)  sa  face  septentrionale.  M.  Girault  de  Sain t-Fargeau  a  cru  devoir, 
dans  son  ouvrage  sur  les  Quartiers  de  Paris,  figurer,  pour  l’effet,  cette  inscription 
en  caractères  gothiques. 

Quoique  la  rue  date  de  1607,  la  porte  ne  fut  construite  qu’en  1639,  comme 
l’atteste  une  pièce  insérée  dans  le  Mémoire  de  Bouquet,  p.  281,  et  qui  commence 
ainsi:  «  Articles  et  Conditions  arrêtées  au  Bureau  de  la  Ville,  le  7  avril  1639, 
«  pour  la  construction  d’une  porte  au  bout  de  la  rue  Dauphine,  et  la  continua- 
<(  tion  de  ladite  rue  au  travers  du  fossé,  etc.  »  Notons  que  le  prolongement  de 
cette  rue  était  projeté  depuis  longtemps;  car,  sur  le  plan  de  Quesnel,  1609,  le 
gros  mur  paraît  déjà  abattu  en  cet  endroit  et  le  fossé  comblé. 

Je  ne  connais  aucun  dessin  spécial  de  cette  porte,  qui  subsista  peu  de  temps. 
Elle  figure  sur  le  plan  de  Gomboust  et  autres,  où  elle  a  la  forme  d’un  pavillon, 
avec  une  arcade.  Sur  une  pièce  du  recueil  :  Topographie  françoise  (1648,  édité 
par  Jean  Boisseau),  on  l’aperçoit  dans  le  lointain  :  c’est  un  bâtiment  sans  étages 
et  à  toit  aigu,  percé  d’une  grande  baie  à  plein  cintre,  entourée  d’une  chaîne  de 
pierres  en  bossage.  En  1760,  Bobert  de  Vaugondy  signale  comme  subsistant  en¬ 
core  un  jambage  de  l’arc.  La  Tynna  a  oublié  de  la  mentionner.  Elle  fut  détruite 
en  1673,  comme  on  lit  sur  la  tablette  citée  ci-dessus. 

DENIS  (Portes  S.).  —  Il  est  possible  qu’avant  Ph.  Auguste  il  existât,  rue 
S.  Denis,  environ  à  la  hauteur  delà  rue  des  Lombards,  une  porte  de  ville  cor¬ 
respondante  à  celle  qui  se  voyait  du  temps  de  l’abbé  Suger  près  de  l’église 
S.  Merry.  En  tout  cas,  aucun  historien,  aucun  acte  ne  signale  de  porte  à  cet  en¬ 
droit.  J'ai  déjà  disserté,  pages  20  et  206,  sur  le  Grand  Châtelet,  qu’on  a  regardé 
à  tort  comme  une  porte  de  Paris,  placée  en  tête  de  la  rue  S.  Denis. 

Vers  l’an  1190,  Ph.  Auguste  en  fit  construire  une,  fortifiée  de  deux  grosses 
tours,  à  côté  et  un  peu  au-dessous  de  l’impasse  des  Peintres.  Le  compilateur 
Brice  dit  par  méprise,  dans  sa  Description  de  Paris  (é dit.  de  1685),  qu’elle  était 
située  à  l’endroit  de  là  Fontaine  de  la  Reine,  au  coin  de  la  rue  Grénetat. 

Il  est  naturel  de  croire  que  son  premier  nom  fut  :  Porte  S.  Denis,  et  que  celui 
de  porte  aux  Peintres ,  qu’elle  reçut  d’une  impasse  voisine,  ne  lui  fut  donné  que 
plus  tard.  Ce  fut  probablement  sous  Charles  V,  quand  fut  établie  la  nouvelle  Bas¬ 
tide  S.  Denis,  que  l’ancienne  porte  de  la  rue  S.  Denis  reçut  ce  surnom  1 ,  afin  de 

1  Dans  un  compte  de  1-473  cité  par  Bouquet  (Mémoire,  p.  187),  on  parle  d’un  hôtel  «joignant 
l’ancienne  porte  S.  Denys,  appellée  la  porte  aux  Peintres.  »  Ce  dernier  nom  paraît  ici  n’être  qu’un 


surnom. 


PORTES  DE  PARIS.  -  DM. 


25  î 


les  mieux  distinguer.  Il  serait  surprenant  qu’on  eût,  sans  raison,  substitué  au 
nom  d’un  saint  si  vénéré  des  Parisiens,  celui  de  l’impasse,  nommée  :  aux  Pein¬ 
tres,  parce  que,  dit  Sauvai  :  «  les  peintres  à  fresque  se  tenoient  près  de  cette 
porte  1  ».  Il  est  à  présumer  que  celte  dénomination  fut  imposée  à  la  porte  par  le 
vulgaire  vers  la  fin  du  XIVe  siècle,  ou  un  peu  plus  tard,  mais  que  le  nom  primitif 
et  officiel  était  :  porte  S.  Denis,  puisqu’elle  conduisait  à  l’une  des  plus  illustres 
abbayes  de  France. 

Dans  un  acte  de  1323,  que  cite  Félibien  (t.  III,  p.  331),  on  lit  :  «juxtà  portam 
S.  Dionysii.  »  Le  Journal  de  Paris  sous  Charles  VI  (p.  72)  la  nomme,  en  14-20, 
seconde  porte  S.  Denis  (par  rapport  à  ceux  qui  viennent  de  la  campagne),  et  ail¬ 
leurs  (p.  177),  Porte  aux  Paintres ,  1438.  On  lit  dans  un  ancien  compte  (vers 
1500)  :  «  les  antiens  murs  joignant  la  porte  aux  Peintres,  où  est  pour  enseigne  : 
l’Arbaleste  »  (Bouquet,  p.  209);  et,  dans  un  compte  plus  moderne  :  Porte  des 
Peintres  {ib.,  p.  227). 

Cette  porte  eut  encore  plusieurs  noms  peu  usités.  Dans  la  Quelette  ou  Taille 
de  1313  (Félibien,  t.  V,  p.  619),  on  lui  donne  celui  de  :  porte  S.  Denis  Darnetal , 
parce  qu’elle  n’était  pas  très-éloignée  de  la  rue  Darnetal,  dite  depuis  Grénetat. 
En  1329  on  l’appelle  :  «  Porte  Mauconseil,  près  S.  Jacques  l’Hospital  »  ( id .,  t.  III, 
p.  368),  à  moins  que  ce  nom  ne  désigne  (ce  qui  est  plus  probable)  la  porte  au 
Comte-d’ Artois,  rue  Mauconseil. 

A  l’est  de  la  porte  S.  Denis  étaient  deux  jeux  de  paume,  le  long  du  mur,  à  l’ex¬ 
térieur.  Ils  étaient  séparés  par  une  tourelle  murale  (voy.  p.  90).  A  l’ouest  se  trou¬ 
vait  le  jardin  des  Arbalétriers  de  la  Ville,  dont  j’ai  parlé  page  92. 

Les  extraits  suivants  offrent  quelque  intérêt  :  «...  La  vieille  porte  S.  Denys, 

«  avecques  les  montées  par  où  l’on  monte  de  la  rue  en  hault,  à  ladicte  Porte  et 
«  ès  Allées  sur  les  anciens  murs,  d’un  costé  et  d’autre  d’icelle  porte,  vers  1450  » 
(Bouquet,  p.  180)  —  «...  Maison  appellée  la  Scellette  (1608),  qui  souloit  servir  à 
«  monter  sur  la  porte  S.  Denis  »  (ib.,  p.  208).  Ces  passages  semblent  indiquer 
qu’il  n’y  avait  pas  d’escalier  à  vis  pratiqué  dans  le  bâtiment,  comme  à  la  porte 
S.  Jacques. 

Je  ne  connais  aucune  représentation  particulière  de  la  porte  S.  Denis  de 
Ph.  Auguste,  qui,  sur  le  plan  de  Braun,  a  la  forme  d’une  simple  maison.  Il  est 
vraisemblable  que  dès  1530  elle  avait  été  dégarnie  de  ses  tours,  comme  d’un  ac- 

'  La  Tynna  dit  à  propos  de  l’impasse  de  ce  nom  :  «Doit  elle  son  nom  actuel  à  Guyon  Ledoux  , 

«  maître  peintre,  qui  y  fit  bâtir  une  maison  en  1535,  ou  à  Gilles  Le  Peintre,  dont  les  enfans  pos- 
<i  sédaient  en  1303  la  maison  de  l’Arbalète?»  Acoup  sûr,  la  porte  se  nommait  ainsi  bien  avantl535. 
En  1474  ( Mém .  de  Bouquet,  p.  188),  un  peintre  nommé  Pierre  Descbamps  demeurait  près  de  cette 
porte. 


252 


PORTES  DE  PARIS.  —  BEST. 


cessoire  inutile  et  embarrassant  la  circulation.  Il  est  à  regretter  que  Corrozet,  dans 
la  première  édition  de  ses  Antiqvitez  (1532),  ne  Fait  pas  décrite.  Il  se  borne  à 
nous  dire  (édit,  de  1561,  folio  11)  qu’il  y  avait  au-dessus  de  la  porte,  comme  à 
toutes  les  autres,  une  statue  de  la  Vierge  (voy.  page  209). 

Sauvai  (t.  I,  p.  31)  signale  de  visu  celle  qui  ornait  la  porte-aux-Peintres  :  «  elle 
«  étoit  élevée  sur  un  pied  d’estail,  contre  une  maison  delà  rue  S.  Denys,  qui  fait 
«  le  coin  d’un  cul  de  sac,  appellé  la  porte  aux  Peintres.  Le  Propriétaire  en  a  eu 
«  tant  de  soin,  qu’ayant  rebâti  sa  maison,  pour  marquer  plus  de  vénération,  il  a 
«  posé  cette  figure  sur  un  pied  d’estail,  Fa  fait  peindre  et  couronner  d’un  dais, 
«  avec  cette  Inscription  en  lettres  d’or  au  bas,  cette  Image  étoit  sur  l’ancienne 
«  porte  qui  fut  abatue  en  1535,  et  a  été  mise  ici  pour  servir  de  mémoire.  Elle  est 
«  de  pierre,  plus  grande  que  nature...  et  après  tout  elle  ne  passe  pas  pour  mal 
«  faite,  quoi  qu’ancienne  de  plus  de  quatre  cens  soixante  ans.  » 

L’inscription  citée  par  Sauvai  indique  Fan  1535  comme  l’époque  de  sa  démoli¬ 
tion.  Un  ancien  compte  de  mai  154-2  (Bouquet,  p.  245)  parle  de  la  porte-aux- 
Peintres,  «  naguères  démolie.  » 

Seconde  porte  S.  Denis.  — Charles  V,  vers  1370,  fit  bâtir  une  autre  porte  plus 
éloignée  du  centre,  tout  en  laissant  subsister  l’ancienne.  Cette  nouvelle  porte  se 
nommait  :  porte  ou  plutôt  Bastide  S.  Denis.  Elle  était  placée  à  la  hauteur  de  la 
rue  actuelle  Sainte  Apolline  *  (voir  la  pi.  IX).  Corrozet,  dans  sa  liste  des  portes  de 
Paris  en  1561,  cite  la  porte  Sainct  Denys  :  «  porte  Royale  » ,  ajoute-t-il.  Ce  sur¬ 
nom  spécial  lui  venait  sans  doute  de  ce  que  nos  rois  y  faisaient  leur  entrée  solen¬ 
nelle,  lors  de  leur  avènement,  et  plus  tard  leur  sortie  funèbre,  lorsqu’on  menait 
leur  dépouille  à  S.  Denis.  On  voit  dans  Félibien  (t.  V,  p.  513)  qu’en  1610,  année 
des  funérailles  d’Henri  IV,  on  l’appelait  par  excellence  «  la  porte  de  Paris  »  .  L’ef¬ 
figie  de  ce  roi  fut,  pour  cette  occasion,  dressée  au-dessus  de  l’entrée,  sans  doute 
du  côté  de  la  ville. 

La  Bastide  S.  Denis,  depuis  l’époque  de  sa  construction  jusqu’à  celle  où  elle 
disparut  vers  1672,  dut  être  souvent  réparée  et  modifiée,  quoique  je  ne  puisse 
citer  aucun  ancien  compte  qui  l’atteste.  Au  XV*  siècle,  Dedier-Dordel  tenait  à 
louage  «  une  tournelle  estant  dans  la  basse-cour  de  la  Bastide  S.  Denys,  joignant 
au  pont-levis,  par  devers  la  porte  S.  Martin  »  (Bouquet,  p.  176). 

L’image  de  cette  porte,  du  côté  de  la  campagne,  est  assez  connue.  Elle  figure, 
avec  quelques  différences,  sur  les  principaux  plans.  C’est  un  gros  bâtiment  carré, 

1  La  Tynna,  au  sujet  de  la  rue  Neuve-S. -Denis,  avance  que,  sous  Charles  IX ,  les  portes  S.  Denis 
et  S.  Martin  furent  placées  aux  deux  bouts  de  cette  rue,  du  côté  du  nord,  et  qu’elle  porta  en  con¬ 
séquence  le  nom  de  :  rue  des  Deux-Portes.  Le  nom  de  Charles  IX  est  sans  doute  une  erreur  de 
l’imprimeur.  L’auteur  a  voulu  dire  Charles  V. 


PORTES  DE  PARIS.  —  BEST. 


‘253 


formant  une  cour  à  l’intérieur,  terrassé  et  sans  toiture  (excepté  du  côté  de  la  ville), 
flanqué,  dans  les  angles,  de  tours  ou  de  tourelles  en  encorbellement.  Il  a  beau¬ 
coup  de  saillie  sur  le  fossé,  et  ses  deux  faces  paraissent  de  niveau  avec  la  base  du 
rempart.  Il  était  précédé  d’un  pont-levis  établi  postérieurement  à  la  porte,  si 
l’on  s’en  rapporte  au  passage  suivant  du  Journal  sous  Charles  VI,  p.  32  :  «  A  l’en- 
«  trée  de  sept.  1417...  fut  la  porte  S.  Denis  fermée,  et  furent  abattues  les  arches 
«  pour  faire  ung  pont-leveys,  et  fut  deux  moys  fermée  en  la  droite  saison  de 
«  vendanges.  »Ce  pont-levis  était  suivi  d’un  pont  dormant  en  pierre  de  deux  ou 
trois  arches.  Au-dessus  des  piles,  des  places  semi-circulaires,  comme  on  en  voit 
au  pont  Neuf,  servaient  à  abriter  les  piétons,  lors  du  passage  des  voitures.  A  la 
suite  du  pont  de  pierre  était  une  avant-porte,  fortifiée,  munie  d’une  herse  ou 
bascule  remplissant  l’office  de  pont-levis,  avec  un  pont  d’une  arche  jeté  sur  bar¬ 
rière-fossé,  comme  je  l’explique,  page  139. 

L’eau-forte  qu’Israël  Silvestre  nous  a  laissée  de  cette  porte  est  sans  doute 
assez  exacte  quant  à  la  représentation  de  la  porte  et  des  ponts;  mais  certaine¬ 
ment  le  graveur  a,  selon  son  habitude  ,  arrangé  pour  l’effet  le  voisinage.  A  l’é¬ 
poque  où  dessinait  Silvestre  (vers  1650),  la  porte  S.  Denis  touchait  du  côté  de  la 
ville  à  de  hautes  maisons,  dont  il  la  suppose  dégagée,  pour  lui  donner  l’appa¬ 
rence  d’une  ruine. romaine.  Cet  artiste  se  plaisait  à  faire  ressortir  les  monuments 
de  Paris,  sur  un  fond  de  paysage  italien.  Sa  vue  du  grand  Châtelet  est  du  même 
genre,  ainsi  que  bien  d’autres.  Les  ponts  jetés  sur  le  double  fossé  ne  paraissent 
pas  bien  rendus  sur  cette  estampe.  Le  profil  occidental  de  la  porte  offre  trois  arcs 
de  pierre  ou  de  brique;  on  en  distingue  six  sur  le  plan  de  Gomboust. 

Une  estampe  historique  et  satirique,  éditée  par  Jean  Le  Clerc,  d’après  un  ta¬ 
bleau  de  N.  Bollery,  représente  cette  porte  du  côté  de  la  ville.  Henri  IV,  accoudé 
a  l’une  des  deux  fenêtres  du  premier  étage,  regarde  passer  l’armée  espagnole, 
qui  sort  piteusement  de  Paris.  On  distingue  le  commencement  d’un  second  étage. 
Au-dessus  de  la  grande  baie  en  ogive  est  sculptée  ou  peinte  une  Annonciation; 
entre  l’Ange  et  la  Vierge,  est  un  lis  dans  un  vase  ;  ce  détail  est  peut-être  imaginaire. 
A  côté  et  à  gauche  de  la  grande  baie ,  est  une  autre  baie  plus  petite.  On  voit  aussi 
figurer  à  l’est  do  la  porte  trois  arcades  inégales;  mais  tout  cet  ensemble  est  con¬ 
fus,  manque  de  perspective  et  paraît  dessiné  de  mémoire.  En  somme,  cette  image 
est  fort  grossière,  à  part  quelques  têtes  assez  bien  touchées,  notamment  celle  du 
roi.  Quant  à  la  localité,  elle  offre  tout  au  plus  quelques  réminiscences  de  la  vieille 
bastide  de  Charles  V. 

On  rencontre  assez  souvent,  dans  les  chroniques  manuscrites,  des  miniatures 
représentant  cette  porte,  à  propos  d’une  entrée  royale.  Montfaucon  en  a  repro¬ 
duit  plusieurs;  mais  elles  ne  se  ressemblent  nullement  entre  elles.  La  porte  est 


254 


PORTES  DE  PARIS.  —  DEN. 


évidemment  tracée  de  fantaisie,  ainsi  que  les  localités  voisines.  11  faut  donc  nous 
en  tenir  à  l’image  que  nous  offrent  les  plans  détaillés  de  Quesnel,  Mérian,  Gom- 
boust,  et  l’eau-forte  d’Isr.  Silvestre.  La  petite  vue  de  la  porte  S.  Denis,  représen¬ 
tée  pl.  XII,  fig.  7,  est  une  composition  formée  de  divers  éléments. 

Il  est  à  regretter  que  Sauvai,  qui  avait  souvent  vu  cette  porte,  ne  nous  en  ait  pas 
laissé  une  description  en  termes  précis.  «  La  porte  S.  Denys,  dit  Du  Breul,  p.  1062, 
«  est  ornée  d’vn  riche  auant-portail,  où  se  voyent  par  admiration  diuerses  sta- 
«  tues  et  figures  qui  sont  faictes  et  dressées  exprès  auec  plusieurs  vers  et  sen- 
«  tences  pour  explication  d’icelles.  »  Du  Breul  ne  fait  pas  connaître  ce  qu'on  doit 
entendre  par  cet  avant-portail.  Etait-ce  l’avant-porte  qui  précédait  le  pont  dor¬ 
mant,  ou  un  nouveau  bâtiment  ajouté  à  l’ancien,  du  côté  de  la  ville? 

En  août  1620,  on  permit  à  un  boucher  d’établir  un  étal  près  de  la  herse  de  la 
porte  S.  Denis  (Bouquet,  p.255).  Ce  mot  herse  signifie  sans  doute  l’avant-porte, 
et  désigne  la  partie  pour  ie  tout. 

On  lit  dans  La  Vie  et  leshons  mots  de  Santeuïl,  in-12,  1722,  p.  168,  que  le  cé¬ 
lèbre  poète,  revenant  un  jour  de  S.  Denis  à  Paris  avec  deux  de  ses  amis,  eut,  à 
moitié  chemin,  l’idée  excentrique  de  monter  sur  une  charrette  extrêmement 
chargée  de  foin.  Là,  il  se  mit  à  composer  un  hymne  à  sainte  Cécile.  «  Lorsqu’il 
«  fallut  passer  sous  la  porte  de  S.  Denys,  un  de  ses  amis  l’avertit  de  baisser  la 
«  tête  ;  son  application  l’ayant  empêché  de  faire  réflexion  à  ce  qu'on  lui  disoit,  il 
«  ne  la  baissa  point  et  fut  blessé;  étant  descendu,  il  dit  que  l’architecte  étoit  un 
«  ignorant  d’avoir  fait  une  porte  si  basse,  et  qu’il  méritoit  d’être  pendu  comme 
a  Ravaillac,  etc.  » 

La  bastide  S.  Denis  fut  témoin  de  bien  des  cérémonies  lugubres  ou  triompha¬ 
les,  décrites  dans  les  anciennes  chroniques  et  les  ouvrages  sur  le  Cérémonial, 
«  tellement,  dit  Du  Breul,  que  l’on  la  peut  nommer  ensemble,  Porte  de  deuil  et 
«  Porte  de  ioye  1 .  »  On  pourrait  composer  un  volume  du  récit  des  événements 
où  cette  porte  joua  un  rôle;  je  me  bornerai  ici  à  signaler  quelques  faits  qui  la 
concernent. 

Elle  était  à  peine  construite,  qu’elle  était  déjà  saccagée,  en  1383,  dans  une 
émeute  (voy.  p.  135).  —  Le  12  oct.  1408,  l’évêque  de  Liège  y  passa  quand  il  vint 
à  Paris  prêter  serment  de  fidélité  à  Charles  VI  (Journal  sous  Charles  Vf,  p.  2). 
—  En  sept.  1429,  on  plaça  sur  la  plate-forme  «  de  grans  canons  qui  gettoient  de 
«  la  porte  S.  Denis  jusques  par-delà  S.  Ladre  (Lazare)  largement  ( ibid .,  p.  126).  » 

’  Quand  nos  rois  faisaient  leur  entrée  solennelle  par  la  porte  S.  Denis,  ils  avaient  coutume  de 
passer  la  nuit  qui  précédait  leur  entrée  au  couvent  de  S.  Lazare.  (Louis  XI  passa  cette  nuit  au  ch⬠
teau  des  Porcherons.)  Lorsqu’on  portait  leurs  dépouilles  à  S.  Denis,  il  était  d’usage  de  présenter  le 
corps  dan6  le  chœur  de  l’église  du  même  couvent. 


PORTES  DE  PARIS.  —  BîEN. 


555 


—  En  déc.  1431,  Henri,  roi  d’Angleterre,  âgé  de  neuf  ans,  y  fit  son  entrée,  à  la 
honte  et  pourtant  aux  applaudissements  des  Parisiens.  On  lit  (ibid.,  p.  144)  une 
longue  description  des  fêles  données  à  cette  occasion.  «  La  Porte  S.  Denis,  deuers 
«  les  champs,  avoit  les  armes  de  la  Ville  ;  c’est  assavoir  ung  escu  si  grant,  qu’il 
«  couvroit  toutte  la  maçonnerie  de  la  Porte,  et  ou  travers  de  l’escu  avoit  une  nef 
«  d’argent  grande  comme  trois  hommes.  » 

Sept  ans  plus  tard,  en  1438,  le  même  peuple  parisien  massacra  les  Anglais  et 
reçut  Charles  VII,  toujours  avec  le  même  empressement.  Ce  roi  entra  à  Paris  par 
la  bastide  S.  Denis.  Corrozet  ( folio  141,  v.)  assure  que  cette  entrée  eut  lieu  le 
4  nov.  1437  ;  mais  le  Journal  cité  dit  :  1438.  Quand  le  roi  se  présenta  à  hi  porte 
S.  Denis,  «un  iouvenceau  en  guise  d’un  ange  volant  en  l’air  par  artifice/luy  feit 
«  présent  des  clefs  delà  ville.  » 

Au  commencement  du  règne  de  Louis  XI,  «  la  voirie  de  la  porte  S.  Denis  fut 
«  abatue  et  rempars  furent  faicts  au  dedans  des  murailles»  (Corrozet ,  folio  144). 
Cette  voirie  est  la  butte  Villeneuve-sur-Gravois,  dont  j’ai  parlé  pages  147  et  189. 

Le  22  mars  1594,  une  partie  de  l’armée  d’Henri  IV  s’introduisait  à  Paris  par 
cette  porte,  tandis  que  le  roi  faisait  son  entrée  par  la  porte  Neuve.  Le  même  jour, 
comme  je  l’ai  dit  ci-dessus,  il  monta  dans  la  salle  du  premier  étage  de  la  porte 
S.  Denis,  pour  voir  partir  l’armée  espagnole  par  une  pluie  battante.  C’est  de 
cette  fenêtre  qu’il  dit  au  duc  de  Feria  :  «Recommandez  moy  à  vostre  Maistre, 
«  mais  n’y  reuenez  plus.  »  Seize  ans  plus  tard,  le  même  édifice,  tendu  de  noir, 
voyait  passer  les  dépouilles  du  roi  populaire. 

J’ai  déjà  dit,  page  220,  que  la  porte  S.  Denis  était  une  de  celles  où  l’on  sus¬ 
pendait  les  membres  de  certains  criminels  exécutés  à  Paris. 

Troisième  porte  S.  Denis.  —  La  Bastide  S.  Denis,  construite  sous  Charles  V, 
fut  abattue  vers  1672  et  remplacée  par  Tare  de  triomphe  actuel,  élevé  cette  an¬ 
née-là  par  Blondel,  à  environ  quatre-vingts  mètres  au  nord  de  l’ancienne  porte. 
L’éditeur  du  manuscrit  de  Sauvai  avance  que  la  nouvelle  porte  fut  construite  sur 
les  fondements  de  Y  ancienne.  C’est  une  erreur  si  évidente,  qu’il  est  inutile  de  la 
réfuter. 

La  porteS.  Denis  de  Blondel  faillit  être  démolie  en  1793,  à  cause  de  ses  in¬ 
scriptions  et  de  ses  armoiries  royales.  Heureusement  elle  en  fut  quitte  pour 
porter,  quelque  temps,  comme  la  ville  de  S.  Denis,  le  nom  de  porte  Franciade. 
Son  histoire  se  mêle  à  toutes  les  révolutions  qui  nous  ont  agités  depuis  1790  jus¬ 
qu’au  4  décembre  1851.  On  peut  dire  que  toutes  ont  commencé  là. 

DENIS  (fausse-porte  du  faubourg  S.).  —  Voyez  ci-après  l’article  intitulé  : 
Portes  des  Faubourgs. 


FAUBOURGS  (fortes  des). 

DORÉE  (  Porte).  Corrozet,  dans  sa  liste  des  rues,  cite  la  «ruelle  au  coing  de 
«  la  porte  dorée  descendante  sur  la  riuière  (sur  le  quai  de  la  Grève).  »  Ce  nom 
s'appliquerait-il  à  une  vieille  porte  de  la  première  enceinte  de  la  rive  droite  ?  Ce 
n’est  point  probable  ;  il  s’agit  sans  doute  d’une  porte  particulière,  ou  d’une 
enseigne.  Néanmoins,  jai  cru  devoir  ne  pas  omettre  cette  indication. 

Enfer  ou  de  Fer  (Porte  d’).  —  Voyez  S.  Michel. 

Eustâche,  Huistace,  Huitasse  (  Porte  Saint) .  —  Voyez  Montmartre. 

FAUBOURGS  de  Paris  (Anciennes  portes  des).  —  Outre  les  portes  attenantes  à 
l’enceinte  de  Charles  V,  il  y  avait,  à  l’extrémité  des  principaux  faubourgs  du 
Sud,  des  portes  accompagnées  de  barres  ou  barrières  qui  en  fermaient  l’entrée. 
On  les  nommait  fauîees  portes  ou  premières  portes,  S.  Marcel,  S.  Jacques,  etc., 
parce  que  c’était  les  premières  qu’on  rencontrait  quand  on  venait  à  Paris.  Une 
partie  de  ces  portes  peu  connues  remonte  peut-être  à  Charles  Vï.  Je  rappellerai 
sommairement  ce  que  j’en  ai  dit  au  chap.  xx. 

«  L’an  1383  (Corrozet,  folio  130),  le  Roy  ottroya  lettres,  par  lesquelles  appert 
«  que  son  vouloir  estoit,  que  les  fauxbourgs  anciens  d’entour  Paris,  fussent  clos 
«  et  enfermez  de  gros  murs,  portes  et  fossez,  et  fussent  reputez  de  ladicte  ville.  » 
Il  ne  s’agit  pas  ici,  c’est  évident,  de  l’enceinte  septentrionale,  alors  achevée, 
mais  bien  des  faubourgs  du  Midi. 

Ce  fut,  je  suppose,  vers  cette  époque  que  la  petite  ville  S.  Marcel  fut  entourée 
d’un  mur  d’enceinte  et  d’un  fossé  (voy.  p.  173).  Les  anciens  plans,  jusqu’au 
règne  de  Louis  XV,  indiquent  au  haut  de  la  rue  Mouffetard,  la  principale  rue 
du  bourg,  une  porte  placée  près  des  Gobelins,  laquelle  n’a  d’autre  apparence  que 
celle  d’un  pavillon  carré.  On  la  nommait  communément  :  fausse-porteS.  Marcel. 
Cette  expression  fausse-porte  lui  est  donnée  pour  la  distinguer  de  celle  attenante 
au  mur  de  Ph.  Auguste.  Gomboust  l'appelle  :  vieille  porte  S.  Marcel,  nom  qui 
semble  indiquer  une  construction  ancienne.  Selon  Sauvai  (t.  III,  p.  69  ),  elle 
existait  déjà  en  1304,  sous  le  nom  de  porte  Poupeline.  Elle  se  voit  encore  sur  le 
plan  de  La  Caille,  1714. 

Derrière  le  cloître  S.  Marcel  était  une  porte  de  la  Barre,  placée  à  l’extrémité 
orientale  de  la  rue  des  Francs-Bourgeois -S. -Marcel,  qui  portait  jadis  aussi  le  nom 
de  rue  de  la  Barre.  Elle  servait  à  la  fois  d’entrée  au  cloître  et  de  porte  de  ville, 
car  le  fossé  passait  devant.  J’ai  signalé  également  au  chap.  xx,  auquel  je  renvoie, 
une  fausse-porte  dont  j’ignore  le  nom,  bâtie  au  haut  de  la  rue  de  Lourcine,  passé 
les  Cordelières,  et,  en  outre,  deux  autres  portes  situées  plus  bas  vers  le  milieu  de 
la  même  rue;  enfin  une  porte  dite  de  l’Arbaleste,  dans  la  rue  du  même  nom. 


257 


FAUBOURGS  (PORTES  DES). 

Au  haut  du  faubourg  S.  Jacques,  entre  le  mur  des  Capucins  et  celui  de  l’Ob¬ 
servatoire,  était  la  fausse-porte  S.  Jacques,  ainsi  désignée,  par  rapport  à  celle 
attenante  à  l’enceinte  de  Ph.  Auguste.  La  construction  de  cette'porte  remonte 
peut-être  à  une  époque  éloignée,  car,  sur  les  plans  de  Quesnel  et  de  Boisseau, 
elle  est  fortifiée  de  deux  tours  rondes,  comme  les  portes  de  Ph.  Auguste. 

On  n’a  jamais  cité  le  bourg  S.  Jacques,  maison  mentionne  le  bourg  de  Notre- 
Dame-des- Champs,  groupé  sans  doute  autour  de  la  vieille  chapelle  de  ce  nom, 
sise  entre  les  rues  S.  Jacques  et  d’Enfer.  J’ignore  si  jamais  ce  bourg  fut  fortifié 
de  murailles  et  de  fossés  :  on  n’en  trouve  aucune  preuve. 

Louis  XIII,  en  1628,  de  retour  de  La  Rochelle,  fit  son  entrée  solennelle  à  Paris; 
on  orna,  pour  le  recevoir,  cette  porte,  qu’on  appelait  la  première  porte  S.  Jacques 1 . 

On  ne  signale  aucune  porte  de  ville  du  côté  du  bourg  de  S.  Germain-des-Prez. 
Seulement,  il  est  certain  qu’à  plusieurs  époques,  sous  la  Ligue  et  peut-être  plus 
anciennement,  on  creusa,  de  ce  côté  de  Paris,  des  fossés  accompagnés  de  rem¬ 
parts;  mais  la  description  de  ces  fortifications  provisoires  est  fort  vague. 

Le  3  juin  1525,  eut  lieu  une  délibération  sur  la  garde  de  la  porte  du  bourg 
S.  Germain-des-Prés  (Félibien,  l.  IY,  p.  664).  Je  pense  qu’il  s’agit  ici  delà  porte 
qui  conduisait  au  bourg  S.  Germain,  c’est-à-dire  de  celle  située  à  l’extrémité  de 
la  rue  actuelle  de  l’Ecole-de-Médecine. 

On  lit,  dans  le  registre  cité  p.  124,  un  ordre  du  27  avril  1585,  qui  enjoint  d’en¬ 
voyer  des  troupes  aux  guichets  et  fausses-portes  (du  midi),  pour  garder  les  ha¬ 
bitants  des  faubourgs. 

Sur  la  rive  droite  il  exista  aussi  des  fausses-portes,  dans  les  faubourgs  S.  Ho¬ 
noré ,  S.  Denis  et  S.  Martin.  Elles  servaient  de  barrières  d’octroi.  Il  s’en  trou¬ 
vait  peut-être  également  dans  les  faubourgs  Montmartre,  Poissonnière,  du  Tem¬ 
ple  et  S.  Antoine;  mais  aucun  plan  ne  les  indique. 

Dans  le  faubourg  S.  Honoré,  à  la  hauteur  de  la  Petite  rue  Verte,  était  autrefois 
une  barrière  accompagnée  d’une  porte.  Dans  un  procès-verbal  de  1636  (Félibien, 
t.  IV,  p.  144),  on  l’appelle  :  la  vieille  porte  du  Roolle  (Roule).  C’est  la  même  peut- 
être  qu’on  désigne  vers  1687  sous  le  nom  de  :  porte  d ' Argencourt  (voy.  ce  mot). 
Les  anciens  plans  ne  s’étendant  pas  assez  vers  l’ouest,  on  ne  l’y  voit  pas  figurer; 
mais  sur  celui  en  neuf  feuilles  de  Jouvin  de  Rochefort  gravé  vers  1690,  et  celui 
de  La  Caille,  1714,  elle  est  nommée  :  La  fauce  porte  S.  Honoré. 

Au  faubourg  S.  Denis,  près  du  grand  égout  qui  le  traverse,  était  une  porte  en 
forme  de  gros  pavillon  ;  elle  est  marquée  sur  le  plan  de  Quesnel,  1609,  et  sur 

1  Voyez  l’in-folio  intitulé:  Éloges  et  Discours  sur  la  trivmphante  Réception  du  Roy,  etc.  Paris,  Pierre 
Recolet,  1629,  avec  planches  gravées  par  Abraham  Bosse,  Melchior  Ta vernier  et  Pierre  Firens. 

33 


258 


PORTES  DE  PARIS.  -  FM.  —  GAI. 


plusieurs  autres  de  date  postérieure.  Comme  celui  de  Belleforest,  1575,  ne  la 
représente  pas,  je  supposerai  qu’elle  ne  fut  établie  que  vers  le  commencement  du 
XVIIe  siècle.  Outre  cette  porte,  située  à  la  hauteur  de  la  rue  actuelle  des  Petites- 
Ecuries,  on  en  distingue  une  autre  contre  l’église  de  S.  Lazare. 

Celle  du  faubourg  S.  Martin  est  aussi  placée  près  et  au  sud  du  pont  jeté  sur  le 
grand  égout,  au  niveau  de  la  rue  Neuve  S.  Nicolas.  Ces  portes,  sur  les  plans  pos¬ 
térieurs  à  Louis  XIII,  paraissent  avoir  été  remplacées  par  des  grilles  de  fer  ou  des 
barrières  de  bois.  Celui  de  Gomboust  1652,  n’en  indique  plus  aucune;  cependant, 
sur  plusieurs  plans  de  Jean  Boisseau,  postérieurs  à  ce  dernier,  on  les  voit  encore. 

Flandres  (Porte  de).  Voyez  Coquillière. 

FRANCE  (Porte  de). — -  Cette  porte,  projetée  par  Henri  IV,  ne  fut  jamais  exé¬ 
cutée.  Elle  devait  introduire  sur  une  vaste  place  du  même  nom,  située  sur  l’em¬ 
placement  de  l’enclos  du  Temple  et  du  voisinage.  Le  projet  en  a  été  dessiné  par 
Claude  Chastillon,  et  gravé,  vers  1640,  par  Poinssart. 

Frères-Mineurs  ou  des  Cordèles  (Porte  des).  Voyez  S.  Germain. 

GADINE  ou  GAUD1NE  (Porte  de). —  Sauvai  (t.  III,  p.  126)  fait  mention 
d’anciens  comptes  où  l’on  cite  plusieurs  fois,  vers  1368,  sans  indiquer  sa  posi¬ 
tion  précise,  «  la  Porte  de  Gaudine  pavée,  terrassée,  voûtée — entre  la  Porte  de 
«  Bordelles  et  celle  de  Gadine  —  douze  grands  pertuis  ès  forts  murs  de  taille 
<f  sus  la  Porte  de  Gadine,  pour  asseoir  douze  corbeaux  et  six  postues  pour  sou- 
«  tenir  la  terrasse  d’icelle.  »  Ce  nom  de  Gadine  ou  Gaudine  était-il  un  surnom 
de  la  porte  Papale,  celui  d’une  avant-porte  de  la  porte  Bordelles,  ou  une  poterne 
percée  dans  le  voisinage  de  cette  dernière  porte,  et  murée  plus  tard?  Serait-ce 
enfin  une  porte  du  bourg  S.  Marcel,  ou  de  l’abbaye  Sainte-Geneviève? 

GA1LLON  (Porte). — -Elle  était  située  rue  de  la  Michodière,  qui  autrefois  se 
nommait  Gaillon,  comme  la  rue  qui  en  fait  la  suite.  Elle  fut  percée  dans  la  cour¬ 
tine  du  rempart  de  Louis  XIII,  entre  les  bastions  3  et  4  (voir  pi.  X),  à  environ 
soixante  mètres,  au  nord,  de  la  place  actuelle  Gaillon. 

«  Le  22  mars  1645,  dit  Sauvai  (t.  I,  p.  104),  le  Roi  permit  aux  propriétaires 
«  des  maisons  du  fauxbourg  S.  Honoré,  de  faire  à  leurs  dépens  une  porte  au  bout 
«  delà  rue  Gaillon,  où  aboutissent  quatre  autres  rues,  et  qui  conduit  aux  grands 
«  chemins  d’Argenteuil,  de  Pontoise,  etc.,  le  tout  à  la  charge  de  la  faire  beau- 
«  coup  plus  large  que  les  autres...  où  un  homme  de  pied  ne  sauroit  passer , 


PORTES  DE  PARIS.  —  GAI.  —  CAR. 


359 


«  lorsqu’il  s’y  rencontre  un  charoi;  en  tout  cas,  à  grande  peine,  et  encore  se 
«  met-il  en  danger  :  si  bien  qu’on  fut  d’avis  de  lui  donner  six  toises  de  face  :  on 
«  étoit  déjà  après,  quand  il  survint  des  difficultés  entre  ceux  qui  en  faisoient  les 
«  frais,  de  sorte  que  l’ouvrage  fut  interrompu,  mais  enfin  repris  en  1648  et 
«  1655,  et  enfin  tout  à  fait  abandonné.  »  Plus  loin,  il  ajoute  :  «On  l’a  laissée  là, 

«  et  fort  peu  avancée  :  cependant  on  ne  laisse  pas  de  la  nommer  PorteS.  Roch.  » 

On  lit  sur  un  plan  de  1651,  signé  :  A.  Flamen  :  «  La  porte  Gallion  qui  se  bastit 
«  dans  le  Marché-aux-Chevaux.  »  Elle  touchait,  en  effet,  du  côté  de  l’est,  à  ce 
marché.  Elle  n’est  pas  encore  marquée  sur  le  plan  de  Gomboust  ;  on  n’y  voit 
que  la  rue  prolongée  jusqu’au  fossé. 

Un  plan  partiel  d’environ  l’an  1680  (signalé  dans  mes  Etudes  sur  les  plans , 
p.  244)  en  donne  le  tracé  géométral.  C’était  un  simple  bâtiment  carré.  Je  ne  connais 
aucun  dessin  en  élévation  de  cette  porte,  sinon  sur  un  mauvais  plan,  édité  vers 
1650  par  J.  Honervogt,  où  elle  ressemble  à  celle  de  Riehelieu  :  un  pavillon  carré 
muni  d’une  tourelle  à  chaque  angle.  Mais  cette  image  est  probablement  de  pure 
fantaisie.  Je  suis  porté  à  croire  qu’elle  ne  fut  jamais  achevée,  non  plus  que  le  pont 
qui  devait  traverser  le  fossé. 

L’époque  précise  de  la  disparition  de  la  partie  commencée  est  aussi  fort  incer¬ 
taine.  Selon  l’éditeur  de  Sauvai,  «ce  qui  avoit  été  commencé  fut  démoli  en  1684  »; 
selon  d’autres,  ce  fut  en  1689.  Ces  dates  sont  erronées.  Le  Maire,  dans  son  Pa¬ 
ris  ancien  et  nouueau  (1685,  t.  III,  p.  488),  dit,  en  parlant  de  la  porte  Gaillon  : 

«  elle  est  toute  ruineuse  ».  On  la  voit  encore  figurer  sur  un  plan  de  De  Fer  en 
quatre  feuilles,  1697.  «  En  1700,  dit  La  Tynna,  cette  porte  fut  abattue,  et  l’on 
raccourcit  la  rue  Gaillon.  » 

Elle  n’est  pas  marquée  sur  le  plan  de  Bullet,  1676  ;  c’est  donc  par  erreur  que 
Ramond  du  Poujet  assure  qu’elle  l’est  encore  sur  l’édition  de  1707.  On  la  voit 
sur  quelques  plans  édités  par  De  Fer  vers  1705,  mais  elle  y  est  placée  trop  près  du 
boulevard.  Ce  qui  est  certain,  c’est  qu’en  1714  il  n’en  existait  plus  aucune  trace. 

Elle  tirait  son  nom,  ainsi  que  la  rue,  de  l’hôtel  Gaillon,  situé  près  de  S.  Roch. 
Suivant  De  la  Marre,  elle  devait  prendre  le  nom  de  porte  S.  Roch,  mais  celui  de 
Gaillon  a  prévalu. 

GARITEMENT  (Porte  de).  On  lit  cette  phrase  dans  Sauvai  (t.  III,  p.  125)  : 
a  Depuis  le  port  Notre-Dame  (S.  Landri?),  le  long  de  la  riviere  en  montant  jus- 
quà  la  Porte  de  Garilement  (vers  1368).  »  Qu’était-ce  que  cette  porte  de  la 
Cité,  sise  au  bord  de  la  Seine?  Une  ancienne  porte  de  l’enceinte  attribuée  aux 
Romains?  une  porte  particulière  de  ce  port,  ou  du  cloître  Notre-Dame?  Les  do¬ 
cuments  nous  manquent  complètement  sur  cette  matière.  Le  mot  garilement  a 


260 


PORTES  DE  PARIS.  — GEK. 


peut-être  été  mal  lu  par  Sauvai.  Notons  en  tout  cas  que  la  racine  du  mot  (garite) 
semble  indiquer  que  la  porte  était  fortifiée. 

GERMAIN-DES-PRÉS  (Porte  S.).  —  La  première  porte  ainsi  désignée  était 
située  à  l’extrémité  occidentale  de  la  rue  S.  André-des-Arts;  elle  prit  plus  tard 
le  nom  de  Buci  ( voy .  ce  mot);  alors  celle  dont  il  est  ici  question,  placée  rue  ac¬ 
tuelle  de  l’Ecole-de-Médecine,  où  nous  voyons  la  fontaine  voisine  de  la  rue  du 
Paon,  fut  appelée  à  son  tour  S.  Germain. 

Du  temps  de  Ph.  Auguste,  il  n’y  avait  point  de  porte  à  cet  endroit.  Un  acte 
rédigé  en  latin  (Félibien,  t.  III,  p.  1 16),  permet  en  1240  aux  religieux  de  S.  Ger¬ 
main  de  percer  le  gros  mur,  frangere  murum,  pour  y  pratiquer  une  issue.  A  cette 
époque,  ils  possédaient  déjà  la  porte  voisine  nommée  S.  Germain ,  que  Ph.  Au¬ 
guste  leur  avait  donnée  en  1209.  Ils  appelèrent  la  nouvelle  :  Porte  des  Cordèles , 
ou  des  Frères- Mineurs,  à  cause  de  sa  proximité  du  couvent  des  Cordèles  ou  Cor¬ 
deliers  établis  depuis  dix  ans  sur  l’emplacement  actuel  de  la  Clinique. 

Vers  1350,  les  religieux  cédèrent  à  Simon  de  Buci  l’ancienne  porte  S.  Germain, 
à  laquelle  ce  personnage  donna  son  nom,  et  la  porte  des  Cordèles  prit  dès  lors 
celui  de  S.  Germain,  qu’elle  conserva  toujours.  Cette  nouvelle  désignation  lui 
convenait  d’autant  mieux  qu’elle  conduisait  directement  à  l’entrée  principale 
de  l’abbaye.  La  porte  des  Cordèles  était  placée  de  biais  par  rapport  au  gros  mur, 
et  faisait  face  à  la  rue  du  Paon,  plutôt  qu’à  celle  de  l’Ecole. 

Plusieurs  historiens  ont  confondu  ces  deux  portes  S.  Germain,  d’autant  plus 
aisément  que  celle  qui  devint  la  porte  Buci  conserva  longtemps  encore  son  nom 
primitif.  C’est,  je  crois,  à  la  porte  S.  Germain,  jadis  :  des  Cordeliers,  et  non  à  celle 
Buci,  que  se  rapporte  l’événement  du  29  mai  1418,  dont  Commet  parle  ainsi, 
folio  136  :  «  L’an  1418,  au  mois  de  May,  lean  de  Villiers,  seigneur  de  l’ïsle  Adam, 
«  au  nom  du  Duc  de  Bourgongne,  entra  dedans  Paris  par  la  porte  S.  Germain 
«  des  prez,  auec  ccc.  combatans  :  et  de  nuit  luy  feit  ouuerture  Pernet  le  clerc 
«  serrurier  qui  au  oit  desrobé  les  clefs  à  son  père.  »  Du  Breul  et  autres  auteurs 
croient  qu’il  s’agit  ici  de  la  porte  Buci.  Je  ne  suis  pas  de  cet  avis,  puisque  cette 
dernière  avait,  depuis  l’an  1350,  cédé  son  nom  à  la  porte  des  Cordeliers.  Le  Jour¬ 
nal  de  Paris  sous  Charles  VI  et  les  autres  chroniques  rapportent  ce  fait,  mais 
sans  s’expliquer  sur  la  position  de  la  porte  S.  Germain  où  il  se  passa  {voy.  p.  242). 

La  porte  S.  Germain  fut  souvent  modifiée  depuis  1240,  époque  de  sa  construc¬ 
tion.  Elle  dut  l’être  notamment  vers  1356,  lorsqu’on  creusa  de  larges  fossés  au 
pied  du  mur  de  Ph.  Auguste,  ainsi  que  je  l’ai  expliqué  pages  67  et  123. 

On  cite,  dans  le  Mémoire  de  Bouquet,  p.  275,  une  maison  «sise  (vers  1540) 
hors  la  Porte  S.  Germain,  contre  la  herse  d’icelle,  w  Cette  herse,  placée  en  de- 


PORTES  DE  PARIS  — CîEK. 


261 


hors  de  la  porte,  ne  peut  être  celle  dont  le  bâtiment  lui-même  était  muni.  Il  faut 
entendre  par  ce  mot  une  avant-porte,  établie  à  l’extrémité  du  pont  de  pierre,  du 
côté  du  faubourg,  et  fermant  au  moyen  d’une  herse  à  bascule,  comme  on  en 
voit  devant  les  portes  du  nord.  Cette  herse,  au  reste,  ne  figure  sur  aucun  des 
vieux  plans  de  Paris. 

Dans  un  compte  de  1366  à  1368,  on  parle  d’un  clocher,  couvert  d’ardoise,  fait 
à  la  porteS.  Germain,  pour  pendre  une  cloche  (Sauvai,  t.  III,  p.  126).  À  cette 
époque,  elle  se  nommait  encore  quelquefois  :  des  Cordeliers,  et  était  accompa¬ 
gnée  d’une  petite  porte  latérale  et  d’une  basse-cour  ( ibid .). 

11  est  question  dans  un  autre  compte,  sous  Charles  VI  (Bouquet,  p.  178),  d’une 
«  loge  assise  en  la  basse-court  S.  Germain  dehors  œuvre,  entre  la  basse-court  du 
«  Boullevart  et  ladicte  porte.  »  Je  ne  sais  au  juste  ce  que  signifie  ici  le  mot  boul- 
levart.  Appelle-t-on  ainsi  le  gros  mur,  parce  qu’on  l’avait  terrassé  en  cet  endroit, 
ou  F  avant-porte  ? 

Félibien  (t.  Y,  p.  480)  rapporte  une  ordonnance  du  23  sept.  1598  pour  rétablir 
la  porte  S.  Germain.  Ce  travail  fut  confié  à  Huot,  quartenier  du  quartier,  qui  s’en¬ 
tendit,  à  ce  sujet,  avec  les  dixeniers  de  la  Ville.  «  La  porte  S.  Germain,  dit  André 
Du  Chesne  (Antiq.,  1609,  p.  138),  porte  sur  son  front  l’année  de  son  nouueau 
bastiment,  escrite  en  grosses  lettres.  »  Il  oublie  de  citer  cette  année. 

La  porte  S.  Germain,  jadis.:  des  Cordèles,  fut  démolie  en  1672.  comme  en  fait 
foi  l’inscription,  rapportée  par  Hurtaut  ( Dict .  de  Paris,  î.  IV,  p.  127),  et  qui  exi¬ 
stait  encore  de  son  temps  (1779),  sur  une  table  de  marbre  noir,  placée  dans  la 
niche  de  la  fontaine.  On  y  lisait  qu’elle  fut  abattue  en  exécution  d’un  Arrêt  du 
Conseil  du  9  août  1672,  et  que  la  présente  inscription  avait  été  apposée,  suivant 
un  autre  arrêt  du  29  sept.  1673,  pour  marquer  l’endroit  où  était  cette  porte. 

Je  n’ai  jamais  rencontré  de  dessin  spécial  et  détaillé  de  la  porte  S.  Germain.  1! 
faut  se  contenter  de  l’image  qu’en  offrent  les  plans  à  vol  d’oiseau.  Celui  de  Braun 
la  représente  ,  vers  1530,  comme  un  bâtiment  carré  qui  a  peu  de  saillie,  et  que 
flanque  une  sorte  de  tour  carrée  au  sud;  c’est  peut-être  le  clocher  dont  parle 
Sauvai.  Sur  le  plan  de  Du  Cerceau,  on  voit  un  simple  pavillon,  faisant  face, 
comme  sur  le  précédent,  à  la  rue  du  Paon. 

Les  plans  de  Quesnel  et  de  Mathieu  Mérian  offrent  la  porte  refaite  en  1598  : 
c’est  un  grand  bâtiment  carré,  très-saillant  sur  le  fossé,  avec  pont-levis.  On  voit 
que  l’ensemble  forme  une  petite  cour  du  côté  de  la  ville.  Cette  porte  parait 
placée  de  biais  et  faire  face  aussi  à  la  rue  du  Paon  ;  au  sud,  on  distingue  encore 
un  clocher.  Les  restes  de  murs  tracés  sur  le  plan  reproduit,  pi.  II,  fîg.  1,  sont  peut- 
être  des  débris  de  cette  porte.  Il  est  probable  qu’elle  était  ornée,  au-dessus  de  la 
baie,  des  armes  de  France  ou  du  blason  de  la  Ville.  L’artiste  Pernot  a  composé 


262 


PORTES  DE  PARIS.  —  HO\ 


pour  les  amateurs  peu  difficiles,  une  porte  S.  Germain  dans  un  style  tout  à  fait 
moyen  âge. 

Gibard  (Porte).  Voyez  S.  Michel. 

Hamelin  (Porte  Philippe)  .  Voyez  de  Nesle. 

HONORÉ  (Portes  Saint-). —  La  première  porte  de  ce  nom  fut  bâtie  sous  Ph.  Au¬ 
guste  en  même  temps  que  l’enceinte  septentrionale,  entre  1190  et  1200.  Elle 
était  située  rue  actuelle  S.  Honoré,  à  l’endroit  où  est  le  portail  de  l’Oratoire  (voy. 
pi.  VII,  fig.  2),  et  non  au  coin  de  la  rueTire-Chappe,  comme  dit  Du  Breul,p.  1059. 
Elle  dut  porter,  dans  l’origine,  ainsi  que  la  rue,  un  autre  nom,  puisque  l’église 
S.  Honoré  ne  fut  commencée  qu’en  1204.  Selon  La  Tynna,  la  partie  de  la  rue  où 
fut  établie  cette  porte  se  nommait  :  rue  de  la  Croix  du  Tirouer.  Peut-être  la  porte 
elle-même  fut-elle  désignée  d’abord  sous  le  même  nom,  mais  elle  dut  tarder  peu 
à  prendre  celui  de  S.  Honoré. 

Quand  S.  Louis  eut  établi  les  Quinze-Vingts,  non  loin  vers  l’est  de  cette  porte, 
elle  prit,  dit-on,  le  nom  de  Porte-aux- Aveugles.  Je  crois  plutôt  que  ce  surnom 
appartint  à  la  seconde  porte  S.  Honoré,  placée  tout  à  fait  à  côté  de  cet  hospice  ; 
il  est  possible  pourtant  que  les  deux  portes  se  soient  appelées  ainsi. 

Le  seul  plan  de  Braun  la  représente,  du  côté  déjà  campagne,  comme  un  b⬠
timent  carré  à  un  étage,  surmonté  d’un  toit,  et  fortifié  aux  angles  de  tourelles  en 
encorbellement.  C’est  absolument  la  même  forme  que  celle  de  l’autre  porte  b⬠
tie  plus  loin  vers  1369,  ce  qui  m’engage  à  croire  qu’elle  est  dessinée  de  fantaisie, 
à  moins  d’admettre  qu’elle  ait  été  modifiée  ainsi  à  une  certaine  époque.  Il  est 
vraisemblable  que,  dans  l’origine,  elle  ressemblait  aux  autres  portes  de  Ph.  Au¬ 
guste.  On  dit,  dans  les  Mémoires  de  V Acad,  des  Inscrip.,  t.  XXIII,  probablement 
d’après  des  renseignements  authentiques,  qu’elle  était  accompagnée  de  deux 
tours,  que  Ph.  Auguste  donna,  en  1217,  à  Foulques  de  Compïègne,  son  sergent, 
à  condition  de  les  conserver  en  bon  état. 

Au-dessus  delà  baie  ogivale  (du  côté  de  la  ville?)  s’élevait,  au  fond  d’une  niche 
ou  sur  un  socle,  une  statue  de  la  Vierge.  Sauvai  (t.  I,  p.  31)  en  parle  ainsi:  «  Quant 
a  à  la  statue  de  la  Vierge  qui  se  voit  sur  la  porte  de  l’église  des  Prêtres  de  l’Ora- 
«  toirc,  elle  couronnoit  la  porte  S.  Honoré;  mais  de  cela,  on  n’en  a  autre  preuve 
«  ni  certitude  que  la  conformité  qui  se  rencontre  entre  elle,  et  celle  de  la  porte 
«  des  Peintres.  » 

Par  porte  de  l’église  de  l'Oratoire,  il  ne  faut  pas  entendre  le  portail  actuel  qui, 
du  temps  de  Sauvai,  n’existait  pas  encore.  Le  pignon  était  alors  masqué  par  des 
maisons  de  la  rue  S.  Honoré.  En  1745  seulement,  on  abattit  ces  maisons  pour 


PORTES  DE  PARIS.  —  IIOS. 


263 


construire  le  portail  que  nous  voyons  aujourd’hui,  et  c’est  alors,  je  suppose,  que  la 
statue  aura  disparu. 

«  On  trouva,  dit  Robert  de  Vaugondy,  des  restes  de  la  porte  S.  Honoré  en  fon- 
«  dant  l’extrémité  occidentale  du  portail  de  cette  église.  »  Il  est  à  regretter  que  ce 
géographe  n’ait  pas  levé  le  plan  de  ces  restes.  La  porte  fut  détruite  vers  1535,  ou 
peut-être  un  peu  plus  tard ,  car  on  lit  dans  le  Mémoire  de  Bouquet,  p.  274-  : 
«  Place  seize  entre  les  deux  portes  S.  Honoré,  août  1545.  »  Un  autre  compte  de 
1582  (ibid.,  p.  203)  cite  une  maison  «  rue  S.  Honoré,  à  l’endroit  où  souloit  estre 
la  faulce-porte  de  ladite  rue,  du  côté  de  l’ancien  couvent  des  Filles-Pénitentes.  » 
Ce  mot  faulce-porte  ne  peut  s’appliquer  qu’à  celle  de  Ph.  Auguste. 

Voici  encore  deux  extraits  du  même  Mémoire ,  relatifs  à  celte  porte  qu’on  louait 
à  divers  particuliers.  —  1450.  «Thomas  Le  Sueur,  routisseur...  pour  une  place 
«  quarrée,  joignant  des  murs  de  la  ville  qui  font  Y  ancienne  closture...  entre  le 
«  dégré  qui  sert  pour  monter  ès  estaiges  et  chambres  qui  sont  entre  icelle  an- 
«  tienne  Porte  et  la  maison  d’icelui  Thomas,  etc.»  (p.  175).  —  1474.  «Jehan 
«  Vallée,  Molleur  de  Busche,  pour  une  place...  joignant  de  la  montée  de  Y  antienne 
«  porte  S.  Honoré  et  des  anciens  murs  en  laquelle  place  a  un  petit  caveau  faisant 
«le  dessous  de  laditte  montée,  etc.  »  (ibid.,  p.  18G). 

Froissard,  à  l’année  1358,  parle  d’une  bataille  entre  les  Parisiens  et  les  An¬ 
glais  à  la  porte  S.  Honoré.  II  faut  entendre  celle  bâtie  sous  Ph.  Auguste,  car  à 
cette  époque,  la  porte  nouvelle  sise  plus  à  l’ouest  n’étail  pas  encore  construite. 

Seconde  porte  ou  Bastide  S.  Honoré.  —  Lorsque  Charles  V  éleva  de  nouvelles 
murailles,  la  porte  S.  Honoré  fut  placée  entre  les  rues  actuelles  Jeannisson  et 
du  Rempart1 2  (voy.  pi.  IX).  Elle  fut  aussi  désignée  sous  le  nom  de  Porle-aux- 
Aveugles ,  plus  vraisemblablement  que  celle  de  Ph.  Auguste,  parce  qu’elle  tou¬ 
chait  presque  à  l’établissement  des  Quinze-Vingts. 

L’événement  le  plus  remarquable  dont  celte  porte  fut  témoin,  c’est  l’assaut  que 
tenta  la  Pucelle  de  ce  côté  de  Paris.  Toutes  les  chroniques  contemporaines  le  ra¬ 
content  à  peu  près  avec  les  mêmes  circonstances.  Cet  assaut  infructueux  eut  lieu 
en  septembre  1429,  le  jour  de  la  Nativité  Notre-Dame.  Le  Journal  sous  Charles  VI 
et  VII,  qui  traite  avec  mépris  Jeanne  d’Arc,  parce  qu’il  écrit  en  faveur  du  duc  de 
Bourgogne,  est  surtout  indigné  qu’elle  eût  choisi  un  jour  de  fête  solennelle. 

Corrozet  se  trompe  d’une  année,  quand  il  rapporte  l’événement  à  l’an  1430. 
J’ai  déjà,  page  145,  cité  un  passage  qui  le  concerne*;  je  vais  reproduire  ici  une 

1  J’ai  dit  par  erreur,  p.  144,  que  la  rue  du  Rempart  était  un  ancien  chemin  de  ronde  intérieur. 
Cette  rue,  au  contraire,  occupe  une  partie  de  l’emplacement  du  rempart. 

2  Ce  même  passage  se  trouve  également  dans  Félibien ,  t.  IV,  p.  590,  avec  quelques  différences 
dans  l’orthographe. 


264 


PORTES  DE  PARTS.  —  MOtf. 


partie  du  récit  de  Corrozet  ( édition  1561,  folio  138),  qui  décrit  cette  portion  du 
rempart,  existant  encore  de  son  temps.  «Le  Duc  d’Alençon...  alla  mettre  le 
«  siégé  deuant  la  porte  Sainct-Honoré,  et  de  prinsault,  emporta  le  bouleuert 1  basti 
«  contre  ladicte  porte.  En  ce  costé  y  auoit  doubles  fossez,  et  entre  les  deux  vne 
«  butte  à  doz  d’asne:  les  François  s’estants  faicts  maistres  du  premier,  s’effor- 
«  cerent  de  toute  puissance  par  la  conduicte  de  la  pucelle  de  gaigner  le  second 
«  fossé  plein  d’eau,  le  remplissant  de  bois,  pierre,  terre  et  autres  choses,  pour 
«  ioindre  à  la  muraille,  etc.  Cela  aduint  en  l’an  mil  quatre  cens  trente.  » 

On  lit  dans  le  Journal  ci-dessus,  page  76  :  «  En  ce  temps  (1421)  à  la  Porte 
«  S.  Honoré  fut  veuë  dessous  le  Pont  en  l’eau  une  source  comme  de  sang  ung 
«  pou  moins  rouge...  et  en  furent  les  gens  qui  y  alloient  moult  esbahys  et  tant  qu’il 
«  convint  que  la  Porte  fust  fermée  et  le  Pont  levé  deux  jours  pour  la  grant  mul- 
«  titude  du  peuple  qui  là  alloit  ;  et  si  ne  pot  oncques  personne  sçavoir  la  sîgni- 
«  fiance  de  la  chose.  » 

Cette  source  de  sang  n’était  sans  doute  autre  chose  que  les  eaux  d’un  teintu¬ 
rier;  à  cette  époque  le  moindre  accident  était  réputé  merveilleux. 

Le  4  juin  1549,  le  Dauphin  (François  1er)  fit  à  Paris,  par  cette  porte,  une  en¬ 
trée,  décrite  dans  Féîibien,  t.  Y,  p.  360. 

La  porte  S.  Honoré  joua  aussi  un  rôle  dans  les  guerres  de  la  Ligue.  On  lit  dans 
l'Histoire  de  P.  Mathieu  :  «  Le  Roy  (de  Navarre)  ne  voulant  estre  oisif  de  son 
«  costé  dressa  quelque  entreprinse  pour  mettre  en  alarme  ceux  de  Paris,  et  leur 
«  donner  occasion  en  les  resueillant  de  penser  à  eux.  Ils  en  prindrent  telle  alarme 
«  qu’ils  terrassèrent  la  porte  S.  Honoré,  où  l’on  leur  donna  aduisqueles  trouppes 
«  du  Roy  venoient  donner  le  vingtiesme  de  lanuier.  Tout  cela  s’esuanouït  sans 
«  rencontre  ny  perte  de  part  ny  d’autre.  » 

La  porte  S.  Honoré  de  Charles  Y  figure  sur  tous  les  plans  à  vol  d’oiseau  anté¬ 
rieurs  à  l’année  1636.  Ce  fut  à  peu  près  vers  cette  époque  qu’elle  fut  démolie2. 
On  l’appelait  alors  :  faulce-porle  (Rouquet,  p.  235). 

Elle  consistait,  du  côté  de  la  campagne,  en  une  bastide  carrée,  flanquée  dans 
les  angles  de  tourelles  rondes  à  toit  conique;  sur  les  plans  de  Braun  et  de  Du 
Cerceau,  ces  tourelles  sont  en  encorbellement;  sur  d’autres  elles  descendent 
jusque  dans  le  fossé.  La  baie  de  la  porte  est  cintrée  ou  plutôt  en  arc  surbaissé, 
forme  usitée,  ainsi  que  l’ogive,  du  temps  de  Charles  Y.  Il  ne  serait  pas  impossible  au 
reste  qu’elle  eût  été  reconstruite  sous  Louis  XL  Au-dessus  de  la  baie  on  remarque 
un  étage  percé  de  deux  fenêtres  carrées  à  croisillons  de  pierre.  Sur  le  toit  aigu 

'  Peut-être  ce  mot,  boulleucrt  désigne-t-il  la  butte  S.  Roch,  dont  je  parlerai  bientôt. 

4  Selon  un  procès-verbal  du  IG  mai  1656  (Féîibien,  t.  IV,  p.  141),  elle  existait  encore  cette  année. 


PORTES  DE  PARIS.  —  HO\ 


265 


se  détache ,  vers  le  milieu  ,  selon  quelques  plans  une  lucarne  gothique,  selon 
d’autres  une  tourelle  à  cul-de-lampe.  Le  pont-levis  était  suivi  d’un  pont  dormant, 
fortifié  lui-même  d’une  avant-porte  munie  d’une  herse  à  bascule,  comme  on  en 
voit  devant  d’autres  portes,  système  en  usage  quand  il  n’existait  pas  de  bâtiment 
pour  la  loger. 

Sur  la  grande  gouache  de  F  Hôtel-de-Ville,  la  bastide  S.  Honoré  est  représentée 
avec  des  détails  très-pittoresques,  mais  peut-être  imaginaires.  On  y  distingue 
plusieurs  étages  percés  de  fenêtres;  sur  une  tourelle  suspendue  au-dessus  de  la 
grande  baie  est  un  cadran  d’horloge.  On  ne  remarque  pas  d’avant-porte;  mais 
une  tour  ronde,  qui  s’élève  vers  le  sud,  près  de  la  contrescarpe  du  fossé,  paraît 
en  être  un  reste. 

La  figure  9  de  ma  planche  XII  offre  un  dessin  de  cette  porte,  que  j’ai  composé 
d’après  divers  anciens  plans.  L’avant-porte,  avec  herse  à  bascule,  se  voit  sur  le 
plan  de  Braun,  J’ai  adopté  des  formes  et  des  proportions  en  rapport  avec  celles 
d’autres  portes  bâties  à  la  même  époque.  Mon  dessin  est  fort  petit  :  j’ai  mieux 
aimé  être  sobre  de  détails  que  d’en  inventer.  À  gauche  de  la  porte  est  une  tour 
murale  ou  bastide,  qu’il  faut  supposer  à  une  distance  plus  éloignée. 

Les  extraits  suivants  du  Mémoire  de  Bouquet  jetteront  quelque  lumière  sur  la 
porte  de  Charles  V.  — ■  «  La  Bastide  et  demourance  de  3a  Porte  S.  Honoré,  que 
«tient  à  louaige  Jean  Pocaire,  par  bail,  etc.,  vers  1474  (p.  191).  —  Jourdain 
«  Picot,  Bourgeois  de  Paris,  pour  une  maison  où  souïoit  avoir  masure;  joignant 
«  d’un  petit  jardin  qui  est  des  appartenances  de  la  Porte  S.  Honoré,  do  costé  de 
«  la  Porte  Montmartre  ( ibid .).  »  À  la  pag.  265,  il  est  encore  question  du  jardin 
du  logis  de  celte  porte. 

1511.  Bail  fait  à  Girard  Goudoin,  d’une  petite  maison  en  la  «  basse  court  de 
«la  Porte  S.  Honoré,  joignant  la  Herse  du  costé  de  la  Tour  du  Bois...  Place 
«vague  ès  arrière-fossés ,  derrière  et  joignant  sa  maison  (id.,  p.  244). —Petit 
«  coin  de  mur  de  la  Ville,  ès  arrière-fossés  près  et  joignant  la  porte  S.  Honoré 
«  (ibid.). — 1520.  Maison . . .  hors  et  joignant  la  herse  de  laPorle  S.  Honoré...  faisant 
«  le  coing  tournant  aux  T  huileries  ( id . ,  p.  245).  —  1608.  Place  estant  dans  le 
«  Ravelin  de  la  Porte  S.  Honoré,  du  costé  de  la  Porte  neufve  (id.,  p.  218).  — - 
«  Place  hors  la  Porte  de  S.  Honoré,  au  dedans  de  l’arriere  des  fossez  d’icelle...  à 
«  prendre  de  l'heretê  de  derrière  du  mur  du  Rauelin  (id.,  p.  215).— Place  vague 
«  estant  dans  la  Porte  S.  Honoré,  dans  le  Corps-de-garde  de  la  rue  de  Seine ,  etc. 
«  (id.,  p.  216).  —  Place  à  faire  Boucherie,  entre  le  pont-levis  de  la  Porte  S.  Ho~ 
«  noré  (ibid.).  —  Maison  assise  dans  le  boulleverl  de  la  Porte  S.  Honoré  (ibid.).  » 

«  1611.  Place  sur  le  rempart  du  côté  de  la  Porte  S.  Honoré...  le  long  de  la 
«  maison  du  Gordier  (id.,  p.  251).  —  1612.  Place  dans  le  Roullevard  de  la  Porte 

34 


266 


PORTES  DE  PARIS.  —  H©W. 


«  S.  Honoré,  au  dedans  du  fossé  au  bout  du  Pont-Dormant,  à  l’endroit  de  la 
«  masse  dudit  pont,  du  côté  de  Montmartre»  ( ïbid .). 

En  1632,  on  avait  loué  au  sieur  Aubrepin  «  le  dessous  du  pont-dormant 
«  de  pierre,  avec  permission  de  faire  boucher  l’arcade  par  les  deux  côtés  » 
(id.,  p.  260). 

Non  loin  au  nord-est  de  cette  porte,  s’élevait  un  monticule,  nommé  au  XVIIe 
siècle  :  butte  des  Deux-Moulins  ou  S.  Roch  (voy.  pl.  X,  fig.  3),  représenté  sur  tous 
les  anciens  plans,  et  même  encore  sur  celui  de  Gomboust,  celui  qui  en  donne 
l’idée  la  plus  exacte,  quoiqu’il  commence  à  être  envahi  de  toute  part  par  des 
rues  nouvelles.  Un  arrêt  du  Conseil  du  15  sept.  1667  autorisa  l’aplanissement  de 
la  butte  S.  Roch,  et  en  1672  elle  avait  disparu.  Il  n’en  reste  aujourd’hui  d’autres 
traces  que  la  pente  du  sol  des  rues  des  Deux-Moulins,  Sainte-Anne,  des  Moi¬ 
neaux,  etc. 

Ce  monticule  factice  était  formé  d’anciens  dépôts  de  gravois,  et  peut-être  aussi 
d’une  partie  des  déblais  des  fossés  ouverts  en  1356,  de  ce  côté  de  Paris.  Sous 
Charles  VI,  il  servit  sans  doute  de  bastide  de  terre,  sorte  de  fort  détaché  où 
l’on  plaçait  de  l’artillerie.  Au  pied  de  la  butte,  du  côté  qui  regardait  la  porte, 
était  une  place  dite  :  Marché  aux  Pourceaux  et  aux  Moutons.  C’était  en  même 
temps  un  lieu  de  supplice,  célèbre  dans  l’histoire  de  Paris  aux  XVe  et  XVIe  siècles. 
Sur  les  plans  de  la  Tapisserie,  de  Braun  et  de  Du  Cerceau,  on  y  remarque  un 
massif  carré  de  maçonnerie.  C’était  là  qu’on  brûlait  ou  bouillait  vifs  divers  cou¬ 
pables,  notamment  les  faux-monnayeurs.  En  outre,  on  voit  à  côté  une  ou  deux 
potences.  Ces  détails  n'existent  plus  sur  les  plans  du  XVIIe  siècle. 

Troisième  porte  S.  Honoré.  —  Cette  porte,  située  à  l’extrémité  occidentale  de  la 
rue  de  ce  nom,  presque  dans  l’alignement  de  la  rue  actuelle  Royale  (dite  autrefois: 
du  Fossé  des  Tuileries)  avait  été  projetée,  ainsi  que  le  bastion  auquel  elle  tenait, 
dès  le  règne  de  Charles  IX,  mais  les  troubles  du  temps  reculèrent  son  exécution, 
qui  n’eut  lieu  que  sous  Louis  XIII. 

Cependant,  sur  les  plans  du  commencement  du  XVIIe  siècle,  on  voit  déjà,  à 
cette  place,  figurer  une  porte.  Est-ce  une  fantaisie  du  dessinateur?  Je  ne  le  pense 
pas,  car  on  lit  dans  le  texte  ,  daté  1615,  annexé  à  la  première  édition  du  plan 
de  Mathieu  Mérian  :  «Porte  S.  Honoré  rehastie  de  nouueau.  »  Il  est  donc  probable 
qu’en  1615,  il  existait  déjà  un  bâtiment  provisoire  qui  fut  remplacé  vers  1632 
par  un  autre  d’un  aspect  plus  imposant. 

Cette  nouvelle  porte  fut  construite  avant  le  bastion,  et,  quand  celui-ci  fut 
achevé,  se  trouva  placée  vers  le  milieu  de  sa  face  occidentale  (voy.  pl.  X,  fig.  3). 
Aux  termes  d’un  traité  que  j’ai  cité,  p.  184,  elle  fut  commencée  par  Pierre  Pi- 
doux  en  1631,  et  achevée  en  1633;  elle  disparut  entre  1730  et  1734.  Il  nous  en 


PORTES  DE  PARIS.  —  HOIV. 


267 


reste  plusieurs  vues  gravées,  prises  du  côté  de  la  ville  et  de  la  campagne.  Sa 
description  donnera  une  idée  de  celle  de  la  Conférence,  bâtie  dans  le  même  style 
et  par  le  même  architecte,  mais  sur  une  moindre  échelle. 

Elle  se  composait  de  pierres  de  taille  de  grand  appareil,  mêlées  peut-être  de 
briques,  selon  la  mode  du  temps.  La  vue  qui  mérite  le  plus  notre  confiance  est 
celle  d’Israël  Silvestre,  prise  du  dehors  et  de  trois  quarts.  Le  paysage  qui  l’accom¬ 
pagne  est  évidemment  tracé  de  fantaisie,  car  cet  artiste  ne  dessinait  d’après  na¬ 
ture  que  le  monument  annoncé  sur  l’inscription. 

Le  bâtiment  principal  se  trouve  entre  deux  pavillons  carrés  en  saillie,  coiffés 
d’un  comble  en  forme  de  carène  renversée  et  vue  de  profil  ;  le  sommet  du  comble 
se  termine  par  un  campanile.  Au-dessus  de  la  baie  principale,  en  arc  à  plein 
cintre,  sont  sculptées  en  bas-relief  les  Armes  de  la  Ville.  Plus  haut,  et  passé  la 
base  du  toit,  s’élève  un  fronton  arrondi,  formé  par  de  gracieux  enroulements. 
Au-dessus  du  fronton,  percé  d’une  fenêtre  ronde,  apparaît  l’écusson  royal,  sur¬ 
monté  de  la  couronne  de  France;  le  tout  d’un  effet  élégant  et  grandiose.  Les  toits 
des  pavillons  latéraux  sont  ornés  de  lucarnes  circulaires  que  terminent  des  casques 
à  cimiers.  Les  pavillons  ont  trois  étages  de  fenêtres.  Les  angles  des  bâtiments, 
ainsi  que  les  contours  des  fenêtres,  sont  décorés  de  chaînes  de  pierres  en  bos¬ 
sage.  Quant  au  profil  du  monument,  il  offre  un  parement  à  peu  près  nu,  sauf  des 
corniches  indiquant  la  division  des  étages.  Du  toit  très-élevé  du  bâtiment  cen¬ 
tral,  s’élancent  deux  hautes  cheminées  décorées.  La  grande  baie  du  milieu  est 
accompagnée  de  chaque  côté  d’une  autre  plus  petite  et  rectiligne.  Celle  du  Nord 
est  précédée  d’un  pont-levis  pour  les  piétons.  Au  premier  étage,  le  mur  de  face 
est  percé  de  trois  longues  entailles  destinées  à  loger  les  flèches  du  grand  et  du 
petit  pont-levis1.  Le  pont  dormant  est  d’une  seule  arche  de  pierre,  en  dos 
d’âne;  sur  la  clef  de  voûte  est  encore  sculpté  le  blason  royal.  A  la  descente  du 
pont,  du  côté  de  la  contrescarpe,  s’élève  un  poteau  portant,  je  crois,  une  inscrip¬ 
tion,  et,  au-dessous,  une  sorte  d’écusson.  Le  mur  de  face  du  bastion  est  surmonté 
d’un  parapet  ,  et  un  cordon  de  pierre  indique  à  l'extérieur  le  niveau  du  terre -plein. 

Une  médiocre  estampe,  éditée  vers  1700  par  N.  de  Poillv,  et  gravée,  je  crois, 
par  Aveline,  représente  cette  porte  vue  de  trois  quarts  et  du  sud-est.  C’est  à  peu 
près  la  même  disposition,  mais  les  proportions  sont  un  peu  différentes.  La  face 
en  talus  du  bastion  est  percée  de  plusieurs  ouvertures  longitudinales,  pratiquées, 
soit  pour  l’écoulement  des  eaux,  soit  pour  l’éclairage  d’une  galerie  intérieure.  Le 
parapet  est  muni  de  larges  merlons,  dont  le  sommet  est  taillé  en  glacis.  Ces  détails 
sont  peut-être  un  enjolivement  du  dessinateur. 

1  Ces  pavillons  ou  tours  carrées  qui  flanquent  le  bâtiment  principal,  et  ces  deux  portes  à  pont- 
levis,  sont  une  imitation,  une  réminiscence  de  la  structure  des  portes  de  Charles  V. 


268 


PORTES  DE  PARIS.  —  JA  C. 


Il  existe  une  vue  de  la  même  porte,  prise  du  côté  de  la  ville,  dessinée  et  gravée 
par  N.  Perelle,  vers  1680.  C’est  le  même  style  d’architecture,  avec  un  peu  moins 
d’ornements  ;  toutes  les  fenêtres  et  les  portes  sont  entourées  de  chaînes  de  pierres 
en  bossage,  mais  les  deux  pavillons  latéraux  ne  sont  pas  en  saillie  comme  ceux 
de  la  face  opposée  (ils  étaient  même  un  peu  en  retrait,  suivant  un  plan  géomé- 
tral  que  j’ai  vu  aux  Archives  ou  ailleurs).  Les  lucarnes  du  toit  sont  terminées  par 
des  frontons  semi-circulaires.  On  lit  au  bas  de  l’estampe  que  la  porte  fut  con¬ 
struite  en  1635,  date  qui  ne  s’accorde  pas  avec  celle  de  l’Ordonnance  qui  en 
concerne  l’exécution. j 

Cette  estampe  de  Perelle  a  été  reproduite  dans  une  collection  de  vues  de  Paris, 
gravées  en  Hollande,  et  aussi,  comme  vignette,  dans  plusieurs  Descriptions  de 
Paris  ;  je  citerai  entre  autres  le  Séjour  de  Paris,  par  Nemeitz,  1727. 

Brice,  dans  sa  Description  de  Paris  (  édit,  de  1706  ),  s’exprime  ainsi  :  «  La  porte 
«  de  S.  Honoré  est  la  seule  des  anciennes  portes  qui  est  encore  restée  sur  pied. 
«  Il  y  a  apparence  qu’elle  ne  subsistera  pas  long-tems.  A  la  place  de  ces  Gui- 
«  chets  obscurs  et  serrez  qui  causoient  tous  les  jours  des  embarras  et  des  acci- 
«  dens  fâcheux,  la  Ville  a  fait  élever  de  superbes  portes  qui  seront  des  monu- 
«  mens  du  bon  goût,  qui  régne  aujourd’huy  dans  ce  Royaume.  » 

HONORÉ  ( Fausse-porte  Saint).  —  On  voit  figurer  sur  plusieurs  plans,  dans  le 
faubourg  actuel  S.  Honoré,  à  la  hauteur  de  la  Petite  rue  Verte,  une  porte  ac¬ 
compagnée  d’une  barrière.  Voyez  ce  que  j’en  dis  plus  haut,  p.  230  et  257. 

Huidelon  ou  IIydron  (  Porte  Nicolas  ).  Voyez  Beaubourg. 

JACQUES  (Porte  Saint).- — Bâtie,  entre  1200  et  1212,  rue  de  ce  nom,  près  de 
celle  Soufflot  (voir  pî.  III,  fig.  4  et  page  55),  cette  porte  ne  fut  jamais  reconstruite, 
mais  seulement  modifiée  et  réparée  plusieurs  fois,  notamment  sous  Charles  V  et 
sous  François  Ier. 

Selon  Sauvai,  elle  n’aurait  jamais  porté  d’autre  nom  que  celui  d e  porte  S.  Jac¬ 
ques,  qu’elle  tenait  (ainsi  que  la  rue)  du  couvent  voisin  des  Jacobins,  fondé  vers 
1218;  selon  d’autres,  de  l’Hôpital  S.  Jacques-du-Haul-Pas,  établi  sous  S.  Louis. 
A  en  croire Dulaure,  elle  se  serait  appelée  dans  l’origine  :  porte  Nolre-Dame-des- 
Cliamps,  à  cause  du  voisinage  de  cette  ancienne  chapelle.  Elle  était  certainement 
terminée  en  1212,  et,  comme  la  rue  S.  Jacques  se  nommait  alors  :  Grant  rue  du 
Petit-Pont,  cl  que  les  Jacobins  n’étaient  pas  encore  connus,  on  dut  lui  donner 
une  autre  désignation  que  celle  de  :  Porte  S.  Jacques. 

C’était,  du  côté  du  sud,  la  principale  porte  de  Paris  :  aussi  était-elle  une  de 


PORTES  DE  PARIS.  —  JAC. 


269 


celles  qu’on  gardait  avec  le  plus  de  vigilance  et  qu’on  ne  murait  jamais,  puis¬ 
qu’elle  était  en  tête  de  la  principale  voie  qui  traversait  la  capitale  du  sud  au  nord. 
Néanmoins,  en  temps  de  paix,  on  en  affermait  le  bâtiment,  commeje  l’ai  constaté 
page  220. 

La  porte  S.  Jacques  fut  témoin  d’événements  ou  de  cérémonies  d’une  grande 
importance,  surtout  sous  le  règne  orageux  de  Charles  YI .  Quand  nos  rois  décé¬ 
daient  dans  leurs  résidences  du  sud-ouest,  c’est  par  cette  porte  que  leurs  dépouilles 
rentraient  dans  la  capitale.  Leur  corps,  déposé  d’abord  dans  l’ancienne  chapelle 
de  Notre-Dame-des-Champs,  était  ramené  à  Paris  par  la  porteS.  Jacques,  conduit 
à  la  cathédrale,  puis  de  là  à  S.  Denis.  Cette  cérémonie  eut  lieu  pour  les  obsèques 
de  Charles  VII,  de  Charles  VIII,  du  duc  d’Orléans,  père  de  Louis  Xïl,  d’Anne  de 
Bretagne,  de  la  reine  Claude  et  de  François  Ier.  Fôlibien,  dans  ses  volumes  de 
Preuves,  a  reproduit  la  description  de  ces  cérémonies. 

On  a  présumé  que  saint  Louis  a  plusieurs  fois,  notamment  à  son  retour  de  Pa¬ 
lestine,  fait  son  entrée  par  cette  porte.  Le  Journal  de  Paris  sous  Charles  VI  et 
VII  la  mentionne  souvent.  On  y  lit,  p.  166,  de  curieux  détails  sur  l’entrée,  en 
avril  1436,  des  partisans  de  Charles  VII,  qui,  par  cette  porte,  se  répandirent  dans 
tout  Paris  et  en  chassèrent  les  Anglais.  Je  ne  rapporterai  de  ce  récit  que  la  partie 
qui  concerne  la  porte  S.  Jacques  :  «  Le  vendredy  d’après  Pasques  (1436)  vinrent 
«  devant  Paris...  le  comte  de  Richemont,  qui  estoit  Conncstable  de  France  de  par 
«  le  Roy  Charles,  le  bastard  d’Orléans,  le  Seigneur  de  l’Isle-Adam  et  plusieurs 
«  autres  Seigneurs  droit  à  la  Porte  S.  Jacques,  et  parlèrent  aux  Portiers,  disant, 
«  laissez  nous  entrer  dedens  Paris  paisiblement,  ou  vous  serez  tous  mors  par 
«  famine,  par  cher  temps  ou  autrement;  les  gardes  de  la  Porte  regarderont  par 
«  dessus  les  murs,  et  virent  tant  de  peuple  armé,  qu’ils  ne  cuidoient  mie  que 
«  toutte  la  puissance  du  Roy  Charles  pust  fmer  de  la  moitié  d’autant  de  gens 
«  d’armes,  comme  ils  povoient  voir,  si  orenl  paour,  et  doublèrent  moult  la  fu- 
«  reur,  si  se  consentirent  à  les  bouter  dedens  la  Ville,  et  entra  le  premier  le  Sei- 
«  gneur  de  l’Isle-Adam  par  une  grant  eschelle  qu’on  luy  avalla,  et  mit  la  Ban- 
«  niere  de  France  dessus  la  Porte  criant  Ville  gaignée.  » 

Corrozet  (édit,  de  1532,  fol.  45,  v.)  raconte  ainsi  ce  fait  d’après  je  ne  sais  quelle 
chronique  :  «  La  porte  S.  lacques  estoit  fermée  et  en  auoit  les  clefz  l’éuesque  de 
«  Therouenne  Anglois  lequel  auec  le  Seigneur  de  Vilby  capitaine  de  Paris  aussi 
«  Anglois  se  sauuerent  en  la  Bastille  et  fust  ladicte  porte  rompue  (c’est-à-dire 
«  ses  vantaux ),  par  ceulx  de  la  ville,  par  laquelle  entrèrent  le  Connestable 
«  (comte  de  Richemont),  le  Bastard  d’Orléans  et  leurs  eompaignies  ayans  les 
«  espées  traictes,  crians  :  S.  Denis!  »  Il  est  à  remarquer  que  le  même  auteur, 
dans  son  édit,  de  1561,  fol.  139,  place  ce  fait  à  la  porte  S.  Michel. 


*270 


PORTES  DE  PARIS.  —  JAC 


En  1438,  nous  apprend  le  Journal  cité  ci-dessus,  des  larrons  venus  de  Che- 
vreuse,  au  nombre  de  vingt  ou  trente,  entrèrent  dans  Paris  par  la  porte  S.  Jac¬ 
ques  ;  ils  y  tuèrent  «  un  sergent  à  verges  assis  à  ung  huis...  et  prindrent  trois  des 
«  Portiers  gardans  la  porte  et  plusieurs  pouvres  gens,  etc.  » 

En  1441,  les  Anglais  tentèrent  sans  succès  de  surprendre  la  ville  de  ce  côté. 

En  1509,  le  IG  mars,  Louis  XII  fit,  par  cette  porte,  une  entrée  solennelle  dont 
les  détails  sont  décrits  dans  le  Cérémonial  de  Godefroy. 

Le  26  juillet  1538,  Lettre  du  roi  qui  prie  bien  affectueusement  les  Prévôt  des 
marchands  et  Echevins  de  permettre  au  Bailly  de  la  Mairie  du  faubourg  S.  Jacques 
de  tenir  son  siège  et  ses  prisons  en  la  tour  de  la  porte  S.  Jacques  (Registre  cité 
p.  124). 

En  1544,  «  on  feitun  rampart  à  la  porteS.  Jacques»,  et,  à  cette  occasion,  on 
trouva  des  restes  de  l’ancien  aqueduc  d’Arcucil  (Corrozet,  fol.  8  et  161,  verso). 

Le  14  déc.  1587,  Henri  III  entra  à  Paris  par  la  porte  S.  Jacques,  et  «  estant 
«  près  des  fauxbourgs  vers  la  première  Berce  (la  fausse-porte),  commença  l’Ar- 
«  tillerie  de  la  Ville  à  sonner  etc.  »  (Félibien,  t.  Y,  p.  444). 

Le  9  sept.  1590,  dix  Jésuites  armés  et  placés  sur  le  mur,  près  de  la  porte 
S.  Jacques,  combattirent  contre  une  troupe  de  soldats  du  roi  de  Navarre.  Ce  fait 
est  détaillé  dans  les  Additions  à  la  satyre  Ménippée. 

Le  9  mars  1594,  les  Seize  firent  condamner  toutes  les  portes  de  la  rive  gauche, 
moins  la  porte  S.  Jacques,  dont  la  clef  fut  confiée  à  un  de  leurs  affidés,  nommé 
Pichonnat  (Mauperché,  p.  156).  Le  13  sept,  de  la  même  année,  Henri  IY,  devenu 
roi,  rentra  par  cette  porte,  à  son  retour  d’un  voyage  (Félibien,  t.  Y,  p.  474). 

En  sept.  1614,  Louis  XIII,  revenant  de  la  Bretagne,  fit  son  entrée  par  la  même 
porte  ( ibid .,  p.  519).  L’historien  Mathieu  donne  de  grands  détails  sur  cette  céré¬ 
monie,  dont  une  estampe  de  Mérian  nous  a  conservé  le  souvenir.  Malheureuse¬ 
ment  la  porte  S.  Jacques  y  paraît  tracée  de  fantaisie.  C’est  un  grand  bâtiment 
carré,  présentant  au  sommet  quatre  tourelles  à  cul-de-lampe,  dont  la  plate-forme, 
couronnée  de  créneaux,  est  garnie  de  fleurs  pour  la  circonstance.  Au-dessus  delà 
baie  sont  placées  les  armes  de  France  et  de  Navarre.  Peut-être  a-t-on  voulu  re¬ 
présenter  l’ avant-porte. 

Le  28  janvier  1616,  autre  entrée  du  roi  qui  revenait  de  Tours.  On  lit,  à  ce  sujet, 
dans  Y  Histoire  de  P.  Mathieu,  p.  906  :  «Sur  les  remparts  du  Faux-bourg  S.  Iacques 
«  trente  pièces  d' Artillerie,  auec  vue  quantité  de  boüettes,  salüerent  sa  Maiesté 
«  auec  vn  bruit  si  grand  qu’il  sembloit  que  ce  fust  des  grands  coups  de  tonnerre 
«  et  escîairs.  A  la  porte  S.  Iacques  se  présentent  les  armes  de  sa  Maiesté  à  ses 
«  yeux  dans  vn  Tableau  posé  au  dessus  du  Pont-leuis  d’icelle,  pendant  que 
«  là  mesme  vne  douce  et  agréable  musique  chanta  quelques  motets  sur  les 


PORTES  DE  PARIS.  —  JAC. 


271 


«  loüanges  de  ce  victorieux  Monarque.  »  Cette  fête  a  été,  je  crois,  aussi  gravée. 

Le  16  mai  1616,  le  même  roi  fit  par  celte  porte  une  nouvelle  entrée,  à  son 
retour  de  Bordeaux,  accompagné  de  la  jeune  reine  son  épouse.  On  en  trouve  la 
description  dans  le  Cérémonial  de  Godefroy,  et  une  représentation,  sur  une  es¬ 
tampe  de  la  Colleclion-Fontettes.  Le  char  du  roi  est  conduit  par  le  Temps.  La 
porte  ou  l’avant-porte  S.  Jacques,  figurée  de  mémoire,  est  munie  d’un  double 
pont-levis,  dont  l’un,  à  une  seule  flèche,  sert  de  passage  aux  piétons. 

En  janvier  1623,  le  roi  devait  encore  rentrera  Paris  par  cette  porte,  mais  «à 
«  cause  de  l’incommodité  du  passage  des  rues  qui  sont  à  l’advenue  des  portes 
«  S.  Marcel  et  S.  Victor  »,le  roi  décida  qu’il  passerait  par  la  porte  S.  Antoine. 
(Félibien,  t.  V,  p.  550). 

L’entrée  du  même  roi,  le  23  déc.  1628,  à  son  retour  de  La  Rochelle,  fut  célé¬ 
brée  avec  beaucoup  de  pompe.  Un  grand  in-folio,  orné  d’estampes  gravées  par 
Ab.  Bosse  et  autres,  nous  en  a  transmis  les  détails  (voy.  note ,  p.  257). 

Aucune  de  ces  planches  ne  peut  nous  fournir  une  vue  exacte  de  la  porte 
S.  Jacques,  puisqu’elle  est  défigurée  par  des  ornements  ajoutés  pour  cette  occa¬ 
sion,^  parée  d’emblèmes  peints  sur  toile  ou  sur  bois.  En  un  mot,  on  ne  peut 
s’en  faire  la  moindre  idée.  Le  texte  ne  nous  en  apprend  pas  davantage  ;  il  parle 
de  la  première  porte  S.  Jacques,  située  au  haut  du  faubourg,  ainsi  que  de  la  porte 
et  de  J’ avant-porte  S.  Jacques  ;  mais  il  ne  décrit  que  les  décorations  qui  en  dé¬ 
guisaient  la  maçonnerie. 

Il  existe  une  estampe  isolée,  gravée,  je  crois,  par  Pierre  Firens,  représentant 
cette  décoration  vue  de  loin.  On  y  remarque  le  fossé,  le  mur  d’enceinte,  flanqué 
de  quelques  tours,  et,  au  delà,  les  clochers  de  la  ville.  Mais  le  point  principal,  la 
porte  S.  Jacques  est  complètement  masquée  par  des  accessoires  de  circonstance, 
et,  pour  l’effet,  toutes  les  maisons  du  voisinage  ont  été  supprimées  :  telle  était 
alors  la  nature  des  estampes  historiques. 

On  ne  sait  donc  où  chercher  une  image  en  élévation  de  la  porte  S.  Jacques. 
Les  anciens  plans,  vu  leur  orientation,  ne  la  représentent  que  de  profil,  et  ne  s’ac¬ 
cordent  pas  entre  eux.  La  petite  vue  de  Paris,  prise  du  sud,  gravée  en  1607  par 
L.  Gaultier,  offre  toutes  les  portes  de  l’Université,  mais  avec  une  inexactitude 
choquante.  C’est  une  estampe  qui  reproduit  une  enseigne  de  libraire  exécutée 
de  mémoire.  Il  est  fâcheux  qu’on  ait  plusieurs  fois  regravô  cette  image  du  vieux 
Paris,  qui  n’est  propre  qu’à  fausser  nos  idées. 

Nous  possédons  sur  la  porte  S.  Jacques  un  plan  géométral  qui  paraît  exact  :  je 
l’ai  reproduit,  réduit  au  tiers  (pl.  XI,  fi  g.  2),  d’après  le  calque  d’un  plan  des  Ar¬ 
chives  levé  en  1665.  De  l’inspection  de  ce  plan  il  résulte,  qu’en  1665  lé  fossé  de¬ 
vant  la  porte  S.  Jacques  était  comblé  et  couvert  d’un  double  rang  de  maisons  mal 


272 


PORTES  DE  PARIS.  —  JAC 


alignées  formant  la  tête  du  faubourg  S.  Jacques,  entre  la  porte  et  la  rue  actuelle 
S.  Hyacinthe,  alors  nommée  :  des  Francs-Bourgeois.  Sur  l’original,  des  parties 
ombrées  assez  vaguement  semblent  annoncer  que  l’entrée  des  maisons,  de  cha¬ 
que  côté,  était  au-dessous  du  niveau  de  la  chaussée,  ce  qui  prouverait  que  le  fossé 
était  imparfaitement  comblé.  On  remarque  une  barrière  et  des  bureaux  d’octroi  ; 
une  double  ligne  pointillée  indique  l’alignement  projeté  de  la  rue  S.  Jacques. 

Ce  plan  atteste  que  le  bâtiment  de  Ph.  Auguste  avait  conservé  ses  deux  grosses 
tours  rondes.  Dans  un  coin  est  un  escalier  à  vis.  De  ces  tours  partent  de  gros 
murs  qui,  après  avoir  formé  des  angles  assez  bizarres,  vont  rejoindre  le  massif 
d’une  avant-porte  (bâtie  sous  Charles  VI,  ou  plus  lard),  percée  d’une  baie  qui  ne 
correspond  pas  à  l’axe  de  la  vieille  porte,  mais  en  dévie  vers  l’ouest  et  à  dessein  : 
les  détours  auxquels  cette  disposition  obligeait  les  assaillants  rendaient  une  sur¬ 
prise  très— difficile.  A  côté  de  la  principale  baie,  le  plan  en  indique  une  autre  plus 
petite.  Chacune  d’elles  avait  autrefois  sa  herse  et  son  pont-levis  particuliers.  Le 
gros  mur  des  carneaux  [créneaux),  comme  l’appelle  le  plan,  était  sans  aucun  doute 
percé  de  meurtrières  ou  même  de  larges  embrasures  pour  l’artillerie.  Il  formait 
une  sorte  de  bastion  destiné  à  mettre  à  l'abri  les  défenseurs  de  la  porte.  Le  ram- 
part  dont  parle  Corrozel  à  l’année  1544  ( voij .  p.  180)  serait-il  ce  mur  des  Car¬ 
neaux ?  Je  crois  plutôt  qu’il  fut  construit  du  temps  de  Charles  VI  ou  de  Louis  XI. 

Nous  lisons  dans  la  Descr.  des  villes  de  France,  par  André  Du  Chesne,  1609, 
p.  139  :  «  On  fortifie  auiourd’huy  la  porte  S.  Jacques  d’une  avant-porte  que  l’on 
«  relève  de  ses  poudreuses  reliques ,  et  qui  signalera  beaucoup  le  premier  lustre 
«  de  son  antiquité.  » 

Dans  un  Arrêt  du  Conseil  d’Etat  de  1691,  on  parle  d’une  maison  «  size  sur  le 
Boullevart  delà  PorteS.  Jacques.»  Je  ne  sais  trop  ce  qu’il  faut  entendre  par  ce  mot 
boullevart  :  peut-être  un  terrassement  qui  flanquait  le  gros  mur  à  l’intérieur,  ou 
simplement  le  mur  lui-même. 

11  est  fâcheux  que  l’architecte  qui  a  levé  le  plan  ci-dessus  décrit  n’y  ait  pas 
joint  celui  de  l’élévation  de  la  porte.  Le  dessin  de  ce  bâtiment  célèbre  manque  à 
l’archéologue,  qui  ne  peut  se  contenter  de  la  composition  de  M.  Pernot. 

Selon  Sauvai  (t .  III,  p.  126),  Laporte  S.  Jacques  avait  une  basse-court,  sans 
doute  du  côté  de  la  ville,  à  moins  qu’il  ne  désigne  ainsi  l’intervalle  entre  la  porte 
et  l’ avant-porte  ;  en  tout  cas,  cette  basse-court  avait  été,  c’est  probable,  établie 
postérieurement  à  Ph.  Auguste. 

Nous  rappellerons  ici  que  la  porte  S.  Jacques  était  l’une  des  quatre  maîlresses- 

'  Les  noms  des  propriétaires  de  ces  maisons  y  sont  indiqués.  On  y  remarque  ceux  de  Guy,  Peni- 
cber  (ou  Pénichet),  Silvain  et  veuve  Crespinet,  noms  signalés  aussi  dans  une  Ordonnance  de  1690, 
que  rapporte  Félibien,  t.  IV,  p.  297. 


PORTES  DE  PARIS.  —  IiOU. 


273 


portes  de  Paris  auxquelles  on  suspendait  les  membres  des  suppliciés  ( voy .  p.  220); 
non  loin  de  là  était  V Estrapade,  instrument  de  supplice  militaire. 

Cette  porte  fut  démolie  en  1684,  et  ses  matériaux,  selon  Mauperché  (p.  156), 
furent  achetés  dix  mille  livres  par  les  Jacobins. 

JACQUES  (Fausse  porte  S.). — L’avant-porte  que  j’ai  signalée  à  la  page  précé¬ 
dente  ne  doit  pas  être  confondue  avec  celle-ci,  qui  était  la  porte  du  faubourg  du 
même  nom.  J’en  ai  parlé  plus  haut,  page  257. 

LÉPREUX  (Porte  du).  —  C’est  le  nom  imaginaire  d’une  porte  que  Du  Plessis, 
dans  ses  Nouv.  Annales  de  Paris  (p.  33  et  77).  suppose  avoir  appartenu  à  une 
enceinte  méridionale,  antérieure  à  celle  dePh.  Auguste.  Il  la  place  dans  le  voi¬ 
sinage  de  la  chapelle  S.  Yves,  et  la  nomme  ainsi,  parce  que  saint  Martin,  reve¬ 
nant  de  Tours  à  Paris  par  une  entrée  située  vers  cet  endroit,  y  rencontra  un  lé¬ 
preux  qu’il  guérit  en  lui  donnant  un  baiser  ( voyez  p.  24). 

LOUIS  (Porte  S.).  —  Dès  le  temps  d’Henri  IV  ou  de  Louis  XIII,  il  existait 
dans  le  rempart,  à  F  extrémité  septentrionale  de  la  rue  actuelle  du  Pont-aux- 
Choux,  une  petite  issue,  suivie  d’un  pont  jeté  sur  le  fossé,  et  appelé  vulgaire¬ 
ment  :  le  Pont-aux-Choux  *,  nom  qui  passa  à  la  rue  et  à  la  porte  elle-même. 

Ce  pont  figure  déjà  sur  les  plans  de  1609,  mais  on  n’y  distingue  pas  la  porte, 
que  Gomboust,  en  1652,  nomme  :  Poterne  du  Marais.  Ce  pont  de  bois  mettait  en 
communication  les  marais  du  Temple  avec  ceux  qui  s’étendaient  au  delà  du  fossé, 
et  son  nom  provenait,  sans  doute,  des  choux  que  l’on  cultivait  spécialement  dans 
ces  marais  potagers.  Le  Maire,  dans  son  Paris  ancien,  Paris  moderne,  assure 
(t.  III,  p.  421)  que  la  Seine  remontait  jusque-là  quand  ses  eaux  étaient  hautes. 

La  Tynna  se  trompe  quand  il  dit  que  la  rue  du  Pont-aux-Choux  tire  son  nom 
d’un  «pont  sur  l’égout  couvert  par  la  rue  Turenne  (aujourd’hui  :  S.  Louis)»;  ce 
pont  était  jeté,  non  sur  l’égout,  mais  sur  le  fossé  de  la  ville,  comme  on  le  voit  sur 
ma  planche  IX.  Il  ne  cite  pas  la  poterne  du  Marais,  qu’il  confond  avec  la  porte 
rebâtie  plus  tard  sous  le  nom  de  Saint-Louis. 

Cette  nouvelle  porte  prit,  ainsi  que  le  pont  qui  fut  aussi  refait,  le  nom  de  Saint- 
Louis,  dont  l’inscription  suivante,  rapportée  par  Hurtaut,  explique  l’origine  : 
Ludovicus  Magnus  avo  Divo  Ludovico.  Anno.  R. S. H.  m.  dc.  lxxiv.  Le  13  mai 
1654,  dit  Sauvai  (t.  I,  p.  105),  «le  Prévôt  et  les  Echevins  mirent  la  première 
«  pierre  de  la  porte  S.  Louis,  nommée  auparavant  par  raillerie  le  Pont  au  choux  : 

1  Le  plan  de  Jouvin  de  Rochefort  est  le  premier  qui  désigne  ainsi  ce  pont. 

/  35 


274 


PORTES  DE  PARIS.  —  LOP. 


«  elle  est  assise  derrière  le  Monastère  des  Religieuses  du  Calvaire  de  la  rue 
«  S.  Louis.  Dans  le  tems  qu’on  y  travailloit,  un  des  Chirurgiens  du  Roi  appelle 
«  Maucorps  fit  faire  près  de  là  un  pont  de  bois  :  présentement  il  y  en  a  un  de 
«  pierre,  à  qui  on  donne  encore  le  nom  de  Pont  aux  choux.  » 

Cette  date  de  1654  est-elle  une  erreur?  Le  Maire,  qui  écrivait  en  1685,  dit 
qu’elle  fut  bâtie  en  1674.  Sur  un  petit  plan  gravé  par  Albert  Flamen,  vers  1658, 
on  la  nomme  «  Porte  du  Calvaire  ditte  de  Saint-Louis»  .  Il  est  vraisemblable  que 
la  porte  fut  en  effet  commencée  en  1654,  mais  ne  fut  terminée  que  vingt  ans 
plus  tard,  et  alors  décorée  d’une  inscription  portant  la  date  de  son  achèvement. 

La  nouvelle  porte,  suivie  d’un  pont  de  pierre,  se  voit  en  élévation  sur  les  plans 
de  Jouvin,  La  Caille,  Bretez  et  autres.  C’est  un  pavillon  entre  deux  autres  plus 
étroits.  Elle  était  rustiquement  bâtie,  selon  Hurtaut,  c’est-à-dire  :  d’architecture 
en  bossage.  Elle  fut  détruite  un  peu  avant  1760.  Elle  est  encore  marquée  sur  le 
plan-atlas  de  Denis  et  Pasquier,  1758,  mais  ne  l’est  plus  sur  celui  de  Robert  de 
Vaugondy,  1760.  La  porte  S.  Louis  était,  sous  Louis  XV,  un  lieu  de  rendez-vous 
où  affinaient  les  équipages. 

Lourcine  (Portes  de  la  rue  de).  Voyez  chap.  xx,  page  174. 

LOUVRE  (Porte  ou  poterne  du). —  Elle  était  située  à  côté  et  au  nord  de  la  tour 
dite  du  Louvre,  ou  :  Qui  fait-le- coin,  tour  qui  s’élevait  vis-à-vis  celle  de  Nesle. 
Elle  n’existait  pas  du  temps  de  Ph.  Auguste  dont  la  résidence,  le  chaste!  du  Lou¬ 
vre,  était  séparé  complètement  de  la  ville.  Elle  fut  probablement  ouverte,  dans 
l’origine,  pour  le  service  de  ce  palais,  puis  plus  tard,  je  ne  saurais  dire  à  quelle 
époque,  peut-être  quand  Charles  V  eut  fortifié  le  nouveau  quai  le  long  du  Louvre 
[voy.  p.  143),  elle  aura  servi  de  porte  de  ville.  On  n’a  guère  sur  cette  matière 
d’autres  documents  que  ceux  fournis  par  les  plans  du  XVIe  siècle.  Je  n’oserais 
même  affirmer  que  tel  eût  été  son  nom,  car,  à  ma  connaissance,  aucun  ancien 
compte  n’en  fait  mention ,  aucun  plan  ne  la  désigne.  C’est  par  erreur  que  plu¬ 
sieurs  auteurs  l’ont  regardée  comme  contemporaine  de  Ph.  Auguste. 

Sur  le  plan  de  Braun,  elle  est  fortifiée  de  deux  tourelles  en  encorbellement; 
sur  celui  de  Du  Cerceau,  elle  paraît  avoir  été  rebâtie,  et  consiste  en  un  simple 
pavillon  à  toit  élevé,  garni  de  deux  lucarnes,  avec  une  baie  à  plein  cintre,  enca¬ 
drée  d’une  chaîne  de  pierres. 

Je  ne  sais  au  juste  en  quelle  année  fut  abattue  la  porte  du  Louvre.  Le  plan  de 
Bclleforest,  1575,  offre  encore  la  Tour-qui-fait-le-coin,  mais  on  ne  voit  plus  de 
porte  contiguë.  Elle  n’existait  certainement  plus  en  1609,  et  il  ne  restait  plus 
alors  de  la  Tour  que  le  rez-de-chaussée. 


PORTES  DE  PARIS.  -  MAR 


275 


Marais  (Poterne  du).  —  Voyez  :  Porte  Saint-Louis. 

MARCEL  (Porte  S.). — Cette  porte,  située  rue  actuelle  Descartes,  près  de  la  rue 
de  Fourcy  (voy.  pi.  Ilï,  fig.  4),  fut  bâtie  entre  1200  et  1212.  Un  acte  de  1261, 
cité  par  Félibien  (t.  IV,  p.  513),  la  nomme  :  Porta  S.  Marcelli.  Mais  son  nom  pri¬ 
mitif  semble  être  celui  de  Porte  Bordelles,  nom  qu’on  donnait  encore  à  la  rue 
Descartes  avant  1813,  et  qui  lui  vient  de  Pierre  de  Bordelles  (Petrus  de  Bordellis), 
personnage  notable  à  Paris  sous  Ph.  Auguste.  Sauvai  (t.  I,  p.  118)  réfute  l’erreur 
populaire  qui  attribuait  l’origine  de  ce  nom  à  l’existence  d’un  lieu  de  débauche. 

Du  Breul,  p.  271,  dit  qu’il  y  avait,  dans  une  chapelle  de  l’église  Sainte-Gene¬ 
viève,  le  chef  (la  tête)  de  S.  Baadelle,  sous-diacre,  natif  d’Orléans,  et  mort  mar¬ 
tyr  à  Nîmes.  Le  nom  du  martyr  aurait- il,  comme  l’insinue  Du  Breul,  été  donné 
à  la  porte  l,  et,  par  la  suite,  été  altéré  par  malice  ?  Je  ne  le  pense  pas,  et  je  crois 
l’étymologie  de  Sauvai  beaucoup  plus  vraisemblable. 

L’orthographe  de  ce  nom  a  souvent  varié,  soit  qu’on  ait  voulu  le  rectifier,  soit 
qu’on  l’ait  défiguré  à  dessein,  par  zèle  pour  la  bienséance.  On  lit  dans  les  an¬ 
ciens  historiens  :  Porte  Bordelle,  Bordèle,  Bordel,  Bourdelles,  Bardelle ,  Bordet , 
Bordetes  et  Bordelle.  «  La  pudeur,  dit  André  Duchesne,  luy  a  fait  quitter  enfin 
«  ce  sale  et  impudique  nom.  »  Sur  les  plans  de  Mérian,  de  Gomboust  et  autres, 
elle  s’appelle  Porte  S.  Marcel  ou  5.  Marceau  ;  mais  la  rue  qui  y  aboutit  retient 
toujours  l’ancien  nom.  Sur  un  plan  de  toiseur,  que  je  citerai  bientôt,  elle  est 
nommée  Bordet  le. 

J’ai  recueilli,  à  son  sujet,  peu  de  particularités.  Sauvai,  qui  l’avait  vue  debout, 
nous  apprend  (t.  III,  p.  126)  qu’elle  avait  «  une  seconde  basse-court  entre  les&ar- 
«  rières  et  le  pont  dormant.  «  Ce  mot  barrière  désigne  une  avant-porte.  Je  doute 
que  ces  basses-cours  existassent  du  temps  de  Ph.  Auguste,  époque  où  les  portes 
de  ville  offraient  une  construction  plus  simple. 

Je  n’ai  jamais  rencontré  de  dessin  en  élévation  de  cette  porte,  dont  la  plupart 
des  vieux  plans  ne  donnent  qu’une  idée  vague.  On  y  voit  seulement  qu’elle 
était,  comme  celle  S.  Jacques,  fortifiée  de  tours  et  d’une  avant-porte.  L-’image 
qu’en  offre  la  petite  vue  de  Paris  de  L.  Gaultier  (citée  page  271)  est  sans  doute 
fort  inexacte  :  c’est  un  haut  bâtiment  carré  et  crénelé,  précédé  à  l’extérieur  de 
deux  tours  qui  sont  isolées  du  bâtiment  et  forment  l’avant-porte.  Sur  le  plan  de 
Mérian,  elle  est  flanquée  de  deux  tours  du  côté  de  la  ville. 

J’ai  reproduit  (pi.  XI,  fig.  1),  réduit  de  moitié,  un  plan  géométral  des  Archi¬ 
ves,  où  figure  encore,  en  1685,  cette  porte,  quoique  le  fossé  soit  comblé  et  l’a- 

'  Le  même  auteur,  qui  tient  à  tirer  parti  de  son  saint,  donne  à  entendre,  p.  1176,  que  Baudeille 
ou  Baudille  pourrait  bien  avoir  donné  aussi  son  nom  à  la  porte  Baudets. 


276 


PORTES  DE  PARIS.— MAK. 


vant-porte  abattue.  Elle  se  compose,  en  principal,  de  deux  tours,  contemporaines 
de  Ph.  Auguste. 

On  mentionne  cette  porte  dans  d’anciens  comptes,  actes  ou  récits  ;  mais  au¬ 
cun  événement  notable  ne  s’y  rattache.  Pendant  les  troubles  du  règne  de  Char¬ 
les  YI,  elle  était  presque  toujours  étoupée,  c’est-à-dire:  murée.  En  1437,  l’ar¬ 
chevêque  de  Reims,  le  Parlement,  etc.,  firent  leur  entrée  à  Paris  par  cette  porte, 
qu’on  avait  récemment  démurée  ( Journal  de  Paris ,  p.  172).  On  lit,  dans  Y  His¬ 
toire  de  P.  Mathieu,  je  crois,  qu’en  1602  Henri  IV  rentra,  un  soir,  dans  sa  capi¬ 
tale  par  la  porte  S.  Marcel. 

Elle  fut  détruite,  selon  La  Tynna,  en  1683.  C’est  une  erreur,  car  il  en  est  en¬ 
core  question  dans  un  arrêt  de  1685,  rapporté  par  Félibien  (t.  IV,  p.  273);  et 
De  la  Marre  nous  apprend  (t.  I,  p.  90)  qu’elle  fut  démolie,  en  exécution  de  lettres- 
patentes  de  juillet  1686,  et  qu’à  cette  époque  «le  terrain  de  la  contrescarpe  du 
fossé  de  S.  Victor  fut  abaissé  et  le  fossé  comblé.» 

MARCEL  (Fausse  Porte  S.).  —  Outre  la  porte  que  je  viens  de  décrire,  il  exis¬ 
tait  une  fausse  porte  S.  Marcel  au  haut  de  la  grande  rue  de  ce  bourg,  rue  dite 
aujourd’hui  :  Mouffetard  (voy.  p.  256).  Sur  un  grand  plan  manuscrit  de  l’enclos 
des  Gobeîins  (1691),  conservé  à  la  Bibliothèque  impériale  ( Topogr .  de  Paris , 
grand  carton  suppl.),  on  voit  le  tracé  géométral  de  cette  porte  :  c’est  un  simple 
bâtiment  carré,  qui  peut-être  en  remplaçait  un  plus  ancien,  fortifié  de  tours. 

Géraud  (Taille  de  Paris  en  1292)  mentionne  une  Poterne  S.  Marcel,  située 
au  bout  de  la  rue  Clopin.  Je  pense  qu’il  y  a  ici  quelque  méprise,  et  que  celte  po¬ 
terne  n’a  jamais  existé.  Serait-ce  celle  que  des  comptes  de  1368  nomment  porte 
Gadine  ou  Gaudine  ?  (Voir  ce  mot.) 

MARTIN  (Portes  S.).  —  Le  nom  de  la  rue  S.  Martin  est  très-ancien,  puisque, 
dès  le  VIIe  siècle,  il  existait  déjà  un  oratoire  dédié  à  ce  saint,  d’où  elle  a  pris  sa 
dénomination.  Cette  rue  était  de  temps  immémorial  une  des  grandes  chaussées 
de  Paris. 

La  première  porte  de  ville  placée  rue  S.  Martin  s’élevait  près  de  l’église  ac¬ 
tuelle  S.  Merry,  vers  l’endroit  où  commence  la  rue  des  Arcis,  ainsi  appelée  peut- 
être  parce  qu’elle  aboutissait  à  l’arcade  ou  aux  arcades  qui  constituaient  cette 
porte  1 .  Il  n’est  pas  prouvé  qu’elle  fût  de  construction  romaine,  ni  attenante  à  un 
mur  d’enceinte;  mais  le  fait  de  son  existence  est  incontestable.  J’en  ai  déjà  parlé 
pages  10  et  11.  Raoul  de  Presles  (1380)  et  Corrozet  (1532)  attestent  qu’on  voyait 

'  Quelques  auteurs  prétendent  qu’il  faut  lire  :  rue  des  trsic,  vieux  mot  qui  signifie:  incendiés ; 
d’autres  :  des  Assis,  mot  tronqué  qui  veut  dire  Assyriens  ou  Juifs. 


PORTES  DE  PARIS.  —  flSAf*. 


277 


encore  de  leur  temps  un  débris  de  voûte,  un  jambage  nommé  Y  Archet-S. -Merry 
Peut-être  même  la  rue  des  Arcis,  qui  continue  celle  S.  Martin,  s’cst-elle  aussi 
appelée  rue  de  l’Archet ,  nom  altéré  par  la  suite. 

L’abbé  Suger  nous  apprend  dans  ses  écrits  que  cette  porte  de  Paris  fut  donnée, 
avec  ses  revenus,  par  Dagobert  à  l’abbaye  de  S.  Denis;  que  vers  1145  il  habi¬ 
tait  tout  auprès;  qu’en  1147  elle  produisait  cinquante  livres  de  revenus,  etc. 

De  la  Marre  (t.  I,  p.  72)  cite  un  Titre  du  Trésor  des  chartes,  daté  1263,  où  l’on 
parle  de  celte  porte,  au  sujet  d’une  maison  voisine  ayant  pour  enseigne  Le  Fléau. 
Félibien  (t.  III,  p.  25)  signale  un  acte  en  latin,  1273,  où  il  s’agit  d’un  terrain 
voisin  de  S.  Merry,  terrain  qui  s’étend  «  usque  ad  domum  Flairæ  de  Fossatis, 
quæ  quidem  domus  est  juxta  portain  et  ultra.  » 

Quelques  auteurs  pourraient  croire  avec  Mauperché  que  Y  archet  S.  Merry 
était  une  des  portes  du  cloître  du  même  nom  :  ce  serait  une  erreur,  puisque 
Suger  dit  :  porta parisiensis.  Ensuite,  la  Taille  de  1313  (édit.  Buchon,  p.  81  et  94) 
distingue  l’archet  S.  Merry  de  «l’entrée  du  cîoistrc  que  l’an  dit  la  Barre.  » 

Le  rimailleur  Guillot  cite  vers  1300  une  rue  de  la  Porte  S.  Mesry:  c’était  sans 
doute  une  portion  de  la  rue  S.  Martin  qui  avoisinait  cette  porte  de  ville  ou  celle 
de  l’église. 

Observons  que  le  nom  de  Saint-Merri  ou  Merry  (en  latin  Medericus)  date  du 
IXe  siècle.  Si  donc  cette  porte  fut  construite  sous  les  Romains,  elle  dut  porter  dans 
l’origine  un  nom  qui  ne  nous  est  point  parvenu.  11  est  à  regretter  que  ni  Suger, 
ni  Raoul  de  Presle,  ni  Corrozet  ne  nous  aient  laissé  aucun  renseignement  sur  le. 
style  de  sa  construction  :  nous  saurions  à  quel  siècle  l’attribuer. 

Dans  l’Histoire  latine  de  l’abbaye  S.  Martin,  la  première  charte  citée  est  datée 
1060.  Henri  Ier  y  dit  qu’avant  lui  on  avait  détruit  l’abbaye  consacrée  à  ce  Saint, 
et  qu’il  l’a  fait  reconstruire.  «  Porro  antè  Parisiacœ  vrbis  portam,  in  honore  Con- 
«  fessoris  Christi  Martini,  Abbatia  fuisse  dignoscebatur,  quam  tyrannicâ  rabie 
«  omninô  delelam,  ab  integro  ampîiorem  restitui.  » 

Quelle  était  cette  porte  de  Paris,  voisine  de  la  première  abbaye  S.  Martin?  ce 
ne  peut  être  celle  de  Ph.  Auguste,  bâtie  vers  1190.  Serait-ce  celle  située  près 
de  S.  Merry?  mais  alors  le  mot  antè  paraît  impropre,  car  si  l’on  admet  que 
l’abbaye  primitive  occupait  l’emplacement  de  celle  reconstruite  par  Henri  Ier,  elle 
s’éloignait  de  S.  Merry  d’au  moins  380  toises.  Ph.  Auguste  aurait-il  fait  bâtir 
sa  porte  S.  Martin  sur  les  ruines  d’une  autre  plus  ancienne?  ce  n’est  point  pro¬ 
bable,  par  les  raisons  exposées  page  15.  Au  reste,  l’authenticité  de  la  charte  de 
1060  pourrait  être  contestée,  comme  celle  de  tant  d’autres. 

1  Je  ne  sais  à  quelle  époque  ces  restes  de  voûte  ont  disparu;  mais  la  place  où  on  les  voyait  re¬ 
tint  longtemps  le  nom  d 'Archet-S. -Merry. 


278 


PORTES  DE  PARIS.  —  MAIS. 


Sauvai  (t.  III,  p.  65),  et,  après  lui,  Mauperché,  parlent  d’un  reste  de  terrasse¬ 
ment  qui  tenait  au  cloître  S.  Merry.  Faut-il  y  voir  le  vestige  d’un  rempart  atte¬ 
nant  à  la  porte  en  question  ?  c’est  inadmissible,  puisque  ce  ne  fut  guère  qu’au 
XVe  siècle  qu’on  fortifia  ainsi  les  villes.  Cette  butte  était  simplement  une  voirie , 
dont  la  rue  voisine,  dite  par  corruption  :  de  la  Verrerie ,  aura  pris  son  nom. 

Première  porte  S.  Martin.  —  Entre  1190  et  1200,  Ph.  Auguste  fit  bâtir,  rue 
S.  Martin,  un  peu  en  deçà  du  point  où  cette  rue  reçoit  celle  Garnier-S. -Lazare 
(voy.  pl.  VII,  fig.  4),  une  porte  de  ville  qui  prit,  du  monastère  peu  éloigné,  le 
nom  de  S.  Martin-des-Champs.  Elle  consistait,  sans  aucun  doute,  en  un  bâtiment 
flanqué  de  deux  tours  du  côté  de  la  campagne,  orné  peut-être  d’une  sculpture 
représentant  Saint  Martin.  Braun  la  figure  comme  une  sorte  de  bastide,  fortifiée 
dans  les  angles  de  tourelles  en  encorbellement.  Ou  cette  image  est  tracée  de  fan¬ 
taisie,  car  ce  style  d’architecture  ne  fut  usité  qu’à  la  fin  du  XIV9  siècle,  ou  il  faut 
supposer  que  la  porte  primitive  aurait  été  modifiée  ou  refaite. 

Je  ne  connais  aucun  détail  architectural  ou  historique  qui  la  concerne.  Toutes 
les  cérémonies  importantes  avaient  lieu  à  la  porte  voisine,  et,  passé  l’an  1370, 
elle  n’était  plus  qu’une  fausse-porle ,  la  bastide  de  Charles  V  étant  devenue  la  vé¬ 
ritable  entrée  de  la  capitale  par  la  rue  S.  Martin. 

Selon  Corrozet  [édit,  de  1532),  en  septembre  1530  «fust  abattue  la  vieille 
«  muraille  (de  Ph.  Auguste)  et  encores  void  on  les  premières  portes  qu’on  appelle 
«  faulces  portes  desquelles  celle  de  la  rue  S.  Martin  a  esté  depuis  peu  de  tems 
«  abhatue.  »  Le  même  auteur,  dans  son  édition  de  1561,  fol.  156,  s’exprime 
encore  plus  clairement  :  «  L’an  mil  cinq  cens  trente  fut  abatue  et  démolie  la 
«  faulse  porte  Sainct  Martin,  au  mois  de  septembre.  » 

Il  résulte  du  compte  suivant,  que  cette  porte  était  louée  sous  Charles  VI. —  «La 
«  vieille  Porte  S.  Martin  dedans  la  Ville,  estant  dedans  les  anciens  murs  d’icelle, 
<r  baillée  à  Jacques  Roussel,  Clerc  des  Comptes  du  Roy  nostre  Sire,  sa  vie  du- 
«  rant...  (moyennant  70  sols  parisis)...  parmi  ce  aussi,  qu’il  sera  tenu...  de 
«  soustenir  et  maintenir  ladicte  Porte  en  bon  et  suffisant  estât,  de  toutes  reffec- 
«  tions  et  réparations  quelconques...  excepté  de  grosse  maçonnerie  et  grosse 
«  charpenterie  que  ladicte  Ville  sera  tenue  de  soustenir  et  maintenir,  si  besoin 
«  est  ;  pourveu  aussi  que  se  la  Ville  estoit  au  temps  advenir  à  faire  de  ladicte  Porte 
«  pour  sa  luicion  etdeffense,  la  pourroit  reprendre»  (Bouquet,  p.  176). 

Seconde  porte  S.  Martin.  —  Sous  le  roi  Jean,  la  porte  S.  Martin  fut  reculée 
plus  loin  vers  le  nord,  ou  du  moins,  dès  cette  époque,  on  avait  ménagé,  sur  le 
fossé,  une  issue  destinée  à  être  munie  d’une  porte  fortifiée.  Ce  fut  Charles  V  qui 
la  fit  construire,  telle  que,  sauf  plusieurs  modifications,  elle  existait  encore  sous 
Louis  XIII.  Elle  était  située  près  de  l’angle  septentrional  de  la  rue  actuelle  Neuve- 


PORTES  DE  PARIS.  —  MR. 


279 


S.  Denis  ( voy .  la  pl.  IX),  et  on  la  nomma  :  la  Bastide  S.  Martin.  Alors  la  porte  de 
Ph.  Auguste  fut  appelée  la  première  ou  la  fausse  porte  S.  Martin. 

La  bastide  de  Charles  Y  ne  paraît  pas  avoir  joué  un  rôle  important  dans  l’his¬ 
toire  de  Paris.  En  temps  de  troubles  ou  de  guerre,  on  la  tenait  constamment 
fermée.  Selon  le  Journal  sous  Charles  VI,  p.  1,  elle  fut  murée  de  piastre  en  1408, 
remurée  encore  en  août  1413,  et  rouverte  le  16  sept,  de  la  même  année.  On 
lit  ( id p.  33)  qu’en  septembre  1417,  le  capitaine  de  cette  porte  se  nommait  «Je- 
hannin  Nepveu,  chauderonnier.  » 

En  1425  ( ibid . ,  p.  103),  les  habitants  de  la  rue  S.  Martin  la  réparèrent  à 
leurs  frais.  «  Après  Pasques  (1425),  pou  devant  la  S.  Jehan,  ceulx  de  l)a  rue 
«  S.  Martin  etdes  rues  d’entour  orent  congié  de  faire  ouvrir  la  Porte  S.  Martin  à 
«  leurs  coustz  et  despens,et  défaire  IcPont-leveys,  les  barrières,  brief  et  tout  ce 
«  que  à  fa  Porte  convenoitpour  lors  qui  moult  estoitendommaigiée  ;  car  l’Arche  du 
«  Pont  estoit rompue,  elles  murs  d’entour  de  touttes  parts  ettouttesles  barrières 
«  pouries,  ettouttesles  serrures  enrouillées...  Les  habitans  de  la  grant  rue  S.  Martin 
«  ytirentsigrantdiligenceetsibonnedeleurpeine  et  de  leur  argent,  que  onpovoit 
«  bien  dire  que  ils  avoient  le  cueur  à  l’euvre;  car  chacune  dixaine  à  son  tour  y 
«  alloit  et  portoient  pelles,  houes,  et  hottes  etpenniers,  et  emplirent  et  vuyde- 
«  rent  ce  qu’il  falloit  ainsi  faire,  et  tiroient  les  grans  pierres  desfossez  pesans  une 
«  queüe  de  vin  ou  plus,  et  avec  eulx  se  mettoient  Prestres  et  Clercs,  qui  de  leur 
«  aider  faisoienttoutteleur  puissance,  et  firent  par  bonne  diligence  tant  de  leurs 
«  corps  pener  de  bien  paier  ouvriers ,  qu’elle  fust  plustost  faitte  que  (chacun  y 
«  povait  passer  chevaulx  et  charrettes  sept  sepmaine,  que  le  commun  du  peuple 
«  ne  la  jugeoit,  etc.  » 

On  lit  (ibid.,  p.  107)  :  «En  Septembre  1426...,  la  Porte  S.  Martin  comme  devant 
«  avoit  esté  fermée  sans  murer,  et  demoura  fermée  jusques  au  septiesme  jour  de 
«  Décembre  ensuivant...  Là  furent  le  Prévost,  des  Marchans  et  les  Eschevins,  qui 
«  à  la  Porte  ouvrir  dirent  :  Entre  vous ,  Bourgeois  et  Mesnaigiers,  cette  Porte  soit 
«  ouverte  et  gardée  à  vos  périls.  »  Elle  fut  encore  fermée  en  août  1429,  et  rou¬ 
verte  le  12  juillet  1444  (ib.,  p.  199). 

Près  de  cette  porte,  du  côté  de  la  Bastille,  s’élevait,  à  la  fin  du  XVIe  siècle,  une 
haute  butte  ou  voirie  qui  dominait  le  rempart,  et  fut  convertie,  plus  tard,  en  bas¬ 
tion  à  deux  faces  (voyez  p.  191). 

Je  ne  connais  aucun  dessin  particulier  et  détaillé  de  la  bastide  S.  Martin.  Elle 
se  voit  en  élévation  sur  tous  les  anciens  plans,  mais  avec  des  différences  qui 
doivent  mettre  l’archéologue  dans  le  doute.  Le  plan  de  Braun,  et  la  grande 
gouache  de  la  Tapisserie,  la  figurent  comme  un  gros  bâtiment  carré,  formant  un 
vide  au  milieu,  avec  une  terrasse  qui  règne  au  sommet,  hors  du  côté  de  la  ville, 


280 


PORTES  DE  PARIS.  —  MA». 


* 


où  est  un  comble.  Ses  angles  sont  flanqués  de  tourelles;  le  pont-levis  est  suivi 
d’un  pont  dormant  de  deux  arches,  et  sur  chacune  des  quatre  piles  est  une  place, 
ou  terrasse,  en  hémicycle,  munie  d’un  parapet,  et  destinée  à  abriter  les  piétons 
contre  les  voitures.  L’extrémité  septentrionale  du  pont  dormant  est  fortifiée  d’une 
avant-porte  avec  herse  à  bascule,  redressée  horizontalement;,  une  sorte  de 
chaussée  comble  le  vide  de  l’arrière-fossé. 

Sur  le  plan  de  Du  Cerceau,  c’est  à  peu  près  la  même  disposition  ;  mais  la  façade 
extérieure  paraît  flanquée,  outre  les  deux  tours  d’encoignures,  d’une  tourelle  en 
encorbellement,  placée  au-dessus  de  la  baie;  et  de  plus,  on  remarque  une  grosse 
tour  qui  s’élève  dans  la  cour  du  bâtiment;  le  pont  dormant  a  aussi  deux  arches,  etc.; 
il  est  suivi  d’un  double  rang  de  maisons,  qui  traverse  sur  un  terre-plein  l’arrière- 
fossé,  et  l’on  ne  voit  plus  l’avant-porte.  Au  reste,  tous  ces  détails  sont  fort  vague¬ 
ment  indiqués. 

J’ai  tracé  (pl.  XIÏ,  fig.  8)  un  dessin  de  cette  porte,  d’après  le  plan  de  Mathieu 
Mérian,  1615,  en  y  ajoutant  quelques  détails,  d’après  celui  de  Braun,  tel  que  la 
herse  qui  la  précède. 

La  bastide  est  fortifiée  de  cinq  tourelles  à  cul-de-lampe,  dont  trois  de  front  sur 
la  façade  qui  regarde  le  fossé.  Sur  le  plan  de  Mérian,  on  voit  toujours  les  deux 
arches  avec  les  hémicycles,  mais  plus  d’avant-porte  ni  d’arrière-fossé,  ni  de 
rangs  de  maisons.  Du  côté  de  la  ville  est  un  gros  pavillon  à  toit  élevé,  qui  fut 
refait  en  1614,  comme  nous  le  verrons  plus  bas. 

Sur  une  estampe  du  même  Mérian,  en  deux  feuilles,  représentant  un  profil  de 
Paris  pris  du  nord  1 ,  la  façade  de  la  porte  S.  Martin  offre  quatre  tourelles  au  lieu 
de  trois  :  une  à  chaque  angle,  et  une  de  chaque  côté  de  la  baie.  Je  ne  sais  lequel 
des  deux  dessins  mérite  le  plus  de  confiance. 

Du  reste,  supposé  même  que  le  dessin  du  plan  de  Mérian  fût  exact,  nous  n’au¬ 
rions  pas  la  certitude  que  telle  ait  été  précisément  la  bastide  S.  Martin  du  temps 
de  Charles  Y.  Elle  a  pu,  en  effet,  depuis  1370,  avoir  été  agrandie,  ou  même  re¬ 
bâtie,  dans  un  style  à  peu  près  semblable  à  l’édifice  primitif.  Il  est  même  certain 
qu’elle  fut,  sinon  rebâtie,  du  moins  modifiée  du  côté  de  la  ville.  Sur  le  texte  daté 
1615,  et  annexé  à  la  première  édition  du  plan  de  Mérian,  on  lit  :  «  La  porte 
«  S.  Martin  a  esté  rebaslie  par  Messieurs  de  la  ville  en  l'armée  1614.  »  Le  mot 
rebastie  est  inexact,  puisque  son  plan  représente  l’ancienne  porte,  et  ne  doit  s’ap¬ 
pliquer  qu’à  la  portion  de  la  bastide  qui  regarde  la  ville.  Ce  pavillon  est  figuré 
sur  un  dessin  (dont  je  donne  une  copie  pl.  XII,  fig.  12),  tracé  d’après  nature 

1  Celte  vue  de  Paris  se  trouve  en  tête  de  YArchontologia  C  os  mica  (in-folio.  Franco furii  svmptibus 
Mathœi  Mariani,  1021  et  1049).  Elle  a  été  copiée  dans  la  Topographia  Galliœ,  in  folio,  éditée  en  1655 
par  Gaspard  Mérian,  parent  de  Mathieu. 


PORTES  DE  PARIS.  —  MAR.  —  MIC. 


281 


vers  1630,  par  François  Stella.  Le  dessin  original  setrouveaw  Cabinet  des  estampas. 
Il  est  exécuté  à  la  plume  et  au  bistre,  et  représente  l’ensemble,  pris  à  vol  d’oiseau, 
du  prieuré  S.  Martin-des-Champs.  J’en  ai  extrait  l’image  (ici  amplifiée)  de  la 
porte  S.  Martin,  vue  de  la  tour  qui  existe  encore  au  coin  de  la  rue  du  Yertbois, 
et  à  laquelle  est  adossée  une  fontaine.  C’est  un  pavillon  de  pierre  mêlée  de 
brique,  à  toit  très-élevé,  surmonté  d’un  campanile.  Je  n’ai  pu,  faute  d’espace, 
figurer  la  butte  voisine,  que  couronnent  quatre  moulins.  Sur  le  plan  de  Gomboust 
on  ne  voit  plus  que  ce  pavillon.  L’ancienne  bastide  de  Charles  V,  encore  debout 
en  1630,  et  que  masquait  ce  bâtiment  neuf,  n’existait  donc  plus  en  1652. 

Troisième  porte  S.  Martin.  —  Le  bâtiment  élevé  en  1614  fut  démoli  lui-même 
vers  1673,  époque  où  Pierre  Bullet  acheva  la  porte  S.  Martin  actuelle,  située  à 
environ  trente  toises  au  nord  de  l’ancienne.  La  Tynna  avance  qu’au  commence¬ 
ment  du  règne  de  Louis  XIII  on  construisit  la  porte  S.  Martin  où  est  maintenant 
l’arc  de  Bullet  :  c’est  une  erreur  que  réfute  l’examen  de  tous  les  plans  de  Paris  an¬ 
térieurs  à  1672.  La  porte  S.  Martin  moderne  a  été  plusieurs  fois  déjà  réparée; 
un  peu  après  1830,  on  en  a  refait  à  neuf  tout  l’entablement. 

Martin  (Fausse  porte  du  faubourg  Saint-).  Voyez  page  258. 

Merry  (Porte  ou  Archet  Saint-).  Voyez  page  276. 

MICHEL  (Porté  . S.). —  Bâtie  sous  Pli.  Auguste,  entre  1200  et  1212,  à  l’extré¬ 
mité  sud  de  la  rue  de  la  Harpe,  où  l’on  voit  une  fontaine  (  Voy .  pl.  II,  fig.  2), 
cette  porte  a  été  désignée  sous  plusieurs  noms,  dont  le  premier  est  Gibard  ou 
Gibert.  Dans  un  acte  de  1230,  cité  par  Du  Breul  (p.  51 5),  on  lit  «propè  portam  de 
Gibardo  » ,  et,  dans  des  lettres-patentes  de  1272  (Félibien,  t.  III,  p.  293)  :  portam 
Gibardi.  Un  acte  de  1281  (id.,  1. 1,  p.  cm)  mentionne  «  quatre  mesons...  en  la 
rue  si  corne  en  va  de  S.  Estienne  des  Grès  à  la  porte  Gibert  » .  La  Taille  de  Paris, 
en  1313,  l’appelle  Jubert ,  et  ailleurs  d’ Enfer. 

Ce  nom  de  Gibard  lui  vient,  selon  Sauvai,  «d’un  grand  terroir  qui  y  étoit  atta¬ 
ché  »  ;  mais  le  même  dit  ailleurs  (t.  I,  p.  134)  que  ce  nom  provient  d’un  moulin. 
Au  temps  même  où  elle  s’appelait  ainsi,  on  lui  donnait  encore  le  nom  ou  surnom 
de  Porte  de  Fer,  deFert ,  et  d' Enfer.  En  1246,  lit-on  dans  les  Recherches  de  Jail— 
lot,  elle  est  nommée,  dans  un  contrat  de  vente,  Hostium  (ou  plutôt  ostium)  Ferti, 
et  ailleurs  :  De  Ferto  ;  dans  un  acte  de  1271,  Ilostium  Ferri ;  dans  l’acte  de  fon¬ 
dation  du  Collège  d’Harcourt,  en  1311,  Porta  Inferni ;  de  même  dans  une  donation 
faite  de  cette  porte  aux  Jacobins  en  avril  1317  (Du  Breul,  p.  501);  des  lettres- 
patentes  de  1365  l’appellent  en  français  :  porte  d’ Enfer  (id.,  p.  503). 

De  ces  trois  noms  de  Fer,  de  Fert  et  d’ Enfer,  Jaillot  adopte  le  premier  comme 

36 


282 


PORTES  DE  PARIS.  —  MIC. 


le  plus  vraisemblable,  et  pense  qu'il  fut  donné  à  cette  porte  «  parce  qu’elle  étoit 
garnie  de  plaques  de  fer.  »  Notons  que  la  rue  actuelle  à’ Enfer  est  nommée  sur  le 
plan  de  Mathieu  Mérian,  et  sur  plusieurs  autres  du  XVIIe  siècle  :  Rue  de  Fer. 

Sauvai  (t.  I,  p.  36)  dit,  après  Du  Breul,  que  cette  porte  se  nomma  d’ Enfer,  «à 
«  cause  qu’elle  conduisoit  aux  ruines  du  Palais  de  Yauvert,  où  avant  que  les 
■  «  Chartreux  fussent  là  établis,  le  peuple  s’imaginoit  que  tous  les  Diables  d’Enfer 
«  y  revenoient  ».  Cette  tradition  populaire  est  un  des  mille  contes  superstitieux 
dont  nos  aïeux  aimaient  à  égayer  l’histoire  de  Paris.  Le  vieux  château  de  Vauvert 
(castellum  Vallis  viridis)  était  placé  au  fond  d’un  terrain  bas,  d’une  sorte  de  val. 
Sous  saint  Louis,  ses  ruines  isolées,  envahies  la  nuit  par  des  vagabonds,  pas¬ 
saient  pour  le  lieu  de  rendez-vous  de  diables  effroyables,  que  l’arrivée  des  Char¬ 
treux,  à  qui  ce  roi  en  fit  don,  eut  bientôt  mis  en  fuite.  Il  n’est  resté  d’autres  traces 
de  cette  fable  qu’une  locution  triviale,  usitée  à  Paris  surtout,  mais  altérée  :  Va-t’en 
au  Diable  Auvertl  locution  dont  ceux  qui  s’en  servent  ne  connaissent  guère  l’o¬ 
rigine. 

Cette  tradition,  tout  absurde  qu’elle  nous  semble,  a  fort  bien  pu,  au  temps  de 
saint  Louis,  avoir  assez  d’autorité  pour  imposer  un  nom  ou  plutôt  un  surnom  à 
une  porte  de  Paris.  Corrozet,  qui  aimait  beaucoup  les  origines  populaires  et  su¬ 
perstitieuses,  la  nomme  (fol.  128,  v.)«La  porte  d’Enfer  ou  Vauuert  que  Chaîn¬ 
es  VI  feit  nommer  Porte  Sainct  Michel.  » 

Quelques  historiens  ont  avancé  que  le  vrai  nom  de  la  rue  dite  d’Enfer  était  en 
latin  :  via  Inferna  ou  lnferior  (rue  Basse),  parce  que  son  sol  est  inférieur  à  celui 
de  la  rue  voisine  et  parallèle  du  faubourg  S.  Jacques,  qu’on  appelait  rue  Haute, 
via  Superior.  Ils  admettent,  dans  cette  hypothèse,  que  la  rue  a  communiqué  son 
nom  à  la  porte.  Mais  cette  opinion  est  peu  vraisemblable,  car  on  ne  lit  dans  au¬ 
cun  act e  Porta  Inferna ,  lnferior ,  ou,  en  français,  porte  Basse,  mais  bien  :  Porta 
Inferni,  ou  :  porte  d’ Enfer. 

Quant  au  nom  de  S.  Michel,  qu’elle  prit  deux  siècles  environ  après  sa  construc¬ 
tion,  son  étymologie  offre  peu  de  doutes.  Elle  s’appela  ainsi,  selon  Sauvai  (t.  I,  p.  36), 
depuis  l’époque  de  Charles VI, qui  la  fit  rebâtir  et  la  nomma:  S.  Michel  «non  seule¬ 
ment  parce  que  cet  Archange  avait  été  choisi  pour  Patron  du  Royaume,  mais  aussi 
à  cause  qu’une  de  ses  Filles  portoit  ce  nom  là,  qui  naquit  en  1394»  . 

Cette  naissance  eut  lieu  probablement  le  jour  de  la  fête  de  saint  Michel.  A  cette 
occasion,  on  féminisa  le  nom  de  ce  saint,  coutume  assez  bizarre,  mais  dont  on  a 
plus  d’un  exemple. 

André  Du  Chesne  (. Antiqvilez  des  villes  de  France,  1609,  p.  138)  dit  que  Char¬ 
les  VI  voulut  que  la  porte  d’Enfer  fût,  «  par  contrariété  (contraste)  appellée 
S.  Michel,  du  nom  de  ce  glorieux  Archange  qui  précipita  le  Chérubin  Apostat  (le 


PORTES  DE  PARIS.  —  ITIIC. 


283 


Diable)  dansl’abysme  de  l’Enfer.»  Du  reste,  il  fait  dériver  le  nouveau  nom  de  la 
porte,  de  celui  de  la  fille  du  roi,  nommée  Michelle,  née,  dit-il,  en  1401. 

Selon  quelques  auteurs,  ce  nom  provenait  du  pont  S.  Michel,  terminé  en  1387, 
qui  devait  lui-même  le  sien  à  la  chapelle  S.  Michel-du-Palais.  Cette  étymologie 
me  semble  moins  vraisemblable  que  l’autre,  adoptée  par  la  plupart  des  histo¬ 
riographes  parisiens. 

«  Je  ne  sai,  dit  Sauvai  (t.  I,  p.  36),  où  l’Auteur  de  la  vie  de  S.  Dominique  a  lu 
«  que  la  porte  S.  Michel  s’appelloit  la  Porte  de  Narbonne,  il  le  dit  sans  garant.  » 
Ce  collège,  fondé  en  1317,  était  situé  rue  de  la  Harpe,  à  environ  90  toises  de  la 
porte  ;  il  n’est  pas  impossible  qu’il  lui  ait,  du  moins  pendant  quelque  temps,  com¬ 
muniqué  ce  nouveau  nom. 

Je  dois  ici  réfuter  une  expression  de  Sauvai  citée  ci-dessus.  11  assure  que  Char¬ 
les  VI  fit  rebâtir  cette  porte  :  c’est  une  erreur.  Ce  roi  put  la  modifier,  y  ajouter 
un  pont-levis  et  la  munir  d’une  avant-porte  ;  mais  s’il  l’eût  reconstruite,  il  l’eût 
remplacée  sans  doute  par  une  bastide  dans  le  genre  de  celles  delà  rive  droite.  Or, 
cette  porte  avait  conservé  ses  deux  grosses  tours  rondes,  comme  l’attestent  les 
anciens  plans.  Il  faut  donc  admettre  qu’elle  garda,  jusqu’à  l’époque  de  sa  destruc¬ 
tion,  l’ensemble  de  sa  forme  primitive,  du  moins  du  côté  du  fossé. 

En  avril  1317,  comme  nous  l’avons  dit  plus  haut,  p.  281,  Philippe  le  Long  fit 
don  aux  Jacobins  de  celte  porte  et  de  ses  deux  tours. 

Corrozet  (folio  139)  raconte  qu’en  1436,  le  vendredi  d’après  Pâques,  le  conné¬ 
table  de  Richement  établit  son  camp  aux  Chartreux,  et  se  présenta  au  point  du 
jour  devant  la  porte  S.  Michel,  tandis  que  Michel  L’Allier  et  autres  «  esmeurentle 
«  populaire  contre  les  Anglois.  »  Le  Journal  de  Paris  sous  Charles  VI  et  VII  place 
le  même  fait  à  la  porteS.  Jacques,  ainsi  que  Corrozet  lui-même  dans  son  édit,  de 
1532  (voy.  page  269). 

En  1544,  dit  le  même  auteur  (fol.  161,  v-),  «  par  commandement  du  Roy  fu¬ 
rent  faicts  les  rampars  ès  portes....  S.  Michel,  S.  laques  et  autres  lieux.»  Je  ne 
sais  en  quoi  consistaient  ces  remparts;  peut-être  en  un  terrassement  formé  der¬ 
rière  le  gros  mur,  ou,  en  un  ravelin  ou  avant-porte.  Serait-ce  encore  des  buttes 
de  terre  en  forme  de  bastion,  dont  l’escarpement  du  sol  des  rues  Contrescarpe- 
S.  Marcel  et  S.  Hyacinthe  conserverait  un  souvenir? 

Je  n’ai  jamais  trouvé  de  plan  géométral  ni  en  élévation  de  la  porte  S.  Michel, 
et  il  faut  nous  contenter  du  témoignage  des  anciens  plans  de  Paris,  qui  la  repré¬ 
sentent  chacun  à  sa  manière.  On  voit,  sur  tous,  que  les  abords  du  pont  dormant, 
du  côté  de  la  contrescarpe,  étaient  envahis  par  des  habitations,  et  que  la  porte 
était  fortifiée  de  deux  tours.  Sous  Louis  XIV,  le  fossé  avait  été  comblé  en  partie, 
et  couvert  d’un  double  rang  de  maisons  jusqu’à  proximité  du  pont-levis. 


284 


PORTES  DE  PARIS.  —  MOïtf. 


La  porte  S.  Michel  fut  démolie  en  1684,  et  le  fossé  occupé  par  des  propriétés 
qui  formèrent  [le  côté  septentrional  des  rues  des  Francs-Bourgeois  et  S.  Hyacin¬ 
the.  Les  jardins  de  cette  dernière  rue,  que  j’ai  vus  très-souvent,  avant  le  'prolon¬ 
gement  de  la  rue  Soufïlot,  étaient  tous  plus  bas  que  la  rue  d’environ  deux  mè¬ 
tres,  ce  qui  prouve  que  le  fossé  ne  fut  jamais  tout  à  fait  comblé.  , 

A  l’extrémité  sud  de  la  rue  d’Enfer,  à  la  hauteur  de  la  rue  actuelle  de  la  Bourbe, 
près  de  la  pointe  formée  par  le  mur  des  Chartreux,  existait  une  barrière  à  côté 
d’un  petit  bâtiment.  Cette  barrière  est  marquée  sur  tous  les  plans  du  temps  de 
Louis  XY.  Je  ne  pense  pas  qu’elle  ait  remplacé  une  fausse  porte  du  faubourg 
S.  Michel,  puisque  nulle  part  on  n’en  cite  aucune. 

MONTMARTBE  (Portes).  —  La  première  porte  Montmartre,  bâtie  un  peu  avant 
1200,  était  située  rue  de  ce  nom  (voy.  pl.  VIII,  fig.  1),  entre  les  rues  actuelles  du 
Jour  et  J. -J.  Rousseau.  «On  voit  encore,  dit  La  Tynna,  en  1816,  que  la  porte  de 
la  maison  n°  32  a  été  construite  des  débris  de  cette  ancienne  porte.  »  Je  ne  sais 
trop,  je  l’avoue,  à  quoi  il  a  pu  reconnaître  positivement  ces  débris.  J’ai  seulement, 
en  1840,  dans  la  cour  de  ce  n°  32,  remarqué  des  constructions  formées  avec  les 
pierres  de  revêtement  du  vieux  mur.  Je  crois  avoir  lu  que  cette  maison  portait 
autrefois  une  inscription  constatant  la  place  où  était  la  porte  de  Ph.  Auguste. 

Elle  s’appela  aussi  Porte  S.  Eustache,  à  cause  de  sa  proximité  de  l’église  de  ce 
nom  ;  mais  ce  ne  put  être  qu’après  1223,  époque  où  l’ancienne  chapelle  Sainte- 
Agnès  fut  reconstruite  et  dédiée  à  S.  Huistace,  Eustace  ou  Eustache,  comme  nous 
écrivons.  Un  acte  de  1293  (Félibien,  t.  III,  p.  205)  la  nomme  Portam  Montis 
martyrum.  A-t-elle  été  désignée  quelquefois  sous  le  nom  de  porte  Nicolas  Arrode, 
prévôt  de  Paris,  dont  l’hôtel  était  situé  près  de  la  Pointe-S.  Eustache?  Il  est  à 
croire  que  ce  surnom  appartint  exclusivement  à  la  poterne  dite  :  Au-Comte  ou 
A-la-Comtesse  d’Artois,  comme  l’atteste  la  Taille  de  1313  (id.,  t.  Y,  p.  618). 

Cette  porte  de  l’enceinte  de  Pb.  Auguste  fut  abattue  vraisemblablement  sous 
François  Ier  ou  un  peu  plus  tard.  Un  compte  de  l’an  1569,  que  cite  Bouquet 
[Mémoire,  p.  227),  mentionne  encore  la  faulce  porte  cle  Montmartre  ;  mais  peut- 
être  veut-on  parler  seulement  de  l’endroit  où  elle  était  placée.  Braun  la  représente 
vers  1530  comme  une  bastide  carrée  flanquée  aux  angles,  vers  le  sommet,  d’é- 
chauguettes  ou  tourelles  en  encorbellement.  A  coup  sûr  ce  n’était  point  là  le 
style  des  portes  du  XIIIe  siècle;  elle  est  tracée  de  fantaisie,  ou,  il  faut  supposer 
qu’elle  a  été  reconstruite  depuis  Ph.  Auguste,  ce  qui  est  peu  probable. 

Seconde  porte  Montmartre. — Quand  Charles  Y  recula  au  nord  le  mur  d’enceinte 
de  Paris,  jusqu’aux  fossés  creusés  en  1356,  il  construisit  une  nouvelle  porte  ou 
Bastide  Montmartre,  à  la  hauteur  de  la  rue  actuelle  des  Fossés-Montmartre  [voy. 


PORTES  DE  PARIS.  —  MOV. 


285 


pl.  IX).  Voici  un  passage  de  La  Tynna  relatif  à  cette  seconde  porte  :  <r  La  porte  de 
«  Ph.  Auguste  fut  démolie  et  reconstruite,  plus  loin  dans  la  même  rue,  vers  l’an 
«  1380,  sous  le  règne  de  Charles  V  ou  au  commencement  de  celui  de  Charles  VI, 
«  à  seize  pieds  sud  des  coins  méridionaux  des  rues  des  Fossés-Montmartre  et 
«  Neuve-S.-Eustache,  en  face  des  numéros  actuels  92  et  35  (1816);  on  l’y  dé- 
«  couvrit  en  juillet  1812,  en  travaillant  à  la  galerie  souterraine  pour  la  conduite 
«  du  canal  de  l’Ourcq.  Les  fossés,  souvent  remplis  d'eau ,  de  trente  pieds  de  large 
«  au  moins,  étaient  en  face  des  deux  susdites  rues;  deux  arcades  en  forme  de 
«  ponts,  avec  une  pile  au  milieu,  étaient  jetées  sur  les  fossés,  et  un  pont-levis 
«  entre  ces  deux  arcades.  Le  mur  d’enceinte  ou  1  les  remparts  passaient  entre  la 
«  rue  des  Fossés-Montmartre  et  le  cul-de-sac  S.  Claude,  dont  le  premier  nom 
«  était  rue  du  Rempart.  (Note  prise  par  nous  entre  les  deux  arcades,  le  5  juillet 
«  1812).  » 

Cette  note  de  visu  est  sans  contredit  curieuse,  mais  manque  d’exactitude  sur 
plusieurs  points.  L’auteur  suppose  que  Charles  V,  en  même  temps  qu’il  con¬ 
struisit  cette  porte,  abattit  l’ancienne  :  c’est  une  erreur;  du  moins  aucun  histo¬ 
rien  ne  le  dit,  et  Corrozet  fait  entendre  que  toutes  les  vieilles  portes  de  Ph.  Au¬ 
guste  ne  furent  démolies  que  de  son  temps,  sous  François  Ier.  Les  mots  fossés 
souvent  remplis  d'eau  paraissent  bien  hasardés,  à  moins  d’admettre  que  des  écluses 
retinssent  les  eaux  descendant  de  Montmartre,  en  temps  d’averse.  Les  deux  ar¬ 
cades  dont  il  parle  étaient  jetées  sur  le  premier  fossé,  lequel  avait  certainement 
plus  de  trente  pieds  de  largeur.  Ensuite  ces  restes  n’étaient  peut-être  pas  ceux 
delà  bastide  de  Charles  V,  qui  avait  été  rebâtie,  c’est  fort  probable,  depuis  ce  roi, 
comme  je  le  dirai  plus  loin.  Le  pont-levis  touchant  à  la  porte  ne  pouvait  être  placé 
entre  deux  arcades. 

En  1408,  la  porte  Montmartre  fut  «  murée  de  piastre  »  ( Journal  sous  Charles  VI, 
p.  1).  —  En  1425  ( id .,  p.  105)  «  fut  ouuerte  la  porte  Montmartre  au  moys  de 
«  septembre,  et  au  moys  d’octobre  fut  faict  le  pont-leveis.  »  Il  en  résulte  qu’il 
n’y  eut  devant  cette  porte,  jusqu’à  cette  époque,  qu’un  simple  pont  de  pierre. 
Elle  dut  être  encore  murée  depuis  1425,  puisqu’il  est  dit  {id.,  p.  199)  qu’elle  fut 
ouuerte  en  octobre  1444. 

En  1608,  les  Arbalétriers  de  la  Ville  possédaient  «une  maison,  jardin  et  allées, 
le  long  des  fossés  et  murs,  près  de  la  porte  de  Montmartre  «(Bouquet,  p.  219). 
Cette  même  année,  Raphaël  Salvesti,  maistre  des  Jeux  de  Pail— Mail,  avait  une 
maison  bâtie  près  de  cette  porte  «entre  le  pont  et  la  harce »  ( ibid .).  Salvesti, 
comme  nous  l’avons  vu  page  163,  avait,  depuis  1597,  établi  deux  jeux  de  Pail— 

'  Il  y  a  où  dans  le  texte  de  La  Tynna  :  il  faut  lire  ou  pour  que  la  phrase  ait  un  sens. 


286 


PORTES  DE  PARIS.  —  KIOK. 


Mail,  situés  à  droite  et  à  gauche  de  la  porte  Montmartre  :  il  se  trouvait  ainsi  placé 
au  milieu  de  ses  établissements. 

En  1613  [id.,  p.  252),  on  cite  la  clôture  de  la  Herse  de  la  porte  Montmartre. 
Cette  clôture  consistait  sans  doute  en  un  ravelin  muni  d’une  herse,  sorte  d’avant- 
porte  qu’on  voit  figurer  sur  la  plupart  des  anciens  plans. 

1618,  2  octobre.  — Bail  d’une  place  «proche  et  hors  la  porte  Montmartre... 

«  à  la  charge  de  démolir  les  petits  murs  en  équerre  qui  sont  de  présent  au-devant 
«  du  susdit  lieu,  pour  accroître  le  chemin  et  sortir,  faire  un  plancher  fort  et 
«  suffisant,  entretenir  icelui  jusqu’à  ce  qu’on  fasse  la  construction  de  l’Egout  et 
«  Pont  deladitte  porte,  comme  aussi  de  faire  une  barrière  à  l’endroit  du  côté  qui 
«  sera  vers  la  Ville,  en  facilitant  le  changement  de  YEsmjer'  qui  est  près  de  laditte 
«  porte  »  ( ibid .). 

Le  pont  fut  donc  refait  vers  1618,  et,  à  cette  époque,  on  abattit  le  ravelin  (ou 
petits  murs  en  équerre)  qui  protégeait  l’entrée  du  pont.  C’est  un  reste  de  ce  pont 
reconstruit  que  La  Tynna  a  reconnu  en  1812,  ainsi  queRamond  du  Poujet  qui 
en  parle  également  dans  sa  Notice  sur  les  enceintes. 

La  seconde  porte  Montmartre,  après  avoir  subi  plusieurs  modifications  succes¬ 
sives,  et  avoir  été  peut-être  reconstruite,  fut  démolie  en  1634,  selon  un  auteur 
contemporain  que  je  citerai  plus  loin.  Cependant  on  lit  dans  un  Procès-verbal  du 
16  avril  1636  (Félibien,  t.  IV,  p.  128),  que  la  chaussée  du  faubourg  Mont¬ 
martre  était  pleine  d’immondices  «  depuis  et  proche  la  vieille  porte,  jusques  à  la 
nouvelle  porte  dudit  faulxbourg.  »  Par  ces  mots  vieille  porte,  voudrait-on  désigner 
seulement  l’endroit  où  elle  se  trouvait? 

Au  XVIe  siècle,  à  en  juger  d’après  les  anciens  plans,  la  porte  Montmartre  de 
Charles  V  ressemblait,  non  à  une  bastide,  mais  à  un  simple  pavillon  à  toit  élevé, 
flanqué,  sur  chaqueprofil,  d’un  petitbâtiment  en  appendice  sans  aucun  caractère,  et 
précédé,  du  côté  de  la  campagne,  d’une  avant-porte  munie  d’une  herse  à  bascule. 
La  simplicité  de  cette  construction  me  donne  à  croire  qu’elle  aura  été  refaite  sur 
ses  anciens  fondements,  peut-être  sous  François  Ier,  quoique  je  n’en  puisse  fournir 
la  preuve.  Sur  le  plan  de  Mérian,  on  ne  voit  plus  de  petits  bâtiments  sur  les  côtés, 
et  l’avant-porte  a  disparu,  mais  elle  paraît  flanquée  dans  un  angle,  du  côté  de  la 
ville,  d’une  tour  ronde,  qui  est,  je  suppose,  un  reste  de  la  bastide  primitive. 

J’ai  reproduit  (pl.  XII,  fig.  6)  une  portion,  réduite  au  tiers,  d’un  dessin  à  vol 
d’oiseau  et  d’un  genre  bizarre.  On  le  voit  aux  Archives  (IIIe  cl.,  n°  48).  Il  a  été 
tracé  en  1567,  et  représente  la  Figure  du  cloz  S.  Fiacre.  Les  inscriptions  sont 
encore  en  caractères  gothiques.  On  y  voit  la  porte  Montmartre  du  côté  de  la  ville. 


l'ignore  cc  que  veut  dire  le  mot  Esuyer:  il  a  probablement  été  mal  lu. 


PORTES  DE  PARIS.  —  lOI. 


287 


C’est  une  simple  maison,  percée  d’une  grande  baie  cintrée,  encadrée  d’une  chaîne 
de  pierres,  avec  trois  petites  fenêtres.  Le  toit  peu  élevé  est  surmonté  de  deux 
cheminées.  Ce  n’est  certainement  pas  là  la  bastide  de  Charles  Y. 

La  fig.  10  est  tracée  d’après  les  plans  de  Braun  et  de  Du  Cerceau.  Sur  la  pile 
du  pont,  entre  les  deux  arches,  est  une  place,  ou  une  sorte  de  terrasse  carrée, 
formant  un  abri  pour  garantir  les  piétons.  La  herse ,  ou  avant-porte,  est  indiquée 
sur  ces  deux  plans.  J’ai  ajouté,  d’après  Mathieu  Mérian,  la  tour  qui  flanque  un 
des  angles,  du  côté  de  la  ville. 

Sur  un  plan  en  huit  feuilles,  gravé  sur  bois,  vers  1601  (voir  mes  Etudes  sur 
les  plans,  p.  74),  est  placée,  à  l’extérieur,  au-dessus  de  la  baie  de  la  porte,  une 
statue  qui  représente  je  ne  sais  quel  saint,  ou  quel  personnage. 

Troisième  porte  Montmartre.  —  Vers  1635,  on  bâtit  plus  loin,  vers  le  nord, 
une  nouvelle  porte  Montmartre  attenante  à  la  courtine  de  l’enceinte  bastionnée. 

Selon  LaTynna,la  porte  décrite  précédemment  «  fut  abattue  en  1633,  et  l’on  en 
«  construisit  une  autre,  quelques  années  après,  vers  la  fin  du  règne  de  Louis  XIII, 
«  rue  Montmartre,  entre  la  fontaine  et  la  rue  des  Jeûneurs  ‘,  presqu’en  face  de  la 
«  rue  Neuve-S.-Marc;  elle  fut  détruite  vers  l’an  1700.  En  mai  1812,  on  décou- 
«  vrit  les  fondations  de  cette  dernière  porte,  en  face  des  nos  162  et  153  de  cette 
«  rue. » 

Sur  la  copie  réduite  que  je  donne  (pl.  XII,  fig.  1 1)  d’un  pian  géométral,  levé  en 
1652,  on  voit  parfaitement  sa  position.  Elle  était  placée  dans  la  courtine  du 
rempart  de  la  quatrième  enceinte,  près  de  l’endroit  où  commençait  le  flanc  du 
bastion  5  (voy.  pl.  X,  fig.  3).  On  voit  qu’elle  consistait  en  un  bâtiment  carré. 
Le  plan  n’indique  ni  le  pont-levis  ni  le  pont  dormant.  Ce  dernier,  composé  de  plu¬ 
sieurs  arches,  n’était  pas  en  ligne  droite ,  mais  décrivait  une  légère  courbe 
vers  le  nord-est,  comme  l’atteste  le  plan  de  Gomboust. 

Je  ne  connais  aucun  dessin  détaillé,  et  en  élévation,  de  cette  troisième  porte 
Montmartre,  qui  eut  une  existence  bien  éphémère.  On  lit  dans  le  Suppléai,  aux 
Antiqvitez  de  DuBreul,  1639,  p.  71,  qu’en  16342  «  la  vieille  porte  deMontmartre 
«  fut  abbatuë,  et  vne  autre  bastie  à  la  portée  d’vn  mousquet  au  delà,  fort  belle, 
«  grande,  de  pierre  de  taille  en  forme  de  grand  pauillon,  couuert  d’ardoise.  » 

Le  Maire  (t.  III,  p.  487)  dit  seulement  :  «  elle  est  bastie  de  la  mesme  maniéré 
que  la  porte  S.  Honoré  »  (celle  construite,  à  la  même  époque,  par  Pidoux  et  que 
j’ai  décrite,  p.  267). 

• 1  Ou  plutôt  :  des  Jeux-Neufs,  à  cause  de  deux  eux  de  boules  voisins  du  rempart. 

*  La  Tynna  dit  1633:  c’est  une  erreur.  Cette  porte  existait  peut-être  même  encore  en  1636,  selon 
un  acte  de  cette  année,  cité  plus  haut  (p.  286,  ligne  19).  Sur  un  plan  de  Tavernier,  qu’accompagne 
un  texte  daté  1633,  on  la  voit  encore  figurer. 


288 


PORTES  DE  PARIS.  —  MOX.  —  .VES. 


Lorsque,  vers  1670,  on  projeta  la  ligne  actuelle  des  boulevards,  la  porte  Mont¬ 
martre  de  Louis  XIII  fut  regardée  comme  inutile.  On  la  démolit  en  1684,  selon 
l’éditeur  de  Sauvai;  selon  d’autres,  vers  1700. 

Montorgueil  (Porte).  Voyez  Comte-d’Artois,  S.  Denis  et  Poissonnière. 

Narbonne  (Porte  de).  Voyez  Saint-Michel. 

NESLE  (Porte  de)  .  —  J’ai  parlé  au  long,  à  la  page  37,  de  la  Tour  Philippe  llame- 
lin,  dite  depuis  :  de  Neelle  ou  de  Nesle.  Cette  tour  fut  bâtie  vers  1200,  mais  il  est 
douteux  que  la  porte  voisine  ait  été  ouverte  du  temps  de  Ph.  Auguste,  car  il  n'y 
avait  pas  alors  de  quai,  et  d’ailleurs  il  est  vraisemblable  que  ce  roi  l’eût  fait  établir 
directement  dans  le  gros  mur,  et  non  avec  la  disposition  qu’on  lui  voit  sur  le 
plan  de  Le  Vau,  reproduit  planche  I,  fig.  1. 

En  1292,  il  existait  déjà  une  issue  de  ce  côté  de  Paris,  puisque  la  Taille  de 
cette  année,  publiée  par  Géraud,  cite  une  poterne  de  Philippe  Hamelin.  Ce  mot 
poterne  semble  indiquer  une  porte  de  second  ordre,  qui  aura  été  remplacée  plus 
tard  par  un  édifice  plus  important. 

L’hôtel  de  Nesle  fut  édifié  vers  la  fin  du  XIIIe  siècle  par  Amaury  de  Nesle,  qui 
le  céda  en  nov.  1308  à  Philippe  le  Bel.  En  1347  il  appartenait  à  la  reine  Jeanne, 
et  il  passa  en  1380  au  duc  de  Berry,  fils  du  roi  Jean  et  oncle  de  Charles  V.  Ce 
prince  le  fit  agrandir  ou  même  reconstruire,  et  le  possédait  encore  en  1412.  C’est 
peut-être  Philippe  le  Bel  qui  fit  bâtir  la  porte  qui  nous  occupe.  Les  deux  tours 
élevées  qui  la  fortifiaient  peuvent  être  sans  invraisemblance  attribuées  à  cette 
époque.  Quand,  sous  le  roi  Jean,  on  creusa  un  fossé,  alors  on  y  ajouta  un  pont  de 
bois  ou  de  pierre,  et  plus  tard,  un  pont-levis. 

Au  temps  où  le  duc  de  Berry  possédait  l’hôtel  de  Nesle,  la  porte  n’était  peut- 
être  pas  publique,  mais  servait  seulement  à  faire  communiquer  cet  hôtel  avec  le 
Petit  séjour  de  Nesle ,  situé  au  delà  du  fossé.  Ce  prince  a  fort  bien  pu  disposer  de 
la  porte,  comme  il  disposait  du  mur,  sur  lequel  il  appuya  une  partie  de  son  pa¬ 
lais,  et  qu’il  renforça  de  six  arcades  marquées  sur  ma  planche  I. 

J’admettrai  donc  que  la  poterne  de  Philippe  Hamelin  fut  reconstruite  au  com¬ 
mencement  du  XIVe  siècle  pour  la  commodité  du  propriétaire  de  l’hôtel  de  Nesle, 
et  ne  devint  que  plus  lard  une  des  portes  de  la  ville.  Ce  n’est,  après  tout,  qu’une 
hypothèse  :  mais  l’histoire  de  l’origine  de  celte  porte  est  assez  obscure  pour  qu’il 
soit  permis  d’y  recourir. 

Je  ne  vois  pas  que  la  porte  de  Nesle  ait  jamais  joué  un  rôle  important  dans 
l’histoire  ;  dans  les  temps  de  troubles  civils  ou  de  guerre,  on  la  tenait  fermée  et  on 
la  murait.  L’hôtel  du  même  nom  serait  lui-même  peu  connu  si  l’on  n’y  avait 


PORTES  DE  PARIS.  —  NES. 


289 


rattaché,  à  tort  ou  à  raison,  le  récit  des  orgies  de  la  reine  Jeanne  de  Bourgogne. 
Ce  fut  en  cet  hôtel,  selon  Du  Haillan,  que  le  duc  de  Berry  invita  à  un  splendide 
festin  les  ducs  d’Orléans  et  de  Bourgogne  pour  les  réconcilier,  mais  sans  y  réussir. 

«  Le  29  mai  1422,  dit  Corrozet  (éd.  1532,  fol.  44),  on  ioua  deuant  le  Roy 
«  d’Angleterre  et  la  Royne  (ïsabeau  de  Bavière)  le  mystère  de  la  passion  S.  Georges 
«  en  l’hostel  de  Nelle.  »  Le  même  nous  apprend  (1561,  fol.  174),  qu’en  1550 
«  fut  ouuerle  la  porte  de  VHostel  de  Nesle  ',  pour  passer  du  costé  des  Augustins 
«  vers  S.  Germain  des  prez  :  et  pour  ce  faire  fut  faict  de  neuf  vn  pont  de  bois 
«  trauersant  par  dessus  les  fossez  dudit  liostel  :  depuis  lequel  on  a  faict  vn  quav 
«  et  chaussée  de  pierre  de  taille  au  long  de  la  riuière.  » 

Cette  porte  avait  été  murée  depuis  le  mois  de  février  1525,  époque  de  la  cap¬ 
tivité  de  François  Ier.  Félibien  (t.  Y,  p.  378)  cite  des  lettres-patentes  du  13 
avril  1550  qui  en  ordonnent  l’ouverture.  «  Le  faubourg  S.  Germain,  y  est-il  dit, 
«  avoit  esté  ruiné  par  les  guerres  et  réduit  en  terres  labourables.  » 

Sur  le  plan  de  Braun,  dont  le  dessin  remonte  à  1530,  on  ne  voit  pas  de  pont 
devant  la  porte  de  Nesle,  mais  seulement  les  vestiges  de  trois  piles  de  pierre.  Le 
pont  de  bois  dont  parle  Corrozet  fut,  depuis,  rebâti  en  pierres  2,  ainsi  qu'on  le 
voit  figurer  sur  les  eaux-fortes  de  Callot,  Siivestre  et  La  Belle. 

Quand,  en  1550,  on  rouvrit  cette  porte  «  furent  dressées  en  l’hostel  de  Nesle, 
«  dit  le  même  auteur,  plusieurs  forges,  ou  furent  forgées  les  pièces  de  deux  sols 
«  six  deniers.  »  11  est  à  noter  que  c’est  sur  une  partie  du  même  emplacement 
qu  est  situé  aujourd’hui  notre  hôtel  des  Monnaies. 

Le  25  mai  1571,  Charles  IX  refusa  au  duc  de  Nevers  la  jouissance  des  «tour 
.  «  de  Nesle,  porte,  fossé,  arrière-fossé  et  bordage,  voulant  S.  M.  qu’ils  soient 
«  délaissez  au  prevost  des  Marchands»  (Félibien,  t.  Y,p.  818).— Le  7  sept.  1575 
(  ibid .,  p.  3),  on  vendit  «  les  places  du  grand  et  petit  Nesle.  » 

La  porte  de  Nesle  fut  abattue  postérieurement  à  la  tour  du  même  nom.  Elle 
n’existait  plus  en  1676,  si  l’on  s’en  rapporte  au  pjan  de  Bullet,  qui  représente  le 
collège  Mazarin  comme  terminé.  C’est  peut-être  de  la  part  de  Bullet  une  antici¬ 
pation,  car  l’éditeur  de  Sauvai  assure  que  la  porte  de  Nesle  ne  fut  démolie  qu’en 
1684.  Brice  (édit,  de  1684,  t.  I,  p.  8)  dit  «la  porte  de  Nesle,  qui  a  esté  abatuë  il 
«  ii  y  a  pas  long -temps.  » 

D'après  le  plan  manuscrit  de  Louis  Le  Vau,  qui  a  construit  l’Institut  (voy.  pi.  I), 
on  peut  se  faire  une  idée  exacte  de  la  place  qu'occupaient  la  porte  et  le  pont, 

’  Cette  expression  semble  attester  que  cette  porte  était  moins  une  porte  de  ville  qu’une  dépen¬ 
dance  de  l’hôtel  contigu,  comme  était  la  poterne  au  Comte-d’Artois. 

1  Ce  pont  paraît  être  de  pierre  sur  les  plans  de  Du  Cerceau  et  de  Belleforest;  de  bois  sur  celui  dts 
Mérian  (1615).  Tavernier,  sur  sa  copie  de  ce  dernier  plan,  a  corrigé  cette  erreur. 


37 


290 


PORTES  DE  PARIS.  —  NES. 


par  rapport  aux  bâtiments  actuels  de  l’Institut.  Ce  plan  n’a  pas  besoin  d’explica¬ 
tion.  La  porte,  fortifiée  de  deux  tours  rondes,  ressemble  beaucoup  à  celles  bâties 
sous  Ph.  Auguste.  Cependant  il  est  probable,  comme  je  l’ai  dit  ci-dessus,  qu’elle 
fut  établie  plus  tard,  en  dehors  de  la  direction  générale  du  gros  mur,  quand  on 
bâtit  ou  rebâtit  l’hôtel  de  Nesle.  Toutes  les  autres  portes  de  Ph.  Auguste  étaient 
directement  attenantes  au  mur  d’enceinte  ;  celle-ci  seule  eût  donc  fait  exception, 
si  on  la  suppose  contemporaine  de  ce  roi. 

Je  n’ai  jamais  lu  qu’on  eût  en  aucun  temps  ajouté  une  avant-porte  ou  tout 
autre  genre  de  fortification  à  la  porte  de  Nesle;  du  moins  aucun  plan,  aucun 
dessin  n’en  présente  la  moindre  trace. 

La  vue  en  élévation  de  cette  porte  se  retrouve  sur  un  grand  nombre  de  ta¬ 
bleaux  ou  d’estampes.  Tous  les  amateurs  connaissent  les  deux  eaux-fortes  de 
Callot.  Israël  Silvestre  ainsi  que  La  Belle  l’ont  plusieurs  fois  dessinée,  du  côté  de 
la  ville  ou  du  fossé. 

Notons  d’abord  que  toutes  les  vues  qui  en  offrent  l’image  du  côté  de  la  ville 
nous  apprennent  peu  de  chose,  puisque  la  porte  est  masquée  par  un  groupe  de 
masures,  et  qu’on  n’en  aperçoit  guère  que  le  comble. 

Du  côté  du  fossé  on  peut  s’èn  faire  une  idée  exacte.  Je  signalerai  d’abord  le 
grand  dessin  de  Louis  Le  Yau  que  l’on  voit  aux  Archives,  et  que  j’ai  reproduit, 
réduit  au  tiers,  sur  ma  planche  XII,  fig.  3,  avec  les  inscriptions.  Je  n’affirmerais 
pas  que  les  proportions  de  ce  dessin  géométral  fussent  très-exactes,  car  il  n’y  a 
point  d’échelle  *.  Il  est  probable  pourtant  qu’il  fut  dressé  d’après  des  mesures 
plus  ou  moins ‘précises. 

11  est  hors  de  doute  pour  les  archéologues  que  les  grandes  fenêtres  carrées  de 
la  porte  et  des  tours  à  trois  étages  auront  été  refaites  à  une  époque  assez  moderne. 
Il  est  évident  aussi  que  la  baie  d’entrée,  en  forme  d’arc  un  peu  surbaissé,  a  été 
restaurée  vers  le  temps  de  Louis  XI,  ou  même  postérieurement,  peut-être  à  l’é¬ 
poque  où  l’on  sculpta,  au-dessous  de  la  lucarne  du  toit,  les  armes  de  France  et 
de  Navarre. 

Un  des  plus  fidèles  portraits  de  la  porte  de  Nesle  et  de  son  voisinage,  celui  qui 
ressemble  le  mieux  au  dessin  de  Le  Yau,  c’est  la  vue  lointaine  qu’en  offre 
le  grand  profil  de  Paris,  gravé  par  Israël  Silvestre  en  1650,  cité  ci-après  à  pro¬ 
pos  de  la  Porte-Neuve.  L’eau-forte  de  Callot  la  représente  vers  1630,  avec  des 
détails  et  des  proportions  qui  dénotent  la  licence,  le  caprice  de  l’artiste.  Callot, 
comme  Silvestre,  visait  avant  tout  à  l'effet,  auquel  il  sacrifiait  volontiers  l’exac- 

’  L’omission  de  cette  échelle  n’est  pas  trop  à  regretter,  car  celles  tracées  sur  les  autres  plans  géo- 
métraux  du  même  sont  loin  d’avoir  entre  elles  une  concordance  parfaite.  Les  architectes  de  ce 
temps  n’attachaient  pas  d’importance  à  la  précision. 


PORTES  DE  PARIS.  —  K  EU. 


291 


titude  des  lignes.  On  y  distingue,  placé  au  haut  de  l’édifice,  sous  la  grande  lu¬ 
carne,  un  blason  soutenu  par  deux  figures  allégoriques  debout. 

Je  citerai  encore  deux  vues  assez  remarquables  :  l’une  est  une  petite  eau-forte 
d’Isr.  Silvestre,  assez  commune.  On  y  voit  la  porte  de  Nesle  prise  du  chemin  de 
contrescarpe,  dit  aujourd’hui  :  rue  Mazarine.  La  porte  s’y  présente  de  trois  quarts, 
et,  au  delà  delà  Seine,  apparaît  le  vieux  Louvre.  Le  pont  est  de  pierre,  à  quatre 
arches.  Au  sud  de  la  porte  se  rattache  le  mur  d’enceinte,  auquel  sont  adossées 
quatre  arcades  délabrées.  Les  talus  du  fossé  paraissent  en  fort  mauvais  état,  et 
n’offrent  aucune  trace  de  revêtement.  Je  pense,  au  reste,  que  le  tout  est  un  peu 
arrangé  pour  produire  un  effet  de  ruines. 

Ce  même  point  de  vue  a  été  gravé,  plus  en  grand,  par  Perelle,  d’après  un 
autre  dessin  de  Silvestre;  on  y  remarque  des  différences:  ainsi,  le  gros  mur,  en 
ruines  et  crénelé,  est  flanqué  de  cinq  arcades,  une  de  moins  que  sur  le  dessin 
de  Le  Vau.  Au-dessus  de  la  baie  sont  indiquées  les  armes  de  France.  Le  pont  de 
pierre  a  cinq  arches:  ce  nombre  est  peut-être  exagéré. 

La  première  de  ces  deux  estampes  a  servi,  je  crois,  de  modèle  pour  un  fond 
de  décors  de  l’opéra  du  Pré-aux-Clercs.  Je  me  dispenserai  de  citer  beaucoup 
d'autres  vues,  peintes  ou  gravées,  de  cette  porte,  parce  que  la  plus  digne  de 
confiance  est,  à  mon  avis,  le  dessin  de  Le  Vau,  reproduit  pl.  X1L 

NEUVE  (Porte).  —  Cefte  porte  ou  poterne  1  était  située  sur  le  quai  actuel  du 
Louvre,  dans  l’axe  de  la  ligne  prolongée  de  la  rue  S.  Nicaise,  près  et  au  sud  de  la 
Tour  de  bois,  qui  prit  de  son  voisinage  le  nom  de  Tour  Neuve ,  quoiqu’elle  fût  déjà 
ancienne  de  près  de  deux  siècles.  «  La  porte  Neufue  (dit  Corrozet,  fol.  160,  verso), 
fut  faicte  (sous  François  Ier)  au  lieu  ou  iamais  n’y  en  auoit  eu,  dont  le  chemin 
pour  sortir  aux  champs  fut  beaucoup  plus  brief.  »  Le  quai  actuel,  dit  du  Louvre, 
venait  d’être  terminé  à  cette  époque. 

Sauvai  indique  la  date  précise  de  sa  construction.  «  En  1536,  dit-il  (t.  I,  p.  43), 

«  la  porte  que  nous  appelions  la  Porte-neuve,  qui  tient  à  la  maison  du  grand 
«  Prévôt,  fut  bâtie.  Au  reste,  depuis  que  celle  du  Louvre  eut  été  ruinée,  il  n  v 
«  en  avoit  point  eu  en  cet  endroit  pour  sortir  de  la  ville.  »  En  1538  on  construisit 
le  pont  de  pierre,  selon  un  ancien  compte  que  j’ai  cité,  p.  162.  Dans  un  acte  du 
16  déc.  1536,  rapporté  par  Félibien  (t.  V,  p.  347),  il  est  question  du  «parachè¬ 
vement  du  quay  de  devant  le  Louvre,  et  construction  du  pont  et  porte  pour  sortir 
par  là  hors  la  ville.  »  On  lit  dans  un  mémoire  rédigé  sous  Louis  XIII  (ibid.,  p.  818)  : 

«  La  porte  neufve  vers  le  Louvre  a  esté  bastie  à  neuf  au  lieu  de  la  vieille  porte 

1  Sauvai,  dans  un  passage  que  je  cite  p.  125,  lig.  17,  la  nomme  fa-usse-porte. 


292 


PORTES  DE  PARIS.  — 1TEU. 


Coquilliere.  »  Cette  phrase  peu  claire  paraît  fondée  sur  quelque  méprise.  Peut- 
être  signifie-t-elle  que  :  au  lieu  d’ouvrir  dans  le  rempart  une  nouvelle  porte  au 
bout  de  la  rue  Coquillière,  on  préféra  établir  celle-ci  ;  échange  de  projet  qui  dut 
mécontenter  les  habitants  de  cette  rue. 

«  La  porte  Neuve,  dit  De  la  Marre  (t.  I,  p.  80),  fut  reculée,  en  1560,  jusqu’au 
lieu  où  elle  est  aujourd’hui  (1705)  »,  c’est-à-dire  à  l’extrémité  du  quai  des  Tui¬ 
leries.  De  la  Marre  confond  ici  la  porte  Neuve  avec  celle  de  la  Conférence.  Avant 
que  cette  dernière  fût  bâtie  par  Pidoux,  vers  1632,  il  est  probable  qu’il  existait 
déjà  une  porte  provisoire  à  la  même  place,  puisque  des  plans  antérieurs  à  1632 
en  figurent  une;  mais  je  doute  qu’elle  ait  jamais  été  appelée  porte  Neuve,  comme 
celle  voisine  de  la  Tour  de  Bois  (voyez  p.  248),  ou  bien,  on  lui  aura  quelquefois 
donné  ce  nom  dans  le  sens  de  :  porte  nouvellement  bâtie  1 .  Le  seul  nom  de  celle 
qu’éleva  Pidoux  fut  toujours  :  porte  de  la  Conférence,  nom  qui  la  distinguait  de 
celle  située  plus  loin  vers  l’est,  et  qui  fait  l’objet  de  cet  article.  Quelques  au¬ 
teurs  ont  aussi  donné  par  méprise  à  la  porte  Neuve  le  nom  de  Conférence. 

Deux  événements  importants  se  rattachent  à  la  porte  Neuve  :  la  fuite  de  Paris 
de  Henri  III,  et  l’entrée  si  célèbre  d’Henri  IV,  entrée  sur  laquelle  nous  possédons 
de  grands  détails  (voir  notamment  Félibien,  t.  V,  p.  469).  Il  existe  même  sur  ce 
sujet  plusieurs  petites  brochures  spéciales.  Ce  fut  le  22  mai  1594,  de  bon  matin, 
(jue  le  roi  franchit  le  pont-levis  de  la  porte  Neuve.  Dès  la  veille,  tout  avait  été 
préparé  pour  cette  entrée,  comme  nous  l’apprend  Mathieu,  historien  du  temps  : 
«  Le  Comte  de  Brissac  s’estoit  chargé  de  maistriser  le  reste  du  rempart  depuis  la 
«  porte  de  sainct  Denys iusques  à  la  porte  Nefue...  Le  21 .  apres  Midy  ledit  sieur 
«  Comte  pour  préparer  l’entrée  au  Boy,  fit  abbatre  les  gabions  qui  terrassoient  la 
«<  porte  Neufue,  sous  prétexté  de  la  vouloir  faire  murer.  » 

Une  mauvaise  peinture,  exécutée  sur  un  des  panneaux  de  l’ancien  apparte¬ 
ment  de  Sully,  à  l’Arsenal,  représente  cette  entrée  ;  je  ne  sais  si  elle  est  du  temps: 
en  tout  cas,  c’est  une  œuvre  fort  médiocre.  Mauperché  l’a  fait  graver  en  1816,  par 
AI.  Giboy,  qui  a  maladroitement  reproduit  l’original. 

Le  lieu  de  la  scène  paraît  tracé  avec  une  nudité  de  détails,  une  négligence  dans 
les  proportions,  qui  rendent  celte  peinture  à  peu  près  inutile  pour  l’archéologue. 
La  porte  Neuve,  vue  du  côté  de  la  ville,  consiste  en  un  simple  mur,  percé  d’une 
baie  à  plein  cintre,  sans  aucun  ornement.  La  Tour  de  Bois  est  un  gros  cylindre 
planté  en  terre;  à  côté,  un  mur  uni  comme  une  planche  tient  la  place  de  la 
grande  galerie,  qui  n’était  alors  commencée  que  du  côté  du  Louvre.  Quelques 

Bonfons  (Anliqoitez,  1586,  fol.  185,  v.)  appelle  aussi  Porte-Neuve,  à  l’an  1566,  celle  qui  fut  rem* 
placée  vers  16° "par  la  porte  de  la  Conférence. 


PORTES  DE  PARIS.  —  iVEU. 


293 


personnages  froidement  dessinés  composent  toute  la  scène.  En  un  mot,  tout  cet 
ensemble  mis  en  relief  ferait  honneur  à  un  fabricant  de  jouets  de  Nuremberg. 

Je  porterai  le  même  jugement  sur  une  estampe  gravée,  non  pas  précisément  à 
l’époque  de  l’événement,  mais  du  moins  sous  Henri  IV,  d’après  un  mauvais  ta¬ 
bleau  de  N.  Bollery,  comme  l’annonce  une  inscription  au  bas  et  à  gauche  de  l’es¬ 
tampe.  La  tête  du  roi  paraît  seule  exécutée  par  un  burin  assez  exercé,  celui  peut- 
être  de  Léonard  Gaultier.  L’estampe  est  entourée  d’un  texte  français,  avec  six 
vers  latins  au  bas.  On  en  connaît  trois  états  différents;  les  épreuves  de  dernier 
tirage  font  partie  d’un  allas  géographique  publié  sous  Louis  XIII. 

Sur  cette  estampe,  la  porte  Neuve,  vue  du  côté  de  la  ville,  n’offre  aucuns  dé¬ 
tails.  Derrière  la  Tour  de  Bois,  qui  est  mal  rendue,  domine  un  mur  crénelé,  au 
delà  duquel  apparaissent  des  arbres.  On  ne  peut  tirer  de  cette  pièce  aucun  ren¬ 
seignement  positif  sur  la  localité  qui  nous  occupe  ;  elle  n’a  une  certaine  valeur 
qu’à  titre  d’image  historique  et  contemporaine. 

Il  existe  aussi  un  petit  plan  de  Paris  sans  date,  gravé  à  l’eau-forte,  vers  1600, 
d’après  celui  de  Belleforest.  On  y  a  figuré  Henri  IV,  entrant  par  la  porte  Neuve 
avec  quelques  cavaliers,  tandis  que  d’autres  troupes  forcent  la  porte  S.  Denis; 
les  personnages  sont  aussi  hauts  que  les  édifices.  Je  n’ai  jamais  vu  qu’une  fois 
cette  petite  pièce  aussi  rare  qu’insignifiante  comme  document. 

Je  ne  décrirai  pas  ici  le  grand  tableau  de  Gérard  :  c’est  une  composition  très- 
appréciée  sous  le  rapport  de  l’art,  mais  le  lieu  de  la  scène  est  lui-même  une 
composition,  qui  s’éloigne  beaucoup  de  la  réalité. 

Une  petite  eau-forte  médiocre,  gravée  sous  Louis  XIV,  représente  Henri  IV 
entrant  en  1 594-  à  Paris,  par  la  porte  de  la  Conférence  bâtie  en  1632  ! 

Le  plan  de  Du  Cerceau  donne  à  la  porte  Neuve  la  forme  d’un  pavillon  avec  une 
haute  lucarne  sur  le  toit. 

11  nous  reste  un  assez  grand  nombre  de  vues  de  la  porte  Neuve,  gravées  sous 
Louis  XIV.  Isr.  Silvestre  l’a  dessinée  plusieurs  fois,  du  côté  de  la  ville  ou  du  fossé. 
Je  citerai  comme  méritant  surtout  notre  confiance  l’image  qu’il  en  a  tracée  sur 
le  premier  plan  de  son  grand  profil  de  Paris,  daté  1650.  On  y  distingue  la  façade 
qui  regarde  l’occident.  L’architecture  en  est  de  style  romain,  et  les  détails  pour¬ 
raient  être  attribués  au  règne  d'Henri  IL  Celte  porte  était  peut-être  en  cet  état 
quand  elle  fut  témoin  de  l’entrée  mémorable  d’Henri  IV.  Elle  paraît  avoir  peu 
de  profondeur,  et  ressemble  à  un  mur  percé  d’une  baie  et  orné  en  forme  d’arc 
triomphal,  plutôt  qu’à  un  bâtiment  habitable  ;  il  est  en  effet  à  présumer  qu’elle 
ne  contenait  aucune  chambre.  Elle  est  dominée  par  la  Tour  de  Bois,  que  j’ai  dé¬ 
crite  page  142,  et  précédée  d’un  pont  de  pierre,  non  apparent,  parce  qu’il  se 
confond  avec  la  chaussée  même  du  quai.  On  remarque  sur  la  façade  trois  ouver- 


294 


PORTES  DE  PARIS.  —  PAP. 


tures  longitudinales,  destinées  à  loger  les  flèches  d’un  double  pont-levis.  Le  profil 
de  la  porte,  touche  au  nord,  non  pas  à  la  grande  galerie,  mais  à  un  corps  de  logis 
dépendant  de  l’hôtel  du  Grand-Prévôt  \  L’autre  profil  descend  jusqu’au  bord  de 
la  Seine.  Deux  voûtes,  pratiquées  dans  le  mur  qui  soutient  le  quai,  indiquent 
l’endroit  où  débouchait  l’ancien  fossé. 

La  baie  delà  porte  est  en  forme  plein-cintre,  avec  un  pilastre  de  chaque  côté. 
Au-dessus  de  l'arcade  est  une  fenêtre  feinte,  dans  le  plein  de  laquelle  est  sculpté 
l’écusson  royal.  Cette  fausse  baie,  entourée  de  moulures,  est  surmontée  d’un 
fronton  angulaire,  et  munie  d’un  balcon  àbalustres.  Il  y  a  au  premier  étage, 
comme  au  rez-de-chaussée,  un  rang  de  trois  pilastres,  dont  la  base  est  ornée  de 
consoles  galbées,  avec  enroulements.  Sur  d’autres  estampes  de  Silvestre,  on  en 
compte  quatre.  Au-dessus  des  pilastres  du  premier  étage  s’élève  une  sorte  d’en¬ 
tablement  uni ,  que  rend  plus  léger  une  triple  corniche. 

La  porte  Neuve  qu’on  trouve  dans  la  collection  de  M.  Pernot  est  une  compo¬ 
sition  tout  à  fait  idéale.  Cette  porte  fut  abattue  entre  1660  et  1670;  on  ne  la  voit 
plus  sur  le  plan  de  Bullet,  1672. 

Notre-Dame-des-Champs  (Porte).  Voijez  S.  Jacques. 

Orléans  (Porte  d").  Voyez  Buci. 

PAPALE  (Porte).  — Attenante  au  mur  de  Ph.  Auguste,  quoiqu’elle  fût  anté¬ 
rieure,  c’est  fort  probable,  à  sa  construction,  cette  porte  était  située  à  peu  près 
dans  l’axe  de  la  rue  des  Sept-Yoies.  L’époque  où  elle  fut  bâtie  est  incertaine.  A  la 
l  igueur,  elle  ne  devrait  pas  compter  parmi  celles  de  la  capitale,  puisqu'elle  ne  fut 
jamais  publique,  et  n’était’,  à  mon  avis,  qu’une  entrée  (condamnée)  de  l’abbave 
Sainte-Geneviève.  Nous  allons  essayer  de  fixer  l’origine  de  sa  dénomination. 

Nous  lisons  dans  Corrozet  (fol.  82)  :  «  On  dit  qu’vn  pape  voulant  faire  entrée  dans 
«  Paris  au  Ieudy,  pource  qu^’il  plut,  elle  fut  différée  iusques  au  vendredy,  auquel 
«  iour  pour  la  reuerence  de  l’entrée  on  mangea  chair,  et  fut  nommé  Ieudy,  et  la 
«  semaine  des  deux  leudis  ».  Ce  récit  se  rapporterait  à  l’an  1338,  selon  Corrozet, 
puisqu'il  le  fait  à  propos  d’une  épitaphe  inscrite  sur  une  tombe  des  Cordeliers  et 
datée  de  cette  année.  «  Ilic  Nicolaus...  qui  obiit  anno  domini  M.  CCC.  XXXVIII. 
die  dominica  duobus  louis  die  mensis  Augusti.  » 

Brice  attribue  cette  anecdote  à  Eugène  IV,  pape  élu  en  1431  ;  d’autres,  avec 
plus  de  raison,  à  Eugène  III,  qui  vint  à  Paris  au  XIIe  siècle. 

'  l.’hôtel  du  Grand-Prévôt,  bâtiment  fort  étroit  (à  moins  qu’il  ne  s’étendît  dans  une  partie  de  la 
çalerie),  fut  édifié  entre  la  Tour  de  Bois  et  la  porte,  sous  Louis  XIII  ou  Louis  XIV.  Ce  fut  peut-être 
seulement  à  l’époque  de  sa  construction  qu’on  ajouta  à  la  porte  Neuve  la  décoration  que  je  décris. 


PORTES  DE  PARIS.  —  PAP. 


295 


Sauvai  (t.  II,  p.  255)  signale  l’arrivée  des  papes  Etienne  III  ;  Calixte  II,  vers  1 1 19  ; 
Innocent  II,  en  1131;  Eugène  III,  en...  Alexandre  III  en  1162,  etc.  Il  s’exprime  ainsi 
(t.  I,  p.  36)  :  «  Entre  la  porte  S.  Marceau  et  la  porte  S.  Jaques,  est  une  fausse  porte 
«  murée  flanquée  de  deux  tours,  et  appellée  la  Porte  Papale,  parceque  le  peuple 
«  prétend  que  c’est  par  là  que  les  Papes  qui  sont  venus  à  Paris,  ont  fait  leur  entrée  ; 
«  cependant  c’est  une  pure  fable,  dont  je  ne  sai  point  l’origine...  car  enfin  il  est 
«  constant  qu’aucun  Pape  n’a  passé  par  Paris  depuis  Alexandre  III  qui  en  partit  sous 
«  Louis  'VII.  »  Sauvai  n’ajoute  pas  que  l’un  ou  l’autre  des  Papes,  dont  il  constate  le 
séjour  à  Paris,  avait  pu  donner  ce  nom  à  la  porte,  parce  que,  sans  doute,  il  la 
croyait  contemporaine  de  Ph.  Auguste.  On  peut  pourtant  admettre,  sans  invrai¬ 
semblance,  qu’elle  est  antérieure  à  la  clôture  de  ce  roi,  commencée  vers  1200, 
et  que  Ph.  Auguste,  l’ayant  trouvée  sur  la  ligne  de  son  enceinte,  l’incorpora  à 
son  mur. 

Cette  porte  n’aurait-elle  pas  été  autrefois  la  principale  entrée  de  l’abbaye,  ou 
celle  du  bourg  Sainte-Geneviève,  si,  comme  le  prétend  De  la  Marre,  il  exista, 
avant  Ph.  Auguste,  un  bourg  de  ce  nom?  Aurait-elle  été  construite  tout  exprès 
pour  la  réception  d’un  pape,  puis  murée  ensuite  pour  ne  s’ouvrir  que  devant  un 
autre  pontife?  Il  existait  aussi  une  porte  papale  à  l’ouest  de  l’enclos  de  l’abbave 
S.  Germain-des-Prés.  Quand  Alexandre  III  vint,  en  avril  ou  août  1163,  dé¬ 
dier  l’église,  il  entra  dans  l’abbaye  par  une  porte  fortifiée  de  deux  tours  rondes, 
qui  était  située  rue  S.  Benoît  et  qui  retint  depuis  la  dénomination  de  Papale . 

Admettrons-nous  que  la  porte  qui  nous  occupe  dut  son  nom  à  cette  circon¬ 
stance  que  l’abbaye  Sainte-Geneviève  relevait  directement  du  Saint-Siège,  et  avait 
le  privilège  d’être  la  résidence  des  Papes  qui  venaient  à  Paris  ?  Cette  origine  ne 
manque  pas  de  vraisemblance  :  cependant  Jaillot,  qui  la  signale,  n’y  adhère  pas. 

D’après  un  article  du  Journal  de  Verdun  d’octobre  1773,  ce  nom  viendrait  de 
ce  que  «  près  de  S.  Etienne-des-Grès  éloit  situé  un  Hôtel,  espèce  de  Bureau,  où 
l’on  portoitles  causes  d’appel  au  Pape  ».  Jaillot  rejette  encore  cette  origine,  et 
conclut  ainsi  :  «  11  est  vraisemblable  que  cette  porte  fut  ouverte  pour  faire  hon¬ 
neur  à  Eugène  III,  lorsqu’il  vint  à  Sainte-Geneviève  en  1147.  » 

Jean  Boisseau,  sur  son  plan  de  Paris  en  quatre  feuilles,  1657,  la  nomme  «Porte 
Papale  ou  Abbatiale  murée  ».  De  Chuyes,  dans  La  Guide  de  Paris  (1655,  p.  161),. 
l’appelle  «  la  porte  Papalle  murée. . .  que  l’on  ouure  pour  les  Papes,  quand  ils  font 
leurs  entrées.  » 

Elle  a  porté  aussi  la  désignation  de  Porte  Sainte-Geneviève.  «  La  porte  Se  Gé- 
«  neviève,  dit  M.  de  Gaulle,  donnait  entrée  dans  la  rue  de  Savoie  (il  veut  dire  des 
«  Sept-Voies)  qui  alors  se  prolongeait,  à  travers  le  terrain  occupé  aujourd’hui 
«  par  le  Panthéon,  jusqu’à  la  place  de  la  Yieillc-Estrapade.  »  Je  ne  sais  où  cet  au- 


296 


PORTES  DE  PARIS.  —  PAR. 


leur  a  lu  qu’on  ait  jamais  prolongé  jusque-là  la  rue  des  Sept-Yoies.  Elle  paraît 
l’être  en  effet  sur  le  plan  de  Mérian,  parce  que  sans  doute  on  en  eut  le  projet  ; 
mais  ce  projet  ne  fut  jamais  exécuté,  et  la  porte  Papale  fut  toujours,  jusqu’à  sa 
destruction  sous  Louis  XÏY,  une  dépendance  de  l’abbaye,  murée  et  non  précédée 
d’un  pont.  Elle  s’est  nommée  Porte  Sainte-Geneviève,  parce  qu’elle  introduisait 
aux  jardins  de  celte  abbaye  et  lui  appartenait.  On  lit  dans  un  ancien  acte  de  1246 
(Félibien,  t.  111,  p.  163)  :«  Strata  per  quam  itur  à  porta  S.  Genovefœ  ad  Mar- 
cellum».  L’expression  :  porta  S.  Genovefœ  pourrait  du  reste  s’appliquer  à  une 
autre  porte  d’entrée  de  l’abbaye.  La  Taille  de  Paris  en  1313  cite  une  porte  Sainte- 
Geneviève  qui  paraît  être  celle  Papale.  Le  nom  de  porte  Gaudine  ou  Gadine,  cité 
par  Sauvai  ( voy .  page  258),  aurait-il  aussi  appartenu  à  la  porte  qui  nous  occupe? 

Notons  que  l’emplacement  du  fossé,  creusé  en  1356,  le  long  du  murdePh.  Au¬ 
guste,  appartenait  autrefois  à  cette  abbaye  ;  aussi  quand  ces  fossés  furent  com¬ 
blés,  vers  1684,  le  roi  lui  rendit  la  jouissance  du  terrain,  quoiqu’on  l’eût  déjà, 
c’est  fort  probable,  indemnisée  de  cette  perte,  sous  le  roi  Jean  ou  sous  Charles  Y. 

La  porte  Papale  fut  détruite  vers  1680.  La  Tynna  dit  à  tort  que  ce  fut  au  com¬ 
mencement  du  XYIIe  siècle,  puisqu’elle  figure  encore  sur  le  plan  de  Bullet,  1676. 
Je  n’en  ai  jamais  vu  de  représentation  que  sur  les  anciens  plans  à  vol  d  oiseau. 
Elle  consistait  en  une  simple  baie  percée  dans  le  gros  mur,  toujours  bouchée,  et 
fortifiée  de  deux  tours  semblables  à  celles  de  l’enceinte.  Sur  le  seul  plan  de  Ma¬ 
thieu  Mérian  elle  paraît  avoir  un  bâtiment  couvert  d’un  toit.  On  eut  peut-être, 
vers  1615,  l’idée  d’en  faire  une  véritable  porte  de  ville,  sous  laquelle  débouche¬ 
rait  la  rue  prolongée  des  Sept-Voies,  mais  ce  projet,  je  le  répète,  ne  fut  jamais 
réalisé.  Sur  aucun  plan  on  ne  la  voit  précédée  d’un  pont  établi  sur  le  fossé. 

le  possède  la  copie  d’un  Mémoire  manuscrit  qui  traite  des  diverses  sortes  de 
pierres  employées  dans  les  anciens  édifices  de  Paris.  Ces  documents  remontent 
au  temps  de  Colbert.  On  y  constate  que  «  la  porte  de  la  ville,  dite  la  Porle  Papale, 
du  côté  du  jardin  (de  l’abbaye),  est  de  pierre  de  haut-banc  et  de  souchel  assez  mal 
conservée.  » 

PARIS  (Porte-).  —  Plusieurs  auteurs  ont  admis  avec  Corrozet  que,  sur  une 
petite  place  qu’on  voyait  devant  le  Grand-Châtelet,  au  bas  de  la  rue  S.  Denis,  il 
exista  sous  les  Romains,  ou  du  moins  avant  Ph.  Auguste,  une  porte  de  ville  dite 
par  excellence  :  la  Porte-Paris,  que  le  Grand-Châtelet  aurait  remplacée.  Mais  il 
est  à  noter  que  Corrozet  lui-même  écrit  tantôt  :  la  porte  de  Paris,  tantôt  :  1  Âp- 
porl-V'AYis.  (Le  mot  apport  signifie  port  ou  marché.) 

Beaucoup  d’historiens  regardent  comme  inexacte  cette  première  locution  et 
.adoptent  la  seconde.  Je  n’ai  jamais  rencontré  nulle  part  une  preuve  solide  en 


PORTES  DE  PARIS.  —  PAU.  —  PER. 


297 


faveur  de  l’existence  d’une  porte  de  ville,  construite  à  cet  endroit,  à  l’époque 
incertaine  où  la  rive  droite  de  Paris  a  été  pour  la  première  fois  munie  d’une 
enceinte.- Il  me  paraît  impossible  que  le  bas  de  la  rue  S.  Denis,  cette  antique 
voie  romaine,  une  des  principales  artères  de  la  ville,  ait  été  sur  la  limite  d’une 
clôture.  Voyez  ce  que  j’ai  dit  à  ce  sujet,  pages  20  et  206. 

Laporte  S.  Denis,  construite  sous  Charles  Y,  s’est,  je  crois,  appelée  quelque¬ 
fois  Porte  de  Paris ,  à  titre  de  principale  entrée  de  la  Capitale  du  côté  du  nord  ; 
mais  on  la  désignait  plus  habituellement  sous  le  nom  de  Bastide-S. -Denis. 

PAUL  (Poterne  Saint-).  —  J’ai  rencontré  peu  de  documents  sur  cette  poterne, 
ouverte  dans  le  mur  de  Ph.  Auguste,  à  l’extrémité  orientale  de  la  rue  de  Jouy, 
dite  aujourd’hui  :  Charlemagne.  On  voit  sa  position,  pi.  VI,  fîg.  1 .  Il  existe  encore 
un  vestige  de  l'une  des  deux  tours  qui  la  fortifiaient,  comme  nous  l’avons  prouvé, 
page  76,  d’après  le  témoignage  de  Sauvai,  tour  qui  se  nomme,  sur  un  plan  levé 
vers  1700  :  Montgommery. 

Cette  poterne  fut  peut-être  établie  postérieurement  à  Ph.  Auguste.  La  rue  de 
Jouy,  qui  autrefois  portait  cette  désignation  jusqu’à  la  rue  S.  Paul,  prenait,  près 
de  cette  entrée  de  Paris,  celle  de  rue  de  la  fausse  Poterne  S.  Paul.  La  rue  de  Jouy 
est  ainsi  appelée,  selon  La  Tynna,  de  l’abbé  de  Joy  ou  Jouy,  qui  y  avait  son  hôtel 
au  XIIIe  siècle.  C’est  peut-être  en  faveur  de  cet  abbé  qu’on  fit  percer  cette  porte. 
Plus  tard,  je  ne  sais  à  quelle  époque,  la  rue  de  Jouy,  de  la  rue  S.  Paul  à  celle  de 
Fourcy,  s’est  nommée  :  des  Prêtres  S.  Paul 1 ,  et,  vers  son  extrémité  orientale,  rue 
de  V Archet  S.  Paul,  parce  qu’elle  débouchait  sous  la  voûte  ou  archet  de  cette 
poterne. 

Plusieurs  auteurs  l’ont  confondue  avec  la  poterne  voisine,  dite  :  des  Béguines. 
Le  fait  est  que  le  couvent  de  ces  religieuses,  remplacées  sous  Louis  XI  par  les 
Filles  de  l’Ave-Maria,  touchait  aux  deux  portes  et  possédait  même  une  des  deux 
tours  de  la  poterne  S.  Paul,  celle  dite  :  Montgommery. 

L’époque  de  la  démolition  de  la  poterne  S.  Paul  est  aussi  incertaine  que  celle 
où  elle  fut  construite.  Sur  le  plan  de  Braun,  où  figurent  encore  (vers  1530)  les 
portes  septentrionales  dePh.  Auguste,  celle-ci  ne  se  voit  plus;  on  remarque  seu¬ 
lement  la  tour  qui  dépendait  du  couvent. 

Peintres  (Porte  aux).  Voyez  Saint-Denis. 

PERRIN -G  A  S  SE  LIN  (Porte).  —  La  Tynna,  dans  l’introduction  de  son  Dic- 

1  Selon  Ramond  du  Ponjet,  cette  poterne  se  serait  elle-même  nommée  :  des  Prêtres-S. -Paul. 

38 


298 


PORTES  DE  PARIS.  —  RIC, 


tionnaire  des  rues  de  Paris  (1816,  p.  xxxi),  dit,  en  parlant  de  la  seconde  enceinte 
de  la  rive  droite,  qu’il  attribue  à  Hugues  Capet  :  «  Nous  avons  fait  d’inutiles 
efforts  pour  découvrir  si  la  porte  Perrin-Gasselin,  mentionnée  dans  le  rôle 
de  1313,  était  une  ancienne  porte  de  Paris.  »  Il  cite  encore,  à  la  page  457,  le 
carrefour  de  la  porte  Perrin-Gasselin.  «  Cet  endroit,  dit-il,  nommé  dans  le  rôle 
de  la  collecte  de  1313,  ne  peut  être  que  celui  que  l’on  nomme  aujourd’hui  :  place 
du  Chevalier  du  Guet.  » 

Le  carrefour  de  la  porte  Perrin-Gascelin  est,  en  effet,  mentionné  dans  la  Taille 
ou  Queulete  de  1313,  imprimée  dans  Félibien  (t.  Y,  p.  618),  mais  non  dans  cette 
même  Taille,  éditée  par  Buchon.  Dans  la  Ve  Queste,  on  cite  seulement  le  Quar- 
refour  de  la  Porte.  On  veut  probablement  nommer  la  petite  place  devant  le 
Grand-Châtelet,  place  dite  plus  souvent  Porte-Paris.  Ce  nom  de  Perrin-Gascelin 
pourrait  s’appliquer  à  une  porte  particulière  située  dans  cette  rue.  11  est  encore 
admissible  qu'il  ait  existé  rue  S.  Denis,  comme  dans  la  rue  S.  Martin,  une  vieille 
porte  faisant  partie  de  l’enceinte  antérieure  àPh.  Auguste,  et  nommée,  en  1313, 
Perrin-Gascelin.  Enfin,  il  est  possible  que  Félibien  ait  mal  copié. 

Poissonnerie  (Porte  de  la),  des  Poissonniers  ou  Poissonnière.  Voyez  Sainte-Anne. 

Pont— aux-Ciioux  (Poterne  du).  Voyez  Saint-Louis. 

Poupeline  (Porte).  Voyez  Fausse-porte  Saint-Marcel. 

RICHELIEU  (Porte).  — Elle  était  percée  dans  le  quatrième  bastion  (à  partir 
de  la  Seine)  du  rempart,  achevé  sous  Louis  XIII,  presqu’à  l’extrémité  de  la  face 
orientale  de  ce  bastion  (voy.  pi.  X,  fig.  3,  et  p.  188),  au  bout  de  la  rue  Richelieu, 
à  la  hauteur  de  la  rue  Feydeau,  «  entre  les  portes  Montmartre  et  S.  Honoré,  dit 
Sauvai,  en  un  endroit  où  il  n’y  en  avoit  jamais  eu.  » 

Sa  construction  fut  décidée  dès  1634  (voy.  l’arrêt  cité,  p.  184),  et  commencée, 
je  pense,  vers  1635,  peut-être  un  peu  plus  tard.  André  du  Chesne  fils  avance 
qu’elle  se  nomma  porte  de  la  Conférence  :  c’est  une  méprise.  (Voir  ce  mot  : 
Conférence  ) 

On  lit  dans  les  Essais  de  S.  Foix,  qui  parle  d’après  je  ne  sais  quel  Mémoire, 
que  le  cardinal  Mazarin,  fuyant  à  S.  Germain-en-Laye,  sortit  de  Paris  par  la  porte 
Richelieu,  et  non  par  celle  S.  Honoré,  afin  d’éviter  d’être  inquiété. 

La  porte  Richelieu  figure  sur  quelques  plans  du  XVIIe  siècle,  sous  forme  d'un 
pavillon  flanqué  de  tourelles  à  chaque  coin;  c’était  en  effet  là  sa  forme  réelle, 
comme  l’atteste  la  copie  que  je  donne,  pl.  XH,  fig.  13,  d’un  dessin  à  la  sanguine 
conservé  au  Cabinet  des  Estampes  ( Topogr .  de  Paris ,  Quartier  Feydeau,  t.  Il), 
et  provenant  de  la  collection-Peignon  Dijon  val.  C’est  une  esquisse  tracée  d’après 


PORTES  DE  PARIS.  —  RIC.  —  TOI. 


*299 


nature,  vers  1680.  La  vue  de  l’édifice  est  prise  du  côté  du  fossé.  La  baie  de  la 
porte  est  à  plein  cintre,  entourée  d’une  chaîne  de  pierre.  Au-dessus,  et  dans 
l’enfoncement  d’une  fenêtre  simulée,  est  une  statue  ou  ronde-bosse  représentant 
Louis  XIII  couronné  et  vêtu  d’une  armure.  Il  est  assis  sur  une  sorte  de  chaise  à 
dossier  élevé,  et  tient  un  sceptre  de  la  main  droite.  Sur  une  tablette  en  saillie, 
placée  au-dessous  du  socle,  est  un  écusson  ovale,  surmonté  d’une  couronne,  et 
contenant  sans  doute  les  armes  de  France,  effacées  sur  le  dessin. 

L’ensemble  du  bâtiment  paraît  être  de  briques  mêlées  de  chaînes  de  pierres. 
Le  toit,  très-élevé,  est  orné  au  milieu  d’un  fronton  formé  de  deux  enroulements, 
qu'accompagnent  un  campanile  et,  de  chaque  côté,  une  lucarne  ronde,  avec  en¬ 
cadrement  trilobé.  Aux  angles  sont  suspendues  des  tourelles  à  cul-de-lampe,  qui 
donnent  à  la  masse  plus  de  légèreté  et  d’élégance.  En  existait-il  de  semblables 
aux  angles  du  côté  de  la  ville?  c’est  probable.  Le  plan  de  Bullet  représente  cette 
porte  comme  une  sorte  de  castel  flanqué  de  grosses  tours  dans  les  encoignures  : 
c’est  probablement  les  quatre  tourelles  en  encorbellement  qu’il  aura  voulu  indi¬ 
quer.  On  remarque  (sur  le  dessin)  de  chaque  côté  de  la  sculpture  du  premier  étage 
une  entaille  longitudinale,  destinée  à  recevoir  une  des  flèches  du  pont-levis. 

La  porte  Richelieu,  sur  le  plan  de  Gomboust,  comme  sur  le  dessin  signalé,  est 
fortifiée  au  dehors  de  deux  tourelles  à  cul-de-lampe,  avec  un  pont-levis,  suivi 
d’un  pont  de  pierre  en  dos  d’âne  et  d’une  seule  arche. 

Elle  fut  démolie  en  1701,  selon  LaTynna;  selon  S.  Foix,  en  1684  :  c’est  une 
erreur,  puisqu’on  la  voit  encore  sur  des  plans  de  1697.  Vers  1700,  la  maçonnerie 
du  bastion  n’existait  plus,  et  le  fossé  était  comblé. 

Roch  (Porte  Saint-).  Voyez  Gaillon. 

Royale  (Porte).  Vo yez  Saint-Denis. 

TEMPLE  (Portes  du).  —  Le  prieuré  du  Temple  ayant  été  établi  à  Paris  vers  la 
fin  du  XIIIe  siècle,  la  principale  rue  qui  y  conduisait  en  prit  le  nom.  Un  peu  avant 
l’an  1200,  Ph.  Auguste  y  fit  bâtir  une  porte  attenante  à  son  enceinte,  et  qui  fut 
appelée  porte  du  Temple.  Elle  était  située  dans  la  rue  actuelle  Sainte-Avoye,  un 
peu  au-dessous  du  passage  du  même  nom  (voy.  pl.  VII,  fig.  3). 

En  1288  fut  fondé  le  couvent  hospitalier  des  Filles-Sainte-Avoye,  près  de  la 
porte  du  Temple,  à  laquelle  il  communiqua  son  nom,  ainsi  qu’à  une  partie  de 
la  rue  où  il  était  situé. 

La  Tynna  a  oublié  de  mentionner  cette  porte,  ainsi  que  la  seconde  du  même 
nom,  bâtie  plus  loin  au  nord  sous  Charles  V.  A  l’article  Porte  du  Temple ,  il  ren¬ 
voie  le  lecteur  à  celle  de  Braque  ou  du  Chaume ,  avec  laquelle  il  paraît  la  confondre. 


300 


PORTES  DE  PARIS.  —  TE]W. 


On  cite  rarement,  dans  les  chroniques  ou  les  anciens  comptes,  la  porte  du 
Temple  ou  Sainte-Avoye,  bâtie  sous  Fh.  Auguste.  Le  plan  de  Braun  la  figure 
comme  un  simple  bâtiment.  A  coup  sûr,  elle  fut,  dans  l’origine,  fortifiée  de  deux 
tours,  dont  une  se  voit  encore  sur  un  plan  de  la  Censive  de  S.  Merry,  tracé  vers 
1550,  et  dont  j’ai  reproduit  une  portion  dans  mes  Etudes  sur  les  plans  de 
Paris,  page  23.  Le  corps  de  cette  porte  a  été  démoli  vers  1535. 

Seconde  porte  du  Temple.  ■ —  Construite  sous  Charles  V,  à  l’extrémité  de  la 
rue  du  même  nom,  à  la  hauteur  de  la  rue  Meslay  (voy.  pl.  IX),  elle  consistait  pro¬ 
bablement,  dans  l’origine,  comme  la  porte  S.  Martin,  en  un  gros  bâtiment  ou 
bastide  carrée,  flanquée  de  tourelles,  avec  herse,  pont-levis,  etc. 

On  lit  dans  le  Journal  sous  Charles  VI,  p.  1,  que  le  10  sept.  1408,  «  fut  murée 
de  piastre  la  porte  du  Temple .  »  Elle  le  fut  encore  le  16  août  1413  [id.,  p.  18). 
«En  sept.  1417,  fut  faict  Cappitaine  de  la  porte  du  Temple  ung  nommé  Symonnet 
du  Boys  qui  estoit  Clerc  »  [id.,  p.  33). 

Vers  1473,  elle  était  louée  à  Jean  Amirc,  fermier  de  la  chaussée  des  portes 
S.  Antoine  et  du  Temple,  pour  20  solsparisis  (Bouquet,  p.  192). 

En  1544,  selon  Corrozet  (fol.  161,  v.),  François  Ier  y  fit  un  rempart.  Je  pense 
qu’il  entend  par  là  qu’on  façonna  en  manière  de  bastion  la  butte  ou  voirie  qui 
s’élevait  près  de  la  porte  (voy.  page  192).  Peut-être  ce  mot  rempart  désigne-t-il 
une  avant-porte  fortifiée  de  murs  percés  de  meurtrières. 

On  lit  dans  les  Antiqvilez  d’André  Du  Chesne  (1609,  p.  137)  :  «Les  malheurs  du 
«  siècle  ont  tenu  cette  porte  fermée  plus  de  quarante  ans  et  tant  qu’enfin,  en 
«  l’an  1 605,  elle  a  été  rebastie  par  le  soin  et  diligence  de  Mr  François  Miron.  »  Du 
Breul  avance  (p.  1062)  qu’elle  fut  rouverte  en  1606,  après  avoir  été  fermée 
pendant  cinquante-huit  ans,  et  que,  cette  année,  «  elle  a  esté  rebastie,  auec  le 
pont  contenant  trois  arcades  de  pierre  de  taille.  »  Il  cite  en  témoignage  une  in¬ 
scription,  sur  tablette  de  marbre,  appliquée  au-dessus  de  la  porte.  Mathieu  Mé- 
rian,  dans  le  texte  daté  1615,  annexé  à  son  plan,  dit  :  «La  porte  du  Temple  a 
«  esté  rebastie  depuis  les  derniers  troubles.  » 

Sur  les  plans  du  XVIe  siècle,  la  porte  ou  Bastide  du  Temple  de  Charles  V  est 
un  simple  pavillon,  flanqué,  du  côté  delà  Bastille,  d’une  haute  tour  octogone.  Ce 
n’est  point  là  la  forme  des  portes  de  Charles  V  ;  il  est  donc  présumable  que  le  b⬠
timent  primitif  avait  été  déjà  remplacé,  ou  du  moins  modifié,  et  qu’il  n’en  restait 
plus  que  cette  tour.  Quand  la  porte  fut  reconstruite,  en  1606,  ce  fut  sur  le  même 
modèle,  et  on  laissa  debout  la  tour  octogone  (ou  ronde,  car  elle  a  cette  dernière 
forme  sur  les  plans  de  Mérian  et  de  Gomboust). 

Ce  qui  paraît  certain,  c’est  que,  depuis  Charles  V,  cette  porte  n’a  pas  changé  de 
place,  et  a  dû  conserver  ses  fondations  primitives.  J’ai  reproduit  (pl.  XII,  fig  4), 


PORTES  DE  PARIS.  —  TEM.  —  VIC. 


301 


réduit  de  moitié,  un  plan  des  Archives  levé  en  1738,  où  se  voit  le  tracé  géométral 
des  fondements  de  la  porte  du  Temple,  reconstruite  en  1606,  au  même  endroit 
que  l’ancienne.  Ce  plan  est  précieux  en  ce  qu’il  précise  le  lieu  où  elle  existait. 
Elle  était  de  forme  quadrilatère,  et  plus  profonde  que  large.  Le  plan  de  la  tour  con¬ 
tiguë  n’y  est  pas  marqué. 

Sur  une  eau-forte  d’Israël  Silvestre,  représentant,  vers  1650,  la  chapelle  de 
l’Hôpital-S. -Louis,  on  voit  dans  le  lointain  la  porte  du  Temple.  C’est  un  petit  pa¬ 
villon  précédé  d’un  pont  de  trois  arches,  dont  unë  cachée  par  la  perspective.  La 
tour  n’est  pas  indiquée.  On  distingue  un  contre-fort  de  chaque  côté  de  la  baie,  qui 
est  à  plein  cintre.  À  gauche  est  la  butte  dont  j’ai  parlé,  page  192. 

Cette  porte,  reconstruite  une  ou  deux  fois,  fut  abattue  vers  1683.  Félibien 
(t.  IY,  p.  271)  cite  un  Arrêt  denov.  1684,  qui  donne  ordre  de  la  réédifier;  mais 
cet  ordre  ne  fut  pas  exécuté,  car,  dans  un  autre  arrêt  de  déc.  1696  ( ibid .,  p.  335), 
on  dit  que  la  construction  d’une  nouvelle  porte  du  Temple  paraît  inutile,  puis¬ 
qu’on  avait  démoli  la  plupart  des  autres  portes,  et  que  les  échevins  demandent  à 
être  déchargés  de  cette  obligation.  Elle  ne  fut  donc  pas  rebâtie,  mais  on  éleva 
une  barrière,  un  peu  plus  loin  vers  le  nord,  au  delà  du  Cours,  à  l’endroit  où 
l’on  avait  projeté  de  placer  la  nouvelle  porte. 

Temple  (Fausse  poterne  du).  Voyez  Barbette. 

Tournelle  (Porte  de  la).  Voyez  Saint-BERNARD. 

VICTOR  (Porte  Saint-).  —  Elle  fut  construite  entre  1200  et  1212,  en  même 
temps  que  l’enceinte  méridionale  de  Pli.  Auguste,  dont  elle  faisait  partie.  Elle 
était  placée  à  l’extrémité  orientale  de  la  rue  du  même  nom,  entre  les  numéros  83 
et  85  (indiqués  sur  le  plan  de  Jacoubet),  «  à  130  toises,  dit  Sauvai,  de  la  prin¬ 
cipale  entrée  de  l’abbaye  (dont  elle  tirait  son  nom),  et  à  123  de  la  rue  des 
Bernardins».  Cette  mesure  paraît  assez  exacte,  suivant  le  plan  de  Yerniquet 
(voy.  ma  planche  IV). 

Cette  porte,  à  ma  connaissance,  n’a  jamais  eu  d’autre  désignation  que  celle  de 
S.  Victor.  M.  De  Laude,  dans  un  ouvrage  sur  la  nouvelle  enceinte  bastionnée  de 
Paris,  avance  (p.  9)  qu’en  1292  «  il  y  avait,  rue  S.  Victor,  en  avant  des  remparts 
de  Pli.  Auguste,  une  vieille  porte  appelée  Versailles ,  dont  le  nom  est  resté  à  une 
rue  voisine.  »  Je  ne  sais  où  cet  auteur  a  puisé  ce  renseignement,  fondé  peut- 
être  sur  quelque  méprise.  Il  existait  an  XIIe  siècle  une  famille  De  Versailles  ou 
De  Verseilles,  dont  l’hôtel  aura  laissé  son  nom  à  la  rue.  Après  tout,  il  ne  serait 
pas  impossible  que  la  porte  elle-même  eût  pris  ce  nom,  mais  je  n’ai  jamais  vu. 
de  documents  qui  le  prouvent. 


302 


PORTES  DE  PARIS.  —  Vît 


Cette  porte,  fortifiée  de  deux  grosses  tours  dans  l’origine,  subit  à  diverses 
époques  des  modifications  qui  altérèrent  sa  physionomie  primitive.  Quand,  sous  le 
roi  Jean  ,  on  creusa  un  fossé  au  devant  de  sa  face  extérieure,  on  dut  retoucher  à 
cette  face  et  en  consolider  les  fondements.  Sous  Charles  VI,  on  la  munit  d’une 
avant-porte  et  d’un  pont-levis,  etc.  Sous  François  Ier,  époque  où  l’on  exécuta  des 
travaux  de  fortification  de  ce  côté  de  l’enceinte  du  sud,  elle  fut  certainement 
agrandie  ou  réparée.  Du  moins  le  plan  de  Braun  semble  témoigner  qu’elle  avait, 
vers  1530,  perdu  sa  physionomie  du  XIIIe  siècle.  Ensuite  il  est  à  noter  que  tous 
les  vieux  plans  étant  orientés  avec  l’ouest  au  bas,  ne  permettent  pas  de  voir 
sa  face  extérieure,  dont  je  ne  connais  aucun  ancien  dessin  particulier. 

Nous  lisons  dans  les  Antiqvitez  de  N.  Bonfons  ( éd .  1586,  folio  187,  v.),  qu’en 
1568,  le  vendredi  23  juillet,  «fut  assise  la  première  pierre 1  dit  tapecul,  à  la  porte 
«  sainct  Victor,  et  fut  rebastie  la  dicte  porte  tout  de  neuf,  auec  le  logis  qui  est  des- 
«  sus,  et  aussi  les  deffences  pour  garderies  fossez,  et  pour  forteresse  de  la  ville,  pour 
«  réparation  et  augmentation  desdits  fossez,  ledict  bastiment  fut  acbeué,  ainsi 
«  que  verrez  par  ce  qui  est  escrit  entre  la  porte  Sainct  Victor  graué  en  pierre  de 
«  marbre.  »  Suivent  les  noms  des  Prévôt  et  Echevins,  et  la  date  03.  13.  LXX. 

L’expression  :  entre  la  porte  signifie-t-elle  :  entre  les  deux  batiments  qui  en 
composaient  l’ensemble  et  que  séparait  une  cour,  ou  bien  :  sous  la  voûte  de  la  porte? 
André  Du  Chesne  ( Antiqvitez ,  1609,  p.  139)  dit  que  l’inscription  était  gravée  sur 
le  portail  de  la  porte,  avec  les  armoiries  de  la  Ville. 

Il  résulte  des  termes  mêmes  de  l’inscription  «  ...hanc  portam  in  præsignem 
faciem  restituerunt  » ,  que  la  porte  ne  fut  pas  rebastie  tout  de  neuf,  comme  l’affirme 
Bonfons,  mais  qu’on  ajouta  ou  refit  seulement  une  nouvelle  façade,  probablement 
du  côté  du  fossé. 

D’après  un  plan  géométral,  dressé  vers  1684  (voy.  pl.  IV,  fig.  2),  où  la  porte 
S.  Victor  est  tracée,  sa  façade  extérieure,  celle  construite  en  1568,  s’avance  en 
saillie  sur  le  fossé,  et,  derrière  ce  premier  bâtiment  on  en  distingue  un  autre,  de 
forme  semi-circulaire,  qui  doit  être  un  reste  de  la  porte  primitive.  Les  anciens 
plans  de  Paris  ne  représentent  que  sa  face  du  côté  de  la  ville  :  elle  consiste  en  un 
gros  pavillon  à  toit  élevé.  Sur  celui  de  Mérian,  1615,  le  sommet  de  l’édifice  pa¬ 
raît  crénelé;  sur  ceux  plus  modernes  de  Gomboust  et  de  Bullet,  on  remarque 
deux  tours  rondes  qui  regardent  la  ville. 

Je  ne  connais  pas  de  dessin  spécial  de  la  façade  reconstruite,  en  1568,  du  côté 
du  fossé,  mais  sur  une  eau-forte  dePerelle  (d’après  le  dessin  de  Silvéstre),  repré- 

1  Dans  l'édit,  de  1581  (fol.  290,  v.),  on  lit  des  mots  ici  passés:  «pour  faire  vn  pont-leuis,  autre¬ 
ment  dit  tapecul.  » 


PORTES  DE  PARIS.  —  VIC. 


303 


sentant,  vers  1650,  la  porte  S.  Bernard,  vue  du  dehors,  on  aperçoit  au  loin  la 
façade  orientale  de  celle  S.  Victor.  Or,  cette  façade  ressemble  beaucoup  à  celle  de 
la  porte  S.  Bernard  (voir  ce  mot),  bâtie  en  1606.  On  ne  distingue  pas,  à  cause  de 
la  perspective,  le  pont  de  pierre  sur  le  fossé;  quant  au  pont-levis,  ou  il  a  été  ou¬ 
blié,  ou  il  n’y  en  avait  pas. 

On  voit  dans  une  Histoire  de  S.  Louis ,  par  le  médiocre  historiographe  Varillas 
(in-4°  publié  avant  1700),  une  petite  vignette  ou  haut  de  page,  où  l’on  a  voulu 
représenter  S.  Louis  entrant  à  Paris  par  la  porte  S.  Victor,  du  moins  à  en  juger 
par  la  position  du  chevet  lointain  de  N.  Dame.  Cette  porte  est  une  sorte  de  ruine 
llanquée,  au  sud,  d’une  vieille  tour  ronde,  et,  au  nord,  attenante  à  un  mur  qui 
paraît  crénelé.  J’ai  cru  discerner,  dans  cette  composition,  comme  une  réminis¬ 
cence  de  quelque  image  de  la  porte  qui  nous  occupe. 

Inutile  d’ajouter  que  M.  Pernot  nous  a  donné  une  vue,  prise  du  côté  de  la  ville, 
de  la  porte  S.  Victor,  en  style  gothique  de  sa  façon.  Il  faut  espérer  qu’un  jour  la 
Bibliothèque  de  la  Ville,  qui  possède  toutes  les  compositions  de  cet  artiste  (dont 
je  ne  conteste  pas  le  mérite  sous  le  rapport  du  talent),  ne  mettra  plus  en  vue  ces 
dessins  du  vieux  Paris;  ils  en  donnent  une  idée  complètement  fausse,  que  les 
lithographies  de  M.  Nousveaux  ont  propagée. 

La  porte  S.  Victor  fut  démolie,  disent  tous  les  auteurs,  en  1681.  Brice  qui, 
cette  année  même ,  publia  la  première  édition  de  sa  Description  de  Paris ,  nous  dit 
(t.  I,  p.  268)  :  «  La  porte  S.  Victor...  a  été  réparée  depuis  peu,  mais  non  pas  avec 
«  autant  de  dépence  que  les  autres  :  on  a  seulement  représenté  en  basse-taille 
«  sur  le  cintre  un  grand  Vaisseau  de  guerre,  que  la  Ville  prend  pour  ses  Armoi- 
«  ries,  avec  cette  Inscription  au  bas  :  quæ  non  maria.?  » 

Il  peut  paraître  surprenant  qu’on  ait  réparé  cette  porte,  à  la  veille  d’en  ordonner 
la  démolition;  mais  pour  qui  connaît  l’irrésolution  du  caractère  parisien,  un  tel 
fait  n’a  rien  d’invraisemblable. 

Je  terminerai  par  quelques  citations  relatives  à  la  porte  S.  Victor. 

Il  en  est  fort  peu  question  dans  les  vieilles  chroniques.  Elle  dut  en  effet,  par  sa 
position  même,  être  rarement  témoin  de  cérémonies  importantes.  On  lit  dans  le 
Mémoire  de  Bouquet,  p.  194,  qu’en  1472,  à  Pâques,  «  elle  fut  louée  avec  les  her- 
baiges  (des  fossés)  jusqu’à  la  Tour  S.  Bernard  (la  Tournelle)  à  Jehan  Phnjecte , 
pour  48  sols  parisis.  »  Ce  même  personnage  (id.,  pages  128  et  200)  est  nommé 
Prugete  et  Pluette.  Le  vrai  nom  est  Jehan  Pluyette,  bachelier  en  théologie,  natif 
de  Fontenay,  selon  Lebenf  (Dissert.,  t.  III,  p.  xxiv). 

En  1573,  la  porte  S.  Victor  était  louée  à  un  nommé  Simon  Grignon. 

J’ai  lu  (dans  le  Registre  cité  page  124)  un  Mandement  du  19  nov.  1599,  pour 
le  dégombrement  de  la  porte  S.  Victor,  aux  dépens  des  habitants  du  quartier.  Ce 


304 


PORTES  DE  PARIS.  — VIG.  —  lf  DE. 


mot  dégombrement  veut  dire,  je  crois,  la  suppression  des  échoppes  qui  en  ob¬ 
struaient  l’entrée. 

Le  catalogue  de  la  vente-Soleine  (t.  III,  p.  87)  signale  un  opuscule  concernant 
les  obsèques  du  cardinal  Charles  de  Lorraine.  On  lit  au  bas  du  titre  :  «  Chez  Pierre 
Ménier,  Portier  de  la  porte  S.  Victor ,  1607.  » 

Vigneron  (Poterne  Nicolas  le).  Voyez  Beaubourg. 

Vignes  ou  Veignes  (Poterne  des).  Voyez  Barrés. 

Yderon  ou  Ydelon  (Poterne  Nicolas).  Voyez  Beaubourg. 


L’archéologue  qui  a  lu  ce  livre  est  prié  d’user  d’indulgence  à  l’égard  des  né¬ 
gligences  et  des  méprises  qu'il  pourrait  y  rencontrer.  Les  fautes  sont  inévitables 
dans  les  ouvrages  de  long  cours,  fondés  sur  des  discussions  souvent  hypothétiques 
et  imprimés  à  plusieurs  reprises  :  ceux  qui  ont  entrepris  des  études  du  même 
genre  le  savent  bien.  Ce  n’est  qu’à  force  de  tâtonnements  qu'on  parvient  à  faire 
briller  quelques  vérités,  au  milieu  de  mille  questions  douteuses,  imparfaitement 
éclaircies  par  des  documents  incomplets  et  sans  précision. 

Je  ne  publierai  plus  de  travaux  aussi  compliqués,  par  ménagement  pour  ma 
santé,  qu’altère  ce  genre  de  fatigues.  Possesseur  de  notes  intéressantes  et  de  plu¬ 
sieurs  milliers  de  pièces,  telles  qu’estampes,  dessins  ou  tableaux  qui  concernent  le 
vieux  Paris,  j’avais  compté  en  extraire  plusieurs  autres  ouvrages,  curieux  pour 
l'archéologie  :  j’y  renonce  à  regret.  Je  me  bornerai  à  rédiger  et  à  déposer  un  jour, 
à  la  Bibliothèque  de  la  Ville,  le  catalogue  raisonné  de  tout  ce  que  j’ai  pu  voir  ou 
rassembler  sur  cet  objet.  Des  travailleurs  plus  jeunes  que  moi,  et  d’une  meilleure 
trempe,  en  tireront  peut-être  quelque  parti.  Je  terminerai  en  leur  indiquant  trois 
ouvrages  que  j'aurais  voulu  être  assez  habile  pour  réaliser. 

La  partie  topographique  de  l’histoire  de  Paris  est  encore  obscure  sur  bien  des 
points.  Les  édifices  religieux  ont  été  suffisamment  étudiés;  de  savants  ecclésias¬ 
tiques  des  deux  derniers  siècles  ayant  consacré  leurs  loisirs  à  l’examen  des  nom¬ 
breuses  chartes  qui  s’y  rapportent.  11  existe  des  livres  très-détaillés  sur  la  plu¬ 
part  des  monastères  ou  des  églises  les  plus  importantes.  L’histoire  des  anciens 
collèges  a  été  aussi  rédigée  d’une  manière  assez  complète.  Mais  il  nous  manque 
un  livre  consciencieux,  dont  ce  titre  fictif  fera  connaître  le  sujet:  -—-Études  topo¬ 
graphiques,  historiques  et  anecdotiques  sur  les  palais,  hôtels  seigneuriaux  ou  ec¬ 
clésiastiques,  maisons  célèbres  par  les  noms  ou  les  événements  qui  s’y  rattachent, 


PORTES  DE  PARIS. 


30.3 


■manoirs,  folies ,  mesnils,  granges,  clos,  fermes,  etc.,  qui  ont  existé  sur  le  sol  actuel 
de  Paris,  depuis  V époque  romaine  jusqu’ à  nos  jours. 

La  vie  d’un  solide  Bénédictin  suffirait  à  peine  à  traiter  un  si  vaste  ouvrage  dans 
les  conditions  exigibles.  J’en  vais  signaler  un  autre  moins  étendu  :  —  Histoire 
nu  cours  de  la  Seine  ,  à  travers  la  ville  de  Paris ;  recherches  sur  la  Bièvre  et  sur 
l'ancien  ruisseau  de  Ménilmontant ,  devenu  le  grand-égout  ;  récit  des  inondations , 
congélations  et  débâcles  de  ces  divers  cours  d’eau ;  description  des  quais,  îles ,  ponts 
ou  ponceaux,  moulins,  fabriques  et  pompes  hy druidiques  qui  en  dépendaient;  no¬ 
tice  sur  les  édifices,  hôtels  et  maisons  remarquables  qui  en  bordaient  les  rives  ; 
règlements  qui  régissaient  la  navigation  de  la  Seine,  etc. 

Voici  enfin  le  livre  à  la  perfection  duquel  il  faudrait  consacrer  toute  une  vie  : 
—  Relation  du  séjour  a  Paris  d’un  étranger  entre  1515  et  1535;  où  l’on  décrit, 
d’après  des  documents  contemporains  et  authentiques  :  les  fortifications  et  les  édi¬ 
fices  en  tout  genre  qu’on  voyait  à  cette  époque  ;  l  étal  des  lettres,  des  beaux-arts, 
des  sciences  et  de  V industrie.  —  Recherches  sur  les  bibliothèques,  les  collections  de 
tableaux,  les  théâtres,  etc.  ;  sur  les  hommes  de  lettres,  médecins,  notaires,  etc.  ; 
sur  les  graveurs,  sculpteurs,  architectes,  imprimeurs,  libraires  et  relieurs  ;  sur  les 
orfèvres,  joailliers,  ébénistes,  armuriers,  etc.  —  Fêtes  et  cérémonies  publiques,  ci¬ 
viles  et  religieuses,  entrées  et  obsèques  royales,  réceptions  d’ ambassadeurs,  revues 
militaires,  bals  au  Louvre,  aux  Tournelles,  à  la  Bastille,  etc.  ;  tournois,  processions, 
célébration  des  fêtes  de  l'Eglise,  feux  de  la  Saint-Jean,  etc.  —  Fêtes  et  réunions 
de  familles  de  toutes  classes,  au  sujet  des  baptêmes,  mariages,  enterrements,  fes¬ 
tins  de  Noël  et  de  V Epiphanie ,  etc.;  modes,  costumes ,  mobiliers,  etc.  —  Divertis¬ 
sements  populaires  :  illuminations,  mascarades  des  rues,  cabarets,  courlïlles ,  guin¬ 
guettes ,  mauvais  lieux,  promenades  publiques,  foires,  charlatans,  parades  de 
carrefours ,  cris  des  marchands  ambulants,  gueux,  mendiants,  floux,  etc. — Jeux 
publics  ou  particuliers  énumérés  par  Rabelais.  —  Octroi,  guet  et  police,  garde  na¬ 
tionale,  confréries  et  corporations. — Formes  judiciaires,  prisons,  supplices  divers, 
question,  gibets,  échelles,  bûchers,  estrapade,  localités  affectées  aux  exécutions. 
— Moyens  de  transport  et  de  locomotion,  chariots,  coches,  pavage,  etc. — Auberges, 
et  hôtelleries  de  Paris,  étuves  publiques,  etc. 

Ce  livre  serait  un  fidèle  miroir  de  la  topographie  et  de  la  civilisation  parisiennes, 
à  l’époque  dite  de  la  Renaissance.  Une  action  romanesque,  toujours  empreinte 
d’une  couleur  locale,  relierait  cet  immense  arsenal  de  documents.  Pour  en  éten¬ 
dre  le  cercle  ou  en  éclaircir  le  récit,  on  introduirait  sur  la  scène  des  vieillards 
qui  parleraient,  comme  points  de  comparaisons,  de  quelques  événements  anté¬ 
rieurs  à  François  Ier. 

Beau  projet  sur  le  papier!  Mais  pour  le  réaliser  dans  sa  perfection,  il  faudrait 

39 


306 


PORTES  DE  PARIS. 


être  à  la  fois  littérateur  habile,  artiste,  romancier,  philosophe  et  archéologue: 
qualités  rares  à  réunir.  C’est  pourquoi  j’ai  dû  reculer  devant  une  tâche  si  gran¬ 
diose.  Victor  Hugo  a  entrepris  une  Odyssée  de  ce  genre,  appliquée  au  règne  de 
Louis  XI.  Sa  splendide  imagination  a  semé  d’innombrables  beautés  un  sujet  si 
pittoresque  :  le  comique,  le  drame  s’y  développent  avec  un  style  neuf,  saisissant, 
avec  une  couleur  locale  qui  éblouit;  mais  la  partie  archéologique  est  loin  d’être 
irréprochable,  comme  je  compte  le  prouver  un  jour  dans  une  brochure  inti¬ 
tulée  :  Critique  archéologique  du  roman  de  Notre-Dame  de  Paris. 


FIS. 


(Achevé  d'imprimer  en  mars  1853. 


Recherches  sur  les  Tories  de  Pans 


PI.  XI 


Lith  G-  Sdilatier.r  àuî*  Carreau.,  52 


Fig  2.  Porte  S17  Jacques  —  Calque  réduit -au  tiers  d'un  plan  leve  vers  1675  ,  el  conserve  aux 
Archives  (IIP" Classe, N’  123  ) 


T autour  5  Jacque 


Rue  S1  Jacque 


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nuiu 


VvA  \  t-f f  h’I'fdi 

®r  m 

P  1 

;i 

B 

Porte  de  Nesle 


•  DessmgEsleueetfiguredelEslatdes  lieux  auec les  Obsernations  et 
Remarques  des  anciens  murs  etvestiges  de  l’Hostel  de  ïïesle  — 
mentionnées  auproces  verbal  de  visitation  :  eldressés  par  nous  Louis 
1  Le  Vau  con“  du  Roy  en  scs  conls  :  intendant  et  pre‘  architecte  de  sa  mai" 
que  nous  certifiions  véritable  ainsy  «osyqu’il  est  contenuparle  procès 
|j|  verbal  de  Messieurs  les  commTes  desputez  par  sa  ma|e  ce  iouidbuy 
S|  vin^jt  trois5  Juin  16e  sobde  et  cinq/.  yaü 


F  iô  4 


Fi$.7. _ 

m  S.Dcnis  de  Chaiks  V 
vestte  etdrve  i  . 


Fi$  8 _ 

Porte  S. Martin  de  Charles  Y. 
d'après  le  plan  èeMerian.  etc 


Flg.lo 


Seconde  Porte  Montmartre 
d'apres  divers  plans. 


Bis: tri.  amies  Parles  Je  Paris  PI.  XII: 


1-itli  G  Sclilaller  r.du  p'.  Carnau  26 


TABLE  DES  CHAPITRES 


Pages. 

1.  Des  enceintes  de  Paris  avant  Ph.  Auguste .  4 

lï.  Première  enceinte  de  la  rive  droite .  9 

(Première  enceinte  de  la  rive  gauche) .  23 

III.  Enceinte  de  Ph.  Auguste.  Considérations  générales .  26 

IV.  Enceinte  de  Ph.  Auguste.  Rive  gauche  (de  l'Institut  à  la  rue  de  l’Ecole-de-Médecine). .  37 

V.  Idem  (de  la  rue  de  I’Ecole-de-Médecine  à  la  place  S.  Michel  ) . 46 

VI.  Idem  (de  la  place  S.  Michel  à  la  rue  Descartes) . . 50 

VII.  Idem  (de  la  rue  Descartes  à  la  Seine  ) .  58 

VIII.  Observations  générales  sur  l’enceinte  méridionale  de  Ph.  Auguste .  64 

IX.  Enceinte  de  Ph.  Auguste.  Rive  gauche  (du  quai  S.  Paul  à  la  rue  S.  Antoine).. . .  73 

X.  Idem  (de  la  rue  S.  Antoine  à  celle  Sainte-Avoye) .  79 

XI.  Idem  (de  la  rue  Sainte-Avoye  à  la  rue  Montorgueil) . . .  86 

XII.  Idem  (de  la  rue  Montorgueil  à  la  Seine) . . .  96 

XIII.  Observations  générales  sur  la  clôture  septentrionale  de  Ph.  Auguste . .  104 

XIV.  Des  fortifications  de  Paris  après  l’invention  de  l’artillerie. . . 145 

XV.  Des  fortifications  exécutées  sous  le  roi  Jean . 422 

XVI.  Clôture  septentrionale  de  Paris  sous  Charles  V.  Observations  préliminaires _ _ _  429 

XVII.  Description  de  la  clôture  de  Charles  V,  telle  qu’elle  était  vers  4530  (du  Carrousel 

à  la  porte  S.  Denis) . . . . . .  437 

XVIII.  Idem  (de  la  porte  S.  Denis  à  la  Seine) . 447 

XIX.  Extraits  d’actes  et  de  comptes  relatifs  à  la  clôture  de  Charles  V .  458 

XX.  Des  fortifications  établies  autour  des  faubourgs  de  la  rive  gauche .  171 

XXI.  Quatrième  enceinte  (bastionnée)  de  la  rive  droite .  178 

XXII.  Grand  Cours  ou  Boulevard  de  la  rive  droite,  exécuté  sous  Louis  XIV .  199 

Recherches  sur  les  anciennes  portes  de  Paris  (Considérations  générales) .  205 

Description  de  ces  portes,  par  ordre  alphabétique,  de  la  page. . . .  221  à  304 


' 


» 


. 


. 


. 


RECTIFICATIONS  ET  ADDITIONS. 


Page  12.  — Ajoutez  à  la  note:  Une  charte  de  1273,  rapportée  par  Félibien  (t.  III,  p.  24), 
fait  mention  d’un  terrain  qui,  d’après  le  texte  qui  précède,  était  situé  dans  le  voisinage  du  cloî¬ 
tre  S.  Merry  et  dans  un  fossé.  «  Item  terram  quæ  incipit  à  domo  Charlemeinne  quæ  est  in  fos- 
satis.  »  Aurait-il  existé  à  cette  époque,  de  ce  côté  de  Paris,  une  portion  d’un  ancien  fossé  qui 
aurait  autrefois  fait  suite  à  celui  creusé  au  nord  de  l’église  S.  Germain-l’Auxerrois  ? 

Page  33,  ligne  29.  —  A  redans  ;  lisez  :  à  redents. 

Page  39,  ligne  20.  —  Réduite  au  sixième  ;  lisez  :  réduite  au  tiers. 

Page  47,  ligne  17.  —  Après  :  rampe,  ajoutez  :  Il  existait  dans  le  fossé,  le  long  du  mur  des 
Cordeliers,  un  lieu  d’exercice  pour  les  arbalétriers  (Sauvai,  t.  III,  p.  645). 

Page  53,  ligne  3.  —  Après  :  maison  dite  :  au  Dauphin,  ajoutez  en  note  :  Ce  fut  en  1357,  selon 
un  registre  cité  page  124. 

Page  56,  ligne  22.  —  Au  lieu  de:  restes  du  collège  de  Lisieux,  lisez  :  restes  de  quelques 
bâtiments  dépendants  autrefois  de  l’abbaye  Sainte-Geneviève,  et  indiqués  sur  un  plan  du  quar¬ 
tier  Sainte-Geneviève,  levé  par  l’abbé  Delagrive,  et  gravé  en  1757. 

Page  59,  ligne  7.  —  Après  :  abaissa  la  rue,  ajoutez  :  selon  un  arrêt  de  1685  (Félibien,  t.  V, 
p.  173).  L’abaissement  du  sol  fournit  des  matériaux  pour  combler  les  fossés. 

Page  64,  note,  ligne  1 .  —  Après  :  en  1405,  ajoutez  :  (Voir  Journal  sous  Charles  VI,  page  iv). 

Page  70.  —  L’opinion  exprimée  dans  le  premier  alinéa ,  au  sujet  de  la  B utte-aux-C ailles,  u.  été 
rectifiée  dans  la  seconde  note  de  la  page  173. 

Page  71,  ligne  17.  —  Les  mots  :  cum  portis,  etc.  J' ai  modifié,  p.  128,  l'opinion  exprimée  dans 
cette  phrase. 

Page  74,  ligne  27.  —  Après:  cugnum  »,  ajoutez  :  on  l’appelait  en  1576  :  Tour  du  Chantier  de 
la  Ville  (Bouquet,  p.  201  ).  On  donna  à  la  Tour  Barbeau,  ainsi  qu’à  celle  voisine  du  Louvre,  le 
nom  de  Tour-qui-fait-le-coin,  à  l’époque  sans  doute  où  ces  deux  tours  furent  reliées  à  celles 
de  Charles  V,  au  moyen  de  mur  en  retour  d’équerre  sur  le  quai.  Alors  seulement  elles  forti¬ 
fièrent  le  coin  ou  le  sommet  de  l’angle  qui  résultait  de  la  rencontre  des  deux  cours  de  mu¬ 
railles  ;  de  là  leur  désignation. 

Page  87,  ligne  10.  —  Après  :  éleva  son  hôtel,  ajoutez  en  note  :  il  est  question  de  cet  hôtel 
dès  l’an  1574  (  Mémoire  de  Bouquet,  p.  211). 

Page  101 ,  ligne  22.  —  Cet  alinéa  contient  une  erreur.  La  tour  32  ne  peut  être  celle  qu’on 
nommait  :  Jean  de  Lestang,  car  cette  dernière  était  voisine  de  la  Seine,  si  l’on  s'en  rapporte  à  un 
compte  de  1450,  ou  il  est  dit  :  «  La  vieille  Basse-court  du  Louvre,  devant  l’Arche  de  Bourbon. .. 
que  tient  et  occupe  Jehan  de  l’Estant.  »  (Bouquet,  p.  179.) 


310 


OBSERVATIONS  SUR  LES  PLANCHES  DE  CET  OUVRAGE. 


Page  104',  note.  —  Au  cliap.  xiv,  lisez  :  au  chap.  xvu  (entre  les  pages  140  et  141). 

Page  133,  ligne  34.  —  L’opinion  que  f  avance  dans  la  phrase  :  c’est  ce  qui  fait  croire,  etc.,  est. 
réfutée  par  celle  exprimée  page  167,  deuxième  alinéa. 

Page  138,  ligne  15.  —  Vingt-cinq,  lisez  :  vingt. 

Page  143,  ligne  10.  Après  :  Tour  du  Bois,  ajoutez  :  Le  plan  de  Du  Cerceau  indique,  derrière 
cette  tour,  à  l’intérieur  de  la  ville,  une  butte,  que  le  plan  de  Belleforest  a  reproduite  avec  ad¬ 
dition  d’un  moulin  à  vent.  Je  l’ai  figurée  sur  ma  planche  IX. 

Page  144,  ligne  35.  —  Au  lieu  de  :  celle-ci  est  évidemment  un  reste  du  chemin  de  ronde 
intérieur,  lisez  :  celle-ci  occupe  remplacement  d’une  portion  du  rempart. 

Page  167,  ligne  24.  —  115  et  138,  lisez  :  et  133. 

Page  191,  ligne  15.  —  éminence  de  terre,  forme  angulaire,  lisez  :  de  forme  angulaire. 

Ibidem ,  ligne  35.  — (PI.  IX,  fig.  2),  effacez  :  fig.  2. 

Page  220.  ligne  7.  —  Après:  Pierre  Grignon,  ajoutez  :  (Mauperché,  p.  156). 

Page  224,  ligne  19.  —  Après  :  sous  Louis  XIV,  ajoutez  :  elle  a  environ  235  millimètres  d’en¬ 
cadrement,  sur  170,  y  compris  les  inscriptions. 

Page  243,  ligne  3.  —  Après  :  cet  événement,  ajoutez  en  note  :  elle  est  encore  murée  et  non 
précédée  d’un  pont,  sur  le  plan  de  Braun,  dessiné  vers  1530. 

Page  255,  ligne  22.  — Après:  roi  populaire,  ajoutez  :  e  t  Ion  y  plaça  son  effigie  Félibien, 
t.  V,  p.  513).  A  cette  occasion,  elle  est  nommée  spécialement  :  Porte  i»f.  Paris. 


OBSERVATIONS  SUR  LES  PLANCHES  DE  CET  OUVRAGE. 


Ces  planches,  après  avoir  été  pliées,  à  l’endroit  des  lignes  indiquées  sur  chacune  d’elles, 
seront  collées  sur  onglets  et  placées,  soit  en  masse,  par  ordre  des  chiffres,  à  la  fin  du  volume, 
soit  intercalées  dans  le  texte  comme  il  suit  : 


PI.  I,  entre  les  pages  38  et  39. 

PI.  II,  entre  les  pages  46  et  47. 

PI  III,  entre  les  pages  50  et  51. 

Pi.  IV,  entre  les  pages  58  et  59. 

PI.  V  (simple),  en  regard  de  la  page  64. 
PI.  VI,  entre  les  pages  74  et  75. 

PI.  VII,  entre  les  pages  80  et  81. 


PL  VIII,  entre  les  pages  96  et  97. 

PI.  IX,  entre  les  pages  140  et  141. 

PI.  X,  entre  les  pages  186  et  187. 

PI.  XI  et  XII,  à  la  fin  des  Recherches  sur  les 
Portes ,  après  la  page  306  (à  laquelle  la  PL  XI 
fera  face). 


OBSERVATIONS  SUR  LES  PLANCHES  DE  CET  OUVRAGE. 


311 


Je  signalerai  quelques  errata  relatifs  à  ces  planches,  lithographiées  d’après  mes  dessins. 

PL  I,  fig.  1,  on  a  oublié  de  numéroter  les  trois  premières  tours  murales  de  l’enceinte  sep¬ 
tentrionale  de  Ph.  Auguste.  Le  lecteur  pourra  aisément,  après  avoir  lu  le  texte,  tracer  les  nu¬ 
méros  omis. 

PL  VIII,  fig.  2,  on  a  écrit  :  rue  <ï Angivilliers ;  il  faut  lire  :  Angiviller. 

PL  IX,  fig.  2,  on  lit  dans  les  inscriptions  :  A  la  ville  Crespinet;  il  faut  lire  :  A  la  veuve  Cres- 
pinet. 

PL  XII,  fg-  3,  à  la  cinquième  ligne  de  l’inscription  signée  :  Le  Vau,  le  mot  ainsy  a  été  ré¬ 
pété  par  erreur. 

Cette  dernière  planche ,  représentant  en  élévation  quelques  anciennes  portes  de  la  capitale, 
n’a  pas  la  perfection  que  j’aurais  désirée.  Inhabile  dessinateur,  je  n’ai  pu  toujours  deviner  ou 
rendre  chaque  trait,  quelquefois  assez  confus,  des  dessins  originaux.  De  son  côté,  le  lithographe 
qui  a  recalqué  mes  dessins  a  dévié  de  son  modèle,  très-légèrement  il  est  vrai  ;  mais,  en  cette 
occasion,  la  plus  petite  négligence  nuit  à  l’effet  de  l’ensemble;  l’omission  d’un  trait  à  peine 
perceptible,  la  moindre  modification  dans  la  forme  d’une  baie  ou  d’un  ornement,  etc.,  tous  ces 
petits  riens  altèrent  la  physionomie  de  l’original.  Aussi  je  me  propose  un  jour  (si  je  ne  suis  pas 
prévenu  par  un  collègue  en  archéologie),  de  publier,  à  l’aide  de  procédés  photographiques,  les 
fac-similé  parfaits  des  images  des  portes  S.  Antoine,  de  Nesles  et  Richelieu. 

Une  dernière  observation  importante  et  qui  n’a  sans  doute  pas  échappé  aux  géographes  : 
une  partie  de  mes  planches  sont  basées  sur  des  calques  du  plan  de  Verniquet,  tracés  avec  soin 
sur  un  papier  sec  et  transparent.  Ces  calques  ont  été  exactement  reportés  sur  pierre,  mais  on  a 
tiré  les  épreuves  sur  des  feuilles  plus  ou  moins  humides  et  d’une  épaisseur  variable.  Or,  en  sé¬ 
chant,  le  papier  de  chaque  épreuve  s’est  rétréci  dans  une  certaine  proportion,  quelquefois  plus 
en  un  sens  qu’en  un  autre  ;  de  là  un  inconvénient  :  il  est  pour  ainsi  dire  impossible  que  des 
plans  reproduits  par  voie  d’impression  humide  coïncident  sur  chaque  point  avec  leurs  modèles, 
et  j’ose  même  affirmer  qu’aucune  épreuve  d’une  estampe  quelconque  ainsi  tirée  n’est  parfaite¬ 
ment  identique  au  dessin  tracé  sur  pierre  ou  sur  cuivre.  L’échelle  elle-même,  il  est  vrai,  se  ré¬ 
trécit,  mais  la  compensation  n’est  pas  complète;  si  les  rues  tracées  parallèlement  à  cette  échelle 
portent  la  mesure  qu’elle  indique,  celles  dont  la  ligne  s’étend  dans  un  autre  sens  peuvent  être 
trop  courtes  ou  trop  larges  par  rapport  aux  degrés  de  l’échelle.  Pour  remédier  à  ce  défaut,  j’ai 
voulu  faire  tirer  à  sec  les  épreuves  de  mes  planches,  mais  l’opération  n’a  pu  réussir. 

J’ai  tenu  à  consigner  cette  remarque  pour  me  dérober  au  reproche  d’avoir  faussé,  sur  quel¬ 
ques  points,  les  proportions  du  plan  de  Verniquet. 


OUVRAGES  ARCHÉOLOGIQUES  DU  MÊME  AUTEUR 

EN  DÉPÔT  SPÉCIALEMENT  A  LA  LIBRAIRIE  DUMOULIN,  QUAI  DES  GRANDS-AUGUSTINS,  13. 


Etudes  sur  Gilles  Corrozet,  suivies  1°  d’une  Notice  sur  un  manuscrit  (de  la  Bibliothèque  des 
ducs  de  Bourgogne  à  Bruxelles),  contenant  une  Description  de  Paris  en  1432,  par  Guillebert  de 
Metz  ;  2°  de  la  réimpression  d’un  opuscule  rarissime  sur  les  rues,  etc.,  de  la  ville  de  Paris.  1848, 
in-S"  de  56  pages,  tiré  à  100  exempl.,  dont  50  mis  en  vente  au  prix  de  2  fr. 

Histoire  artistique  et  archéologique  de  la  gravure  en  France,  listes  de  graveurs  français  ; 
dissertations  sur  le  commerce  et  les  ventes  d’estampes  et  de  vieux  livres,  sur  les  causes  de  leur 
rareté,  etc.  1849,  in-8°  tiré  à  300  exempl.  Prix  :  7  fr. 

Etudes  archéologiques  sur  les  anciens  plans  de  Paris  des  XVIe,  XVIIe  et  XVIIIe  siècles. 
1 851 .  Grand  in-4°  .de  256  pages,  avec  une  planche,  tiré  à  200  exempl.  Prix  :  8  fr. 

FACÉTIES  SUR  LES  COLLECTIONNEURS. 

Le  Mirouer  du  Bibliophile  parisien,  oii  se  voyent  au  vray  le  naturel,  les  ruses  et  les  ioveulz 
esbatemens  des  fureteurs  de  vieiiz  liures.  1848,  in-18de94  pages,  tiré  à  160  exempl.,  dont  100 
mis  en  vente  au  prix  de  1  fr.  50  c. 

Le  povrtraict  de  l’Iconophile  parisien,  painct  au  vif,  par  A.  Bonnardot.  1852,  in- 1 8  de 
180  pages,  tiré  à  200  exempl.  Prix  :  2  fr. 


... 

TYPOGRAPHIE  HENNUÏER,  RUE  DU  BOULEVARD,  7.  BATIGNOLLES. 

RoulOTtird  extérieur  do  Paris. 


APPENDICE  A  LA  TABLE  DES  ERRATA 


DES  DISSERTATIONS  SUR  LES  ENCEINTES  DE  PARIS. 


Dans  les  ouvrages  de  la  nature  de  celui-ci,  il  échappe  toujours  à  l’attention  de  l’auteur  un 
grand  nombre  d’erreurs,  de  termes  impropres  ou  obscurs,  de  redites,  de  contradictions  même, 
défauts  qui  ne  se  révèlent  guère  qu  après  plusieurs  lectures  faites  à  tête  reposée.  En  attendant 
l’occasion  de  se  réhabiliter  dans  une  seconde  édition,  l’auteur  n’a  qu’un  moyen  de  remédier  à 
ces  inévitables  méprises  :  c’est  de  les  constater  dans  une  nouvelle  liste  d’errata ,  avec  instante 
prière  au  public  de  vouloir  bien  la  consulter  et  l’utiliser,  avant  de  prendre  connaissance  du 
livre.  Malheureusement  pour  l’amour-propre  des  auteurs,  peu  de  lecteurs  ont  l’idée  de  com¬ 
mencer  par  cette  vérification,  et  surtout  le  courage  de  faire  préalablement  sur  leur  exemplaire 
les  rectifications  indiquées  ;  de  sorte  que  les  défectuosités  du  livre  laissent  toujours  dans  leur 
mémoire  une  première  impression  défavorable. 

Quoi  qu’il  en  soit,  l’auteur  de  ces  dissertations  publie  une  seconde  table  de  rectifications,  et 
il  est  possible  que  plus  tard,  éclairé  par  les  observations  de  collègues  judicieux,  il  en  donne 
une  troisième.  Le  présent  appendice  sera  délivré  gratis ,  à  la  librairie  Dumoulin,  à  tous  ceux 
qui  possèdent  l’ouvrage.  Comme  il  se  compose  d’un  unique  feuillet,  il  peut  être  annexé  faci¬ 
lement  à  tout  exemplaire,  même  relié.  Si,  par  la  suite,  il  en  paraissait  un  autre,  il  contiendrait, 
outre  les  additions  nouvelles,  le  texte  de  celui-ci  ;  mais,  malgré  cette  augmentation  de  matiè¬ 
res,  il  consisterait  également  en  un  seul  feuillet  (dût-il  être  imprimé  en  caractères  microscopi¬ 
ques),  afin  que,  substitué  à  celui-ci,  il  ne  grossisse  pas  davantage  le  volume.  Il  serait  également 
livré  sans  frais  à  tous  ceux  qui  possèdent  l’ouvrage  (1). 


Page  6,  ligne  2t.  —  Boëce  est  un  écrivain,  lisez  :  Boëce  est,  sur  cet  article,  un  écrivain. 

Page  7,  ligne  12.  —  sur  le  mur,  lisez  :  au  sujet  du  mur. 

Page  10,  ligne  8.  —  et  d’abord  je  m’occuperai  de  la  rive  droite  ;  supprimez  cette  phrase. 

Page  11,  ligne  27.  —  dite  aussi,  supprimez  :  aussi. 

Page  15,  lignes  8  et  9.  (voir  la  note  page  2),  supprimez  ces  mots  entre  parenthèses. 

Page  16,  ligne  25.  —  cette  enceinte  détruite,  lisez  :  déjà  détruite. 

Page  19,  ligne  23.  —  face  orientale,  lisez  :  occidentale. 

Page  32,  lignes  15  et  16.  —  Depuis  l’usage  de  l’artillerie,  on  combattit  derrière  les  murs,  et  non 
plus  du  haut  de  leur  plateforme.  J’ai  rectifié  cette  assertion ,  p.  121 . 

Page  32,  lignes  26  et  27.  —  Plagam  occidentalem  signifie  sans  doute,  etc.,  lisez :  signifie  la  rive 
droite.  (Voyez  la  note  de  la  page  71.) 

Page  35,  ligne  32.  —  communiquaient  à  l’allée,  lisez  :  avec  l’allée. 

Page  39,  ligne  8.  —  Le  côté  qui,  etc.;  supprimez  cette  phrase  entière. 

Page  42,  ligne  52.  —  après  :  établissement  du  quai  actuel,  ajoutez:  qui  vient  tout  récemment 
d’être  encore  élargi. 

Page  42,  ligne  54.  —  bâtie  seulement  en  1652  ou  53,  lisez:  bâtie  en  1639. 

Page  43,  ligne  17.  —  de  Buci  ou  Bucy,  retranchez  :  ou  Bucy. 

Page  47,  ligne  2.  —  Après  :  possédaient,  ajoutez  :  déjà. 

Page  47,  ligne  9.  —  Après  :  également,  ajoutez  :  et  qu’ils  vendirent. 

'  Page  50,  ligne  18.  —  Après  :  trop  épais,  ajoutez  .-  et  la  forme  des  tours  mal  rendue. 

Page  56,  ligne  29.  —  en  occupe  le  milieu,  lisez  :  en  occupe  une  partie. 

Page  56,  ligne  31.  —  borde  la  rue  de  Fourcy,  lisez  :  la  rue  de  la  Vieille-Estrapade. 

Page  57.  —  Le  premier  alinéa  :  La  courbure,  etc.,  sera  remplacépar  celui-ci:  La  forme  tortueuse  de 


(1)  Une  table  de  rectifications  et  d’additions  aux  ETUDES  SUR  LES  PLANS  DE  PARIS,  du  même  auteur, 
imprimée  sur  un  seul  feuillet  et  pouvant  être  annexée  à  tout  exemplaire,  môme  relié,  paraîtra  vers  la  fin  de 
septembre  1853.  Cette  table  sera  également  donnée  gratis,  chez  M.  Dumoulin,  à  tous  ceux  qui  la  réclameront. 


la  rue  Contrescarpe  n’indique  pas  celle  du  fossé.  Cette  forme  provient  de  ce  qu’on  édifia,  peut-étro, 
dès  le  XVe  siècle  ,  à  l’entrée  du  pont  de  pierre  qui  précédait  la  porte  Saint-Marcel,  et  de 
chaque  côté,  des  maisons  irrégulièrement  groupées,  dont  les  dernières  aboutissaient  à  la  contres¬ 
carpe.  J’ai  indiqué  au  pointillé  la  ligne  que  suivait  probablement  le  talus  de  contrescarpe  du  fossé. 
Quant  à  la  pente  de  cette  rue,  je  vais  l’expliquer  un  peu  plus  loin. 

Page  57,  ligne  27.  —  Après  :  les  anciens  plans,  ajoutez:  on  voit  encore  de  nos  jours  une  portion 
du  gros  mur  qui  touchait  au  profil  occidental  de  la  porte. 

Page  GS,  note.  —  Ce  que  je  dis  sur  le  Mont-Parnasse  a  été  rectifié  à  la  page  175. 

Page  69,  ligne  50.  —  Le  gros  mur  fut  percé,  etc.  Cette  phrase  contient  une  erreur  :  on  n’a  pu  ouvrir , 
sous  Charles  V,  des  embrasures  pour  les  canons,  car  on  plaçait  alors  l’artillerie  sur  la  plateforme  des 
murs ,  comme  je  l’explique  page  121. 

Page  71,  iigne  27.  —  Ces  petits  murs  neufs,  etc. ,  remplacez  cette  phrase  par  celle-ci  :  Ces  petits 
murs  étaient  bâtis  le  long  de  l’escarpe  du  grand  fossé,  ou  entre  les  deux  fossés,  comme  le  comprend 
Sauvai  quand  il  dit  (t.  1,  p.  58)  qu’en  1556  «on  ne  fit  que  des  fossés  et  des  arrières-fossés  avec  des 
petits  murs  entre  deux.  » 

Page  80,  ligne  27.  —  au  défaut  de,  lisez:  à  défaut  de. 

Page  82,  ligne  56.  —  (côté  oriental),  lisez  :  (côté  septentrional). 

Page  91,  ligne  18.  —  à  l’extérieur,  lisez  :  du  côté  de  la  ville. 

Page  99.  — Ajoutez  à  la  note  :  M.  Bodin,  amateur  d’archéologie,  m’a  fait  savoir  qu’on  appelait  au¬ 
trefois  danger,  le  dixième  que  nos  rois  prélevaient  en  Normandie  sur  la  vente  des  hois. 

Page  109,  ligne  55.  —  D’ailleurs  le  nouveau  système,  etc.  Je  suppose  ici  que  sous  Charles  V  l’artil¬ 
lerie  battait  déjà  en  brèche  les  murailles.  Cette  erreur  est  rectifiée  page  116. 

Page  128,  lignes  4  et  5.  — ■  Retranchez  les  mots  :  dans  la  note  de  la. 

Page  150,  ligne  15.  —  et  au  delà,  il  faut  pour  le  sens  :  et,  au  delà,  etc. 

Page  158,  ligne  15.  —  et  un  peu  moins,  lisez  :  et  environ  seize. 

Page  140,  ligne  51.  — vers  l’orient,  lisez:  vers  l'occident. 

Page  148  ,  ligne  18.  —  vers  le  nord-ouest,  lisez:  nord-est. 

Page  165,  ligne  58.  —  et  non  des  fossés  jaunes,  lisez:  et  non  du  nouveau  fossé  creusé  plus  loin  , 
vers  le  milieu  du  XVIe  siècle. 

Page  188,  ligne  2t.  —  par  le  passage  de  la  porte  Richelieu,  lisez:  par  le  bâtiment,  etc. 

Page  202,  ligne  29.  —  Effacez  :  (du  côté  des  rues  basses). 

Page  202,  lignes  52  et  55.  —  Effacez  :  mais  il  n’y  avait  pas  de  rue  basse  à  ses  pieds. 

Page  225.  —  La  note  2  offrirait  un  faux  sens,  si  l’on  négligeait  de  lire  la  suite  au  verso. 

Page  250,  ligne  15.  —  la  grande  route  qui,  lisez  :  une  des  grandes  routes  qui  conduisaient,  etc. 

Page  242,  ligne  26.  —  qui  écrivait  en  1454,  lisez:  en  1452. 

Page  250,  ligne  5.  —  Ajoutez  à  la  fin  de  l’alinéa  :  (Voyez  page  42). 

Page  261,  lignes  56  et  57.  —  au  lieu  de:  sont  peut-être  des  débris  de  cette  porte,  lisez  :  reliaient 
sans  doute  cette  nouvelle  porte  au  vieux  mur  d’enceinte. 

Page  262,  ligne  16.  —  Non  loin  vers  l’est,  lisez:* assez  loin  de  cette  porte,  vers  l’ouest. 

Page  264,  ligne  17.  —  (François  1er),  lisez:  (François  II). 

Page  505,  ligne  5.  — ou  il  n’y  en  avait  pas,  lisez:  ou  il  n’y  en  avait  plus. 

Page  511,  ligne  2.  —  PI.  I,  lisez  :  PI.  VI. 


CORRECTION  DES  PLANCHES. 

PI.  I,  11g.  2.  —  Porte  Ruci  primitive,  lisez  :  Porte  Saint-Germain,  dite,  vers  1550,  Buci. 

PI.  II,  tig.  2.  —  Place  de  la  Porte-Saint-Germain  primitive,  lisez:  Porte  des  Cordèles,  ouverte  en 
1240,  et  nommée  Saint-Germain,  depuis  1550. 

PI.  III,  lig.  1,  titre.  —  en  6  fois,  lisez  :  en  6  feuilles. 

PI.  XU,  lig.  4.  —  On  voit  figurer  dans  l’angle  supérieur,  à  gauche,  un  regardât  le  commencement 
du  Grand-égout.  Ces  détails  sont  étrangers  à  cette  portion  du  plan.  Cet  égout  commençait  au  delà  du 
Boulevard,  derrière  le  Château-d’Eau,  et  c’est  par  méprise  qu’il  est  tracé  là. 

Le  lithographe  a  oublié  d’inscrire  les  noms  des  rues  Meslay  et  de  Vendôme  qui  aboutissent  à  la  porte 
du  Temple.  Enfin,  dans  le  titre ,  on  lit  :  (  IIIe  cl.,  n°426),  il  faut  :  n°  424. 


avis.  On  pourra  donner  plus  de  clarté  aux  planches  V  et  IX  :  1°  en  coloriant  en  vert  très-clair 
le  fossé  creuse  autour  du  mur  septentrional  de  Ph.  Auguste  (pl.  V) ,  fossé  dont  la  limite  est  indi¬ 
quée  par  une  ligne  pointillée  ;  2°  en  couvrant  d’une  pareille  teinte  le  fossé  de  la  clôture  de 
Charles  V  (pl.  IX) ,  figuré  au  gros  pointillé.  On  pourra  également  faire  ressortir, sur  cette  planche, 
au  moyen  d’une  teinte  rosée,  l’épaisseur  du  rempart  qui  accompagne  cette  même  clôture.  L’opé¬ 
ration  est  facile,  vu  que  le  papier  des  planches,  comme  celui  du  texte,  est  bien  encollé. 


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